Pour améliorer l’efficacité des politiques agricoles et commerciales en Afrique de l’Ouest, il est essentiel de corriger les perceptions erronées, mais largement répandues, sur le commerce alimentaire intrarégional. Souvent perçu comme marginal, ce commerce joue en réalité un rôle central dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ainsi que dans le développement économique de la région. Évalué à environ 10 milliards USD par an, il soutient l’emploi dans les chaînes de valeur régionales et contribue à la disponibilité alimentaire tout au long de l’année. Sa reconnaissance comme levier stratégique est indispensable à la pleine réalisation de son potentiel.
Ce commerce régional renforce également la souveraineté alimentaire. Il relie les producteurs aux marchés urbains en pleine expansion, stimule la production nationale, diversifie les régimes alimentaires et améliore la résilience face aux chocs extérieurs. Plutôt que de fragiliser les systèmes alimentaires nationaux, il les consolide. Pourtant, différentes politiques protectionnistes, notamment les interdictions d’exportation, continuent d’entraver ces échanges et de décourager les investissements agricoles. La Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a un rôle déterminant à jouer pour accompagner ses États membres vers une vision commune, favoriser l’alignement des stratégies nationales et promouvoir des politiques propices à l’intégration régionale.
Si les barrières non tarifaires constituent encore un obstacle majeur, se focaliser uniquement sur leur suppression risque de masquer des problèmes structurels plus profonds. L’accès à une information réglementaire claire, l’efficacité des services publics et la modernisation des infrastructures de transport sont tout aussi essentiels pour soutenir le commerce alimentaire intrarégional. Il est également crucial de rétablir la confiance dans les institutions publiques et de promouvoir une administration orientée vers les services aux opérateurs économiques. La CEDEAO peut jouer un rôle moteur dans ces réformes, en harmonisant les cadres réglementaires et en facilitant un accès centralisé et transparent à l’information commerciale à l’échelle régionale.
Enfin, l’amélioration des données est capitale. Jusqu’à 85 % des flux de commerce alimentaire intrarégional échappent à l’enregistrement – une lacune statistique qui exclut une large part de ces échanges du débat public, fausse les décisions de politique publique et fragilise le soutien au commerce intra-régional alimentaire. La CEDEAO est particulièrement bien positionnée pour piloter l’harmonisation des systèmes nationaux de suivi du commerce non enregistré. Ceci ouvrirait la voie à des politiques commerciales mieux informées, plus coordonnées et efficaces en Afrique de l’Ouest.