Ce chapitre s’intéresse aux marchés mondiaux du coton : il en décrit l’évolution puis présente des projections à moyen terme pour la période 2025-34. Il passe en revue les évolutions prévues en termes de consommation, de production, d’échanges et de prix pour le coton. Le chapitre s’achève par un examen des principaux risques et incertitudes susceptibles d’avoir une incidence sur les marchés mondiaux du coton au cours de la prochaine décennie.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2025‑2034
9. Coton
Copier le lien de 9. CotonDescription
9.1. Principaux éléments des projections
Copier le lien de 9.1. Principaux éléments des projectionsL’utilisation mondiale de coton brut devrait progresser de 1.2 % par an, sous l’effet de la hausse de la demande de textiles dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. L’Asie restera le principal pôle de transformation du coton brut et cette activité se développera au Viet Nam, au Bangladesh et en Inde, favorisée par les coûts de production et de main-d’œuvre compétitifs. La République populaire de Chine (ci-après « la Chine ») devrait perdre progressivement sa position dominante dans le secteur de la transformation du coton, mais restera le premier pays transformateur mondial de coton en 2034, suivie par l’Inde.
Stimulée par l’amélioration des rendements, la production mondiale de coton devrait croître de 1.3 % par an, atteignant 29.5 Mt à l’horizon 2034. Les innovations en matière de génétique et de pratiques agricoles devraient également contribuer à réduire l’empreinte carbone du secteur. La croissance plus rapide de la production entraînera une augmentation des stocks de coton, qui avaient diminué au cours de la dernière décennie, durant la période de projection.
L’Inde devrait ravir à la Chine le titre de premier producteur mondial de coton grâce à la hausse considérable de ses rendements de coton, actuellement bas. Le Brésil et les États-Unis se classeront juste derrière, avec des volumes de production similaires.
Les échanges mondiaux de coton devraient afficher une croissance régulière de 1.6 % par an pour s’élever à 12.3 Mt en 2034. La Chine devrait rester le plus gros importateur de coton avec un volume d’environ 3 Mt, mais l’augmentation des échanges mondiaux sera attribuable à la hausse des importations dans d’autres pays asiatiques, notamment le Bangladesh et le Viet Nam, en raison de leur capacité de production intérieure limitée.
En tant que producteurs et exportateurs de premier plan, le Brésil et les États‑Unis devraient répondre à la demande croissante émanant des pays asiatiques et seront les deux plus gros exportateurs durant les dix prochaines années.
Les cours mondiaux du coton devraient légèrement diminuer en valeur réelle pendant la période de projection, sous l’effet de la concurrence des fibres synthétiques et de gains de productivité dans les exploitations de coton.
Un certain nombre d’incertitudes pourrait modifier les projections relatives aux marchés du coton, comme une modification des conditions macroéconomiques et une évolution imprévue des préférences des consommateurs en faveur de la durabilité, le coton biologique, le recyclage et les vêtements d’occasion. Du côté de l’offre, l’incertitude entourant les rendements, qui découle des changements systématiques des conditions de culture selon les évolutions des facteurs météorologiques, la disponibilité de l’eau ou les infestations de ravageurs, influe sur les projections.
9.2. Tendances actuelles du marché
Copier le lien de 9.2. Tendances actuelles du marché9.2.1. La production mondiale de coton se redressera nettement en 2024-25
La production mondiale de coton devrait rebondir lors de la campagne 2024‑25 (août-juillet) après deux années consécutives de repli, atteignant son plus haut niveau sur les quatre dernières campagnes. L’augmentation en glissement annuel s’explique principalement par la perspective d’une production plus abondante dans les principaux pays producteurs. En Chine, les conditions météorologiques globalement favorables ont eu un effet positif sur les rendements des cultures, qui devraient se redresser notablement par rapport aux faibles niveaux de 2023-24 et stimuler la production. Au Brésil et aux États‑Unis, la croissance de la production agricole devrait découler d’une expansion de la superficie cultivée, au détriment de cultures concurrentes telles que le maïs. D’après les projections, ces gains de production compenseront largement une baisse probable en Inde, deuxième producteur mondial de coton, en raison d’une réduction des surfaces consacrées au coton au profit de cultures plus rentables, dont le riz et les légumineuses. De même, la diminution des superficies au Pakistan devrait entraîner une baisse de la production, tandis que dans les pays d’Afrique de l’Ouest, la production devrait rebondir pour la deuxième campagne consécutive, après la baisse de 2022-23 causée par une infestation majeure de jassides.
En 2024-25, la consommation mondiale de coton devrait légèrement progresser pour la deuxième année consécutive, se rétablissant après une forte contraction en 2022‑23. L’augmentation en glissement annuel s’explique principalement par des prévisions de hausse de la consommation de coton en Inde, au Bangladesh, en Türkiye et au Viet Nam, qui compensera une baisse conséquente au Pakistan, conséquence d’une réduction de la production. En Chine, où l’activité de filature, à l’origine de près d’un tiers de la consommation mondiale de coton, est la plus importante du monde, la demande de coton devrait rester au même niveau qu’en 2023-24. Cette stagnation reflète la faible croissance économique qui limite l’augmentation de la demande intérieure de textiles et de vêtements.
Les prix internationaux du coton tendent à diminuer depuis le deuxième trimestre 2024, affectés principalement par les perspectives de production abondante pour la campagne 2024-25. Le ralentissement de la demande mondiale de textiles et de vêtements et le niveau élevé des stocks ont également contribué à cette baisse. Bien que la consommation mondiale de coton montre des signes de reprise, la production devrait dépasser la consommation pendant la campagne actuelle, ce qui pèsera sur les prix. Par ailleurs, le coton continue de subir la forte concurrence des fibres synthétiques, qui sont moins chères mais moins durables et issues de ressources non renouvelables.
Les échanges mondiaux de coton brut devraient afficher des niveaux similaires en 2024-25 à ceux de la campagne précédente. S’agissant de l’offre, les exportations du Brésil devraient dépasser celles des États‑Unis pour la deuxième année consécutive, maintenant le pays au premier rang mondial. Par ailleurs, la hausse des expéditions brésiliennes devrait compenser le recul continu des exportations des États‑Unis. Les pays d’Afrique de l’Ouest devraient également voir leurs exportations augmenter nettement, stimulées par la perspective d’une meilleure récolte. Du côté de la demande, le recul marqué des importations en Chine, principal importateur mondial, devrait être contrebalancé par une forte croissance des achats au Bangladesh, au Viet Nam et en Türkiye.
9.3. Projections relatives au marché
Copier le lien de 9.3. Projections relatives au marché9.3.1. Consommation
La consommation des filatures devrait augmenter modérément, tirée en grande partie par l’essor du secteur des filatures de coton
La consommation de coton fait référence à l’utilisation de fibres de coton par les filatures pour les transformer en fil de coton. L’utilisation du coton par les filatures dépend essentiellement de deux facteurs : la demande mondiale de textiles et la concurrence des fibres synthétiques. Ces dernières décennies, la demande mondiale de fibres textiles a fortement augmenté, tirée par l’accroissement démographique et la hausse des revenus, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Cette demande croissante a été en grande partie satisfaite par les fibres chimiques (, partie gauche). La polyvalence des fibres synthétiques et leurs prix compétitifs ont incité l’industrie textile à les favoriser au détriment des fibres de coton. À partir des années 1990, les fibres autres que le coton se sont solidement établies au sein de l’industrie textile. En 2024, la part de marché des utilisations finales a atteint 77.6 % pour les fibres chimiques et seulement 22.4 % pour le coton. De même, la consommation par habitant de fibres autres que le coton dépasse largement celle de fibres de coton et continue de progresser à un rythme soutenu. En revanche, la consommation de coton par habitant est restée stable au fil des années et tend à diminuer ces dernières années (Graphique 9.1, partie droite).
Les perspectives de la consommation mondiale de coton reposent essentiellement sur son évolution dans les économies en développement et émergentes. La demande de ces régions, qui ont un niveau de consommation absolu inférieur mais une plus grande réactivité aux revenus, devrait exercer une pression à la hausse sur la demande mondiale de coton, étant donné que les revenus et la population de ces pays devraient augmenter. Les volumes consommés par les filatures devraient croître de quelque 1.2 % par an au cours des dix prochaines années, une hausse modérée attribuable à un ralentissement des perspectives économiques mondiales qui aura une incidence négative sur la demande de textiles.
La répartition géographique de la demande de fibres de coton dépend du lieu d’implantation des filatures, qui transforment les fibres naturelles et synthétiques en fils. Traditionnellement, l’industrie de la filature est principalement implantée en Asie, où les conditions, par exemple le coût de la main-d’œuvre, sont intéressantes pour la filière. La Chine est le premier consommateur mondial de coton depuis les années 1960.
L’augmentation du coût de la main-d’œuvre et le durcissement de la réglementation relative au travail et à l’environnement ont entraîné une diminution progressive des volumes de coton consommés par les filatures chinoises depuis 2010. La suppression du système de prix de soutien en 2014 a encore accentué cette baisse. Ces changements ont entraîné la réimplantation de ces activités dans d’autres pays d’Asie, notamment au Viet Nam et au Bangladesh. Cette tendance se maintiendra au cours de la prochaine décennie, mais la Chine devrait conserver sa position de premier pays transformateur de coton au niveau mondial.
En Inde, deuxième plus grand transformateur mondial de coton, l’essor de l’industrie textile, soutenue par diverses initiatives des pouvoirs publics et des flux d’investissements directs étrangers (IDE), devrait se traduire par une croissance continue de la consommation des filatures, étant donné que l’industrie textile du pays se fonde essentiellement sur cette fibre.
À la suite de la suppression progressive de l’Arrangement multifibres, qui prévoyait des contingents fixes d’importation des pays en développement vers l’Europe et les États‑Unis, négociés bilatéralement, en 2005, des pays tels que le Bangladesh et le Viet Nam ont enregistré une croissance vigoureuse de leur filière textile, qui s’explique par une main-d’œuvre abondante, des coûts de production faibles et l’adoption de mesures de soutien par les pouvoirs publics. Dans le cas du Viet Nam, cette croissance a été favorisée par l’adhésion du pays à l’Organisation mondiale du commerce en 2007 et par les investissements directs étrangers (IDE), réalisés notamment par des entrepreneurs chinois. En outre, des accords de libre-échange (ALE), notamment l’accord de libre-échange entre l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et la Chine (2004), l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP, 2018) et l’accord de libre‑échange entre l’Union européenne (UE) et le Viet Nam (EVFTA, 2020), ont facilité l’accès aux marchés des exportations textiles vietnamiennes. De même, au Bangladesh, les investissements étrangers et les ALE, dont l’accès en franchise de droits aux marchés de l’Union européenne dans le cadre du Système de préférences généralisées (SPG) et l’accès en franchise de droits aux marchés chinois (2020), ont dynamisé l’industrie textile du pays, contribuant à hisser le pays parmi les grands exportateurs mondiaux d’articles de confection, notamment de vêtements tricotés et tissés. Le développement du secteur textile dans les économies asiatiques devrait continuer de doper la croissance de la consommation des filatures pendant la décennie à venir. Le Viet Nam affichera la plus forte augmentation annuelle des volumes consommés par les filatures, avec 2.7 % par an, suivi par le Bangladesh avec 2.1 % par an. Toutefois, la Chine devrait rester le premier pays transformateur de coton en 2034, suivie par l’Inde, leur consommation progressant respectivement de 0.3 % et 1.3 % par an ces dix prochaines années.
9.3.2. Production
La production mondiale augmentera grâce à la hausse des rendements découlant de progrès technologiques dans les domaines de la génétique, de l’agriculture de précision et des pratiques durables
Le coton est cultivé sous les climats subtropicaux et à saisons alternées (saison des pluies, saison sèche) dans l’hémisphère Nord aussi bien que dans l’hémisphère Sud, bien que la majeure partie des volumes soient produits au nord de l’équateur. Les principaux pays producteurs sont l’Inde, la Chine, le Brésil et les États-Unis. Ensemble, ces pays représenteront environ 76 % de la production mondiale à l’horizon 2034 (Graphique 9.3).
La production mondiale de coton devrait progresser régulièrement pour atteindre 29.5 Mt en 2034, soit une hausse de 20 % par rapport à la période de référence. L’augmentation prévue sera principalement alimentée par la croissance dans les principaux pays producteurs de coton : l’Inde représentera environ 30 % de la hausse mondiale, suivie par le Brésil (27 %) et les États‑Unis (23 %). Dans l’ensemble, la hausse de la production de coton proviendra essentiellement de l’accroissement des rendements, et dans une moindre mesure, de l’expansion de la superficie récoltée.
Selon les projections, les rendements mondiaux moyens progresseront de 15 % par rapport à la période de référence. Des facteurs comme l’amélioration des caractéristiques génétiques des plants, l’adoption de meilleures pratiques agricoles et la numérisation à l’appui de l’agriculture de précision contribueront sensiblement à améliorer la productivité et la durabilité. Les systèmes d’irrigation intelligents, notamment, peuvent réduire la consommation d’eau et d’énergie (MIT Office of Sustainability, 2023[1]). L’utilisation de capteurs et de GPS pour l’épandage des engrais garantit que les cultures reçoivent la quantité d’éléments nutritifs dont elles ont besoin (International Fertilizer Association, 2019[2]). De plus, les drones et les images satellite permettent de surveiller en temps réel la santé des cultures, et donc de mieux adapter les apports en eau, en engrais et en pesticides (Bhagwati Prasad, 2024[3]). L’abandon des moissonneuses traditionnelles à motorisation diesel au profit de modèles électriques ou hybrides pourrait réduire encore les émissions et améliorer la durabilité pendant le processus de récolte. Enfin, la mise au point et l’adoption de variétés de coton résistant à la sécheresse peuvent diminuer la dépendance à l’égard de l’irrigation. De la même manière, les variétés de coton génétiquement modifiées, qui résistent mieux aux ravageurs tels que le ver rose, peuvent réduire les besoins en pesticides chimiques, contribuant à l’adoption de pratiques agricoles plus durables.
L’écart de rendement observé entre les principaux producteurs en 2024 ne devrait pas évoluer pendant la période de projection. En 2034, les rendements de la Chine et du Brésil devraient rester plus de deux fois supérieurs à la moyenne mondiale actuelle de 0.8 t/ha, tandis qu’en Inde, premier pays producteur de coton, les rendements resteront inférieurs à cette moyenne (Graphique 9.4, partie gauche). La superficie consacrée à la culture du coton devrait augmenter de 4 % par rapport à la période de référence. La plus forte croissance sera enregistrée au Brésil (+34 % par rapport à la période de référence), où les perspectives de hausse des exportations encouragent les producteurs à investir pour agrandir la superficie plantée.
La production devrait augmenter de quelque 2 % par an en Inde au cours de la prochaine décennie, ce qui sera à mettre au compte de l’amélioration des rendements plus que de l’expansion des surfaces, le coton étant déjà en concurrence avec d’autres cultures telles que le soja et les légumineuses pour les superficies cultivées. La productivité du coton brut stagne ces dernières années et fait partie des plus faibles à l’échelle mondiale. Le coton est traditionnellement cultivé dans de petites exploitations, ce qui limite l’adoption de technologies d’exploitation intensive. En outre, les cultivateurs indiens espacent davantage les rangs afin de permettre le passage d’un bœuf et d’un cultivateur pour le désherbage, ce qui réduit la densité de peuplement et le potentiel de rendement global. Pour résoudre ce problème, des chercheurs mettent en avant des systèmes de plantation à haute densité, qui consistent à moins espacer les plants afin de maximiser les rendements et de permettre une récolte mécanisée. Le coton génétiquement modifié résistant aux ravageurs, dont le coton Bt, a également aidé à réduire les pertes de rendement liées aux ravageurs et la dépendance à l’égard des pesticides chimiques, ce qui a permis d’accroître la productivité et de réaliser des économies de coût. En parallèle, des variétés de coton tolérant la sécheresse, mises au point à l’aide des techniques traditionnelles d’amélioration génétique, sont également mises en avant afin de maintenir les rendements dans les régions exposées à un stress hydrique. Les organismes fédéraux et des États, de même que les établissements de recherche, participent activement à la mise au point de nouvelles variétés de coton et à la lutte antiparasitaire intégrée afin d’accroître la productivité du secteur. Compte tenu de ces éléments, les Perspectives font l’hypothèse d’un fort potentiel de hausse des rendements de 1.7 % par an au cours de la prochaine décennie, qui permettra à l’Inde de dépasser la Chine pour devenir le principal producteur mondial de coton d’ici 2034.
Le coton chinois affiche actuellement le rendement le plus élevé (2.1 t/ha en moyenne en 2022-24), qui est plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale. Ces vingt dernières années, la surface dévolue au coton en Chine recule, du fait notamment de l’évolution des politiques publiques. Cependant, cette tendance semble s’être ralentie depuis 2016. La superficie des cultures de coton devrait diminuer de 0.4 % par an durant la période de projection, contre 2 % durant la décennie précédente, tandis que la production de coton devrait rester stable grâce à la progression constante des rendements.
Au Brésil, une partie du coton est cultivé de manière séquentielle en alternance avec le soja ou le maïs. Récemment, la production a grimpé en flèche dans les principales régions productrices telles que l’État du Mato Grosso, où l’on récolte actuellement 72 % du coton brésilien. La production de coton devrait croître de 1.5 % par an, ce qui est à mettre au compte de la hausse des rendements découlant de l’utilisation croissante de semences génétiquement modifiées et d’engrais. De récents investissements dans la capacité de production de coton et l’acquisition de nouveaux équipements (semoirs, récolteuses et capacité d’égrenage) devraient doper la production dans les années à venir. En raison de la forte concurrence avec les autres cultures, principalement le soja de seconde récolte, la superficie plantée dépend largement du rendement du coton par rapport à d’autres produits agricoles.
Les questions de durabilité jouent un rôle important et influeront sur les marchés du coton à moyen terme. Dans un contexte où les effets des phénomènes météorologiques extrêmes et les considérations socio-environnementales font l’objet d’une attention croissante, de nouvelles initiatives ont été mises en place pour encourager la durabilité tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Lors de la campagne 2022-23, la part de marché du coton vierge couvert par des programmes reconnus par l’initiative Sustainable Cotton Challenge 2025 (Textile Exchange, 2024[4]) a atteint 29 % de la production mondiale de coton (Graphique 9.5). Parmi les normes en vigueur, Better Cotton, une organisation à but non lucratif, domine à l’échelle mondiale : 22 % de l’ensemble du coton de la campagne 2022-23 a été produit en respectant ses critères. D’autres stratégies encouragent de meilleures pratiques agricoles afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et fournissent des conseils aux marques et aux distributeurs du secteur textile pour s’approvisionner auprès de producteurs de coton durable reconnus et certifiés. La demande de coton plus durable devrait continuer à s’accroître, stimulée par les engagements pris par les marques et par la prise de conscience des jeunes. Ainsi, la tendance croissante à la consommation de produits en coton plus durables devrait donner un coup de fouet à la production de coton dans des pays tels que le Brésil, où la totalité du coton est déjà produite conformément aux normes de durabilité. En Inde et au Pakistan, les programmes de production de coton durable ont représenté respectivement 28 % et 40 % de la production totale de coton en 2022-23. La région subsaharienne devrait également tirer des avantages d’une plus grande conformité aux normes de durabilité et des programmes tels que Cotton Made in Africa (CMIA) joueront un rôle clé à cet égard. Cependant, son accord d’équivalence avec Better Cotton a pris fin en décembre 2022 et en novembre 2023, la norme Regenerative Cotton Standard (RCS) a été lancée afin d’encourager davantage la durabilité. Si la norme RCS n’en est encore qu’à ses débuts, le programme CMIA contribue dans une large mesure à la production de coton durable dans la région.
La part de coton biologique dans la production mondiale de coton ne dépasse 1 % que depuis 2021-22, mais est passée à 3.2 % lors de la campagne 2022-23, ce qui laisse penser que la demande progressera durant la prochaine décennie.
9.3.3. Échanges
Le Viet Nam et le Bangladesh seront les moteurs de la croissance des échanges durant la décennie à venir
Les échanges mondiaux de coton devraient croître régulièrement au cours de la prochaine décennie au rythme de 1.6 % par an pour atteindre 12.3 Mt en 2034. Cette croissance est alimentée par la hausse de la demande de textiles dans les pays asiatiques, notamment au Viet Nam et au Bangladesh, où la consommation des filatures connaît une augmentation rapide. Parallèlement, la Chine maintiendra des niveaux d’importation presque fixes de 2.9 Mt (Graphique 9.6, partie droite) et restera le premier importateur mondial. La croissance des importations de coton brut devrait être vigoureuse au Viet Nam et au Bangladesh (+2.8 % par an et +2.4 % par an respectivement).
Les États-Unis et le Brésil seront en étroite concurrence en tant que principaux exportateurs mondiaux de coton brut en 2034. Les exportations des États-Unis ont diminué ces dernières années en raison des conditions météorologiques extrêmes qui ont affecté la production et le Brésil leur a succédé comme premier exportateur mondial de fibres de coton durant la campagne 2023-24. D’ici 2034, les États-Unis et le Brésil devraient afficher des parts presque identiques, s’élevant à environ 30 % des exportations mondiales de coton.
Les exportations brésiliennes devraient connaître un coup de fouet sur les dix prochaines années, bénéficiant d’investissements importants visant à améliorer l’infrastructure portuaire et ses capacités logistiques du pays. Par conséquent, les exportations de coton brut devraient progresser de 2.6 % par an, atteignant 3.6 Mt à l’horizon 2034, un volume sensiblement équivalent à celui des États‑Unis. L’ensemble de l’Afrique subsaharienne, où le coton est une culture d’exportation essentielle, se classera derrière (Graphique 9.3) avec 14 % des exportations mondiales en 2034.
Les volumes d’exportation de l’Afrique subsaharienne devraient continuer de croître au rythme d’environ 1.1 % par an sur les dix prochaines années, ce qui représentera plus de 80 % de la production de la région (Graphique 9.6, partie gauche). Les principaux destinataires de ces exportations seront l’Asie du Sud et du Sud-Est. Cependant, l’industrie du textile et de l’habillement se développe dans des pays tels que l’Éthiopie et le Bénin, soutenue par des flux d’IDE et des investissements publics. L’accès à des accords commerciaux préférentiels, dont le système de préférences généralisées de l’UE, contribue également à la croissance de l’industrie dans ces pays. À long terme, l’augmentation de la consommation des filatures pourrait modifier le statut d’exportateur net de l’Afrique subsaharienne.
9.3.4. Prix
Les cours mondiaux du coton diminueront en valeur réelle à moyen terme
En valeur réelle, les cours mondiaux du coton devraient s’orienter légèrement à la baisse à moyen terme (Graphique 9.7). La concurrence des fibres synthétiques, l’évolution des préférences des consommateurs et les gains de productivité continueront d’avoir une incidence déterminante sur les prix.
Depuis le début des années 1970, lorsque le prix du polyester est devenu compétitif, la courbe de prix du coton a eu tendance à suivre celle de son substitut synthétique. Par exemple, les prix du coton n’étaient que 6 % supérieurs à ceux de la fibre de polyester entre 1972 et 2009. Depuis 2010, toutefois, le coton affiche des prix en moyenne près de 77 % supérieurs à ceux du polyester, et près de 100 % supérieurs ces dernières années, en valeur nominale.
9.4. Risques et incertitudes
Copier le lien de 9.4. Risques et incertitudesLes évolutions réglementaires et l’innovation seront les principaux défis qui détermineront l’évolution du secteur du coton
Les principaux déterminants de la demande de textiles par habitant dans les économies émergentes, notamment la croissance économique et l’urbanisation, continueront d’influer fortement sur la demande de fibres de coton. Parmi les autres tendances de la demande influençant les projections figure le développement du recyclage dans le secteur textile. Le coton recyclé, notamment, dont la production était estimée à 0.3 Mt en 2023, contre 24 Mt pour le coton nouveau, devrait progresser sensiblement dans les années à venir (Textile Exchange, 2024[4])1. Les déchets de coton pré-consommation issus des usines de confection et de tissage, en particulier, pourraient être recyclés plus efficacement, ce qui contribuerait à la réduction de l’empreinte carbone du secteur textile. De plus, la concurrence accrue des fibres synthétiques et l’évolution des préférences des consommateurs vers le style « athleisure » représentent des obstacles importants qui freinent la demande de coton. Cependant, l’adoption de normes de durabilité pourrait stimuler la demande de coton étant donné les préoccupations croissantes que suscitent les questions environnementales.
Les pertes de récolte dues à des infestations de ravageurs et à des variations climatiques, de même que les perturbations de la chaîne d’approvisionnement, comme des goulets d’étranglement dans le système de transport ou des restrictions commerciales, peuvent également se répercuter sur la production de coton et limiter sa disponibilité sur les marchés.
Les cadres réglementaires encourageant les normes de durabilité, de traçabilité et d’étiquetage remodèlent le paysage mondial du coton, reflétant la préférence de plus en plus marquée des consommateurs pour les produits respectueux de l’environnement. Des politiques telles que le Règlement sur l’écoconception des produits durables, l’empreinte environnementale de produit (PEF) et la Stratégie de l’UE pour des textiles durables et circulaires sont des exemples d’initiatives qui favorisent cette évolution. De plus, les mesures qui ont un effet sur la consommation, comme des initiatives lancées par certains pays d’Afrique de l’Est pour réduire les importations de vêtements d’occasion, pourraient stimuler la consommation de coton et encourager la création de valeur ajoutée en Afrique. Toutefois, il est important de s’assurer que l’adoption de ces normes profite aux petits cultivateurs de coton en améliorant leurs moyens de subsistance.
La transition vers une économie circulaire, caractérisée par le recyclage et le développement du marché des vêtements d’occasion, est synonyme à la fois de défis et de possibilités pour la filière du coton. Les présentes Perspectives font l’hypothèse d’une transition lente. Si les initiatives de recyclage promettent d’améliorer l’efficacité d’utilisation des ressources, elles pourraient perturber les chaînes d’approvisionnement traditionnelles et modifier la structure de la demande de coton brut. En outre, les enjeux associés à la durabilité économique, sociale et environnementale, qu’aborde notamment la Stratégie de l’UE pour des textiles durables et circulaires, revêtent de plus en plus d’importance aux yeux des consommateurs, des parties prenantes de la filière et des décideurs à l’échelle mondiale. Des facteurs externes, notamment le litige actuel entre les États-Unis et la Chine, ainsi que la loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (Uyghur forced labour prevention Act)2, compliquent encore la situation, entraînant des perturbations tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Références
[3] Bhagwati Prasad, D. (2024), « Fields of tomorrow: Advancements in Modern Agriculture ».
[2] International Fertilizer Association (2019), , https://www.fertilizer.org/wp-content/uploads/2023/01/IFA_2019_Infographic_Precision_Agriculture.pdf.
[1] MIT Office of Sustainability (2023), , https://sustainability.mit.edu/article/smart-irrigation-technology-covers-more-crop-drop.
[4] Textile Exchange (2024), Materials Market report, https://textileexchange.org/knowledge-center/reports/materials-market-report-2024/.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Veuillez noter que les chiffres indiqués ici font uniquement référence au coton recyclé mécaniquement et que le coton recyclé chimiquement n’est pas inclus.
← 2. La loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours interdit l’importation de marchandises produites dans la province chinoise du Xianjiang. L’importateur doit clairement prouver que la marchandise provenant de cette région n’est pas le fruit du travail forcé.