Plus de dix ans après la crise financière mondiale, l’union monétaire est confrontée aujourd’hui à un défi de nature différente : au printemps 2020, la pandémie de COVID-19 a contraint la plupart des pays de la zone euro à suspendre une partie de leurs activités économiques, ce qui a fait basculer la zone dans une récession d’une nature et d’une ampleur inédites. Les vagues ultérieures d’infections a provoqué une nouvelle contraction, cependant moins prononcée, des économies de la zone euro, ce qui a encore aggravé les conséquences socioéconomiques de la crise. Plus d’un an après le début de la pandémie, les contaminations ont reflué, grâce aux ambitieuses campagnes de vaccination menées, mais le risque d'une nouvelle aggravation de la situation sanitaire causée par l'apparition de nouveaux variants du virus ne peut pas être écartée.
Les décideurs publics de la zone euro ont réagi rapidement et énergiquement à la pandémie, en élaborant une riposte pluridimensionnelle fondée sur un assouplissement des politiques monétaire, financière et budgétaire. Sur le plan de la politique monétaire, les mesures immédiates prises par la Banque centrale européenne (BCE) ont soutenu le crédit bancaire et la liquidité, et assoupli les conditions de financement globales. S’agissant de la politique budgétaire, l’UE a activé la clause dérogatoire générale du Pacte de stabilité et de croissance afin de laisser davantage de latitude à ses États membres pour soutenir l’activité économique, et, en ce qui concerne les aides aux entreprises, elle a défini un encadrement temporaire des mesures d’aide d’État. Des aides financières supplémentaires ont été octroyées par l’UE : après avoir adopté d’un commun accord des instruments permettant de faire face aux conséquences les plus immédiates de la crise, comme l’instrument européen de soutien temporaire à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence (SURE), les dirigeants européens ont approuvé l’ambitieux plan de relance « Next Generation EU », destiné à soutenir la reprise économique, à accroître la résilience économique et à renforcer la croissance à long terme, notamment en accélérant les transitions écologique et numérique.
L’ensemble de ces initiatives a montré la détermination des décideurs publics européens à faire face au choc lié au COVID-19 en recourant à tous les moyens dont ils disposaient. Néanmoins, la pandémie pourrait avoir des effets à plus long terme sur les économies de la zone euro et des mesures complémentaires s’imposent : de nombreux secteurs vont continuer à souffrir d'une faiblesse durable de la demande, ce qui ferait que le chômage resterait élevé plus longtemps. Les perturbations subies par le système d’enseignement dans de nombreux pays risquent d’avoir des effets négatifs prolongés sur le capital humain des jeunes générations. Il est probable que tous les pays de la zone euro soient touchés, mais certains le sont davantage que d’autres, en raison de la structure de leur économie ou d’une dynamique particulièrement défavorable pendant la crise sanitaire. Face à ces difficultés, les décideurs publics européens doivent se garder de tout excès de confiance. La crise liée au COVID-19 a enclenché une dynamique en faveur de réformes de l’architecture de l’union monétaire ainsi que de réformes structurelles nationales, et il faudrait que ce mouvement se poursuive.
Dans un contexte de forte dégradation des soldes budgétaires des pays de la zone euro, il faudrait revoir l’ensemble complexe des règles budgétaires de l’UE afin d'en améliorer le fonctionnement. Les instruments temporaires récemment adoptés par l’UE en matière de soutien budgétaire international dans le contexte de la crise, qui représentent une avancée importante pour l'Union européenne, doivent être mis en œuvre rapidement et efficacement. Il faudrait réaliser une évaluation rigoureuse de l'impact économique de SURE et de Next Generation EU, étant donné qu'ils pourraient utilement nourrir le débat sur l'achèvement de l'architecture de l'Union économique et monétaire (UEM). La politique monétaire, qui a contribué de manière cruciale à la résilience de l’union monétaire au cours des dix dernières années, doit toujours être mobilisée au service de la reprise. Le cadre de la politique monétaire a récemment été réévalué à la lumière des changements structurels de l'économie de la zone euro.
Comme après la crise financière mondiale, les effets économiques asymétriques de la pandémie de COVID-19 sont susceptibles de désynchroniser les cycles économiques entre les pays de la zone euro, ce qui risquerait d’entraîner une divergence économique à plus long terme. Le second chapitre de cette Étude porte sur les mesures envisageables pour favoriser la convergence des cycles économiques entre les pays de la zone euro, de manière à obtenir une reprise équilibrée et généralisée à la suite de la crise. Dans cette optique, la zone euro devrait envisager la possibilité de mettre en place un mécanisme commun de stabilisation budgétaire. La zone euro devrait aussi améliorer le fonctionnement du marché commun en ce qui concerne le capital et le travail. Cela passera par un approfondissement de l’union des marchés des capitaux (UMC), la mise en place d’un système bancaire véritablement paneuropéen, et la mise en œuvre d’un ensemble de réformes – dont un grand nombre au niveau national – destinées à renforcer la résilience des marchés du travail de la zone euro face aux chocs.
Les principaux messages de l’Étude économique de l’OCDE de 2021 consacrée à la zone euro sont les suivants :
La politique monétaire doit rester accommodante jusqu’à ce que l’inflation ait nettement convergé vers l’objectif de la BCE. Le nouveau cadre de la politique monétaire constitue une évolution positive à bien des égards, par exemple parce qu’il prévoit un objectif d’inflation plus explicitement symétrique et fournir un plan d'action qui doit permettre de prendre en compte les enjeux liés au changement climatique.
Les autorités budgétaires devraient continuer de soutenir l’économie de la zone euro jusqu’à ce que la reprise soit fermement engagée, en évitant tout assainissement prématuré des finances publiques, et les mesures budgétaires liées à la crise adoptées par l'UE devraient être mises en œuvre rapidement. Il faut évaluer le cadre budgétaire européen afin de mieux assurer la viabilité des finances publiques, ainsi que de garantir une orientation contracyclique suffisante des politiques budgétaires et une meilleure appropriation des règles.
Il faut neutraliser le risque de divergence entre les pays membres de la zone euro après la crise liée au COVID-19 en envisageant de mettre en place une capacité budgétaire commune, en achevant l'union bancaire, en approfondissant l’union des marchés des capitaux (UMC), et en favorisant des réformes des marchés intérieurs du travail.