Ce rapport présente les conclusions de l’examen par les pairs 2025 de la coopération pour le développement mise en œuvre par la Suisse et inclut les recommandations pertinentes approuvées par le Comité d'aide au développement (CAD). Conformément à la méthodologie des examens par les pairs, il ne couvre pas toutes les composantes du cadre d’analyse applicable à ces examens, mais se concentre sur quatre domaines de la coopération pour le développement suisse, sélectionnés en concertation avec les partenaires de la Suisse et les représentants des autorités suisses. À ce titre, il examine dans quelle mesure le système de coopération suisse dans son ensemble atteint ses objectifs sur les plans stratégique, institutionnel et opérationnel ; comment la Suisse définit et utilise des systèmes de résultats pour produire un impact sur le développement ; sa capacité à répondre à un monde instable ; et ses efforts en matière de partenariat avec le secteur privé. Dans chacun de ces domaines, le rapport identifie les atouts de la Suisse, les défis et les risques auxquels elle est confrontée, ainsi que les perspectives à venir.
Examens de l'OCDE sur la coopération pour le développement : Suisse 2025
Conclusions
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Le contexte de la Suisse
Copier le lien de Le contexte de la SuisseLe contexte politique met la coopération internationale sous pression
Les crises mondiales et les évolutions géopolitiques imposent des exigences croissantes à la coopération internationale de la Suisse. La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, les autres conflits violents actifs dans le monde, le changement climatique et les effets persistants de la pandémie de COVID-19 aggravent la pauvreté, les inégalités et l’insécurité alimentaire, et déstabilisent la gouvernance dans nombre de pays partenaires (OCDE, 2024[1]). Ce contexte fait ressortir le besoin accru d’initiatives menées au titre de la coopération internationale, tout en appuyant les appels à investir davantage dans la sécurité. Dans le cas de la Suisse, ces dynamiques planétaires influent considérablement sur sa coopération internationale, imposant d’assouplir et d’ajuster les démarches retenues en matière de partenariats et d’engagement mondial.
La politique extérieure de la Suisse met en avant son ambition de faire face aux enjeux planétaires. La Suisse s’est positionnée de manière active comme un acteur influent et constructif au travers de ses interventions dans les enceintes multilatérales. Son mandat en tant que membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies (2023‑24) a souligné son engagement en faveur de la consolidation de la paix, de l’action climatique et de la réforme des Nations Unies (OCDE, 2024[1]). La politique extérieure 2024‑27 de la Suisse décrit un « arc de crise », composé des conflits non résolus autour de l’Europe, en Ukraine et dans le Caucase du Sud, ainsi qu’au Moyen-Orient, dans la région du Sahel et au Soudan (DFAE, 2024[2]). Plus précisément, la reconstruction de l’Ukraine est considérée comme une priorité stratégique pour l’Europe et pour la Suisse. Le pays joue un rôle actif à cet égard : il a notamment accueilli la Conférence sur le redressement de l’Ukraine en 2022 et le Sommet sur la paix en Ukraine en juin 2024, et a par ailleurs augmenté sensiblement son APD en faveur de ce pays.
Sur le plan intérieur, une attention croissante est portée à la coopération internationale. À l’issue des élections fédérales de 2023, la représentation du centre-droit s’est accrue au sein de l’Assemblée fédérale suisse, ce qui a accentué la pression politique pesant sur la coopération internationale, reflétant les préoccupations de l’opinion publique en matière de migration, de sécurité et de discipline budgétaire, tandis que l’influence des groupes politiques favorables à l’environnement s’est étiolée. Malgré le soutien solide de l’opinion publique en faveur de la coopération internationale (ETH Zürich, 2024[3]), le Parlement a décidé d’en réduire le budget – hors aide humanitaire – à compter de 2025, afin de créer une plus grande marge de manœuvre budgétaire pour les dépenses de défense. Des débats très médiatisés, par exemple sur la question de savoir s’il faut continuer de financer l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) dans un contexte d’escalade des tensions au Moyen-Orient (Swissinfo, 2024[4] ; Switzerland Today, 2024[5]), ou encore concernant l’interprétation de la notion de « neutralité suisse » (ETH Zürich Centre for Security Studies, 2024[6] ; ECFR, 2024[7]), soulignent la complexité de la coopération internationale dans le paysage politique de la Suisse.
La discipline budgétaire de la Suisse oriente les choix stratégiques, avec une incidence sur le financement de la coopération internationale
Si les finances publiques de la Suisse s’illustrent à l’échelle internationale, les contraintes budgétaires limitent la portée de la coopération internationale suisse. Le ratio dette publique brute/PIB de la Suisse s’élevait à 38.3 % en 2024, contre 81.6 % pour les pays de l’UE (OCDE, 2025[8] ; CEIC, 2025[9]). Toutefois, la Suisse est actuellement confrontée à des contraintes budgétaires dues au mécanisme de « frein à l’endettement »1 : le gouvernement est tenu d’équilibrer ses dépenses et ses recettes à plus long terme, ce qui l’amène à exercer un système de frein à l’endettement pour éviter les déséquilibres structurels (Département fédéral des finances, 2024[10]). La règle de base est la suivante : le plafond annuel des dépenses ordinaires est corrélé au montant des recettes ordinaires. Le ratio d’endettement net de la Confédération est tombé de 24 % en 2003, lorsque le frein à l’endettement a été mis en place, à 14 % en 2019, sous l’effet d’une croissance économique dynamique et d’une hausse des recettes. Les dépenses extraordinaires élevées engagées pour faire face à la pandémie de COVID-19 ont entraîné une hausse du ratio d’endettement, qui est passé à 18 % en 2023. Le frein à l’endettement et l’augmentation rapide des dépenses de défense se sont traduits par une diminution du budget alloué à la coopération pour le développement pour les années à venir.
L’économie suisse est développée, très ouverte et tournée vers les exportations, ces dernières représentant plus des deux tiers du PIB. La croissance du PIB devrait être de 1.3 % en 2024 et de 1.5 % en 2025, avant de remonter à 1.9 % en 2026 (OCDE, 2024[11]). Comme souligné dans la Stratégie de coopération internationale 2021‑24 de la Suisse (DFAE, 2020[12]), la prospérité du pays repose sur un cadre stable et propice aux investissements.
Une majorité de parlementaires envisage la coopération internationale comme une dépense discrétionnaire. L’aggravation des tensions budgétaires a accentué la concurrence entre les priorités nationales. Sur le plan intérieur, les demandes de préservation des retraites et des infrastructures, et les appels à une augmentation du budget de la défense – justifiés par le contexte géopolitique actuel – sont à l’origine de la réduction budgétaire touchant la coopération internationale. Les débats sur la réaffectation des ressources en faveur des biens publics mondiaux, tels que l’atténuation du changement climatique, la protection de la biodiversité, les migrations et la prévention des pandémies, accentuent encore les pressions financières pesant sur la coopération, probablement au détriment de l’orientation traditionnelle en faveur de la réduction de la pauvreté et du développement durable (OCDE, 2024[1]). Les discussions budgétaires portant sur la coopération internationale et celles sur la défense et l’éducation étant concomitantes, le budget de la coopération internationale s’est vu réduit. Ces tensions soulignent l’importance du bon alignement de la coopération internationale sur les objectifs plus généraux de la politique extérieure et de l’économie, de façon à produire des effets et à obtenir un soutien politique constant.
Une stratégie commune pour deux départements fédéraux, trois entités fédérales et cinq crédits d’engagement
La coopération internationale de la Suisse s’intègre dans un ensemble de politiques publiques nationales en cascade. En 2020, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a mis en place une « cascade stratégique de politique extérieure » afin d’harmoniser différents cadres stratégiques. La Stratégie de politique extérieure sert de ligne directrice générale (Secrétariat d'État à l'économie, 2021[13]) et elle est prolongée par cinq stratégies géographiques et quatre stratégies thématiques, dont la Stratégie de coopération internationale (DFAE, 2020[12]). La Stratégie de politique économique extérieure du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) est alignée sur la Stratégie de politique extérieure. Pris dans leur ensemble, ces textes étayent la Stratégie de coopération internationale, seule stratégie du DFAE qui, du fait de ses implications budgétaires, nécessite l’approbation du Conseil fédéral ainsi que du Parlement. La loi et l’ordonnance de 1976 sur la coopération internationale définissent le cadre juridique de la stratégie (L’assemblée fédérale de la Confédération suisse, 1976[14]).
La coopération internationale de la Suisse s’inscrit dans le cadre d’une stratégie unique, gérée par deux départements fédéraux et trois entités fédérales responsables. La Stratégie de coopération internationale 2021‑24 (Stratégie CI) a été la première stratégie interdépartementale succincte assortie de critères clairs concernant les collaborations et les objectifs communs. Son adoption a été précédée d’un vaste processus de consultation publique2 et sa mise en œuvre a été évaluée dans le cadre d’un rapport de redevabilité conjoint (Confédération suisse, 2024[15]). La Stratégie CI 2025‑28 (Conseil fédéral, 2024[16]) a été approuvée par le Parlement en décembre 2024. Trois grandes entités fédérales se partagent la responsabilité de la coopération suisse pour le développement : la Direction du développement et de la coopération (DDC) au sein du DFAE ; la Division Paix et droits de l’homme (DPDH) au sein du Secrétariat d’État du DFAE ; et la Division Coopération économique et développement du Secrétariat d’État à l’économie (SECO) au sein du DEFR (Graphique 1). Ces trois entités opèrent dans le cadre d’une stratégie et d’un mandat conjoint, mais la DDC se concentre sur la coopération au développement et l’aide humanitaire, SECO sur la coopération économique, et la DPDH sur la promotion de la paix et les droits de l’homme.
Graphique 1. Une stratégie commune oriente deux départements fédéraux, trois entités fédérales et cinq crédits d’engagement
Copier le lien de Graphique 1. Une stratégie commune oriente deux départements fédéraux, trois entités fédérales et cinq crédits d’engagement
Source : Federal Council (2024[16]), Stratégie de coopération internationale 2025-28, https://www.deza.eda.admin.ch/fr/la-strategie-de-cooperation-internationale-2025-2028-sadapte-a-levolution-du-contexte-international.
Tous les quatre ans, le Parlement détermine l’affectation des financements pour ces entités fédérales, qui prennent la forme de « crédits d’engagement ». Pour la période 2025‑28, le Parlement a approuvé les cinq crédits d’engagement suivants, pour un montant total maximum de 11.12 milliards CHF, soit 12.57 milliards USD3 (Graphique 1) : 1) crédit d’aide humanitaire (pour la DDC) ; 2) crédit de coopération au développement (pour la DDC) ; 3) crédit de coopération au développement économique (pour le SECO) ; 4) crédit de promotion de la paix et de la sécurité humaine (pour la DPHD) ; et 5) crédit pour le soutien à l’Ukraine et les pays affectés dans la région (pour la DDC, le SECO et la DPHD)4. Les crédits d’engagement ne garantissent pas un budget : leur rôle est de fixer un plafond pour les engagements sur quatre ans. Les budgets effectifs sont arrêtés chaque année par le Parlement.
Depuis 2020, l’APD totale de la Suisse est orientée à la hausse. Elle a représenté 0.6 % du revenu national brut (RNB) en 2023 (0.43 % hors coût des réfugiés dans le pays donneur), dépassant ainsi l’objectif national de consacrer 0.5 % du RNB à l’APD, mais elle reste en deçà des engagements internationaux visant à atteindre 0.7 %. Les apports d’APD de la Suisse se sont élevés à 5.2 milliards USD en 2023 (Graphique 2)5. Cela correspond à une augmentation de 8.1 % en volume par rapport à 2022, principalement imputable au coût des réfugiés dans le pays donneur (CRPD). L’enveloppe totale prévue pour la stratégie 2025‑28 (11.12 milliards CHF, soit 12.57 milliards USD) abaisse le ratio APD/RNB à 0.41 %, 0.36 % hors CRPD.
Graphique 2. En 2023, l’APD totale de la Suisse a augmenté, en volume et en pourcentage du RNB, en partie sous l’effet de la hausse du CRPD
Copier le lien de Graphique 2. En 2023, l’APD totale de la Suisse a augmenté, en volume et en pourcentage du RNB, en partie sous l’effet de la hausse du CRPDÉvolution du volume d’APD et du ratio APD/RNB sur la période 2016‑23 et projections 2025‑28
Notes : **Projections moyennes annuelles. Conversion de CHF à USD au taux de change de 2023. RNB = revenu national brut ; CRPD = coût des réfugiés dans le pays donneur ; ED APD = équivalent-don de l’APD. Pour 2016 et 2017, les volumes d’APD sont calculés en flux nets. À compter de 2018, ils sont exprimés sur la base de l’équivalent-don. Les projections APD/RNB pour 2025-2028 sont indicatives. Elles sont fortement influencées par l’évolution des coûts des réfugiés dans le pays donneur et le RNB qui sont volatiles et imprévisibles.
Source : OCDE (2025[17]) Système de notification des pays créanciers, http://data-explorer.oecd.org/s/3d; Conseil fédéral (Conseil fédéral, 2024[16]), Stratégie de coopération internationale 2025-28, https://www.deza.eda.admin.ch/fr/la-strategie-de-cooperation-internationale-2025-2028-sadapte-a-levolution-du-contexte-international.
L’affectation des ressources entre les différentes entités fédérales n’a pas beaucoup évolué au cours de la dernière décennie. En 2023, la DDC a de loin bénéficié de la part la plus importante du budget de la coopération internationale (72 %, hors CRPD), le SECO en a absorbé 15 % (Graphique 3), tandis que la DPDH en a reçu la part la plus faible6. Parmi les autres bénéficiaires figurent également les cantons et les communes, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM), le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, et l’Office fédéral de l’environnement. Le budget alloué au titre des CRPD est géré par le SEM.
Graphique 3. La DDC concentre la part la plus importante de l’APD suisse
Copier le lien de Graphique 3. La DDC concentre la part la plus importante de l’APD suisseÉvolution de la ventilation de l’APD bilatérale brute par organisme, 2016-23
Note : CRPD = coût des réfugiés dans le pays donneur. La catégorie « Autres » englobe la DPDH, les cantons et les communes, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM), le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, et l’Office fédéral de l’environnement.
Source : OCDE (2025[17]) Système de notification des pays créanciers, http://data-explorer.oecd.org/s/3d.
En 2022, la DDC s’est engagée dans un processus de réforme institutionnelle, baptisé « Fit for Purpose » (F4P). Cette réorganisation vise principalement à mieux intégrer les activités relatives à l’action humanitaire et au soutien au développement, à renforcer l’expertise thématique et à replacer autant que possible au niveau opérationnel les processus décisionnels relatifs aux programmes. Les principaux changements comprennent la fusion des équipes chargées de l’action humanitaire et du soutien au développement au sein de divisions géographiques communes, et la création d’une division de coopération thématique. À travers cette division thématique, l’objectif est d’exercer une influence sur les cadres normatifs et sur les politiques internationales relevant des programmes mondiaux7, et de soutenir les bureaux locaux (Annexe D). Enfin, le réseau externe d’ambassades et de bureaux locaux s’est vu confier une plus grande responsabilité décisionnelle, afin de garantir l’adéquation des solutions retenues au contexte, et dix postes équivalents temps plein ont été transférés des services centraux de la DDC vers le réseau externe.
Le SECO et la DPDH ont également procédé à des ajustements pour renforcer la cohérence et la flexibilité. Depuis l’examen par les pairs de 2019, le SECO a mis en place des réseaux thématiques, comme le réseau ESP (engagement avec le secteur privé), afin de mettre en relation les compétences des différents services centraux et bureaux extérieurs. Guidée par sa nouvelle stratégie en matière de médiation, la DPDH a quant à elle regroupé les thèmes qui s’y rapportent, ancrant la médiation dans les situations de conflit et la promotion du dialogue dans une démarche cohérente en matière de rétablissement de la paix. Constituées pour intervenir rapidement en cas de médiation dans des conflits armés, les équipes d’action rapide ont à ce jour été déployées à six reprises. La DPDH a également étoffé ses outils et ses cadres afin d’améliorer le suivi des processus de paix.
Le comité de coordination interdépartemental et les groupes de travail thématiques interdépartementaux qui lui sont rattachés favorisent une vision globale à l’échelle de l’ensemble de l’administration, visant à promouvoir la cohérence entre les politiques publiques. La commission interdépartementale consultative pour le développement international et la coopération internationale regroupe différents départements chargés d’informer et de coordonner la politique de coopération internationale. Elle est pilotée par la DDC, le SECO et la DPDH. Il existe en outre des comités thématiques chargés de la coordination des politiques sectorielles qui font intervenir la coopération internationale mais dont l’objectif principal n’est pas la coopération internationale, ciblant par exemple les migrations, le climat et la santé. Ils sont présidés (ou coprésidés) par le département fédéral chargé des politiques sectorielles concernées (le SEM pour les migrations, par exemple).
La Suisse est dotée d’une Commission consultative de la coopération internationale, qui comprend des représentants de la société civile, du monde universitaire et du secteur privé. Cette commission apporte son concours pour mettre au point des mesures des résultats de la coopération internationale et sur des sujets spécifiques, tels que le soutien de la Suisse en faveur de l’Ukraine. Les parlementaires participaient auparavant à ses travaux, mais ce n’est plus le cas. Si cette évolution peut renforcer son indépendance, elle peut également amoindrir les perspectives d’interactions avec la classe politique alors même que la période est déterminante pour la coopération internationale. Consciente de son rôle, la commission entretient des relations fonctionnelles avec les acteurs politiques, tout en veillant à ne pas être perçue comme un organe politique. Elle s’efforce de faire perdurer le soutien du public en faveur de la coopération internationale et de préserver les valeurs du pays. Prévoyant au moins trois réunions par an (et un déplacement sur le terrain), son calendrier est désormais aligné sur celui des sessions parlementaires. Tout en fixant ses propres priorités, la commission dispense également des conseils au Conseil fédéral.
Une stratégie et un système de coopération pour le développement adaptés aux objectifs
Copier le lien de Une stratégie et un système de coopération pour le développement adaptés aux objectifsLa Suisse est appréciée pour l’approche patiente et fondée sur des principes dont elle fait preuve à l’égard de ses partenaires
L’engagement du pays sur le long terme dans des régions complexes est un véritable atout. Les pays partenaires et les partenaires de mise en œuvre saluent la Suisse pour son engagement à long terme et son soutien à des projets dont les résultats ne sont pas toujours immédiatement visibles ou facilement mesurables, mais qui peuvent entraîner des changements en profondeur. La Suisse œuvre ainsi souvent à l’amélioration des conditions-cadres économiques, qui sont primordiales pour promouvoir le développement du secteur privé ; cependant, le processus peut être long et les résultats sont parfois difficiles à attribuer. Au Zimbabwe, la Suisse a aidé à remettre à plat la coordination entre les donneurs en coprésidant le Forum des partenaires de développement du Zimbabwe et en co-animant le dialogue avec le gouvernement au sujet de l’indemnisation des propriétaires fonciers spoliés8. Ces deux activités nécessitent des efforts à long terme et contribuent à la réalisation d’importants progrès. En apportant son aide à des projets complexes, la Suisse fait souvent figure de donneur de référence, préparant le terrain pour l’intervention d’autres donneurs. En Afrique du Sud, par exemple, l’aide de la Suisse au Programme de soutien des villes, une initiative du gouvernement sud-africain, a été capitale pour attirer le soutien d’autres donneurs (Encadré 1). Enfin, l’approche à long terme mise en œuvre par le pays pour mener ses programmes – avec une montée en puissance progressive au fil du temps – est fortement appréciée. Ainsi, en Indonésie, le soutien apporté avec succès par la Suisse à la formation professionnelle dans l’industrie manufacturière a été reproduit dans d’autres secteurs comme le tourisme et les énergies renouvelables. À mesure que la pression politique s’accroît pour obtenir des résultats visibles à court terme (voir Mettre en place et utiliser des systèmes de gestion axée sur les résultats afin de produire un impact sur le développement), la Suisse devrait protéger sa méthode de travail – caractérisée par la patience et le long terme –, qui est l’un de ses principaux avantages comparatifs.
Encadré 1. Le rôle de la Suisse en tant que donneur de référence favorise la conduite de projets complexes et de longue durée pouvant susciter des changements systémiques
Copier le lien de Encadré 1. Le rôle de la Suisse en tant que donneur de référence favorise la conduite de projets complexes et de longue durée pouvant susciter des changements systémiquesDans le cadre du Programme de soutien des villes (Cities Support Programme, CSP) en Afrique du Sud, le SECO aide au renforcement des capacités des administrations locales afin qu’elles deviennent des moteurs de la croissance économique. Lancé en 2011 par les autorités sud-africaines, le CSP vise à aider les villes à s’engager dans une démarche de développement durable, à investir les fonds publics de façon efficiente et à créer un environnement plus propice aux entreprises. Le soutien est axé sur cinq domaines thématiques : gouvernance financière et budgétaire ; développement économique urbain ; planification et investissement dans des infrastructures adaptées au climat ; développement des établissements humains ; et intégration de la planification et de l’investissement dans les transports. Les huit plus grandes villes d’Afrique du Sud génèrent près de 60 % du produit intérieur brut national. Elles concentrent aujourd’hui 64 % de la population du pays et, selon les projections de croissance, en abriteront 80 % d’ici 2050. Le développement économique inclusif et la compétitivité des villes ne sont possibles que si le processus d’urbanisation est mieux géré. L’aménagement du territoire doit être amélioré, de façon à remédier aux difficultés liées à l’organisation des villes « en ghettos ». La coordination de l’aménagement urbain et des processus budgétaires, la création d’un environnement plus propice aux entreprises et la résilience au climat sont autant d’éléments essentiels pour mettre en œuvre une approche du développement urbain durable.
La complexité du programme CSP s’est initialement traduite par le fait qu’aucun donneur bilatéral n’était en mesure d’apporter son soutien, compte tenu du mandat et des modalités d’aide de chacun. En Afrique du Sud, de nombreuses municipalités connaissent des problèmes de gouvernance, de gestion et de taux de rotation élevé de leurs cadres. Or, en tant que pays décentralisé, la Suisse est convaincue qu’il est important de renforcer la capacité des administrations locales pour relever les défis économiques, sociaux et environnementaux. Elle est donc devenue le premier donneur du programme, mis en œuvre par la Banque mondiale avec aujourd’hui l’aide d’autres donneurs bilatéraux.
Le CSP a permis de mettre en place en Afrique du Sud une approche mobilisant l’ensemble des administrations, à la fois horizontalement et verticalement, différents ministères et municipalités travaillant désormais conjointement. Le programme réunit et coordonne les missions, entre autres, du Trésor national, des ministères de la Gouvernance coopérative, des Établissements humains, des Transports publics et des Affaires environnementales, des administrations provinciales et des villes, au service de l’objectif de transformation urbaine. Ainsi, pour que les municipalités soient en mesure d’établir des plans de développement des infrastructures à moyen terme, le CSP a favorisé le regroupement des données provenant de différents ministères (par exemple, ceux en charge de la fiscalité, de l’emploi, des transports, etc.) et promu la collaboration entre les municipalités sur des questions comme la gestion de l’eau.
Le programme est régulièrement ajusté et étendu. Le taux de rotation des cadres dans les municipalités sud-africaines est élevé. À titre d’exemple, le maire de Johannesburg a changé à six reprises au cours des cinq dernières années. Or, en mettant l’accent sur l’encadrement intermédiaire, le CSP a accru la capacité des municipalités à améliorer, entre autres, la situation économique et les infrastructures, ainsi que la planification du logement et des transports. Le SECO a en outre contribué à un meilleur suivi du programme (Genesis, 2019[18]). Les résultats d’une évaluation conjointe réalisée à la demande du Trésor national, de la Banque mondiale et du SECO ont permis d’enclencher une troisième phase, qui pourrait étendre le programme aux villes secondaires du pays.
Sources : Entretiens avec des représentants du Trésor national, de la Banque mondiale et de la ville de Tshwane ; CSP (2022[19]), Examen à mi-parcours de la phase II du Programme de soutien des villes (CSP), https://csp.treasury.gov.za/DocumentsEvaluations/202202_CSP%20Mid-Term%20Evaluation_Executive%20Summary.pdf; Genesis (2019[18]), Monitoring Implementation of City Support Programme, Genesis, https://www.genesis-analytics.com/projects/monitoring-implementation-of-city-support-programme.
La tendance à la baisse de l’APD représente une menace pour la coopération suisse au développement, pourtant appréciée. L’enveloppe prévue par la Suisse pour la stratégie 2025‑28 s’élève à 11.12 milliards CHF, ce qui ramène le ratio APD/RNB à 0.36 %, hors coût des réfugiés dans le pays donneur. Dans un contexte de crises multiples et de faible avancée vers la réalisation des Objectifs de développement durable, ce ratio n’est pas conforme aux engagements pris par le pays. En adoptant l’Agenda 2030, la Suisse adhérait en principe à l’objectif à long terme de consacrer 0.7 % du RNB à l’APD, alors que le Parlement avait préconisé un taux de 0.5 % à moyen terme9. La tendance à la baisse de l’APD pourrait être néfaste à la position de la Suisse. Bien que le soutien à l’Ukraine et aux réfugiés présents sur le territoire suisse soit important, le maintien de l’APD à un niveau de base pour ses partenaires de longue date permettrait à la Suisse de préserver ses engagements et ses ambitions.
Si la définition de critères d’intervention a permis des progrès, une interprétation trop étroite des intérêts de la Suisse présente des risques
La Stratégie de coopération internationale 2021‑24 de la Suisse définissait trois critères d’intervention et quatre objectifs, qui ont été maintenus pour 2025‑28. Les trois critères sont les suivants : valeur ajoutée pour la Suisse, besoins des populations locales et intérêts à long terme de la Suisse. Ces critères d’intervention ont permis un certain nombre d’améliorations – notamment une orientation géographique plus ciblée et un développement piloté au niveau local – et fournissent un cadre utile pour évaluer la pertinence de la coopération suisse pour le développement. Les quatre objectifs énoncés dans la stratégie sont les suivants :
1. Développement humain : sauver des vies, alléger les souffrances humaines et faciliter l’accès à des services de base de haute qualité pour les plus défavorisés.
2. Développement économique durable : créer des emplois décents en s’appuyant sur des conditions-cadres appropriées, une économie locale dynamique et le secteur privé.
3. Climat et environnement : garantir un développement respectueux de l’environnement, résilient face au changement climatique et aux catastrophes naturelles, au profit des plus défavorisés.
4. Paix et gouvernance : résoudre les conflits, promouvoir la paix, la démocratie et l’état de droit, et faire respecter les droits humains.
Les priorités régionales de la Suisse sont l’Asie, l’Europe orientale, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, et l’Afrique subsaharienne. Dans ses pays prioritaires, la Suisse établit des programmes de coopération sur quatre ans consultables publiquement, ce qui constitue une bonne pratique, conférant aux pays partenaires et aux partenaires de mise en œuvre une certaine prévisibilité. La DDC axe généralement son action sur les pays à faible revenu, tandis que le SECO privilégie les pays à revenu intermédiaire. Sept pays sont prioritaires à la fois pour la DDC et le SECO, et font l’objet de programmes de coopération conjoints10.
Suite à la recommandation formulée dans l’examen par les pairs de 2019 (Annexe A), la Suisse s’est efforcée de réduire le nombre de ses pays prioritaires. Le nombre total de pays prioritaires est ainsi passé de 52 à 41 dans le cadre de la stratégie 2021‑24, principalement sous l’effet de l’arrêt progressif par la DDC des activités de coopération bilatérale pour le développement dans la région Amérique latine et Caraïbes (ALC) et en Mongolie (Graphique 4). L’objectif initial du désengagement de la région ALC était de permettre à la DDC de mettre en place des programmes-pays dans d’autres régions prioritaires. Ce désengagement a fait l’objet d’une planification, d’une communication et d’une gestion soignées avec les pays partenaires et le personnel, insistant sur l’apprentissage et la continuité (Encadré 2). Le SECO continue de concentrer ses activités de coopération pour le développement économique dans 13 pays prioritaires11. La DPDH compte un maximum de 20 pays prioritaires et ajuste cette liste en fonction des opportunités.
Tableau 1. En 2021 24, la Suisse a mené des activités de coopération bilatérale pour le développement dans 41 pays prioritaires
Copier le lien de Tableau 1. En 2021 24, la Suisse a mené des activités de coopération bilatérale pour le développement dans 41 pays prioritaires|
DDC |
SECO |
Projets conjoints DDC-SECO |
Retrait fin 2024 |
|---|---|---|---|
|
Afghanistan |
Colombie |
Albanie |
Bolivie, Cuba, Haïti, Honduras et Nicaragua |
|
Arménie |
Ghana |
Égypte |
Mongolie et Pakistan (2019) |
|
Bangladesh |
Indonésie |
Kirghizistan |
Eswatini, Lesotho et Malawi |
|
Bénin |
Afrique du Sud |
Serbie |
|
|
Bosnie-Herzégovine |
Viet Nam |
Tadjikistan |
|
|
Burkina Faso |
Tunisie |
||
|
Burundi |
Ukraine |
||
|
Cambodge |
|||
|
République démocratique du Congo |
|||
|
Géorgie |
|||
|
Kosovo* |
|||
|
République démocratique populaire lao |
|||
|
Mali |
|||
|
Moldova |
|||
|
Mozambique |
|||
|
Myanmar |
|||
|
Népal |
|||
|
Niger |
|||
|
Macédoine du Nord |
|||
|
Rwanda |
|||
|
Somalie |
|||
|
République arabe syrienne |
|||
|
Tanzanie |
|||
|
Tchad |
|||
|
Ouzbékistan |
|||
|
Cisjordanie et bande de Gaza |
|||
|
Zambie |
|||
|
Zimbabwe |
Encadré 2. Le désengagement de la DDC de la région Amérique latine et Caraïbes (ALC) sur la période 2021‑24 a fait l’objet d’une planification soignée, d’une campagne de communication étudiée et d’une gestion responsable avec les pays partenaires et le personnel
Copier le lien de Encadré 2. Le désengagement de la DDC de la région Amérique latine et Caraïbes (ALC) sur la période 2021‑24 a fait l’objet d’une planification soignée, d’une campagne de communication étudiée et d’une gestion responsable avec les pays partenaires et le personnelSuite à la recommandation formulée dans l’examen par les pairs de 2019 et aux appels lancés par des acteurs nationaux pour que l’APD de la Suisse soit davantage ciblée, le Conseil fédéral et le Parlement suisses ont décidé en 2020 de mettre progressivement fin, pour des raisons stratégiques, à la coopération bilatérale pour le développement dans la région ALC. Cette décision a un temps fait craindre que les progrès réalisés au cours des six dernières décennies grâce au soutien fourni par la DDC ne soient réduits à néant.
Le désengagement a été préparé par la DDC quatre ans à l’avance afin qu’il soit mené de façon responsable à l’égard du personnel, des gouvernements partenaires et des autres partenaires de développement. Une centaine d’agents, suisses et locaux, ont bénéficié d’une aide au cours du processus et ont reçu des indemnités de fin de mission ou été transférés dans d’autres pays. Au cours de cette période, la DDC s’est efforcé d’assurer la continuité des projets, ou de les clore de façon ordonnée. La moitié environ des projets seront poursuivis par des organisations locales, quelque 20 % ont été transférés à d’autres donneurs bilatéraux ou à des organisations multilatérales, et environ 30 % ont été menés à terme et clôturés.
Enfin, la DDC a engagé un important processus de gestion des connaissances en compilant les enseignements tirés de ses 60 ans de coopération dans la région ALC. Pendant 18 mois, les réflexions concernant les priorités, les impacts, les enseignements et les recommandations ont été compilées et des produits de communication ont été élaborés pour permettre aux partenaires de développement en Amérique latine, ainsi qu’au personnel de la DDC travaillant dans d’autres régions, de tirer des apprentissages de l’expérience acquise par cette Direction en ALC.
Alors que l’ensemble des activités de coopération bilatérale pour le développement de la DDC dans la région ALC vont prendre fin en 2025, la Suisse transforme son intervention dans la région en s’orientant vers d’autres instruments. Cela inclut notamment une aide humanitaire universelle associée à des programmes menés dans un petit nombre de pays connaissant des crises prolongées, ainsi qu’une coopération régionale thématique portant sur le climat et l’environnement, la coopération économique menée par le SECO et le soutien aux processus de paix de la DPDH.
Note : Cette pratique est décrite plus en détails sur la plateforme des Outils, enseignements et pratiques de la coopération pour le développement de l’OCDE : https://www.oecd.org/fr/topics/sub-issues/development-co-operation-in-practice/development-co-operation-tools-insights-practices.html.
Source :DDC (2024[20]), 60 years of successful cooperation; Best practices from Latin America and the Carribbean, https://www.sdc-regions.ch/en/capitalisation-of-experiences-lac.
La Suisse a pu réagir rapidement lors de l’agression de l’Ukraine par la Russie grâce à l’approbation de crédits supplémentaires par le Parlement, mais la part de l’APD bilatérale consacrée aux pays les moins avancés (PMA) a diminué. En 2022, la Suisse a adapté et renforcé ses programmes existants en Ukraine et apporté une aide humanitaire à ce pays ; son APD à l’Ukraine a ainsi été multipliée par plus de cinq par rapport à 2021, atteignant 236 millions USD, soit 6 % de son APD bilatérale nette. Cette hausse a été rendue possible grâce aux crédits supplémentaires approuvés par le Parlement, ainsi qu’à la réaffectation des fonds initialement prévus pour la région ALC et qui devaient bénéficier à l’Afrique subsaharienne. En ce qui concerne l’avenir, la Suisse a promis 5 milliards CHF pour l’Ukraine sur la période 2025‑36, dont 1.5 milliard CHF provenant du budget de la coopération internationale pour 2025‑2812. La Suisse devrait s’assurer que le soutien à l’Ukraine provient de sources additionnelles et qu’il ne prive pas les pays partenaires, dont un grand nombre sont peu avancés économiquement, d’un engagement à long terme efficace et apprécié. En 2023, la Suisse a alloué 16.9 % de son APD bilatérale brute à des PMA, contre 25.2 % en 2019. Cette évolution est due à l’augmentation de la part de l’APD bilatérale consacrée à l’Ukraine et au financement du coût des réfugiés sur le territoire suisse. Inverser la tendance à la baisse de son APD au profit des PMA permettrait à la Suisse de rester en conformité avec son objectif de lutte contre la pauvreté et avec ses engagements pris dans le cadre des Nations Unies.
La DDC a confié davantage de responsabilités à son réseau externe de représentations à l’étranger, afin que la coopération de la Suisse pour le développement soit plus adaptée aux besoins locaux. Dans le cadre de la réforme « Fit For Purpose », les processus d’approbation des projets par la DDC ont été simplifiés et l’étendue des pouvoirs financiers revue. Ainsi, si les projets nouvellement conçus doivent être approuvés par les services centraux, les phases supplémentaires des projets existants peuvent parfois n’être approuvées que par le responsable de la coopération au sein du réseau externe13. Les premiers retours d’expérience au Zimbabwe montrent que cette réforme a permis à la Suisse de gagner en agilité et d’ajuster les projets plus rapidement. Elle a également conféré à l’ambassade de Suisse une plus grande marge de manœuvre au regard de la préparation des projets et de la définition des modalités de leur mise en œuvre.
Il est cependant possible d’aller plus loin en matière d’assurance qualité et d’appui administratif et technique pour aider le réseau externe à assumer les nouvelles responsabilités qui lui sont confiées. Selon les premiers retours d’expérience provenant des représentations de la Suisse, la décentralisation a conduit à des processus moins uniformes et potentiellement moins cohérents (OCDE, 2024[1]). De plus, dans la mesure où une partie de la charge de travail administrative a été transférée au réseau externe, une aide supplémentaire à la gestion du cycle des projets pourrait être bénéfique, par exemple sous la forme d’un outil informatique. Fournir un meilleur accès à l’expertise du SECO (Former des partenariats efficaces avec le secteur privé), de la DPDH et de la division thématique de la DDC pourrait également aider le réseau externe à planifier et gérer les projets.
Le modèle de gestion centralisée du SECO pourrait être amélioré de façon à accroître la flexibilité et l’adaptation aux besoins locaux. L’expérience du SECO en Afrique du Sud montre que, sauf pour un petit nombre de programmes bilatéraux de grande ampleur conçus localement – comme le Programme de soutien des villes (Encadré 1) –, une part importante de l’APD apportée à ce pays relève de programmes mondiaux14. Si les ambassades sont toujours consultées pour la conception de ces programmes, c’est parfois lors de la dernière étape de préparation. Des efforts supplémentaires pourraient être accomplis pour s’assurer que les programmes mondiaux sont adaptés aux besoins locaux. En outre, la structure organisationnelle du SECO – qui s’articule autour de quatre domaines de compétences : promotion des échanges, soutien macroéconomique, développement du secteur privé et infrastructures – ne se prête pas toujours très bien aux projets transversaux mis en œuvre en Afrique du Sud, d’où la difficulté à ajuster les différents volets des projets. Améliorer le pilotage stratégique des projets transversaux et la flexibilité budgétaire entre les domaines de compétences pourrait permettre au SECO de gagner en agilité.
S’il est utile de définir les intérêts à long terme de la Suisse, le glissement vers une interprétation étroite de ces intérêts pourrait nuire à la position du pays. La Stratégie de coopération internationale 2021‑24 a défini les intérêts à long terme de la Suisse dans des termes généraux, à savoir : un ordre international juste et pacifique reposant sur un multilatéralisme robuste, un environnement économique stable propice à l’investissement, le recul des facteurs provoquant les déplacements forcés et les migrations irrégulières, et un développement durable à l’échelle mondiale. Cesintérêts à long terme guidentle choix des pays avec lesquels la Suisse noue une coopération pour le développement (ainsi, la région du Sahel est primordiale pour la paix et la lutte contre les migrations, l’Afrique du Sud est un partenaire commercial de premier plan et le Maroc est un partenaire clé sur le volet migratoire). Or, l’aide partiellement liée prévue en faveur de l’Ukraine dans le projet de stratégie 2025‑28 (prévoyant d’allouer 500 millions CHF au secteur privé suisse, notamment à de grandes entreprises) illustre le glissement vers une interprétation plus étroite des intérêts de la Suisse, qui pourrait nuire à la performance et à la réputation du pays (La Suisse fait actuellement figure de leader en matière de déliement de l’aide, mais le programme d’aide partiellement liée prévu en faveur de l’Ukraine pourrait changer la donne).
La coopération bilatérale pour le développement demeure fragmentée
Les dix premiers bénéficiaires de l’APD de la Suisse figurent tous parmi ses pays prioritaires, mais les montants qui leur sont alloués sont relativement faibles. En 2023, ces pays comprenaient l’Ukraine, la Cisjordanie et la bande de Gaza ainsi que plusieurs États fragiles situés notamment en Afrique de l’Ouest et en Asie (Graphique 4), mais ils ne recevaient que 14.6 % de l’APD bilatérale. Ce pourcentage est inférieur à la moyenne du CAD (24,8 %) et bien en dessous des parts enregistrées par les membres du Comité qui sont les plus proches de la Suisse au regard du volume de l’aide-pays programmable (APP), par exemple le Canada (38.5 %) et la Norvège (35.4 %).
Graphique 4. Les dix premiers bénéficiaires de l’aide de la Suisse ont reçu moins de 15 % de son APD en 2023
Copier le lien de Graphique 4. Les dix premiers bénéficiaires de l’aide de la Suisse ont reçu moins de 15 % de son APD en 2023Versements bruts en millions USD, prix constants 2022
Source : OCDE (2025[17]) Système de notification des pays créanciers, http://data-explorer.oecd.org/s/3d.
Une proportion importante de l’APD bilatérale de la Suisse n’est pas ventilée par pays et une grande part de l’aide-pays programmable (APP) est affectée à des pays non prioritaires15. En 2023, une part importante de l’APD bilatérale suisse – à l’exclusion du coût des réfugiés sur le territoire – n’était pas ventilée par pays (24.7 %). Cela s’explique en partie par les efforts de la Suisse pour soutenir les biens publics mondiaux, mais cette absence de ventilation réduit le pourcentage de l’aide-pays programmable (APP) dans l’APD bilatérale16. Selon la Stratégie de coopération internationale de la Suisse, 10 % des sommes prévues pour la coopération bilatérale pour le développement de la DPDH peuvent être alloués à des pays non prioritaires afin de relever les défis liés aux phénomènes migratoires17, venir compléter l’aide humanitaire par des activités de développement, relever les défis transnationaux ou profiter des opportunités offertes par les ambassades. Alors que la Suisse compte 41 pays prioritaires, le nombre de pays recevant une APP – à l’exclusion de l’APD provenant des cantons, des municipalités et de sources multilatérales – s’élevait à 77 en 202318. En 2023, 73 % de l’APP – hors sources multilatérales – bénéficiaient à des pays prioritaires (Graphique 5). Selon l’un des outils de mesure de la fragmentation – l’indice d’Herfindahl-Hirschman (IHH), qui mesure la concentration géographique de l’APP –, la Suisse se classait à la 31e place parmi les membres du CAD en 202219. Cette fragmentation a une incidence sur la taille des programmes-pays, qui était de 10.2 millions USD en moyenne en 202220. Afin d’utiliser au mieux les ressources disponibles et en s’appuyant sur les efforts qu’elle déploie pour réduire le nombre de ses pays prioritaires, la Suisse pourrait s’efforcer de concentrer davantage son APD sur ses priorités géographiques.
Graphique 5. En 2023, les pays prioritaires ont reçu 73 % de l’APP suisse, hors sources multilatérales
Copier le lien de Graphique 5. En 2023, les pays prioritaires ont reçu 73 % de l’APP suisse, hors sources multilatéralesAide-pays programmable, à l’exclusion des sources multilatérales, par groupe de pays prioritaires
Source : OCDE (2025[17]) Système de notification des pays créanciers, http://data-explorer.oecd.org/s/3d.
Au niveau des pays, les nombreux projets mis en œuvre par les ambassades ou les bureaux de coopération peuvent parfois être difficiles à gérer21. Si des projets de petite taille s’imposent parfois dans des contextes spécifiques, ou lorsque les partenaires ont une capacité d’absorption limitée, une multitude de petits projets peut compliquer la tâche de la Suisse et compromettre l’impact et la valeur ajoutée de son action. À titre d’exemple, le SECO intervient en Afrique du Sud dans près de 60 projets22 qui couvrent un large éventail de secteurs, de zones géographiques, de domaines d’action gouvernementaux et de partenaires de mise en œuvre, ce qui rend la gestion difficile23. Par ailleurs, les partenaires de la Suisse ont régulièrement fait part, dans leurs retours d’information, de leur intérêt pour un partage d’expertise accru en plus du soutien financier, par exemple dans des domaines comme la formation professionnelle ou la décentralisation. Le fait de mener des projets moins nombreux mais de plus grande ampleur pourrait permettre au pays de jouer un rôle plus actif dans leur conception et dans le partage d’expertise.
Les partenaires ont du mal à s’y retrouver dans les processus de gestion administrative, de mise en conformité et d’atténuation des risques. Les partenaires locaux et multilatéraux ont fait part de leurs préoccupations concernant les déclarations complexes et détaillées qui leur sont demandées. La Suisse exige par exemple des informations financières qui vont au-delà des cycles standard de recueil de données de certaines organisations multilatérales, ce qui provoque des frictions administratives, surtout dans le cadre des accords de financement groupé entre plusieurs donneurs. Au Zimbabwe, plusieurs partenaires locaux ont indiqué que les processus de diligence raisonnable étaient astreignants. Le fait que la définition des risques acceptables soit peu claire peut en partie expliquer la longueur de certains processus administratifs (OCDE, 2024[21]).
Si la multitude des thèmes couverts par la Suisse lui permet de s’adapter aux besoins des pays partenaires, le rôle des programmes mondiaux pourrait toutefois être clarifié. La stratégie de la Suisse pour 2025‑28 énonce, dans le cadre de ses quatre grands objectifs, dix thèmes annexes, appelés « objectifs spécifiques »24. Cette diversité de thèmes peut permettre à la Suisse d’adapter son aide aux besoins des pays partenaires. Au sein de la nouvelle division en charge de la coopération thématique de la DDC, la section Paix, gouvernance et égalité et la section Économie et éducation insistent sur la fourniture de services consultatifs aux bureaux locaux et la promotion de la gestion des connaissances. Le soutien apporté au personnel par la section Paix, gouvernance et égalité – à savoir des réseaux thématiques, des sessions en ligne et des échanges en présentiel favorisant le partage de connaissances et les parcours d’apprentissage – est particulièrement prisé (Encadré 3). Les autres sections (Climat, réduction des risques de catastrophe et environnement ; Eau ; Migration et déplacements forcés ; Santé et alimentation) sont davantage impliquées dans l’élaboration des normes internationales et la mise en œuvre des programmes mondiaux25. L’établissement de liens plus systématiques entre les sections thématiques et les équipes locales contribuerait à renforcer les programmes-pays.
Un soutien multilatéral stratégique, gage d’efficacité
La Suisse fait preuve d’initiative au sein des organisations multilatérales en promouvant la gouvernance, la coordination et l’innovation. La Suisse est considérée par les organisations multilatérales comme un partenaire constructif qui préconise des solutions pragmatiques pour améliorer les performances de tous. Grâce à sa participation active dans les structures de gouvernance (comme les conseils d’administration des Fonds et programmes des Nations Unies et ceux des banques multilatérales de développement), la Suisse promeut la bonne gouvernance et l’efficacité auprès de ses partenaires multilatéraux. Son leadership l’amène à régler les difficultés opérationnelles qui se présentent entre les institutions financières internationales et les agences de l’ONU, en particulier dans les contextes fragiles. Jusqu’à récemment, la Suisse coprésidait le Partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement. À partir de 2025, elle présidera le réseau sur la gouvernance (GovNet) du CAD de l’OCDE et assurera la vice-présidence du réseau international sur les situations de conflit et de fragilité (INCAF).
Les contributions au budget central des organisations multilatérales et l’engagement multilatéral occupent une place de premier plan dans la stratégie de coopération internationale de la Suisse26, fournissant aux organisations multilatérales de la flexibilité et une prévisibilité opérationnelle. En 2023, 55 % des financements multilatéraux de la Suisse étaient des contributions au budget central (OCDE, s.d.[22]), un taux proche de la moyenne du CAD (54.3 %). Cette approche renforce la stabilité organisationnelle, permet la préaffectation des contributions au niveau régional ainsi que le report des fonds, et permet donc aux organisations multilatérales de s’adapter à l’évolution des contextes. En 2023, les agences, fonds et programmes de l’ONU ont reçu 43.6 % des financements multilatéraux de la Suisse et 29 % ont bénéficié à la Banque mondiale. Les contributions suisses sont réparties entre 24 organisations multilatérales considérées comme prioritaires, dont cinq banques multilatérales de développement et leurs fonds de développement, 14 agences de l’ONU et 5 autres organisations27. Si cet éventail de contributions paraît large, il n’est en fait pas différent de celui des autres membres du CAD comparables (OCDE, 2024[23]). Les organisations multilatérales sont des partenaires incontournables dans les contextes soumis à des contraintes politiques. Cependant, comme observé au Zimbabwe, lorsque les programmes mis en œuvre par des partenaires multilatéraux donnent des résultats peu satisfaisants, une coopération plus directe tend à se mettre en place avec des ONG internationales ou locales.
Afin d’accroître l’efficacité de ses aides multilatérales, la Suisse a adopté l’approche dite « de l’ascenseur ». Cette méthode vise à aligner les stratégies de financement mondial de la Suisse sur ses expériences pratiques, dans un souci de cohérence et d’efficacité. Elle consiste à faire remonter les enseignements tirés des interventions menées avec les organisations multilatérales dans les pays partenaires jusqu’aux points de contact situés dans les services centraux et aux représentants de la Suisse au sein des conseils d’administration, de manière à éclairer les décisions de financement et à faciliter la participation aux fonctions de gouvernance dans les organisations multilatérales. Lorsque l’ascenseur redescend, les informations et les enseignements tirés de la participation stratégique aux organes de gouvernance peuvent être réinjectés au niveau des collaborations de la Suisse avec les organisations multilatérales dans les pays.
La Suisse veille en continu à ce que les contributions au budget central qu’elle apporte coïncident avec ce qui est effectivement mis en œuvre dans les pays, ce qui est une bonne chose. Au Zimbabwe, l’approche de l’ascenseur fonctionne lorsque les programmes de la Suisse sont mis en œuvre avec la participation directe des agences de l’ONU. De cette manière, les performances sont passées en revue par les partenaires multilatéraux travaillant sur place, par exemple le Programme alimentaire mondial (PAM), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) ou le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP). En revanche, il s’avère plus difficile d’obtenir un retour d’information de la part des partenaires prioritaires internationaux de la Suisse avec lesquels la DDC n’a pas de contrat de partenariat au Zimbabwe, par exemple le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
La cohérence des politiques au service du développement peut encore être améliorée dans la pratique
La Suisse reconnaît l’importance de la cohérence des politiques, mais peut encore progresser en veillant à leur coordination systématique. La Stratégie pour le développement durable 2030 (SDD) et les plans d’action sur quatre ans qui en découlent visent à intégrer le développement durable dans les politiques fédérales, mais ces plans d’action ne sont pas coordonnés avec les processus habituels d’élaboration des politiques. Le plan d’action de la SDD en cours (2024‑27) (Office fédéral du développement territorial, 2021[24]) comprend des mesures visant à améliorer l’analyse des retombées des politiques menées par la Suisse dans les pays partenaires. Ces mesures s’appuient sur le système d’indicateurs MONET (Office fédéral de la statistique de Suisse, 2025[25]), qui permet de mesurer les répercussions transnationales. Des dispositifs comme l’analyse d’impact de la réglementation (AIR) pourraient fournir des informations sur les effets transnationaux des réglementations suisses, mais cet instrument a jusqu’ici été utilisé (à raison de deux fois par an en moyenne depuis 2007) principalement pour évaluer la législation portant sur des questions intérieures et ses effets sur le plan national (SECO, 2024[26]). La SDD, associée à des politiques sectorielles comme la Stratégie de coopération internationale, érige le développement durable en principe de base, mais cela ne donne pas lieu à une analyse systématique des retombées des politiques suisses sur les pays en développement. Un groupe de travail interdépartemental ad hoc, codirigé par l’Office fédéral de la statistique et le DFAE, examine actuellement les possibilités et les limites d’une quantification et d’une qualification des effets transnationaux en général, et en Suisse en particulier.
La Suisse utilise toutes sortes de mécanismes standardisés de consultation et de coordination pour garantir l’harmonisation entre les différents départements. Le Conseil fédéral promeut la cohérence des politiques grâce à un processus en deux étapes : 1) au niveau technique, la procédure de consultation invite tous les offices fédéraux à mettre en évidence les incohérences entre les activités des départements fédéraux ; 2) au niveau politique, les conseillers fédéraux, les membres du gouvernement et les responsables des départements fédéraux cherchent à équilibrer les points de vue et les intérêts avant qu’une décision soit prise conjointement. Chaque année, plus d’un millier de consultations des offices fédéraux sont organisées concernant les propositions et les documents de réflexion du Conseil fédéral, dans le but de prendre en considération différents points de vue. Les consultations informelles qui ont lieu au niveau technique sont un aspect important du processus décisionnel. Les comités interdépartementaux sur les politiques extérieures sectorielles, comme la migration (structure IMZ) et la santé (GAP), ainsi que les plateformes thématiques telles que la plateforme de coordination PLAFICO, jouent des rôles clés au regard de l’alignement des objectifs de la politique extérieure. La plateforme PLAFICO a par exemple été primordiale pour préparer la position de la Suisse à l’égard des investissements dans les combustibles fossiles réalisés par les banques multilatérales de développement, ainsi que sa position dans le cadre des négociations sur le climat des Conférences des Parties (COP). Si l’alignement entre les départements suisses28 est efficace pour établir un consensus, il n’aboutit pas toujours à une plus grande cohérence entre les politiques.
La Suisse promeut également des approches mobilisant l’ensemble de la société pour accroître la cohérence des politiques au service du développement. Cela inclut des tables rondes et des consultations avec les partenaires externes, tels que les ONG, les universitaires et le secteur privé. Ces dispositifs garantissent que les priorités de développement de la Suisse coïncident bien avec ses objectifs plus généraux sur le plan économique et de la politique extérieure, et facilitent la contribution des parties prenantes à la mise en œuvre de l’Agenda 2030. Cette approche inclusive favorise une meilleure compréhension du développement durable et encourage la collaboration entre les secteurs.
Afin de promouvoir plus avant la cohérence des politiques au service du développement, la Suisse pourrait accroître l’utilisation des connaissances spécialisées de l’ensemble de l’administration. Alors que la collaboration avec d’autres bureaux fédéraux existe déjà, la Stratégie de coopération internationale 2025‑28 autorise désormais explicitement la DDC, le SECO et la DPDH à faire appel à des experts d’autres bureaux pour travailler sur le développement dans le cadre des projets, de manière à permettre une meilleure intégration de l’expertise du secteur public suisse dans la coopération pour le développement (par exemple sur l’agriculture, l’éducation et la gouvernance locale). Cette approche pourrait permettre de renforcer la conception des programmes mais également d’accroître la sensibilisation à la coopération pour le développement dans l’ensemble de l’administration, et ainsi créer des possibilités d’améliorer la cohérence des politiques au service du développement durable.
La coopération suisse pour le développement est mise en œuvre par des agents professionnels dotés de connaissances solides, mais les recrutements dans les contextes fragiles demeurent difficiles
Les agents de la coopération internationale suisse sont des professionnels compétents, dotés de connaissances solides et leur expertise est un précieux atout. Les retours d’information réguliers provenant des partenaires en Suisse, au Zimbabwe et en Afrique du Sud ont souligné l’expertise et l’approche collaborative du personnel travaillant dans le domaine de la coopération internationale. Les effectifs totaux s’élèvent à quelque 1 880 équivalents temps plein (ETP), dont la plupart sont du personnel local (1 000 ETP). Parmi le personnel interne travaillant pour les trois entités fédérales chargées de la coopération internationale, 475 ETP relèvent des services centraux et 160 du réseau externe (tableau 2). Le personnel interne de la DDC suit un parcours particulier, avec une formation personnalisée et la possibilité d’évoluer vers les deux voies offertes par le DFAE (diplomatique et consulaire). L’ensemble du personnel interne de la DDC est soumis à un système de rotation sur quatre ans entre Berne et les pays partenaires, à raison de deux affectations consécutives au maximum à Berne29, d’une affectation dans un pays partenaire et de deux affectations consécutives au maximum ailleurs qu’à Berne.
Tableau 2. Nombre d’équivalents temps plein (ETP) du personnel interne par entité fédérale
Copier le lien de Tableau 2. Nombre d’équivalents temps plein (ETP) du personnel interne par entité fédérale|
Services centraux |
Personnel interne affecté au réseau externe |
|
|---|---|---|
|
DDC |
310 |
133 |
|
SECO |
90 |
8 |
|
DPDH |
75 |
19 |
|
Total |
475 |
160 |
Note : la Suisse ne recueille pas de données ventilées par entité concernant le personnel local.
Source: OECD (2024[1]) Peer Review Self-Assessment of Switzerland, https://one.oecd.org/document/DCD/DAC/AR(2024)1/19/en/pdf.
La désignation d’agents formés, expérimentés et motivés en vue de les détacher dans des contextes fragiles reste un défi pour la DDC, malgré l’expérimentation de solutions telles que le partage de poste. Fin 2024, trois postes de responsables de la coopération qui étaient vacants dans des contextes fragiles (Addis-Abeba, Ouagadougou et Bamako) n’ont pas été pourvus. Lorsque la DDC ne parvient pas à trouver du personnel pour travailler dans des contextes d’aide humanitaire, elle peut compter sur les experts hautement spécialisés du Corps suisse d’aide humanitaire (CSA). Le CSA se compose de quelque 550 experts déployés pour mettre en œuvre des projets de la DDC ayant trait à l’aide humanitaire, ou parfois mis à la disposition d’agences des Nations Unies. Ce corps permet à la Suisse de continuer à mener des projets dans des contextes difficiles, même si ses experts ne font pas officiellement partie du personnel de la DDC. Dans un sondage réalisé par la Commission du personnel de la DDC, les agents ont indiqué différents incitations non financières qui pourraient les encourager à travailler dans des contextes fragiles, notamment des détachements d’une durée plus courte ou des dispositifs de repos et de récupération (DDC, 2023[27]). De même, garantir que l’affectation dans un contexte fragile donne un coup d’accélérateur à la carrière des agents aiderait à attirer et à retenir des talents pour ce type de postes. L’examen par les pairs de 2019 recommandait à la Suisse de faire évoluer ses politiques de ressources humaines à l’égard des agents détachés dans des contextes fragiles (Annexe A). Compte tenu de l’accent mis par la DDC sur les contextes fragiles, il est désormais urgent de prendre des mesures dans ce sens. Des discussions avec d’autres membres du CAD au sein du Réseau international sur les situations de conflit et de fragilité (INCAF) pourraient aider à partager des bonnes pratiques.
Développer et entretenir une expertise thématique est une autre difficulté. Les experts soumis au système de rotation (à la DDC) doivent parfois être transférés vers un autre poste qui n’a pas forcément de lien avec leur domaine de spécialité. Dans le contexte de la nouvelle division thématique du travail à la DDC, la Suisse pourrait réfléchir à la façon de développer une expertise sur différents sujets, par exemple en assouplissant le système de rotation ou en promouvant les évolutions de carrière thématiques entre les entités fédérales. À titre d’exemple, les experts du secteur privé pourraient être encouragés à travailler à la fois avec la DDC et le SECO.
La Suisse pourrait faire davantage pour retenir les talents au sein du personnel local. Le personnel local représente une part importante de l’effectif total (1 000 ETP sur un total de 1 880). Les fonctions qu’il occupe sont variées, de responsable adjoint de la coopération à chargé de programme national (National Program Officer), en passant par agent de soutien et d’assistance. Les visites effectuées par l’équipe chargée de l’examen par les pairs dans deux pays (Afrique du Sud et Zimbabwe) ont permis de constater l’expertise et l’engagement du personnel local, ainsi que son importance pour assurer la continuité des opérations dans le contexte de rotation du personnel interne. Bien que la rémunération des agents locaux soit souvent supérieure aux niveaux du marché, les possibilités d’avancement professionnel sont limitées, ce qui pousse certains d’entre eux à partir30. La possibilité pour les agents locaux d’être transférés vers d’autres pays prioritaires de la DDC ou du SECO pourrait aider à retenir les talents et renforcer le partage de connaissances entre les entités fédérales suisses chargées de la coopération pour le développement et les pays dans lesquels elles interviennent.
Les environnements soumis à des contraintes politiques requièrent souvent du personnel local supplémentaire. Dans certains pays où le contexte politique ou économique est instable, la mise en œuvre des programmes peut nécessiter des ajustements réguliers. Une compréhension plus fine de la dynamique politique locale y est nécessaire, ainsi qu’une utilisation des capacités locales plus poussée que dans les cas où le cofinancement de programmes multilatéraux de grande ampleur vise à fournir des services de base aux plus vulnérables. Une base solide d’agents sensibles aux enjeux politiques est alors nécessaire pour gérer le soutien – de plus faible ampleur mais pouvant avoir des effets radicaux – apporté aux acteurs locaux et pour préserver l’espace civique. La formation du personnel diplomatique sur les questions relatives à la coopération pour le développement a par ailleurs été réduite ces dernières années31. Compte tenu des interconnexions entre diplomatie et coopération pour le développement, le maintien d’une formation solide sur ces thèmes pour les diplomates pourrait leur permettre de mieux comprendre en quoi la coopération pour le développement peut les aider à remplir leur mission dans tous les contextes.
À l’heure où la Suisse ajuste ses programmes de coopération pour le développement, il pourrait être utile de tirer des enseignements de son expérience de gestion du changement. Le processus de désengagement de la région ALC a fait l’objet d’une communication pertinente auprès du personnel et a été mis en œuvre sur quatre ans. En revanche, le processus de réorganisation « Fit For Purpose » a engendré du stress pour les agents et les avantages escomptés n’ont pas été parfaitement compris32. Informer les agents, les consulter et communiquer avec eux au sujet des changements importants sera essentiel à l’avenir pour garantir leur adhésion.
De manière générale, les défis spécifiques de la coopération pour le développement pourraient être davantage pris en compte dans la gestion des ressources humaines. Le personnel de la DDC et de la DPDH est géré par la Direction des ressources du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Si ce mode de gestion a favorisé la cohérence des différents parcours professionnels au sein du DFAE, il a aussi limité la capacité d’ajustement aux spécificités de la coopération pour le développement. Ainsi, la difficulté à agir pour attirer les agents dans les contextes fragiles est sans doute en partie liée à l’obligation pour la DDC de s’en remettre à la Direction des ressources du DFAE pour prendre des décisions sur les incitations financières et les évolutions de carrière. Plus généralement, la Commission du personnel de la DDC ne dispose pas d’interlocuteur particulier pour traiter des problèmes de ressources humaines rencontrés spécifiquement dans le domaine de la coopération pour le développement33. Veiller à ce que les défis particuliers de la coopération pour le développement soient pris en compte dans le cadre de la gestion des ressources humaines sera capital pour permettre à la Suisse de disposer des compétences dont elle a besoin pour garantir à l’avenir une mise en œuvre efficace de ses programmes de coopération pour le développement.
Recommandations
Copier le lien de Recommandations1. La Suisse devrait inverser la tendance à la baisse prévue du ratio APD/RNB, de façon à concrétiser son engagement de consacrer 0.5 % du RNB à l’APD d’ici 2030 et devrait s’efforcer d’accroître encore progressivement son APD.
2. Afin d’optimiser son avantage comparatif, et de préserver la qualité de la coopération au développement, la Suisse devrait continuer à s’engager dans des projets complexes dans une perspective de long terme, en adoptant une démarche patiente au regard des résultats, qui assure une certaine prévisibilité aux partenaires et incite d’autres donneurs à apporter leur soutien.
3. S’appuyant sur son soutien continu et basé sur des principes au système multilatéral de développement, et pour atteindre son objectif de réduction de la pauvreté, la Suisse devrait accroître la part de l’APD allouée aux pays les moins avancés de façon à être en conformité avec son engagement auprès de l’ONU ; en s’appuyant sur l’approche de la DDC visant à ne laisser personne de côté, la Suisse devrait veiller à ce que la réduction de la pauvreté soit systématiquement prise en compte dans l’ensemble de ses programmes.
4. Dans le cadre de la gestion de ses ressources humaines, la Suisse devrait tenir compte des spécificités de la coopération au développement pour :
a. attirer et retenir les agents dans les contextes fragiles, en assouplissant la durée des détachements et en proposant des incitations non financières ;
b. renforcer l’expertise autour de thématiques prédéfinies, en rendant le système de rotation plus flexible et en favorisant les évolutions de carrière axées sur des domaines thématiques dans les différentes entités fédérales ;
c. améliorer les perspectives de carrière des agents locaux.
Mettre en place et utiliser des systèmes de gestion axée sur les résultats afin de produire un impact sur le développement
Copier le lien de Mettre en place et utiliser des systèmes de gestion axée sur les résultats afin de produire un impact sur le développementLes améliorations concrètes du système de gestion axée sur les résultats pourraient être prolongées et étendues
La coopération internationale suisse fait l’objet d’une attention et d’une exigence de redevabilité croissantes au niveau intérieur. Le paysage politique suisse se caractérise par une concurrence accrue à l’égard des ressources publiques, et les exigences de redevabilité et de rentabilité vont en s’intensifiant. Cela fait peser une pression particulière sur les programmes et les activités plus difficiles à mesurer. On attend de plus en plus des projets qu’ils s’appuient scrupuleusement sur des données scientifiques, ce qui est souvent incompatible avec les ressources limitées qui sont disponibles pour effectuer des évaluations approfondies. Il n’est pas toujours facile de savoir si l’exigence accrue de redevabilité fait référence à l’efficacité, à la perception de la pertinence des programmes ou à une combinaison des deux.
Depuis le dernier examen par les pairs en 2019, la Suisse a poursuivi l’amélioration de sa gestion axée sur les résultats (GAR). En 2017, une évaluation institutionnelle du système de GAR de la DDC avait souligné une attention importante portée à la redevabilité intérieure, mais une utilisation insuffisante des résultats à des fins d’apprentissage stratégique et de prise de décision (DDC, 2017[28]). La même année, un rapport de l’OCDE notait des difficultés à mettre en œuvre un système de GAR mettant l’accent sur la redevabilité à l’égard des résultats agrégés au niveau de l’organisation, tout en conservant une approche de gestion propre au contexte et « ascendante » au niveau des pays et des projets (OCDE, 2017[29]). Depuis lors, d’importantes adaptations ont eu lieu pour remédier à certaines des lacunes identifiées et consolider les points forts. L’introduction d’un nombre croissant d’indicateurs standardisés par la DDC, le SECO et la DPDH, ainsi que leur affinage, ont permis de renforcer la base de données probantes utilisables pour l’élaboration des programmes, mais aussi d’agréger les résultats issus de divers projets et programmes, et de les relier aux résultats de la Stratégie de coopération internationale suisse et des ODD (OCDE, 2021[30]).
Outre les améliorations apportées à ses programmes bilatéraux, la Suisse travaille en étroite collaboration avec les organisations multilatérales pour assurer la cohérence et l’adéquation avec ses objectifs en matière de développement. Dans le cadre de la réorganisation « Fit For Purpose » de la DDC, les équipes responsables des organisations multilatérales et des ONG ont été regroupées dans la même division, ce qui permet également d’inciter les organisations multilatérales à obtenir de meilleurs résultats. Les entités fédérales suisses chargées du développement réclament des cadres de résultats robustes et harmonisés pour faciliter le regroupement des données sur les progrès et les difficultés, afin d’accroître l’efficience des partenariats multilatéraux. La Suisse insiste en outre sur l’importance d’une coordination systématique et de la création de partenariats entre les banques multilatérales de développement et d’autres acteurs pertinents pour réduire les coûts de transaction.
L’introduction d’outils numériques tels que le système numérisé de gestion des données sur les résultats représente une avancée considérable. Mis en place en 2022, le système de gestion des données sur les résultats de la DDC permet un suivi à trois niveaux : projets, programmes/thèmes et institutions. Un tableau de bord favorise une plus grande transparence et accessibilité des données. Ce système est conçu pour ne pas inclure de données financières34. Les premières impressions du personnel et des partenaires de mise en œuvre ont été positives. Une assistance technique est assurée, les partenaires ont été formés et le système est considéré comme flexible, combinant des indicateurs agrégés, thématiques et adaptés à chaque pays (OCDE, 2021[30]). Le principal avantage du système est qu’il permet d’agréger les résultats des différents projets et programmes. Il simplifie également la collecte d’informations, les partenaires de mise en œuvre pouvant d’emblée y saisir des données. Ce système devrait à l’avenir fournir une base solide pour le pilotage stratégique et programmatique. Le SECO étudie actuellement la possibilité de mettre en place un système de notification des résultats informatisé. À condition qu’ils soient possibles financièrement, d’autres investissements de la Suisse dans l’infrastructure numérique, la formation et l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pourraient encore accroître le rôle du système de gestion des données sur les résultats dans la prise de décision et l’apprentissage stratégique.
Le système de gestion des données sur les résultats a été bien accueilli par le personnel de la DDC et les partenaires locaux. Un dispositif robuste de contrôle qualité est en place pour vérifier les données saisies dans le système. Les premiers problèmes techniques ont été dûment résolus et un support est fourni, au niveau régional et par les services centraux, en cas de besoin. Au Zimbabwe, les partenaires des projets conduits par les ONG ont participé à un atelier de quatre jours pour discuter de la mise en place du système, et se sont félicités de la consultation et de l’accord trouvé concernant les indicateurs. Cela dit, s’agissant des initiatives locales mises en œuvre par le secteur privé et les organisations de la société civile, la collecte de données au format numérique demeure difficile. Un atelier a également été organisé avec les partenaires multilatéraux afin de déterminer comment les indicateurs pourraient être mis en concordance. Les organisations multilatérales ont apprécié que les indicateurs soient négociables et non imposés par la DDC. Le projet de l’UNESCO financé par la DDC est entièrement aligné sur les indicateurs du système suisse de GAR, mais les projets de l’UNICEF ou du PAM ne le sont pas ; dans tous les cas, cependant, un débat constructif portant sur les résultats a eu lieu entre la DDC et ses partenaires. Jusqu’à présent, les organisations partenaires fournissent des données sur les indicateurs du système, mais ne reçoivent pas l’analyse qui en est faite. La diffusion de cette analyse suscite un vif intérêt car cela permettrait d’alimenter les discussions sur l’efficacité des programmes, et ainsi de pouvoir améliorer leur mise en œuvre.
Les défis de la gestion axée sur les résultats sont notamment le manque de ressources pour une mise en œuvre plus poussée, les inquiétudes concernant la protection des données et la fragmentation persistante des systèmes de collecte de données. Dans les contextes sensibles (l’Ukraine, par exemple), la transparence des données peut entraîner des risques sécuritaires pour les partenaires de mise en œuvre. À ce jour, la DDC, le SECO et la DPDH continuent d’utiliser des systèmes distincts pour recueillir des données ayant trait à une stratégie dont les objectifs les concernent pourtant tous les trois. L’alignement des indicateurs standardisés de chacune de ces entités est toujours possible, afin de faciliter les notifications relatives à la stratégie de coopération internationale commune. Pour citer un exemple, la DDC et le SECO œuvrent tous deux en faveur d’une croissance économique durable, du développement des marchés et de la création d’emplois décents, mais l’utilisation d’indicateurs légèrement différents complique l’agrégation des résultats et accroît la charge administrative. L’interopérabilité des systèmes numériques des différentes organisations reste un sujet pressant, car l’utilisation de systèmes de données distincts nuit à la cohérence des décisions prises à partir des données. Une autre difficulté persistante est l’intégration de données qualitatives dans un outil numérique. Un système de GAR intégré incluant également le SECO et la DPDH faciliterait sans aucun doute la collecte de données au titre de la stratégie commune.
Malgré les importants progrès accomplis, les systèmes de notification des résultats génèrent toujours des coûts administratifs élevés. Les exigences strictes en matière de notification et les règles de cofinancement font peser une charge administrative énorme sur le personnel de la DDC/du SECO et leurs partenaires, comme le montrent l’autoévaluation de la Suisse et les évaluations effectuées par les partenaires. Les contraintes administratives réduisent la flexibilité et génèrent un besoin de ressources supplémentaires pour gérer les dons, ce qui risque de nuire à l’efficacité de la collaboration avec les partenaires. De plus, les cadres de résultats de la Suisse ne coïncident pas toujours avec ceux des organisations multilatérales, d’où une possibilité réduite d’agréger les résultats.
La prise en compte, dans la programmation, de l’engagement de ne laisser personne de côté et de la dimension du genre s’est améliorée mais pourrait encore progresser
L’engagement de ne laisser personne de côté occupe une place centrale dans les stratégies de coopération pour le développement suisses, mais il convient d’aller plus loin dans l’intégration systématique de cet objectif. La Suisse a beaucoup progressé en ce qui concerne l’intégration des principes d’inclusion dans ses programmes. La DDC a élaboré un guide général sur la question de l’inclusion (DDC, 2018[31]) et considère que le fait d’être « laissé de côté » est étroitement lié à la pauvreté multidimensionnelle. Auparavant, les travaux sur la pauvreté relevaient de la section Assurance qualité et réduction de la pauvreté de la DDC. Sous l’effet de la réorganisation « Fit For Purpose », les questions d’inclusion (et, avec elles, de réduction de la pauvreté) ont été transférées à la section Paix, gouvernance et égalité, où elles étaient traitées par un conseiller stratégique à plein temps. En 2024, ce poste a été fusionné avec la fonction Conseil et coordination de l’Agenda 2030 (et ramené à 30 % d’un ETP). Pour le SECO, l’engagement de ne laisser personne de côté n’est pas un objectif en soi. Au sein des entités fédérales, des efforts supplémentaires sont encore nécessaires en matière de formation et de sensibilisation pour garantir que les questions d’inclusion soient systématiquement prises en compte lors de la conception des programmes et des projets.
Si la Suisse a beaucoup progressé dans la promotion de l’égalité des genres à travers sa coopération pour le développement, il est possible d’aller plus loin. En 2021‑22, 71.4 % de l’aide bilatérale ventilable de la Suisse étaient affectés à l’égalité des genres et à l’autonomisation des femmes, ce qui représente une forte augmentation par rapport aux années précédentes et dépasse largement la moyenne du CAD, de 42 % (OCDE, s.d.[22]). En 2020, le SECO a pris des mesures pour recevoir dans son cadre déclaratif des données davantage ventilées, en demandant aux responsables des projets de fournir des informations sur le type et la portée des contributions permettant de réduire les inégalités entre les genres. En mettant en place des indicateurs ventilés par genre et une notification intégrant la problématique des genres, la DDC et le SECO ont l’intention de rendre la dimension du genre plus pertinente et plus visible globalement. Il sera important de veiller à ce que cela soit bien fait dans tous les domaines du développement et dans le cadre des nouveaux partenariats, notamment avec des organisations de défense des droits des femmes. Des financements accrus en faveur de l’égalité des genres pourraient en outre aboutir à de meilleurs résultats en termes de développement.
La Suisse place la prévention de l’exploitation sexuelle, des atteintes sexuelles et du harcèlement sexuel au premier rang de ses priorités et est considérée comme l’un des pays les plus performants pour la mise en œuvre de la recommandation de l’OCDE correspondante (OCDE, 2025[32]). L’instauration d’un dialogue approfondi entre les bureaux locaux et les partenaires de mise en œuvre est un objectif majeur. Fin 2023, 30 représentations suisses avaient mis en place des dispositifs de prévention de l’exploitation, des atteintes et du harcèlement sexuels – contre 20 en 2022 –, l’objectif fixé étant de 40 en 2024. La DDC a rédigé une note interne détaillée pour aider les cadres et le personnel travaillant sur des cas d’exploitation, d’atteintes et de harcèlement sexuels survenus au sein d’organisations partenaires, en mettant l’accent sur l’adoption d’une approche centrée sur les survivant(e)s et les victimes. Une plateforme de signalement pour la DDC et le SECO est en service et utilisée activement, influençant le dialogue mené avec les organismes partenaires, dont les organisations multilatérales. La Suisse reste par ailleurs un membre actif des groupes de coordination entre donneurs internationaux, témoignant de son attachement aux principes de prévention de l’exploitation, des atteintes et du harcèlement sexuels.
Tous les deux ans, la DDC et le SECO demandent aux responsables des projets de rendre compte des contributions de ces derniers à la réduction de la pauvreté et des inégalités de genres. Des outils numériques comme le système de gestion des données sur les résultats ont permis une meilleure collecte des résultats, avec une ventilation par genre et en termes d’inclusion. Si le développement de cet outil a nécessité des investissements initialement élevés, ce système a amélioré la capacité de suivi et de notification de l’impact des programmes sur les groupes marginalisés et vulnérables, favorisant ainsi une redevabilité accrue et une plus grande visibilité des résultats en termes d’égalité des genres et d’inclusion. Des incertitudes demeurent toutefois concernant l’ampleur de son potentiel, ainsi que l’influence qu’ont les questions d’inclusion et d’égalité des genres sur la conception des projets et des programmes. Ces lacunes pourraient être comblées à l’aide de formations, de boîtes à outils ou d’incitations institutionnelles plus fortes, notamment un financement accru de ces questions.
La Suisse a également amélioré le suivi des questions relatives aux personnes en situation de handicap dans ses projets. Les observations finales du Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU concernant le rapport initial de la Suisse de 2022 recommandaient au pays d’utiliser plus systématiquement le marqueur relatif aux personnes handicapées mis au point par le CAD (Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, 2022[33]). Une analyse de ce marqueur montre que seuls 3 % de l’ensemble des projets suisses ayant trait au développement et à l’aide humanitaire visaient l’inclusion des personnes en situation de handicap à l’horizon 2020 ; leur part était de 4.8 % en 2022. On notera cependant que le pourcentage de projets ayant été examinés à l’aune du marqueur relatif aux personnes en situation de handicap est passé de 57 % en 2020 à 100 % en 2022. Par ailleurs, alors que la prise en compte des personnes souffrant de handicap dans les programmes se maintenait aux alentours de 3 %, les dépenses correspondantes sont passées de 2.8 % à 5.5 % entre 2020 et 2022.
Des systèmes d’évaluation plus solides permettraient de renforcer l’impact de la coopération pour le développement
La DDC et le SECO évaluent les programmes et les projets par thème, par institution et par pays. Le service d’évaluation et de contrôle de la DDC établit les normes utilisées et gère la mise en œuvre des évaluations des programmes par thème, par institution et par pays. Ce service compte actuellement 2.5 ETP chargés des évaluations. En comparaison, bien que menant un nombre de programmes plus réduit, le SECO dispose de 1.2 ETP dans son service d’évaluation. Sur une base annuelle, la DDC réalise 80 à 100 évaluations de projets et 5 à 6 grandes évaluations de programmes par thème, par institution et par pays. Des évaluations thématiques et institutionnelles indépendantes ainsi que des évaluations des programmes de coopération menés au niveau régional ou dans certains pays sont demandées par le service d’évaluation et de contrôle de la DDC, au nom de son équipe dirigeante. Les évaluations de projets sont gérées par les unités opérationnelles des services centraux ou des bureaux locaux. Le SECO mène quant à lui 25 à 30 évaluations annuelles, ainsi qu’une évaluation thématique/stratégique indépendante, à la demande d’un comité d’évaluation externe.
Les résultats des évaluations sont principalement utilisés pour l’apprentissage stratégique et la prise de décision. Les recommandations et les réponses des gestionnaires émises à l’issue des évaluations des programmes par thème, par institution et par pays font l’objet d’un suivi systématique. Ainsi, en 2019, l’évaluation des liens entre l’aide humanitaire et la coopération pour le développement a servi de base aux réformes organisationnelles « Fit For Purpose ». Le SECO prépare actuellement un nouveau programme de coopération avec l’Afrique du Sud : un examen externe des programmes-pays menés par cette entité a été entrepris et utilisé pour élaborer la nouvelle stratégie. Au Zimbabwe, un examen à mi-parcours du programme de coopération mené par la Suisse est prévu en 2025 ; ses conclusions permettront de procéder à d’éventuels ajustements des programmes-pays en cours et futurs. Le SECO en Afrique du Sud et la DDC au Zimbabwe utilisent les évaluations pour ajouter de nouvelles phases aux projets, lorsque le contexte ou les performances le justifient.
Si les évaluations menées sont de plus en plus élaborées, elles sont également très gourmandes en ressources. La Suisse a adopté différentes mesures pour améliorer ses systèmes d’évaluation. La DDC a révisé ses lignes directrices en matière d’évaluation en mai 2024 (DDC, 2024[34]), sollicité l’appui technique de l’École polytechnique fédérale (ETH)35 et le soutien de l’Université de Zurich pour une ou deux évaluations d’impact par an jusqu’en 2030, et mis en place 8 à 10 évaluations ex post pour analyser la viabilité à long terme des projets. Cependant, le fort taux de rotation du personnel et une réduction de 10 % des effectifs dans les services centraux pourraient nuire à la qualité et à l’homogénéité des évaluations. Le SECO prévoit également d’augmenter le nombre d’évaluations ex post (qui représentent actuellement 10 % du total) au cours de la période de programmation à venir. Le SECO et la DDC forment en conséquence des agents à l’évaluation. La DPDH, quant à elle, a adapté sa politique d’évaluation et prévoit à l’avenir d’évaluer de façon plus systématique sa contribution aux processus/programmes en faveur de la paix et aux initiatives diplomatiques, plutôt que ses projets.
Un rapport de la Commission de gestion parlementaire du Conseil des États a mis en évidence les points forts du système d’évaluation mais également certaines lacunes. Ce rapport, consacré à la mesure de l’efficacité de la coopération internationale, estime que les coûts des évaluations sont acceptables et que les évaluations de grande ampleur gérées de façon centralisée sont de bonne qualité (Control Committee of the Council of States, 2023[35]). Les évaluations des projets sont jugées utiles pour prévoir de nouvelles phases, ou décider de stopper les activités. Elles sont, en revanche, considérées comme moins pertinentes au regard de la redevabilité, du fait de la trop grande variabilité des méthodes utilisées et de leur rigueur. Trois domaines d’amélioration ont été identifiés par le Conseil fédéral dans la Stratégie de coopération internationale 2025‑28 : 1) la qualité des données ; 2) le passage au numérique ; et 3) la communication des résultats en termes de développement. Le rapport ne rend pas compte des évaluations pilotées localement. La DDC, le SECO et la DPDH prévoient de mettre en œuvre les recommandations de la Commission de gestion parlementaire du Conseil des États par l’intermédiaire d’un comité conjoint ; il sera dès lors important de protéger le rôle des évaluations au regard de l’apprentissage et de la prise de décision. Répondre aux attentes accrues en matière de qualité des évaluations impliquera en outre de disposer de ressources humaines suffisantes et stables, dotées de connaissances pointues en la matière.
La réalisation d’évaluations conjointes par la DDC, le SECO et la DPDH demeure une exception car les différences institutionnelles et les contraintes de ressources rendent la collaboration difficile. Les services d’évaluation de la DDC, du SECO et de la DPDH travaillent en étroite collaboration et s’efforcent de réaliser des évaluations conjointes, lorsque cela est utile et possible. La décision de réaliser une évaluation conjointe n’est cependant pas toujours facile à prendre, compte tenu du planning d’évaluation et des ressources de chacune des institutions. La DDC et le SECO ont ainsi réalisé des évaluations sur l’engagement du secteur privé et le climat chacun de leur côté car leurs besoins institutionnels et leurs attentes n’étaient pas les mêmes, tout comme la perspective, la portée et le calendrier de leurs travaux. Ces deux entités travaillent actuellement sur un mandat d’encadrement conjoint, dans le but de contrôler la qualité des évaluations et de produire un rapport de synthèse (interne) tous les deux ans. Ce renforcement de leur collaboration est vivement encouragé et pourrait ouvrir la voie à d’autres évaluations conjointes, comme celle déjà prévue sur les organisations multilatérales.
La Suisse peut s’appuyer sur ses progrès en matière de gestion axée sur les résultats et d’évaluation pour s’assurer que sa coopération pour le développement demeure pertinente et continue de produire des effets. Les trois entités fédérales pourraient s’orienter vers un système commun de gestion des données sur les résultats, en mettant à profit le système de GAR de la DDC. La qualité des évaluations de projets pourrait être homogénéisée grâce à la formulation de consignes plus précises et la formation du personnel. Les évaluations d’impact pourraient mieux mettre en évidence les résultats constructifs afin de susciter le soutien du public et de la classe politique. Les pratiques innovantes – comme le projet d’organiser un sondage d’opinion au niveau local au Zimbabwe36 – pourraient être reproduites et, en cas de succès, mises en place à grande échelle. Mais toutes ces initiatives nécessiteront des ressources suffisantes ;il sera donc crucial de maintenir voire d’accroître le niveau de ressources pour améliorer à l’avenir la gestion des résultats et les évaluations.
Si la culture de l’apprentissage progresse, le partage des connaissances doit être renforcé
Le partage des connaissances et des apprentissages fait l’objet d’une demande forte du côté des trois entités fédérales, de leurs partenaires et de leurs bénéficiaires. Les améliorations apportées au système de GAR ont renforcé la capacité institutionnelle d’apprentissage et de planification stratégique. Par ailleurs, des initiatives comme le parcours d’apprentissage axé sur le travail dans les contextes autoritaires (Encadré 3) – notamment des ateliers régionaux et des réunions thématiques en présentiel – ont encouragé la mise en commun des connaissances. Du côté du SECO, la semaine des chargés de programme nationaux (National Programme Officers) qui a lieu tous les deux ans favorise le partage de connaissances spécialisées entre les bureaux chargés de la coopération, et la semaine d’échanges entre les agents organisée en Afrique du Sud et au Ghana est saluée par le personnel. La DDC a, quant à elle, organisé en novembre 2024 une semaine d’échanges et d’apprentissage pour les chargés de programme nationaux. Au Zimbabwe, dans un contexte politique et économique complexe, le personnel de l’ambassade ainsi que les responsables et les bénéficiaires des projets expriment clairement une demande d’échanges de connaissances accrus et d’investissements plus poussés dans l’élaboration de diagnostics de contexte fiables. La DDC devra continuer à mener des analyses approfondies et des ateliers stratégiques trimestriels au Zimbabwe afin de se tenir au courant des résultats et des enjeux à un niveau plus élevé. Toutefois, la demande et le besoin de plus d’apprentissage mutuel ne sauront être satisfaits si le personnel consacre tout son temps à la gestion des programmes. Comme indiqué plus haut (La coopération suisse pour le développement est mise en œuvre par des agents professionnels dotés de connaissances solides, mais les recrutements dans les contextes fragiles demeurent difficiles), des effectifs supplémentaires sont nécessaires dans les contextes fragiles et les environnements soumis à des contraintes politiques.
Des possibilités existent d’améliorer la gestion des connaissances, afin de promouvoir l’apprentissage mutuel entre pays et entre entités fédérales. En 2023, l’arrêt progressif du programme de développement mené au Zimbabwe par la DPDH a représenté une occasion manquée. Ce programme, très apprécié, incluait la facilitation du dialogue entre les parties sur le sujet très sensible du génocide de Gukurahundi, ayant été perpétré entre 1983 et 198737, et la mise à disposition d’un conseiller dans le domaine de la sécurité des populations. Aucun document de synthèse n’a été porté à la connaissance du personnel de l’ambassade et les seules personnes au courant du projet sont aujourd’hui un chargé de programme national et l’ambassadeur de la Suisse au Zimbabwe, qui était à l’époque chef adjoint de la DPDH. Les leçons de cette intervention seraient pourtant utiles pour les travaux actuels de la DDC. Il en va de même de deux programmes ayant été menés avec succès par la DDC au Zimbabwe (le projet d’accès aux marchés et aux semences, et le fonds fiduciaire pour l’Afrique du Partenariat pour l’énergie et l’environnement), dont les enseignements n’ont pas été exploités pour concevoir d’autres programmes bilatéraux mis en œuvre par des ONG et des organisations multilatérales. L’échange accru de connaissances entre la DDC et le SECO pourrait en outre améliorer les résultats de la Suisse en termes de développement (Former des partenariats efficaces avec le secteur privé).
Les contraintes de temps et de budget risquent de limiter le travail de réflexion et d’apprentissage, pourtant grandement nécessaire et recherché. Le temps et les ressources nécessaires pour mener un travail de réflexion sont une cible facile lorsque les budgets sont restreints, mais sacrifier l’apprentissage risque de nuire à la qualité de la coopération. La pression de la rentabilité pourrait réduire les possibilités de tirer des leçons des échecs, limitant ainsi les chances d’amélioration et augmentant les marges d’erreur. La Suisse pourrait s’inspirer des expériences d’autres membres du CAD, par exemple du « test d’échec » mis en place par la Direction générale néerlandaise pour la coopération internationale, qui permet aux collaborateurs de partager ouvertement leurs échecs et d’en tirer mutuellement des enseignements (OCDE, 2023[36]). En reconnaissant et en analysant les expériences infructueuses, cette approche favorise la transparence et l’amélioration continue.
La Suisse pourrait investir davantage dans la communication stratégique et la sensibilisation
Communiquer sur les résultats et les bienfaits de la coopération au développement est essentiel pour garantir le soutien du public et de la classe politique. Depuis 2021, l’ETH de Zurich réalise un sondage sur la coopération internationale auprès d’un échantillon de la population suisse (ETH Zürich, 2024[3]). Ce sondage représentatif montre que le pourcentage de citoyens suisses approuvant l’augmentation des dépenses publiques consacrées à la coopération pour le développement est passé de 50 % en 2021 à 58 % en 2023, et que 30 % des sondés sont favorables au maintien du budget actuel. En revanche, le soutien et la confiance de la classe politique ont reculé, notamment en comparaison d’autres questions importantes de politique intérieure (comme le budget militaire et la sécurité sociale), et les efforts pour mieux faire comprendre au public les enjeux de la coopération internationale de la Suisse n’ont pas été à la hauteur.
La technicité et la confidentialité rendent parfois la communication sur la coopération internationale de la Suisse difficile. La coopération internationale de la Suisse est généralement perçue de façon positive dans les pays partenaires. Sur le plan intérieur, les avis sont plus partagés. Dans certains cas, la confidentialité ou le caractère sensible des travaux empêche la diffusion des résultats. C’est par exemple le cas du soutien de la Suisse aux cellules d’investigation financière, ou des conseils prodigués par la DPDH dans le domaine de la médiation et de la sécurité des populations. S’agissant du SECO, le caractère technique de ses projets empêche parfois la communication des résultats à un large public. Les trois entités fédérales reconnaissent l’absence de stratégie coordonnée pour communiquer plus efficacement sur l’impact positif de la coopération pour le développement de la Suisse. Élaborer un argumentaire convaincant, qui parle au public suisse, associé à des instruments et à des moyens adaptés, pourrait permettre d’accroître la sensibilisation aux effets de l’action de la Suisse en faveur du développement mondial.
Le financement des stratégies de communication et de sensibilisation en matière de développement est en baisse. Le budget dont dispose la DDC pour mettre en lumière la question du développement – notamment par une communication au plan intérieur – est passé de 12.4 millions USD en 2019 à 2.6 millions USD en 2023 (OCDE, s.d.[22]). Si la tendance générale est à la baisse parmi les membres du CAD, la Suisse enregistre le recul le plus prononcé (de 0.48 % de l’APD totale en 2019 à 0.07 % en 2023)38. La fonction de communication publique de la DDC est aujourd’hui exercée conjointement avec le Secrétariat général du DFAE, où elle est en concurrence avec d’autres objectifs de politique extérieure. La DDC s’occupe des réseaux sociaux, du site web et de la communication interne, tandis que le Secrétariat général du DFAE publie les communiqués de presse officiels. La campagne menée par les ONG en 2020 au sujet du référendum sur la conduite responsable des entreprises a suscité l’animosité du monde politique et déclenché un vif débat sur la frontière entre militantisme et politique. S’il a toujours été interdit aux ONG d’utiliser les fonds de la DDC pour mener un travail politique, la polémique autour du référendum a abouti à une décision du DFAE mettant fin au financement des activités d’éducation et de sensibilisation menées par les ONG en Suisse (Reality of Aid, 2021[37])39. La Suisse pourrait envisager de rejoindre le Réseau de communication sur le développement de l’OCDE, qui facilite l’accès aux pratiques innovantes mises au point par d’autres membres du CAD (OCDE, 2024[38]).
Il existe un potentiel inexploité d’amélioration de la communication et de la sensibilisation. La DDC a commencé à créer un réseau de communication – au sein des services centraux mais aussi du réseau externe – mais pourrait diversifier les canaux employés. Les exemples de réussite sont trop peu mis en avant dans le discours public, alors qu’ils existent bel et bien : en témoignent les interventions de la DDC au service de la gestion de l’eau dans la région MENA, qui ont permis de réduire les tensions au niveau régional et de favoriser le dialogue, ou encore l’action du SECO visant à éviter une pénurie d’eau dans la ville du Cap40. Mettre davantage l’accent sur les thèmes qui parlent à la population (comme le climat ou l’emploi) est une piste qui pourrait être envisagée. La mise à contribution des groupes religieux, des entreprises et d’autres parties prenantes influentes pourrait également permettre de mieux faire entendre le discours sur la coopération internationale. Au-delà des données, la communication pourrait aussi faire appel à des émotions et livrer des récits suscitant l’intérêt du public. Le « facteur humain » tend à être oublié, tant la priorité est donnée aux éléments probants. Des informations plus personnalisées, centrées non seulement sur les résultats mais aussi sur l’humain, pourraient être fournies aux parties prenantes externes. La Suisse se doit de relever ce défi en consentant un effort stratégique à la hauteur de son statut international.
Recommandations
Copier le lien de Recommandations5. Afin d’améliorer la gestion axée sur les résultats et l’apprentissage, la Suisse devrait : harmoniser le recours à la plateforme numérique de gestion des données sur les résultats entre la DDC, le SECO et la DPDH ; continuer les évaluations conjointes sur les thèmes pertinents ; et faire en sorte d’utiliser davantage les conclusions des évaluations dans les travaux des sections thématiques, les réseaux internes, les parcours d’apprentissage et les réunions à l’échelon régional.
6. Pour accroître le soutien du public et de la classe politique à sa coopération internationale, la Suisse devrait adopter une approche plus stratégique de la communication, en mettant au point un discours convaincant mettant en avant la réputation de la Suisse sur la scène internationale, les avantages de la coopération pour le développement sur le plan intérieur, et les contributions du pays au développement durable et à la stabilité mondiale.
Faire face à un monde instable
Copier le lien de Faire face à un monde instableLe soutien de longue date apporté par la Suisse aux contextes fragiles est très apprécié
Dans sa stratégie de coopération internationale, la Suisse estime que l’instabilité des relations internationales conduit à un monde « moins global, moins occidental, moins démocratique » (DFAE, 2024[2]). Elle considère que la coopération internationale a un rôle à jouer pour relever ces défis et qu’il est dans l’intérêt de la Suisse de soutenir le plus longtemps possible les efforts de paix et de stabilité dans les pays en crise.
L’engagement de la Suisse dans les contextes fragiles ou autocratiques s’appuie sur de solides réflexions conceptuelles. Grâce à son expertise technique, la densité de son réseau et ses évaluations régulières, la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) a élaboré plusieurs notes pour répondre à l’autocratisation dans les pays partenaires (DDC, 2024[39]) (Encadré 3). En outre, l’ambitieux projet de réorganisation de la DDC, baptisé « Fit For Purpose », vise à accroître la cohérence et la complémentarité des divers instruments de la Suisse dans les contextes fragiles ou de crise. La Suisse est ainsi l’un des membres du CAD à avoir le plus intégré l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix dans son modèle opérationnel.
En 2023, la Suisse a de nouveau accru son allocation aux contextes les plus fragiles. Cette augmentation intervient après une baisse en 2022, qui avait également été marquée par une allocation conséquente à l’Ukraine (Graphique 6). L’APD en faveur de l’Ukraine est passée de 45 millions USD en 2021 à 236 millions USD en 2022 après le début de la guerre d’agression menée par la Russie, avant de redescendre à 161 millions USD en 2023. Si ces évolutions témoignent d’une bonne capacité de réaction face à de nouvelles priorités politiques, cela s’est fait au détriment de l’APD destinée à d’autres contextes fragiles.
Graphique 6. L’APD de la Suisse en faveur des contextes les plus fragiles a augmenté depuis le recul enregistré en 2022.
Copier le lien de Graphique 6. L’APD de la Suisse en faveur des contextes les plus fragiles a augmenté depuis le recul enregistré en 2022.En millions USD, prix constants de 2022
Note : l’Ukraine ne figure pas parmi les contextes les plus fragiles dans le cadre de fragilité de l’OCDE, voir https://www3.compareyourcountry.org/states-of-fragility/overview/0/.
Source : OCDE (2025[17]) Système de notification des pays créanciers, http://data-explorer.oecd.org/s/3d.
La capacité de la Suisse à maintenir son engagement dans des environnements complexes est un atout essentiel
La Suisse est perçue comme un véritable partenaire de développement, et non comme une potentielle menace politique, dans les contextes politiques les plus difficiles. La Suisse propose une approche très pratique de sa coopération internationale. Elle s’efforce de maintenir un dialogue avec les autorités nationales d’une manière qui ne soit pas perçue comme condescendante ou comme un danger politique, même pour les régimes autocratiques. Cela favorise un climat de confiance suffisant pour permettre à la Suisse de discuter de questions sensibles avec le gouvernement et, dans une certaine mesure, de protéger ses partenaires locaux lorsque l’espace civique se réduit. Au Zimbabwe, par exemple, un représentant d’une organisation de la société civile (OSC) a expliqué à l’équipe chargée de l’examen que s’il avait pu organiser une manifestation publique, c’était uniquement grâce au soutien apporté par la DDC.
La Suisse a une capacité de paix et de médiation importante. La capacité de la Suisse à réunir les parties à un conflit est reconnue et elle peut déployer son vaste réseau de médiation dans les situations de conflit par l’intermédiaire de sa Division Paix et droits de l’homme (DPDH), du Secrétariat d’État du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE). Le champ d’action de la DPDH est vaste et son engagement peut être amplifié dans des contextes où la Suisse investit également des ressources importantes pour le développement, comme au Népal et au Mozambique. La Suisse dispose également d’un Pool d’experts pour la promotion civile de la paix (PEP) qui met en valeur et rend visible l’expertise du pays dans le domaine de la consolidation de la paix (DFAE, 2024[40]).
La perception de la neutralité de la Suisse est un atout important de sa capacité de médiation. La neutralité déclarée de la Suisse et le fait qu’elle n’a pas eu de colonies renforcent sa crédibilité en tant qu’intermédiaire honnête dans les processus de paix dans lesquels elle s’engage par l’intermédiaire de la DPDH. Mais neutralité ne signifie pas absence de valeurs : la coopération internationale de la Suisse est résolument guidée par les principes du CAD que sont la démocratie, l’état de droit, la paix, les droits humains, l’égalité des genres, la liberté et le fait de ne laisser personne de côté (OCDE, 2023[41]). Pour la Suisse, le respect de ces principes ne doit pas nécessairement conduire à une confrontation politique, mais constitue un atout pour le dialogue. La Suisse considère ainsi que son soutien civil croissant à l’Ukraine est compatible avec sa réputation de médiateur. Le soutien à l’Ukraine est une priorité essentielle de sa Stratégie de politique extérieure (Département fédéral des affaires étrangères suisse, 2024[42]). Toutefois, cette orientation place la Suisse dans une position où sa « neutralité coopérative » (Federal Council, 2022[43]) doit être soigneusement expliquée, et ce d’autant que cela réouvre un débat récurrent au sein de la société suisse.
Les options disponibles pour rester engagé pendant les crises dépendent de la manière dont les partenariats ont été précédemment construits et de la flexibilité nécessaire pour ajuster les programmes. La Suisse est fière d’être un partenaire fiable. L’un des aspects de cette fiabilité consiste à rester engagé dans les pays pendant les périodes de désalignement politique, tant qu’un partenariat reste possible. L’engagement de la Suisse en période d’aliénation politique dépend en grande partie de la connaissance du contexte, de la présence dans le pays, de la nature des programmes et des partenariats établis avant la crise. La Suisse étant elle-même un pays décentralisé, elle établit généralement des partenariats au niveau infranational, et ces réseaux et contacts locaux s’avèrent essentiels lorsque le gouvernement central n’est pas le principal point d’entrée pour les programmes de développement. La flexibilité, permettant de changer de partenaires ou d’adapter les programmes et les modalités en fonction des besoins et des possibilités, reste essentielle pour tirer le meilleur parti de ces partenariats. Ainsi, le programme de la DDC au Burkina Faso, où la DDC est présente depuis 1974, montre de quelle façon un engagement soutenu à long terme, associé à un soutien à la décentralisation, peut conduire à une approche menée de facto au niveau local (OCDE, 2024[21]).
Encadré 3. Le parcours d’apprentissage de la Suisse pour rester engagée dans des contextes autoritaires
Copier le lien de Encadré 3. Le parcours d’apprentissage de la Suisse pour rester engagée dans des contextes autoritairesEn 2023, sur les 35 pays prioritaires de la DDC, 25 étaient considérés comme des pays autocratiques. Dans le monde, deux personnes sur trois vivent dans des régimes non démocratiques ou dans des pays qui connaissent un recul de la démocratie. La Suisse préfère rester engagée dans de tels contextes et adapte ses programmes à l’évolution de la situation, en vertu de son mandat qui consiste à ne laisser personne de côté, mais aussi parce qu’elle considère qu’il s’agit d’une approche plus efficace que celle qui consiste à se retirer d’un pays pour y revenir par la suite. Cette approche s’accompagne toutefois de dilemmes et de compromis. Comment la DDC peut-elle continuer à travailler dans un pays sans légitimer un pouvoir illégitime qui opprime son peuple ? Quelles adaptations et quels changements programmatiques sont nécessaires ?
Afin d’adapter au mieux son engagement dans les contextes autoritaires, la DDC s’est lancée dans un « parcours d’apprentissage » de deux ans (2021‑23). Ce parcours d’apprentissage a associé réflexion conceptuelle sur la gouvernance dans les contextes autoritaires, travaux de recherche sur les États autoritaires en développement, sur l’autoritarisme et la fragilité, et sur le genre, ainsi qu’une aide au travail synthétisant les enseignements concrets tirés de cinq pays de la DDC confrontés à un recul démocratique (Serbie, Tanzanie, Nicaragua, Burundi et Myanmar). Ce processus répondait à une demande croissante de la part de représentations suisses à l’étranger et l’approche associait activement le personnel au réseau externe, notamment au moyen d’échanges spécifiques à une région.
Sur la base de cet apprentissage, la DDC a élaboré un guide (Swiss Development Agency, 2023[44]) afin d’aider le personnel de son réseau extérieur à préparer sa réponse face à la montée de l’autoritarisme. Ce document comprend des questions clés et des options en fonction du type et de la rapidité du recul démocratique (par exemple, autocratisation progressive ou rapide) afin de permettre au personnel de définir des réponses adaptées. Certaines de ses principales conclusions sont présentées ci-dessous :
Lorsque le recul démocratique est insidieux, les bureaux de la DDC optent généralement pour une adaptation progressive de leur programme : les partenariats avec le gouvernement sont réexaminés, mais la DDC poursuit ses interventions techniques ou ses engagements avec ses partenaires des pouvoirs publics au niveau local. Parallèlement, la DDC commence à diversifier son portefeuille de partenaires, en travaillant davantage avec des OSC, des organisations internationales et des médias indépendants.
Lorsque la démocratie recule fortement, la DDC gèle souvent ses programmes, en particulier ceux qui sont mis en œuvre par les pouvoirs publics, mais intensifie son travail avec les OSC et le secteur privé.
Dans les situations d’effondrement démocratique, les bureaux de la DDC cessent complètement de travailler avec les autorités nationales. Les programmes sont transférés vers les OSC et les Nations Unies, en particulier en vue de renforcer l’aide humanitaire.
Ces notes ont fait l’objet de discussions internes lors de réunions en ligne du Réseau de gouvernance de la DDC et dans le cadre d’ateliers régionaux. Ce parcours d’apprentissage confère à la Suisse un rôle de premier plan dans le partage des connaissances et de l’expertise sur le sujet, et ce d’autant qu’elle codirige désormais le Réseau international sur les situations de conflit et de fragilité (INCAF) et le Réseau sur la gouvernance (GOVNET) au sein du CAD. Au travers de ces réseaux, la Suisse pilote également une réflexion avec d’autres membres du CAD.
Source : DDC (2024[39]), Paix, Gouvernance et Égalité - Réseaux thématiques de la DDC, disponible à l’adresse : https://www.sdc-pge.ch/fr.
La réponse humanitaire se modernise et le projet de réorganisation « Fit For Purpose » peut produire encore plus de résultats
La Suisse est un donneur humanitaire prévisible et fiable. Elle a accru son aide humanitaire de 342.6 millions USD en 2018 à 582.7 millions USD en 2023, tout en maintenant la part humanitaire de son APD au-dessus de 13 % et en la portant à près de 16 % en 2023 (OCDE, 2025[17]). La Suisse a en outre décidé de consacrer 25 % de son portefeuille global à l’effort humanitaire d’ici à 2028. Cette augmentation a été décidée dans le cadre de la nouvelle stratégie, d’une part pour éviter les demandes successives de budget supplémentaire au Parlement à chaque fois qu’une nouvelle crise éclate, et d’autre part pour protéger un budget généralement moins controversé que celui du développement. Cela représenterait le pourcentage fixe d’APD humanitaire le plus élevé de tous les membres du CAD, sur la base des chiffres de 202241. Ce budget renforcé, géré par des guichets géographiques communs à l’humanitaire et au développement, peut également permettre d’affiner l’approche de la Suisse en matière de réponse aux crises.
Au-delà de son rôle de donneur, la Suisse est également un acteur humanitaire qui n’hésite pas à intervenir directement et un grand défenseur de la cause humanitaire. La Suisse est fière d’être la gardienne des Conventions de Genève, ce qui confère plus de poids à sa diplomatie humanitaire. Elle s’appuie sur cet héritage important pour faire avancer des dossiers spécifiques, comme la protection du personnel humanitaire et du personnel des Nations Unies au moment où les Conventions de Genève fêtent leur 75e anniversaire (DFAE, 2024[45]). Elle tire également parti de l’expertise du Corps suisse d’aide humanitaire en matière d’appui aux réponses internationales (DDC, 2024[46]). Ce Corps envoie des experts dans des situations d’urgence ou de crise prolongée pour mettre directement en œuvre des activités ; ces experts peuvent également être détachés auprès d’organisations multilatérales, ou déployés pour gérer des bureaux humanitaires ou appuyer des ambassades et des bureaux de coopération pendant une période déterminée. En outre, la section de la DPDH consacrée à la diplomatie humanitaire porte au niveau politique les questions humanitaires dont la solution ne peut être que politique, telles que l’accès humanitaire, le déminage, etc. (DFAE, 2024[47]). Ces interventions humanitaires directes confèrent à la Suisse une solide expertise et une grande crédibilité, notamment lorsqu’elle discute des politiques et des normes humanitaires avec les détenteurs d’obligations et avec ses partenaires multilatéraux dans le cadre de son approche dite « de l’ascenseur » (Un soutien multilatéral stratégique, gage d’efficacité).
La réforme ambitieuse de la DDC est guidée par un souci de cohérence et de complémentarité. En 2019, une décision politique a conduit la DDC à se restructurer. Cette initiative a abouti en 2022 au projet « Fit For Purpose », qui avait notamment pour objectif d’améliorer la cohérence des programmes de la DDC en matière d’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix. Cette réorganisation a notamment eu pour effet de regrouper les unités humanitaires et de développement de la DDC en bureaux géographiques distincts. Les spécialistes de l’aide humanitaire et du développement collaborent désormais à la réalisation d’analyses et de programmes conjoints, mais également au dialogue avec les partenaires multilatéraux qui, eux aussi, travaillent de plus en plus par-delà les frontières entre aide humanitaire et soutien au développement, opérations d’urgence et opérations à long terme. Si cela était techniquement possible auparavant, cette réforme permet également de répondre plus facilement aux crises par une « offre suisse ». Le processus de réorganisation demeure toutefois partiel : si les bureaux d’aide humanitaire et de développement sont désormais réunis, les lignes budgétaires restent distinctes, ce qui limite indéniablement la portée du processus et la logique de la réorganisation, et, dans les faits, des cloisonnements subsistent. À une époque où le budget du développement est davantage menacé que celui de l’humanitaire, plus largement accepté, il a été jugé plus important de préserver un budget humanitaire étendu que de risquer une réduction d’un budget commun. Ce pragmatisme permet de concilier les résultats stratégiques escomptés et les réalités politiques qui déterminent les allocations budgétaires.
La réforme vise à modifier la culture institutionnelle et à permettre l’émergence d’un modèle plus moderne de réponse aux crises. Le projet « Fit For Purpose » permet une planification à plus long terme des fonds humanitaires et une plus grande complémentarité dans la réponse aux crises prolongées. L’approche reposant sur l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix étant désormais un pilier clairement établi de la coopération internationale suisse et le budget humanitaire ayant été accru, les éléments sont désormais réunis pour étendre la portée de l’aide humanitaire au-delà du modèle d’intervention humanitaire classique basé sur des groupes sectoriels (ou clusters). La Suisse peut désormais participer à une réponse plus large aux crises, en soutenant des secteurs et des services de base qui ne sont pas des activités humanitaires traditionnelles, mais qui sont essentiels pour les personnes touchées par des crises qui durent depuis plusieurs décennies (OCDE, 2019[48] ; Cliffe et al., 2023[49]).
Il serait nécessaire d’analyser les activités de coopération internationale de la Suisse en tenant compte des aspects politiques et des conflits dans tous les contextes, et pas seulement dans ceux déjà en crise. Dans le système suisse de politique extérieure et de développement, la fragilité fait souvent référence aux crises, aux conflits ou à la désaffection politique. Toutefois, la fragilité n’est pas uniquement liée aux conflits. De nombreux pays partenaires de la Suisse sont économiquement ou politiquement stables, mais ils présentent des éléments de fragilité importants. Alors que la Suisse recherche de nouveaux partenariats de développement fondés sur la coopération économique, une approche politique est nécessaire pour relier la diplomatie et le développement afin d’identifier les dynamiques de pouvoir et les risques de crise, ainsi que les aspects importants du renforcement de la résilience et de la stabilisation.
Le processus d’évaluation du risque que met en œuvre la Suisse est solide pour les contextes fragiles, mais pourrait être mise à jour. Le système de suivi des changements pertinents pour le développement (MERV) est l’outil utilisé par la DDC pour évaluer les risques et analyser le contexte dans différents secteurs. Le MERV est un processus obligatoire qui peut être répété en fonction de la nature des risques identifiés. Il s’agit d’un outil utile qui a fait ses preuves, dont la dernière mise à jour remonte à 2013. Il est cependant utilisé de manière inégale selon les contextes et l’analyse menée n’a parfois pas d’impact sur le déroulement des opérations. Le MERV est en mesure d’intégrer certains des progrès conceptuels induits par le projet « Fit For Purpose », par exemple en ce qui concerne la programmation à long terme et l’évaluation de l’impact. Cette mise à jour favoriserait son utilisation systématique dans l’ensemble du portefeuille de la DDC.
Les activités de coordination, de dialogue et de constitution de réseaux doivent être valorisées et encouragées au même titre que la gestion des programmes. Dans les contextes difficiles, les questions de développement, telles que les droits humains, l’égalité des genres et le renforcement de la résilience, sont très délicates et peuvent dégénérer rapidement. Pour produire un impact, le personnel expatrié et le personnel local des ambassades doit avoir une bonne compréhension de la politique locale, savoir nouer des relations et être capables d’instaurer un climat de confiance et d’exercer une certaine influence. Ces compétences sont tout aussi importantes que celles requises pour la gestion du cycle de projet. Si le processus « Fit For Purpose » entend influencer la culture institutionnelle de la DDC, ces dimensions moins tangibles et moins mesurables du temps du personnel devront être davantage valorisées et reconnues (Une stratégie et un système de coopération pour le développement adaptés aux objectifs). Par exemple, comme cela a été démontré au Zimbabwe, une combinaison efficace d’aide, de diplomatie et de coordination améliore l’image de la Suisse au sein de la communauté internationale et lui permet de peser plus efficacement sur le dialogue politique.
Une plus grande clarté institutionnelle permettrait de renforcer les activités relatives au développement, à la paix et à la stabilité
La DPDH intervient via un modèle d’engagement extrêmement flexible (Encadré 4). Délibérément petite et agile, la DPDH a pour rôle de saisir les opportunités d’engager des processus de paix et de mener des actions de médiation. Pour soutenir cet objectif et sa diplomatie humanitaire, la DPDH met également en œuvre ou finance des programmes de développement de portée limitée qui ont des objectifs clairs en matière de paix. Comme on l’a vu au Zimbabwe, les programmes menés avec les OSC locales sont définis et gérés localement, notamment dans les pays qui accueillent un conseiller en sécurité humaine. Au Zimbabwe, la DDC construit son portefeuille de projets pour la paix et la gouvernance en se basant sur les anciennes interventions de la DPDH. La DDC bénéficie également de la confiance et de la réputation établies par le travail de la DPDH, et inversement.
Comme pour de nombreux membres du CAD, le volet « paix » d’une approche reposant sur l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix reste plus complexe à intégrer. Une section thématique Paix, gouvernance et égalité (PGE) a été créée au sein de la DDC. Depuis sa création, et suite à la recommandation formulée dans le cadre du processus d’apprentissage de la Direction concernant l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix (2021) de clarifier la façon dont la DDC contribue à la paix, la PGE a établi une cartographie qui a recensé 118 programmes en cours de la DDC contribuant à la paix. Ces programmes sont initiés par les bureaux de coopération et la PGE joue un rôle de conseiller dans le domaine de la sensibilité aux conflits, en générant des connaissances et de la visibilité autour de ce thème. Grâce à ses réseaux, la PGE est également le centre de connaissances pour les questions relatives à la paix, aux droits humains et à la culture, à la gouvernance, à l’égalité des genres et à l’inclusion sociale (Encadré 4) (DDC, 2024[50]). La DPDH, quant à elle, est un centre de compétences pour la promotion de la paix, des droits humains et de la démocratie, et elle travaille directement avec les parties au conflit. Si ces deux entités ont des mandats et des activités distincts, il serait possible de renforcer leurs liens. Les travaux actuels de la PGE sur les différents aspects de la paix dans le domaine de l’action humanitaire, du développement et de la recherche de la paix offrent d’importantes possibilités de renforcer encore ces liens, afin que la Suisse exerce une plus grande influence sur la paix, le développement et la sécurité au niveau international.
Les ambassades pourraient bénéficier d’un plus grand soutien sur les questions de paix. La Suisse peut s’inspirer, par exemple, du retrait de la DPDH du Zimbabwe afin de créer une ressource de connaissance institutionnelle sur la paix. Lorsque la DPDH s’est retirée du Zimbabwe, la DDC a consolidé la plupart des partenariats antérieurs de la DPDH avec des partenaires locaux, ce qui constitue une bonne pratique. Toutefois, les approches du développement et de la paix concernant la constitution de réseaux et la conception de programmes sont fondamentalement différentes, et une fonction de soutien au sein de la DPDH ou de la PGE pourrait apporter un appui utile aux ambassades qui doivent faire face à des questions politiques complexes alors qu’elles ne disposent pas de ressources propres pour le faire.
Encadré 4. La Division Paix et droits de l’homme (DPDH) est un instrument unique en son genre pour œuvrer en faveur de la paix, du développement et de la diplomatie humanitaire
Copier le lien de Encadré 4. La Division Paix et droits de l’homme (DPDH) est un instrument unique en son genre pour œuvrer en faveur de la paix, du développement et de la diplomatie humanitaireLa DPDH représente un atout unique pour la Suisse et constitue également un instrument en faveur de la paix sans équivalent parmi les membres du CAD. Elle a pour mandat de soutenir les processus de paix et de créer un espace pour la médiation et les actions en faveur de la paix. À ce titre, elle joue un rôle d’opérateur direct plutôt que de donneur. Elle travaille également sur des aspects essentiels de la paix et de la réconciliation pouvant avoir une dimension politique complexe, comme le traitement du passé ou la recherche de personnes disparues. À travers son volet « diplomatie humanitaire », elle attire l’attention politique sur des questions comme l’accès à l’aide humanitaire. L’expertise de la DPDH est reconnue et recherchée par les communautés œuvrant dans le domaine de la paix et de la médiation, et bien que son portefeuille financier ne soit pas très important, ses actions ont eu un effet avéré dans plusieurs contextes, renforçant l’influence de la Suisse dans ce domaine.
Volontairement opportuniste, le modèle opérationnel de la DPDH est performant en ce qu’il repose sur une diplomatie crédible, une agilité administrative et un solide réseau. Pour que ses activités restent pertinentes, la DPDH doit conserver une structure relativement restreinte. La réorganisation de la DDC lui a permis de travailler plus efficacement dans le cadre du système des affaires extérieures en adoptant une approche reposant sur l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix. Ainsi, la DPDH s’appuie généralement sur la présence à long terme de la DDC dans un pays pour évaluer l’environnement des conflits et les possibilités en matière de processus de paix, avant de commencer à mettre en place son propre réseau. Inversement, la DDC s’efforce de faire fructifier la contribution de la DPDH lorsque celle-ci quitte un pays.
Les capacités et le budget relativement limités de la DPDH l’obligent à évaluer régulièrement sa capacité à concrétiser les priorités de la Suisse. Elle s’est par exemple récemment retirée du Zimbabwe et du Soudan du Sud, en dépit de la persistance d’importants problèmes de paix et de stabilité dans ces pays, car une évaluation a pointé qu’il serait plus important pour les intérêts de la Suisse de soutenir les processus en cours au Soudan et au Tchad.
Comme pour tous les acteurs de la paix et de la prévention des conflits, il est difficile de mesurer les réussites, alors que l’utilisation des ressources pour des résultats incertains est remise en cause. Lorsque le résultat recherché – la paix – est de nature si complexe et dépend de tant de facteurs, il ne peut exister de lien de causalité direct entre les ressources investies par un acteur et un résultat positif. Consciente de cette difficulté, la DPDH utilise des marqueurs de son influence sur les processus de paix plutôt que des indicateurs quantifiables, car cela convient mieux à la nature de ses projets (DFAE, 2024[47]).
Source : site web de la Division Paix et droits de l’homme du DFAE : https://www.fdfa.admin.ch/eda/fr/dfae/dfae/organisation-dfae/secretariat-etat/dsh.html.
Recommandations
Copier le lien de Recommandations7. En vue d’améliorer sa manière d’aborder la fragilité et d’atteindre ses objectifs en matière de recherche de la paix, la Suisse devrait :
a. appliquer une analyse de la fragilité à tous les contextes, et pas seulement à ceux en situation de crise ;
b. inciter ses agents à consacrer du temps à l’instauration de partenariats et à l’approfondissement de leur compréhension du contexte politique.
Former des partenariats efficaces avec le secteur privé
Copier le lien de Former des partenariats efficaces avec le secteur privéLes initiatives en matière de développement et de participation du secteur privé sont positives, mais une plus grande cohérence renforcerait leur impact
Le développement du secteur privé et la participation du secteur privé sont des priorités claires de la coopération suisse pour le développement. Le développement du secteur privé (DSP)42 comprend toutes les activités contribuant au renforcement du secteur privé dans les pays partenaires, tandis que la participation du secteur privé (PSP) se réfère spécifiquement aux activités qui visent à engager le secteur privé (y compris le secteur privé suisse) pour obtenir des résultats en matière de développement43. Les allocations d’APD en faveur du DSP sont restées globalement stables en volume et avoisinaient les 200 millions USD en 2022 (Graphique 8) (OCDE, 2025[17]). Si ce volume peut sembler modeste par rapport à l’ensemble de l’APD suisse, il s’agit pourtant d’une priorité essentielle pour la Suisse, à laquelle contribuent à la fois la DDC et le SECO. En effet, l’un des quatre objectifs de la Suisse en matière de coopération internationale pour la période 2025‑28 est le « Développement économique durable : créer des emplois décents par des conditions-cadres appropriées, par un tissu économique local dynamique et par le secteur privé » (DFAE, 2020[12]). La stratégie 2025‑28 inclut en outre la PSP dans les modalités de mise en œuvre, la définissant comme « la coopération de la CI [coopération internationale] avec le secteur privé dans la mise en œuvre de divers objectifs de développement » (DFAE, 2020[12])44. En 2022, la Suisse a mobilisé 50 millions USD auprès du secteur privé au moyen de dispositifs de cofinancement simple et de parts dans des organismes de placement collectif (OPC) (OCDE, 2025[17]).
Graphique 7. Les versements d’APD en faveur du développement du secteur privé sont globalement stables
Copier le lien de Graphique 7. Les versements d’APD en faveur du développement du secteur privé sont globalement stablesVolume d’APD (millions USD) en faveur du développement du secteur privé (2016 23), prix constants de 2022
Source : OCDE (2025[17]) Système de notification des pays créanciers, http://data-explorer.oecd.org/s/3d.
Le mandat de coopération au développement économique du SECO consiste à promouvoir la croissance économique et la prospérité durable dans les pays partenaires, principalement les pays à revenu intermédiaire. Pour atteindre cet objectif, le SECO se concentre sur trois domaines d’activité : le secteur privé, les institutions publiques, et le développement urbain et les infrastructures. Il apporte principalement une assistance technique et des subventions, via huit lignes d’action45. Plus précisément, dans le domaine du développement du secteur privé, le SECO soutient la mise en place de conditions-cadres économiques fiables, d’initiatives facilitant l’accès au financement pour les petites et moyennes entreprises (PME) et de programmes de formation professionnelle adaptés aux besoins du marché du travail ; il élabore en outre des solutions de financement innovantes en collaboration avec des acteurs privés afin de mobiliser des capitaux privés dans ses pays partenaires (Encadré 5). Le SECO propose également des investissements en dette et en capital au moyen de deux instruments : le Fonds suisse d’investissement dans les marchés émergents (SIFEM), qui est l’institution financière de développement de la Suisse (voir plus loin), et le SECO Start-up Fund [Fonds de démarrage du SECO].
Les activités de la DDC en lien avec le secteur privé sont plus récentes, mais se développent ces dernières années en ciblant principalement les pays à faible revenu. La DDC a adopté en 2021 des Principes directeurs relatifs au secteur privé (DFAE, 2021[51]) et a publié le Manuel de la DDC concernant l’engagement avec le secteur privé (DFAE, 2021[52]). Ces deux documents précisent les raisons et les modalités de la coopération avec le secteur privé. La DDC a également intensifié ses efforts pour accroître son expertise en matière de secteur privé via le Centre de compétences pour l’engagement avec le secteur privé (CEP), qui fait désormais partie de la section Économie et éducation nouvellement créée au sein de la nouvelle division thématique, et qui a bénéficié de ressources supplémentaires. Pour la DDC, la participation du secteur privé au développement durable se concentre sur les quatre domaines d’activité suivants : 1) cadres de politique économique (par exemple, promotion de l’état de droit, ainsi que des meilleures pratiques en matière de conduite responsable des entreprises) ; 2) promotion des entreprises locales dans les pays prioritaires (par exemple, formation professionnelle et développement des compétences, subventions pour les PME, notamment dans l’agriculture et le tourisme) ; 3) collaboration avec le secteur privé, y compris en Suisse46 ; et 4) passation de marchés publics durables.
Encadré 5. La vaste gamme d’instruments mis en place par la Suisse pour le développement et la participation du secteur privé a un impact positif
Copier le lien de Encadré 5. La vaste gamme d’instruments mis en place par la Suisse pour le développement et la participation du secteur privé a un impact positifLe soutien de la Suisse à l’amélioration des conditions économiques est très apprécié par les partenaires. Il s’agit d’un domaine où les résultats prennent du temps à se matérialiser, mais qui permet aux entreprises locales et internationales de prospérer. Bien que ces activités ne soient pas prises en compte dans la mesure de la mobilisation du secteur privé de l’OCDE, elles peuvent jouer un rôle essentiel dans l’augmentation des flux privés vers les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Sur la base de son propre modèle de formation duale, combinant enseignement en classe et formation en entreprise, la Suisse soutient activement la formation professionnelle dans les pays partenaires, de manière à répondre aux besoins du secteur privé. L’assistance technique aux PME et le soutien au développement des compétences sont souvent gérés conjointement afin de favoriser l’acquisition des compétences nécessaires sur le marché du travail. En Afrique du Sud, par exemple, le SECO soutient les entreprises de l’économie verte et, parallèlement, l’enseignement et la formation professionnels en matière de transition juste. L’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) sont une priorité de l’engagement de la DDC auprès du secteur privé. Au Kosovo, par exemple, la DDC met en relation les employeurs et les demandeurs d’emploi grâce à des services de médiation en ligne et sur site, notamment des services d’orientation professionnelle et de formation, ce qui contribue à faire reculer le chômage et à stimuler la croissance économique.
La DDC et le SECO ont une longue expérience du soutien aux micro-entrepreneurs et aux PME. À titre d’exemple, le Projet d’accès aux marchés et aux semences au Zimbabwe joue un rôle essentiel car il permet aux petits exploitants agricoles d’accéder aux compétences, aux intrants et aux marchés dont ils ont besoin pour augmenter leur chiffre d’affaires et leurs revenus. En Afrique du Sud, le SECO aide les entrepreneurs des townships à améliorer leurs compétences afin de dynamiser leurs ventes.
La Suisse mène plusieurs initiatives de financement axé sur les résultats, une technique innovante qui permet de s’assurer que le secteur privé est encouragé à produire des résultats sociaux. Par exemple, la DDC a financé une entreprise énergétique au Kenya afin de promouvoir l’accès des clients mal desservis et d’attirer d’autres investisseurs privés pour développer ce modèle d’activité. La Suisse joue également un rôle dans le soutien à l’adoption plus large du financement axé sur les résultats au niveau mondial par l’intermédiaire de l’initiative « Outcomes Accelerator », fondée par le SECO, le FCDO, UBS Optimus Foundation et Outcomes Finance Alliance. Toutefois, un examen du financement axé sur les résultats réalisé en 2024 a montré qu’en dépit de résultats positifs, l’adoption de cette approche est encore limitée et pourrait être davantage institutionnalisée (Instiglio, 2024[53]).
Grâce à la SDG Impact Finance Initiative (SIFI), la Suisse mobilise des ressources privées suisses et d’autres donneurs pour atteindre les objectifs de développement. Le SECO et la DDC ont lancé la SIFI en 2021, un partenariat entre le gouvernement fédéral et UBS Optimus Foundation. Ce projet poursuit trois grands objectifs : favoriser la conception et l’élaboration de solutions financières innovantes ; étendre et généraliser les solutions d’investissement à impact ; et améliorer les conditions-cadres. Si l’objectif de mobilisation de la SIFI, qui consiste à lever jusqu’à 1 milliard USD de capitaux privés d’ici 2030, sera difficile à atteindre (sur les 100 millions USD ciblés, seuls 35 millions USD étaient engagés en 2024), cette initiative suscite une participation positive du secteur privé suisse et a également attiré des investissements en provenance du Luxembourg. La SIFI soutient des modèles d’activité innovants, comme le modèle Chancen en Afrique du Sud qui permet à des étudiants de rembourser leurs prêts étudiants quand et si leurs ressources le permettent.
Sources : entretiens avec la DDC, le SECO et la SIFI ; site web de la SIFI (www.sdgimpactfinance.org); Instiglio (2024), RBF Experience review ( https://shorturl.at/VaNFQ)
Le Fonds suisse d’investissement dans les marchés émergents (SIFEM) est une institution de financement du développement (IFD) relativement jeune et de taille modeste, dotée d’un modèle de gestion innovant. Officiellement créé en 2011 sous la direction du SECO, le SIFEM gère un total d’actifs d’environ 700 millions USD et a versé en moyenne 82 millions USD au cours de la période 2021‑22. Sa taille est modeste en comparaison des IFD des autres membres du CAD. Son objectif est de promouvoir une croissance économique à long terme, durable et généralisée dans les pays en développement et les pays émergents en apportant un soutien financier aux PME commercialement viables par le biais d’intermédiaires financiers. Il propose principalement des financements par apport de fonds propres à des structures de fonds d’investissement (64 % des versements) et par des prêts (36 %). Le SIFEM est donc essentiellement un fonds de fonds. En apportant un financement à des fonds d’investissement en phase de démarrage dans les marchés émergents47, le SIFEM vise à mobiliser des ressources privées dans les pays partenaires et à promouvoir le développement de fonds d’investissement locaux. Afin d’accroître les engagements dans les pays les moins avancés (PMA), la DDC a mis en place en 2021 un dispositif de garantie de première perte (first loss) qui peut être utilisé pour les investissements à haut risque du SIFEM48. Le SIFEM est la seule IFD au sein du CAD à être gérée par un gestionnaire de fonds privé49, une caractéristique appréciée des bénéficiaires des investissements. Au-delà du soutien financier, le SIFEM apporte également une assistance technique aux bénéficiaires finaux afin qu’ils puissent, par exemple, progresser sur la question des normes de gouvernance. Les lignes directrices du SIFEM en matière d’investissement intègrent le concept d’additionnalité50, qui est vérifiée ex ante. Le SIFEM collabore avec d’autres IFD sur des normes et des opérations communes51. Toutefois, il peut encore progresser en matière de transparence, puisqu’il s’est classé avant-dernier de l’indice de transparence des IFD en 2023, sur les 21 IFD évaluées (Publish What You Fund, 2023[54])52.
Graphique 8. Resserrer les liens entre les différents instruments suisses en faveur du secteur privé permettrait de renforcer leur impact
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Notes : versements moyens 2022‑23 sauf indication contraire. Pour le Fonds BUILD et le PIDG (Groupe de développement des infrastructures privées), les montants correspondent aux engagements totaux des donneurs, et non exclusivement aux contributions de la Suisse. ABC = Agri-Business Capital.
Sources : les auteurs, d’après SNPC, site web du PIDG (www.pidg.org/#section-ad9d462d-6cce-46cb-b599-2e017e2060b5) ; et (UNCDF, 2022[55]), “US$60+ million in commitments for UN-affiliated impact investment vehicle announced at the Finance for Development Forum”, https://www.uncdf.org/article/7668/us60-million-in-commitments-for-un-affiliated-impact-investment-vehicle-announced-at-the-finance-for-development-forum.
La DDC et le SECO ont renforcé leur coordination et leur collaboration depuis l’examen par les pairs de 2019. Le SECO et la DDC opèrent dans le cadre de la stratégie commune de coopération internationale 2021‑24, élaborent un rapport de responsabilité commun et mènent des programmes nationaux conjoints dans leurs sept pays prioritaires communs. Ils ont également des comités de pilotage géographiques conjoints, ainsi que deux comités thématiques conjoints sur les évaluations et sur les organisations multilatérales53. Ils travaillent également sur des initiatives communes, telles que la SIFI.
Toutefois, favoriser un partage plus poussé de l’expertise et des enseignements et la conduite d’évaluations conjointes dans les domaines thématiques couverts à la fois par la DDC et le SECO permettrait de maximiser l’impact de la Suisse. Le SECO et la DDC interviennent parfois dans des pays différents mais sur des thèmes similaires, comme les conditions-cadres économiques, le développement des compétences ou le soutien aux PME (Graphique 8). Ces projets fonctionnent souvent en vase clos, ce qui limite les possibilités d’échange de connaissances et d’apprentissage mutuel. Les réseaux thématiques de la DDC sont ouverts au personnel du SECO et constituent de bons moyens de promouvoir le partage des connaissances, mais la sensibilisation et la participation du personnel du SECO sont limitées et le SECO dispose de ses propres réseaux, notamment concernant l’engagement avec le secteur privé. Il pourrait être utile de procéder à des évaluations conjointes sur des thèmes ou des instruments communs. Par exemple, la Suisse a récemment entrepris deux évaluations parallèles de l’engagement avec le secteur privé54, l’une pour le compte de la DDC et l’autre du SECO, alors que cela aurait pu être l’occasion d’améliorer l’engagement de la Suisse dans son ensemble (Des systèmes d’évaluation plus solides permettraient de renforcer l’impact de la coopération pour le développement).
Il est possible de créer des liens entre les différents instruments de la Suisse, notamment entre l’assistance technique et les investissements. Ainsi, au Népal, le travail de renforcement des capacités de la DDC pour rendre les petites entreprises aptes à obtenir un financement a été complété par des prêts accordés par le SIFEM à deux banques commerciales accordant des prêts aux PME. Ces banques commerciales ont été informées de la liste des PME soutenues par la DDC et certaines de ces PME ont obtenu un financement. Toutefois, dans la plupart des cas, les ambassades ne travaillent pas en lien avec les projets soutenus par les instruments suisses comme la SIFI ou le SIFEM et ne sont parfois pas au courant de leur existence. En s’appuyant sur l’expérience positive du Népal, la Suisse pourrait s’efforcer de relier davantage ses différents instruments. Utiliser les programmes de coopération nationaux existants pour inclure les objectifs et activités du SIFEM, de la SIFI et ceux d’autres fonds d’investissement multilatéraux soutenus par la Suisse55 pourrait permettre de renforcer les liens entre les instruments. Par exemple, les stratégies nationales de la Finlande incluent systématiquement la contribution des IFD finlandaises. De même, la Belgique a élaboré des notes d’orientation afin de tirer parti des connaissances acquises dans le cadre des engagements avec des organisations multilatérales et de les intégrer dans des programmes bilatéraux. Dans un premier temps, la Suisse pourrait créer des opportunités de dialogue entre ses partenaires. Ainsi, en Afrique du Sud, l’aide apportée par le SECO aux municipalités pour préparer des projets finançables dans le domaine des infrastructures d’approvisionnement en eau pourrait intéresser les gestionnaires de fonds soutenus par le SIFEM. De même, les investissements de la SIFI dans des modèles d’activité innovants pourraient ouvrir la voie aux investissements du SIFEM dans des entreprises plus matures. La création de telles opportunités de dialogue pourrait permettre de définir les liens entre instruments et de repérer les domaines de complémentarité. Cette approche pourrait permettre à la Suisse de tirer le meilleur parti de ses différents instruments.
Il existe également des possibilités d’améliorer la cohérence de l’engagement avec les partenaires multilatéraux en matière de développement du secteur privé. Le fait que certains partenaires multilatéraux soient tenus de s’associer soit à la DDC soit au SECO peut limiter leur efficacité en ce qui concerne les financements affectés. La Suisse, en tant qu’actionnaire de la Société financière internationale (IFC), où elle est représentée par le Conseiller fédéral et chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) (qui supervise le SECO), encourage l’IFC à investir davantage dans les PMA. Mais le SECO lui-même, l’un des principaux contributeurs à l’IFC, axe son financement bilatéral sur ses 13 pays prioritaires, qui ne sont pas des PMA. De même, la DDC est chargée de la collaboration avec le Fonds international de développement agricole (FIDA), ce qui complique l’accès du FIDA à l’expertise du SECO en matière de secteur privé56. Une plus grande flexibilité de la part du SECO et de la DDC dans leurs relations avec les organisations multilatérales pourrait accroître l’efficacité de l’aide multilatérale ainsi que la valeur ajoutée de la Suisse au sein de ces institutions multilatérales (Un soutien multilatéral stratégique, gage d’efficacité).
Enfin, le partage de connaissances sur les différents fonds d’investissement auxquels participe la Suisse pourrait également être amélioré. La Suisse apporte son soutien à différents fonds d’investissement, en collaboration avec d’autres donneurs, ce qui permet de mettre en commun l’expertise et les ressources. La Suisse est ainsi, par l’intermédiaire du SECO, l’un des membres fondateurs du PIDG, une organisation de développement et de financement des infrastructures financée par les gouvernements de sept pays et par l’IFC. Par l’intermédiaire de la DDC, la Suisse a également été l’un des principaux donneurs à l’origine de la création d’Agri-Business Capital, qui investit dans les petites exploitations agricoles et les PME rurales des pays en développement. La DDC représente également la Suisse au sein du Fonds BUILD, géré par le Fonds d’équipement des Nations Unies (FENU) et financé par plusieurs partenaires de développement57 dans le but d’aider financièrement les petites et moyennes entreprises des PMA à atteindre les ODD. Renforcer le partage des connaissances entre la DDC et le SECO sur ces différents fonds pourrait permettre d’accroître l’efficacité de la Suisse.
La Suisse fait actuellement figure de leader en matière de déliement de l’aide, mais le programme d’aide partiellement liée prévu en faveur de l’Ukraine pourrait changer la donne
La Suisse fait actuellement figure de leader en matière de déliement de l’aide. Si l’on considère l’APD relevant de la Recommandation sur le déliement58, la Suisse a déclaré que 100 % de son aide était déliée en 2022, comme les années précédentes, ce qui est nettement supérieur à la moyenne du CAD (89 %). Si l’on considère l’ensemble de l’APD bilatérale, la Suisse a déclaré 97.3 % d’APD non liée, contre 79.9 % en moyenne pour l’ensemble des membres du CAD. La Suisse dispose toutefois d’un programme d’aide liée : le SECO Start-up Fund. Il s’agit d’un programme relativement modeste59, qui accorde des prêts pour des projets de création d’entreprises par des sociétés domiciliées en Suisse et opérant dans des économies émergentes. Le SECO pourrait étudier de quelle façon ce fonds pourrait davantage profiter aux entreprises locales dans ses pays prioritaires. Il est essentiel que l’APD reste déliée afin de garantir l’optimisation des ressources de la coopération au développement, de promouvoir l’appropriation par les pays bénéficiaires et de préserver la réputation de la Suisse en tant que donneur respectueux des principes.
La Suisse est attentive à ce que ses entreprises nationales profitent des possibilités de passation de marchés dans le cadre de la coopération au développement, suisse et multilatérale, sans toutefois lier l’APD. Le SECO et la DDC informent les entreprises suisses des possibilités de marchés émanant des organisations multilatérales soutenues par la Suisse. En Afrique du Sud, la collaboration entre l’équipe du SECO chargée de la coopération au développement et le Swiss Business Hub (l’équipe de promotion des exportations de la Suisse) permet aux entreprises suisses d’être informées des possibilités de marchés à venir. Cette collaboration permet également à l’équipe chargée de la coopération au développement de recueillir des informations sur les principaux points de blocage auxquels sont confrontées les entreprises suisses, informations qui peuvent ensuite être intégrées dans le soutien apporté par le SECO à la croissance économique de l’Afrique du Sud.
Si certains programmes de la coopération suisse pour le développement sont liés aux intérêts économiques de la Suisse, ils sont gérés de manière à avoir un impact dans les pays partenaires. Le Programme suisse de promotion des importations (SIPPO), un programme phare du SECO, vise à rapprocher les exportateurs des pays partenaires des importateurs de Suisse et de l’UE en renforçant les capacités des organisations locales de soutien aux entreprises, telles que les chambres de commerce, les associations professionnelles et les prestataires de services de promotion du commerce. Ce soutien se concentre sur 13 pays prioritaires et sur 6 secteurs importants pour les entreprises suisses60. En Afrique du Sud, par exemple, le SIPPO aide les entreprises locales du secteur des huiles essentielles à élaborer des stratégies d’exportation et à s’intégrer dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ce soutien permet à ces entreprises d’augmenter leurs ventes et profite également à l’industrie pharmaceutique et cosmétique suisse, qui a ainsi accès à un éventail plus large de fournisseurs. De même, les entreprises suisses soutiennent parfois des programmes de formation professionnelle mis en œuvre par la Suisse qui, d’une part, améliorent l’employabilité et les revenus des jeunes dans les pays partenaires et, d’autre part, aident les entreprises suisses à accéder à des travailleurs qualifiés. Ainsi, l’entreprise suisse Geberit, spécialisée dans la technologie sanitaire, et la DDC cofinancent une collaboration visant à améliorer la qualité de l’enseignement et de la formation professionnels des plombiers en Ukraine.
Cependant, le programme d’aide partiellement liée prévu en faveur de l’Ukraine compromet l’impact et la réputation de la Suisse en matière de développement. Sur les 1.5 milliard CHF destinés à l’Ukraine dans le cadre de la Stratégie de coopération internationale 2025‑28, 500 millions CHF sont destinés à la participation du secteur privé, en particulier des entreprises suisses. Si les entreprises suisses peuvent disposer d’un avantage comparatif dans certains secteurs, il est établi que l’APD liée peut renchérir de 15 à 30 % les coûts d’un projet de développement (Clay, 2009[56]). À l’inverse, le déliement de l’APD donne au récipiendaire la liberté d’acheter des biens et services en provenance de pratiquement n’importe quel pays, ce qui lui évite d’encourir des dépenses inutiles. Le Conseil fédéral prévoit notamment d’associer des entreprises suisses aux études préparatoires des projets de reconstruction en Ukraine. En liant les études de faisabilité en amont à des entreprises suisses, la Suisse pourrait officieusement lier les contrats de construction en aval, par exemple en privilégiant les technologies et savoir-faire suisses. Afin de choisir les options les plus efficaces dans le cadre de sa coopération pour le développement, la Suisse devrait veiller à ce que son prochain programme en faveur de l’Ukraine soit délié.
La cohérence des politiques en matière de commerce et de flux financiers illicites s’est améliorée, mais les avantages pour les pays partenaires sont difficiles à établir
La Suisse encourage activement la cohérence des politiques en matière de commerce durable par le biais d’accords de libre-échange et de plateformes multipartites. L’Accord de partenariat économique global (APEG) entre les États de l’Association européenne de libre-échange (AELE) et l’Indonésie, signé en 2018, en est un bon exemple. Il comprend des dispositions relatives à la durabilité du commerce de l’huile de palme, qui répondent aux préoccupations concernant les droits des travailleurs, la protection de l’environnement et la responsabilité sociale des entreprises (AELE, 2018[57]). Cette approche vise à concilier croissance économique et bien-être social. Cependant, elle n’a pas encore entraîné d’augmentation des importations d’huile de palme durable en provenance d’Indonésie vers la Suisse, malgré le renforcement, par le SECO, des capacités complémentaires des associations d’agriculteurs. Les clauses de durabilité font peser sur les producteurs des coûts élevés liés au respect de la réglementation, sans aucune garantie que les entreprises suisses importent effectivement de l’huile de palme durable. Depuis la signature de l’accord, une seule citerne (21 tonnes) d’huile de palme durable en provenance d’Indonésie est arrivée en Suisse, principalement parce que les importateurs ont déjà des fournisseurs attitrés, notamment dans les îles Salomon et en Côte d’Ivoire (World Integrated Trade Solutions, s.d.[58]). La Suisse s’efforce désormais de mettre en place des évaluations plus systématiques de l’impact sur le développement durable lors de la négociation des accords de libre-échange, tels que ceux conclus entre l’AELE et la Thaïlande ou avec le MERCOSUR. Au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Suisse a fait partie d’un groupe plurilatéral compact de pays favorables à l’adoption d’un accord sur le changement climatique, le commerce et la durabilité (ACCTS). Cet accord visait à utiliser des instruments de politique commerciale liés aux biens et services environnementaux, aux subventions aux combustibles fossiles ou aux écolabels volontaires pour soutenir la transition vers des économies à faibles émissions, résilientes au changement climatique et durables.
Les plateformes multipartites s’efforcent d’améliorer la durabilité des chaînes de valeur des produits emblématiques de l’économie suisse. Le SECO soutient des initiatives comme la Better Gold Initiative (BGI), la Plateforme suisse pour un cacao durable (SWISSCO) et la Plateforme suisse de café durable (SSCP), dans le but d’améliorer la transparence et la durabilité des chaînes d’approvisionnement en encourageant les pratiques d’approvisionnement responsables. Ces initiatives rassemblent des acteurs du secteur privé, des entités fédérales et des organisations de la société civile afin de favoriser la collaboration et de mettre les pratiques commerciales en conformité avec les normes sociales et environnementales. La Better Gold Initiative se concentre sur la promotion de l’approvisionnement responsable et l’amélioration des conditions de travail des mineurs, notamment en Colombie et au Pérou ; 18 tonnes d’or durable ont été importées depuis 2013. La plateforme SWISSCO a, quant à elle, défini un niveau de référence pour l’importation de cacao durable en 2022, ce qui lui permettra de suivre les résultats obtenus lors d’un examen à mi-parcours en 2025 et d’un rapport final en 2030 (SWISSCO, 2022[59]). Les plateformes attachent de l’importance à la crédibilité que leur confère leur association avec le SECO, ainsi qu’au soutien diplomatique de la Suisse. Toutefois, les exigences en matière de notification et les rotations de personnel au sein du SECO et de la DDC, qui perturbent parfois la continuité des opérations, engendrent des difficultés. Si les plateformes multipartites constituent un modèle prometteur pour aligner les activités économiques sur les objectifs du développement durable, il convient de suivre de près les avantages qu’en retirent les pays partenaires.
La Suisse est confrontée à la difficulté d’équilibrer des priorités concurrentes au sein de son cadre politique. Le système politique suisse est fondé sur le consensus et l’élaboration des politiques publiques en Suisse donne la priorité à l’équilibre, mais les conflits d’intérêts sont inévitables. Ainsi, lors des négociations à l’OMC, la Suisse, ainsi que des pays comme le Royaume-Uni et la Norvège, se sont opposés à la proposition de dérogation aux droits de propriété intellectuelle pour les vaccins contre le COVID-19. La position de la Suisse était motivée par des préoccupations concernant l’impact potentiel sur l’innovation pharmaceutique et la protection des brevets existants. Cette position s’inscrit dans le débat plus large sur la protection de la propriété intellectuelle afin d’encourager l’innovation pharmaceutique tout en répondant aux besoins mondiaux en matière de santé pendant la pandémie (Green, 2022[60]). Un groupe de travail interdépartemental ad hoc, codirigé par l’Office fédéral de la statistique (OFS) et le DFAE, examine actuellement le potentiel et les limites de la quantification et de la qualification des effets transnationaux des politiques de la Suisse sur ses pays partenaires.
L’engagement de la Suisse en faveur de la conduite responsable des entreprises (CRE) s’est concrétisé par l’adhésion à des instruments internationaux, l’adoption de stratégies et de plans d’action nationaux pertinents, l’élaboration d’une législation et la création d’entités fédérales spécialisées. La Suisse adhère aux Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises (OCDE, 2023[61]) et met en œuvre les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme au moyen de plans d’action nationaux pour les entreprises et les droits de l’homme. Le plan d’action national 2024‑27 prévoit que le gouvernement fournisse systématiquement des informations sur les Principes directeurs des Nations Unies aux entreprises qui participent à des missions commerciales. La Stratégie de développement durable 2030 de la Suisse intègre également la CRE. La Suisse a en outre récemment modifié son Code des obligations et adopté une ordonnance visant à réglementer les obligations de diligence raisonnable et de déclaration en ce qui concerne les minéraux de conflit et le travail des enfants. Au niveau institutionnel, en tant que pays adhérent aux Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, la Suisse a mis en place un Point de contact national pour la conduite responsable des entreprises (PCN). Le PCN, hébergé par le SECO, promeut la CRE auprès des pouvoirs publics et d’un grand nombre de parties prenantes. Il pilote également le groupe intergouvernemental sur la CRE, qui se réunit trois ou quatre fois par an pour coordonner les entités concernées de l’administration fédérale sur les enjeux actuels en matière de CRE. Il est également l’un des PCN les plus actifs dans son rôle de mécanisme de réclamation non judiciaire, puisqu’il a traité plus de 30 cas liés au non-respect présumé des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales.
La Suisse a pris des mesures importantes pour lutter contre les flux financiers illicites (FFI) en provenance des pays en développement et à destination de la Suisse, mais des problèmes subsistent. Dans son rapport de 2016 sur les FFI, le Conseil fédéral a décrit les mesures à prendre, notamment le renforcement de la transparence dans le commerce des matières premières et l’amélioration de l’accès aux services financiers dans les pays en développement (Federal Council, 2016[62]). Toutefois, la faible surveillance réglementaire du commerce des matières premières – en particulier le commerce de transit – et les lacunes existant dans les cadres de lutte contre le blanchiment d’argent continuent de ralentir les processus de restitution des actifs (ICLG, 2024[63] ; Public Eye, 2024[64]). Si la Suisse a fait des progrès en la matière, une coordination plus poussée est nécessaire. Ainsi, la Direction du droit international public (DDIP) est chargée du recouvrement des avoirs et de la coopération avec les pays partenaires ; la DDC soutient des organisations telles que l’Initiative pour la restitution des avoirs volé (StAR) et ICAR (International Centre for Asset Recovery) ; le SECO collabore avec les cellules de renseignement financier ; le PCN publie des règlements… mais toutes ces initiatives ont tendance à fonctionner en vase clos, ce qui limite les possibilités de synergies. Intégrer davantage ces approches permettrait d’évaluer plus clairement l’impact de la politique suisse sur les pays partenaires en matière de flux financiers illicites.
Le leadership mondial de la Suisse en matière de commerce des matières premières fait l’objet d’un examen minutieux, notamment en ce qui concerne la transparence financière. Des risques apparaissent à différents stades du commerce des matières premières, notamment lors de la sélection des acheteurs, des négociations de vente opaques et des transferts de revenus non transparents, autant d’éléments susceptibles de faciliter la corruption active et passive et le détournement de fonds. Les entreprises suisses s’appuient principalement sur des mesures volontaires pour faire face à ces risques, même si des affaires judiciaires récentes, notamment des accusations de corruption, ont jeté le doute sur l’efficacité de ces mesures. La résistance des acteurs du secteur ralentit les progrès dans la mise en œuvre des réformes anticorruption recommandées par l’OCDE, qui prévoient des sanctions plus sévères et des mesures de protection pour les lanceurs d’alerte. En dépit de ces obstacles, des initiatives telles que la promotion par le SECO de pratiques commerciales responsables visent à concilier priorités économiques et responsabilité sociale et environnementale. Les travaux d’Alliance Sud soulignent le besoin de transparence sur les dettes contractées par les pays en développement auprès des banques et négociants suisses, renforçant ainsi l’urgence pour la Suisse d’améliorer la transparence sur les prêts accordés par les banques et les négociants en matières premières suisses (Alliance Sud, 2024[65]). En outre, une étude publiée en 2024 a révélé que plus de la moitié des entreprises suisses opérant à l’étranger sont confrontées à des demandes de pots-de-vin et qu’une grande partie d’entre elles y cèdent, ce qui témoigne des faiblesses des mécanismes anticorruption de la Suisse (Transparency International Suisse, 2024[66]). Il conviendrait de mettre en place des mécanismes plus efficaces et de les rendre opérationnels.
Recommandations
Copier le lien de Recommandations8. Pour accroître l’impact de ses partenariats avec le secteur privé, la Suisse devrait continuer de renforcer la coordination entre le SECO et la DDC sur des thèmes communs (environnement favorable, compétences et développement des PME, par exemple), sur la base des avantages comparatifs, et mieux articuler les liens avec la SIFI, le SIFEM et les fonds d’investissement.
9. Reconnaissant la performance de la Suisse sur le déliement de l’aide, afin d’optimiser l’utilisation de ses ressources et conformément à la Recommandation du CAD sur le déliement de l’aide publique au développement, la Suisse devrait veiller à ce que son APD demeure non liée, y compris dans le cas du programme pour l’Ukraine.
10. En vue d’accroître la cohérence des politiques, la Suisse devrait renforcer la prise en compte des effets transnationaux dans les mécanismes de consultation et de coordination établis dans le cadre de la Stratégie pour le développement durable 2030, comme la réduction des risques dans le commerce de matières premières et la lutte contre les flux financiers illicites.
Références
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[65] Alliance Sud (2024), Debt relief, https://www.alliancesud.ch/en/finance-and-tax-policy/debt-relief.
[9] CEIC (2025), European Union Solidarity Fund, https://www.ceicdata.com/en/indicator/european-union/government-debt--of-nominal-gdp.
[56] Clay, E. (2009), Untying Aid: Is it working? An Evaluation of the Implementation of the Paris Declaration and of the 2001 DAC Recommendation of Untying ODA to the LDCs, Danish Institute for International Studies, Copenhague, https://www.oecd.org/fr/themes/developpement.html.
[49] Cliffe, S. et al. (2023), Aid strategies in ’politically estranged’ settings. How donors can stay and deliver in fragile and conflict-affected states, Chatham House, https://www.chathamhouse.org/2023/04/aid-strategies-politically-estranged-settings.
[15] Confédération suisse (2024), International Cooperation: Helping to Combat Global Poverty and Crises. Accountability report on Switzerland’s IC Strategy 2021–24, Confédération suisse, https://www.newsd.admin.ch/newsd/message/attachments/87824.pdf.
[16] Conseil fédéral (2024), La stratégie de coopération internationale 2025-2028, https://www.deza.eda.admin.ch/fr/la-strategie-de-cooperation-internationale-2025-2028-sadapte-a-levolution-du-contexte-international.
[35] Control Committee of the Council of States (2023), Le Conseil fédéral souhaite améliorer la mesure de l’efficacité dans la coopération internationale. Communiqué de presse, https://www.admin.ch/gov/en/start/documentation/media-releases.msg-id-100179.html.
[33] Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (2022), Observations finales concernant le rapport initial de la Suisse, https://digitallibrary.un.org/record/3970220?v=pdf.
[19] CSP (2022), Mid-Term Review of Phase II of the Cities Support Programme, Cities Support Programme, https://csp.treasury.gov.za/DocumentsEvaluations/202202_CSP%20Mid-Term%20Evaluation_Executive%20Summary.pdf.
[20] DDC (2024), 60 years of successful cooperation; Best practices from Latin America and the Carribbean, https://www.sdc-regions.ch/en/capitalisation-of-experiences-lac.
[50] DDC (2024), Bienvenue sur les réseaux PGE de la DDC !, https://www.sdc-pge.ch/fr.
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[39] DDC (2024), Paix, gouvernance et égalité. Thematic Network, https://www.sdc-pge.ch/fr.
[27] DDC (2023), Sondage sur la satisfaction du personnel DDC.
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[28] DDC (2017), Independent Evaluation of SDC’s Results-Based Management System with a Focus on Poverty Reduction, https://www.aramis.admin.ch/Default?DocumentID=46038&Load=true.
[42] Département fédéral des affaires étrangères suisse (2024), Stratégie de politique extérieure 2024-2027, https://www.eda.admin.ch/eda/fr/dfae/politique-exterieure/mise-oeuvre-politique-exterieure/aussenpolitischestrategie.html.
[10] Département fédéral des finances (2024), Département fédéral des finances : Le frein à l’endettement, https://www.efd.admin.ch/fr/le-frein-a-lendettement.
[47] DFAE (2024), Page web de la Division Paix et droits de l’homme, https://www.fdfa.admin.ch/eda/fr/dfae/dfae/organisation-dfae/secretariat-etat/dsh.html.
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[45] DFAE (2024), Protection du personnel humanitaire : le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution de la Suisse, Département fédéral des affaires étrangères, https://www.aplusforpeace.ch/fr/protection-du-personnel-humanitaire-le-conseil-de-securite-de-lonu-adopte-une-resolution-de-la.
[2] DFAE (2024), Stratégie de politique extérieure 2024–2027, Département fédéral des affaires étrangères, https://www.eda.admin.ch/eda/fr/dfae/politique-exterieure/mise-oeuvre-politique-exterieure/aussenpolitischestrategie.html.
[51] DFAE (2021), Principes directeurs relatifs au secteur privé dans le cadre de la stratégie de coopération internationale 2021–2024, Département fédéral des affaires étrangères, https://www.eda.admin.ch/eda/fr/dfae/dfae/publikationen.html/content/publikationen/fr/deza/diverse-publikationen/Leitbild_Privatsektor_im_Rahmen_IZA_2021_2024.
[52] DFAE (2021), SDC Handbook on Private Sector Engagement, Département fédéral des affaires étrangères, https://www.eda.admin.ch/dam/deza/en/documents/die-deza/strategie/Handbook_PSE_EN.pdf.
[12] DFAE (2020), Brochure « Stratégie de coopération internationale 2021-2024 », Département fédéral des affaires étrangères, https://www.eda.admin.ch/eda/fr/dfae/dfae/publikationen.html/content/publikationen/fr/deza/diverse-publikationen/broschuere-iza-2021-24.
[7] ECFR (2024), Breaking tradition: Why Russia’s war is making Switzerland question its neutrality, https://ecfr.eu/article/breaking-tradition-why-russias-war-is-making-switzerland-question-its-neutrality/.
[3] ETH Zürich (2024), Swiss Panel Global Cooperation, https://nadel.ethz.ch/swiss-panel.html.
[6] ETH Zürich Centre for Security Studies (2024), The Swiss Neutrality Debate: An Overview, https://css.ethz.ch/en/center/CSS-news/2024/10/swiss-neutrality-debate-an-overview.html.
[43] Federal Council (2022), Reality is multilateral, https://www.admin.ch/gov/en/start/documentation/media-releases.msg-id-88955.html.
[62] Federal Council (2016), Unjust and illicit financial flows from developing countries, https://www.newsd.admin.ch/newsd/message/attachments/45657.pdf.
[18] Genesis (2019), Monitoring Implementation of City Support Programme, Genesis, https://www.genesis-analytics.com/projects/monitoring-implementation-of-city-support-programme.
[60] Green, A. (2022), WTO finally agrees on a TRIPS deal. But not everyone is happy, devex, https://www.devex.com/news/wto-finally-agrees-on-a-trips-deal-but-not-everyone-is-happy-103476.
[63] ICLG (2024), Anti-Money Laundering Laws and Regulations Switzerland 2024, https://iclg.com/practice-areas/anti-money-laundering-laws-and-regulations/switzerland.
[53] Instiglio (2024), RBF Experience review, https://www.shareweb.ch/site/EI/Documents/Topics/Private%20Sector%20Development/Swiss%20Results%20Based%20Financing%20Experience%20Review_Key%20Insights%20Slide%20Deck%20(ENG).pdf.
[14] L’assemblée fédérale de la Confédération suisse (1976), Loi fédérale sur la coopération au développement et l’aide humanitaire internationales, L’Assemblée fédérale de la Confédération suisse, https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/1977/1352_1352_1352/fr.
[8] OCDE (2025), Public finance main indicators, https://data-explorer.oecd.org/vis?df[ds]=DisseminateFinalDMZ&df[id]=DSD_NASEC20%40DF_T7PSD_Q&df[ag]=OECD.SDD.NAD&dq=Q..CHE..S13......T.PT_B1GQ......&pd=2020-Q1%2C2024-Q4&to[TIME_PERIOD]=false&vw=tl.
[32] OCDE (2025), Recommandation du CAD sur l’élimination de l’exploitation sexuelle, des atteintes sexuelles et du harcèlement sexuel dans le contexte de la coopération pour le développement et de l’aide humanitaire : principaux piliers de la prévention et de la réponse, https://legalinstruments.oecd.org/fr/instruments/OECD-LEGAL-5020.
[17] OCDE (2025), Système de notification des pays créanciers, http://data-explorer.oecd.org/s/3d (consulté le 31 mai 2025).
[23] OCDE (2024), Multilateral Development Finance 2024, Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd.org/en/publications/multilateral-development-finance-2024_8f1e2b9b-en.html.
[21] OCDE (2024), Peer Learning on Locally Led Development – DAC members deep dive: Switzerland, OCDE, Paris, https://one.oecd.org/document/DCD(2024)26/en/pdf.
[1] OCDE (2024), Peer Review Self-Assessment of Switzerland, https://one.oecd.org/document/DCD/DAC/AR(2024)1/19/en/pdf.
[11] OCDE (2024), Perspectives économiques de l’OCDE, Volume 2024 Numéro 2 : Résilience en période d’incertitude, Éditions OCDE, https://doi.org/10.1787/d8814e8b-en.
[38] OCDE (2024), « The secret to good development communication? Listening to the public », SDG Communicator, https://sdg-communicator.org/.
[41] OCDE (2023), DAC High Level Meeting Communiqué 2023, OCDE, Paris, https://web-archive.oecd.org/temp/2024-05-16/330012-dac-hlm.htm.
[36] OCDE (2023), Examens de l’OCDE sur la coopération pour le développement : Pays-Bas, Éditions OCDE, Paris, https://one.oecd.org/document/fc6a3795/fr/pdf.
[61] OCDE (2023), OECD Guidelines for Multinational Enterprises on Responsible Business Conduct, https://doi.org/10.1787/81f92357-en.
[30] OCDE (2021), Trouver un équilibre entre indicateurs propres au contexte et indicateurs standard, OCDE, Paris, https://www.oecd.org/fr/publications/outils-enseignements-et-pratiques-de-la-cooperation-pour-le-developpement_97e9f347-fr/trouver-un-equilibre-entre-indicateurs-propres-au-contexte-et-indicateurs-standard_ce38810d-fr.html.
[48] OCDE (2019), Lives in Crises: What Do People Tell Us About the Humanitarian Aid They Receive?, Éditions OCDE, Paris, https://realityofaid.org/who-is-afraid-of-the-ngos/.
[29] OCDE (2017), Results in Development Co-operation Provider Case Studies: Switzerland, https://web-archive.oecd.org/2017-10-30/438721-results-case-study-switzerland.pdf.
[22] OCDE (s.d.), Statistiques de l’OCDE sur le développement international, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/dev-data-fr.
[25] Office fédéral de la statistique de Suisse (2025), Le système d’indicateurs MONET 2030, https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/developpement-durable/monet-2030.html.
[24] Office fédéral du développement territorial (2021), Stratégie pour le développement durable 2030, https://www.are.admin.ch/are/fr/home/developpement-durable/strategie/sdd.html.
[64] Public Eye (2024), Public Eye Négoce de matières premières, https://www.publiceye.ch/fr/thematiques/negoce-de-matieres-premieres.
[54] Publish What You Fund (2023), DFI Transparency Index, https://www.publishwhatyoufund.org/dfi-index/dfis/sifem/.
[37] Reality of Aid (2021), Who is afraid of the NGOs?, https://realityofaid.org/who-is-afraid-of-the-ngos/.
[26] SECO (2024), Analyse d’impact de la réglementation [Regulatory impact analysis], https://www.seco.admin.ch/seco/fr/home/Publikationen_Dienstleistungen/Publikationen_und_Formulare/Regulierung/regulierungsfolgenabschaetzung.html.
[13] Secrétariat d’État à l’économie (2021), Stratégie de la politique économique extérieure de la Suisse, https://www.seco.admin.ch/seco/fr/home/Aussenwirtschaftspolitik_Wirtschaftliche_Zusammenarbeit/aussenwirtschaftspolitik/aws.html.
[44] Swiss Development Agency (2023), Staying Engaged in Authoritarian Contexts: Learnings from SDC experiences.
[59] SWISSCO (2022), Baseline Report 2022 « Tackling Challenges Together » - SWISSCO Roadmap 2030, https://www.kakaoplattform.ch/fileadmin/redaktion/dokumente/Baseline_Report_2022.pdf.
[4] Swissinfo (2024), Swiss Foreign Ministry memo on UNRWA funding raises alarm, https://www.swissinfo.ch/eng/foreign-affairs/swiss-foreign-ministry-memo-on-unrwa-funding-raises-alarm/88089054.
[5] Switzerland Today (2024), Swiss parliament debates UNRWA funding, https://switzerlandtoday.news/n/swiss-parliament-debates-unrwa-funding.
[66] Transparency International Suisse (2024), Corruption à l’étranger dans entreprises suisses - Nouvelles connaissances, https://transparency.ch/fr/publication/corruption-a-letranger-dans-les-entreprises-suisses-nouvelles-connaissances-concernant-les-risques-et-contre-strategies/.
[55] UNCDF (2022), US$60+ Million in Commitments for UN-Affiliated Impact Investment Vehicle Announced at the Finance for Development Forum, https://www.uncdf.org/article/7668/us60-million-in-commitments-for-un-affiliated-impact-investment-vehicle-announced-at-the-finance-for-development-forum.
[58] World Integrated Trade Solutions (s.d.), Switzerland crude palm oil imports by country in 2023, database, https://wits.worldbank.org/trade/comtrade/en/country/CHE/year/2023/tradeflow/Imports/partner/ALL/product/151110.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Le frein à l’endettement est un mécanisme de gestion des dépenses fédérales. Il est conçu pour prévenir les déficits chroniques et, par conséquent, l’augmentation de la dette. Pour une description complète du mécanisme, voir : https://www.efd.admin.ch/en/the-debt-brake.
← 2. Le Message sur la coopération internationale de la Suisse 2017‑20 était un document plus long, mais qui comprenait les mêmes quatre objectifs stratégiques.
← 3. Il s’agit de l’enveloppe budgétaire prévue pour la période 2025-2028. A la fin décembre, le Parlement a procédé à des coupes budgétaires de 110 millions de francs suisses dans le budget 2025 et de 321 millions de francs suisses dans le plan financier 2026-2028 pour la coopération bilatérale et multilatérale au développement. Ces coupes budgétaires ne concernent pas l’aide humanitaire, la promotion de la paix ou le soutien à l’Ukraine.
← 4. La période 2021‑24 comprenait un crédit pour la coopération économique pour le développement avec les pays d’Europe orientale ; ce crédit est arrivé à échéance fin 2024 et a été intégré dans la coopération bilatérale pour le développement
← 5. En raison de la soumission tardive par la Suisse des chiffres de l’APD pour 2023 à l’OCDE, seules les statistiques de l’APD pour 2022 ont été utilisées dans le rapport envoyé à la Suisse pour vérification des faits. La majorité des chiffres ont été mis à jour dans cette version. Au-delà de la soumission des données annuelles CAD et CRS, la Suisse reporte également le Soutien Public Total au Développement Durable.
← 6. En 2022, la DPDH s’est vu allouer 2 % du budget.
← 7. Les programmes mondiaux de la Suisse ont pour finalité de faire face aux enjeux planétaires tels que les migrations, le changement climatique, l’eau, la sécurité alimentaire et la santé. Ils visent à tester des solutions innovantes susceptibles d’influer sur l’action publique.
← 8. Après l’indépendance du pays en 1980, un système d’achat de terres reposant sur le volontariat a été mis en place. En 2000, l’État a tenté de rendre ce dispositif obligatoire en modifiant la Constitution, mais le projet a été rejeté lors d’un référendum. Il s’en est suivi une vague de violentes saisies des terres, notamment de terres agricoles détenues par des ressortissants étrangers protégés par des accords bilatéraux de protection et de promotion des investissements. En 2018, les autorités ont accepté d’indemniser les intéressés à hauteur de 3.4 milliards USD. La Suisse co-anime un dialogue visant à trouver un accord avec le gouvernement au sujet du versement effectif des indemnisations.
← 9. En octobre 1970, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution stipulant que « chaque pays économiquement avancé accroîtra progressivement son aide officielle au développement [...] et s’efforcera particulièrement d’atteindre, au milieu de la Décennie au plus tard, un montant minimum en valeur nette de 0,70 p. 100 de son produit national brut ». La Suisse, qui n’est devenue membre de l’ONU qu’en 2002, n’avait pas adopté cet objectif.
← 10. Ainsi, des programmes-pays sont conçus conjointement par la DDC et le SECO pour l’Ukraine, l’Albanie et la Serbie, et d’autres par la DDC, le SECO et le SEM pour la Tunisie et l’Égypte.
← 11. Sur la période 2025‑28, le Maroc deviendra un nouveau pays prioritaire, tandis qu’en Colombie, la coopération pour le développement économique laissera place à des relations économiques bilatérales.
← 12. Sur les 11.12 milliards CHF du budget affecté à la Stratégie de coopération internationale 2025‑28, 13 % bénéficieront à l’Ukraine. Si ce budget est en définitive revu à la baisse, l’enveloppe prévue pour l’Ukraine restera sans doute inchangée, ce qui signifie que ce pays bénéficiera d’une part plus élevée du budget.
← 13. Les niveaux des comités opérationnels obligatoires (Opcom) ont été ramenés à deux : l’Opcom 1 (présidé par un responsable de la coopération internationale au sein du réseau externe, ou par un chef de section dans les services centraux) et l’Opcom 2 (présidé, par roulement, par un membre de la direction dans les services centraux). Seules les nouvelles phases de projets doivent être approuvées par l’Opcom 1.
← 14. Les programmes mondiaux du SECO sont, par exemple, le Programme mondial sur la qualité et les normes (Global Quality and Standards Programme) mené avec l’ONUDI et le Programme mondial sur les infrastructures financières (Global Financial Infrastructure Programme) avec la SFI. Le SECO a créé un tableau intitulé « Niveaux d’engagement », dans lequel les ambassades notent leurs interventions par impact et par charge de travail, c’est-à-dire le temps passé pour gérer chacun des programmes.
← 15. L’aide-pays programmable (APP) est la part de l’aide que les donneurs programment au niveau des pays ou des régions. L’APP des donneurs bilatéraux est définie par exclusion, en retranchant du montant total de l’APD bilatérale brute les dépenses au titre d’activités qui : 1) sont par nature imprévisibles (aide humanitaire et allègements de dette) ; 2) n’entraînent pas de mouvements de fonds transfrontaliers (frais administratifs, coûts imputés des étudiants et bourses, action de sensibilisation à la question du développement, coûts afférents aux travaux de recherche et à l’aide aux réfugiés dans les pays donneurs, contributions au budget central d’organisations non gouvernementales, prises de participation financées par l’APD, et aide non ventilable par pays).
← 16. En 2022, l’APP représentait 33.5 % de l’APD bilatérale brute de la Suisse, contre 42 % en moyenne pour les pays du CAD.
← 17. S’agissant des pays non prioritaires situés dans les quatre régions prioritaires de la Suisse, des financements modulables peuvent être alloués par la DDC à des pays représentant des défis ou des atouts pour la politique migratoire suisse, à raison d’un maximum de 60 millions CHF (2021-24). Ces projets sont recommandés par le SEM, examinés au sein de la structure interdépartementale pour la coopération migratoire internationale (structure IMZ) et mis en œuvre par la DDC. Le rôle que la coopération internationale suisse s’est fixé est d’exploiter les avantages des déplacements forcés et des migrations, et d’en gérer les effets néfastes.
← 18. Ce chiffre ne tient pas compte de l’APD fournie par les cantons et les municipalités, ni de celle provenant de canaux multilatéraux, mais il inclut les contributions de la Suisse aux pays en développement ayant une représentation auprès des institutions de l’ONU à Genève. Étant donné les spécificités des déclarations de la Suisse au CAD/à l’OCDE, en particulier son utilisation d’un code polyvalent, il est possible que l’aide humanitaire ne soit pas totalement exclue du calcul de l’APP. Le nombre de pays bénéficiaires de l’APP, en incluant les cantons et municipalités mais en excluant les sources multilatérales s’élève à 109.
← 19. Ce contraste avec les autres membres du CAD peut s’expliquer en partie par les facteurs suivants : i) ne faisant pas partie de l’UE, la Suisse compte davantage de pays partenaires dans le cadre de sa coopération pour le développement ; ii) chaque entité fédérale a ses propres pays prioritaires, d’où le total de 41 ; iii) la Suisse intervient également en dehors de ses pays prioritaires dans le cadre des programmes mondiaux et des financements modulables.
← 20. En 2022, la Suisse ne figurait pas parmi les 10 principaux donneurs dans 13 de ses pays prioritaires, à savoir : Afghanistan, Bangladesh, Cisjordanie et bande de Gaza, Colombie, Égypte, Mozambique, Rwanda, Somalie, République arabe syrienne, Tanzanie, Ukraine, Ouzbékistan et Zambie.
← 21. En 2023, la taille moyenne des projets de la Suisse était de 581 000 USD (versés) ou 1.3 million USD (annoncés).
← 22. La liste transmise avant la visite en Afrique du Sud comprenait 58 projets.
← 23. Ce défi de la fragmentation a été identifié dans l’évaluation des programmes-pays du SECO et est actuellement pris en compte dans la préparation des nouveaux programmes.
← 24. Les objectifs spécifiques sont les suivants : la migration, la santé, les petites et moyennes entreprises (PME) locales, les institutions publiques, la lutte contre la faim, l’eau, la transition énergétique, le renforcement des institutions démocratiques, les droits de participation et l’égalité des genres, l’état de droit et la séparation des pouvoirs.
← 25. Parmi les exemples de liens créés avec les équipes locales, on peut mentionner le rôle de la section Santé et alimentation dans la définition des projets portant sur l’alimentation au Zimbabwe et en Zambie, et dans la réorientation des projets ayant trait à la santé dans ces deux pays.
← 26. Il n’existe pas de document récent sur la stratégie en matière de coopération multilatérale, mais les partenariats et les sommes affectées sont présentés à l’annexe 5 de la Stratégie de coopération internationale 2021‑24.
← 27. Les agences des Nations Unies sont les suivantes : PNUD, UNICEF, FNUAP, ONU FEMMES, Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), PAM, Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Bureau de la coordination des activités de développement (BCAD), Organisation mondiale de la santé (OMS), UNAIDS, Fonds pour la consolidation de la paix et Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH).
← 28. Depuis 2012, l’Office fédéral de l’environnement, la DDC, le SECO, l’Administration fédérale des finances et le DFAE collaborent à l’aide d’une plateforme conjointe au financement de la coopération internationale sur les questions environnementales. Cette plateforme gère à la fois les mécanismes de financement des conventions sur l’environnement, ainsi que la coopération bilatérale et multilatérale sur le sujet.
← 29. Le personnel interne peut rester plus de deux mandats à Berne, mais cela peut nuire à leur évolution de carrière.
← 30. Le fait, pour les agents locaux, d’occuper un poste au sein du système de coopération pour le développement suisse peut en outre leur servir de tremplin pour poursuivre leur carrière dans le système national.
← 31. La formation des diplomates sur ce sujet a été ramenée de sept à deux jours.
← 32. Le sondage réalisé en 2023 auprès du personnel de la DDC indique que 63 % des agents jugent leurs collègues stressés ou très stressés et que 46 % du personnel estiment que le projet « Fit For Purpose » n’a pas amélioré le travail de la DDC.
← 33. Au niveau des pays partenaires, le double rattachement hiérarchique à la DDC et à la Direction des ressources du DFAE complique également la prise de décision. Au Zimbabwe, par exemple, le personnel chargé des programmes estime qu’une plus grosse prise de risques s’impose, alors que la direction financière veut limiter au maximum les risques. Ces arbitrages ou ces tensions s’avèrent plus difficiles à gérer lorsqu’il existe des lignes hiérarchiques parallèles.
← 34. Certaines grandes organisations bilatérales et multilatérales ont des systèmes intégrés, d’autres non. Il est difficile d’associer un système de gestion des performances et des résultats avec un système standard de gestion des données financières uniquement, car ce type d’outil est souvent plus ancien que la version numérique des systèmes de GAR. En revanche, l’utilisation d’identifiants communs (comme des numéros de projets) peut permettre une analyse et un traitement intégrés des informations.
← 35. L’ETH est une université publique de recherche installée à Zurich, dont les principales filières sont les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.
← 36. Ce sondage d’opinion, qui sera réalisé auprès d’un millier de citoyens sur une période de quatre ans, vise à déterminer en quoi les projets menés par la Suisse ont apporté des changements pour la qualité de vie des habitants.
← 37. Le terme Gukurahundi désigne une série de massacres et un génocide perpétré au Zimbabwe à partir de 1983 jusqu’à la signature du pacte d’unité en 1987. Après avoir accédé à l’indépendance en 1980, le Zimbabwe comptait deux partis : le ZANU (Zimbabwe African National Union) et le ZAPU (Zimbabwe African People’s Union), chacun doté d’une armée. Les diverses attaques armées perpétrées par la « 5e brigade » de Mugabe (ZANU) se sont soldées par la mort de près de 20 000 soldats et partisans civils du ZAPU. Signé en 1987, le pacte d’unité a scellé la création d’un parti (ZANU-PF : Zimbabwe African National Union – Patriotic Front) et d’une armée uniques, mais le processus d’apaisement n’est pas achevé.
← 38. En 2019, la Suède consacrait un pourcentage similaire (0.47 % de l’APD totale) à la sensibilisation au développement, mais sa diminution a été moins radicale (0.28 % en 2022).
← 39. En 2020, le référendum sur la conduite responsable des entreprises a suscité en Suisse un important débat qui a montré l’influence de la société civile – représentée par une coalition d’ONG, de groupes religieux et de volontaires –, malgré la défaite finale du camp représenté par cette coalition lors du vote au niveau des cantons. Ce militantisme a cependant provoqué de vives réactions de la part de la classe politique conservatrice, qui a remis en question l’exonération fiscale des ONG ayant une activité politique et appelé à limiter leur rôle dans la défense des intérêts politiques et éducatifs.
← 40. En 2018, Le Cap, qui abrite 4 millions d’habitants, a été la première grande ville du monde à être littéralement privée d’eau. La pénurie totale d’eau a été évitée de justesse grâce à un ensemble complexe de mesures stratégiques et d’actions concrètes, soutenues entre autres par le SECO.
← 41. En 2022, l’APD humanitaire représentait en moyenne 12.95 % de l’APD totale des membres du CAD, après un pic de 15.54 % en 2021. En 2022, les membres du CAD affichant le pourcentage le plus élevé d’APD humanitaire étaient la Lituanie (35.30 %, ce qui représente un pic isolé dû à l’aide humanitaire à l’Ukraine), les États-Unis (23.39 %), le Luxembourg (22.02 %) et le Danemark (21.43 %).
← 42. Activités menées par les pouvoirs publics et les organisations de développement dans le but de promouvoir un environnement favorable au secteur privé dans les pays partenaires. Le développement du secteur privé désigne la nature substantielle d’activités de développement particulières (c’est-à-dire le secteur ciblé par l’intervention en faveur du développement). Les activités portent notamment sur la mise en place d’un environnement politique adéquat, la correction des imperfections du marché (par exemple, le développement des chaînes de valeur) et des interventions au niveau des entreprises (par exemple, le renforcement des capacités, l’accès au financement et aux marchés).
← 43. La définition est volontairement large afin de couvrir toutes les modalités. Le terme désignant la manière dont la coopération pour le développement se déroule, la participation du secteur privé peut se produire dans n’importe quel secteur ou domaine (par exemple, la santé, l’éducation, le développement du secteur privé, les énergies renouvelables, la gouvernance, etc.). Grâce à la participation du secteur privé, le secteur privé et les autres participants peuvent bénéficier des atouts, des relations, de la créativité ou de l’expertise des uns et des autres afin d’obtenir des résultats mutuellement bénéfiques.
← 44. Selon la stratégie 2025‑28, le secteur privé est nécessaire pour mobiliser suffisamment de ressources, d’expertise et d’innovation afin de mettre en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030. Les partenariats avec le secteur privé sont mis en œuvre de deux manières : 1) au moyen d’instruments financiers ou d’investissement qui permettent de mobiliser le secteur privé à des fins de développement ou d’atténuer les risques financiers en cas de défaillance du marché ; et 2) au moyen de projets conjoints et d’initiatives multipartites dans des domaines où la Suisse possède une vaste expérience et d’importantes parts de marché, et qui associent les acteurs du secteur privé pertinents.
← 45. Ces lignes d’action sont les suivantes : politique économique propice à la croissance, système commercial fondé sur un cadre réglementaire, climat d’affaires propice à l’innovation, développement urbain et approvisionnement en infrastructures, accès aux financements, intégration dans des chaînes de valeur, gestion d’entreprise responsable, compétences spécialisées adaptées aux besoins du marché.
← 46. La santé est le secteur dans lequel le volume des fonds de la DDC engagés dans des partenariats avec le secteur privé est le plus élevé, avec près de 44 % des fonds de la DDC dans la PSP. Les principaux acteurs sont les grandes initiatives multipartites qui mettent en commun des fonds publics et privés, comme le Fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme.
← 47. Le SIFEM a pour ambition de consacrer 50 % de ses investissements à de nouveaux fonds d’investissement.
← 48. Pour la prochaine période de coopération internationale (2025‑28), il est envisagé de créer un guichet de financement concessionnel, géré par le SIFEM, qui vise à fournir un financement catalytique et un financement concessionnel pour les investissements à haut risque, principalement dans les PMA, en mettant l’accent sur la sécurité alimentaire et l’inclusion financière.
← 49. Le gestionnaire du fonds est ResponsAbility. Depuis sa création en 2003, ResponsAbility est devenu un gestionnaire d’actifs de premier plan dans le domaine de l’investissement à impact, spécialisé dans les investissements des marchés privés dans l’inclusion financière, la finance climatique et l’alimentation durable.
← 50. « Le SIFEM fournit des financements qui, sans soutien public, ne seraient pas disponibles sur les marchés financiers privés locaux ou internationaux » (https://sifem.ch/fr/).
← 51. Le SIFEM est membre de l’Association des institutions européennes bilatérales de financement du développement. Depuis 2014, il est également signataire de l’accord-cadre de coopération de l’IFC, qui rationalise les procédures de prêt pour les investissements conjoints afin de faciliter l’octroi de financements aux entreprises privées sur les marchés émergents. Depuis, le SIFEM a participé à plusieurs projets aux côtés de l’IFC et adopté les Principes opérationnels pour la gestion de l’impact en 2019.
← 52. Ce faible score est dû au fait que le SIFEM ne permet pas d’exporter des données d’investissement par téléchargement en masse et ne publie pas selon la norme de l’Initiative internationale pour la transparence de l’aide (IITA). En outre, il n’a obtenu aucune note pour les indicateurs au niveau des projets dans les quatre composantes, à l'exception des éléments clés. Le site web du SIFEM a été remanié en 2024 afin de publier davantage d’informations au niveau des projets et de les rendre disponibles au téléchargement. En raison du modèle d’investissement indirect du SIFEM, il n’est pas possible de communiquer les détails de certains projets pour des raisons de protection des données, ou d’indisponibilité des données et des ressources.
← 53. En ce qui concerne le secteur privé, la DDC, en collaboration avec le SECO, a achevé le projet Herakles, qui précise et définit les conditions juridiques et financières à remplir pour mener des projets de PSP. La voie a ainsi été ouverte pour la poursuite de l’expansion de la PSP au sein de la DDC, notamment par le biais d’un crédit d’investissement dédié, qui met l’accent sur les engagements concernant la première perte dans les fonds structurés.
← 54. Ces évaluations recommandaient d’adopter une stratégie plus claire, de renforcer la coordination et de mettre davantage l’accent sur la durabilité.
← 55. Comme le fonds BUILD ou Agri-Business Capital (ABC).
← 56. Le Groupe de la Banque mondiale et le FIDA assument une responsabilité partagée en matière de gouvernance et les positions sont arrêtées conjointement. Les représentants pour le Groupe de la Banque mondiale : Gouverneur (DEFR), Vice-gouverneur (DFAE). Pour le FIDA : Gouverneur (DDC), Vice-gouverneur (SECO).
← 57. Plus de 60 millions USD ont été engagés par six États membres et institutions de développement représentant le Canada, les États-Unis, la Norvège, le Luxembourg, la Suède et les pays nordiques par l’intermédiaire du Fonds nordique de développement en faveur du Fonds BUILD, un fonds d’investissement mixte à impact, ainsi que par l’intermédiaire du mécanisme d’assistance technique qui lui est associé.
← 58. Les pays visés par la Recommandation sont les pays les moins avancés (PMA), les pays pauvres très endettés (PPTE), les autres pays à faible revenu ainsi que les pays et territoires bénéficiant uniquement des crédits de l’Association internationale de développement (IDA). La Recommandation ne s’applique qu’à certains secteurs, excluant, entre autres, les bourses d’études et la coopération technique pure.
← 59. En 2023, le SECO Start-up Fund disposait d’un portefeuille actif de 23 prêts pour un montant total de 8 millions CHF.
← 60. Ces six secteurs sont : le poisson et les fruits de mer, les aliments transformés, les ingrédients naturels, le bois technique, les textiles à valeur ajoutée et le tourisme durable.