Ce chapitre propose tout d’abord un tour d’horizon des déterminants directement responsables du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution, des tendances socioéconomiques qui les sous-tendent, et de leurs interactions dans le cadre des politiques actuelles. Il examine ensuite ces déterminants et propose une analyse quantitative de leur évolution passée et future, du point de vue de l’offre comme de celui de la demande, mettant en évidence le rôle essentiel de l’efficacité et de l’utilisation des ressources associée. Enfin, il présente une vision globale des perspectives d’évolution des principaux déterminants de la triple crise planétaire en l’absence de politiques plus ambitieuses.
Perspectives de l’environnement sur la triple crise planétaire
2. Déterminants historiques et futurs de la triple crise planétaire
Copier le lien de 2. Déterminants historiques et futurs de la triple crise planétaireDescription
2.1. Introduction
Copier le lien de 2.1. IntroductionCe chapitre examine les principaux déterminants sous-jacents de la triple crise planétaire, et leur évolution dans l’hypothèse du maintien des politiques actuelles. Il s’appuie sur le cadre général d’analyse déterminant-pression-état-impact-réponse (DPSIR, driver-pressure-state-impact-response) décrit au chapitre 1 afin d’évaluer dans quelle mesure les pressions exercées sur l’environnement s’expliquent par l’évolution de leurs déterminants.
Les déterminants de la triple crise planétaire comportent plusieurs dimensions. Certains sont directs : par exemple, conduire un véhicule thermique émet des gaz à effet de serre (GES) et contribue à la pollution de l’air. D’autres sont indirects : la croissance démographique accroît la demande de denrées alimentaires et d’autres produits de base, et leur production entraîne des pressions de plus en plus fortes sur l’environnement. Pour analyser ces déterminants, il convient de faire la distinction entre les grandes tendances socioéconomiques et les déterminants spécifiques. Les tendances socioéconomiques – comme la croissance démographique – sont les principaux déterminants de l’évolution de l’activité économique, qui elle-même influe sur les pressions environnementales (Graphique 2.1).1 Plusieurs déterminants transversaux peuvent aussi influer sur ces liens, notamment l’utilisation des ressources. Le Graphique 2.1 présente les liens étudiés dans ce chapitre, tels que représentés dans la boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement2.
Comme l’indiquent également certains travaux publiés (ex. : Riahi et al. (2017[1])) et comme détaillé au chapitre 1, les projections présentées dans ce chapitre excluent les effets de rétroaction de la dégradation de l’environnement. Ces projections servent de référence pour évaluer les impacts. La modélisation utilisée aux fins du présent rapport fournit des projections de l’influence exercée par les déterminants sur les pressions, puis sur les états, les impacts et les réponses. Il est capital, pour mener des analyses coûts-bénéfices des politiques environnementales, d’évaluer les effets de rétroaction de la dégradation de l’environnement, mais les retombées indirectes de ces rétroactions sur les pressions environnementales et, partant, sur l’état de l’environnement, sont bien plus limités.
En cas de politiques environnementales inchangées, et en l’absence d’effets de rétroaction de la dégradation de l’environnement sur ces tendances et ces déterminants, l’évolution prévue de ces grandes tendances socioéconomiques à l’échelle mondiale peut être résumée ainsi :
La croissance démographique se poursuit dans de nombreux pays, mais à un rythme plus lent que par le passé.
Les niveaux de revenu par habitant convergent en partie, même si des différences importantes persistent entre les régions.
La croissance de la productivité du travail varie selon les secteurs et continue de tirer la croissance économique dans toutes les régions.
Les services représentent une part croissante du produit intérieur brut (PIB) mondial.
Les politiques environnementales – et connexes – en vigueur continuent d’influer sur la relation entre activité économique et pressions environnementales, c’est-à-dire que les pressions environnementales ne croissent pas proportionnellement à l’activité économique.
Une synthèse des principales sources de données utilisées pour élaborer ces projections est fournie à l’Annexe 2.A.
Graphique 2.1. Liens entre les tendances socioéconomiques, les déterminants, les facteurs transversaux et les pressions environnementales
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Note : Les projections présentées dans ce chapitre correspondent à un scénario à politiques inchangées et ne tiennent donc pas compte des effets de rétroaction de la dégradation de l’environnement. C’est pourquoi les effets de rétroaction de la dégradation de l’environnement liés aux pressions ne sont pas représentés dans ce graphique.
Source : Élaboré par les auteurs.
Les déterminants économiques des pressions environnementales peuvent être répartis en trois catégories : (i) production et offre, (ii) composition de la demande (commerce international inclus), et (iii) efficacité (ou productivité). Pour quantifier ces facteurs, il faut déterminer l’ampleur des activités économiques et leur structure, et évaluer dans quelle mesure elles entraînent des pressions sur l’environnement (en décomposant généralement les changements constatés dans les pressions, voir par exemple (Kaya et Yokobori, 1997[2] ; Grossman et Krueger, 1991[3]). L’efficacité est déterminée dans une large mesure par les progrès technologiques et elle est parfois qualifiée d’effet technique.
Si toutes les activités économiques entraînent une certaine pression sur l’environnement, deux grands secteurs ont des retombées importantes à la fois sur le changement climatique, le déclin de la biodiversité et la pollution, à savoir (i) l’énergie et (ii) l’agriculture et l’utilisation des terres. D’autres activités économiques contribuent également aux pressions exercées sur l’environnement, notamment les activités minières polluantes, la production et la consommation de plastiques et d’autres produits chimiques, et les procédés industriels émetteurs de GES autres que l’utilisation de combustibles fossiles. C’est pourquoi les sections suivantes examinent les facteurs liés à la production, à la composition et à l’efficacité au niveau des secteurs. Il convient de noter que les déterminants économiques et facteurs institutionnels sous-jacents, y compris les défaillances des marchés, influent sur l’évolution des pressions environnementales, même s’ils sont difficiles à quantifier et à prévoir, comme indiqué dans l’Encadré 2.1.
Encadré 2.1. Facteurs économiques et institutionnels sous-jacents qui influent sur les tendances
Copier le lien de Encadré 2.1. Facteurs économiques et institutionnels sous-jacents qui influent sur les tendancesS’il est crucial, pour déterminer les causes de la triple crise planétaire et les solutions à y apporter, d’analyser les tendances socioéconomiques et les facteurs spécifiques décrits ci-dessus, il convient aussi de tenir compte des facteurs économiques et institutionnels qui sous-tendent ces facteurs.
Les systèmes économiques peuvent surexploiter des ressources limitées sans parvenir à fournir des biens publics adéquats en cas de défaillance des marchés. Il faut donc tenir compte des externalités négatives, comme les dommages causés par les émissions de particules fines, et des externalités positives comme les services écosystémiques fournis par les habitats naturels. Si le coût des externalités négatives n’est pas correctement pris en compte, les activités économiques qui leur sont associées ne reflètent pas le coût total de leur utilisation entraînant des émissions de polluants (et d’autres pressions environnementales) et donc la dégradation de l’environnement, qui a un coût pour la société.
Certaines activités polluantes bénéficient de subventions publiques pour parvenir à un résultat socioéconomique précis, comme la protection des emplois. Les subventions dommageables pour l’environnement, comme certains types d’aide aux éleveurs ou une fiscalité réduite sur les combustibles fossiles, peuvent accentuer les pressions environnementales (Lankoski, Nales et Valin, 2025[4] ; OCDE, 2022[5] ; Iovino, 2023[6]). Une meilleure tarification des émissions carbone pourrait contribuer à une baisse de ces émissions pour les porter à un niveau permettant de maintenir le réchauffement planétaire bien en deçà de 2°C d’ici à 2050.
D’autres dysfonctionnements du marché sont liés au fait que les systèmes planétaires sont des biens publics ou communs. Un climat stable est un bien public mondial, tout le monde y a accès et son utilisation par un individu n’empêche pas les autres d’y accéder. Les comportements opportunistes peuvent saper les efforts consentis à l’échelle mondiale pour atténuer le changement climatique dans la mesure où la mise en œuvre de politiques d’atténuation des émissions de carbone dans un groupe de pays profite également à d’autres. La lutte contre le changement climatique a un coût, et les comportements opportunistes incitent des pays à faire supporter ce coût par d’autres tout en profitant des retombées positives. Les accords internationaux peuvent aider les pays à travailler ensemble pour atteindre des objectifs communs et lutter contre ce type de comportements.
La biodiversité est étroitement liée aux biens communs mondiaux, comme les océans et les forêts tropicales humides, qui procurent des avantages à l’échelle mondiale, mais constituent, de fait, des ressources en libre accès et très difficiles à gérer de manière durable. Certains de ces biens sont internationaux par définition (comme la haute mer, les régions polaires ou les zones boréales non polluées), tandis que d’autres relèvent d’une juridiction nationale qui exploite ledit bien en fonction de ses propres objectifs et non de ceux de la planète tout entière. La surexploitation des stocks halieutiques dans les eaux internationales, qui n’est pas viable, illustre la complexité de la gestion de ressources partagées, et la nécessité d’une coopération internationale.
Un autre dysfonctionnement important du marché tient au fait que les politiques qui atténuent le changement climatique, préservent la biodiversité et réduisent la pollution présentent souvent des coûts et des avantages sur de longues périodes. Par exemple, si une tonne de dioxyde de carbone (CO2) est émise aujourd’hui dans l’atmosphère, elle y restera et aura des répercussions sur le climat mondial pendant de nombreuses années (GIEC, 2021[7]). Les générations actuelles peuvent privilégier la gratification immédiate et, ce faisant, limiter fortement les bénéfices futurs pour les prochaines générations, ce qui se traduit par des politiques trop frileuses à l’heure actuelle, qui ne font que retarder un problème qui s’aggrave au fil du temps.
Ce chapitre présente des projections à l’horizon 2050 concernant les déterminants du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution. La section 2.2 analyse les différents déterminants, en mettant plus particulièrement l’accent sur l’énergie, l’agriculture et l’utilisation des terres et d’autres secteurs clés, y compris les plastiques et autres produits chimiques. L’analyse est décomposée en trois étapes, conformément à la partie centrale du Graphique 2.1 : (i) l’évolution de la production totale (qui reflète la taille globale des activités économiques), (ii) la composition de la demande (qui reflète l’évolution des préférences et les changements structurels), et (iii) le rôle de l’efficacité (y compris des progrès technologiques) qui dissocie les activités économiques des pressions environnementales. La section 2.3 établit ensuite un lien entre ces analyses et les facteurs transversaux relatifs à l’utilisation des ressources (matérielles et hydriques). Pour évaluer l’importance des différents déterminants de l’évolution des pressions environnementales, la section 2.4 réunit ces différents éléments pour proposer une vue globale des perspectives relatives à la perte de biodiversité, au changement climatique et à la pollution.
2.2. Analyse détaillée des déterminants de la triple crise planétaire
Copier le lien de 2.2. Analyse détaillée des déterminants de la triple crise planétaireSi les principaux déterminants de la triple crise planétaire ont déjà été étudiés séparément (voir par exemple les rapports du GIEC (2023[8]) ou de l’IPBES (2024[9])), cette section a pour objet d’examiner les perspectives transversales communes à la triple crise planétaire ou qui relient ses différentes dimensions. L’accent mis sur certains secteurs permet de distinguer les effets de la taille totale de l’activité économique (total de la production et de l’offre), de la composition de la demande (y compris des changements structurels) et des facteurs technologiques, c’est-à-dire de l’efficacité.
Plusieurs dynamiques clés, souvent sectorielles, sont choisies pour mettre en évidence les interconnexions entre chaque dimension de la triple crise planétaire. Celles-ci comprennent notamment (i) l’agriculture et l’utilisation des terres, y compris l’urbanisation, (ii) l’énergie, y compris la dépendance à l’égard des combustibles fossiles et l’électrification, et (iii) d’autres secteurs importants, notamment l’industrie chimique et plastique. L’accent mis sur ces secteurs permet de distinguer les effets de la taille totale de l’activité économique (total de la production et de l’offre), de la composition de la demande (y compris des changements structurels) et des facteurs technologiques, c’est-à-dire de l’efficacité. Les sous-sections suivantes sont structurées en conséquence et abordent ces trois effets (production et offre, composition de la demande et rôle central de l’efficacité) pour chacun des trois secteurs mis en avant. Le choix qui a été fait d’axer l’analyse sur une perspective sectorielle générale plutôt que sur une analyse du cycle de vie est expliqué à l’Encadré 2.2.
L’évolution de la triple crise planétaire est fondamentalement déterminée par un certain nombre de tendances socioéconomiques, parmi lesquelles la croissance de la population et des revenus, les progrès technologiques et les politiques actuelles. Ensemble, ces tendances socioéconomiques influent sur l’évolution des pressions environnementales qui résultent de tendances multiples et opposées, même en cas de politiques inchangées. Ces tendances, ainsi que leurs facteurs sous-jacents, sont décrites en détail dans l’Annexe 2.A. La population mondiale devrait continuer de croître pour atteindre 8.5 milliards de personnes d’ici à 2030 et 9.6 milliards en 2050. L’activité économique mondiale, mesurée par le PIB, devrait progresser nettement plus vite que la population : de 2.7 % par an en moyenne, contre une croissance démographique à 0.7 %. Dans ces conditions, le PIB mondial (à prix constants) devrait augmenter pour passer de 126 000 milliards USD en 2020 à 283 000 milliards USD en 2050. Les gains de productivité entraînent une évolution de la structure du PIB, telle que mesurée par la contribution de la valeur ajoutée générée par les différents secteurs à la valeur ajoutée produite à l’échelle de l’ensemble de l’économie. Dans les pays les moins développés, le secteur agricole représente une forte proportion du PIB, tandis que les économies émergentes se distinguent par la place importante occupée par le secteur industriel, et notamment par la croissance considérable du secteur de la construction à l’appui du développement des infrastructures. Les contributions des différents secteurs sont plus stables dans les économies développées, caractérisées par la part importante du secteur des services et des niveaux relativement faibles de production agricole. À mesure que les pays se développent, la structure de leur économie évolue, en fonction des spécificités de chaque pays.
Encadré 2.2. Analyse du cycle de vie : utilité et limites
Copier le lien de Encadré 2.2. Analyse du cycle de vie : utilité et limitesL’analyse du cycle de vie (ACV) est une méthode utilisée pour quantifier les effets nets des produits tout au long de leur cycle de vie (de l’extraction des matières premières à la production puis au transport, à l’utilisation et à la fin de vie). L’ACV permet de comparer directement les impacts environnementaux par « unité fonctionnelle » d’un produit dans le contexte de la triple crise planétaire (Hellweg et al., 2023[10]).
Par exemple, l’ACV permet de comparer les impacts environnementaux des solutions de remplacement des sacs de courses. Si l’on considère une unité fonctionnelle, comme le contenu en produits de consommation courante contenus dans un sac de courses, on peut déterminer quel type de sac est le moins néfaste en termes de changement climatique, d’érosion de la biodiversité et de pollution. Les sacs en papier émettent 5 fois plus de GES que les sacs en plastique à usage unique (Meng, Brandão et Cullen, 2024[11]). Ils sont donc plus nocifs s’agissant du changement climatique, mais l’élimination inadaptée des sacs plastiques contribue fortement à la pollution mondiale (OCDE, 2023[12]). Le nombre de réutilisations possibles des sacs influe également sur leur impact environnemental. L’analyse est d’autant plus complexe que la production d’autres solutions de remplacement, comme les sacs en plastique biosourcés, nécessite davantage de terres, ce qui contribue à l’érosion de la biodiversité du fait de la déforestation (OCDE, 2023[12]). De la même manière, Tacker et al. (2025[13]) estiment que 68 % des solutions de remplacement des emballages en polyéthylène sur le marché européen émettent plus de GES (tandis que 26 % en émettent moins).
Si l’ACV offre une boîte à outils essentielle pour repérer les synergies et les arbitrages en ce qui concerne les choix de produits et de matériaux, elle est plus utile à un niveau de détail plus fin. L’ACV d’un produit donné est en effet limitée au niveau global par la disponibilité des données et les connaissances scientifiques actuelles. Compte tenu des innombrables variétés de produits, il n’est pas toujours possible de recueillir des données sur chaque étape de l’ensemble du cycle de vie des produits. Dans l’exemple du sac de courses notamment, les connaissances scientifiques sur les conséquences de l’ingestion de plastique et de l’enchevêtrement sur les espèces marines concernées sont limitées (Woods et al., 2021[14]). Par ailleurs, le même produit peut être fabriqué au moyen de procédés différents. Par exemple, les émissions liées au transport du bois utilisé dans la production de sacs en papier varient selon la distance entre l’usine de production et la source du bois. Par conséquent, les estimations des émissions dues au transport d’un même produit peuvent varier considérablement à l’intérieur d’un pays et d’un pays à l’autre. Ce constat peut s’appliquer à n’importe quelle étape du cycle de vie et quel que soit l’impact évalué.
De précédents rapports de l’OCDE, notamment Global Materials Resources Outlook to 2060 (OCDE, 2019[15]) et les Perspectives mondiales des plastiques (OCDE, 2023[12]), utilisaient l’ACV pour évaluer les cycles de vie des matières premières et des polymères plastiques, mais une ACV complète sort du cadre du présent rapport faute de données suffisantes pour réaliser une analyse robuste. Néanmoins, du point de vue conceptuel, les outils de modélisation utilisés dans ce chapitre peuvent s’apparenter à une approche descendante de l’ACV, car ils apportent des éclairages pluridimensionnels et fondés sur des données probantes sur les conséquences environnementales des différentes étapes du cycle de la production. Les impacts environnementaux de l’extraction de matières premières, de la production, du transport et de la fin de vie des produits sont modélisés au niveau sectoriel et régional au moyen de la boîte à outils de modélisation mise au point pour la présente édition des Perspectives de l’environnement.
2.2.1. Production et offre de biens et services
Agriculture, foresterie et autres affectations des terres
L’agriculture joue un rôle complexe et majeur dans le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Elle reste essentielle aux systèmes humains en fournissant de la nourriture à une population croissante et en assurant des emplois et des moyens de subsistance à plus d’un milliard de personnes (FAO, 2023[16]), mais l’agriculture est aussi à l’origine d’externalités négatives considérables. Elle est la première source d’émissions de méthane (CH4) et d’oxyde nitreux (N2O), la principale source de pollution des masses d’eau par les nutriments, et le principal moteur des changements d’affectation des terres, qui entraînent à leur tour une perte de biodiversité terrestre. Le développement de l’agriculture est étroitement lié au changement d’affectation des terres, et en particulier à l’expansion des terres cultivées. Au-delà des terres, l’agriculture consomme aussi des ressources considérables, y compris de l’eau et de l’énergie, ce qui accentue encore les tensions sur les écosystèmes et les ressources naturelles. Mais le secteur offre aussi d’importantes possibilités en termes d’atténuation, notamment grâce à la réduction de la déforestation, à l’amélioration des pratiques d’élevage et aux solutions de piégeage du carbone (GIEC, 2023[8]), qui ne sont pas encore exploitées au titre des politiques actuelles. Par ailleurs, l’agriculture dépend étroitement d’écosystèmes en bonne santé et des processus naturels, ce qui la rend particulièrement vulnérable face à la dégradation de l’environnement.
Avec les politiques en vigueur, la contribution positive du secteur ne pourra pas se concrétiser
Les activités agricoles constituent l’une des principales sources d’émissions mondiales de CH4 (43 % des émissions mondiales en 2020), provenant essentiellement de la fermentation entérique des animaux d’élevage et de la culture du riz, et la première source d’émissions de N2O (76 % des émissions mondiales en 2020), provenant de l’utilisation d’engrais et de la gestion des effluents d’élevage (Graphique 2.2). D’une manière plus générale, le secteur de l’agriculture, de la foresterie et des autres affectations des terres (AFAT) est à l’origine d’un cinquième de toutes les émissions de GES, principalement de CO2, de CH4 et de N2O. Dans le même temps, on estime que les activités agricoles offrent un fort potentiel en matière d’atténuation. La réduction des émissions de gaz à effet de serre autres que le CO2 du secteur agricole, en particulier de CH4, est essentielle, mais coûteuse (OCDE, 2025[17]). Le potentiel en termes de séquestration du carbone est plus important et provient principalement de la gestion du carbone dans les terres cultivées et les pâturages, ainsi que de l’agroforesterie. Selon le GIEC (2023[8]), les activités du secteur AFAT sont celles qui offrent le potentiel le plus important de réduction des émissions ou de séquestration du carbone, estimé de 8 à-14 gigatonnes d’équivalent dioxyde de carbone (Gt éq.CO2) par an (pour un prix du carbone inférieur à 100 USD par tonne d’éq.CO2). Plus d’un tiers de l’atténuation du changement climatique requise pour maintenir le réchauffement en deçà de 2°C peut être obtenu en déployant des solutions fondées sur la nature, assorties de mesures de protection (plantations destinées à la production de bioénergie ou boisement par exemple) (IPBES, 2019[18]). Les autres retombées négatives des activités agricoles sont notamment la pollution induite par l’utilisation de pesticides, la pollution de l’eau et de l’air et l’épuisement des ressources en eau (Lankoski, Nales et Valin, 2025[4]).
Les politiques actuelles ne devraient pas permettre de libérer le potentiel des activités du secteur AFAT en termes de réduction des émissions et de séquestration du carbone3. On estime que les émissions continueront d’augmenter, en particulier les émissions de CH4 et de N2O dans la région à revenu intermédiaire, compte tenu de la forte progression de l’élevage de ruminants (OCDE/FAO, 2024[19]). Toutefois, dans un scénario de maintien des politiques actuelles, l’intensité d’émission totale devrait diminuer, la croissance de la production agricole étant supérieure à celle des émissions, grâce à l’amélioration des pratiques de gestion et des technologies. L’intensité d’émission devrait reculer plus fortement dans les systèmes de production qui génèrent aujourd’hui des émissions plus importantes, par rapport aux systèmes et aux régions dans lesquels des efforts considérables ont déjà été déployés.
Graphique 2.2. Émissions de GES par secteur
Copier le lien de Graphique 2.2. Émissions de GES par secteurÉmissions mondiales de GES en Gt éq.CO2
Note : Les émissions du secteur AFAT sont des émissions nettes. Chaque partie du graphique a une échelle différente.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
L’utilisation d’engrais de synthèse – conjuguée à une amélioration des pratiques de gestion des exploitations agricoles – pour stimuler la production végétale peut contribuer à limiter l’expansion des terres agricoles et les impacts environnementaux qui en découlent4. Cependant, l’utilisation d’engrais contribue fortement aux externalités négatives de l’agriculture (voir également le chapitre 6). Outre les émissions de GES, les engrais constituent la principale source de pollution des masses d’eau par les nutriments (voir également le chapitre 3). Lorsque l’on apporte aux terres davantage d’éléments nutritifs que les végétaux ne peuvent en absorber, (absorption des nutriments), l’excédent se répand souvent dans le milieu environnant (par exemple par ruissellement dans les masses d’eau), ce qui provoque une pollution par les nutriments.
Avec les politiques publiques actuelles, les excédents d’azote et de phosphore devraient augmenter d’ici à 2050. En 2020, les excédents mondiaux d’azote et de phosphore sur l’ensemble des terres agricoles, c’est-à-dire les terres cultivées et les pâturages, s’élevaient à 129 et 11 millions de tonnes respectivement, sachant que plus de 78 % de l’excédent d’azote et 92 % de l’excédent de phosphore concernent les régions à revenu intermédiaire et à faible revenu (Graphique 2.3)5. L’intensité d’utilisation d’engrais (utilisation d’engrais par hectare) était plus faible dans ces régions que dans la région à revenu élevé, dans la mesure où la superficie totale des terres agricoles y est aussi considérablement plus élevée (1.5 milliard ha dans les régions à faible revenu, 2.2 milliards ha dans les régions à revenu intermédiaire et 1.0 milliard ha dans les régions à revenu élevé). Toutefois, les excédents de nutriments restent élevés, du fait des différences en termes de superficies agricoles et d’efficacité de l’utilisation des nutriments, qui dépendent de certains facteurs comme les pratiques agronomiques, l’état des sols et l’accès aux technologies agricoles. Les superficies agricoles de la région à revenu élevé sont relativement stables et elles augmentent dans les régions à revenu intermédiaire et faible (de 1.6 et 2.4 milliards ha en 2050 respectivement). Ces régions doivent en outre rapidement trouver comment accroître les rendements pour répondre à la demande alimentaire future, ce qui complique encore davantage la situation. À politiques inchangées, les excédents d’azote devraient augmenter d’ici à 2050, en particulier dans les régions à revenu faible et intermédiaire (+38 % pour l’azote par rapport à 2020), tandis que les excédents de phosphore devraient augmenter de 59 % dans la région à revenu faible6. Parallèlement, dans de nombreux pays à revenu élevé, les excédents de nutriments ont diminué au cours des dernières décennies et, même si elle ralentit, rien n’indique que cette tendance pourrait s’inverser (OCDE, 2025[20]). La tendance générale à l’augmentation de l’utilisation d’engrais souligne à quel point il est nécessaire de prendre de nouvelles mesures en faveur d’une utilisation efficiente des nutriments afin de dynamiser la production végétale tout en protégeant l’environnement (voir le chapitre 6). D’autres facteurs devraient être pris en compte pour optimiser la production végétale, notamment l’utilisation efficiente de l’eau (irrigation) et l’état des sols (ex. : micronutriments et matière organique).
Avec d’autres mesures comme la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires et l’adoption de modes de consommation à moindre impact environnemental tels que la transition vers des régimes à base d’aliments d’origine végétale (FAO, 2020[21]), l’intensification (c’est-à-dire l’augmentation de la production agricole par hectare) reste essentielle pour réduire la conversion des espaces naturels en terrains agricoles, tout en continuant de produire de la nourriture pour une population qui ne cesse de croître. S’il est essentiel pour l’agriculture de limiter l’expansion foncière, l’intensification de la production ne doit pas se faire au détriment d’autres objectifs de durabilité, d’où l’importance du principe de croissance durable de la productivité (OCDE, 2024[22]).
Graphique 2.3. Excédents de nutriments dans l’agriculture
Copier le lien de Graphique 2.3. Excédents de nutriments dans l’agricultureMillions de tonnes de nutriments sur les terres agricoles (barres, axes de gauche) et millions d’hectares de terres agricoles (points, axes de droite)
Note : Les échelles des excédents nutriments (sur les axes de gauche) sont différentes pour l’azote et pour le phosphore. Les terres agricoles englobent les terres cultivées et les pâturages.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Le changement d’affectation des terres, tiré par l’expansion des terres agricoles, est le principal déterminant de la perte de biodiversité
L’utilisation des terres et leur changement d’affectation constituent les principaux déterminants de la perte de la biodiversité ; ils constituent aussi à la fois une source et un puits importants d’émissions de GES, et étayent la production alimentaire. Selon les estimations de Winkler et al. (2021[23]), en 60 ans seulement (1960-2019), le changement d’affectation des terres a touché près d’un tiers de la superficie terrestre mondiale. Ces changements découlent de processus divergents sur le plan géographique : boisement et abandon des terres cultivées dans les pays du Nord, et déforestation et expansion agricole dans les pays du Sud.
Il est difficile de mesurer avec précision les changements d’affectation des terres, et les mesures de l’occupation des sols divergent (Li et al., 2018[24]). De grandes tendances se dégagent clairement, mais leur ampleur est plus difficile à évaluer : entre 1992 et 2015, les bases de données confirment que la superficie forestière mondiale a considérablement diminué, alors que la surface cultivée a augmenté. Li et al. (2018[24]) font état d’une diminution d’environ 600 millions d’hectares (Mha) de la superficie forestière mondiale, ce qui est proche des estimations de Hurtt et al. (2011[25]), tandis que d’autres sources constatent une diminution deux fois plus importante, voire plus, supérieure à 1 200 Mha (Houghton et Nassikas, 2017[26] ; Hansen et al., 2013[27]). Les taux actuels de déforestation pourraient donc être compris entre 1.6 % et 3.1 %, contre plus de 3 800 Mha en 2020 selon les estimations. Plus récemment, la FAO (2024[28]) a constaté une expansion de 80 Mha des terres cultivées, tandis que la superficie des terres forestières a diminué de 100 Mha entre 2001 et 2022. La FAO (2024[29]) montre que les taux de déforestation sont passés de 15.8 Mha par an sur la période 1990-2000 à 10.2 Mha par an en 2015-2020. Ces chiffres globaux correspondent à des impacts nets. Par exemple, entre 2000 et 2012, la baisse bien documentée de la déforestation au Brésil a été compensée par une augmentation de la disparition de forêts en Indonésie, en Malaisie, au Paraguay, en Bolivie, en Zambie, en Angola et ailleurs, selon Hansen et al. (2013[27]).
Pour limiter la dégradation de la nature, il est essentiel de trouver un équilibre entre intensification et extensification, ce qui rejoint le débat entre concentration de l’agriculture (réduction de la demande de terres agricoles via une augmentation des rendements) ou extension de l’agroécologie (soutien à la biodiversité sur les terres cultivées, mais baisse des rendements)7. À politiques inchangées et en l’absence d’augmentation des zones protégées, l’agriculture devrait rester le principal moteur de l’expansion foncière entre 2020 et 2050, puisque 87 % de la hausse de l’utilisation des terres (Graphique 2.4) sera le fait de l’extension des surfaces cultivées et des pâturages. Toutefois, l’expansion des terres agricoles (à savoir des terres cultivées et des pâturages) reste faible en termes relatifs (+5 %), ce qui est le signe d’une intensification globale de la production agricole, qui réduit la pression sur les espaces naturels, mais a des retombées sur l’environnement au niveau local.
On constate d’importantes différences régionales en matière de changement d’affectation des terres, mesurées en millions d’hectares (Graphique 2.4). Entre 2005 et 2020, la région à revenu élevé a enregistré une diminution globale des terres agricoles (terres cultivées et pâturages), tandis que dans les autres régions, les terres agricoles se sont étendues au détriment des forêts et d’autres espaces naturels. Entre 2020 et 2050, les terres agricoles – principalement les terres cultivées – devraient augmenter dans les pays à revenu faible (+124 Mha, soit +9 % par rapport à 2020), remplaçant les forêts et, en premier lieu, d’autres terres naturelles. C’est en Afrique subsaharienne que l’expansion des terres agricoles devrait être la plus forte, à 117 Mha, tirée par une hausse de la demande de produits destinés à l’alimentation humaine et animale due à la croissance démographique. Les rendements devraient augmenter aussi, mais pas suffisamment pour empêcher l’expansion de l’agriculture dans les forêts et d’autres terres naturelles. Dans la région à revenu intermédiaire, les terres agricoles devraient également s’étendre de 109 Mha (+5 %), principalement sous l’effet de l’expansion des pâturages, en particulier en Amérique centrale et du Sud, en raison d’une hausse continue de la demande internationale de produits végétaux et animaux en provenance de cette région. Dans la région à revenu élevé, les terres naturelles propices à l’expansion agricole sont limitées, et la croissance de la production alimentaire reste tributaire de l’intensification.
Graphique 2.4. Principaux déterminants du changement d’affectation des terres
Copier le lien de Graphique 2.4. Principaux déterminants du changement d’affectation des terresÉvolution de l’occupation des sols, en Mha
Si l’utilisation des terres agricoles est le principal déterminant du changement d’affectation des terres, d’autres facteurs, comme l’urbanisation, y contribuent également. L’urbanisation a une incidence plus limitée sur l’utilisation des terres en termes de superficie (moins de 1 % à l’échelle mondiale), mais elle pourrait offrir l’occasion de réduire les impacts environnementaux, à condition d’être gérée de manière durable, comme indiqué dans l’Encadré 2.3.
Encadré 2.3. Les effets de l’urbanisation sur l’environnement
Copier le lien de Encadré 2.3. Les effets de l’urbanisation sur l’environnementLa part de la population urbaine a considérablement augmenté au cours des dernières décennies dans toutes les régions du monde, pour atteindre 80 % environ en Amérique du Nord et en Amérique latine, entre 70 % et 75 % en Europe et en Océanie, 50 % en Asie et 43 % en Afrique (ONU, 2022[30]).
L’urbanisation fait généralement baisser la consommation d’énergie et les émissions dans les zones plus avancées et très développées (GIEC, 2022[31]), mais elle a des effets complexes sur l’environnement. Le transfert des populations vers les villes favorise le rétablissement des zones rurales et l’amélioration de la biodiversité dans des zones auparavant sous pression (IPBES, 2019[18]). Les économies d’agglomération favorisent également l’efficacité d’utilisation des ressources et les économies d’énergie (PNUE, 2019[32]). Cependant, à mesure que les villes se développent, les espaces naturels peuvent être remplacés par des infrastructures, ce qui réduit les puits de carbone, appauvrit la biodiversité et accroît les surfaces imperméables, avec à la clé davantage de vagues de chaleur et d’inondations (Lemonsu et al., 2015[33] ; Zhang et al., 2018[34]). Plus l’espace qui leur est réservé diminue du fait de l’urbanisation, plus les terres cultivées productives peuvent être remplacées par l’intensification et l’expansion sur des terres moins productives (Bren d’Amour et al., 2016[35]).
L’expansion urbaine peut entraîner non seulement la conversion et la dégradation des habitats naturels (van Vliet, 2019[36] ; McDonald et al., 2020[37]), mais aussi le morcellement de ces habitats (Haddad et al., 2015[38] ; Liu, He et Wu, 2016[39]), qui contribue fortement au déclin de la biodiversité. Elle passe souvent par un étalement des villes assorti d’une faible densité des constructions, avec une empreinte environnementale par habitant considérable (OCDE, 2018[40]). Les terrains urbains ont augmenté presque deux fois plus vite que la population mondiale entre 1975 et 2015, et devraient tripler en 2030 par rapport à la surface enregistrée en 2000 (PNUE, 2019[32]). Cette expansion urbaine entraînera la destruction d’habitats naturels dans les zones critiques de biodiversité, même si la superficie des établissements humains reste faible par rapport aux terres agricoles (Seto, Güneralp et Hutyra, 2012[41]).
L’expansion urbaine influe fortement sur l’érosion de la biodiversité aux niveaux local et mondial. À l’échelle mondiale, on estime qu’elle a entraîné la disparition d’environ 50 % des espèces locales et une diminution de 38 % de l’abondance totale d’espèces dans les zones urbanisées très denses (Newbold et al., 2015[42]). À l’échelon local, l’expansion urbaine s’est traduite par une perte de plus de 80 % des habitats naturels (Ke et al., 2018[43]).
S’agissant du changement climatique, l’expansion urbaine mondiale a entraîné une perte nette de puits de carbone estimée à 22.4 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an entre 2000 et 2010 (Liu et al., 2019[44]). Cette perte équivaut à 0.7 % des 3.4 millions de tonnes d’équivalent CO2 absorbés chaque année par les écosystèmes terrestres à l’échelle mondiale (GIEC, 2021[7]). Les banlieues à faible densité de constructions contribuent davantage aux émissions de GES par habitant que les villes. Les zones urbaines plus compactes, accessibles à pied et géographiquement proches peuvent réduire la consommation d’énergie urbaine future de 20 à 25 % d’ici à 2050, tout en offrant un potentiel d’atténuation correspondant de 23 à 26 % (GIEC, 2022[31]).
Quant aux effets du changement climatique, l’urbanisation est source de vulnérabilité et d’exposition, des facteurs qui, conjugués aux risques liés au changement climatique, entraînent des risques et des impacts urbains (GIEC, 2022[45]). Les risques d’inondation dans les zones urbaines augmentent avec l’expansion des villes et les changements d’affectation des terres, qui entraînent un élargissement des surfaces imperméables, ce qui influe sur l’évacuation des eaux de crue et provoque des débordements d’égouts. Le développement urbain dans les villes côtières les expose à un risque élevé d’élévation du niveau de la mer (GIEC, 2022[45]).
En termes de pollution atmosphérique, une augmentation de 1 % de la densité urbaine est associée à une réduction de 0.3 % des émissions de CO2 et de PM2.5 par habitant (Castells-Quintana, Dienesch et Krause, 2021[46]). Les grandes régions métropolitaines caractérisées par un fort étalement urbain enregistrent 60 % de jours de concentration d’ozone troposphérique de plus que les régions métropolitaines moins étalées (Stone, 2008[47]). Il existe une corrélation positive entre les modèles urbains morcelés comportant de nombreuses zones urbaines et l’augmentation des concentrations de PM2.5, de PM10, d’ozone troposphérique et de NO2 (McCarty et Kaza, 2015[48] ; Cárdenas Rodríguez, Dupont-Courtade et Oueslati, 2015[49]).
Énergie
Les approvisionnements en énergie devraient rester dépendants des combustibles fossiles
La production et la consommation d’énergie contribuent de manière significative aux émissions de GES et de polluants atmosphériques. Une grande partie des émissions de GES provient en effet de la consommation d’énergie, qui englobe l’utilisation des combustibles fossiles à la fois par les utilisateurs finals et aux fins de la production d’électricité. La combustion d’énergies fossiles est aussi la source de la plupart des polluants atmosphériques, à l’exception de l’ammoniac (NH3) et des composés organiques volatils non méthaniques (COVNM). En 2020, elle représentait 8 % des émissions totales de NH3 et 33 % des émissions de COVNM, des parts qui diminuent au fil du temps. S’agissant des autres polluants atmosphériques, la combustion d’énergies fossiles était à l’origine de 60 % des émissions de monoxyde de carbone (CO) et de 94 % des émissions de dioxyde de soufre (SO2) en 2020. Dans tous les cas, cette part diminue au fil du temps, ce qui signifie que la réduction des émissions provenant des procédés industriels est plus limitée que celle des émissions dues à la combustion.
Si les politiques actuelles prises en compte dans le scénario de référence restent inchangées, les tendances passées devraient se poursuivre. Les approvisionnements totaux en énergie primaire (TPES) devraient augmenter, en grande partie sous l’effet de l’élévation du niveau de vie et de l’amélioration de l’accès aux services énergétiques, en particulier dans les régions à revenu intermédiaire et à faible revenu. On estime que le déploiement des énergies renouvelables va s’accélérer, mais il ne suffira pas à compenser la dépendance persistante à l’égard des combustibles fossiles. Plus précisément, les approvisionnements totaux en énergie primaire devraient atteindre 755 exajoules (EJ) en 2050, soit une hausse de 36 % par rapport à 2020 (Graphique 2.5). En 2050 environ, un peu plus d’un quart de ces approvisionnements proviendra de sources renouvelables, contre 14 % en 2020 (et 12 % en 2005), soit des approvisionnements en énergies renouvelables multipliés par 2.6 en 30 ans. Toutefois, en dépit d’une telle croissance, les combustibles fossiles devraient rester la principale source d’énergie dans l’hypothèse de politiques inchangées, pour atteindre 541 EJ en 2050, soit une hausse de 16 % par rapport à 2020.
L’évolution globale des TPES masque des tendances régionales contrastées. Les TPES devraient diminuer de 10 % dans la région à revenu élevé entre 2020 et 2050, mais devraient plus que doubler dans la région à faible revenu et augmenter de 31 % dans la région à revenu intermédiaire sur la même période. La réduction des TPES dans la région à revenu élevé tient à la baisse en valeur absolue des approvisionnements en combustibles fossiles, puisque les approvisionnements en charbon, pétrole et gaz diminueront de 61 %, 45 % et 22 % respectivement. La croissance des TPES dans la région à revenu intermédiaire tient, dans une large mesure, à la transition vers le gaz, dont la part passe de 25 % à 31 %, et vers le solaire, dont la part passe de moins de 1 % à 9 %. Parallèlement, la région à revenu intermédiaire devrait devenir moins dépendante à l’égard du charbon, dont la part passe de 38 % à 23 %. Dans la région à faible revenu, la croissance des TPES est tirée par une progression du charbon en valeur absolue comme relative, sa part dans les TPES passant de 30 % en 2020 à 42 % en 2050, soit une hausse de 241 % en valeur absolue.
La dépendance à l’égard des combustibles fossiles devrait diminuer dans la région à revenu élevé, mais persister dans la région à revenu intermédiaire et même augmenter dans la région à faible revenu. L’évolution des TPES devrait faire baisser la part des combustibles fossiles de 84 % en 2020 à 56 % en 2050 (ce qui correspond à une baisse de 162 EJ à 98 EJ en valeur absolue) dans la région à revenu élevé, et de 91 % à 76 % dans la région à revenu intermédiaire (parallèlement à l’augmentation des approvisionnements de 238 EJ à 262 EJ). Dans la région à faible revenu, la part des combustibles fossiles dans les TPES devrait passer de 69 % à 78 %, ce qui correspond à une augmentation des approvisionnements en combustibles fossiles de 66 EJ à 180 EJ.
Graphique 2.5. Approvisionnements en énergie primaire
Copier le lien de Graphique 2.5. Approvisionnements en énergie primaireApprovisionnements en énergie en EJ/an
Le système énergétique continue de s’électrifier, mais reste dépendant des combustibles fossiles, tandis que les énergies renouvelables se développent
La production mondiale d’électricité devrait augmenter sensiblement d’ici à 2050, plus rapidement que la demande d’énergie primaire, ce qui témoigne d’une électrification accrue des services énergétiques. Une part croissante de cette production sera assurée par l’énergie éolienne et solaire, mais les combustibles fossiles, en particulier le gaz et le charbon, devraient continuer de jouer un rôle important dans l’hypothèse du maintien des politiques actuelles. La production d’électricité devrait plus que doubler entre 2020 et 2050, pour passer de 96 EJ à 220 EJ en 2050 à l’échelle mondiale. La plus grande partie de ces 124 EJ supplémentaires sera générée dans la région à revenu intermédiaire (59 EJ) et la région à faible revenu (53 EJ). On trouvera à la section 2.2.2 de plus amples informations sur les taux d’électrification régionaux par secteur. En 2020, le solaire et l’éolien représentaient ensemble moins de 13 % du mix électrique dans la région à revenu élevé, et moins de 8 % dans les autres régions. La contribution de l’énergie solaire et de l’énergie éolienne devrait augmenter sensiblement, pour atteindre 37 % de la production mondiale d’électricité en 2050 (60 % dans la région à revenu élevé, 34 % dans la région à revenu intermédiaire et 24 % dans la région à faible revenu). Néanmoins, le gaz et le charbon demeurent des composantes essentielles du système électrique à politiques inchangées : l’utilisation du gaz et du charbon pour produire de l’électricité continuera de croître en valeur absolue, bien qu’à un rythme plus lent que les sources à plus faible intensité de carbone, ce qui se traduira par une contribution relative réduite au mix électrique global.
L’augmentation des émissions de polluants atmosphériques et de GES liés à la consommation d’énergie est atténuée par l’électrification accrue et le développement du solaire et de l’éolien. Parallèlement, le développement rapide des technologies d’énergie renouvelable peut avoir des répercussions sur l’utilisation des ressources et potentiellement sur la biodiversité, comme indiqué au chapitre 6. Des politiques publiques bien conçues seront essentielles pour limiter ces arbitrages négatifs et faire en sorte que la transition énergétique soit positive au regard de l’ensemble des dimensions de la triple crise planétaire.
Autres secteurs, y compris les plastiques et autres produits chimiques
Outre l’agriculture et l’énergie, d’autres secteurs économiques contribuent largement aux pressions environnementales. Par exemple, les répercussions des activités minières sur l’environnement sont bien documentées (Macklin et al., 2023[50]), et certains procédés industriels, comme la fabrication de ciment, émettent directement des GES. La croissance rapide des services numériques a fait considérablement augmenter le nombre de centres de données, ce qui se traduit par une hausse de la consommation d’énergie et des pressions accrues sur l’utilisation des terres. En outre, les déchets électroniques deviennent un problème de plus en plus urgent : rien qu’en 2022, 62 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques ont été produites dans le monde (Baldé et al., 2024[51]). Les paragraphes qui suivent apportent des précisions sur l’évolution future de certains secteurs clés qui contribuent largement à exacerber la triple crise planétaire. Ils s’intéressent notamment au secteur des produits chimiques, y compris des plastiques, puis envisagent la consommation de matières d’un point de vue plus large, pour étudier enfin les évolutions majeures de la production et de la gestion des déchets8.
Le secteur des produits chimiques recouvre un large éventail de produits, notamment les plastiques et les produits pharmaceutiques, qui sont utilisés pour diverses applications, à la fois comme intrants dans la production (par exemple, les engrais et les pesticides dans l’agriculture, les plastiques dans l’industrie automobile) et comme produits de consommation (par exemple, les produits de nettoyage, les peintures). C’est un secteur important de l’activité économique. Certaines substances, souvent étiquetées comme des produits chimiques préoccupants, ont d’importants effets néfastes sur la santé humaine, les écosystèmes et les niveaux de pollution (Landrigan et al., 2018[52]). Les effets cumulés d'une exposition continue à de multiples produits chimiques s’intensifient au fil du temps, soulevant des préoccupations grandissantes quant à la pollution chimique (OCDE, 2023[53]). Ces dernières années, la contamination généralisée de l’environnement par des « produits chimiques éternels », c’est-à-dire les PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées), ainsi que l’exposition humaine à ces produits, ont suscité une attention particulière (Goldenman et al., 2019[54]). Outre les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, de nombreux produits chimiques dangereux et polluants pharmaceutiques, ainsi que des engrais artificiels et des plastiques, sont rejetés en grandes quantités et contribuent largement à la dégradation de l’environnement (PNUE, 2019[55]). Dans ce contexte, la consommation, l’échange, la production et l’utilisation de ces substances peuvent être considérés comme des déterminants du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution.
La production chimique est une industrie de poids. En effet, l’industrie chimique, qui comprend les produits pharmaceutiques, était le deuxième secteur manufacturier mondial en 2017, son chiffre d’affaires total ayant atteint 5 700 milliards USD. À l’heure actuelle, l’Asie est la région qui à la fois produit et consomme le plus de produits chimiques (PNUE, 2019[55]). D’ici à 2030, les ventes mondiales de produits chimiques devraient doubler, avec une expansion particulièrement rapide attendue dans les pays à revenu intermédiaire. La production d’une large gamme de produits chimiques, comprenant engrais, pesticides, produits pharmaceutiques, produits chimiques perfluorés, retardateurs de flammes et nanomatériaux, est en train de croître dans de nombreuses régions, la production de produits pétrochimiques (dont les plastiques) progressant encore plus vite.
L’utilisation industrielle des plastiques devrait continuer de croître d’ici à 2050, donnant lieu à un flux constant de déchets plastiques que les pays devront gérer. On s’attend en effet à ce que le faible coût et la polyvalence des matières plastiques tirent la demande vers le haut, sans que l’intensité d’utilisation ne varie beaucoup. Les déchets plastiques étant étroitement liés à l’utilisation des matières plastiques (bien qu’avec un décalage), cette hausse suscite des préoccupations quant aux rejets dans l’environnement, en particulier lorsque les déchets ne sont pas gérés d’une façon qui protège la santé humaine et l'environnement (OCDE, 2023[56]). D’ici à 2050, une part importante de l’utilisation mondiale des plastiques devrait concerner des régions dans lesquelles les systèmes de gestion des déchets sont sous-développés ; les rejets de plastique risquent donc de s'intensifier si les déchets plastiques ne sont pas collectés, triés et traités de façon écologiquement rationnelle, entraînant une pollution supplémentaire par les matières plastiques.
Plus généralement, l’extraction de ressources, notamment les activités extractives de métaux et de minéraux non métalliques, consomme beaucoup d’énergie, avec pour conséquences des émissions élevées de GES et une pollution importante de l’air, des sols et de l’eau (Macklin et al., 2023[50] ; Coelho, Teixeira et Gonçalves, 2011[57] ; Dietler et al., 2021[58]). Le raffinage et le traitement des matières en aval contribuent en outre aux émissions. Au total, plus de la moitié des émissions totales de GES sont directement ou indirectement imputables à la « gestion des matières », même si la part attribuée à l’extraction des combustibles non fossiles reste minoritaire (OCDE, 2019[15]). Recycler les matières demande généralement de consommer moins d’énergie que pour les extraire (OCDE, 2019[15]). Par exemple, produire les métaux les plus couramment utilisés en recyclant les déchets et rebuts de métal nécessite entre 60 % et 97% d’énergie en moins que le fait de les produire à partir de matières extraites.
2.2.2. Composition de la demande de biens et de services et changements structurels de l’économie
Agriculture et utilisation des terres : effets de la transition du système alimentaire sur la demande agricole et la durabilité environnementale
La transition du système alimentaire fait référence au lien entre la progression des revenus et la modification des régimes alimentaires. Elle suppose généralement une augmentation de la consommation totale de calories, l’abandon progressif des féculents et une hausse importante des calories provenant des produits d’origine animale, des aliments gras et des édulcorants. Cette transition a des effets non négligeables sur la demande agricole de demain.
La demande grandissante de calories d’origine animale, sous l’effet de la hausse des revenus (en particulier dans les régions à revenu faible et intermédiaire), contribue largement à intensifier les effets du secteur agricole sur l’environnement. La consommation mondiale de viande a augmenté pour passer de 231 Mt en 2010 à 300 Mt en 2024, comme le montre le Tableau 2.1 (OCDE/FAO, 2025[59]). Cela représente un taux de croissance annuel moyen de 2 %. Entre 2010 et 2024, la croissance annuelle moyenne de la consommation de viande était particulièrement élevée en Asie et en Afrique, de l’ordre de 2.7 %. Gouel et Guimbard (2018[60]) estiment que d’ici à 2050, d’après les projections à politiques inchangées et les tendances historiques, la demande de calories d’origine animale doublera par rapport à 2010, tandis que la demande alimentaire de féculents ne devrait augmenter que de 19 %.
Tableau 2.1. Consommation de viande par région du monde, 2010-2034
Copier le lien de Tableau 2.1. Consommation de viande par région du monde, 2010-2034Quantités de viande en millions de tonnes (Mt)
|
2010 |
2024 |
Croissance annuelle moyenne (2010-2024) |
Projections en 2034 |
Croissance annuelle moyenne prévue (2024-2034) |
|
|---|---|---|---|---|---|
|
Afrique |
13.3 |
19.0 |
2.7% |
25.2 |
3.2% |
|
Asie |
102.6 |
144.2 |
2.7% |
164.6 |
1.5% |
|
Europe |
44.8 |
49.1 |
0.7% |
50.1 |
0.2% |
|
Amérique latine |
34.8 |
44.9 |
2.0% |
51.3 |
1.5% |
|
Amérique du Nord |
32.9 |
39.3 |
1.4% |
42.1 |
0.8% |
|
Océanie |
2.5 |
3.2 |
1.9% |
3.5 |
1.1% |
|
Monde |
230.8 |
299.7 |
2.0% |
336.9 |
1.3% |
Note : Les régions qui figurent dans ce tableau ne sont pas les mêmes que dans le reste du chapitre, du fait de la disponibilité des données.
Source : Calculs des auteurs d’après les données de l’OCDE/la FAO (2025[59]). Tonnes équivalent-carcasse converties en équivalent poids comestible à l’aide des facteurs de conversion suivants : 0.67 pour la viande bovine, 0.73 pour la viande porcine et 0.66 pour la viande ovine.
Cette transition du système alimentaire vers les calories d’origine animale influence l’impact environnemental de l’agriculture. Les pratiques actuelles de production de produits d’origine animale dans bien des endroits peuvent avoir des effets préjudiciables sur la biodiversité, accroître la pollution et contribuer de façon négative au changement climatique. Si les effets de telles pratiques sur l’environnement peuvent varier d’un facteur de 1 à 50 en fonction des producteurs, même les produits d’élevage à faible impact ont souvent des effets supérieurs à ceux des substituts végétaux (Poore et Nemecek, 2018[61]). Les activités d’élevage peuvent perturber les entrées hydrologiques (comme l’infiltration et l’humidité des sols) et les sorties hydrologiques (comme le ruissellement et les sédiments) même si la situation varie selon de nombreuses dimensions, notamment le climat, les types d’herbivores et la texture des sols (Eldridge, Ding et Travers, 2022[62]). En outre, la production de viande est une source majeure d’émissions de GES, notamment la viande de ruminants en raison de la fermentation entérique et des effluents d’élevage. Les systèmes d’élevage de bovins, de buffles, d’ovins, de caprins, de porcins et de poulets ont collectivement été à l’origine de 6.2 Gt éq. CO2 d’émissions en 2015, soit environ 12 % de l’ensemble des émissions anthropiques de GES (FAO, 2023[63]) et la moitié des émissions de GES du secteur AFAT (GIEC, 2022[31]). Le ruissellement des effluents d’élevage contribue aussi à la pollution par les nutriments, tandis que la fermentation entérique entraîne la formation d’ozone troposphérique (Benton et al., 2021[64]). En outre, l’élevage de bétail est étroitement lié aux changements d’affectation des terres et au déclin de la biodiversité, étant donné que la demande accrue de cultures fourragères entraîne une expansion des terres agricoles, et que les zones nouvellement déboisées sont dans certaines régions essentiellement déterminées par les besoins en pâturage du bétail (Campbell et al., 2017[65] ; IPBES, 2019[18]). De plus, le secteur de l’élevage intensifie les pressions sur la rareté de l’eau en utilisant l’équivalent de 11 900 km³ d’eau douce par an, soit environ 10 % des débits hydriques mondiaux annuels estimés. Ce secteur a des répercussions sur l’ensemble du cycle de l’eau, vu que 2 290 km³ d’eau verte et 370 km³ d’eau bleue ont été attribués à la production d’aliments pour animaux sur les terres cultivées en 2010 (FAO, 2019[66]).
Énergie : le rôle de l’électrification pour faciliter la transition vers les énergies propres
La contribution de l’électricité à l’augmentation de la consommation finale d’énergie est plus importante que celle d’autres sources d’énergie, avec une électrification plus importante en 2050 qu’en 2020 dans tous les secteurs clés. Dans les bâtiments commerciaux, la part de l’électricité dans la demande énergétique totale dépasse déjà 50 % en 2020 dans six des neuf régions et continue d’augmenter au fil du temps (Graphique 2.6). L’Afrique subsaharienne, qui affiche la part la plus faible en 2020, soit environ 25 %, rattrape rapidement son retard au fil du temps. L’énergie dans le secteur résidentiel suit une courbe similaire, avec une électrification accrue au fil du temps et un rattrapage de l’Afrique subsaharienne. L’industrie, où l’électrification est moindre que dans les bâtiments commerciaux ou résidentiels, continue au fil du temps d’électrifier à un rythme régulier sa consommation énergétique. Grâce à l’électrification, l’industrie peut réduire les émissions issues des procédés, par exemple avec le remplacement des hauts-fourneaux par des fours à arc électrique, ce qui fait baisser la consommation des énergies fossiles (charbon) ainsi que les émissions de CO₂ issues des procédés.
Graphique 2.6. Taux d’électrification des secteurs clés
Copier le lien de Graphique 2.6. Taux d’électrification des secteurs clésTaux d’électrification dans les secteurs clés : transports, bâtiments et industrie, en % de la demande finale d’énergie
En 2020, la part de l’électricité dans la demande finale d’énergie du secteur des transports était inférieure à 7 % dans toutes les régions (Graphique 2.6). Cette part est appelée à croître au fil du temps, bien qu’à des rythmes différents. C’est en Europe que l’électrification du secteur des transports devrait être la plus rapide (l’électricité représentera 39 % de sa demande énergétique d’ici à 2050), tandis qu’elle devrait être plus lente en Asie de l’Est, en Eurasie, en Amérique centrale et du Sud et en Amérique du Nord, pour atteindre des taux allant de 21 % en Eurasie à 27 % en Asie de l’Est en 2050. Dans les autres régions, l’électricité devrait représenter moins de 20 % de la demande énergétique totale du secteur des transports d’ici à 2050, voire moins de 2 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Autres secteurs, y compris les plastiques et autres produits chimiques : le recyclage peut faciliter la transition vers des matières à plus faible impact
Outre les répercussions de l’industrie en termes d’émissions de GES, certaines activités industrielles ont d’autres effets sur l’environnement. Nombre d’entre eux peuvent être liés à l’extraction et à la transformation de matières (OCDE, 2019[15]). Le recyclage est une solution pour réduire l’impact potentiel des matières, et par conséquent des secteurs industriels. Le recyclage correspond en effet à une utilisation plus efficiente des matières premières, étant donné que les mêmes matières, au lieu d’être mises au rebut, peuvent être réutilisées (souvent après une forme de retraitement), ce qui accroît par conséquent le volume de production par unité de matière au fil du temps.
Toutefois, les possibilités de recyclage ne sont pas les mêmes selon les matières. Les matières secondaires (c’est-à-dire le résultat de la transformation des déchets recyclables en matières premières réutilisables) représentent actuellement une part modeste de la consommation totale de matières, tout en ayant un impact environnemental plus faible au regard d’une série d’indicateurs de l’ACV. De nombreux métaux affichent des taux de recyclage élevés, et les déchets métalliques sont utilisés comme matières secondaires. La part du plomb secondaire a augmenté ces dernières années pour atteindre plus de 50 %, tandis que celle de l'acier secondaire a progressivement diminué pour s’établir à moins de 30 %. Les parts des matières secondaires pour l'aluminium, le zinc et le cuivre sont encore plus faibles. Le recyclage, et donc l'utilisation de matières secondaires, est rare pour les ressources minérales non métalliques ; le béton, par exemple, est souvent utilisé comme matériau de remplissage de faible valeur pour les routes. L'utilisation à la fois de matières primaires et de matières secondaires devrait augmenter en cas de politiques inchangées. Compte tenu des évolutions technologiques prévues et si les politiques actuelles sont maintenues, l'offre de matières secondaires sera insuffisante (ou trop coûteuse) pour répondre aux besoins d'une économie en expansion.
Développer le recyclage peut permettre de réduire les ressources (primaires) utilisées pour la production. Par exemple, l'OCDE (2023[56]) prévoit que la croissance des plastiques vierges sera partiellement ralentie, même en cas de politiques inchangées, car la part des plastiques recyclés doublera pour atteindre 12 %. Cette évolution vers des économies plus circulaires permettra d'utiliser les matières de manière plus efficiente et de réduire l'exploitation des ressources naturelles, par exemple l'extraction de métaux ou l’utilisation de combustibles fossiles pour les plastiques, bien que le remplacement de matières spécifiques par d'autres intrants nécessite toujours un examen rigoureux des incidences nettes sur l'environnement (selon les projections de l’ACV). Combinée à des politiques visant à réduire la demande de matières, la réduction des matières premières vierges qui en résultera pourra atténuer les pressions dans le contexte de la triple crise planétaire.
2.2.3. Gains d'efficacité dans la production de biens et de services
L'intensification des pratiques agricoles peut réduire le changement d'affectation des terres
La décomposition des déterminants du changement d’affectation des terres cultivées illustre le rôle clé joué par l'intensification de la production agricole et montre la nécessité d'une intensification durable. Sur la base de la méthodologie proposée dans Huber et al. (2014[67]), le Graphique 2.7 décompose l'évolution de l'expansion des terres cultivées selon différents déterminants. Du côté de la demande, l'accroissement démographique, combiné à l'augmentation de la consommation par habitant, entraîne un effet d'échelle (voir la section 2.2.1) ; parallèlement, la transition alimentaire modifie les types de produits agricoles qui sont consommés, entraînant un effet de composition (voir la section 2.2.2). Du côté de la production, l'augmentation des rendements, c'est-à-dire la diminution de l’intensité surfacique des cultures, contrebalance ces deux effets, limitant ainsi l'expansion des terres cultivées. Ce phénomène correspond à un effet d’efficacité : il est possible de produire plus de nourriture sur la même superficie de terres. Alors que les effets d'échelle ont représenté 63 % de l'expansion des terres cultivées entre 2005 et 2020, l’intensité des régimes alimentaires devrait représenter plus de 50 % de l'expansion mondiale des terres cultivées entre 2020 et 2050, ce qui montre l'importance croissante de la composition des régimes alimentaires dans le changement d’affectation des terres cultivées. Au niveau mondial, tandis que la demande agricole s’intensifie, les rendements augmentent aussi, mais pas suffisamment pour répondre pleinement à la demande accrue, ce qui entraîne une expansion des terres cultivées. Néanmoins, l'expansion prévue des terres cultivées ne devrait être que d'un quart environ par rapport à ce qu'elle serait sans l'amélioration des rendements, ce qui témoigne de l'importance des effets d'efficacité.
Graphique 2.7. Déterminants de l’évolution de la superficie consacrée aux terres cultivées (2020-2050)
Copier le lien de Graphique 2.7. Déterminants de l’évolution de la superficie consacrée aux terres cultivées (2020-2050)Expansion mondiale des terres cultivées (en Mha) et contribution des facteurs de changement indiqués
Note : Les variables sont calculées comme suit. L'intensité surfacique des cultures est le rapport entre la superficie des terres cultivées (en millions d’ha) et les productions végétales (en millions de tonnes de matière sèche), soit l'inverse des rendements des cultures et de l'intensité de culture par le biais de la jachère ou de la polyculture (ha/tonne de matière sèche). L'intensité des régimes alimentaires est le rapport entre l'utilisation des cultures pour l'alimentation humaine et animale (en millions de tonnes de matière sèche) et la consommation (en millions de kcal) et décrit la quantité de cultures utilisée par unité de consommation (tonne de matière sèche / kcal). La consommation par habitant correspond au rapport entre la demande alimentaire et la population par an (en kcal/habitant). La population est indiquée en milliards d'habitants.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
L'efficacité énergétique modère la croissance de la demande énergétique
L'augmentation continue du nombre de kilomètres parcourus par les transports routiers, aériens et maritimes entraîne une hausse considérable de la demande énergétique. Les gains d'efficacité (exposés en détail dans le Graphique d’annexe 2.A.7) ne peuvent que partiellement compenser cette hausse. Tous modes de transport confondus, l'intensification de l’activité des transports n'entraîne qu'une hausse globale de 23 % de la demande énergétique au titre des transports (par rapport à une hausse de 60 % pour le transport de marchandises et de 122 % pour le transport de personnes), ce qui montre que les gains d’efficacité permettent de découpler partiellement l’augmentation des services économiques fournis de l'activité économique polluante sous-jacente, évitant ainsi d’importantes émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques, par exemple.
De même, les bâtiments résidentiels présentent d’importants gains d’efficacité, mais aucune réduction de la demande énergétique. En effet, la surface au sol des bâtiments résidentiels augmente considérablement, mais la demande énergétique qui y est associée est presque entièrement compensée par les gains d’efficacité en termes de consommation d'énergie pour le chauffage (via l’installation de pompes à chaleur, par exemple). La surface au sol des bâtiments résidentiels devrait augmenter de 53 % entre 2020 et 2050, tandis que la demande énergétique correspondante ne devrait augmenter que de 3 % au cours de la même période, ce qui témoigne d'une amélioration considérable de l'efficacité énergétique au fil du temps.
Pour ce qui est de l’industrie, la valeur ajoutée fait plus que doubler entre 2020 et 2050, et elle augmente dans toutes les régions. En effet, la valeur ajoutée de l’industrie à l’échelle mondiale augmente de 131 % entre 2020 et 2050. Au cours de la même période, la demande énergétique de l'industrie n'augmente que de 31 %, ce qui indique de nouveau des gains d’efficacité en termes de consommation d’énergie.
Autres secteurs : l’efficacité peut permettre de réduire les effets sur l'environnement
Les gains d’efficacité se traduisent par une baisse de la consommation d’intrants, ce qui réduit les répercussions sur l'environnement (pour un niveau de production donné). Outre le recyclage (abordé dans la section 2.2.2), les avancées technologiques peuvent optimiser l'utilisation des matières premières (par exemple, les métaux et les ressources minérales non métalliques) et des matières synthétiques (par exemple, les plastiques et les produits chimiques) dans les processus de production.
Cette tendance aux gains d’efficacité est visible dans le domaine des plastiques : l'intensité d’utilisation des plastiques à l’échelle mondiale (c’est-à-dire la quantité de plastiques utilisée pour générer un dollar de PIB) devrait diminuer de 12 % d'ici à 2050. La réduction de l'intensité d’utilisation des plastiques permet de modérer la progression de leur utilisation ainsi que ses répercussions environnementales, notamment celles qui découlent de la mauvaise gestion des déchets. Cette diminution à l'horizon 2050 est observée dans la plupart des secteurs et des régions, soulignant le rôle clé des avancées technologiques (OCDE, 2023[12]). Parmi les exceptions figurent les secteurs des denrées alimentaires et de la construction dans les économies développées, qui utilisent de plus en plus de plastiques, témoignant d’une transition vers des produits de base qui utilisent davantage de plastiques plutôt que d'une perte d’efficacité, ce qui signifie que l’évolution de la composition de l'activité économique sectorielle fait plus que compenser la baisse de la demande de plastiques dans chaque secteur. La servicisation de l'économie, c'est-à-dire le recours accru aux services dans le secteur manufacturier, est à l'origine d'une grande partie de l'utilisation accrue des plastiques, en raison du rôle central des plastiques d'emballage, qui représentent 40 % de l'utilisation totale des plastiques.
En revanche, l'intensité chimique, c'est-à-dire le rapport entre la valeur des produits chimiques utilisés dans la production et la valeur brute de la production, devrait rester relativement stable entre 2020 et 2050, comme le montre le tableau Graphique 2.89. En d'autres termes, les politiques en vigueur ne conduisent pas à des gains d'efficacité importants en termes d'utilisation des produits chimiques dans la production, et les effets environnementaux qui y sont associés restent donc sans dispositif d’atténuation. L’évolution prévue de l'intensité chimique sectorielle est négligeable par rapport à la variation de l'intensité chimique pour le même secteur entre différentes régions. Cela indique qu’il pourrait être nécessaire de prendre de nouvelles mesures visant à réduire la pollution chimique.
Graphique 2.8. Intensité chimique par secteur en 2020
Copier le lien de Graphique 2.8. Intensité chimique par secteur en 2020Intensité chimique exprimée en %
Note : L'intensité chimique correspond à la valeur des produits chimiques utilisés pendant le processus de production rapportée à la valeur brute de la production, calculée pour chaque secteur dans chaque région. Ces valeurs sont mesurées en 2020 dans les rectangles bleus et en 2050 dans les rectangles jaunes, et exprimées en milliards USD constants de 2017. Les diagrammes en boîte illustrent la répartition des intensités chimiques entre les régions, pour chaque secteur. Les bords supérieurs et inférieurs des rectangles correspondent aux premier et troisième quartiles de la distribution. Les segments au-dessus et au-dessous s’étendent des bords supérieurs et inférieurs jusqu’à la valeur la plus élevée (respectivement la plus basse), leur longueur ne dépassant pas 1.5 fois l’écart interquartile. La barre à l’intérieur du diagramme correspond à la valeur médiane. Les secteurs dont l’intensité médiane est inférieure à 1 % en 2020 ou en 2050 ne sont pas représentés dans le graphique. Par exemple, le secteur des produits chimiques affiche une intensité chimique médiane de 11.8 %, avec une distribution comprise entre 5.5 % et 18.5 % en 2020.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
2.3. Pressions environnementales : le rôle de l’utilisation des ressources
Copier le lien de 2.3. Pressions environnementales : le rôle de l’utilisation des ressourcesLes ressources en matières et en eau sont les éléments physiques essentiels à la vie humaine et se situent donc au cœur de la triple crise planétaire. La façon dont les ressources en matières et en eau sont extraites, utilisées et éliminées à l’échelle de l’économie et de la vie humaine détermine comment les pressions environnementales et l’état de l’environnement évoluent. Outre la demande pour les divers services fournis par l’environnement, comme l’alimentation, l’eau potable, l’énergie et les biens, l’évolution de la façon dont ces services sont fournis détermine les pressions anthropiques qui s’exercent sur l’environnement. Ces pressions se conjuguent par conséquent aux déterminants décrits ci-dessus en tant qu’éléments transversaux.
2.3.1. Utilisation des ressources matérielles (matières premières)
L’extraction et le traitement des ressources matérielles (matières premières)10 – biomasse, ressources fossiles, métaux et minéraux non métalliques – sont d’importants déterminants communs du changement climatique, du recul de la biodiversité et de la pollution. Le PNUE (2024[68]) estime que l’extraction de ressources matérielles est responsable de plus de 60 % des effets climatiques (notamment du changement d’affection des terres) tandis que l’extraction et le traitement combinés de ces ressources représentent 40 % des effets sur la santé liés aux émissions de particules (dont la moitié est due aux ressources minérales non métalliques). La biomasse (cultures agricoles et foresterie) représente en outre 60 % environ de l’ensemble du déclin de la biodiversité et du stress hydrique lié à l’utilisation des terres même si la gestion durable des terres et des forêts peut réduire certains de ces effets (FAO, 2024[29]).
L’ensemble des activités minières terrestres a connu une forte croissance et a d’importants effets préjudiciables sur la biodiversité, les émissions de polluants hautement toxiques, la qualité et la distribution de l’eau, ainsi que sur la santé humaine (IPBES, 2019[18]). L’exploitation minière de surface conduit non seulement à la déforestation (Giljum et al., 2022[69]) mais aussi à d’autres transformations du paysage, notamment le creusement de fosses à ciel ouvert, l’amoncellement de déchets toxiques et la déviation de cours d’eau, toutes préjudiciables à la biodiversité (Macklin et al., 2023[50]). Le traitement postérieur des ressources fossiles, des minerais et des ressources minérales libère également du CO2, du SO2, du CH4, des particules, du mercure et d’autres métaux lourds, ce qui génère des pluies acides et accroît la biodisponibilité du mercure et d’autres métaux lourds (IPBES, 2019[18]). Si l’extraction de ressources fossiles, de minerais métalliques et de ressources minérales non métalliques n’est pas un déterminant majeur de stress hydrique au niveau mondial, elle peut consommer plus d’eau douce que les quantités naturellement disponibles au niveau local (Meißner, 2021[70]).
Dans le scénario de référence, l’utilisation de matières primaires devrait augmenter de moitié environ pour passer de 96 Gt en 2020 à 145 Gt en 2050. Cette hausse concerne tous les groupes de matières pris en compte dans l’analyse (biomasse, ressources fossiles, métaux et ressources minérales non métalliques) et toutes les régions du monde. Les ressources minérales non métalliques restent le plus grand groupe utilisé dans les trois régions. L’utilisation soutenue de matières dans la région à revenu intermédiaire favorise une forte croissance des infrastructures. Un renforcement plus progressif des infrastructures et de l’utilisation des minéraux est également observé dans la région à faible revenu.
Graphique 2.9. Projections de la consommation totale de matières
Copier le lien de Graphique 2.9. Projections de la consommation totale de matièresConsommation de matières en Gt et PIB en millier de milliards USD
À mesure que les économies des pays à croissance rapide gagnent en maturité et construisent des infrastructures, des usines et des logements, leur consommation de matières (principalement des ressources minérales non métalliques et des métaux) augmente fortement. Après une phase d’expansion rapide de l’investissement, la consommation de matières tend à se stabiliser et les investissements visent le plus souvent à remplacer les infrastructures existantes, ce qui suppose généralement une utilisation moins intensive de matières.
Malgré un découplage relatif prévu de l’activité économique et de la consommation de matières entre 2020 et 2050, cette dernière devrait continuer de croître. La part croissante des services dans la demande du secteur manufacturier, des ménages et des administrations publiques, parallèlement aux tendances telles que la transformation numérique et la hausse des dépenses de R-D, fait que les secteurs de services occupent une plus grande place dans l’économie. Vu que les services consomment moins de matières que l’agriculture et l’industrie, ce changement structurel fait baisser la consommation mondiale de matières au cours de la période considérée. Ce « découplage relatif » ne signifie pas une réduction de la consommation totale de matières. Au contraire, les secteurs qui requièrent beaucoup de matières continuent de se développer en valeur absolue jusqu’en 2050, ce qui entraîne une forte hausse globale de la consommation mondiale de matières. En d’autres termes, si chaque unité de production économique consomme moins de matières (dont l’énergie), le volume total de matières utilisées continue d’augmenter en raison de la croissance économique et démographique continue. Par exemple, dans l’hypothèse du maintien des politiques actuelles (concernant les pertes et le gaspillage alimentaires, par exemple), la demande mondiale de denrées alimentaires et de produits agricoles devrait augmenter d’environ 38 % d’ici à 2050 par rapport aux niveaux de 2020.
2.3.2. Utilisation de l’eau
Les prélèvements d’eau devraient augmenter de 17 %, en parallèle de la demande croissante d’autres ressources. Il s’agit de l’eau douce puisée dans des sources d’eau souterraines ou de surface, que ce soit de façon permanente ou temporaire11. Les prélèvements d’eau diffèrent donc de la notion connexe de consommation d’eau (utilisation de l’eau). Ils comprennent l’eau prélevée par les activités économiques qui est ensuite rendue à l’environnement12. Le Graphique 2.10 expose dans le détail les principales applications de l'eau. Le secteur agricole, via l’irrigation, demeure le plus gros consommateur d’eau : malgré des gains d’efficacité, la consommation totale d’eau pour l’irrigation devrait augmenter entre 2020 et 2050 à mesure que la superficie totale des terres agricoles dotées de systèmes d’irrigation s’agrandira. Les prélèvements d'eau devraient augmenter le plus du fait de la demande des ménages et dans le secteur de l’industrie. Cette évolution est alignée sur l’accroissement démographique, une plus grande richesse et une consommation accrue, ces éléments ne pouvant être compensés par une optimisation de l’utilisation de l’eau (le rapport entre les prélèvements et la consommation d’eau). La demande d’eau pour la production d’énergie devrait diminuer, à mesure que les sources d’électricité renouvelables se développent et que les centrales traditionnelles à combustibles fossiles et les centrales nucléaires perdent du terrain. Cette dernière technologie nécessite de grandes quantités d’eau de refroidissement alors que l'électricité éolienne et solaire n'en a pas besoin.
L’évolution des prélèvements d’eau entre 2020 et 2050 varie considérablement d’une région du monde à l’autre, mais aussi au sein d’une même région (Graphique 2.11). On devrait observer de fortes hausses dans certaines parties de l’Asie du Sud, du Moyen-Orient, de l’Afrique subsaharienne, de l’Amérique latine et de la Méditerranée. Cette situation s’explique en partie par l’expansion des terres agricoles irriguées mais aussi par l’accroissement démographique et l’intensification de l’activité économique, qui entraînent une hausse de la demande en eau pour les ménages, l’industrie et les usages énergétiques. On observe une baisse sensible de la demande dans les zones urbaines d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Eurasie, qui est liée à une optimisation de l’utilisation de l’eau eu égard à la demande pour l’industrie et les ménages et à une diminution de la demande pour la production d’énergie en raison du recours progressif à des sources d'énergie plus renouvelables.
Graphique 2.10. Prélèvements d'eau par région et par secteur
Copier le lien de Graphique 2.10. Prélèvements d'eau par région et par secteurPrélèvements d'eau en km3/an
L’intensité des prélèvements d’eau, c’est-à-dire les prélèvements d’eau en proportion du PIB, devrait diminuer dans toutes les régions et converger vers des niveaux similaires à ceux observés actuellement pour l’Amérique du Nord, l’Europe, ainsi que la Corée, le Japon & l’Océanie, pour passer d’une moyenne mondiale de 47 m3/kUSD en 2020 à 24 m3/kUSD en 2050. En comparaison, la consommation d’eau par habitant passe d’une moyenne mondiale de 696 m3/habitant en 2020 à 659 m3/habitant en 2050.
Graphique 2.11. Carte mondiale de l’évolution des prélèvements d’eau
Copier le lien de Graphique 2.11. Carte mondiale de l’évolution des prélèvements d’eauÉvolution des prélèvements d’eau en hectomètres cubes par an (hm3/an) entre 2020 et 2050
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
2.4. Une synthèse unifiée des déterminants multidimensionnels de la triple crise planétaire
Copier le lien de 2.4. Une synthèse unifiée des déterminants multidimensionnels de la triple crise planétairePour comprendre les enjeux futurs de la triple crise planétaire et y faire face, il est utile de rapprocher les grandes tendances décrites ci-avant. Cette section propose un tableau de bord cohérent et accessible des principales tendances et des principaux déterminants. Elle peut ainsi favoriser une compréhension globale des dynamiques qui alimentent la dégradation de l’environnement et aider les pouvoirs publics à y apporter des réponses plus efficaces et intégrées. L’Annexe 2.B rapporte de façon plus détaillée l’évolution des pressions environnementales aux différentes tendances socioéconomiques et aux déterminants spécifiques qui en sont à l’origine.
Le tableau de bord présenté montre les principales tendances socioéconomiques et l’évolution d’un ensemble de déterminants responsables des pressions environnementales qui contribuent à la triple crise planétaire (voir le Graphique 2.12). Un message clé du présent chapitre est qu’il importe d’examiner les problématiques transversales qui nourrissent la crise sans se limiter à la croissance économique et à la démographie. Ces déterminants transversaux concernent l’agriculture et l’utilisation des terres, la production et la consommation d’énergie, ainsi que l’utilisation de ressources comme les matières ou l’eau. En conséquence, le tableau de bord est organisé en quatre catégories d’indicateurs. La première catégorie comprend le PIB et la population totale. La deuxième concerne la consommation finale totale d’énergie, la consommation d’énergie primaire d’origine fossile et l’utilisation de charbon pour produire de l’électricité. La troisième a trait à l’agriculture et comprend la demande alimentaire totale, la demande de viande et de produits laitiers, ainsi que l’utilisation d’engrais. La quatrième catégorie, enfin, rend compte de l’utilisation des ressources, par le biais de la consommation d’eau et de l’utilisation de matières et de plastique.
Les liens d’interdépendance revêtent une importance capitale. D’une part, chaque déterminant contribue à plusieurs pressions environnementales. Par exemple, les déterminants liés à la production et à la consommation d’énergie sont associés principalement aux émissions de GES et de polluants atmosphériques, lesquelles constituent des pressions environnementales qui contribuent tout à la fois au changement climatique, au déclin de la biodiversité et à la pollution. Dans le même ordre d’idées, les déterminants agricoles influent sur l’utilisation des terres, sur les émissions de CH4, de N2O et de NH3, ainsi que sur la pollution par les nutriments et l’utilisation de pesticides (que le tableau de bord ne montre pas). D’autre part, les groupes d’indicateurs ne sont pas indépendants les uns des autres. Par exemple, la production alimentaire nécessite d’importants apports en eau, les combustibles fossiles et les denrées alimentaires sont comptabilisés dans l’utilisation de matières (aux côtés des métaux et des ressources minérales non métalliques), et aussi bien la production que le transport des denrées alimentaires nécessitent de l’énergie. Ces exemples illustrent la complexité des interdépendances qui existent même au niveau des déterminants. Une compréhension intégrée des forces à l’origine du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution n’en est que plus indispensable.
Dans l’ensemble, l’analyse montre un certain degré de découplage relatif entre les déterminants de la dégradation de l’environnement et l’activité économique, mais les pressions exercées sur l’environnement devraient continuer d’augmenter. Le Graphique 2.12 présente les projections de croissance des indicateurs retenus entre 2020 et 2050 (et l’évolution au cours de chacune des trois périodes de 15 ans de 2005 à 2050). Au niveau mondial, en cas de politiques inchangées, l’activité économique et la population devraient toutes deux connaître une croissance significative entre 2020 et 2050. De fait, comme le montrent les secteurs dans la Partie A du Graphique 2.12, les projections du PIB réel à parité de pouvoir d’achat (PPA) et de la population sortent du cercle qui représente l’indice 100 %, c’est-à-dire le niveau en 2020 (voir aussi la section 2.2 et l’Annexe 2.A). En l’occurrence, le PIB devrait plus que doubler et la population mondiale devrait augmenter de 24 %. Ces évolutions reflètent une progression des revenus et des niveaux de vie qui s’accompagne d’un meilleur accès à l’énergie et à l’alimentation. Or, cette trajectoire peut être préoccupante sur le plan environnemental. Pour limiter les effets négatifs, il faudra que la croissance économique devienne plus durable, que la surconsommation soit réduite et que les sources d’énergie et secteurs plus propres occupent une place plus importante, ce qui nécessitera des progrès technologiques considérables. Autrement dit, pour empêcher que la dégradation de l’environnement s’aggrave ou, mieux, pour que la crise soit atténuée, les effets de composition et effets techniques devront compenser les effets d’échelle. Dans l’ensemble, il ressort des projections mondiales qu’une telle évolution est peu vraisemblable en cas de politiques inchangées. Tous les déterminants du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution pris en compte devraient progresser, quoique plus lentement que le PIB. Il devrait donc y avoir un découplage relatif par rapport à l’activité économique, mais pas de découplage absolu, ce qui signifie que les pressions environnementales continueront d’augmenter, mais pas aussi rapidement que l’économie.
Un point essentiel à retenir de ce chapitre est que l’amélioration de l’efficacité est cruciale pour modérer les pressions croissantes induites par les multiples évolutions socioéconomiques et sectorielles. Dans le Graphique 2.12, partie A, on voit que le secteur représentant la croissance du PIB est plus long que ceux représentant l’évolution de l’utilisation de matières et de la consommation d’eau, ce qui signifie que l’utilisation de l’eau et celle des matières devraient devenir plus efficientes. Autrement dit, il faudra moins d’eau et de matières pour produire un dollar de PIB en 2050 qu’en 2020. Cependant, en cas de politiques inchangées, ces gains d’efficacité ne seront pas suffisants pour compenser l’impact global de la croissance économique et démographique. Ils entraînent un découplage relatif qui contribue à ralentir l’augmentation de la demande mondiale d’énergie, de denrées alimentaires, de matières et d’eau dans les décennies à venir, mais qui ne permet pas de la stopper. Par conséquent, les gains d’efficacité doivent aller de pair avec une action en amont pour faire baisser la demande, et en aval pour traiter les pressions environnementales.
La plupart des déterminants représentés dans le tableau de bord ont tendance à augmenter rapportés au nombre d’habitants. La consommation d’eau et l’utilisation de combustibles fossiles dans la production d’énergie primaire constituent des exceptions notables. La consommation mondiale d’eau (à ne pas confondre avec les prélèvements d’eau, qui comprennent les volumes prélevés temporairement dans l’environnement avant d’être restitués) devrait certes progresser de 22 % globalement, mais diminuer légèrement, de 1 %, par habitant. De même, l’utilisation de combustibles fossiles dans la production d’énergie primaire devrait augmenter de 16 % au total, mais baisser de 6 % rapportée au nombre d’habitants, grâce à la progression de l’efficacité énergétique, de l’électrification des transports et de la part de l’énergie d’origine renouvelable. L’utilisation de charbon pour la production d’électricité fait toutefois exception, puisqu’elle devrait augmenter sensiblement, de 86 % dans l’absolu et de 50 % par habitant, malgré une baisse de 17 % de son intensité par rapport au PIB.
Même s’ils restent orientés à la hausse, les déterminants du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution augmentent légèrement moins vite au cours de la période 2020-2050 que durant la période 2005-2020, comme l’illustrent les parties A et B du Graphique 2.12. Certains déterminants (comme l’utilisation de plastique) ne laissent entrevoir que peu de signes d’un ralentissement de la croissance à l’avenir. À l’inverse, la production d’électricité à partir de charbon est appelée à augmenter plus rapidement au cours de la période 2020-2050.
Les agrégats mondiaux masquent une forte hétérogénéité régionale. Afin de donner un aperçu plus détaillé, le Graphique 2.13 présente le même ensemble d’indicateurs que le Graphique 2.12, mais pour chacune des neuf régions composant le monde. Deux éléments supplémentaires viennent enrichir les graphiques des régions : un point noir qui montre l’évolution de la moyenne mondiale de chaque indicateur (telle que présentée dans le Graphique 2.12), et l’application aux secteurs de couleurs qui varient en fonction de l’intensité relative de chaque indicateur en 2050 par rapport à la région affichant la valeur la plus élevée. Par exemple, en 2050, le PIB par habitant est le plus élevé (et donc représenté en noir) en Amérique du Nord, et le plus faible (et donc représenté en bleu clair) en Afrique subsaharienne, où il s’établit à 8 % du niveau nord-américain.
L’évolution des principaux indicateurs socioéconomiques est très variable selon les régions. Le PIB devrait progresser dans toutes les régions entre 2020 et 2050, et la croissance la plus rapide est anticipée dans les régions à faible revenu (comme le montre le fait que le secteur correspondant sort très largement du cercle de référence dans les parties du Graphique 2.13 relatives à l’Asie du Sud et à l’Afrique subsaharienne)13. La croissance démographique est plus inégale : elle devrait être soutenue en Asie du Sud, en Afrique subsaharienne et dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, et rester stable ou reculer en Europe, en Asie de l’Est, en Eurasie et dans la région Corée, Japon et Océanie. Si les données mondiales ne font apparaître aucun découplage absolu dans les prochaines décennies, celles ventilées par région en révèlent quelques-uns. Dans le Graphique 2.13, on les repère au fait que le secteur correspondant n’atteint pas le cercle de référence, ce qui signifie que la valeur de l’indicateur est moins élevée qu’en 2020. Les cas de découplage absolu sont principalement liés à la transition énergétique, qui se traduit par une baisse de la consommation finale totale d’énergie, de la consommation de combustibles fossiles et de la production d’électricité à partir de charbon en Europe (-10 %, -50 % et -45 % respectivement), en Amérique du Nord (-14 %, -28 % et -100 %) et dans la région Corée, Japon et Océanie (-9 %, -50 % et -63 %). Un autre exemple est la baisse prévue de 11 % de l’utilisation d’engrais azotés en Europe. Ces cas de découplage absolu restent toutefois des exceptions, puisque les déterminants du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution restent orientés à la hausse dans la plupart des régions.
La majorité des indicateurs augmentent dans toutes les régions. Sous l’effet de la progression des revenus et de l’accès à l’énergie, la consommation énergétique est multipliée par plus de deux en Asie du Sud et dans la région Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, et elle progresse de plus de 70 % en Afrique subsaharienne. Cette demande en hausse est en grande partie satisfaite par un recours accru aux combustibles fossiles et à l’électricité produite à partir de charbon. L’Asie du Sud, en particulier, se singularise par une forte croissance de tous les indicateurs relatifs à l’énergie. L’Afrique subsaharienne aussi devrait connaître une forte croissance de la demande totale d’énergie, de la consommation de combustibles fossiles, de l’utilisation de charbon pour la production d’électricité, de l’utilisation de plastique et de matières ainsi que de la demande alimentaire. Toutefois, comme l’indiquent les couleurs des secteurs dans le Graphique 2.13Error! Reference source not found., l’intensité de ces indicateurs en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne reste parmi les plus faibles des régions du monde, même à l’horizon 2050. À l’inverse, dans plusieurs régions, certains indicateurs affichent à la fois de forts taux de croissance et des niveaux par habitant élevés en 2050, ce qui est particulièrement préoccupant. C’est le cas notamment de l’utilisation de plastique en Amérique du Nord et dans la région Corée, Japon et Océanie, et de la production d’électricité à partir de charbon en Asie de l’Est. Cette conjonction d’intensité élevée et de forte croissance conduit à une hausse des pressions environnementales qui accentue la triple crise planétaire.
Outre les grandes tendances déjà évoquées, comme l’augmentation en valeur absolue des principaux déterminants de la triple crise planétaire, le découplage relatif par rapport au PIB et les gains d’efficacité, le tableau de bord proposé met également en lumière des évolutions sectorielles notables prévues avec les politiques en vigueur. Dans le secteur agricole, les modes de production et de consommation actuels et leur évolution anticipée donnent à penser que les effets dommageables exercés sur l’environnement ne diminueront pas. Dans ces conditions, les émissions connexes de GES et de polluants, de même que le recul de la biodiversité, devraient s’amplifier. Si les technologies de production, les pratiques agricoles et les comportements de consommation alimentaire n’évoluent pas, les possibilités de faire contribuer le secteur agricole à l’atténuation du changement climatique resteront inexploitées. Le maintien prévu de la dépendance aux combustibles fossiles est incompatible avec les efforts de lutte contre la triple crise planétaire. L’électrification couplée à la transition vers l’électricité d’origine renouvelable, réalisée de manière à réduire au minimum les risques tels que l’augmentation de la pollution et le recul de la biodiversité (voir le Chapitre 6), est essentielle pour relever le défi. Parallèlement, l’utilisation totale de matières et la consommation d’eau devraient également augmenter et continuer de suivre une trajectoire d’évolution non viable, amplifiant les tensions sur les écosystèmes et les ressources naturelles. Or, dans le cadre des politiques actuelles, le rythme et l’ampleur de la transition sont insuffisants.
Graphique 2.12. Évolution des facteurs et des tendances socioéconomiques responsables des pressions environnementales
Copier le lien de Graphique 2.12. Évolution des facteurs et des tendances socioéconomiques responsables des pressions environnementalesÉvolution de certains déterminants au niveau mondial
Note : La longueur des barres représente l’évolution dans le temps (au cours de la période indiquée au-dessus de chaque partie). Ainsi, dans la Partie A, le cercle correspond au niveau en 2020, indicé à 100 %, par rapport auquel est mesurée l’évolution de chaque indicateur. L’utilisation de plastique, par exemple, devrait donc augmenter de 106 % au niveau mondial entre 2020 et 2050. On trouvera dans l’Annexe 2.C les valeurs détaillées des différents indicateurs présentés et les unités dans lesquelles elles sont exprimées.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Graphique 2.13. Différences régionales dans l’évolution des facteurs responsables des pressions environnementales
Copier le lien de Graphique 2.13. Différences régionales dans l’évolution des facteurs responsables des pressions environnementalesÉvolution de certains déterminants par région, 2020-2050
Note : La longueur des barres représente l’évolution prévue pour la période 2020-2050. Le cercle représente le niveau enregistré en 2020. La couleur illustre l’intensité relative d’un indicateur donné dans chaque région (par exemple, le PIB par habitant en 2050) par rapport à la région qui affichera la plus forte intensité en 2050. Pour l’Afrique subsaharienne, par exemple, le secteur correspondant au PIB réel (PPA) en bleu clair signale que le PIB par habitant dans cette région sera le plus faible en 2050. Pour l’Amérique du Nord, en revanche, ce même secteur apparaît en noir, indiquant que c’est dans cette région que le PIB par habitant sera le plus élevé. Les points noirs indiquent l’évolution prévue au niveau mondial. Les valeurs sont plafonnées à +140 % au-dessus du niveau de 2020 par souci de lisibilité (un triangle apparaît à l’extrémité du secteur lorsqu’une valeur dépasse ce seuil). On trouvera dans l’Annexe 2.C les valeurs détaillées des différents indicateurs présentés et les unités dans lesquelles elles sont exprimées.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Annexe 2.A. Tendances socioéconomiques
Copier le lien de Annexe 2.A. Tendances socioéconomiquesDémographie
Copier le lien de DémographieLa population mondiale devrait continuer de croître pour atteindre 8.5 milliards de personnes d’ici à 2030 et 9.6 milliards en 2050 (Graphique d’annexe 2.A.1). Son taux de croissance devrait diminuer progressivement, si bien que le pic démographique mondial devrait être atteint au cours du troisième quart du siècle. Le fléchissement de la croissance démographique concerne l’ensemble des pays. Cependant, la population totale des régions à faible revenu devrait continuer d’augmenter sensiblement au cours des prochaines décennies et dépasser 5 milliards d’habitants au milieu du siècle. Il est prévu que la croissance démographique moyenne soit très variable selon les régions dans les décennies à venir, allant d’une contraction de la population en Asie de l’Est à une augmentation soutenue de plus de 2 % par an dans de nombreux pays moins développés d’Afrique subsaharienne.
Graphique d’annexe 2.A.1. La croissance démographique varie selon les régions, allant de valeurs négatives à des hausses de près de 100 % entre 2020 et 2050
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.1. La croissance démographique varie selon les régions, allant de valeurs négatives à des hausses de près de 100 % entre 2020 et 2050Population en milliards d’habitants en 2020 et en 2050, et croissance totale entre 2020 et 2050
En outre, la composition de la population évolue au fil du temps, beaucoup de pays des régions à revenu élevé et intermédiaire connaissant un vieillissement notable qui entraîne une augmentation de la part des personnes âgées (Graphique d’annexe 2.A.2). Cette évolution a de nombreuses conséquences, notamment en modifiant les modes de consommation, en faisant augmenter la demande de services de santé (de la Maisonneuve et Oliveira Martins, 2014[71]) et en entraînant une baisse de la population d’âge actif en proportion de la population totale (et donc une baisse de l’offre de main-d’œuvre)14. À l’inverse, la population est nettement plus jeune dans de nombreux pays moins développés. La convergence des niveaux d’instruction devrait se poursuivre (voir par exemple (KC et Lutz, 2017[72]). Or, le niveau d’instruction – en particulier des femmes – influence le taux de natalité et donc la taille future de la population (Adhikari, Lutz et Kebede, 2024[73]).
Graphique d’annexe 2.A.2. L’espérance de vie des hommes et des femmes continue de progresser
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.2. L’espérance de vie des hommes et des femmes continue de progresserPopulation mondiale en millions de personnes, par sexe et par tranche d’âge
Note : M correspond à la population masculine, F à la population féminine.
Source : Projection centrale des Nations Unies (2022[30]).
L’activité économique mondiale, mesurée par le PIB, devrait progresser nettement plus vite que la population : de 2.7 % par an en moyenne, contre une croissance démographique à 0.7 % (Graphique d’annexe 2.A.3). Dans ces conditions, le PIB mondial à prix constants devrait augmenter pour passer de 126 000 milliards USD en 2020 à 283 000 milliards USD en 2050. On s’attend à d’importantes variations régionales, avec une croissance régulière mais plutôt faible dans les régions à revenu élevé, un fléchissement du taux de croissance dans les régions à revenu intermédiaire (lié notamment à une baisse rapide de la croissance annuelle en République populaire de Chine) et une croissance qui s’accélère dans les régions à faible revenu. Cette dernière résulte à la fois de la croissance rapide d’un certain nombre d’économies émergentes à court terme, à commencer par l’Inde, et de l’augmentation des taux de croissance dans de nombreux pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne.
En 2020, le revenu moyen (par habitant) de la région à faible revenu s’élevait à 6 700 USD ; d’ici à 2050, il devrait être multiplié par 2.4 pour atteindre 15 900 USD (Graphique d’annexe 2.A.3). Dans la région à revenu intermédiaire, il devrait passer de 16 000 USD en 2020 à 34 100 USD en 2050 (soit une multiplication par un peu plus de deux). Dans la région à revenu élevé, enfin, la progression est moindre mais le niveau de départ est plus élevé : le revenu moyen par habitant devrait passer de 45 300 USD en 2020 à 75 000 USD en 2050 (soit une croissance de 65 %). Comme les projections démographiques, les projections de croissance des revenus sont assez similaires à celles présentées dans les travaux publiés, en particulier le scénario SSP2.
Graphique d’annexe 2.A.3. C’est dans les régions à faible revenu et à revenu intermédiaire que le revenu par habitant augmente le plus rapidement
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.3. C’est dans les régions à faible revenu et à revenu intermédiaire que le revenu par habitant augmente le plus rapidementProduit intérieur brut par habitant par région, niveaux en 2020 et en 2050 et croissance totale entre 2020 et 2050
La croissance plus rapide des revenus dans les économies émergentes et en développement (Graphique d’annexe 2.A.4) est cohérente avec la notion de convergence conditionnelle : les pays qui sont plus éloignés de leur frontière technologique connaîtront une croissance plus rapide à mesure qu’elles rattraperont leur retard technologique par rapport aux économies plus développées (Johansson et al., 2013[74] ; Dellink et al., 2017[75]). La croissance démographique influe sur le revenu de deux manières distinctes : le revenu par habitant diminue lorsque la population s’accroît (les ressources sont partagées entre un plus grand nombre de personnes), mais une population d’âge actif plus nombreuse entraîne une augmentation de l’offre de main-d’œuvre, qui est une composante du PIB. L’Afrique subsaharienne en est une parfaite illustration : elle possède aujourd’hui une population jeune, ce qui implique une augmentation rapide de la population d’âge actif dans les décennies à venir, et donc une hausse rapide de l’offre de main-d’œuvre. Cependant, la population totale s’accroît presque aussi vite, ce qui freine la croissance du revenu (PIB par habitant). L’investissement, la croissance du capital et les progrès technologiques ont un effet positif sur la croissance des revenus. Les économies émergentes comme celles de la région d’Asie du Sud peuvent maintenir une croissance rapide grâce à une contribution significative du progrès technologique à mesure qu’elles rattrapent leur retard. Dans la région à revenu élevé, la contribution des facteurs démographiques est assez faible, et les facteurs dominants dans la croissance globale des revenus sont le capital et la technologie15.
Graphique d’annexe 2.A.4. La croissance mondiale des revenus est portée à parts à peu près égales par le travail, le capital et la technologie
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.4. La croissance mondiale des revenus est portée à parts à peu près égales par le travail, le capital et la technologieCroissance annuelle moyenne des revenus entre 2020 et 2050 et contribution des différents facteurs
Changements technologiques et structurels
Copier le lien de Changements technologiques et structurelsComme on l’a vu dans la section précédente, la croissance économique est portée à la fois par l’utilisation d’un plus grand nombre d’intrants (plus de travail, plus de capital) et par l’augmentation des productions qui peuvent être réalisées avec la même quantité d’intrants16. Ce dernier aspect, les améliorations technologiques, comprend les gains d’efficacité réalisés dans l’utilisation d’intrants de production particuliers (par exemple les gains d’efficacité énergétique), ainsi que l’augmentation de la production par unité d’intrants primaires, en particulier la main-d’œuvre, c’est-à-dire la croissance de la productivité du travail (par exemple à la faveur de l’apprentissage par la pratique). Ces effets technologiques peuvent varier considérablement d’un secteur à l’autre et d’une région à l’autre. En règle générale, la productivité augmente plus rapidement dans les secteurs industriels que dans l’agriculture et les services, et plus vite dans les économies émergentes en croissance rapide à mesure que leurs niveaux technologiques rattrapent ceux des pays les plus développés.
Ces gains de productivité entraînent une évolution de la structure du PIB, telle que mesurée par la contribution des différents secteurs à la valeur ajoutée produite à l’échelle de l’ensemble de l’économie, c’est-à-dire le PIB. Dans les pays les moins développés, le secteur agricole représente une forte proportion du PIB, tandis que les économies émergentes se distinguent par la place importante occupée par le secteur industriel, et notamment par la croissance considérable du secteur de la construction à l’appui du développement des infrastructures. Dans les économies développées, les contributions des différents secteurs sont plus stables et caractérisées par la part importante du secteur des services et des niveaux relativement faibles de production agricole. Les modes de consommation ne suivent pas forcément les mêmes tendances et leur transformation est souvent à la traîne de celle de la production, puisque les pays se spécialisent dans les productions dans lesquelles ils ont un avantage comparatif à la faveur des échanges internationaux (voir infra), alors que les consommateurs évoluent progressivement dans leurs préférences à mesure de l’augmentation des revenus.
Dans les trois régions, les services représentent la majeure partie de la valeur ajoutée produite, et ce plus encore en 2050 qu’en 2020 (Graphique d’annexe 2.A.5). Sans surprise, c’est dans les pays à faible revenu que la part des services est la moins élevée, mais même ce groupe comprend plusieurs pays dont l’économie est assez diversifiée. Plusieurs tendances socioéconomiques expliquent cette prépondérance du secteur des services : (i) les services ont tendance à se caractériser par une plus forte élasticité-revenu, si bien que la hausse des revenus entraîne une augmentation de la part des dépenses de consommation que les ménages y consacrent ; (ii) le vieillissement démographique fait augmenter la demande de services de santé ; (iii) la productivité progresse en moyenne moins vite dans les services que dans l’industrie, de sorte que les dépenses consacrées aux services doivent augmenter par rapport à celles consacrées aux biens pour maintenir un panier de consommation équilibré ; (iv) l’industrie manufacturière tend à être de plus en plus « servicisée » (Pilat et Nolan, 2018[76]), et (v) la transformation numérique de l’économie, avec notamment l’évolution vers le commerce électronique, fait baisser les besoins en produits physiques et augmenter ceux en services. La transformation numérique contribue notablement à la servicisation de la production industrielle et de la demande des consommateurs, induit un recul du matériel au profit de l’électronique, réduit les transports internationaux tout en abaissant le coût des échanges internationaux, et accroît par exemple la consommation d’énergie pour alimenter les centres de données (OCDE, 2019[77] ; OCDE, 2024[78]).
Par comparaison, la part de l’agriculture dans la production totale diminue au fil du temps, vu que l’alimentation est un bien essentiel et que la demande alimentaire ne progresse que modestement à mesure que les revenus augmentent. La part de l’énergie dans la valeur ajoutée baisse également, étant donné les progrès continus de l’efficacité énergétique. Ce recul est particulièrement marqué dans la région à revenu intermédiaire, à laquelle appartiennent une grande partie des pays exportateurs de combustibles fossiles. Ces glissements structurels sont beaucoup moins prononcés dans les pays de la région à revenu élevé, qui ont tendance à être caractérisés par une économie plus diversifiée et des structures de la demande plus stables.
Graphique d’annexe 2.A.5. Les services constituent le principal secteur économique et ne feront que gagner en importance d’ici à 2050
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.5. Les services constituent le principal secteur économique et ne feront que gagner en importance d’ici à 2050Ventilation de la valeur ajoutée par secteur (en USD constants de 2017), en pourcentage de la valeur ajoutée totale
Du fait de leur croissance démographique et économique plus rapide, les régions à revenu intermédiaire et à faible revenu verront également augmenter leur part dans la consommation. Par conséquent, le poids de la région à revenu élevé dans la production et la consommation mondiales devrait diminuer au fil du temps. Les balances commerciales s’en trouveront également modifiées. En 2020, les plus importants courants d’échanges – représentant plus d’un tiers du total – avaient lieu à l’intérieur de la région à revenu élevé. Or, cette part est appelée à baisser avec le temps, puisque celle des exportations de la région à faible revenu, en particulier, augmentera (de 16 % en 2020 à 20 % en 2050), principalement sous l’effet de l’accroissement rapide des échanges à l’intérieur de cette région (qui représenteront 6 % du total en 2050 contre moins de 4 % en 2020).
Comme la structure des économies varie d’une région à l’autre, les pays n’ont pas tous la même spécialisation commerciale. Par conséquent, l’augmentation des exportations de la région à faible revenu ne concerne pas tous les biens dans les mêmes proportions. Ainsi, les plus fortes hausses de la part du marché mondial sont prévues pour l’énergie – d’autant plus que les perspectives d’exportation de combustibles fossiles sont plutôt faibles et que les courants d’échanges traditionnels de combustibles progresseront donc très peu – ainsi que pour l’industrie, ce qui cadre avec la théorie du développement économique. En particulier, la production industrielle dans la région à faible revenu augmente plus rapidement que la consommation, et le développement des débouchés à l’exportation est un élément clé de la stratégie de développement de nombreux pays.
Graphique d’annexe 2.A.6. La part de la région à faible revenu dans les exportations d’énergie et de produits industriels augmente
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.6. La part de la région à faible revenu dans les exportations d’énergie et de produits industriels augmentePart des régions dans les exportations mondiales par groupe de produits
Les échanges internationaux jouent donc un rôle clé pour concilier les tendances en matière de production et celles en matière de consommation. Néanmoins, les déséquilibres à long terme relatifs au solde commercial, allant de pair avec un solde des paiements courants nettement excédentaire, exercent des tensions sur le taux de change, et dans la plupart des cas, il est prévu que ces excédents se résorbent – sans nécessairement disparaître complètement
Les évolutions technologiques et structurelles ont également des retombées sur l’efficacité énergétique. L’efficacité énergétique du transport de marchandises et de voyageurs devrait s’améliorer, comme le montre le Graphique d’annexe 2.A.7. Par exemple, entre 2020 et 2050, l’intensité énergétique du transport aérien de marchandises [la quantité de kilojoules (kJ) nécessaire pour transporter une tonne de marchandises sur un kilomètre (tkm)] devrait diminuer de plus de 30 % dans les régions à revenu élevé et intermédiaire, et de 12 % dans les régions à faible revenu. Des améliorations similaires sont attendues en ce qui concerne l’intensité énergétique du transport aérien de passagers [la quantité de kJ nécessaire pour transporter un voyageur sur un kilomètre (vkm)], qui devrait baisser de plus de 35 % dans l’ensemble des régions. L’intensité énergétique des véhicules légers accusera également une diminution comprise entre 36 % dans la région à revenu intermédiaire et 55 % dans celle à revenu élevé. L’intensité énergétique du transport par bus, du transport maritime et fluvial et du transport ferroviaire devrait aussi baisser dans la plupart des régions, quoique dans des proportions beaucoup plus modestes.
Il ressort des projections que l’intensité énergétique des secteurs résidentiel, industriel et tertiaire diminuera dans toutes les régions entre 2020 et 2050. Ce recul sera particulièrement marqué dans le secteur résidentiel, qui verra une chute d’environ 50 % de l’intensité énergétique (mesurée en kJ par m2) dans la région à revenu élevé, grâce au développement des normes de construction imposant, par exemple, le recours systématique à des méthodes modernes d’isolation. L’industrie et le secteur tertiaire devraient également enregistrer une diminution de leur intensité énergétique, hormis le secteur tertiaire de la région à faible revenu du fait du développement des services dans cette région.
Graphique d’annexe 2.A.7. Évolution de l’intensité énergétique dans plusieurs secteurs clés
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.7. Évolution de l’intensité énergétique dans plusieurs secteurs clésÉvolution de l’intensité énergétique des transports, des bâtiments et de l’industrie
Note : L’intensité énergétique du transport de marchandises correspond au rapport entre la consommation d’énergie en kilojoules (kJ) et le nombre de tonnes-kilomètres (tkm) parcourues. L’intensité énergétique du transport de voyageurs correspond au rapport entre la consommation d’énergie en kJ et le nombre de voyageurs-kilomètres (vkm) parcourus. Dans le secteur résidentiel, l’intensité énergétique est calculée en kJ par m2, tandis que dans l’industrie et le secteur tertiaire, elle est calculée en kJ par unité de valeur ajoutée produite en USD de 2010.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Dans les autres secteurs, dont les plastiques et les autres produits chimiques, les évolutions régionales et sectorielles de la croissance économique déterminent la demande
La structure de l’économie évolue au fil du temps. Elle évolue plus vite dans les pays qui connaissent un développement rapide, s’industrialisent et diversifient leur économie que dans les pays développés dont l’économie est déjà relativement mature et diversifiée. Néanmoins, on observe dans tous les pays une tendance à la servicisation (recours accru aux services dans l’industrie manufacturière en tant qu’intrants ou dans le cadre d’offres groupées). Les services représentent une part plus importante de la consommation finale, avec par exemple des dépenses accrues consacrées aux soins de santé du fait du vieillissement de la population, mais sont aussi de plus en plus utilisés dans l’industrie, que ce soit par le biais de contrats de service associés à l’achat d’un bien ou de la location de produits. Ces dynamiques économiques ont une influence sur les pressions environnementales et sont prises en compte dans le cadre d’analyse au travers de leur effet sur les changements structurels et donc sur la composition de la demande totale.
La croissance de l’économie mondiale entre 2020 et 2050 devrait s’accompagner d’une modification de la composition sectorielle de la demande de produits chimiques. En 2050, cette demande devrait continuer à être portée pour environ 60 % par l’industrie chimique, les autres activités de fabrication et la production de caoutchouc et matières plastiques, comme le montre le Graphique d’annexe 2.A.8. L’industrie chimique elle-même devrait rester le premier consommateur de produits chimiques (hors produits pharmaceutiques, caoutchouc et matières plastiques), sa consommation passant de plus de 1 000 milliards USD en 2020 à 1 700 milliards USD en 2050. Alors qu’en 2020, cette demande de l’industrie chimique était concentrée pour plus de la moitié en Amérique du Nord, en Europe et dans la région Corée, Japon et Océanie, sa croissance prévue jusqu’en 2050 devrait être le fait d’autres régions. En l’occurrence, c’est en Asie du Sud (+149 %), en Eurasie (+253 %) et dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (+381 %) que la demande de produits chimiques émanant de l’industrie chimique devrait enregistrer les plus fortes hausses. Entre 2020 et 2050, la part de la demande de produits chimiques provenant des autres activités de fabrication devrait augmenter, passant de 16 % à 18 %, tandis que la part provenant de l’industrie chimique devrait diminuer, de 31 % à 27 %.
Graphique d’annexe 2.A.8. Demande de produits chimiques par secteur
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.8. Demande de produits chimiques par secteurDemande de produits chimiques en milliards USD
Note : La demande de produits chimiques correspond à la demande intermédiaire de produits chimiques (hors caoutchouc, matières plastiques et produits pharmaceutiques) par secteur (à l’exclusion des services) dans chaque région. Elle est exprimée pour 2020 et pour 2050 en milliards USD constants de 2017. Seuls sont représentés les secteurs dont la part de la demande était supérieure à 2 % en 2020.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Un autre exemple des changements structurels intervenant dans le scénario de référence concerne le plastique. Trois usages principaux représentent quelque 60 % de l’utilisation de plastique : les emballages, la construction et les véhicules, qui comprennent le matériel de transport (Graphique d’annexe 2.A.9, partie A). Compte tenu de la faible substitution des plastiques prévue en cas de politiques inchangées, leur consommation suit la hausse de l’activité économique dans l’ensemble de l’économie et devrait donc augmenter dans tous les secteurs (Graphique d’annexe 2.A.9, partie B). C’est dans les domaines des emballages, de la construction, des transports et des produits de consommation que l’utilisation de plastique enregistrera les plus fortes progressions, ce qui tient à l’envolée de la demande de biens de consommation et de transport sous l’effet du développement économique. Du fait des tendances à la généralisation du numérique et à l’électrification, l’utilisation de plastique liée aux produits électriques et électroniques sera également en forte hausse.
Le secteur des services affiche une intensité d’utilisation de plastique (quantité de plastique par unité de production) relativement faible, mais du fait de l’évolution vers une économie de services, il deviendra le premier secteur utilisateur de plastique. Cela reflète le recours accru aux produits en plastique dans les secteurs de services, comme les emballages et les produits de consommation (contenants alimentaires pour la vente à emporter, produits médicaux et de soins, matériel artistique, cartes de crédit, bagages...). L’augmentation de l’utilisation de plastique pour les emballages montre que les politiques actuelles ne permettent pas de contrecarrer cette hausse dans les principaux secteurs qui dépendent des emballages, dont les services aux entreprises, les produits alimentaires et le commerce.
L’utilisation de plastique à d’autres fins progresse plus lentement. La croissance de la production textile dans les économies à revenu intermédiaire et à faible revenu porte l’utilisation de plastique dans le secteur de l’habillement. Dans ces économies, l’investissement dans les infrastructures nécessaires au développement économique stimule également l’utilisation de plastique dans le secteur de la construction (OCDE, 2019[15]). Dans l’industrie et le secteur des machines, la croissance de l’utilisation de plastique est plus faible du fait de l’évolution structurelle de l’économie de l’industrie vers les services.
Graphique d’annexe 2.A.9. Utilisation de plastique par usage en 2020 et en 2050
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.9. Utilisation de plastique par usage en 2020 et en 2050Politiques publiques
Copier le lien de Politiques publiquesLes projections intègrent les politiques (essentiellement implicites) prises en compte dans les projections macroéconomiques, et les politiques environnementales (essentiellement explicites) ciblant chaque volet de la triple crise planétaire et d’autres aspects. Le Tableau d’annexe 2.A.1 présente ces deux catégories de politiques publiques prises en compte sous forme synthétique et classées par grand thème.
Tableau d’annexe 2.A.1. Politiques publiques prises en compte dans le scénario de référence
Copier le lien de Tableau d’annexe 2.A.1. Politiques publiques prises en compte dans le scénario de référence|
Domaine |
Type de mesures |
Implémentation dans le modèle |
Source |
|
|---|---|---|---|---|
|
Environnement |
Changement climatique |
Politiques de réduction des émissions à l’échelle de l’économie (par exemple, programmes de financement de réductions des émissions, action des signataires de l’Amendement de Kigali, programmes de tarification des émissions). |
Explicite |
Nascimento et al. (2024[79]) |
|
Énergie |
|
Explicite |
Nascimento et al. (2024[79]) |
|
|
Biodiversité |
Zones protégées terrestres |
Explicite |
PNUE-WCMC (2020[80]) |
|
|
Déboisement |
Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+) |
Explicite |
Nascimento et al. (2024[79]); Nascimento et al. (2023[81]) |
|
|
Boisement |
Objectifs d’expansion forestière définis dans les politiques nationales |
Explicite |
Nascimento et al. (2024[79]); Nascimento et al. (2023[81]) |
|
|
Pollution de l’air |
Améliorations stylisées des facteurs d’émission représentant la dépollution en bout de chaîne |
Implicite |
||
|
Pollution plastique |
Tendances découlant des politiques actuelles. |
Implicite |
OCDE (2023[56]) |
|
|
Pollution azotée et phosphorée |
Améliorations stylisées de l’efficacité d’utilisation de l’azote et du phosphore |
Implicite |
||
|
Matériaux |
Tendances découlant des politiques actuelles. |
Implicite |
OCDE (2019[15]) |
|
|
Politiques macroéconomiques et plus générales |
Démographie et éducation |
Tendances reposant sur les politiques actuelles. |
Implicite |
Nations Unies (2022[30]) |
|
Main-d’œuvre |
Tendances reposant sur les politiques actuelles. |
Implicite |
OIT (2022[82]) |
|
|
Économie |
Évolutions des échanges et de la croissance et évolutions monétaires et structurelles fondées sur les politiques actuelles |
Implicite |
|
Source : Élaboré par les auteurs.
Politiques environnementales
Les politiques relatives à l’atténuation du changement climatique reposent sur l’application d’objectifs sectoriels spécifiques directement aux variables appropriées du modèle ou à des variables indicatrices appropriées (objectifs en matière d’énergies renouvelables, améliorations de l’efficacité énergétique, etc.). Les objectifs relatifs aux taux de décarbonation sont simulés au moyen de prix du carbone sectoriels, qui débouchent sur un niveau d’émissions cible à une échéance donnée. La tarification du carbone, appliquée à l’ensemble des émissions de GES, entraîne une réaction au niveau du système énergétique, avec une progression des investissements dans l’efficacité énergétique, du remplacement des combustibles fossiles et des investissements dans les solutions non fossiles (van Vuuren et al., 2017[86]). Cette tarification du carbone est différenciée aux niveaux régional et sectoriel. Les efforts d’atténuation du changement climatique axée sur les terres sont représentés dans le modèle par les politiques de boisement et de lutte contre le déboisement et la dégradation des forêts. Il est tenu compte uniquement des politiques publiques aujourd’hui inscrites dans les législations nationales, et des pays et juridictions dont la réduction des émissions dans le secteur AFAT est notable, dont le Brésil, le Canada, la République populaire de Chine, l’Inde, l’Indonésie et l’Union européenne (Nascimento et al., 2023[81]).
Les politiques énergétiques sont spécifiées par secteur. Dans celui de l’électricité, les politiques mises en œuvre explicitement comprennent les objectifs de puissance par filière, les objectifs concernant la part des renouvelables dans la production totale d’électricité, les mesures de plafonnement de la puissance, les politiques de sortie du charbon et les objectifs de rendement appliqués aux centrales électriques existantes et nouvelles. Dans le secteur des transports, elles comprennent les normes de consommation de carburant des voitures, les objectifs relatifs à la part des biocarburants et des véhicules électriques, les taxes sur les carburants et les subventions. Des règlements relatifs aux émissions fugaces de CH4 et de gaz fluorés sont appliqués. Dans le secteur des bâtiments, l’efficacité énergétique est améliorée par l’application d’un facteur de prime en fonction de leur niveau d’isolation, par des subventions à leur isolation, par des normes relatives aux appareils électroménagers et par des règlements favorisant le recours au photovoltaïque et aux pompes à chaleur dans le secteur résidentiel.
Les politiques actuelles sont mises en œuvre jusqu’en 2030, après quoi elles sont maintenues à ce niveau. L’année 2030 a été choisie parce qu’il s’agit de l’année cible pour la quasi-totalité des politiques qui composent l’ensemble de politiques mises en œuvre dans le modèle IMAGE. Après 2030, on suppose que les politiques restent constantes, et que les objectifs des politiques sectorielles se maintiennent au niveau actuel lorsqu’il y a lieu, en procédant comme suit : l’ensemble des prix (sectoriels) du carbone, des prix des produits énergétiques, des subventions, des primes à la production d’électricité, etc., sont maintenus au même niveau jusqu’à la fin du siècle. Dans le cas des politiques qui prévoient d’atteindre un niveau cible une année particulière, par exemple un niveau donné de puissance renouvelable installée, celui-ci est traité comme le seuil minimum dans le modèle. Par conséquent, si, après 2030, la solution du modèle endogène aboutit à un résultat plus ambitieux que les politiques actuelles, le modèle adopte le résultat amélioré.
Dans le présent rapport, les politiques de lutte contre la pollution se rapportent à trois éléments : les polluants atmosphériques, les rejets de plastique et la pollution par les nutriments. En premier lieu, les politiques visant à réduire la pollution de l’air extérieur sont représentées implicitement par des améliorations des facteurs d’émission. L’hypothèse sous-jacente est l’amélioration de la lutte contre la pollution en bout de chaîne, qui devient plus ambitieuse jusqu’en 2100 : les facteurs d’émission reposent sur l’hypothèse d’une mise en œuvre efficiente de la législation environnementale actuelle (LEA) et décrivent donc un scénario de lutte contre la pollution dans lequel les pays mettent en œuvre l’ensemble de la législation prévue jusqu’en 2030 moyennant un soutien institutionnel adéquat. Les facteurs d’émission LEA sont des valeurs « moyennes du parc » qui correspondent au facteur d’émission agrégé de toutes les générations de matériel en service une année donnée (Rao et al., 2017[87]). Les régions à revenu élevé et intermédiaire mettent en œuvre la LEA en 2030, atteignant les facteurs d’émission 2030 de l’Europe de l’Ouest d’ici à 2100 ; la région à faible revenu met en œuvre les facteurs d’émission de l’Europe de l’Ouest majorés de 10 % en 2030, atteignant les facteurs d’émission 2030 de l’Europe de l’Ouest d’ici à 2100. En second lieu, les politiques relatives aux rejets de plastique dans l’environnement sont représentées par des améliorations des infrastructures de gestion des déchets, qui entraînent une diminution des déchets, ainsi que par l’interdiction explicite de l’utilisation de certains microplastiques. En troisième lieu, les politiques relatives à l’utilisation d’engrais sont représentées implicitement par des améliorations de l’efficacité d’utilisation de l’azote et du phosphore.
Dans le scénario de référence, les politiques de protection de la biodiversité prennent la forme de zones protégées. Les projections de référence se fondent sur l’hypothèse que les zones protégées actuelles sont stables et effectivement protégées jusqu’en 2050 ; elles sont cartographiées dans le Graphique d’annexe 2.A.10. Les zones protégées terrestres dans les modèles IMAGE et GLOBIO reposent sur la base de données mondiale sur les zones protégées (PNUE-WCMC, 2020[80]). L’expansion de l’agriculture n’est possible dans aucun type de zones protégées (Van der Esch et al., 2022[88]), mais les terres agricoles déjà présentes dans les zones protégées peuvent subsister. Ces zones protégées représentent 17 % de la superficie terrestre mondiale (Kok et al., 2023[89]), et la pression foncière s’amplifie aux dépens des espaces naturels (non protégés) dans le scénario de référence.
Graphique d’annexe 2.A.10. Zones protégées par catégorie
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.A.10. Zones protégées par catégorieZones protégées (% protégé par maille de la carte)
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Autres politiques publiques
Les projections macroéconomiques intègrent un certain nombre de politiques suivies dans plusieurs domaines autres que l’environnement, dont les politiques économiques, les politiques du travail et de l’éducation, les politiques monétaires et commerciales. Ces tendances, sous-jacentes aux politiques publiques, servent à prévoir les déterminants de la croissance afin de produire des projections macroéconomiques à long terme.
Les projections démographiques prennent en compte les politiques axées sur la population et l’éducation de la base de données des Nations Unies (ONU, 2022[30]). Les politiques du travail sont implicitement prises en compte à partir des perspectives de la population active puisées dans (OIT, 2022[82]) et des statistiques et projections de l’OCDE sur la population active (2022)
Les projections économiques intègrent toutes les politiques décrites dans les prévisions à court et moyen termes [provenant des Perspectives économiques de l’OCDE (OCDE, 2023[83]), de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale (FMI, 2023[84]) et de la Banque mondiale (2023[85])]. Ces sources reflètent les prévisions de croissance économique jusqu’en 2028 qui ont été établies jusqu’à la fin de 2023. Les projections reposent en outre sur les projections macroéconomiques à long terme figurant dans (OCDE, 2023[83]).
Annexe 2.B. Décomposition de l’évolution des différents déterminants
Copier le lien de Annexe 2.B. Décomposition de l’évolution des différents déterminantsLa décomposition des principaux facteurs de pression environnementale à l’origine du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution est une entreprise complexe, mais primordiale pour comprendre les dynamiques sous-jacentes qui sont à l’œuvre. Dans les sections précédentes, nous avons examiné les différents déterminants sous l’angle des effets d’échelle, de composition et d’efficacité et apporté des éclairages sectoriels. La présente annexe rassemble les tendances socioéconomiques sous-jacentes et les déterminants spécifiques de la triple crise planétaire afin d’analyser comment certains indicateurs des pressions environnementales sont affectés par les différents aspects.
Décomposition des déterminants
Copier le lien de Décomposition des déterminantsL’ampleur des pressions environnementales augmente et devrait continuer de s’accroître. Dans la quasi-totalité des cas, cette évolution n’est (et n’a été) que partiellement compensée par les effets de composition et les effets d’efficacité, sachant que ce sont surtout les seconds qui atténuent les pressions environnementales, tandis que les premiers ont une influence ambiguë en fonction de l’évolution spécifique des structures économiques et de la géographie de la production. Cette évolution des déterminants des pressions environnementales est cohérente avec la majeure partie des travaux publiés (PNUE, 2024[68]). Le Graphique d’annexe 2.B.1 présente une décomposition élémentaire des principales pressions environnementales examinées ici selon les effets d’échelle, de composition et d’efficacité évoqués tout au long de ce chapitre. Ce travail de décomposition est compliqué dans le cas du déclin de la biodiversité, dans la mesure où le changement climatique et la pollution figurent parmi les principaux déterminants de ce déclin (voir aussi le Chapitre 3). Les émissions de GES, l’utilisation de plastique et l’utilisation de matières présentent des analogies en ce que la croissance démographique et celle du PIB par habitant (les facteurs d’échelle) amplifient les pressions, tandis que les changements structurels (le facteur de composition) et l’évolution technologique (le facteur d’efficacité) atténuent les pressions environnementales en 2020 comme en 2050. Au total, les changements structurels ont un effet positif concernant le plastique entre 2020 et 205017. Leur contribution à la croissance de l’utilisation de plastique reflète l’évolution des projections de croissance et l’omniprésence des plastiques dans des secteurs qui continuent de croître, en particulier les secteurs industriels et la demande d’emballages. Dans le cas des émissions de GES, les changements structurels et l’évolution technologique sont mesurés par l’énergie primaire rapportée au PIB (quantité d’énergie nécessaire pour produire un dollar de valeur ajoutée) et par le rapport entre émissions de GES et énergie primaire (quantité d’émissions par GWh d’énergie consommée).
Les déterminants de l’utilisation des terres et de l’utilisation d’engrais font apparaître des dynamiques différentes, qui voient prévaloir des déterminants particuliers. S’agissant des engrais, par exemple, il est plus révélateur de prendre l’utilisation des terres comme unité de base que la production agricole. La croissance démographique reste un déterminant positif dans toutes les décompositions présentées dans le graphique. Le plus important déterminant de l’utilisation d’engrais et de l’utilisation des terres (même s’il agit dans des sens opposés sur l’une et sur l’autre) est la tendance actuelle à l’intensification de l’agriculture, qui est économe en ressources foncières au prix d’une consommation d’engrais accrue. Cette dynamique ne relève toutefois pas d’un arbitrage libre, puisque l’expansion des surfaces est limitée par leur disponibilité. Enfin, concernant l’utilisation des terres, il ressort des projections que le plus important déterminant de son expansion entre 2020 et 2050 est l’intensité des régimes alimentaires, qui est révélateur de l’efficacité de l’industrie agroalimentaire ainsi que de l’évolution vers des régimes alimentaires davantage carnés.
Graphique d’annexe 2.B.1. Décomposition de l’évolution des déterminants
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.B.1. Décomposition de l’évolution des déterminantsContribution des différents facteurs (dans l’unité de l’indicateur) à l’évolution des indicateurs entre 2005 et 2020 (partie du haut) et entre 2020 et 2050 (partie du bas)
Note : Chaque partie du graphique a une échelle différente. L’abréviation « ph » signifie « par habitant ».
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Le tableau mondial masque d’importantes disparités régionales, comme l’illustre le Graphique d’annexe 2.B.2 pour ce qui est des émissions de GES. Les effets d’échelle (croissance démographique) et de revenu (croissance du PIB par habitant) font augmenter les émissions de GES, mais les effets de composition (énergie primaire/croissance du PIB) et technologiques (GES/énergie primaire) les font baisser dans toutes les régions, même si l’ampleur relative de ces déterminants est très variable selon les régions. Ainsi, dans la région à revenu élevé, l’augmentation des émissions de GES sous l’effet de la croissance démographique est négligeable. En revanche, dans la région à faible revenu, la forte croissance de la population stimule les facteurs à l’origine des incidences environnementales et, partant, les émissions de GES. La région à revenu intermédiaire voit également sa population augmenter, mais l’amplification des incidences environnementales y est avant tout le fait de la croissance économique. La croissance économique est aussi parmi les principaux déterminants des incidences environnementales dans la région à faible revenu, mais son effet est moins important que dans la région à revenu intermédiaire. La progression du PIB par habitant fait augmenter les émissions dans les pays à revenu élevé, mais dans des proportions moindres que dans les autres régions du fait que l’économie et la consommation s’orientent davantage vers les services. Les changements structurels (ratio énergie primaire/PIB) et l’évolution technologique (ratio GES/énergie primaire) ralentissent tous deux la croissance des émissions dans l’ensemble des régions. Les régions les plus riches affichent un découplage plus fort sous l’influence des changements structurels, en l’occurrence la spécialisation croissante dans les services, alors que dans les régions moins aisées, l’évolution technologique a une plus grande influence, puisque les pays se détournent des énergies bon marché et très carbonées qui ont permis leur croissance économique rapide au profit de systèmes énergétiques plus durables (processus dans lequel les économies riches sont plus avancées).
Graphique d’annexe 2.B.2. Ventilation de l’évolution des émissions de GES par déterminant dans les différentes régions
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.B.2. Ventilation de l’évolution des émissions de GES par déterminant dans les différentes régionsContribution des différents facteurs (en Gt éq. CO2)
Note : L’abréviation « ph » signifie « par habitant ».
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Cette ventilation est utile pour décrire à grands traits la situation, mais il faut être conscient de ses limites. Ainsi, une mise en garde s’impose à propos de l’analyse des émissions de GES : la ventilation montre principalement l’influence de l’énergie, alors que les émissions d’autres secteurs (agriculture et procédés industriels), dont les déterminants n’apparaissent pas dans le graphique, contribuent également aux émissions totales. Plus la diversité du système est grande, plus il est difficile de présenter des indicateurs synthétiques.
Découplage
Copier le lien de DécouplageDans l’ensemble, les rapprochements entre croissance du PIB et déterminants des pressions environnementales brossent un tableau saisissant du défi à relever : dans la plupart des régions et à l’aune de la plupart des indicateurs, les pressions environnementales continueront de s’accroître dans les décennies à venir. Il convient toutefois de tenir compte du contexte de poursuite de la croissance économique. Dans la plupart des régions, la dynamique est celle d’un découplage relatif, c’est-à-dire que la dégradation de l’environnement se poursuit à un rythme plus lent que la croissance économique18. Cela signifie qu’en cas de politiques inchangées, même si les pressions environnementales par unité d’activité économique diminuent au fil du temps, elles continuent d’augmenter dans l’absolu. Par conséquent, le risque que des points de basculement importants soient franchis continue également d’augmenter, même si la dégradation de l’environnement est plus lente que la croissance économique.
La plupart des déterminants des pressions environnementales devraient connaître un découplage relatif, mais les émissions de PM2.5 primaires enregistreront un découplage absolu (c’est-à-dire qu’elles baisseront entre 2020 et 2050). La première rangée du Graphique d’annexe 2.B.3 montre l’évolution mondiale des indices des principaux déterminants du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution par rapport à 2020 (année correspondant à la valeur d’indice 1). Les indicateurs relatifs à la perte de biodiversité, au changement climatique et à la pollution par les plastiques et les nutriments affichent d’ici à 2050 une augmentation qui est plus ou moins marquée selon les cas, mais toujours inférieure à celle du PIB. C’est ce qu’on appelle un découplage relatif. Le degré de ce découplage relatif varie toutefois selon les indicateurs : l’utilisation des terres progresse peu (+13 %), car elle est très contrainte, la consommation d’énergie primaire s’accroît de 36 % et l’utilisation d’engrais azotés (N), de 43 %, tandis que la pollution plastique est multipliée par plus de deux (+106 %), soit une croissance pas très éloignée de celle du PIB. À l’inverse, l’indice d’émissions de PM2.5 primaires recule au niveau mondial.
Ce résultat se retrouve dans chacune des trois grandes régions présentées dans ce rapport. Les rangées 2 à 4 du Graphique d’annexe 2.B.3 montrent l’évolution des indices des principaux déterminants (la valeur initiale en 2020 représentant la part de chacune des régions dans l’indice mondial de 1). Cela étant, on constate un découplage absolu de la consommation d’énergie primaire dans la région à revenu élevé. Comme au niveau mondial, les émissions de PM2.5 diminuent dans toutes les régions.
Les plus fortes hausses de ces déterminants des pressions environnementales sont enregistrées dans la région à faible revenu. La superficie des terres cultivées y augmente de 18 %. L’utilisation de plastique est multipliée par plus de trois, la consommation d’énergie primaire, par plus de deux, et l’utilisation d’engrais azotés progresse de 52 %. Seules les émissions de PM2.5 diminuent (-36 %).
Graphique d’annexe 2.B.3. Découplage prévu des déterminants des pressions environnementales
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.B.3. Découplage prévu des déterminants des pressions environnementalesL’indice 1 correspond à la valeur mondiale en 2020 (pour chaque indicateur)
Note : Dans le cas des trois régions, la valeur initiale représente la part de chacune dans la valeur mondiale. Les différents déterminants sont rapportés à la croissance du PIB (ligne en pointillés).
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Encadré d’annexe 2.B.1. Courbe environnementale de Kuznets
Copier le lien de Encadré d’annexe 2.B.1. Courbe environnementale de KuznetsLa croissance économique a pour principales conséquences, du moins depuis la révolution industrielle, une hausse de la demande de combustibles fossiles et d’autres ressources, d’importants changements d’affectation des terres et une production accrue de déchets. Cependant, sur le long terme, à mesure que les besoins fondamentaux sont satisfaits et que la pauvreté diminue, l’augmentation du PIB par habitant peut se traduire par un consentement à payer plus élevé pour réduire les répercussions environnementales. Le lien entre résultats environnementaux et revenu est étudié depuis des décennies. Il a notamment été étudié empiriquement par Grossman et Krueger (1991[3]), puis décrit sous la forme de courbes environnementales de Kuznets (CEK) par Panayotou (1993[90]). La CEK traditionnelle se présente comme un U inversé, qui indique que les incidences environnementales ont tendance à augmenter à mesure que les niveaux de revenu progressent, avant de plafonner et enfin de diminuer lorsque les revenus dépassent un certain seuil.
Les émissions de GES par habitant et le PIB par habitant décrivent une courbe en forme de U inversé, comme l’illustre le Graphique d’annexe 2.B.4 établi à partir de données nationales portant sur la période 1990-2020. Ce résultat concernant les GES est cohérent avec la majorité des travaux antérieurs (Shahbaz et Sinha, 2019[91] ; Wang, Wang et Jiang, 2024[92]). Chaque pays affiche son propre niveau de départ et suit sa propre trajectoire, mais en moyenne, les émissions de GES par habitant augmentent d’abord rapidement, puis plus lentement, avant de cesser d’augmenter lorsque le PIB par habitant atteint 45 000 USD de 2017 à PPA et de finalement diminuer.
La forme de la CEK dépend en grande partie des incidences environnementales et des polluants analysés, comme l’ont montré Grossman et Krueger (1995[93]), à partir de données au niveau des villes et des pays, pour la pollution de l’air urbain, les niveaux d’oxygène, la contamination fécale, la contamination par les métaux lourds et les concentrations de nutriments dans les cours d’eau. Les rejets de plastique illustrent également le fait que les CEK dépendent des polluants. Alors que les rejets de macroplastique augmentent avec le PIB par habitant et diminuent rapidement après que celui-ci a dépassé 10 000 USD, les rejets de microplastique continuent de progresser avec le PIB par habitant, avec des augmentations marginales décroissantes (OCDE, 2023[12]). En ce qui concerne la conservation de la biodiversité, les données sont contradictoires et ne permettent pas de conclure à l’existence d’une relation avec le revenu décrivant une courbe en U inversé (Dietz et Adger, 2003[94] ; McPherson et Nieswiadomy, 2005[95] ; Mills et Waite, 2009[96]).
Graphique d’annexe 2.B.4. Émissions de GES par habitant et PIB par habitant, 1990-2020
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.B.4. Émissions de GES par habitant et PIB par habitant, 1990-2020
Note : Les émissions de GES totales en Gt d’équivalents CO2 sont composées des émissions totales de CO2 à l’exclusion de celles provenant de la biomasse de cycle court (brûlage de déchets agricoles et feux de savane, par exemple), mais comprenant la combustion d’autres formes de biomasse (feux de forêt, décomposition après incendie, feux de tourbières et décomposition des tourbières drainées), ainsi que de l’ensemble des sources anthropiques de CH4, des sources de N2O et des gaz fluorés (HFC, PFC et SF6). La courbe de la moyenne mondiale est estimée à l’aide d’une fonction quadratique et à partir des données de l’ensemble des pays, au moyen d’une régression selon la méthode des moindres carrés ordinaires tenant compte des effets fixes par pays et par année. Le repli du revenu observé dans différents pays en 2020 est dû à la crise du COVID-19.
Source : Calculs des auteurs, d’après les données des Indicateurs du développement dans le monde 2022 de la Banque mondiale (https://data.worldbank.org/products/wdi) et du modèle ENV-Growth.
Les courbes environnementales de Kuznets sont davantage considérées comme un outil adapté à la représentation de l’évolution conjointe des résultats environnementaux et du revenu. Toutefois, leur principale limite tient au fait qu’elles ne livrent pas d’informations claires sur l’effet causal lié au revenu, comme le souligne Stern (2004[97] ; 2017[98]), ni sur les facteurs interdépendants qui sous-tendent cette évolution, alors que ces informations sont très importantes pour analyser la triple crise planétaire. Par exemple, une baisse des incidences environnementales à l’intérieur d’un pays peut être le résultat d’un durcissement des politiques environnementales, du recours à des technologies plus propres ou encore de la délocalisation d’activités qui ont de fortes répercussions environnementales, autant de facteurs qui sont corrélés à la hausse des revenus.
Annexe 2.C. L’amplification des déterminants influe sur tous les aspects de la triple crise planétaire à la fois : données sous-jacentes
Copier le lien de Annexe 2.C. L’amplification des déterminants influe sur tous les aspects de la triple crise planétaire à la fois : données sous-jacentesLe Graphique 2.12 et le Graphique 2.13 reposent sur plusieurs indicateurs qui rendent compte du niveau mondial et de l’intensité régionale de certains déterminants de la modification de l’environnement. Les unités de ces indicateurs sont indiquées dans le Tableau d’annexe 2.C.1, et leurs valeurs sont présentées dans le Tableau d’annexe 2.C.2.
Tableau d’annexe 2.C.1. Unités des indicateurs synthétiques de l’évolution des déterminants
Copier le lien de Tableau d’annexe 2.C.1. Unités des indicateurs synthétiques de l’évolution des déterminants|
Niveau |
Intensité |
||
|---|---|---|---|
|
Indicateur |
Unité |
Indicateur |
Unité |
|
PIB |
1 000 milliards USD de 2017 (PPA) |
PIB par habitant |
USD de 2017 par personne |
|
Population |
Million de personnes |
Densité démographique |
Millier de personnes par hectare |
|
Demande alimentaire |
1 000 milliards de kcal par jour |
Disponibilités alimentaires |
kcal par jour et par personne |
|
Utilisation d’engrais azotés |
Million de tonnes de N |
Engrais azotés par superficie récoltée |
Tonne par ha |
|
Consommation d’eau |
km3 |
Consommation d’eau par habitant |
m3 par personne |
|
Utilisation de matières |
Milliard de tonnes |
Utilisation de matières par habitant |
Tonne par personne |
|
Utilisation de plastique |
Million de tonnes |
Utilisation de plastique par habitant |
kg par personne |
|
Énergie secondaire (charbon) |
EJ |
Énergie secondaire par habitant |
GJ par personne |
|
Énergie primaire (fossile) |
EJ |
Énergie primaire par habitant |
GJ par personne |
|
Énergie finale (toutes sources) |
EJ |
Énergie finale par habitant |
GJ par personne |
Note : Les indicateurs de niveau des pressions déterminent la taille des secteurs (barres), tandis que les indicateurs d’intensité régionale déterminent leur couleur de remplissage dans les graphiques régionaux.
Graphique d’annexe 2.C.1. Évolution des facteurs et des tendances socioéconomiques responsables des pressions environnementales par rapport à 2020
Copier le lien de Graphique d’annexe 2.C.1. Évolution des facteurs et des tendances socioéconomiques responsables des pressions environnementales par rapport à 2020Évolution de certains déterminants au niveau mondial
Note : La longueur des barres représente l’évolution dans le temps (par rapport à la valeur d’indice 100 % en 2020). Ainsi, dans la Partie A, le cercle correspond au niveau en 2020, qui est l’indice 100 % par rapport auquel est mesurée l’évolution de chaque indicateur représentée dans la Partie B. L’utilisation de plastique, par exemple, devrait donc augmenter de 106 % au niveau mondial entre 2020 et 2050. On trouvera dans l’Annexe 2.C les valeurs détaillées des différents indicateurs présentés et les unités dans lesquelles elles sont exprimées.
Source : Boîte à outils de modélisation des Perspectives de l’environnement.
Tableau d’annexe 2.C.2. Valeurs des indicateurs synthétiques de l’évolution des pressions
Copier le lien de Tableau d’annexe 2.C.2. Valeurs des indicateurs synthétiques de l’évolution des pressions|
Indicateur |
Valeur en 2020 |
Valeur en 2050 |
Variation 2020-2050 |
Intensité en 2050 |
Indicateur |
Valeur en 2020 |
Valeur en 2050 |
Variation 2020-2050 |
Intensité en 2050 |
||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Amérique du Nord |
Corée, Japon & Océanie |
||||||||||
|
|
PIB réel (PPA) |
21.7 |
37.0 |
70.3 |
164082 |
|
PIB réel (PPA) |
8.7 |
13.3 |
53.3 |
122664 |
|
|
Population |
374 |
421 |
12.7 |
0.23 |
|
Population |
222 |
208 |
-6.1 |
0.24 |
|
|
Demande alimentaire totale |
1.4 |
1.6 |
8.5 |
3700 |
|
Demande alimentaire totale |
0.7 |
0.63 |
-9.1 |
2895 |
|
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
0.4 |
0.46 |
16.8 |
1098 |
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
0.12 |
0.12 |
2.6 |
567 |
|
|
Engrais azotés |
15.0 |
21.4 |
42.6 |
0.15 |
|
Engrais azotés |
2.4 |
2.7 |
9.2 |
0.07 |
|
|
Consommation d’eau |
158 |
158 |
0.4 |
376 |
|
Consommation d’eau |
32.5 |
32.6 |
0.3 |
149 |
|
|
Utilisation totale de matières |
9.9 |
13.7 |
38.3 |
32.4 |
|
Utilisation totale de matières |
5.1 |
6.8 |
33.6 |
32.4 |
|
|
Utilisation de plastique |
88.1 |
156 |
77.6 |
371 |
|
Utilisation de plastique |
20.0 |
29.7 |
48.5 |
136 |
|
|
Production d’électricité à partir de charbon |
3.2 |
0.0 |
-100 |
0 |
|
Production d’électricité à partir de charbon |
2.4 |
0.91 |
-62.6 |
4.2 |
|
|
Consommation de combustibles fossiles |
78.9 |
56.7 |
-28.0 |
135 |
|
Consommation de combustibles fossiles |
30.1 |
15.2 |
-49.6 |
69.2 |
|
|
Consommation finale totale d’énergie |
70.9 |
61.3 |
-13.6 |
145 |
|
Consommation finale totale d’énergie |
23.5 |
21.4 |
-8.8 |
97.9 |
|
Europe |
Asie de l’Est |
||||||||||
|
|
PIB réel (PPA) |
25.0 |
43.5 |
74.1 |
70196 |
|
PIB réel (PPA) |
23.4 |
52.9 |
126 |
40112 |
|
|
Population |
625 |
620 |
-0.8 |
1.1 |
|
Population |
1432 |
1320 |
-7.9 |
1.2 |
|
|
Demande alimentaire totale |
2.2 |
2.2 |
-2.2 |
3499 |
|
Demande alimentaire totale |
4.6 |
4.4 |
-4.2 |
3296 |
|
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
0.62 |
0.63 |
2.4 |
1010 |
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
0.78 |
0.8 |
3.4 |
596 |
|
|
Engrais azotés |
13.3 |
11.8 |
-11.0 |
0.11 |
|
Engrais azotés |
22.4 |
34.4 |
53.6 |
0.19 |
|
|
Consommation d’eau |
130 |
142 |
9.7 |
228 |
|
Consommation d’eau |
214 |
240 |
12.2 |
178 |
|
|
Utilisation totale de matières |
8.8 |
12.6 |
42.9 |
20.4 |
|
Utilisation totale de matières |
32.4 |
35.9 |
10.8 |
27.2 |
|
|
Utilisation de plastique |
75.9 |
123 |
61.5 |
198 |
|
Utilisation de plastique |
96.8 |
164 |
69.1 |
121 |
|
|
Production d’électricité à partir de charbon |
2.0 |
1.1 |
-44.5 |
1.7 |
|
Production d’électricité à partir de charbon |
18.3 |
24.1 |
32.2 |
17.9 |
|
|
Consommation de combustibles fossiles |
53.2 |
26.5 |
-50.2 |
42.3 |
|
Consommation de combustibles fossiles |
135 |
123 |
-8.8 |
91.4 |
|
|
Consommation finale totale d’énergie |
55.8 |
49.9 |
-10.5 |
79.9 |
|
Consommation finale totale d’énergie |
93.3 |
118 |
26.4 |
87.5 |
|
Moyen-Orient & Afrique du Nord |
Amérique centrale & du Sud |
||||||||||
|
|
PIB réel (PPA) |
7.3 |
19.0 |
161 |
28109 |
|
PIB réel (PPA) |
9.5 |
21.6 |
128 |
28829 |
|
|
Population |
479 |
674 |
40.9 |
0.62 |
|
Population |
651 |
748 |
14.9 |
0.37 |
|
|
Demande alimentaire totale |
1.4 |
2.1 |
51.0 |
3162 |
|
Demande alimentaire totale |
2.0 |
2.5 |
23.4 |
3290 |
|
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
0.16 |
0.28 |
78.0 |
412 |
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
0.44 |
0.58 |
30.4 |
772 |
|
|
Engrais azotés |
3.1 |
5.5 |
78.1 |
0.09 |
|
Engrais azotés |
11.3 |
18.5 |
64.3 |
0.09 |
|
|
Consommation d’eau |
166 |
201 |
21.1 |
298 |
|
Consommation d’eau |
123 |
164 |
33.6 |
220 |
|
|
Utilisation totale de matières |
5.7 |
10.1 |
76.9 |
14.9 |
|
Utilisation totale de matières |
10.0 |
16.0 |
60.2 |
21.3 |
|
|
Utilisation de plastique |
19.3 |
44.9 |
132 |
66.6 |
|
Utilisation de plastique |
32.0 |
66.5 |
108 |
88.8 |
|
|
Production d’électricité à partir de charbon |
0.17 |
0.0 |
-99.0 |
0.0 |
|
Production d’électricité à partir de charbon |
0.29 |
0.36 |
22.1 |
0.48 |
|
|
Consommation de combustibles fossiles |
40.7 |
72.4 |
78.0 |
107 |
|
Consommation de combustibles fossiles |
22.7 |
28.7 |
26.4 |
38.3 |
|
|
Consommation finale totale d’énergie |
28.8 |
59.7 |
107 |
88.4 |
|
Consommation finale totale d’énergie |
23.5 |
37.9 |
61.3 |
50.6 |
|
Eurasie |
Asie du Sud |
||||||||||
|
|
PIB réel (PPA) |
5.6 |
10.3 |
83.2 |
34040 |
|
PIB réel (PPA) |
20.7 |
69.5 |
235 |
43074 |
|
|
Population |
300 |
303 |
1.1 |
0.14 |
|
Population |
2606 |
3220 |
23.6 |
3.2 |
|
|
Demande alimentaire totale |
0.95 |
0.98 |
3.6 |
3294 |
|
Demande alimentaire totale |
6.5 |
8.6 |
32.0 |
2706 |
|
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
0.23 |
0.26 |
9.4 |
859 |
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
0.78 |
1.2 |
53.8 |
377 |
|
|
Engrais azotés |
5.9 |
7.2 |
20.9 |
0.05 |
|
Engrais azotés |
34.0 |
48.2 |
41.8 |
0.12 |
|
|
Consommation d’eau |
116 |
123 |
6.6 |
413 |
|
Consommation d’eau |
441 |
599 |
35.8 |
188 |
|
|
Utilisation totale de matières |
4.2 |
5.5 |
32.6 |
18.2 |
|
Utilisation totale de matières |
15.4 |
34.0 |
120 |
10.5 |
|
|
Utilisation de plastique |
17.1 |
27.7 |
61.7 |
91.2 |
|
Utilisation de plastique |
66.1 |
215 |
226 |
67.6 |
|
|
Production d’électricité à partir de charbon |
1.1 |
1.4 |
33.3 |
4.8 |
|
Production d’électricité à partir de charbon |
5.9 |
33.2 |
463 |
10.4 |
|
|
Consommation de combustibles fossiles |
39.7 |
38.0 |
-4.2 |
127 |
|
Consommation de combustibles fossiles |
55.9 |
150 |
169 |
47.2 |
|
|
Consommation finale totale d’énergie |
29.8 |
31.2 |
4.7 |
105 |
|
Consommation finale totale d’énergie |
52.7 |
121 |
129 |
38.0 |
|
Afrique subsaharienne |
Monde |
||||||||||
|
|
PIB réel (PPA) |
4.2 |
15.6 |
267 |
7318 |
|
PIB réel (PPA) |
126 |
283 |
124 |
29298 |
|
|
Population |
1121 |
2130 |
90.0 |
0.89 |
|
Population |
7810 |
9645 |
23.5 |
0.74 |
|
|
Demande alimentaire totale |
2.7 |
5.5 |
109 |
2522 |
|
Demande alimentaire totale |
22.5 |
28.5 |
26.7 |
2940 |
|
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
0.17 |
0.39 |
132 |
179 |
|
Demande alimentaire (viande & produits laitiers) |
3.7 |
4.7 |
28.1 |
487 |
|
|
Engrais azotés |
3.2 |
8.1 |
156 |
0.02 |
|
Engrais azotés |
111 |
158 |
42.7 |
0.1 |
|
|
Consommation d’eau |
58.4 |
93.3 |
59.8 |
42.5 |
|
Consommation d’eau |
1438 |
1754 |
22.0 |
181 |
|
|
Utilisation totale de matières |
5.1 |
10.8 |
112 |
5.1 |
|
Utilisation totale de matières |
96.5 |
145 |
50.5 |
15.1 |
|
|
Utilisation de plastique |
18.3 |
68.4 |
274 |
32.1 |
|
Utilisation de plastique |
434 |
895 |
106 |
92.8 |
|
|
Production d’électricité à partir de charbon |
0.79 |
2.4 |
204 |
1.1 |
|
Production d’électricité à partir de charbon |
34.1 |
63.5 |
86.3 |
6.5 |
|
|
Consommation de combustibles fossiles |
9.9 |
30.3 |
207 |
13.8 |
|
Consommation de combustibles fossiles |
466 |
541 |
16.1 |
55.7 |
|
|
Consommation finale totale d’énergie |
19.4 |
33.5 |
72.7 |
15.3 |
|
Consommation finale totale d’énergie |
398 |
534 |
34.2 |
54.9 |
Note : Les valeurs relatives à 2020 et 2050 et à l’intensité en 2050 sont exprimées ici dans les unités indiquées dans le Tableau d’annexe 2.C.1, alors que la variation prévue entre 2020 et 2050 est exprimée en pourcentage. À titre d’exemple, dans la région Amérique centrale & du Sud, le PIB s’élevait en 2020 à 9 500 milliards USD de 2017. D’après les projections, il augmentera de 128 % d’ici à 2050, si bien que le PIB par habitant (indicateur d’intensité) atteindra 28 829 USD de 2017 en 2050. Dans le Graphique 2.12, la longueur des secteurs indique la variation prévue entre 2020 et 2050, et dans le Graphique 2.13, la couleur de remplissage indique l’intensité prévue pour 2050.
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les tendances socioéconomiques peuvent aussi influer sur les pressions environnementales par le biais d’effets indirects. Par exemple, le morcellement du paysage et le changement climatique contribuent pour une grande part à l’érosion de la biodiversité. Il est essentiel, pour tracer les grandes lignes des synergies et des arbitrages entre le changement climatique, le recul de la biodiversité et la pollution, de faire le point sur ces liens indirects. Néanmoins, comme ils impliquent des interactions entre des états de l’environnement plutôt qu’entre des déterminants, ils sont étudiés dans les chapitres suivants.
← 2. Le graphique 1.3 au chapitre 1 brosse un tableau plus complet de la situation, notamment des effets de rétroaction de la dégradation de l’environnement.
← 3. L’enjeu pour l’élaboration des politiques agricoles est de relever simultanément de multiples défis : soutenir le système alimentaire et éliminer la faim tout en s’attaquant à plusieurs problèmes mondiaux tels que la dégradation de l’environnement et les distorsions sur les marchés internationaux (OCDE, 2022[5]).
← 4. Les systèmes agricoles qui utilisent moins d’intrants affichent souvent de meilleures performances environnementales globales par hectare (comme une moindre pollution des masses d’eau). Toutefois, ces systèmes ont aussi souvent des rendements plus faibles. Cela signifie que, toutes choses égales par ailleurs, davantage de terres sont nécessaires pour obtenir le même volume de production.
← 5. Ces chiffres diffèrent de ceux de la FAO (Ludemann et al., 2024[99]) par exemple, qui se concentrent sur les excédents de nutriments relatifs aux terres cultivées, sans tenir compte des excédents relatifs aux pâturages.
← 6. Ces résultats illustrent des tendances globales, mais ne tiennent pas compte de la variabilité au niveau des pays et même plus lorsqu’on examine les résultats sous l’angle géographique. Certaines régions d’Afrique notamment peuvent afficher un déficit de phosphore, conformément aux conclusions scientifiques actuelles (Ludemann et al., 2024[99]). Si tous les chiffres comportent une part d’incertitude, la contribution des pâturages aux excédents de phosphore est très incertaine étant donné qu’on sait très peu de choses sur l’absorption des nutriments par les végétaux.
← 7. Ces pratiques, et d’autres changements d’affectation des terres, peuvent aussi avoir des effets en demi-teinte – et donc impliquer des arbitrages – sur différents services écosystémiques, par exemple entre le stockage du carbone et la diversité végétale.
← 8. Cette sélection de secteurs ne signifie pas que les répercussions des autres activités économiques sur l’environnement sont négligeables. Ce choix vise plutôt à illustrer le lien entre l’activité économique et les pressions qui s’exercent sur l’environnement, en mettant en lumière un certain nombre d’éléments importants. Quand on envisage de remplacer les produits mis en évidence par d’autres produits, une analyse complète du cycle de vie est nécessaire pour s’assurer que le résultat global s’améliore ; dans certains cas, en effet, le profil environnemental des produits de substitution est meilleur, mais, dans d’autres, il peut s’avérer pire.
← 9. Bien que l'intensité chimique soit une mesure imparfaite (étant basée sur des valeurs monétaires, une faible intensité peut simplement refléter des prix unitaires de production relativement élevés), elle fournit des informations comparatives utiles lorsqu'elle est interprétée avec d'autres indicateurs.
← 10. Si la biomasse et les combustibles fossiles sont étudiés en partie dans la section sur l’agriculture et l’énergie, les ressources matérielles comprennent toutes les matières, y compris ces catégories. Dans cette section, ces catégories sont plus vastes : les combustibles fossiles incluent toutes les ressources utilisées (et pas seulement l’énergie), y compris les produits chimiques et les plastiques. De même, la biomasse englobe les textiles, la biomasse pâturée et la pêche, outre les produits agricoles conventionnels. Cette définition des ressources matérielles est conforme aux travaux publiés sur le sujet (OCDE, 2019[15] ; PNUE, 2024[68]).
← 11. Voir https://www.oecd.org/fr/data/indicators/water-withdrawals.html pour de plus amples informations.
← 12. Un exemple type est le prélèvement d'eau aux fins du refroidissement des centrales nucléaires.
← 13. La représentation visuelle des facteurs de croissance étant plafonnée à 140 %, le Figure 2.13 n’illustre pas complètement leur ampleur dans les régions à faible revenu.
← 14. Le relèvement de l’âge de la retraite mis en œuvre récemment dans certains pays peut atténuer ce problème, mais dans la plupart des cas, l’espérance de vie continue d’augmenter plus vite que l’âge de la retraite. Qui plus est, l’allongement de la scolarité fait que les jeunes entrent plus tardivement sur le marché du travail.
← 15. Dans le cadre d’une trajectoire de croissance équilibrée à long terme, l’accumulation de capital s’ajusterait à la croissance de la main-d’œuvre et de la technologie. Cela ne se produit que lorsque les pays se situent à la frontière technologique et que l’offre de capital n’est pas limitée. Le fait que la contribution de la croissance technologique soit supérieure à celle du capital, même dans les pays à revenu élevé, montre que, pendant les prochaines décennies, toutes les régions seront encore en transition vers une telle trajectoire de croissance équilibrée à (très) long terme.
← 16. Dans le cadre d’une croissance économique durable, ce résultat est obtenu sans accroître les intrants environnementaux associés ni les pressions environnementales liées à la production. Cette sous-section n’a toutefois pas vocation à calculer une croissance de la productivité corrigée des incidences environnementales. Elle vise à présenter les facteurs économiques de manière à ce que les sous-sections suivantes puissent mettre en lumière les aspects environnementaux associés.
← 17. Il s’agit là d’une légère évolution des tendances depuis la publication des Perspectives mondiales des plastiques (OCDE, 2022[54]), qui soulignent que le plastique est utilisé dans un large éventail de secteurs économiques présentant des profils de croissance variés.
← 18. Parfois, le découplage peut être décrit sous la forme d’une courbe environnementale de Kuznets, comme l’illustre l’Annex Box 2.B.1 pour les émissions de GES.