Le déficit budgétaire a continué de se creuser et la dette publique a augmenté régulièrement. En outre, les risques de dégradation accrue s’accentuent en raison de la hausse des taux d’intérêt ainsi que de l’accroissement des dépenses dû au vieillissement démographique, à la transition climatique et à la défense. Pour assurer la viabilité de la dette, un redressement budgétaire important et durable est nécessaire.
Entre 2008 et 2025, le déficit budgétaire de la France s’est creusé, passant de 3.5 % à 5.1 % du PIB. La hausse des dépenses observée pendant la crise financière mondiale n’a été inversée que pour moitié environ en France, soit moins que dans la zone euro. Après la pandémie, la baisse des recettes liée aux réformes fiscales a largement compensé les efforts de réduction des dépenses. Après un effort de consolidation majeur en 2025, le respect des engagements du plan de consolidation de moyen terme dans le cadre des règles européennes est essentiel pour renforcer la crédibilité de la France. Cela nécessite de tenir les engagements pluriannuels pris en matière de croissance des dépenses, de manière à ramener le ratio de la dette publique sur une trajectoire descendante durable.
La stabilisation du ratio dette publique/PIB d’ici à 2030 nécessite un redressement budgétaire de grande ampleur. La dette publique s’est hissée de 60 % du PIB en 2000 à 115.5 % en 2025 (Graphique 2), tandis que le coût du service de la dette est passé de 1.3 % du PIB en 2020 à 2.1 % en 2025, et une prolongation de cette tendance mettrait en péril la viabilité budgétaire. Le redressement des finances publiques, qui a été de plus d’un point de PIB en 2025, devra se poursuivre au même rythme, pour atteindre quelque 3 points de PIB en termes cumulés à l’horizon 2030, afin que la dette se stabilise à 122 % du PIB.
Compte tenu de l’ampleur du redressement budgétaire à réaliser, un train de mesures global et séquencé doit être adopté. Les mesures déjà prises dans le cadre des budgets de 2025 et 2026 devraient permettre d’améliorer le solde budgétaire par le biais principalement d’un accroissement des recettes. Néanmoins, les efforts déployés à moyen terme devraient viser à réduire en priorité le ratio de dépenses publiques, qui est très élevé en comparaison internationale, en améliorant l’efficacité des dépenses au moyen de revues de dépenses et en réduisant les dépenses fiscales inefficaces. Dans un second temps, une fois que des marges budgétaires seront retrouvées, une réduction des taux sur les prélèvements les plus distorsifs permettrait de renforcer l’investissement et l’emploi.
Le vieillissement démographique devrait accentuer encore les pressions sur les dépenses. La réforme des retraites a été suspendue, mais il faudrait que sa mise en œuvre reprenne comme prévu et que l’âge de départ à la retraite soit, a minima, lié à l’espérance de vie. Cela renforcerait l’emploi tout en freinant les augmentations de dépenses et en accroissant les recettes. Harmoniser les régimes d’imposition des retraités et des actifs et supprimer l’abattement de 10 % sur les pensions appliqué pour le calcul de l’impôt sur le revenu permettraient une répartition plus juste des coûts liés au vieillissement démographique et amélioreraient l’équité intergénérationnelle.
Des gains d’efficience contribueraient à améliorer le rapport coût-efficacité des aides publiques, tout en préservant la solidité du système de protection sociale. L’existence de doublons et les besoins considérables de coordination entre les collectivités territoriales suggèrent qu’il est possible de rationaliser certains services. Les dépenses de santé et d’éducation par habitant sont plus élevées que dans des pays affichant de meilleures performances, par exemple en termes de taux de mortalité évitable ou de résultats scolaires. Les réformes possibles dans l’éducation pourraient consister à ajuster la taille des classes dans l’enseignement professionnel, à recentrer l’apprentissage et à accroître la contribution financière des étudiants dans l’enseignement supérieur combinée à l’octroi de bourses sous conditions de ressources. Les dépenses consacrées à l’enseignement primaire et à la formation tout au long de la vie, qui revêtent dans les deux cas une importance cruciale pour la croissance future, devraient être préservées, mais elles pourraient être mieux ciblées. Dans le secteur de la santé, des réformes pourraient favoriser un renforcement des soins préventifs et un recours accru aux produits pharmaceutiques génériques et aux médicaments biosimilaires.
Le système fiscal pourrait être plus efficient, inclusif et favorable à la croissance. La charge fiscale pesant sur le travail pourrait être partiellement transférée vers des impôts à assiette plus large ou moins préjudiciables à la croissance (comme les impôts sur la consommation ou la taxe foncière). Les allègements de cotisations de sécurité sociale sur les salaires intermédiaires sont coûteux, alors que leurs effets positifs sur l’emploi et l’investissement sont modestes. Limiter ces allègements aux travailleurs qui gagnent moins de deux fois le salaire minimum permettrait de réaliser des économies substantielles, qui pourraient être utilisées pour renforcer la formation et réduire les impôts sur la production les plus distorsifs. Un examen approfondi des dépenses fiscales, qui sont considérables à près de 3 % du PIB, permettrait de s’assurer qu’elles soutiennent efficacement les objectifs en matière de politique sociale, d’emploi et d’investissement. Le taux effectif d’imposition des sociétés est proche de la moyenne de l’OCDE, ce qui suggère une marge pour réduire les exonérations fiscales inefficaces. Il serait possible de rendre la fiscalité du patrimoine plus équitable en imposant les plus-values latentes au titre des droits de succession, en limitant davantage les transferts exonérés d’impôt et en harmonisant l’imposition des plus-values entre les personnes physiques et les holdings.