La planification de la réinsertion à long terme de ses anciens combattants place l’Ukraine devant un défi exceptionnel par son ampleur et sa complexité. Les années de guerre totale créent une demande sans précédent de services de soutien, notamment en santé mentale, qui fait peser une charge supplémentaire sur des infrastructures de santé mentale déjà très sollicitées et en partie endommagées (Goto et al., 2023[40]).
Il existe également des défis structurels liés à l’environnement social dans lequel les anciens combattants devront se réintégrer. Les préjugés encore nombreux sur le handicap et la santé mentale en particulier contribuent à une sous-utilisation des services et à un sous-investissement chronique dans les soins de santé mentale de proximité.
Ces problèmes sont aggravés par les tensions plus générales sur le marché du travail et les effectifs de la fonction publique. La guerre accélère le déclin démographique, ce qui réduit encore le nombre de professionnels de santé mentale (potentiellement) disponibles et complique le déploiement de renforts face à une demande en forte hausse. Autant les anciens combattants auront besoin d’un accompagnement psychologique à grande échelle, autant nombre d’entre eux seront également essentiels pour étoffer les équipes dans certains services.
Ces facteurs conjugués créent un environnement dans lequel il sera difficile d’apporter à l’ensemble des anciens combattants du pays un accompagnement psychologique efficace au sein même et en dehors du système de santé. L’expérience internationale montre que les politiques et pratiques ciblées, les modèles coordonnés de prestation de services et l’investissement stratégique dans les ressources humaines peuvent aider les pays à réagir efficacement face à de multiples contraintes. Les parties suivantes examinent les interventions actuelles des pouvoirs publics en Ukraine et tirent les enseignements de l’expérience acquise dans les pays de l’OCDE et pays partenaires.