Ce chapitre porte sur la réussite scolaire dans l’enseignement secondaire et sur l’abandon prématuré de la scolarité. Il souligne que l’achèvement du deuxième cycle du secondaire conditionne fortement l’entrée sur le marché du travail et l’employabilité. Parmi les adultes n’ayant pas atteint ce niveau d’études, le taux de chômage est plus élevé et les salaires plus bas. En Amérique latine et dans les Caraïbes (ALC), les taux de scolarisation ont progressé, en particulier dans l’enseignement primaire, mais des difficultés perdurent dans l’enseignement secondaire, ce qui se traduit par de faibles taux de réussite. Malgré les progrès accomplis, dans la région ALC, la proportion de jeunes non diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire reste supérieure à celle des pays de l’OCDE. Ce chapitre révèle également que les taux de réussite des femmes sont supérieurs à ceux des hommes dans cette région.
Différences entre les genres en matière d’éducation, de compétences et de carrières dans le domaine des STIM en Amérique latine et dans les Caraïbes
2. Réussite scolaire dans l’enseignement secondaire et abandon prématuré de la scolarité
Copier le lien de 2. Réussite scolaire dans l’enseignement secondaire et abandon prématuré de la scolaritéDescription
Introduction
Copier le lien de IntroductionL’achèvement du deuxième cycle de l’enseignement secondaire contribue à une entrée réussie sur le marché du travail et à une employabilité pérenne. Dans les pays de l’OCDE, les adultes qui n’ont pas achevé ce niveau d’études affichent les taux de chômage et d’inactivité les plus élevés, et des salaires plus bas tout au long de leur vie active, notamment pendant les années précédant la retraite. Une forte population de travailleurs peu qualifiés peut entraîner des dépenses publiques conséquentes en matière de sécurité sociale, ainsi qu’un creusement des inégalités qui sont à la fois difficiles et coûteuses à corriger une fois que les individus ont quitté le système éducatif (OECD, 2017[1]).
Ce chapitre examine les principaux indicateurs tout au long du cycle éducatif dans la région ALC, notamment le taux d’inscription (accès) et les taux de poursuite et d’achèvement des études. Si les taux de scolarisation ont progressé, en particulier dans l’enseignement primaire, il reste difficile de maintenir les élèves dans leur scolarité et de les amener à obtenir un diplôme. Les taux d’abandon scolaire et les disparités en termes de niveau d’études continuent de mettre en évidence les disparités en matière d’équité et de qualité de l’éducation.
Évolution de la réussite scolaire dans l’enseignement primaire et secondaire dans la région ALC
Copier le lien de Évolution de la réussite scolaire dans l’enseignement primaire et secondaire dans la région ALCAu cours des deux dernières décennies, l’Amérique latine et les Caraïbes ont connu deux de leurs plus grandes réussites dans le domaine de l’éducation : tout d’abord, la parité des genres en matière de scolarisation dans le primaire, avec des taux d’inscription nets moyens de 97 % pour les filles et les garçons en 2019 ; ensuite, une hausse significative du taux net global de scolarisation dans le secondaire, qui est passé de 60 % en 1990 à 78 % en 2018 (Graphique 2.1) (Banque mondiale, 2023[2] ; Arias Ortiz et al., 2023[3]).
Graphique 2.1. Évolution du taux de scolarisation net dans le secondaire en Amérique latine et dans les Caraïbes
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Source : Indicateurs de la Banque mondiale ; Institut de statistique de l’UNESCO (ISU)
Pour ce qui est de l’enseignement primaire, l’Amérique latine et les Caraïbes affichent un taux de scolarisation quasi universel (97 %), comparable à la moyenne de l’OCDE (99 %). Toutefois, si les taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire dans les pays de la région ALC se sont améliorés depuis 1990, de sérieuses difficultés perdurent en termes d’accès : le taux moyen de scolarisation dans cette région est de 79 %, soit 14 points de pourcentage de moins que la moyenne des pays de l’OCDE (93 %) (Arias Ortiz et al., 2023[3]).
Le faible taux net de scolarisation dans le secondaire en Amérique latine et dans les Caraïbes pourrait expliquer en partie le pourcentage médiocre de réussite à ce niveau d’études. Le taux de réussite dans l’enseignement secondaire – défini comme le pourcentage d’élèves d’un groupe d’âge donné ayant achevé avec succès le premier ou le deuxième cycle du secondaire – est nettement inférieur à celui observé dans le primaire. La moyenne de la région ALC est de 65.7 % – les pourcentages les plus élevés étant recensés au Chili, au Pérou et en Bolivie, et les plus faibles au Guatemala, au Honduras et en Uruguay. Autrement dit, plus d’un tiers de la population de la région n’atteint pas ce niveau (Arias Ortiz et al., 2023[3]). Si le taux de réussite en Amérique latine et dans les Caraïbes est supérieur à la moyenne mondiale (53.2 %), il est inférieur de 15 points de pourcentage à la moyenne de l’OCDE (80 %) (Arias Ortiz et al., 2023[3])
La ventilation de ces données par pays permet de mieux comprendre les variations observées dans la région et de mettre en évidence les domaines dans lesquels des progrès ont été accomplis. Le Costa Rica et le Mexique (ainsi que le Portugal et la Türkiye) figuraient parmi les pays de la base de données de Regards sur l’éducation (voir l’Encadré 2.1) affichant la plus forte augmentation du pourcentage de jeunes adultes diplômés du deuxième cycle du secondaire, avec une hausse d’au moins 10 points de pourcentage des 25-34 ans ayant obtenu leur diplôme entre 2016 et 2023 (OCDE, 2024[4]). En 2016, la proportion de jeunes adultes (25-34 ans) non diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire était de 50 % au Costa Rica et de 53 % au Mexique. En 2023, ce pourcentage était tombé respectivement à 38 % et 42 %, avec des baisses similaires constatées en Colombie, au Brésil et au Pérou (OCDE, 2024[4]). Ces données témoignent de l’incidence des politiques publiques inclusives axées sur la réduction de l’abandon prématuré de la scolarité, telles que la scolarité obligatoire et les programmes d’enseignement dits « de la deuxième chance ». Il reste cependant encore beaucoup à faire. Parmi les cinq pays de la région ALC pour lesquels des données sur les taux de réussite sont disponibles dans Regards sur l’éducation, la proportion de jeunes adultes non diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire reste nettement supérieure à la moyenne de l’OCDE, qui s’établissait à 14 % en 2023 (Graphique 2.2).
Encadré 2.1. Regards sur l’éducation : vue d’ensemble
Copier le lien de Encadré 2.1. <em>Regards sur l’éducation :</em> vue d’ensembleL’édition 2024 de Regards sur l’éducation, rapport préparé par l’Organisation de coopération et de développement économiques, présente un ensemble étoffé d’indicateurs actualisés et comparables que les experts jugent pertinents pour évaluer la situation actuelle de l’éducation à l’échelle internationale. Ces indicateurs rendent compte des moyens humains et financiers mobilisés en faveur de l’éducation, du fonctionnement et de l’évolution des systèmes d’éducation et d’apprentissage et du rendement des investissements consentis dans l’éducation.
Les données figurant dans le rapport Regards sur l’éducation sont compilées par les indicateurs de l’OCDE, qui visent davantage à évaluer les performances globales des systèmes d’éducation des pays qu’à comparer les différents établissements ou les entités infranationales.
Groupes d’indicateurs
Les indicateurs sur la production, les retombées et les impacts des systèmes d’éducation : les indicateurs sur la production analysent les caractéristiques des effectifs scolarisés qui sortent du système d’éducation, comme leur niveau de formation. Les indicateurs sur les retombées analysent les effets directs de la production des systèmes d’éducation, par exemple l’amélioration des perspectives professionnelles et salariales résultant de l’élévation du niveau de formation. Les indicateurs sur l’impact analysent les effets indirects à long terme de la production des systèmes d’éducation, par exemple les connaissances et les compétences acquises, la contribution à la croissance économique et au bien-être sociétal, la cohésion sociale et l’équité.
Les indicateurs sur la scolarisation et les parcours scolaires : ces indicateurs évaluent la probabilité d’accéder aux différents niveaux d’enseignement, de s’y inscrire et de les réussir, et décrivent les divers parcours suivis entre les types de formation et les niveaux d’enseignement.
Les indicateurs sur les intrants des systèmes d’éducation et des environnements d’apprentissage : ces indicateurs décrivent les leviers politiques dont résultent les taux de scolarisation et les parcours scolaires, ainsi que la production et les retombées des systèmes d’éducation à chaque niveau d’enseignement. Ces leviers politiques portent sur les ressources investies dans l’éducation, dont les moyens financiers, humains (enseignants et autres personnels de l’éducation) et matériels (bâtiments et infrastructures). Ces indicateurs décrivent aussi les orientations politiques, notamment l’environnement d’apprentissage en classe, les matières enseignées et les méthodes pédagogiques. Enfin, ils analysent l’organisation des établissements et des systèmes d’éducation, notamment la gouvernance et l’autonomie, et des politiques spécifiques visant à réguler l’accès à certaines formations.
Champ couvert par les données statistiques
Bien que limités dans de nombreux pays faute de données suffisantes, les indicateurs portent en principe sur le système d’éducation dans son ensemble (sur le territoire national), quels que soient le statut ou le mode de financement des établissements à l’étude et les mécanismes selon lesquels l’enseignement est dispensé. En règle générale, toutes les catégories d’élèves et d’étudiants et tous les groupes d’âge sont inclus : les enfants et les jeunes (y compris ceux ayant des besoins spécifiques d’éducation), les adultes et les ressortissants nationaux et étrangers, ainsi que les individus en formation à distance, inscrits dans l’enseignement spécialisé ou adapté ou suivant une formation organisée par un ministère autre que le ministère de l’Éducation, à condition que l’enseignement dispensé ait pour principal objectif de former les individus.
Pays et économies participants
La présente publication contient des données sur l’éducation provenant de tous les pays membres de l’OCDE et du Brésil, un pays partenaire qui participe au Programme INES, ainsi que d’autres pays partenaires du G20 ou de pays en passe d’accéder à l’OCDE qui ne sont pas membres des réseaux INES (l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, l’Argentine, la Bulgarie, la Croatie, l’Inde, l’Indonésie, le Pérou, la République populaire de Chine et la Roumanie). Les données des pays ne participant pas au Programme INES proviennent de collectes régulières de données de l’INES ou d’autres sources internationales ou nationales.
Source : (OECD, 2023[5]).
L’amélioration des taux de réussite est étroitement liée à l’évolution plus générale du niveau des élèves et du redoublement au sein du système éducatif. Le taux de redoublement est l’un des principaux facteurs ayant une incidence sur le taux de réussite. Au cours de la dernière décennie, ce taux a diminué dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, ce qui a par ailleurs entraîné une amélioration des taux de réussite. Par exemple, dans le cas de l’enseignement primaire, le taux de redoublement a diminué de 1.7 point de pourcentage en moyenne (passant de 5.5 % en 2010 à 3.8 % en 2018), même s’il reste supérieur à la moyenne de l’OCDE de 1.3 % en 2018 (Arias Ortiz et al., 2023[3]). Dans le premier cycle du secondaire, ce taux diminue également, même s’il reste supérieur à celui de l’enseignement primaire dans les pays de l’OCDE comme dans la région ALC.
Dans le prolongement d’une tendance à la baisse déjà observée (OECD, 2020[6]), le pourcentage d’élèves de 15 ans ayant redoublé a continué de reculer entre 2018 et 2022. Si, dans les pays de l’OCDE, environ 11 % des élèves avaient redoublé au moins une fois en 2018, ce chiffre est tombé à 9 % en 2022, soit une baisse globale de près de 2 points de pourcentage. Certaines des plus fortes baisses du taux de redoublement – 6 points de pourcentage minimum – ont été observées dans de nombreux pays de la région ALC, notamment en Argentine, au Brésil, au Chili, au Costa Rica, au Guatemala, au Mexique, au Panama, au Pérou, en République dominicaine et en Uruguay. En revanche, en Colombie, ce taux est resté élevé, à près de 40 % (OECD, 2023[5]).
Graphique 2.2. Évolution du pourcentage des 25-34 ans qui ne sont pas diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire (2016 et 2023)
Copier le lien de Graphique 2.2. Évolution du pourcentage des 25-34 ans qui ne sont pas diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire (2016 et 2023)
Source : OCDE, base de données de Regards sur l’éducation 2024.
Malgré cette évolution positive, dans la région, certains pays sont toujours confrontés à des proportions élevées de jeunes adultes non diplômés du deuxième cycle du secondaire. Les pourcentages les plus importants sont recensés au Costa Rica, où, dans la tranche d’âge 25-34 ans, 41 % des hommes et 36 % des femmes sont concernés, et au Mexique où la proportion est de 42 % chez les hommes et les femmes. En Argentine, 40 % des élèves – garçons comme filles – du secondaire quittent l’école sans diplôme.
Les adultes dépourvus de diplôme du deuxième cycle de l’enseignement secondaire sont confrontés à de sérieuses difficultés sur le marché du travail, qui se traduisent par des taux de chômage plus élevés et des salaires plus faibles, en moyenne, que ceux des adultes ayant un niveau de formation plus élevé (OCDE, 2024[4]). Dans la mesure où le monde de l’éducation évolue, il pourrait être nécessaire de mettre l’accent sur l’apprentissage tout au long de la vie et sur la formation continue afin de garantir que tous les individus puissent continuer de s’adapter aux mouvements rapides sur le marché de l’emploi.
Différences entre les genres en matière de scolarisation et de maintien dans l’enseignement secondaire
Copier le lien de Différences entre les genres en matière de scolarisation et de maintien dans l’enseignement secondaireLa scolarisation dans le secondaire doit encore être améliorée, mais, en outre, l’écart observé dans la majorité des pays de la région ALC concerne aussi les garçons (76 % pour ces derniers et 78% pour les filles en 2019 (Graphique 2.3) (Banque mondiale, 2021[7]). Dans de nombreux pays de cette région, les garçons présentent également un taux de réussite inférieur à celui des filles, et ce, dès le premier cycle de l’enseignement secondaire (Banque mondiale, 2021[7]). En Amérique latine et dans les Caraïbes, le taux de réussite parmi les filles est de 68.7 % en moyenne, contre 61.5 % parmi les garçons – soit une différence de presque 7 points de pourcentage (Arias Ortiz et al., 2023[3]).
Graphique 2.3. Le taux de scolarisation des garçons dans le secondaire est inférieur à celui des filles dans la majorité des pays de la région ALC
Copier le lien de Graphique 2.3. Le taux de scolarisation des garçons dans le secondaire est inférieur à celui des filles dans la majorité des pays de la région ALCTaux net d’inscription dans le secondaire (2017-19, dernières données disponibles)
Source : Indicateurs de la Banque mondiale ; Institut de statistique de l’UNESCO (ISU)
En Amérique latine et dans les Caraïbes, les taux d’abandon scolaire prématuré restent également élevés : 19 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans ne fréquentent aucun établissement d’enseignement et n’ont pas achevé leurs études secondaires (Arias Ortiz et al., 2023[3]). Cette réalité concerne tout particulièrement les garçons de la région, où l’écart entre les genres en matière de scolarisation et de réussite est « inversé » : par rapport aux filles et aux jeunes femmes, les garçons et les jeunes hommes sont plus susceptibles d’abandonner leurs études secondaires et supérieures.
Ces chiffres se vérifient alors même que le redoublement – pratique en recul malgré tout – est plus fréquent chez les garçons de 15 ans que chez les filles interrogées dans le cadre de l’enquête PISA 2022 (OECD, 2023[5]). Sur les 81 pays ayant participé à cette enquête, 69 comptaient plus de garçons que de filles ayant redoublé au primaire ou au secondaire, tous les pays de la région ALC figurant dans cette catégorie. Le redoublement vise à donner aux élèves une « deuxième chance » d’améliorer leurs résultats et de maîtriser les connaissances et les compétences attendues à leur niveau d’études (OECD, 2023[5]). Toutefois, des travaux antérieurs ont révélé que le redoublement avait surtout des effets négatifs sur les résultats des élèves. Par exemple, par rapport aux élèves qui n’ont pas redoublé au primaire ou au secondaire, les élèves qui ont redoublé ont tendance à obtenir de moins bons résultats scolaires et à avoir un état d’esprit plus négatif à l’égard de l’école à l’âge de 15 ans ; ils sont également plus susceptibles d’abandonner une fois scolarisés dans le secondaire (Miyako et García, 2014[8] ; Manacorda, M., 2012[9])En outre, le redoublement peut être une mesure coûteuse, puisqu’il implique généralement une augmentation des dépenses en matière d’éducation et un retard de l’entrée des élèves sur le marché du travail (Education Endowment Foundation, 2023[10]).
En conséquence, dans la région ALC, le taux généralement faible d’assiduité, de progression et de réussite des garçons dans l’enseignement secondaire et supérieur est devenu l’un des plus grands défis liés au genre. Dans la majorité des pays de cette région, le taux de réussite des garçons dans le premier cycle du secondaire est inférieur à celui des filles (Graphique 2.4).
Graphique 2.4. Le taux de réussite des garçons dans le premier cycle du secondaire est inférieur à celui des filles dans la majorité des pays de la région ALC
Copier le lien de Graphique 2.4. Le taux de réussite des garçons dans le premier cycle du secondaire est inférieur à celui des filles dans la majorité des pays de la région ALCTaux de réussite du premier cycle de l’enseignement secondaire, hommes/femmes (en % du groupe d’âge concerné), dernières données 2019-23
Note : Les nombres correspondent aux dernières données pour la période 2019-20. L’indicateur est calculé comme le nombre de nouveaux inscrits dans la dernière année du premier cycle de l’enseignement secondaire, quel que soit l’âge, divisé par la population à l’âge d’entrée dans la dernière année du premier cycle de l’enseignement secondaire. Un nombre supérieur à 100 indique la prise en compte des élèves inscrits tardivement et des élèves trop âgés.
Source : Indicateurs de la Banque mondiale ; Institut de statistique de l’UNESCO (ISU)
Les taux d’abandon scolaire élevés parmi les adolescents ont de profondes répercussions. La sortie précoce du système éducatif est un facteur limitant en termes de compétences pour les nouvelles générations qui entrent sur le marché du travail. Elle réduit la productivité actuelle et affaiblit la capacité d’un pays à faire face aux phases ultérieures de la transition démographique lorsque les taux de dépendance augmentent. Les adolescents et adolescentes déscolarisés sont plus exposés à des risques tels que les grossesses précoces, la toxicomanie, la violence et la criminalité – défis d’autant plus difficiles à relever en dehors d’environnements structurés. En outre, pendant l’adolescence, les traits de la personnalité d’un individu (notamment ses capacités de planification, d’organisation et de prise de décision) sont encore en cours de construction : quitter prématurément le cadre scolaire peut entraver le développement des jeunes concernés (Kattan et Székely, 2015[11]).
Les taux d’abandon au cours du deuxième cycle de l’enseignement secondaire en Amérique latine et dans les Caraïbes peuvent être attribués à la combinaison de différents facteurs structurels et économiques et de facteurs liés au marché du travail. La pression démographique grandissante que subissent les structures du deuxième cycle de l’enseignement secondaire est l’un des principaux facteurs d’abandon. Cela s’explique en partie par le fait qu’un plus grand nombre d’élèves – notamment ceux issus de milieux à faible revenu – achèvent le premier cycle du secondaire, devenant dès lors admissibles au deuxième cycle. Si ce développement constitue un progrès en termes d’accès, il a également fait augmenter la proportion d’élèves vulnérables qui intègrent des systèmes éducatifs souvent mal préparés pour répondre aux besoins spécifiques de ces jeunes. Souvent confrontés à des conditions socio-économiques défavorables depuis leur prime enfance, une fois engagés dans le deuxième cycle du secondaire, ces élèves peuvent se retrouver dans des environnements qui ne leur offrent pas un accompagnement optimal. Cela se traduit alors par des taux d’abandon plus élevés. Faute de formation suffisante des enseignants, de soutien psychosocial et de stratégies pédagogiques inclusives, les établissements scolaires risquent de pousser ces élèves sans le vouloir en dehors du système (Kattan et Székely, 2015[11]).
Un deuxième ensemble de facteurs est lié au contexte économique de façon plus générale. Même si, dans la région, les taux de croissance du PIB ne semblent pas avoir de forte corrélation statistique avec l’évolution des taux d’abandon scolaire, la forte baisse de l’inflation au cours des deux dernières décennies a été systématiquement associée à une amélioration du taux de poursuite des études. Cela donne à penser que la stabilité macroéconomique joue un rôle crucial en ce qu’elle permet aux ménages d’investir durablement dans l’éducation. Les avantages de cette stabilité ont toutefois été contrebalancés par l’afflux simultané d’élèves issus de milieux plus défavorisés, qui a accentué les pressions pesant sur les établissements scolaires. Dans ce contexte, si la situation macroéconomique ne s’était pas améliorée, les taux d’abandon auraient pu être encore plus élevés, ce qui souligne l’incidence d’un environnement économique stable sur les résultats scolaires (Kattan et Székely, 2015[11]).
La situation du marché du travail influe également sur les schémas de décrochage. En général, lorsque le revenu des ménages augmente, les familles sont plus susceptibles d’investir dans l’éducation de leurs enfants, ce qui renforce l’idée selon laquelle la majorité des familles privilégient l’instruction lorsqu’elles en ont les moyens. Toutefois, lorsque les salaires et les perspectives d’emploi des adolescents augmentent – en particulier dans les pays à faible revenu –, l’effet d’attraction ainsi créé peut inciter les jeunes à quitter l’école pour entrer sur le marché du travail. Cet effet de substitution, selon lequel les gains immédiats de revenu sont privilégiés par rapport aux investissements à plus long terme dans l’éducation, semble particulièrement prononcé dans les pays où les taux d’abandon prématuré de la scolarité sont les plus élevés et où les familles sont confrontées à des contraintes financières plus urgentes. Cet effet est particulièrement prononcé chez les garçons qui sont souvent plus nombreux que les filles à saisir les opportunités offertes sur le marché du travail, illustrant sans doute les normes et les attentes dominantes fondées sur le genre en matière de génération de revenus et de soutien familial (Kattan et Székely, 2015[11]).
Évolution des disparités entre les genres en matière de scolarisation dans l’enseignement supérieur
Copier le lien de Évolution des disparités entre les genres en matière de scolarisation dans l’enseignement supérieurParallèlement au recul d’environ 10 points de pourcentage dans plusieurs pays de la région ALC de la part des jeunes adultes (25-34 ans) non diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire (voir la section ci-dessus), la scolarisation dans l’enseignement supérieur ont augmenté. Cette progression n’est toutefois pas homogène. Aujourd’hui, plus de 60 % des femmes en Amérique latine et dans les Caraïbes sont inscrites dans une filière de l’enseignement supérieur, contre moins de 50 % des hommes (Graphique 2.5). Ce chiffre marque une évolution significative par rapport à 1970, où seulement 5 % des femmes de la région poursuivaient leurs études au-delà du secondaire. (Willige, 2023[12])
Graphique 2.5. En Amérique latine, les femmes ont aujourd’hui un niveau d’éducation supérieur à celui des hommes.
Copier le lien de Graphique 2.5. En Amérique latine, les femmes ont aujourd’hui un niveau d’éducation supérieur à celui des hommes.Taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur en Amérique latine et dans les Caraïbes (rapport entre le nombre total d’inscrits de sexe masculin et de sexe féminin remplissant les conditions requises)
Source : Institut de statistique de l’UNESCO (ISU)
D’après les données de l’UNESCO, l’Amérique latine et les Caraïbes se classent au deuxième rang mondial en termes de parité dans l’enseignement supérieur, derrière l’Océanie (qui comprend l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi que 12 autres pays). Au niveau de cette région, l’écart entre les genres dans l’enseignement supérieur a commencé à s’inverser dès 1993 – un an seulement après l’émergence de cette tendance dans les pays de l’Union européenne et huit ans avant qu’elle ne devienne une réalité mondiale. Le Panama a été le premier pays de la région à atteindre la parité dans l’enseignement supérieur en 1973, suivi de l’Uruguay en 1979, de l’Argentine en 1989 et du Mexique en 2016 (Willige, 2023[12]).
Le Rapport du Forum économique mondial de 2022 sur les disparités entre les genres a fait ressortir des niveaux de parité élevés en Amérique latine et dans les Caraïbes, 18 pays de la région ayant comblé leur écart entre les genres dans l’enseignement supérieur (WEF, 2022[13]). Toutefois, il a également souligné que d’autres pays, notamment El Salvador, le Honduras et le Guatemala, ont des taux de scolarisation, garçons et filles confondus, faibles par rapport aux taux observés chez certains de leurs voisins. Dans la majorité des pays de la région ALC, ces progrès sont malgré tout significatifs, puisque l’élévation du niveau d’instruction des femmes est liée à la réduction des inégalités économiques et à la promotion du développement durable.
Maintenir la hausse des inscriptions à l’université parmi les femmes est fondamental, mais il est tout aussi important de veiller à ce que le marché du travail puisse accueillir leurs compétences et s’adapter à leurs besoins. La région a accompli des progrès remarquables au cours des 50 dernières années – il sera crucial de tirer parti de cette dynamique pour les décennies à venir.
Évolution globale du niveau de formation
Copier le lien de Évolution globale du niveau de formationComme le souligne ce chapitre, le niveau d’études en Amérique latine et dans les Caraïbes a fortement progressé au cours des dernières décennies. Outre les taux d’inscription et de réussite, l’augmentation du nombre moyen d’années de scolarité chez les adultes âgés de 25 à 65 ans est un autre indicateur manifeste de cette progression. D’après la base de données socioéconomiques pour l’Amérique latine et les Caraïbes (SEDLAC), le nombre moyen d’années de scolarité est passé de 7 ans en 1990 à 9.5 ans en 2020. Grâce à ces progrès, la part des adultes ayant un niveau d’études faible (9 ans de scolarité ou moins) a reculé et la part des adultes ayant un niveau d’études moyen (9 à 13 ans) ou élevé (plus de 13 ans) a augmenté. Malgré cela, par rapport aux pays de l’OCDE, les pays d’Amérique latine affichent toujours une plus forte proportion d’adultes ayant un faible niveau d’études et une moindre proportion d’adultes ayant un niveau d’études moyen ou élevé.
Dans la majorité des pays d’Amérique latine, les niveaux de formation des hommes et des femmes sont similaires. En 2019, 38.8 % des hommes et 38.4 % des femmes ont été recensés comme ayant un niveau d’études faible, contre 40.0 % et 37.6 % ayant un niveau d’études moyen. La proportion de femmes peu instruites varie selon les pays, allant de 30 % ou moins en Argentine, au Chili et au Panama, à plus de 50 % au Salvador et au Honduras (Graphique 2.6). Même si les femmes de la région ont souvent un niveau d’études plus élevé que les hommes, leur proportion parmi les adultes très instruits reste inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Par exemple, 36.7 % des femmes d’âge actif en Argentine, 32.4 % au Panama et 31.0 % au Chili comptent plus de 13 années d’études, contre 42 % dans les pays de l’OCDE (OECD, 2023[5]).
Graphique 2.6. Répartition des niveaux d'éducation parmi les 25–65 ans, selon le sexe.
Copier le lien de Graphique 2.6. Répartition des niveaux d'éducation parmi les 25–65 ans, selon le sexe.
Note : Le graphique présente des pourcentages. Les données qui ont été utilisées sont les plus récentes disponibles sur le nombre moyen d’années d’études. Les adultes ayant un niveau d’études faible, moyen ou élevé ont respectivement une période de scolarité inférieure à neuf ans, comprise entre neuf et treize ans, et supérieure à treize ans.
Source : Calculs des auteurs fondés sur la base de données SEDLAC et la base de données de l’OCDE.
Conclusion
Copier le lien de ConclusionMalgré des progrès notables en matière de scolarisation et de parité dans l’enseignement primaire et secondaire, l’Amérique latine et les Caraïbes restent confrontées à des difficultés persistantes pour faire en sorte que les élèves – notamment les garçons – poursuivent leurs études et achèvent le deuxième cycle de l’enseignement secondaire. De plus en plus, l’achèvement de ce niveau est essentiel à la réussite sur le marché du travail. En outre, un abandon scolaire prématuré limite à la fois les perspectives individuelles et le développement économique au sens large.
Si plusieurs pays de la région ont grandement amélioré les taux de réussite dans l’enseignement secondaire et réduit le redoublement, une proportion non négligeable de jeunes sortent encore prématurément du système éducatif. Les raisons expliquant ce phénomène sont complexes et pluridimensionnelles, allant des obstacles structurels au sein du système éducatif aux pressions économiques et aux attentes socioculturelles. Les garçons sont touchés de manière disproportionnée, avec des taux de redoublement plus élevés, une progression plus faible tout au long de la scolarité et une plus grande probabilité de quitter prématurément le système éducatif, souvent en raison de la pression à entrer rapidement dans la vie active et des normes de genre qui sous-estiment leur intérêt pour les études. Dans les contextes où les salaires et la disponibilité des emplois pour les adolescents s’améliorent, les jeunes en âge d’aller à l’école, en particulier les garçons, sont susceptibles de quitter l’école pour chercher des revenus à court terme. Cet effet de substitution est particulièrement marqué dans les pays où le taux d’abandon prématuré de la scolarité est élevé et où les besoins financiers des ménages sont plus urgents. Les attentes culturelles concernant les responsabilités économiques des garçons peuvent accélérer encore leur sortie prématurée du système éducatif, car les familles privilégient un revenu immédiat à la poursuite des études.
Il est encourageant de constater que la hausse de la réussite scolaire dans le secondaire a coïncidé avec une augmentation des inscriptions dans l’enseignement supérieur, en particulier chez les femmes. Cela témoigne d’une transformation plus générale de l’accès à l’éducation et des aspirations à l’échelle de la région. Il convient néanmoins de s’assurer que la réduction des disparités entre les genres en matière de réussite scolaire va de pair avec la mise en place de stratégies visant à soutenir les élèves les plus exposés au risque de décrochage. Il sera essentiel d’abaisser le taux d’abandon prématuré de la scolarité et de veiller à ce que tous les jeunes puissent bénéficier d’un enseignement secondaire de qualité pour bâtir un avenir plus équitable et plus prospère en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Références
[3] Arias Ortiz, E. et al. (2023), The State of Education in Latin America and the Caribbean, https://doi.org/10.18235/0005515.
[2] Banque mondiale (2023), Can we achieve gender parity in education while leaving boys out of school?.
[7] Banque mondiale (2021), Reducing boys’ school dropout and helping boys at risk, http://documents.worldbank.org/curated/en/936601642743773671.
[10] Education Endowment Foundation (2023), Teaching and Learning Toolkit..
[11] Kattan, R. et M. Székely (2015), Analyzing the Dynamics of School Dropout in Upper Secondary Education in Latin America: A Cohort Approach., World Bank Policy Research Working Paper No. 7223, https://ssrn.com/abstract=2585798.
[9] Manacorda, M. (2012), The Cost of Grade Retention, https://doi.org/10.1162/REST_a_00165.
[8] Miyako, I. et E. García (2014), Grade repetition: A comparative study of academic and non-academic consequences, OECD Publishing, https://policytoolbox.iiep.unesco.org/library/UNNTJFH3.
[4] OCDE (2024), Regards sur l’éducation 2024 : Les indicateurs de l’OCDE.
[5] OECD (2023), PISA 2022 Results (Volume II): Learning During – and From – Disruption, PISA, OECD Publishing, https://doi.org/10.1787/a97db61c-en.
[6] OECD (2020), PISA 2018 Results (Volume V): Effective Policies, Successful Schools, OECD Publishing, https://doi.org/10.1787/ca768d40-en.
[1] OECD (2017), Educational attainment and investment in education in Ibero-American countries, https://centroestudios.mineduc.cl/wp-content/uploads/sites/100/2017/07/50-EN-Educational-attainment-and-investment-in-education.pdf.
[13] WEF (2022), Global Gender Gap Report 2022, https://www.weforum.org/publications/global-gender-gap-report-2022/.
[12] Willige, A. (2023), This is how Latin American women came to be more educated than men, https://www.weforum.org/agenda/2023/04/women-s-education-gender-gap-latin-america/.