La réintégration des anciens combattants représente aujourd’hui pour l’Ukraine un défi sans précédent. Début 2026, plus de 1.4 million de combattants étaient enregistrés comme anciens combattants, soit trois fois plus qu’en 2022. La cessation des hostilités s’accompagnera du retour à la vie civile d’une vague massive de militaires – parmi lesquels bon nombre de déplacés, de blessés et de victimes de traumatismes psychologiques. L’ampleur de ce phénomène dépasse tout ce que l’on a pu voir dans l’histoire récente des pays de l’OCDE et touche une Ukraine déjà aux prises avec un taux élevé de pauvreté, un déclin démographique, une réduction des capacités des services publics et une surcharge des infrastructures de santé mentale après plusieurs années de guerre. Malgré les réformes en cours et la création d’outils numériques comme Diia et MARTA, les systèmes ukrainiens permettant de repérer précocement les besoins et de proposer en temps opportun un accompagnement psychologique global ne sont pas suffisamment développés, alors qu’ils sont déterminants pour la réussite à long terme de la réinsertion.
Recommandations d’action pour l’Ukraine
Renforcer le repérage et l’intervention précoces lors de la phase de transition.
Prévoir une évaluation des besoins obligatoire et structurée avant la démobilisation, englobant la santé (y compris la santé mentale), l’aptitude à l’emploi, les compétences, le logement, les revenus et la situation familiale.
Créer un parcours de transition intégré mobilisant les systèmes de la défense, de la santé, des services sociaux, de l’emploi et de l’éducation pour assurer une circulation fluide des données et un soutien dans tous les domaines.
Élaborer un modèle de soutien à plusieurs niveaux comportant un programme universel de base pour l’ensemble des anciens combattants en phase de transition et une prise en charge coordonnée et renforcée des groupes ayant des besoins importants (p. ex. militaires libérés pour raisons de santé, blessés graves, déplacés).
Renforcer le soutien dans le domaine de l’emploi et des compétences, notamment par la reconnaissance des compétences militaires, les réseaux d’employeurs et l’accompagnement des anciens combattants par des conseillers et conseillères spécialisés au sein des services de l’emploi.
Assurer des capacités de coordination au niveau local, en s’inspirant par exemple du modèle français et de ses antennes départementales pour créer des centres de services aux anciens combattants dans les districts.
Mettre en place un système intégré permettant de proposer en temps utile un accompagnement psychologique.
Prévoir un examen de santé mentale dans le processus de démobilisation, pour que la détection précoce de l’état de stress post-traumatique (ESPT) et d’autres troubles soit systématiquement intégrée à la phase de transition.
Assurer la continuité des soins en renforçant la coordination entre les services de santé des armées et les professionnels de santé mentale du secteur civil.
Augmenter rapidement le nombre de professionnels de santé mentale, en proposant des parcours accélérés de formation aux thérapies axées sur les traumatismes, en confiant certaines tâches aux professions intermédiaires et en développant les réseaux structurés de soutien par les pairs.
Développer les services de santé mentale de proximité pour assurer une prise en charge précoce des anciens combattants et de leurs familles, réduire la stigmatisation et couvrir l’ensemble du territoire, y compris les zones rurales sous-dotées et les populations déplacées.
Mettre en place des programmes ciblés pour les groupes à haut risque, notamment les anciens combattants gravement blessés ou souffrant d’isolement social ainsi que les familles exposées à un stress cumulatif.
La présente note se concentre sur certains aspects de l’accompagnement des anciens combattants, notamment la transition de la vie militaire à la vie civile et divers aspects des politiques de santé mentale dans ce contexte. Elle offre une vue d’ensemble des politiques existantes en Ukraine et dans certains pays de l’OCDE, et rend compte des travaux menés par la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE dans le cadre du Programme‑pays de l’OCDE pour l’Ukraine (Encadré 1).