Nous analysons dans ce chapitre les mesures de financement et autres mesures prises en faveur des contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême : nous examinons le financement du développement, y compris l’aide publique au développement ; les questions cruciales soulevées par la prévention des conflits ; et les idées nouvelles qui se font jour concernant les environnements marqués par des contraintes politiques, les partenariats économiques et la collaboration avec le secteur privé. Le chapitre se conclut par une partie spécifiquement consacrée à l’étude des possibilités offertes par de nouvelles données et méthodes pour améliorer les mesures prises à l’égard des contextes fragiles au niveau infranational.
3. État des mesures de réponse aux crises et aux situations de fragilité
Copier le lien de 3. État des mesures de réponse aux crises et aux situations de fragilitéDescription
En bref
Copier le lien de En brefÉtat des mesures de réponse aux crises et aux situations de fragilité
Les bailleurs ont réagi aux crises mondiales en accordant des volumes records d’aide publique au développement (APD) et d’autres financements concessionnels en 2023, pour un montant total de 258.4 milliards USD. Le volume total des aides accordées par l’ensemble des bailleurs aux contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême en 2023 s’est établi à 92 milliards USD.
Dans ce total, l’aide octroyée par les pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) aux contextes présentant un niveau de fragilité élevé ou extrême a atteint 70.1 milliards USD, soit un montant supérieur de 2 % à celui de 2020 et représentant 52 % de l’aide ventilable par pays accordée par les membres du CAD. Toutefois, la part de leur APD totale correspondant à ces contextes a chuté à un niveau en deçà duquel elle ne s’est établie qu’une seule fois au cours des 20 dernières années.
L’APD accordée par les membres du CAD aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême en 2023 relevait à hauteur de 31 % de l’action humanitaire, de 58.6 % du développement et de 10.4 % de la recherche de la paix. Le volume de l’APD consacrée à la recherche de la paix s’établit aujourd’hui à un niveau en deçà duquel il ne s’est trouvé qu’une seule fois depuis 2004.
Les bailleurs du CAD et leurs homologues multilatéraux ont accordé 19.4 milliards USD d’APD destinée à l’action humanitaire à des contextes présentant un niveau de fragilité élevé ou extrême en 2023, dont 81 % ont transité par des organismes multilatéraux et des organisations non gouvernementales (ONG). Ils ont accordé 60.9 milliards USD d’APD axée sur le développement et 8 milliards USD d’APD destinée à la recherche de la paix à des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, dont 73 % ont transité par des structures autres que des organismes multilatéraux ou des ONG.
En l’espace de dix ans, les apports des membres du CAD au financement du développement lié au climat ont plus que doublé pour les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême, atteignant 12.7 milliards USD en 2021-22. Les bailleurs multilatéraux ont multiplié par plus de trois leurs apports, qui ont atteint 16.3 milliards USD en 2021-22. Cette augmentation a pris dans une large mesure la forme de prêts. Or, les contextes dont les marges de manœuvre budgétaires sont limitées peuvent avoir des difficultés à accéder aux prêts et à en assurer le service, en particulier lorsqu’il s’agit de crédits octroyés aux conditions du marché.
Les effets positifs potentiels de la prévention des conflits sur le plan géopolitique et en matière de sécurité humaine sont ignorés. L’APD axée sur la prévention des conflits reste proche de son niveau le plus bas. En 2023, l’APD axée sur la prévention des conflits accordée aux contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême a représenté moins de 4 % de la totalité de l’aide publique au développement octroyée par les membres du CAD (1.7 milliard USD).
Il est temps de proposer aux acteurs du développement d’œuvrer en faveur de la paix. L’analyse de la fragilité accrédite l’idée que la réussite des activités de prévention des conflits est subordonnée au fait qu’elles reposent sur de solides fondements économiques et relatifs au développement. La mise à profit et l’exploitation en réseau des progrès réalisés en matière d’analytique des données adaptée aux réalités géopolitiques peuvent améliorer l’implication dans la prévention des conflits en amont.
Dans le contexte actuel de rivalités géopolitiques, il est plus difficile de favoriser des trajectoires de développement durable lorsque le dialogue politique est limité. Le désengagement a un coût, mais les efforts déployés par les membres du CAD pour définir une approche fondée sur des principes et consolider le socle de connaissances dont ils disposent contribueront à améliorer à la fois la prise de décisions et la cohérence avec les acteurs étrangers et de la sécurité dans les environnements soumis à des contraintes politiques.
Les membres du CAD, les institutions financières internationales (IFI) et les autres partenaires au développement s’efforcent de trouver de nouvelles sources de financement et de mettre en place différents types de partenariat économique associant les secteurs public et privé. Ces approches devraient être considérées comme importantes d’un point de vue stratégique, et non uniquement comme des démarches transactionnelles ou techniques, et elles peuvent offrir de nouveaux points d’entrée au dialogue sur les politiques à suivre. La réussite ou l’échec de ce changement dépendra de la mesure dans laquelle ces nouveaux investissements et approches sont adaptés aux différentes dimensions de la fragilité et permettent d’y remédier.
Les données disponibles laissent à penser que les bailleurs peuvent négliger des poches de fragilité à l’intérieur des pays ou des zones de conflit infranational. L’élargissement du champ des analyses au niveau infranational permet d’en tirer des éclairages plus approfondis et des informations plus précises, qui sont souvent occultés par la « tyrannie des moyennes » qui prévaut dans les comparaisons internationales.
La diversité des profils de fragilité identifiés dans le chapitre 2 exige une cohérence des mesures en faveur du développement et de la paix adoptées pour renforcer la résilience, atténuer les risques et prévenir les conflits. Ce sont les contextes et les sociétés elles-mêmes qui déterminent au premier chef les voies empruntées pour réduire la fragilité. Les organisations et partenaires internationaux peuvent cependant jouer un rôle d’accompagnement important en matière de financement, d’analyse, de renforcement des capacités, de diplomatie et de partenariats. Au cours des dix dernières années, les débats mondiaux sur l’action publique et les financements ont considérablement évolué, par exemple en ce qui concerne la mobilisation des financements nationaux et internationaux au service du développement, la mise en œuvre de l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix, la réforme des Nations Unies, l’évolution des IFI, et l’établissement des fondations à partir desquelles il sera possible de faire progresser la prévention des conflits. Néanmoins, dans la mesure où le processus graduel de réforme a été confronté à une série de chocs, il est difficile pour les approches adoptées à l’échelle mondiale en matière d’action publique et de financement de suivre le rythme auquel évoluent les besoins des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême.
Ce chapitre débute par une analyse des apports d’APD accordée aux contextes présentant un niveau de fragilité élevé ou extrême, selon les formes que prennent ces apports, les domaines qu’ils visent et la proportion de l’aide publique au développement totale qu’ils représentent. Il porte ensuite sur deux éléments essentiels pour la progression de l’action publique dans un monde en proie aux turbulences : premièrement, l’importance cruciale que revêt la réalisation du potentiel de prévention des conflits et, deuxièmement, les effets bénéfiques des idées nouvelles qui se font jour concernant les partenariats économiques, notamment par le biais de systèmes économiques essentiels et de la collaboration avec le secteur privé. Le chapitre se conclut par une étude des possibilités offertes par de nouvelles données et méthodes pour étayer ces formes d’engagement grâce à une meilleure compréhension de la fragilité au niveau infranational.
Mesures financières prises pour les contextes fragiles
Copier le lien de Mesures financières prises pour les contextes fragilesL’APD constitue généralement une ressource stable pour les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême. Les volumes d’investissement direct étranger (IDE), en revanche, sont nettement plus fluctuants, en particulier pour les contextes présentant une fragilité extrême.
De 2020 à 2023, l’APD accordée par des bailleurs publics aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême a diminué. La communauté des bailleurs a rehaussé le niveau historiquement élevé de ses engagements d’APD pendant la crise liée au COVID-19, mais la cohérence de l’aide publique au développement, en particulier dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, a été mise à l’épreuve à de nombreux égards. Les répercussions de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, une crise du coût de la vie survenue dans de nombreux pays membres du CAD et un besoin d’aide humanitaire qui a été de loin supérieur aux récents engagements des bailleurs ne sont que trois des facteurs influant sur la réponse financières à la fragilité. La dynamique de réaction à la fragilité climatique et environnementale a également constitué une caractéristique essentielle, et positive, de l’évolution de la structure de l’APD. Cela dit, l’équilibre entre les initiatives de recherche de la paix et les politiques de développement est de plus en plus problématique pour plusieurs raisons évoquées dans ce chapitre. Nous nous focalisons dans cette section sur l’ampleur de l’APD axée sur la fragilité, en examinant les trois dernières années pour lesquelles des données sont disponibles, et en mettant en exergue l’évolution de l’APD destinée aux contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême, notamment les déficits systémiques d’APD axée sur la recherche de la paix.
Ce rapport ne prend pas encore en compte les réductions d’APD annoncées par plusieurs membres du CAD de l’OCDE, celles-ci n’apparaissant pas pour le moment dans le Système de notification des pays créanciers, dont les données ne vont que jusqu’à 2023. Ces réductions ont été proposées en raison de priorités internes concurrentes, notamment dans les domaines de la défense et de la protection sociale, et seront probablement lourdes de conséquences pour la politique étrangère, la politique de développement et la politique économique des bailleurs et des partenaires.
Plus les contextes sont fragiles, plus la part de l’APD dans le financement extérieur de leur développement est élevée
L’aide publique au développement reste une ressource primordiale, en particulier s’agissant des contextes caractérisés par une fragilité extrême, pour lesquels elle représente deux tiers du financement extérieur total en 2023 (Graphique 3.1). Ainsi, le volume total d’ADP accordé à ces contextes en 2023 a été plus de deux fois supérieur à celui des envois de fonds des travailleurs émigrés et 540 fois supérieur à celui de l’IDE1. Dans les contextes caractérisés par un niveau élevé de fragilité, l’APD ne représente que 26 % des financements extérieurs, tandis que la part des envois de fonds des travailleurs émigrés s’établit à 53 % et celle de l’IDE à 15 %. Derrière ces moyennes se dissimulent de fortes disparités (chapitre 2).
Graphique 3.1. Financement extérieur du développement par catégorie de fragilité, 2023
Copier le lien de Graphique 3.1. Financement extérieur du développement par catégorie de fragilité, 2023
Note : Le sigle AASP désigne les autres apports du secteur public. Les pourcentages correspondant aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême ont été arrondis, si bien que leur somme n’est pas égale à 100 %.
Source : Groupe de la Banque mondiale (2024[1]), Indicateurs du développement dans le monde (base de données), https://databank.banquemondiale.org/reports.aspx?source=world-development-indicators ; et OCDE (2024[2]), Explorateur des données de l’OCDE, SNPC : Système de notification des pays créanciers (flux) (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/17r.
Bien que les volumes d’APD aient augmenté globalement, la proportion de l’APD ventilable par pays destinée à des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême a diminué
Globalement, l’APD accordée par tous les bailleurs publics a atteint en 2023 le niveau record de 258.4 milliards USD, ce qui représentait une hausse de 23 % par rapport à 2020. Sur ce total, les apports nets d’APD aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême provenant de tous les fournisseurs de coopération pour le développement, y compris les apports des institutions multilatérales, ont atteint 92 milliards USD en 2023. Cela représentait une baisse de 9 % par rapport au volume record de 2020.
Sur ce total de 92 milliards USD, les pays du CAD ont fourni 70.1 milliards USD d’APD aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, représentant 52 % de leur aide ventilable2. Depuis vingt ans, la part de l’APD ventilable par pays accordée par les membres du CAD aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême n’avait été plus faible qu’une seule fois, en 2022. La proportion de l’APD ventilable par pays octroyée par les membres du CAD à ces contextes s’est établie en moyenne à 64.8 % au cours de la période 2012-21, avant de reculer aux alentours de 51-52 % en 2022 et 2023. La diminution de l’aide apportée par les pays du CAD aux contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême en 2023 contraste de manière saisissante avec le volume total d’APD accordée par ces pays la même année, qui a atteint le niveau sans précédent de 222.9 milliards USD. De 2019 à 2023, l’APD accordée aux contextes présentant un niveau de fragilité moyen à faible par les membres du CAD a quasiment doublé, ce qui a représenté l’essentiel de l’augmentation de leur aide ventilable par pays. Cela vaut en particulier pour l’Ukraine, qui a reçu plus d’un cinquième de la totalité de l’aide ventilable par pays octroyée par les membres du CAD en 2023. Une forte proportion de l’aide publique au développement accordée par les pays du CAD a également servi à financer les coûts des réfugiés dans les pays bailleurs (32.5 milliards USD).
L’APD accordée par les membres du CAD aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême au titre de la recherche de la paix et du développement a diminué entre 2020 et 2023, tandis que l’APD destinée à l’action humanitaire a augmenté
Les bailleurs du CAD et leurs homologues multilatéraux ont accordé 19.4 milliards USD d’APD destinée à l’action humanitaire à des contextes présentant un niveau de fragilité élevé ou extrême en 2023, dont 81 % ont transité par des organismes multilatéraux et des organisations non gouvernementales (ONG). Ils ont accordé 60.9 milliards USD d’APD axée sur le développement et 8 milliards USD d’APD destinée à la recherche de la paix à des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, dont 73 % ont transité par des structures autres que des organismes multilatéraux ou des ONG.
En 2023, 31 % de l’APD accordée par les pays du CAD à des contextes très ou extrêmement fragiles étaient axés sur l’action humanitaire, 58.6 % sur le développement et 10.4 % sur la recherche de la paix. L’APD accordée par les membres du CAD au titre du développement et de la recherche de la paix à des contextes présentant un niveau de fragilité élevé ou extrême a diminué depuis 2020 (Graphique 3.2 et Graphique 3.3). La part globale de l’APD octroyée par les membres du CAD pour ces deux piliers de l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix est tombée à un point bas en 2023. En revanche, l’aide humanitaire apportée à ces contextes a augmenté en volume et en pourcentage du total, atteignant un niveau sans précédent en 2023 (15.9 milliards USD).
Graphique 3.2. Aide publique au développement accordée par les membres du Comité d’aide au développement aux contextes fragiles, ventilée entre action humanitaire, développement et recherche de la paix, 2002-23
Copier le lien de Graphique 3.2. Aide publique au développement accordée par les membres du Comité d’aide au développement aux contextes fragiles, ventilée entre action humanitaire, développement et recherche de la paix, 2002-23
Source : OCDE (2024[2])Explorateur des données de l’OCDE, SNPC : Système de notification des pays créanciers (flux) (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/17r.
Infographie 3.1. Aide publique au développement accordée aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême
Copier le lien de Infographie 3.1. Aide publique au développement accordée aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême
Source : OCDE (2024[2])Explorateur des données de l’OCDE, SNPC : Système de notification des pays créanciers (flux) (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/17r ; OCDE (2025[3]), CAD2 : Versements d’aide (APD) aux pays et régions (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/17s.
L’APD accordée par les membres du CAD aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême a été de plus en plus axée sur l’action humanitaire, et l’APD pilotée à l’échelon local a reculé
Les bailleurs membres du CAD ont consacré 6.3 milliards USD à l’APD pilotée à l’échelon local accordée aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême en 2023. L’APD pilotée à l’échelon local désigne l’aide publique au développement qui transite par des organisations non gouvernementales (ONG) établies dans le pays considéré ou par les administrations infranationales et nationale. L’essentiel de l’APD pilotée à l’échelon local (74 %) transite par les administrations nationales. En 2023, le volume d’APD pilotée à l’échelon local était inférieur de près d’un cinquième à celui de 2020 et principalement destiné aux contextes caractérisés par une fragilité élevée. Ce point est crucial, étant donné qu’une grande partie de cette aide est utilisée pour renforcer la résilience face aux risques associés à la fragilité environnementale et humaine (voir l’exemple des Îles Salomon évoqué dans le chapitre 4). Un peu plus de 1 % de l’APD pilotée à l’échelon local a transité par des administrations infranationales, et 25 % par des organisations de la société civile (OSC) locales, ce qui représente une augmentation en proportion et en volume par rapport à 2020. Le suivi de ces chiffres au cours des dix prochaines années offrira un indicateur important de la mesure dans laquelle des approches du développement pilotées à l’échelon local sont appliquées.
La ventilation par secteur de l’APD en 2023, en pourcentage, correspondait globalement à celle de 2020. Seule l’aide humanitaire faisait exception, sa part ayant augmenté de 26 % à 31 %. Le secteur de l’infrastructure et des services sociaux est celui qui a reçu la part la plus importante (40 %, soit 20.5 milliards USD) de l’APD totale accordée par les membres du CAD en 2023, part qui était supérieure en 2020. Le secteur de l’infrastructure et des services économiques a reçu 5.3 milliards USD (10.7 %), les secteurs de production ont bénéficié de 4.2 milliards USD (8.1 %), et l’aide à destination plurisectorielle et transversale s’est montée à 2.6 milliards USD (5.1 %).
Graphique 3.3. La part de l’APD consacrée par les membres du CAD à l’action humanitaire a augmenté, tandis que celle de l’APD correspondant à la recherche de la paix – en particulier aux activités secondaires de consolidation de la paix – a diminué, entre 2014 et 2023
Copier le lien de Graphique 3.3. La part de l’APD consacrée par les membres du CAD à l’action humanitaire a augmenté, tandis que celle de l’APD correspondant à la recherche de la paix – en particulier aux activités secondaires de consolidation de la paix – a diminué, entre 2014 et 2023
Source : OCDE (2024[2])Explorateur des données de l’OCDE, SNPC : Système de notification des pays créanciers (flux) (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/17r.
Les insuffisances de l’APD axée sur la recherche de la paix sapent la résilience dans de nombreux contextes
Le volume de l’APD accordée par les membres du CAD au titre de la recherche de la paix a atteint un niveau sans précédent de 26.7 milliards USD en 2023, à la suite d’augmentations des aides principalement destinées à l’Ukraine l’année précédente, ce pays ayant reçu 9.3 milliards USD en 2022 et 10.6 milliards USD en 2023 (Encadré 3.1). Néanmoins, ce mouvement de hausse ne se retrouve pas dans l’évolution de l’APD axée sur la recherche de la paix accordée par les membres du CAD aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, qui n’a été plus faible qu’une seule fois depuis 2004.
Encadré 3.1. L’aide publique au développement (APD) accordée à l’Ukraine
Copier le lien de Encadré 3.1. L’aide publique au développement (APD) accordée à l’UkraineBien que l’Ukraine soit considérée comme relevant des contextes caractérisés par une fragilité moyenne à faible (chapitre 2), la réaction internationale à l’agression armée perpétrée par la Russie contre l’Ukraine a eu un impact considérable sur le volume d’APD accordée à l’Ukraine, et un effet secondaire sur l’aide publique au développement dont ont bénéficié les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême. En l’espace d’un an, l’APD octroyée par les bailleurs officiels à l’Ukraine a été multipliée par plus de 13, passant de 2.2 milliards USD en 2021 à 28.8 milliards USD en 2022. Ce mouvement s’est poursuivi en 2023, l’APD totale se hissant à 38.9 milliards USD, dont plus de 99 % provenait des membres du CAD. En conséquence, l’Ukraine est devenue le pays bénéficiaire du volume d’aide internationale le plus important qui ait jamais été octroyé au cours d’une seule et même année. L’APD axée sur le développement a représenté 62.1 % du volume total en 2023, celle destinée à la recherche de la paix 28.5 %, et l’aide humanitaire 9.4 % (Graphique 3.4). En 2023, 49 % de l’APD totale ont pris la forme d’aides budgétaires et 50 % ont transité par l’administration ukrainienne, alors que ces proportions s’établissaient respectivement à 32 % et 38 % en 2022.
Graphique 3.4. L’APD accordée par les bailleurs officiels à l’Ukraine, qu’elle soit destinée à l’action humanitaire, au développement ou à la recherche de la paix, est montée en flèche en 2023
Copier le lien de Graphique 3.4. L’APD accordée par les bailleurs officiels à l’Ukraine, qu’elle soit destinée à l’action humanitaire, au développement ou à la recherche de la paix, est montée en flèche en 2023
Source : OCDE (2024[2])Explorateur des données de l’OCDE, SNPC : Système de notification des pays créanciers (flux) (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/17r.
Dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, l’APD accordée par les membres du CAD au titre de la recherche de la paix a diminué de 28 % entre 2019 et 2023, si bien qu’elle s’est établie à 5.3 milliards USD en 2023. Le niveau obstinément faible des financements axés sur la recherche de la paix est incompatible avec la diversité et l’augmentation actuelles des besoins de consolidation de la paix, sachant que l’année 2023 a été marquée par le nombre le plus élevé de conflits violents recensés depuis 1946. Cette baisse est principalement imputable aux activités secondaires de consolidation de la paix3 (OCDE, 2023[4]). Parmi les objectifs secondaires de consolidation de la paix, certaines des baisses les plus marquées observées depuis 2019 ont eu lieu dans des domaines critiques de l’aide : « politiques publiques et gestion administrative » (-79 %), « développement des services légaux et judiciaires » (-66 %) et « assemblées législatives et partis politiques » (-53 %). Même au sein de la catégorie des activités essentielles de consolidation de la paix, on a pu observer des baisses notables de l’APD accordée au titre de la « participation à des opérations internationales de maintien de la paix » (-84 %) et de la « gestion et réforme des systèmes de sécurité » (-37 %).
Compte tenu des baisses des financements destinés aux activités secondaires de consolidation de la paix, des activités importantes pour renforcer la résilience, comme celles associées à la gouvernance, à la justice et à la gestion des crises, se retrouvent tributaires d’une poignée de bailleurs, ce qui crée des risques supplémentaires en matière de financement prévisible et à long terme. Ainsi, les trois principaux bailleurs aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême pour le développement des services légaux et judiciaires – à savoir les États‑Unis, l’Australie et les institutions de l’Union européenne (UE) (Encadré 3.2) – ont représenté 60 % de l’aide fournie au cours des dix dernières années.
Encadré 3.2. L’expérience de l’UE en matière de gestion civile des crises : quels sont les dispositifs qui fonctionnent ?
Copier le lien de Encadré 3.2. L’expérience de l’UE en matière de gestion civile des crises : quels sont les dispositifs qui fonctionnent ?Les missions civiles relevant de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’Union européenne (UE) sont sans équivalent
La PSDC est le principal cadre d’action qui permet à l’UE de jouer un rôle de premier plan dans les opérations de maintien de la paix, de prévention des conflits et de renforcement de la sécurité internationale. Elle fait donc partie intégrante de l’approche intégrée de l’Union européenne en matière de gestion des crises, et repose à la fois sur des moyens civils et militaires. Grâce au déploiement de missions civiles relevant de la PSDC, les États membres de l’UE étayent et renforcent les capacités de sécurité civile par le biais d’activités de suivi, de mentorat et conseil destinées aux institutions nationales et en jouant un rôle exécutif s’il en a été convenu ainsi. Depuis 2003, l’UE a déployé 25 opérations civiles de gestion de crise au titre de la PSDC. Les opérations civiles relevant de la PSDC sont sans équivalent, au sens où elles sont réalisées dans une large mesure par des experts issus des services chargés de la justice et des affaires intérieures dans les États membres de l’UE. Les comités du Conseil de l’UE, qui font partie intégrante de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), prennent toutes les décisions relatives au contrôle politique et à l’orientation stratégique des missions civiles relevant de la PSDC. En 2024, l’UE a mené 12 opérations civiles de gestion de crise au titre de la PSDC.
Mettre en cohérence les ressources et les priorités internes et externes pour rester engagé
Au début des missions, il faut trouver un juste équilibre entre deux dynamiques à caractère stratégique : l’urgence souvent extrême dans laquelle sont prises les décisions et la volonté tout aussi forte de « faire les choses bien ». Elles sont également mises en balance avec le « coût de l’inaction » anticipé. Il s’agit d’un élément important (quoique non explicite) du processus décisionnel, qui dépend également de facteurs tels que la brève durée du déploiement (les mandats ne pouvant excéder deux ans, même s’ils sont renouvelables), les besoins identifiés (qui détermineront les objectifs opérationnels de la mission, tels qu’ils seront définis d’un commun accord avec l’État ou les États d’accueil), ainsi que la persistance du plus haut degré possible de maîtrise du processus et d’adhésion à celui-ci au niveau local dans le ou les pays d’accueil. Ce processus s’inscrit dans le contexte des investissements financiers et humains envisagés, qui sont considérables : les ressources financières sont tirées du budget de la politique étrangère et de sécurité commune, tandis que les ressources humaines proviennent des services des États membres de l’UE. Dans ce contexte complexe, les missions civiles relevant de la PSDC visent à obtenir les meilleurs résultats possibles dans le cadre de l’exécution de leur mandat, afin de traduire dans les faits les décisions politiques et relevant de l’action publique prises par les États membres de l’UE. L’expérience acquise lors de ces missions fournit des indications sur les dispositifs « qui fonctionnent ».
L’exemple de l’Ukraine montre l’importance de rester présent sur le terrain
À la suite de l’invasion massive injustifiée de l’Ukraine par la Russie, le Conseil européen a rapidement ajusté le mandat de la mission de conseil de l’Union européenne en Ukraine (EUAM Ukraine) pour lui permettre de faire face aux besoins urgents et au nouveau contexte en matière de sécurité en Ukraine. La décision des États membres de l’UE non seulement de maintenir mais aussi d’étoffer l’EUAM Ukraine s’est avérée déterminante pour attirer des ressources supplémentaires dont l’Ukraine avait un besoin crucial. Le dialogue renforcé avec les autorités nationales à tous les niveaux, y compris à l’échelon local, a été essentiel pour coordonner les efforts internationaux d’aide d’urgence et fournir aux partenaires les informations nécessaires pour garantir l’adoption de mesures éclairées en temps voulu, alors que la guerre perturbait ou compromettait les canaux de communication en place.
L’ajustement du périmètre, de la nature et de l’ampleur de l’EUAM Ukraine lui a permis d’être plus adaptée aux besoins, qui se sont fait jour à un rythme très rapide : il a été essentiel d’amener la mission aux points de passage frontaliers pour fournir des informations, et l’aide offerte au ministère public ukrainien pour enquêter sur les allégations de crimes contre l’humanité et poursuivre leurs auteurs présumés est devenue une composante essentielle des efforts déployés par l’Ukraine pour coordonner les réactions internationales à ces crimes, etc.
Faire face à la fragilité et aux effets d’entraînement régionaux : l’intérêt de mettre en place une opération unique dans des pays voisins
En décembre 2023, l’Union européenne a créé l’initiative de l’UE en matière de sécurité et de défense en faveur des pays d’Afrique de l’Ouest situés dans le golfe de Guinée, sur la base des besoins identifiés et formulés par les quatre pays concernés (le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo). Cette initiative est destinée à renforcer la coordination au niveau régional et à aider les acteurs locaux à agir plus efficacement dans un cadre régional ou transfrontalier, et comprend un pilier civil et un pilier militaire ; c’est la première fois que des missions civile et militaire relevant de la PSDC sont déployées ensemble au même moment et dans le même cadre. À ce titre, les deux sont considérées et conçues comme une seule et même entité, tout en étant modulaires et flexibles. Au cours de la première phase de la composante civile de l’initiative, six conseillers seront affectés aux délégations de l’UE dans la région, pour réaliser une analyse contextuelle des besoins concrets et élaborer des projets de conseil et de formation.
Conjuguer connaissances techniques et prise d’initiative dans le cadre des opérations pour garantir une collaboration solide
À mesure que progresse l’exécution d’un mandat, assouplir ou consolider la collaboration dans le cadre d’une mission peut faciliter la réalisation de tâches qui ne sont pas expressément prévues mais peuvent devenir pertinentes. Le mandat de la mission de conseil PSDC de l’Union européenne en République centrafricaine (EUAM RCA) consiste avant tout à rétablir l’autorité de l’État et la bonne gouvernance dans tout le pays, mais à un moment donné, des actions telles que la lutte contre le trafic illicite ont commencé à apparaître comme des corollaires nécessaires de l’axe principal du mandat, selon lequel la mission devait contribuer à rétablir l’autorité de l’État en République centrafricaine. En s’attaquant au trafic illicite, la mission a contribué à recouvrer des gains illicites, dont auraient bénéficié dans le cas contraire les divers groupes armés qui contestent l’autorité de l’État. La mission travaille avec différents organismes publics, notamment les services douaniers (s’agissant des biens et marchandises) et les services chargés de la gestion des eaux et forêts (en ce qui concerne les espèces protégées et les brigades mobiles de vérification). Ces actions sont étayées par les fonctions de mentorat et de conseil dans le domaine de l’état de droit de la mission, destinées à rationaliser les mesures internes de lutte contre la corruption dans les services susmentionnés.
S’engager sur le long terme : bâtir une collaboration au niveau stratégique
Dans la mesure où les conflits se complexifient, se mondialisent et s’entremêlent, l’UE a affiné ses stratégies pour mieux faire face aux crises qui se produisent en dehors de ses frontières. La stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne définit une approche intégrée pour l’implication de l’UE dans les conflits et les crises extérieurs. Un objectif central de la PSDC civile consiste à entretenir des liens étroits de partenariat avec les pays d’accueil ainsi qu’à obtenir la participation et le soutien de ce que la stratégie appelle les États tiers et d’autres partenaires, notamment des acteurs locaux et autres présents sur le terrain, dans le cadre d’une approche coordonnée. L’approche intégrée tient également compte des différents rôles, obligations juridiques et contraintes des acteurs en situation de crise, en vue de maximiser le potentiel de renforcement mutuel à différents niveaux. Le pacte de l’UE en matière de PSDC civile (diffusé uniquement en anglais sous le titre Civilian CSDP Compact : Towards more effective civilian missions), publié en mai 2023, a encore renforcé cette approche et présente 20 engagements concrets pris par les États membres et les institutions de l’UE pour améliorer les capacités et l’efficacité des missions civiles relevant de la PSDC.
Source : Union européenne (2022[5]), The Common Security and Defence Policy: Civilian Compact, https://www.eeas.europa.eu/node/410491_fr.
Le rôle grandissant des pays non membres du CAD et des IFI dans l’aide accordée aux contextes caractérisés par un niveau élevé ou extrême de fragilité
L’APD accordée par des organisations multilatérales aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême a augmenté de 50 % depuis 2015, et l’APD émanant des pays non membres du CAD a plus que doublé au cours de la même période4. Les organisations multilatérales ont octroyé 37.2 milliards USD à ces contextes en 2023, et les pays non membres du CAD 12.3 milliards USD. Les pays non membres du CAD et les organisations multilatérales jouent un rôle particulièrement marquant s’agissant de l’APD destinée à l’action humanitaire et axée sur le développement, respectivement. Les pays non membres du CAD ont affecté 59 % de leur aide au développement aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême sous la forme d’APD destinée à l’action humanitaire en 2023, tandis que l’APD fournie par les organisations multilatérales était essentiellement axée sur le développement (à hauteur de 83 %). La plus grande partie (85 %) de l’APD axée sur l’action humanitaire accordée par les pays non membres du CAD a bénéficié à la Syrie en 20235.
Les IFI ont fourni 71 % des 37.2 milliards USD accordés par les organisations multilatérales aux contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême en 2023, suivies par les autres organisations multilatérales et le système des Nations Unies, à hauteur de 17 % et de 12 % respectivement6. Entre 2015 et 2023, l’APD accordée par les IFI aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême s’est hissée de 16.1 milliards USD à 25.4 milliards USD. L’utilisation croissante des IFI et des organisations multilatérales est étroitement corrélée au changement de comportement des pays du CAD : en 2023, 38 % de leurs apports nets d’APD destinés aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême ont pris la forme d’apports multilatéraux, soit la proportion la plus élevée des vingt dernières années7. Compte tenu des tendances mises en évidence dans le chapitre 1, ces évolutions peuvent être interprétées comme un changement d’orientation des pays du CAD qui sont à la recherche d’autres partenaires que les gouvernements dans ces contextes, et en particulier dans les environnements soumis à des contraintes politiques.
Encadré 3.3. L’aide publique au développement (APD) destinée à la Cisjordanie et à la bande de Gaza
Copier le lien de Encadré 3.3. L’aide publique au développement (APD) destinée à la Cisjordanie et à la bande de GazaSachant que la dimension relative à la sécurité s’est nettement dégradée depuis la fin de 2023, la version actuelle du Cadre de l’OCDE sur la fragilité ne rend compte que des tout premiers effets induits à cet égard et ne reflète donc pas la réalité de la situation actuelle. Néanmoins, pour les futurs travaux dans la région, en particulier ceux axés sur le redressement et la reconstruction, la disponibilité des données concernant la Cisjordanie et la bande de Gaza constitue un motif de préoccupation important. À la fin de 2023, qui est la dernière année couverte par l’analyse, seuls 20 des 56 indicateurs utilisés dans le Cadre de l’OCDE sur la fragilité étaient disponibles pour l’année la plus récente, si bien qu’il était plus difficile d’appréhender les tendances et les évolutions récentes et futures, notamment dans la dimension environnementale, à laquelle correspondaient la plupart des données manquantes.
L’APD destinée à la Cisjordanie et à la bande de Gaza comme point de référence pour l’engagement futur
Globalement, l’APD octroyée par les bailleurs officiels à la Cisjordanie et à la bande de Gaza est restée stable de 2014 à 2022 et a augmenté de 53 % de 2022 à 2023. Dans l’ensemble, l’APD axée sur l’action humanitaire s’est accrue en proportion et en volume depuis 2017, atteignant un pic de 49 % des fonds attribués en 2023 (soit 1.7 milliard USD). L’APD destinée à la recherche de la paix a diminué en volume et en proportion entre 2020 et 2023 (Graphique 3.5). Deux pays non membres du CAD, les Émirats arabes unis et le Qatar, ont représenté 28 % et 11 % respectivement de l’aide humanitaire fournie à la Cisjordanie et à la bande de Gaza en 2023. Également en 2023, l’essentiel de l’APD (53 %) a transité par des organisations multilatérales, 20 % par des gouvernements de pays bailleurs, et 13 % par des ONG ou la société civile.
Graphique 3.5. Volume et ventilation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix de l’APD accordée par les bailleurs officiels à la Cisjordanie et à la bande de Gaza, 2013-22
Copier le lien de Graphique 3.5. Volume et ventilation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix de l’APD accordée par les bailleurs officiels à la Cisjordanie et à la bande de Gaza, 2013-22
Note : Certains pourcentages correspondant à la ventilation annuelle entre action humanitaire, développement et recherche de la paix de l’APD accordée à la Cisjordanie et à la bande de Gaza ont été arrondis au nombre entier le plus proche, si bien que leur somme n’est pas égale à 100 %.
Source : OCDE (2024[2])Explorateur des données de l’OCDE, SNPC : Système de notification des pays créanciers (flux) (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/17r.
Bien que le financement du développement lié au climat soit considéré comme une chance, il peut être difficile d’y accéder
Le changement climatique et la dégradation de l’environnement ont des répercussions sur de multiples dimensions de la fragilité. Dans de nombreux contextes, les capacités d’y faire face sont limitées. Pour mieux ajuster leurs financements aux besoins, les bailleurs devraient 1) adapter les mécanismes de financement pour accroître leur accessibilité et améliorer la viabilité de la dette ; 2) investir dans la préparation financière aux chocs et la gouvernance pour gérer ces chocs ; 3) se demander quelles relations entretiennent les populations avec leur environnement naturel et comment elles gagnent leur vie sur le long terme ; 4) mieux lier les financements au dialogue sur les politiques publiques et au renforcement des capacités ; et 5) intégrer systématiquement les considérations climatiques dans l’APD, qu’elle soit destinée à l’action humanitaire, au développement ou à la recherche de la paix (OCDE, 2023[6]).
Les engagements en matière de financement du développement lié au climat vis-à-vis des contextes caractérisés par une fragilité élevée à extrême ont nettement augmenté au cours des dix dernières années8. L’aide apportée à ces contextes par les membres du CAD a plus que doublé, passant de 5.4 milliards USD en moyenne sur la période 2013-14 à 12.7 milliards USD en 2021-22, tandis que les bailleurs multilatéraux ont multiplié par plus de trois leurs apports, qui sont passés de 4.6 milliards USD en 2013-14 à 16.3 milliards USD en 2021-22. Cette augmentation a pris dans une large mesure la forme de prêts, notamment aux contextes caractérisés par une fragilité élevée, qui ont eu davantage accès au crédit que les contextes présentant une fragilité extême au cours de cette période. La prudence est de mise compte tenu des marges de manœuvre budgétaires limitées dont disposent de nombreux contextes pour assurer le service de leur dette et faire face aux chocs environnementaux (OCDE, 2023[6]). Cette réorientation vers le crédit a certes permis l’expansion rapide du financement du développement lié au climat à l’échelle mondiale, en particulier s’agissant de l’atténuation du changement climatique, mais elle a eu un coût : le recours à l’emprunt, en particulier lorsqu’il s’agit de crédits octroyés aux conditions du marché, peut s’avérer difficile pour les contextes caractérisés par une fragilité élevée à extrême.
Plus un pays est fragile, moins il reçoit d’apports de financement du développement lié au climat. Malgré l’augmentation globale observée, l’essentiel du financement du développement lié au climat continue de bénéficier à des contextes caractérisés par une fragilité moyenne à faible. En 2021-22, les membres du CAD ont accordé environ 25.6 % de leurs apports de financement du développement lié au climat aux contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, mais 5.3 % seulement aux contextes présentant une fragilité extrême. Pour les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, les principaux apporteurs multilatéraux de financement du développement lié au climat sont les banques multilatérales de développement (BMD) traditionnelles, et non des fonds verticaux.
Infographie 3.2. Fragilité climatique et environnementale dans les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême
Copier le lien de Infographie 3.2. Fragilité climatique et environnementale dans les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême
Note : Seules les mines visitées après 2015 ont été intégrées dans la catégorie de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle qui couvre l’est de la République démocratique du Congo (RDC). La catégorie « Autres » inclut plusieurs ressources minérales (améthyste, cobalt, manganèse, minéraux interstratifiés, saphir contenant du pyrochlore et tourmaline). Les engagements liés au climat recouvrent à la fois des apports concessionnels et destinés à promouvoir le développement et des apports de capitaux aux conditions du marché ou n’ayant pas principalement pour objectif de promouvoir le développement, provenant des membres du CAD.
Source : OCDE (2024[2]), Explorateur des données de l’OCDE, SNPC : Système de notification des pays créanciers (flux) (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/17r ; OCDE (2024[7]), Financement du développement lié au climat, Données associées - Par bénéficiaire, https://www.oecd.org/fr/themes/financement-du-developpement-lie-au-climat.html ; EM-DAT (2024[8]), base de données internationale sur les catastrophes, https://public.emdat.be/ ; Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) (2025[9]), Operational data portal : Democratic Republic of the Congo, https://data.unhcr.org/en/country/cod ; Davies, Engström et Öberg (2024[10]), « Organized violence 1989-2023, and the prevalence of organized crime groups », https://doi.org/10.1177/00223433241262912 ; Sundberg et Melander (2013[11]), « Introducing the UCDP Georeferenced Event Dataset », https://doi.org/10.1177/0022343313484347 ; et International Peace Information Service (IPIS) (2025[12]), Open Data Artisanal mining site visits in Eastern DRC, https://ipisresearch.be/home/maps-data/open-data/.
Articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix : comment assurer son efficacité dans un paysage fragmenté ?
Face à la violence et à l'instabilité géopolitique croissantes (Chapitre 1), il est de plus en plus important de veiller à ce que les acteurs qui interviennent à l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix s’emploient à donner à leur action collective un impact supérieur à celui de leurs actions individuelles mises ensemble. Les profils de fragilité varient fortement d'un contexte à l’autre (Chapitre 2), et les six dimensions de la fragilité sont étroitement liées. Il est par conséquent impératif de mettre en œuvre des approches adaptées et spécifiques à chaque contexte dans l’ensemble des activités d'aide humanitaire, de développement et de recherche de la paix. Les contextes fragiles doivent pour leur part tous gérer une myriade de canaux d’acheminement de l’aide, de bailleurs et de politiques publiques, qui plus est en constante évolution. Les interactions que nouent les bailleurs et les partenaires via leurs systèmes respectifs peuvent en partie s’appréhender par les affectations de ressources et par la capacité à s'adapter aux exigences qu’impliquent les interventions dans des contextes caractérisés par des niveaux élevés de fragilité.
Il n’y a pas de lien entre les dotations d’aide et la fragilité
La répartition de l’APD entre l’aide humanitaire, le développement et la recherche de la paix ne reflète pas toujours le niveau d’exposition à la fragilité d’un échelon régional ou d’un contexte donné, ainsi que le montre le Graphique 3.6 Elle fait souvent apparaître les déséquilibres et les lacunes des approches des bailleurs, mais également les signes de progrès. La part de l’APD humanitaire dans l’APD totale allouée par les membres du CAD aux contextes extrêmement fragiles a bondi pour passer d'un quart en 2012 à la moitié en 2023. Une tendance similaire (illustrée par l’Éthiopie et la Cisjordanie et la bande de Gaza) est à l'œuvre dans les contextes présentant une fragilité élevée, où l'APD humanitaire a progressé d'un tiers, pour passer de 4.6 milliards USD en 2020 à 6.1 milliards USD en 2023. Ces tendances concordent avec la hausse globale de l’APD allouée à des fins humanitaires, qui a plus que triplé entre 2012 (11.9 milliards USD) et 2023 (40 milliards USD, dont 28.4 milliards USD par les membres du CAD).
Plusieurs contextes soumis à une fragilité extrême ou touchés par un conflit, dont la République démocratique du Congo (RDC) et la Somalie, perçoivent des volumes élevés d’APD humanitaire, même si dans ce deuxième pays, le recul de la fragilité donne à penser que l'aide au développement touche des facteurs de résilience essentiels (Chapitre 4). Les approches visant à instaurer une transition durable et à aider des pays tels que la Somalie à sortir de l’extrême fragilité devront veiller à pérenniser ces avancées, à maintenir le soutien aux principes fondamentaux du développement et à favoriser l’action du secteur privé. Certains contextes comme l’Iraq semblent également tirer profit d'une coopération pour le développement qui s’inscrit dans la durée, et renforcer réellement leur résilience (Chapitre 4). L’APD allouée au développement continue d'affluer même dans des environnements soumis à des contraintes politiques et à une fragilité extrême, comme l’Afghanistan, le Myanmar et la Syrie.
Graphique 3.6. Répartition de l’APD versée par le CAD à l’action humanitaire, au développement et à la recherche de la paix selon le niveau de fragilité, en 2023
Copier le lien de Graphique 3.6. Répartition de l’APD versée par le CAD à l’action humanitaire, au développement et à la recherche de la paix selon le niveau de fragilité, en 2023
Note : L’ordre de présentation des niveaux de fragilité suit celui de l'infographie 2.1 au Chapitre 2.
Source : OCDE (2024[2]) Explorateur des données de l’OCDE, SNPC : Système de notification des pays créanciers (flux) (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/17r.
Les systèmes des membres du CAD continuent de s'adapter aux situations de fragilité
Il ressort de l’examen de la répartition de l’APD entre action humanitaire, développement et recherche de la paix dans les contextes en proie à une fragilité élevée ou extrême que des approches plus concertées pourraient être déployées entre ces trois piliers et au sein de ces derniers (Graphique 3.6). La persistance de pratiques obsolètes et disparates continue à poser problème, en particulier lorsque la coordination entre les bailleurs est insuffisante. Ainsi, les institutions de nombreux contextes présentant un niveau de fragilité élevée ou extrême, dotées de faibles capacités, sont souvent submergées et désemparées face à des approches fragmentées et nécessitant de nombreuses transactions en matière de budget, d’affectation des ressources ou de comptabilité et contrôle (Institute for State Effectiveness, 2017[13]), une situation qui engendre frustration et inefficience. Les ambitions de ces contextes évoluent (Chapitre 1) et il est par conséquent impératif de se pencher sur ces questions afin de favoriser l’instauration de partenariats plus durables.
Des progrès sont possibles, et les efforts déployés par la communauté internationale au Yémen ces dernières années, par exemple, montrent qu'une amélioration de la coordination, du dialogue et de l'alignement de différentes approches de développement peut aider les partenaires internationaux à apporter un financement et des compétences plus stratégiques, de manière à mieux répondre aux besoins des gouvernements partenaires (OCDE-CAD/INCAF, 2023[14]).
De nombreux membres du CAD ont par ailleurs entrepris d'adapter leurs systèmes afin d’exploiter les enseignements tirés de l'analyse de la fragilité et de mettre en place des approches plus étayées, ciblées et harmonisées dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême. En dépit de l’ampleur des défis que présentent nombre de ces contextes, une grande partie des membres du CAD de l’OCDE est prête à les relever et recherche résolument des moyens efficaces et innovants de s’attaquer aux moteurs de la fragilité. La Corée en offre un bon exemple : le pays a mené à terme la refonte de son architecture de la coopération pour le développement, a noué des partenariats avec des organisations multinationales pour la mise en œuvre de programmes, et a multiplié par près de quatre son budget alloué au soutien aux contextes confrontés à une fragilité élevée ou extrême (Encadré 3.3).
Encadré 3.4. Étude de cas sur la Corée : Adaptation aux contextes en proie à une fragilité élevée ou un conflit
Copier le lien de Encadré 3.4. Étude de cas sur la Corée : Adaptation aux contextes en proie à une fragilité élevée ou un conflitEn 2024, l’Agence coréenne de coopération internationale (Korea International Cooperation Agency, KOICA) a revu en profondeur son programme consacré aux contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême ou à un conflit, en reconnaissant que les besoins humanitaires persistants et les cycles de fragilité sont étroitement liés et que cette situation exige une réponse systémique. L’objectif de la Corée était essentiellement de s’attaquer aux origines structurelles de la fragilité en veillant à ce que l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix soit pleinement opérationnelle à l’échelle de l’ensemble de son portefeuille de programmes. Elle a à cette fin pris trois mesures essentielles : une hausse significative de son budget, une restructuration globale de l’architecture de son administration et l’adoption d’approches innovantes en matière de mise en œuvre des programmes.
Un budget multiplié par près de quatre
Afin de faire face à l’accroissement de la demande d’aide humanitaire, il est fondamental de s’attaquer aux défis structurels auxquels sont confrontés les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême, et d’axer la prévention sur les racines mêmes des conflits. Des dotations budgétaires stables sont indispensables pour permettre à cette approche reposant sur la prévention de porter ses fruits. Les ressources acheminées par la Corée par l’intermédiaire de la KOICA aux contextes en proie à une fragilité élevée ou extrême ou à un conflit ont été multipliées par près de quatre entre 2023 et 2024, et sont passées de 25.25 millions USD à 94.88 millions USD. En mettant à profit cette hausse de son budget, la Corée a posé les bases d’un soutien intégré et de longue durée face aux moteurs de la fragilité. En plus de pallier la pénurie chronique de financements humanitaires, cette approche est conforme à la Recommandation du CAD de l’OCDE sur l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix.
Une restructuration globale de l’architecture de l’administration
Début 2024, la KOICA a entrepris une restructuration globale de l’architecture de son administration afin de soutenir les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême ou en proie à un conflit. Elle a notamment élevé le statut du département responsable de l’aide humanitaire et de l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix, et mis en place une équipe spécifiquement chargée de soutenir les programmes-pays.
Avant ces changements, les projets de la KOICA étaient répartis entre plusieurs équipes, sur la base de divisions régionales. En l’absence d’une unité dédiée, il n’existait aucune stratégie globale uniformément appliquée pour prendre en compte efficacement la fragilité dans les contextes prioritaires. La nouvelle équipe spécialisée créée en 2024 a commencé à gérer des projets auparavant dispersés en appliquant une stratégie harmonisée, ce qui a également permis de conceptualiser de nouveaux modèles de projets qui prennent la fragilité en considération.
La division de l’aide humanitaire est par ailleurs passée du statut de département à celui de bureau, doté de trois sous-unités parallèles : le bureau de l’aide humanitaire, l’équipe d’intervention d’urgence et l’équipe responsable de l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix. Cette restructuration a permis de dépasser les simples débats théoriques, et a ouvert la voie à une mise en œuvre concrète de l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix, et à son application dans les projets.
Une refonte en profondeur des modalités de mise en œuvre des projets
La KOICA a également revu son approche relative à la mise en œuvre de ses projets, afin de prévoir la transition vers des projets de longue durée, la possibilité de porter des projets individuels à plus grande échelle, le recours actif aux canaux multilatéraux et la conception de projets régionaux garants de flexibilité budgétaire.
Les projets menés par la KOICA dans les contextes de fragilité élevée ou extrême ou en proie à un conflit étaient auparavant gérés de manière isolée et indépendante ; ils ciblaient des pays uniques et avaient une durée moyenne de trois ans. Cette approche fragmentée nuisait à l’efficacité des interventions et aboutissait souvent à des engagements de courte durée qui prenaient fin de manière prématurée. Par ailleurs, la décision de cibler des dimensions spécifiques de la fragilité et de concentrer les efforts sur celles dans lesquelles la Corée pouvait apporter une contribution utile n’était régie par aucune stratégie dédiée.
Pour remédier à ces lacunes, la KOICA a réorganisé ses modalités de conception et de mise en œuvre des projets, en commençant avec les nouveaux projets de 2024. La première étape a consisté à sélectionner et cibler six domaines clés de fragilité, et à consacrer à chacun d’eux un ou deux programmes. Ces six domaines sont le renforcement de l’intégration politique, économique et sociale au sein des communautés ; le renforcement des capacités locales en matière de prévention et de gestion des conflits ; le rétablissement des zones en proie à un conflit ; la promotion de la consolidation de la paix civile ; les domaines de vulnérabilité des zones à haut risque touchées par le changement climatique et les catastrophes naturelles ; et, pour terminer, le renforcement des capacités face aux crises alimentaires.
La KOICA a conçu huit programmes liés à ces dimensions, en sollicitant activement l’expertise des canaux multilatéraux afin d’en garantir le déploiement le plus efficace possible. Plus précisément, la mise en œuvre de chacun de ces huit programmes a été confiée à une organisation partenaire clé : l’Organisation internationale pour les migrations, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour la population, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, le Programme alimentaire mondial, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et le Comité international de la Croix-Rouge. La KOICA a noué des partenariats stratégiques avec ces huit organisations sur la base de leur domaine de spécialité et de leur avantage comparatif dans des sous-domaines.
Chacun des huit programmes s’articule autour d’un ou de deux projets régionaux englobant chacun jusqu’à quatre pays. Contrairement aux anciens projets isolés qui ciblaient des pays uniques, ce nouveau modèle, qui repose sur des programmes, permet de mener des interventions transfrontières. Il reflète ainsi le caractère transnational de la fragilité et favorise une gestion flexible du budget entre différents pays, dont plusieurs au sein d’une même région peuvent bénéficier d’un soutien. Les programmes adoptent en outre une perspective de long terme axée sur la prévention des conflits. Leur durée peut aller jusqu’à neuf ou dix ans, et leur mise en œuvre se déroule en trois phases. La phase initiale dure de deux à trois ans et se termine par une évaluation des résultats des projets, dont les conclusions sont intégrées à la phase suivante de la mise en œuvre. En adoptant ce modèle multilatéral fondé sur des programmes, la KOICA renforce sa flexibilité budgétaire, assure la pérennité de ses engagements et améliore l’efficacité des initiatives de prévention des conflits et de renforcement de la résilience.
Source : Contribution de l’équipe de la KOICA responsable de l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix, 2025.
Les relations entre les fournisseurs et les bénéficiaires de l’aide au développement sont mises à mal par l’existence d’approches politiques, économiques et sécuritaires concurrentes (Chapitre 1). La présente section examine trois domaines qui ont des répercussions non négligeables sur les mesures prises par les bailleurs face aux moteurs de la fragilité : la prévention des conflits, les interventions dans les environnements soumis à des contraintes politiques, et la poursuite de l’engagement dans les systèmes économiques essentiels, notamment le secteur privé.
Diminuer la fragilité et prévenir les conflits : mettre le développement au service de la paix
Copier le lien de Diminuer la fragilité et prévenir les conflits : mettre le développement au service de la paixEn dépit de la hausse prolongée de la violence organisée et de la force des arguments et des raisons en faveur de la prévention des conflits, tels qu’exposés dans le rapport Chemins pour la paix des Nations Unies et de la Banque mondiale (2018[15]), les mesures prises face à ce phénomène sont inégales et décevantes (Groupe de la Banque mondiale, 2023[16]). Peu de progrès ont notamment été accomplis au regard de la mise en œuvre de la recommandation formulée dans le rapport, exhortant à s’assurer que les approches de sécurité et de développement soient compatibles, alignées et se soutiennent mutuellement. Les diverses tendances dans les domaines de la paix et de la prévention des conflits, mises au jour dans l’analyse menée par l’OCDE en 2023, donnent à penser qu’une nouvelle réflexion approfondie doit être menée afin de traduire le potentiel théorique de la prévention des conflits en efficacité opérationnelle (OCDE, 2023[4]).
Plusieurs organisations et personnes étudient actuellement la problématique de la prévention sous différents angles, ce qui est un signe encourageant. Toutes doivent faire face à la nécessité impérieuse d’accomplir une percée sur le plan politique ou opérationnel. La première sous-section dresse la liste des principales difficultés en lien avec la prévention — mesure de l’impact, affectation des ressources aux approches efficaces, mise du développement au service de la prévention, et conception d’une analyse de la prévention propre à étayer la prise de décisions politiques et opérationnelles. L’Encadré 3.5 donne une première vue d’ensemble de ce que recouvre la prévention des conflits.
Encadré 3.5. Prévention des conflits : comment appréhender ce qu’elle recouvre ?
Copier le lien de Encadré 3.5. Prévention des conflits : comment appréhender ce qu’elle recouvre ?Le présent rapport se réfère globalement à la conception de la prévention des conflits telle que définie par Lund (2023[17]), à savoir, tout outil structurel ou de médiation visant à éviter que des tensions et des différends intra-étatiques et interétatiques ne dégénèrent en situations de violence et utilisation de la force armée, à renforcer les capacités des parties potentielles à un conflit armé de résoudre ces différends de manière pacifique, et à supprimer progressivement les facteurs sous-jacents qui en sont les causes. Il reconnaît qu’une action préventive peut être menée à tous les stades du cycle d’un conflit, et se rallie à l’opinion selon laquelle la prévention est exclusivement tournée vers l’avenir et axée sur l’anticipation et la prise en charge d’une crise avant qu’elle se manifeste pleinement (Minor, 2024, p. 8[18]).
Établir une distinction entre différentes mesures pertinentes est une étape complexe bien qu’essentielle d’une prévention efficace des conflits. Il s’agit essentiellement de distinguer sur le plan conceptuel les efforts proactifs déployés préalablement à la survenue de tout acte de violence grave — lorsque l’analyse de la fragilité peut jouer un rôle important en mettant en lumière les relations entre tensions et résilience — des mesures réactives prises postérieurement à l’éclatement du conflit armé (Lund, 2023[17]). Les trois catégories suivantes sont généralement reconnues :
la prévention directe des conflits, notamment la résolution des litiges, la médiation, les cessez-le-feu, les accords de paix et les incitations sans recours à la violence, et les mesures immédiates prises face à une crise afin d’atténuer les éléments déclencheurs et les facteurs d’escalade
la prévention structurelle des conflits, axée sur les initiatives visant à s’attaquer aux moteurs des conflits afin de prévenir l’éclatement d’un conflit violent, ou d’éviter qu’il se reproduise
la prévention systémique des conflits, qui porte sur des facteurs transnationaux tels que les ventes d’armes, les flux financiers illicites, le crime organisé ou la dégradation de l’environnement.
Source : Comité permanent interorganisations (2020[19]), « La paix dans l’interface action humanitaire-développement-paix », https://interagencystandingcommittee.org/humanitarian-development-collaboration/issue-paper-exploring-peace-within-humanitarian-development-peace-nexus-hdpn.
Mesure de la prévention des conflits : comment simplifier la problématique ?
L’incapacité collective à faire aboutir le débat sur la mesure de la prévention à une conclusion réalisable sur le plan opérationel constitue un obstacle de taille aux progrès. Cette impuissance affecte davantage les approches structurelle et systémique de la prévention des conflits, pour lesquelles les arguments en faveur de l’apport d’un soutien stratégique et politique sont les plus difficiles à présenter, et qui s’accompagnent de la crainte d’allouer des ressources à des crises qui pourraient ne jamais se produire (Mueller et al., 2024, p. 18[20]). Si cette situation n’est pas nouvelle, la réticence à élargir le débat au-delà des liens de causalité et à envisager des solutions concrètes en matière de prévention des conflits laisse de nombreux bailleurs et partenaires désemparés et incapables de faire face aux crises et de s’y adapter, au point de laisser l’initiative à d’autres acteurs (Chapitre 1). Les avancées accomplies en matière d’analyse et l’émergence d’un socle de données concrètes plus solide viennent toutefois appuyer les arguments en faveur d’une action préventive.
La plateforme innovante des Nations Unies intitulée Peacebuilding Impact Hub (Nations Unies, 2024[21]) et l’Offre du PNUD en réponse aux situations de crise sont des initiatives majeures sur les plans conceptuel et opérationnel. La première vise à recueillir des données utiles sur l’impact et l’efficacité, et à en faire la synthèse, et la seconde met clairement en évidence le rôle plus prononcé que pourraient jouer les acteurs du développement. D’autres évolutions tout aussi pertinentes sont à l’œuvre, que ce soit parmi les IFI, en particulier au niveau des stratégies sur la fragilité, ou parmi des pays comme la France, le Royaume-Uni et les États-Unis qui investissent dans la mise à jour de leurs doctrines de stabilisation, de prévention et de développement. Les progrès de l’intelligence artificielle (IA) et de l’analytique des données au service de la prévention (Mema, Lamont et Diogenes, 2024[22]), notamment de la prospective, s’accélèrent également et de nombreuses analyses mettent en lumière les perspectives offertes par une prévention plus en amont, ainsi que les avantages dont elle peut s’accompagner, notamment face aux moteurs pluridimensionnels de la fragilité. Il est par exemple possible de renforcer les filets de protection sociale et de les mettre en conformité avec les objectifs de la prévention des conflits par le biais de programmes d’emploi (Mueller et al., 2024, p. 29[20]). Ces approches et ces idées ont toutes un lien avec la réflexion sur la fragilité, la résilience et le développement, et représentent des options différentes pour venir à bout à l’impasse dans laquelle se trouve la mesure de la prévention des conflits.
L’analyse de la fragilité : un pilier de la mesure de la prévention
Mesurer l’évolution de l’impact des politiques de prévention à l’aide des conclusions des analyses de la fragilité permet d’obtenir un aperçu suffisant dans la plupart des contextes. S’il est important de reconnaître que l’analyse de la fragilité n’a pas suffisamment progressé pour permettre d’établir un lien de causalité, l'amélioration des capacités analytiques dans des domaines tels que l'analyse de la fragilité au niveau infranational devrait permettre de fournir des images plus nuancées afin d'informer la prévention en amont. L’utilisation de l’analyse de la fragilité à des fins de prévention des conflits peut contribuer à définir les états de fragilité que les acteurs du développement peuvent cibler afin d’atténuer le plus efficacement les facteurs à l’origine des conflits ; cette utilisation est en adéquation avec les approches axées sur la résilience et peut compléter des approches structurelles directes et plus traditionnelles de la prévention des conflits.
Même lorsque les liens de causalité ne sont pas clairement établis, la diminution de la fragilité en tant qu’objectif à part entière — notamment en sa qualité de bien public — devrait être une raison suffisante pour mener une action plus proactive à l’appui du développement. Réduire la fragilité contribue à limiter le risque lié à divers chocs et types de crises potentielles, notamment les conflits. Alors que les approches de prévention directe des conflits ciblent davantage les aspects liés à la politique et la sécurité, l’analyse de la fragilité présente l’avantage spécifique de révéler les sources de la fragilité dans la totalité de ses six dimensions. En cela, les mesures destinées à réduire la fragilité peuvent être cohérentes avec celles prises dans le cadre de la prévention structurelle et systémique des conflits. Dans le contexte géopolitique actuel, cette caractéristique présente un intérêt aussi bien pour les contextes n’ayant pas d’histoire immédiate de conflit violent que pour ceux qui semblent piégés depuis plusieurs générations dans des cycles de conflit.
Les recherches menées par l’OCDE pour les besoins du présent rapport ont révélé sans surpriseque les dimensions politique et sécuritaire de la fragilité sont le plus étroitement liées à une trajectoire qui dégénère en un conflit armé ou des niveaux élevés de violence. Comme le montre le Graphique 2.20 au Chapitre 2, l’analyse des intersections entre plusieurs dimensions de la fragilité contribue à mettre au jour des associations de plusieurs facteurs qui peuvent être pertinentes au regard de l’existence d’un conflit dans un contexte donné. C’est souvent à la sphère du développement qu’il revient de parer aux risques et de renforcer les capacités d’y faire face dans l’ensemble de ces associations. Une analyse récente a été menée pour le Fonds monétaire international (FMI) sur la base du postulat selon lequel évaluer un risque de conflit équivaut à déterminer dans quelle mesure un pays est exposé à la fragilité. Cette analyse a été considérée comme un moyen valable de rendre compte de l’association unique des différentes dimensions de la fragilité que présentent les profils, qui se situent sur un spectre de fragilité allant de pays stables et pacifiques à des pays souffrant de violences ouvertes (Mueller et al., 2024, p. 8[20]).
Prévention directe des conflits : les ressources sont les plus faibles là où les besoins sont les plus élevés et les données probantes attestant de l’efficacité sont les plus nombreuses
L’intérêt que suscitent les mesures de prévention directe semble décroître dans le monde entier, en dépit des résultats positifs enregistrés au cours des 30 dernières années par ce type de prévention, tels qu’illustrés par l’intervention diplomatique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest en Gambie en 2017, le déploiement par les Nations Unies de la mission préventive de maintien de la paix FORDEPRENU en République de Macédoine du Nord (à l’époque, la Macédoine) au cours des années 90, et la médiation de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est dans le cadre du litige territorial opposant la Thaïlande et le Cambodge relatif au temple de Preah Vihear entre 2008 et 2011, pour ne citer que quelques exemples.
L’APD allouée par les membres du CAD à des fins de prévention des conflits, une sous-catégorie du secteur de la paix, diminue en tant que part de l’APD totale dans les contextes touchés par une fragilité élevée ou extrême depuis 2014. En 2023, l’APD axée sur la prévention des conflits accordée à ces contextes représentait moins de 4 % de la totalité de l’APD octroyée par le CAD (1.7 milliard USD). En 2022, les investissements dans la prévention des crises ont atteint leur niveau le plus bas en dix ans (avant de remonter légèrement en 2023). Cette tendance ne cadre pas avec le volume des dépenses allouées par les membres du CAD face à certaines des manifestations de crises les plus graves dans les pays en développement. Quelque 62 milliards USD ont ainsi été versés au titre de l’aide humanitaire et des coûts des réfugiés dans les pays donneurs en 2023. Cette même année, le coût économique de la violence dans les dix pays les plus touchés, dont sept contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, allait de 21.3 % à 68.6 % du produit intérieur brut (Institute for Economics and Peace, 2024, p. 3[23]). On peut alors se demander, compte tenu de l’efficacité économique avérée de la prévention des conflits et de la nécessité croissante de prendre des mesures dans ce domaine, pourquoi les progrès accomplis sont si faibles.
Graphique 3.7. Dépenses des membres du CAD allouées à la paix en pourcentage de leur APD totale, 2014-2023
Copier le lien de Graphique 3.7. Dépenses des membres du CAD allouées à la paix en pourcentage de leur APD totale, 2014-2023
Source : OCDE (2024[2]), Explorateur des données de l’OCDE, base de données du SNPC : Système de notification des pays créanciers (flux), http://data-explorer.oecd.org/s/17r.
Les évolutions structurelles décrites au Chapitre 1 ont sans doute compliqué la recherche de solutions stratégiques à l’appui de la paix, créant un risque de surcharge des dépendances à l’égard d’autres instruments de l’action publique dans les domaines des affaires étrangères, de la défense et du développement. En outre, un ensemble d’acteurs aux profils plus diversifiés joue désormais un rôle considérable dans la médiation et le maintien de la paix, et ce, aux échelons bilatéral, individuel et collectif. Les motivations de ces acteurs varient : reproduire l’approche des Nations Unies ou adopter une démarche davantage fondée sur l’échange (Hellmüller et Salaymeh, 2025[24]). Ces évolutions et ces pratiques semblent être à l’origine de la diminution du soutien aux instruments propres à atténuer les pires conséquences des conflits, laissant un vide que les belligérants exploitent en instrumentalisant la fragilité.
Ce désintéressement à l’égard du maintien de la paix illustre l’évolution des préférences des États, en dépit des données concrètes qui attestent de l’efficacité des instruments dans ce domaine (Hegre, Hultman et Nygård, 2019[25] ; Wane, Williams et Kihara-Hunt, 2024[26]). Le manque de financement est l’une des raisons pour lesquelles les missions de maintien de la paix peinent à mener à bien leur mandat, un constat qui s’applique particulièrement aux missions de soutien de la paix de l’Union africaine, dont les capacités opérationnelles et logistiques ne suffisent pas à répondre aux besoins (Nations Unies, 2023[27]). La dépendance de la majorité des activités de recherche de la paix à l’égard d’un petit nombre de bailleurs constitue une autre source de vulnérabilité. Les États-Unis (27.89 %) sont le premier bailleur des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, suivis par la Chine (15.21 %) (Nations Unies, 2024[28]). De manière plus générale, le financement de la paix, déjà précaire, est fortement tributaire des États‑Unis, de l’UE et de l’Allemagne. Ces bailleurs représentaient à eux trois près de 58 % des dépenses totales allouées par les membres du CAD à la paix en 2023. Dans ce contexte, les organisations multilatérales, les Nations Unies en tête, sont désormais contraintes de réaffirmer et de redéfinir leur place et leur fonction. Les mesures visant à remédier aux pénuries de ressources à l’appui de la prévention directe sont une solution, et la médiation, le renforcement des capacités de l’État et les interventions de maintien de la paix ont fait leurs preuves à cet égard (Hegre et Nygård, 2017[29] ; Institute for Economics and Peace, 2024[30]). Le principal défi consistera probablement à mettre à profit le potentiel inexploité de la prévention systémique et structurelle, car il conviendra, pour cela, de remettre en cause la séparation établie de longue date entre les structures du développement et de la paix.
Prévention structurelle et systémique des conflits : le développement en tant qu’outil de prévention
L’APD peut contribuer à la pérennisation de la paix, un concept défini par les Nations Unies comme étant au cœur d’une approche holistique de prévention de l’apparition et de la récurrence des conflits9. Par extension, les activités de développement peuvent et devraient être une composante essentielle de la prévention structurelle (amont) et systémique des conflits. Il importe de tenir compte des tensions structurelles et systémiques et de la nature des règlements politiques pour adapter les politiques et les mettre au service de la croissance et du développement — il s’agit là de l’idée selon laquelle la paix ne prévaudra que si elle repose sur des fondements économiques solides (Dercon, 2023, p. 190[31]) et si le développement cible les domaines dans lesquels les besoins de la population d’un pays, de l’éducation aux filets de protection sociale, sont largement insatisfaits (Dercon, 2023, p. 317[31]). De même que l’accent est mis structurellement sur les facteurs qui alimentent les conflits et la fragilité, les mesures ayant des répercussions sur la prévention, ou qui y contribuent, ne devraient pas être réservées à la communauté de la paix, mais être étendues aux acteurs du développement, sur le modèle des approches axées sur le renforcement de la résilience. Les deux doivent toutefois être adaptées aux récits politiques appropriés, à l’intention des bailleurs et des partenaires potentiels (Minor, 2024, p. 32[18]). Comme cela est le cas pour les interventions poursuivant des objectifs financiers ou économiques dans les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême, une connaissance contextuelle approfondie des moteurs de la fragilité, associée à une sensibilité aux conflits, une analyse de l’économie politique en temps réel et une flexibilité suffisante pour s’adapter à l’évolution des circonstances sont nécessaires pour garantir les répercussions positives de l’APD sur la paix. Toute mesure de prévention visant à instaurer des sociétés plus stables et pacifiques devra par conséquent impérativement s’attaquer aux inégalités pesant sur les femmes exposées à un conflit ou à une fragilité élevée ou extrême (Goemans et Loudon, 2021, pp. 6-7[32]). Il est en outre essentiel que les investissements dans la recherche de la paix reconnaissent les règlements politiques locaux — à la fois ce qu’ils sont et les perspectives qu’ils offrent — et dans la mesure du possible, s’y adaptent. Ces derniers sont en effet le reflet de problématiques légitimes et existant de longue date relatives à l’autorité locale et à l’appropriation des processus de paix et de développement (Campbell, 2018[33]).
De nombreux bailleurs ont tendance à considérer les financements et l’action à l’appui de la paix comme étant distincts de la politique et des pratiques de développement, une conception qui nuit à l’efficacité des interventions dans les domaines de la paix et du développement au regard de la fragilité. Les données relatives aux tendances de l’APD allouée aux contextes exposés à la fragilité semblent indiquer que les financements et les efforts déployés à l’appui de la prévention des conflits, d’un niveau déjà faible en 2017 (Nations Unies, Banque mondiale, 2018, p. xxvii[15]), ont encore baissé. Cette réticence à s’engager est en contradiction avec les données concrètes de plus en plus nombreuses qui attestent de l’utilité des approches mises en œuvre au titre de la prévention structurelle et systémique, dans lesquelles les retombées des programmes en faveur de l’emploi - démobilisation et réinsertion des combattants (Blattman et Annan, 2016[34]) ou les initiatives axées sur les jeunes telles que celles mises en avant par la vice-Présidente de la Colombie, Francia Márquez (Chapitre 4) — peuvent directement contrer les incitations à recourir à la violence telles que celles décrites aux Chapitres 1 et 2 du présent rapport. Dans une analyse menée plus récemment, Mueller et al. (2024, pp. 20-22[20]) ont présenté des données probantes sur le rôle que peuvent jouer les politiques macro-économiques dans ce domaine : en luttant contre la violence, notamment en favorisant les perspectives d’emploi, elles ont également un impact sur la réduction de la fragilité.
Présenter l’analyse de la prévention aux dirigeants : modifier l'argumentaire en faveur de la paix
L’utilité de la prévention des conflits doit impérativement faire l’objet de messages clairs et être étayée par des données structurées. La communication variera en fonction du contexte et du type de prévention nécessaire pour atténuer le risque de conflit armé et de violence. Commencer par réaffirmer les arguments en faveur de l’utilisation du développement comme un instrument de gouvernance polyvalent, et, le cas échéant, comme faisant partie intégrante d’une politique étrangère efficace (Chapitre 1) peut être utile pour communiquer sur les raisons en faveur du soutien à la prévention des conflits. Si l’analyse offre des perspectives à cette fin, comment peuvent-elles être utilisées pour adapter la prévention des conflits aux défis actuels ?
À l’échelon analytique, l’écosystème des cadres et des indices représente une ressource comparable précieuse pouvant être utilisée pour étayer les politiques des acteurs de l’aide humanitaire, du développement et de la paix (y compris ceux du secteur de la sécurité). Sur le plan pratique toutefois, la difficulté consiste à concilier les analyses de la fragilité (en amont), les analyses d’impact (au moment présent) et le potentiel des analyses de la fragilité à l’échelon infranational, parallèlement à l’utilisation d’outils de prévision et de prospective et d’instruments reposant sur des scénarios. Un système complémentaire et ouvert doit par conséquent être mis en place, capable de produire une analyse synthétique propre à étayer et à orienter les politiques de tous les acteurs.
Dans ce domaine également, des signes encourageants existent, qui témoignent du potentiel offert par des approches de prévention des conflits plus efficaces, plus accessibles et davantage ancrées dans l’analyse. Les stratégies décennales de prévention des conflits et de promotion de la stabilité mises en place dans six contextes au titre de la loi américaine sur la fragilité globale (Global Fragility Act) de 2019 abordent nombre des questions soulevées dans le présent chapitre et font des États-Unis les précurseurs d’une nouvelle génération d’approches de prévention axées sur les réalités géopolitiques et l’auto-suffisance des contextes partenaires. De même, à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement, des évaluations des risques et de la résilience guident l’élaboration de solutions plus adaptées à chaque contexte. Les programmes de prévention des crises (de Greiff, 2024[35]) et le soutien apporté par les Nations Unies aux stratégies nationales de prévention sont également représentatifs des innovations qui seront nécessaires pour favoriser une avancée majeure dans ce domaine (Christianson, Herdt et Nadolny, 2023[36] ; Kumskova et Hilbert, 2024[37]).
Le rôle de chef de file des Nations Unies, en particulier au moment où elles réfléchissent à la future offre de la Commission de consolidation de la paix et du Fonds pour la consolidation de la paix sera également déterminant dans la prévention. À cet égard, l’offre qu’élaborera la Commission de la consolidation de la paix en matière de prévention, notamment la réflexion sur les stratégies nationales de prévention, servira de point de référence pour la mise en œuvre des futures approches de prévention. La puissance d’une stratégie de prévention des conflits repose, au plan conceptuel, sur sa capacité à interagir — en les complétant — avec les initiatives en vigueur qui s’attaquent à la violence, à la forme qu’elle prend et à ses causes, et à mettre au jour les lacunes qui doivent être comblées, notamment au niveau des structures et des approches existantes pertinentes au regard de la prévention. Cette utilité de la réflexion stratégique pour la prévention des conflits nécessite de prendre en compte les trois aspects suivants : la charge bureaucratique pesant sur les pays, l’utilisation raisonnée des concepts relatifs aux stratégies de prévention et le besoin de disposer de connaissances spécifiques à chaque contexte.
Adapter les approches de prévention des conflits
Si certains pays comme le Kenya, le Timor‑Leste et l’Afrique du Sud ont adopté des stratégies nationales de prévention ou en ont intégré certains aspects dans leur législation, la capacité à mettre en œuvre des politiques afin d’atteindre des objectifs stratégiques varie considérablement (Forcada et Monnier, 2024[38]). Dans de nombreux contextes présentant un niveau de fragilité élevée ou extrême, la multiplicité des stratégies nationales — développement, reprise économique, sécurité ou autres domaines — peut représenter une charge bureaucratique élevée pour des capacités nationales et locales déjà limitées, ce qui risque fort de nuire aux retombées de l’action publique. La prévention, si elle fait l’objet d’une stratégie séparée — sera souvent pénalisée face à des processus nationaux et régionaux plus établis et mieux acceptés. Afin de préserver son intérêt, une redéfinition de l’offre pourrait s’avérer nécessaire, afin de la rendre accessible, acceptable et applicable par tous les acteurs, bailleurs comme partenaires. La mise en œuvre d’activités de hiérarchisation des priorités stratégiques au niveau des contextes peut contribuer à assurer un équilibre approprié entre les capacités et les objectifs stratégiques (OCDE-CAD/INCAF, 2023, p. 29[14]).
Dans certains contextes, le concept même de stratégie de prévention peut être difficile à accepter, dans la mesure où la reconnaissance de la nécessité d’une telle stratégie peut être perçue comme stigmatisante, au même titre que la qualification de fragile. Il est fondamental de comprendre les règlements politiques dans lesquels une stratégie est censée s’intégrer afin de concevoir une approche qui ne passera pas forcément par l’élaboration d’une stratégie officielle, et d’instaurer un nouveau cadre pour les bailleurs ou les partenaires (Monnier et Scherrer, 2024, pp. 11-14[39]). Dans cette optique, se référer à la conception qui assimile les stratégies de prévention à un ensemble d’efforts déployés à plusieurs niveaux aux fins d’une action collective face à un éventail global de facteurs de risque et de protection applicables à toutes les formes de violence pourrait offrir des perspectives considérables (Monnier et Scherrer, 2024, p. 16[39]). Cela permettrait d’intégrer la valeur de la prévention dans les cadres établis, de réduire au minimum le risque d’alourdir inutilement la charge administrative par la multiplication et la duplication des stratégies et de respecter davantage les sensibilités politiques, tout en diversifiant les indicateurs de mesure, en particulier ceux liés à la prévention structurelle ou systémique.
Une stratégie efficace doit reposer sur des approches spécifiquement adaptées aux facteurs externes qui font obstacle ou nuisent réellement à la réalisation de progrès en direction des résultats souhaités ; autrement dit, elle tient compte du fait que tout ne se déroule pas toujours comme prévu. Les profils des contextes confrontés à une fragilité élevée ou extrême sont divers et en perpétuelle évolution (Chapitres 1 et 2). Dans plusieurs d’entre eux, le recours à la violence participe à la poursuite des objectifs économiques, qu’il s’agisse de ceux de l’État ou d’autres acteurs, ce qui montre que la violence n’est pas uniquement une conséquence mais également un choix. Comme le révèle l’analyse des coups d’état (Chapitre 2), les incitations à recourir à la violence peuvent jouer un rôle important dans les liens entre violence et activité économique (Blattman et Annan, 2016[34]). Ce recours peut également se traduire par la diminution du contrôle politique en raison de l’affaiblissement de capacités essentielles de l’État, telles que le contrôle du territoire, la capacité budgétaire et la collecte des recettes fiscales. Les stratégies doivent par conséquent être calibrées de manière à répondre à des problématiques spécifiques à certains contextes, comme des niveaux élevés de violence fondée sur le genre ou de criminalité transnationale organisée (Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité, 2024[40]) ou une configuration particulière de fragilité et de violence urbaines.
Constituer des réseaux à l’appui de la prévention des conflits
Dans un contexte d’accumulation des risques et de dégradation de la résilience, la violence n’est pas le fait d’un seul facteur (Monnier et Scherrer, 2024[39]). Intégrer la réflexion sur la prévention dans les politiques et stratégies en vigueur, notamment dans les domaines de la résilience économique, sociétale, environnementale et humaine, pourrait grandement aider les bailleurs et les partenaires à abandonner les approches reposant sur les projets, dans lesquelles les objectifs de prévention des conflits sont traités séparément de ceux du développement.
Sur le plan opérationnel, l’amélioration de la prévention des conflits dépend de la capacité de fournir, au moment opportun, une analyse pertinente aux acteurs du développement et de la paix les mieux placés. Dans un paysage géopolitique concurrentiel, les approches en réseau peuvent faire partie intégrante des nouveaux partenariats en faveur de la coopération pour le développement. La plateforme innovante des Nations Unies intitulée Peacebuilding Impact Hub est une étape importante en direction de la conception d’une approche reposant davantage sur les réseaux pour ce qui est des connaissances et des pratiques à l’appui de la consolidation de la paix, notamment de la prévention des conflits. Elle a déjà prouvé son utilité, tout particulièrement avec sa fonction de cartographie et de partage d’informations sur les bonnes pratiques. Le renforcement des capacités dans ce domaine permettrait d’inclure de nouvelles stratégies de prévention des conflits en amont capables de définir et de soutenir l’utilité que peuvent avoir les approches de développement au regard de la prévention, et pourrait sensibiliser des acteurs plus nombreux, à l’intérieur et à l’extérieur du système des Nations Unies, aux perspectives offertes par l’analyse de la prévention.
Dans de nombreux contextes toutefois, les Nations Unies ne sont pas en position dominante ou ne contribuent guère, voire pas, à influer sur les débats relatifs à la prévention directe, structurelle et systémique. C’est particulièrement le cas dans les contextes où les acteurs locaux et leurs alliés externes préfèrent mener leurs activités parallèlement à celles de l’Organisation. Dans ces situations, l’application d’approches en réseaux à la prévention des conflits nécessitera un encadrement bilatéral et le soutien rapproché des organisations disposant d’un accès au contexte, telles que des organisations régionales, des acteurs bilatéraux et des institutions financières. Cet aspect sera important pour trouver des approches de prévention structurelle et systémique propres à étayer la conception de mesures face à des défis transnationaux tels que l’insécurité alimentaire, le stress économique, le changement climatique, les migrations, les inégalités entre les genres et les besoins humanitaires. Associer les dirigeants politiques au processus et à ses résultats potentiels — par exemple, aux coûts et aux avantages de l’action ou de l’inaction (Bernhagen, 2013[41]) — est un autre moyen d’accroître la visibilité, l’engagement et l’adoption à l’échelon politique.
Atténuer les divergences stratégiques et opérationnelles à l’appui du secteur de la sécurité : une nécessité impérieuse
S’agissant des limites actuelles et des perspectives de la prévention des conflits, le soutien à la réforme et à la gouvernance du secteur de la sécurité offre une référence utile. Quel que soit le contexte, la présence d’un secteur de la sécurité bien gouverné peut contribuer à renforcer la légitimité et l’autorité de l’État et promouvoir la confiance et la résilience de la société (Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité, 2024, p. 4[40]). Lorsque ces processus sont compromis ou inexistants, le soutien à la réforme et à la gouvernance du secteur de la sécurité est une composante majeure courante des actions de renforcement de la résilience de la gouvernance, et est adapté à la contribution qu’apportent les secteurs de la sécurité et de la justice à un développement et une paix durable. Pour les bailleurs, le soutien à la réforme et à la gouvernance du secteur de la sécurité illustre la façon dont les investissements dans la paix peuvent non seulement pérenniser l’engagement à l’appui du développement mais également faciliter la gestion d’autres instruments de l’État, en particulier lorsque la défense et la sécurité sont utilisées pour prêter assistance au secteur de la sécurité.
Une assistance au secteur de la sécurité en l’ absence ou insuffisance de soutien à la réforme et à la gouvernance du secteur de la sécurité peut avoir des conséquences imprévues. Un renforcement des capacités militaires qui ne s’accompagne pas d’un renforcement de la gouvernance du secteur de la sécurité peut, par exemple, entrainer des changements de gouvernement inconstitutionnels (Chapitre 2). Si l’assistance au secteur de la sécurité présente une utilité tactique, son recours ne doit pas pénaliser les objectifs de paix et de développement durables. Le secteur de la défense n’est pas le seul en jeu, et la faiblesse des cadres juridiques, judiciaires et stratégiques peut également saper les fondements de la sécurité humaine dans les contextes exposés à la fragilité. En 2023, deux tiers des femmes vivant dans ces contextes, et 1.25 milliard de femmes dans le monde entier, n’étaient pas juridiquement protégées contre la violence domestique10.
Renforcer l’harmonisation du financement et de la mise en œuvre des activités d’assistance au secteur de la sécurité et de celles menées au titre du soutien à sa réforme et sa gouvernance dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée servirait à atténuer le risque de résultats imprévus (Encadré 3.6). Les progrès dans ce domaine dépendront en partie de l’adaptation des instruments financiers aux contextes très fragiles afin de favoriser une meilleure prise de décisions à l’interface entre sécurité et développement. La réflexion et les pratiques relatives à l’appropriation de la réforme et de la gouvernance du secteur de la sécurité doivent également évoluer afin de tenir compte des réalités politique, opérationnelle et financière. Les approches en vigueur visant à renforcer l’appropriation locale des politiques à l’appui de la paix et du développement n’atteignent pas souvent leurs objectifs pour des raisons liées au risque pour les bailleurs, à la redevabilité des partenaires, à la volonté politique et à des priorités concurrentes en matière de sécurité et de développement. L’économie politique associée aux conflits et à la violence fausse et entrave le soutien à une paix durable et un développement inclusif. Dans les contextes exposés à la fragilité, une vulnérabilité permanente à toutes les formes de violence, associée à des capacités limitées de l’État, porte atteinte à l’intégrité des systèmes économiques et de sécurité et sape les fondements de la paix et du développement.
La pérennisation et l’amélioration de la prévisibilité du financement de la réforme et de la gouvernance du secteur de la sécurité est un facteur essentiel de développement durable. À cette fin, il importe de savoir (dans la mesure du possible) ce qui ne relève pas de l’enveloppe de l’APD, y compris celle qui est allouée aux acteurs non étatiques, et ce que cela implique pour la prise de décisions des États partenaires concernant la réforme et la gouvernance du secteur de la sécurité et l’assistance à ce secteur. Mettre à profit l’avantage comparatif des IFI peut contribuer à renforcer l’expertise, à intégrer les compétences et à promouvoir la durabilité dans ces deux domaines. Aux échelons nationaux, l’évaluation du paysage du financement du secteur de la sécurité devrait comporter un examen plus détaillé de la gestion de la dette, des recettes fiscales et des dépenses nécessaires pour bâtir des systèmes plus durables. Une gestion financière efficace est essentielle pour la réforme et la gouvernance du secteur de la sécurité. Toutefois, la question des finances publiques n’est pas suffisamment abordée dans les stratégies et lors de l’établissement des programmes, ou seulement difficilement.
Encadré 3.6. Prévention des conflits et avenir de la réforme et la gouvernance du secteur de la sécurité
Copier le lien de Encadré 3.6. Prévention des conflits et avenir de la réforme et la gouvernance du secteur de la sécuritéDans les contextes caractérisés par une fragilité élevée à extrême, l’absence notable de stratégies cohérentes entre bailleurs et partenaires à l’appui de la sécurité et du développement nuit à la prévention des conflits et limite l’efficacité des initiatives de paix et de développement. Cette absence transparaît dans le recul constant des financements alloués à la réforme et la gouvernance du secteur de la sécurité. Dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, les fonds alloués à la réforme du secteur de la sécurité par les bailleurs publics affichent une tendance globale à la baisse depuis 2015, et ont particulièrement diminué entre 2021 et 2022.
En 2023, les membres du CAD ont alloué 244 millions USD au titre de l’APD à la gestion et la réforme des systèmes de sécurité dans les contextes présentant une fragilité élevée ou extrême, soit 4.6 % de leur APD totale destinée à la paix. Il s’agit de la deuxième proportion la plus faible d’APD allouée par le CAD à cet objectif depuis 2007. Le financement de la réforme et de la gouvernance du secteur de la sécurité par les bailleurs publics, dont les institutions multilatérales, suit une tendance similaire : seuls 3.1 % de leur APD totale allouée à la paix, soit 249 millions USD, ont été consacrés à cet objectif en 2023. Cette même année, deux acteurs multilatéraux se classaient parmi les dix premiers bailleurs publics pour ce qui est de la gestion et la réforme des systèmes de sécurité : l’UE et le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix. Ensemble, ces deux acteurs multilatéraux représentaient 34 % de tous les financements alloués à ces objectifs par les bailleurs publics en 2023. L’APD allouée à la gestion et à la réforme des systèmes de sécurité n’est pas le seul financement intéressant le secteur de la sécurité : il peut en effet y avoir des chevauchements importants entre les programmes de développement et les questions de sécurité. Toutefois, l’insuffisance de données sur les liens entre sécurité et développement compromet les partenariats, l’efficacité et la réalisation des objectifs. Il est temps de mettre à profit des initiatives telles que le partenariat Nations Unies/Banque mondiale sur l’aide humanitaire, le développement et la consolidation de la paix et les travaux à venir de l’OCDE sur l’avenir de la réforme et la gouvernance du secteur de la sécurité pour mener un débat à vocation de réforme et orienter les pratiques de la réforme et la gouvernance du secteur de la sécurité au cours des décennies à venir. Un dialogue élargi et approfondi avec les contextes partenaires et la mise à profit des avantages comparatifs des IFI seront des éléments fondamentaux de ce processus.
Graphique 3.8. APD allouée par les membres du CAD à la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité, 2014-2023
Copier le lien de Graphique 3.8. APD allouée par les membres du CAD à la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité, 2014-2023
Source : Nations Unies (à paraître[42]), Challenging Thinking on Policy and Funding for Security Sectors in Fragile and Conflict-affected Contexts ; OCDE (2024[2]), Explorateur des données de l’OCDE, base de données du Système de notification des pays créanciers (flux), http://data-explorer.oecd.org/s/z1.
Intervenir dans des environnements soumis à des contraintes politiques
Copier le lien de Intervenir dans des environnements soumis à des contraintes politiquesAlors que la coopération pour le développement s’inscrit de plus en plus dans un contexte mondial marqué par la concurrence géopolitique, les défis en lien avec le climat et une insécurité socioéconomique croissante (Chapitre 1), certains gouvernements mettent en œuvre des politiques qui affectent la nature de leurs relations avec les autres acteurs. Les possibilités de nouer un dialogue constructif peuvent s’en trouver fortement réduites et léser l’efficacité et la portée des initiatives conjointes de coopération pour le développement. Dans ce contexte, un environnement soumis à des contraintes politiques désigne une relation entre entités politiques, par exemple entre le gouvernement d’un membre du CAD et un gouvernement partenaire, ou entre d’autres acteurs intervenant dans la coopération pour le développement, qui s’inscrit dans un cadre où le dialogue politique et sa qualité sont soumis à de fortes contraintes, insuffisants ou non existants. Dans les pays partenaires, ces contraintes peuvent être un changement non démocratique ou inconstitutionnel de gouvernement, des violations des droits humains, des élections contestées, des insurrections armées ou une corruption de grande ampleur. Elles peuvent également provenir de décisions, de politiques ou de priorités stratégiques en vigueur dans les pays membres du CAD qui influent sur la nature et l’ouverture du partenariat. Dans ces situations, il est difficile pour les membres du CAD de continuer à promouvoir un développement durable et de répondre aux besoins des populations concernées.
Les membres du CAD ont fait part de leur intention de maintenir leur engagement dans ces contextes complexes (OCDE-CAD, 2023[43]). Sur le plan concret, cette poursuite nécessite une évaluation franche des solutions envisageables et des partenariats pouvant être noués, des arbitrages et des risques impliqués, des principaux critères guidant la prise de décisions au-delà des objectifs de développement, et, avant tout, une bonne compréhension de la finalité globale de la poursuite de l’engagement. Dans un environnement géopolitique contesté, il peut être tentant de désengager l’aide au développement des contextes dans lesquels il est difficile d’intervenir. Toutefois, comme nous l’avons vu au Chapitre 1, ce désengagement peut avoir un coût politique et économique élevé pour les membres du CAD, sur lequel la fragilité de leurs partenaires continuera inéluctablement d’avoir des répercussions directes ou indirectes (Fabre et Spencer Bernard, 2024[44]). Les initiatives menées actuellement par les membres du CAD pour élaborer une approche reposant sur des principes devraient contribuer à apporter une clarté nécessaire sur les plans stratégique et opérationnel, afin de permettre aux acteurs de l’aide humanitaire, du développement et de la paix de s’engager de manière plus judicieuse. Cette approche pourrait également permettre d’instaurer une communication précieuse avec les acteurs de politique étrangère et de la sécurité qui font face à des questions similaires et se trouvent eux aussi contraints par des difficultés d’ordre politique, juridique et opérationnel.
Un socle de connaissances solide est essentiel pour soutenir la prise de décisions dans les environnements soumis à des contraintes politiques, ces derniers étant pour la plupart exposés à une fragilité élevée ou extrême. Dans les cas où les crises politiques, économiques et civiles exacerbent d’autres facteurs ou risques et menacent les sources de résilience, et dans les situations où tout semble prioritaire, une analyse de la fragilité peut apporter la nuance contextuelle nécessaire pour soutenir la hiérarchisation des priorités et le déroulement du soutien par l’APD, en particulier au-delà du cadre des interventions humanitaires. Ainsi la Suisse mise-t-elle sur le suivi des contextes caractérisés par un recul de la démocratie et une montée de l’autoritarisme pour élaborer des réponses adaptées à chaque contexte. Elle reconnaît que l’engagement dans des environnements soumis à des contraintes politiques engendre des dilemmes et des compromis, et estime que le maintien de l’engagement est une approche plus efficace et efficiente que celle qui consiste à se retirer d’un pays pour y revenir par la suite (Direction du développement et de la coopération (Suisse), 2023[45]). Son approche, qui s’articule autour de huit domaines d’action11, a été conçue de manière à prendre en compte les règlements politiques (par exemple, recul de la démocratie insidieux ou abrupt, ou effondrement de la démocratie), et propose des mesures progressives ou plus radicales (notamment le gel des programmes) pouvant aller jusqu’à la cessation des programmes (accompagnée de l’engagement de maintenir un niveau minimum de communication). Compte tenu des tendances de la fragilité aux niveaux politique, économique et sociétale (Chapitre 2), et sur la base de l’expérience initiale de la Suisse, les membres du CAD de l’OCDE pourraient trouver utile d’examiner la solution consistant à établir un ensemble commun de principes relatifs au maintien de l’engagement et à l’apprentissage mutuel à partir d’expériences concrètes.
Soutenir les systèmes économiques essentiels au moyen de partenariats ajustés aux contextes
Copier le lien de Soutenir les systèmes économiques essentiels au moyen de partenariats ajustés aux contextesNombre de partenaires au développement cherchent à repenser les approches classiques en faveur de l’aide humanitaire, de la paix et du développement pour mettre davantage l’accent sur la promotion d’une croissance inclusive (Collier, Besley et Khan, 2017[46]), en recourant à un éventail plus large de mécanismes de financement. En matière de développement, l’objectif est donc d’aider les bénéficiaires à parvenir à l’autonomie (Green, 2025[47]). Aux côtés de l’objectif visant à promouvoir les possibilités d’investissement de leurs entreprises nationales, les pays de l’OCDE ont également intérêt, à long terme, à prendre acte que les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevé ou extrême sont de plus en plus appelés à devenir d’importants partenaires commerciaux et d’investissement dans l’avenir. Ainsi, près de la moitié des pays participant à la stratégie « Global Gateway » de l’UE sont exposés à une fragilité élevée ou extrême (Fabre et Spencer Bernard, 2024[44]). Attirer les investissements et accroître le nombre d’emplois sont des priorités communes pour les dirigeants comme pour les populations dans ces contextes, même si ces priorités s’accompagnent généralement d’appels à la prudence, voire d’un certain activisme, concernant les risques sociaux, politiques ou environnementaux éventuels (chapitre 4). La réussite ou l’échec de ce changement de paradigme dépendra de la mesure dans laquelle ces nouveaux investissements et approches sont ajustés aux différentes dimensions de la fragilité et permettent d’y répondre. En tout état de cause, il ne doit pas y avoir de perdants.
Le développement économique à lui seul ne permet pas de sortir de la fragilité (OCDE, 2023[48]). De ce fait, il ne faudrait pas considérer les partenariats à l’appui du développement économique comme des exercices autonomes mais comme des dispositifs s’intégrant dans une conception plus large des différentes dimensions de la fragilité. Si la croissance économique réduit sans doute plus efficacement la pauvreté monétaire que la pauvreté multidimensionnelle, ses répercussions peuvent néanmoins se faire sentir par différentes voies selon les pays ou secteurs. Une hausse de la productivité agricole peut ainsi faire baisser les prix des denrées alimentaires et améliorer l’alimentation tout en accroissant également les revenus des exploitants. Les investissements dans l’alimentation, la santé et l’éducation agissent directement sur la résilience dans la dimension humaine de la fragilité. Ils peuvent toutefois aussi être considérés comme des investissements sociaux dans le capital humain, la croissance future et la capacité des individus à contribuer aux bienfaits de la croissance. Dans la sphère économique, les approches impliquant le secteur privé ne peuvent résoudre à elles seules l’essentiel des problèmes. Certains des partenariats les plus importants sont donc ceux qui soutiennent les systèmes et services économiques essentiels en cas de crise ou en de choc.
En ces temps où les risques macroéconomiques et la fragilité s’intensifient dans le monde entier, les bailleurs et les organismes spécialisés s’emploient à mieux adapter leurs interventions de façon à prendre en compte les différentes dimensions de la fragilité, ainsi qu’à soutenir les systèmes et services fondamentaux. Le Réseau international du CAD sur les situations de conflit et de fragilité (INCAF) et l’OCDE ont mis en exergue combien la connaissance du contexte et la sensibilité aux conflits sont importantes pour mener à bien des interventions financières et économiques dans les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême et les y adapter.
Dans certains contextes, l’accès du secteur privé aux décisions publiques ou à des débouchés commerciaux peut constituer une forme de contrôle significative et être une source de pouvoir non négligeable, l’une et l’autre étant souvent plus importantes que les recettes en tant que telles qui en sont tirées. Les enjeux de gouvernance et de sécurité analysés au chapitre 2 peuvent inciter les élites, à fort mauvais escient, à saboter des réformes en vue d’instaurer un environnement plus propice aux entreprises. Il peut en effet arriver que les actifs et les institutions économiques utilisés créent des lignes de fracture conflictuelles, qu’il convient donc de désinstrumentaliser – comme la mainmise sur la banque centrale ou sur des ressources naturelles de grande valeur – même si l’on ne voit pas toujours très bien comment la communauté internationale doit agir pour y parvenir.
La tendance analysée dans le présent rapport montre pourtant que si les dons restent essentiels, l’APD ne peut à elle seule répondre aux besoins de financement dans les contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême. Il existe un lien direct entre les objectifs de lutte contre la fragilité, de soutien aux systèmes économiques et de financement du développement, qui seront examinés lors de la 4e Conférence internationale sur le financement du développement durable (FfD-4) de 2025 à Séville.
Une abondance d’éléments corrobore en outre qu’avec une approche adaptée, les interventions en faveur d’une mobilisation des financements à l’appui du développement peuvent contribuer à une paix durable et au développement dans les contextes connaissant une fragilité élevée ou extrême. Dans les situations de crise, ces interventions pourraient cibler prioritairement les systèmes économiques et financiers essentiels qui sont indispensables à la fourniture de services de base et de protection sociale et à la réduction du risque d’effondrement économique (Cliffe et al., 2023[49]). Cela étant, les apports extérieurs d’APD ou les investissements privés s’accompagnent également d’une économie politique, d’incitations et d’éventuelles conséquences fortuites qui leur sont propres. En l’absence d’approche ajustée, ces interventions peuvent, dans le pire des cas, provoquer des dommages réels, par exemple déclencher des conflits ou y contribuer, et dans le meilleur des cas, constituer des occasions manquées et ne pas réaliser leur potentiel (OCDE, 2024[50] ; Sonno, 2024[51]).
On peut estimer que le soutien aux systèmes économiques, s’il est correctement mis en œuvre, contribue à la prévention des conflits structurels et systémiques. Ces avantages valent aussi pour d’autres manifestations de la fragilité. Ce soutien peut avoir de très amples retombées, puisqu’il peut mobiliser plusieurs sources de financement intérieures et internationales et favoriser la gouvernance et les réformes économiques, ainsi que les liens entre le commerce et l’investissement. Il pourrait avoir les effets suivants : renforcement continu des capacités et soutien permanent des systèmes ; dialogue politique et sur les mesures à prendre ; accords commerciaux, d’investissement et de développement mutuellement avantageux ; et enfin interventions stratégiques et ad hoc mises en œuvre avant, pendant, ou après différents types de chocs.
La résilience financière locale est l’un des mécanismes les plus efficaces pour gérer plusieurs sources de choc, réduire la pauvreté et accroître la capacité de résistance aux risques qui en découlent. Des éléments montrent par exemple que le risque de conflit chute de façon spectaculaire dès lors que les capacités budgétaires augmentent (Besley et Mueller, 2021[52] ; OCDE, 2023[48]). Cependant, les contextes ne peuvent constituer leurs propres capacités budgétaires en peu de temps, en particulier s’ils sont confrontés à une dette élevée.
Si les modes de collaboration des bailleurs bilatéraux sont sans doute en pleine évolution, il convient pourtant d’en préserver certains aspects importants. Ainsi, soutenir la gestion des finances publiques et les recettes fiscales contribue à favoriser l’élaboration de contrats sociaux (OCDE, 2023[48]). Certains bailleurs bilatéraux et IFI ont continué de jouer un rôle important pour maintenir leur engagement par le biais de diverses activités de soutien budgétaire, parfois exercées au niveau infranational, même si la plupart des bailleurs bilatéraux y recourent moins ou y ont mis fin (Infographie 3.3).
Les questions relatives aux secteurs bancaire et financier reçoivent généralement moins d’attention, en particulier dans les contextes extrêmement fragiles, dans lesquels il peut être nécessaire d’utiliser des instruments particuliers. On peut facilement en venir à penser que les interventions dans ces secteurs peuvent attendre que les besoins immédiats aient été pris en charge. Pourtant, les services financiers procurent à tout moment une bouffée d’oxygène vitale aux entreprises et aux populations confrontées à des contextes de fragilité et de crise, tout en étant également essentiels à l’action humanitaire. En effet, les transferts monétaires à visée humanitaire peuvent être utilisés pour contribuer à l’instauration de conditions propices au déploiement et à l’approfondissement ultérieurs des marchés financiers, tandis que les services financiers informels peuvent contribuer à susciter la confiance des consommateurs dans les institutions et produits financiers (Cook et al., 2024[53] ; Murray et Fox, 2024[54]).
Les partenariats dans les domaines du commerce et de l’investissement pourraient fournir un point d’appui supplémentaire pour sortir de la fragilité. S’il est difficile de généraliser, les contextes exposés à un degré élevé ou extrême de fragilité ont tendance à moins commercer, et à un niveau moins élevé de la chaîne de valeur – ce qui signifie qu’ils sont plus susceptibles d’exporter des produits primaires que des produits intermédiaires ou finis à plus forte valeur. Les partenariats commerciaux pourraient se traduire par des accords commerciaux préférentiels, mais aussi par des mécanismes de financement ou de facilitation du commerce ; un soutien aux réformes (Fleuriet et Vertier, 2024[55]) ; une aide au respect des normes et des dispositifs de gestion des effets du changement climatique ; un soutien aux processus d’intégration économique (chapitre 1) ; ou une collaboration avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC). De nombreux contextes présentant un niveau de fragilité élevé à extrême souhaitent adhérer à l’OMC, qui a lancé un programme en faveur du commerce pour la paix (Trade for Peace Programme)12.
Ajuster les interventions financières et économiques en vue de réduire la fragilité
À lui seul, un axe d’action centré sur la croissance ou les exportations ne sera pas suffisant. Le mode de fourniture de l’aide et le type de croissance que l’aide encourage sont particulièrement importants dans les contextes en proie à une fragilité élevée à extrême. Les approches retenues et les mesures du succès doivent être minutieusement calibrées pour donner priorité aux considérations relatives, entre autres, à l’inclusion, au contrat social et à la sensibilité aux conflits lors des débats portant entre autres sur le problème de la dette, l’investissement privé, la fiscalité et les transferts de fonds.
De la même façon, stabilité ne rime pas nécessairement avec développement équitable. La stabilité macroéconomique est un objectif central de nombreux partenariats économiques et elle est essentielle à la réduction de la fragilité. À mesure que des organisations comme le FMI s’emploient à adapter et à affiner le rôle qu’elles jouent, il sera possible de tirer d’importants enseignements stratégiques pour déterminer par quels moyens œuvrer en faveur de la stabilité macroéconomique et appuyer le développement à long terme dans les contextes exposés à un degré de fragilité élevé à extrême. Dans certains cas, la stabilité macroéconomique est impressionnante alors même que les temps sont difficiles. Cela étant, cet engagement pris pour servir certains objectifs de politique publique ne veut pas forcément dire que sont en place les conditions fondamentales favorisant la croissance à long terme ou que les gains de croissance se font sentir auprès de la population dans son ensemble. De même, le respect des engagements de dette extérieure peut par exemple occulter une augmentation des arriérés de paiement ou de la dette intérieure qui prive l’économie dans son ensemble de l’accès à des financements. L’assainissement budgétaire peut exacerber les tensions sociales ou politiques ou éroder les investissements sociaux et économiques qui sont bénéfiques à long terme à la croissance, au développement humain et à la transition écologique.
Il importera donc de compléter les compétences techniques, les mesures quantitatives et les cadres traditionnels mis en œuvre dans un domaine donné de l’action publique avec des compétences en rapport avec la fragilité et des connaissances qualitatives et spécifiques à chaque contexte. Il peut être contre‑productif, voire préjudiciable, de transposer les meilleures pratiques observées dans d’autres contextes, sachant que cette exigence peut détourner de leurs priorités des institutions trop dispersées. L’ajustement aux besoins et l’adaptabilité sont particulièrement importants puisque ces types d’interventions – assainissement budgétaire, hausse d’impôts, ouverture commerciale, création d’emplois, couverture procurée par les filets de protection sociale – peuvent être profondément controversés. Les bienfaits des réformes structurelles sont sans doute d’autant plus amples que ces réformes sont soigneusement échelonnées et procèdent d’une entente collective et d’un consensus social suffisamment larges (Budina et al., 2023[56]).
Les interventions économiques peuvent procurer des occasions stratégiques et ne doivent pas être considérées comme des exercices purement transactionnels ou techniques exclusivement confiés à des organismes techniques ou des groupes de coordination entre les bailleurs. Les approches de développement du secteur privé ou les vastes trains de mesures macroéconomiques peuvent constituer le point de départ d’un dialogue stratégique et politique qui, sans elles, ferait défaut. En outre, l’institutionnalisation des débats politiques ou techniques, tenus s’il y a lieu dans un cadre confidentiel, sur les évolutions macroéconomiques entre les organismes spécialisés et les bailleurs dans leur ensemble serait fortement justifiée. De vives tensions ou de grandes surprises – le paiement des salaires des fonctionnaires, le respect de critères autorisant les autorités à distribuer des financements, les retombées des chocs sur l’inflation – peuvent avoir d’importants effets sur les systèmes d’action humanitaire, de développement et de recherche de la paix.
Infographie 3.3. Partenariats économiques dans les contextes en situation de fragilité élevée ou extrême
Copier le lien de Infographie 3.3. Partenariats économiques dans les contextes en situation de fragilité élevée ou extrême
Sources : Sonno (2024[51]), « Globalization and conflicts: The good, the bad and the ugly of corporations in Africa », https://doi.org/10.1093/ej/ueae103 ; Mueller et al. (2024[20]), « The urgency of conflict prevention – A macroeconomic perspective », https://doi.org/10.5089/9798400293832.001 ; Thompson et Brien (à paraître[57]), « Resilience, peace, and private sector development » ; Source des données pour le graphique ci-dessous : Elgin et al. (2021[58]) « Understanding informality », https://cepr.org/publications/dp16497 ; OCDE (2024[2]), Explorateur des données de l’OCDE, Système de notification des pays créanciers (flux) (ensemble de données) http://data-explorer.oecd.org/s/z1.
Coopération avec le secteur privé dans les contextes présentant un niveau de fragilité élevé ou extrême
Copier le lien de Coopération avec le secteur privé dans les contextes présentant un niveau de fragilité élevé ou extrêmeLes membres du CAD recourent de plus en plus à des instruments du secteur privé ou à des partenariats avec le secteur privé afin de compléter les approches plus classiques de la coopération au service du développement, en utilisant les aides pour favoriser les réformes destinées à instaurer un environnement propice, ainsi que les investissements privés13 (de Mello e Souza, 2021[59]). Parallèlement, les contextes exposés à un degré de fragilité extrême ou élevé ont besoin d’investissements et de possibilités de créer des emplois de qualité (Basile et Neunuebel, 2019[60] ; Thompson, 2020[61]).
La majorité des instruments des institutions de financement du développement (IFD) et du secteur privé a été élaborée pour les pays à revenu intermédiaire stables (Infographie 3.3) Par conséquent, même lorsqu’ils sont appliqués à des contextes très fragiles, ces instruments sont généralement centrés sur certains types de transactions réalisées dans les zones géographiques les plus stables. Les IFD n’ont généralement guère de possibilités d’investir dans des contextes fragiles où les économies sont petites, où l’activité économique est limitée et où les investissements d’ampleur sont peu nombreux. En outre les risques environnementaux, sociaux, tenant à la gouvernance et à l’intégrité dans les affaires peuvent y être élevés. À la différence d’autres formes de coopération au service du développement, il n’est pas simple de mettre fin à de nombreuses activités du secteur privé ou opérations mixtes. De fait, une prise de participation, l’octroi d’une garantie ou une convention de prêt impliquent généralement l’existence d’une relation à long terme.
En dépit de ces difficultés, il est largement admis que le secteur privé est une source de résilience cruciale, facilitant l’accès aux services de base essentiels même lorsque les services publics sont insuffisants. De plus, certaines entreprises locales survivent même dans des situations extrêmes. Selon certaines études menées par l’OCDE, dans de nombreux sinon la plupart des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême, le dynamisme du secteur privé et les possibilités qu’il offre ne se démentent pas. L’exemple du recours au secteur privé en RDC dans l’optique d’y renforcer la résilience permet d’analyser certains défis à relever et des occasions à saisir (chapitre 4).
La connaissance du terrain est essentielle et les partenaires locaux ou les acteurs de l’aide humanitaire, du développement et de la paix très présents sur le terrain peuvent aider à l’acquérir. En effet, les occasions à saisir et les risques peuvent être très variables selon les contextes ou au sein d’un même contexte. Une analyse des risques montre ainsi que les primes de risque par pays ne sont pas de bons indicateurs et que les analyses infranationales et sectorielles peuvent aboutir à une évaluation plus précise des risques (Sonno et al., 2024[62]). Des perceptions généralisatrices et imprécises des risques ont de réelles conséquences financières, car elles ont une incidence sur l’accès aux capitaux, le prix des financements et le volume des IDE. (Wilke et al., 2024[63] ; Sonno et al., 2025 (à paraître)[64])
Les secteurs privés confrontés à une fragilité élevée ou extrême ne sont pas des phénomènes monolithiques et ne sont pas tous, en soi, de bons ou de mauvais partenaires ou des partenaires appropriés ou inappropriés. (Encadré 3.7) Ce sont des phénomènes sociaux complexes servant toutes sortes de fonctions distinctes dont les activités et les acteurs peuvent considérablement varier selon les zones géographiques et les secteurs. Même dans les situations de conflits violents actifs, l’activité économique ne s’arrête pas d’un seul coup. Au lieu de cela, la structure économique évolue et ses agents s’adaptent aux besoins, aux occasions qui se présentent et aux nécessités qu’imposent les circonstances. Différents experts font ainsi une distinction entre l’« économie d’adaptation », qui préserve les moyens de subsistance de la population, l’« économie parallèle », qui est déréglementée et peut être illicite, l’« économie de combat » qui finance directement le conflit lui-même (Goodhand, 2004[65] ; Ballentine et Nitzschke, 2005[66]) et l’« économie de légitimation » au sein de laquelle les autorités mobilisent les ressources économiques pour accroître leur légitimité locale. Huddleston et Wood (2021[67]) font ainsi valoir qu’il faudrait évaluer, puis encourager ou freiner les activités économiques selon les trois critères suivants : le fait que des acteurs sécuritaires ou politiques les exploitent en vue de renforcer leur domination sur la société sans avoir à rendre de comptes, le fait qu’elles soient propices à des d’activités favorisant la paix et le fait qu’elles créent ou non de la valeur pour la population en termes de revenu et moyens d’existence.
Toutes les croissances ne se valent pas. Les types de secteurs privés qui réduit le plus efficacement la fragilité et la pauvreté est matière à débats et les perspectives qu’ils offrent varient selon les contextes (Encadré 3.7). Les membres du CAD soutiennent la recherche fondamentale consacrée aux politiques publiques et à la croissance économique dans le but de faire reculer la fragilité et les conflits (Centre for Economic Policy Research, 2024[68]).
Encadré 3.7. Caractéristiques et contraintes du secteur privé dans les contextes exposés à une fragilité élevée à extrême
Copier le lien de Encadré 3.7. Caractéristiques et contraintes du secteur privé dans les contextes exposés à une fragilité élevée à extrêmeLa dynamique du secteur privé est très variable d’un contexte et d’un secteur d’activité à l’autre. Il convient donc de considérer l’analyse présentée ici comme une synthèse des tendances générales. Si les difficultés sont souvent considérables, les études menées par l’OCDE font apparaître un fort dynamisme du secteur privé dans nombre, sinon dans la plupart, des contextes exposés à une fragilité élevée à extrême, ainsi que la priorité clairement accordée par les dirigeants au développement du secteur privé.
Selon une étude de l’OCDE, dans ces contextes, l’agriculture et l’industrie représentent même un pan plus important de l’économie que dans d’autres économies en développement tandis que les services n’en constituent qu’un faible pourcentage. Dans les économies exposées à une fragilité élevée ou extrême plus que dans celles caractérisés par une fragilité faible ou moyenne, il n’y a pas d’adéquation entre la composition sectorielle de l’économie et la composition sectorielle de la population active (Thompson et Brien, à paraître[57]).
Dans les contextes fragiles, 40 % de la population active sont employés dans le secteur agricole (dont la productivité est généralement faible) – soit deux fois plus que dans d’autres contextes en développement. Dans les contextes de fragilité élevée ou extrême, plus de 60 % des emplois en moyenne sont occupés dans le secteur informel contre à peine plus de 40 % dans d’autres contextes en développement présentant un niveau de fragilité moyen à faible et dans 19 contextes de fragilité élevée ou extrême, plus de 80 % de la population active travaillent dans le secteur informel (Thompson et Brien, à paraître[57]).
Cela signifie que la population n’arrive pas à sortir d’un état de sous-emploi et se trouve bloquée dans des secteurs à faible productivité ne lui offrant que peu de perspectives, en particulier celui de l’agriculture de subsistance. En moyenne, l’économie informelle est davantage répandue dans les contextes de fragilité élevée ou extrême que dans ceux présentant un niveau de fragilité faible ou moyen (Thompson et Brien, à paraître[57]). Quels que soient les types de contextes, les femmes, ainsi que les jeunes, les seniors et les travailleurs peu qualifiés sont plus susceptibles de travailler dans l’économie informelle et il est rare que les entreprises informelles régularisent leur situation, même si les pouvoirs publics en ont fait une priorité d’action commune (Ohnsorge et Yu, 2022[69]).
D’après l’étude réalisée par l’OCDE, même au sein de secteurs identiques, la taille des entreprises est plus petite dans les contextes de fragilité élevée ou extrême que dans ceux présentant une fragilité faible à moyenne pour des raisons tenant probablement plus à des distorsions de leur économie qu’à leur niveau de développement ou de revenu (Thompson et Brien, à paraître[57]). Dans les contextes confrontés à une fragilité élevée ou extrême, de nombreuses entreprises offrent des capacités d’adaptation aux travailleurs en sous-emploi, qui n’ont pas la possibilité d’accéder à des emplois de qualité et qui peuvent avoir à jongler entre un travail salarié, des activités agricoles et un travail indépendant (Banerjee et Duflo, 2007[70]). Hormis les entreprises publiques, la fraction supérieure de grandes entreprises qui, dans d’autres économies, sont davantage susceptibles d’exporter, d’être des acheteurs extérieurs de biens primaires et intermédiaires produits par de petites et moyennes entreprises, d’investir plus et de mieux rémunérer leurs salariés, fait également défaut (Ciani et al., 2020[71]).
Selon les Enquêtes auprès des entreprises de la Banque mondiale (Groupe de la Banque mondiale, 2024[72]),14 l’accès à des financements compte parmi les principaux obstacles le plus souvent cités par les entreprises actives dans des contextes de fragilité élevée ou extrême, plus de 40 % et plus de 60 % d’entre elles ne disposant respectivement que d’un accès limité au crédit dans les contextes de fragilité élevée et dans les contexte de fragilité extrême. L’absence d’approvisionnement fiable en électricité et l’instabilité politique figurent également au nombre des obstacles les plus importants puisque 70 % des entreprises déplorent des pannes d’électricité contre 50 % de celles qui sont actives dans les contextes présentant une fragilité faible ou moyenne. Les entreprises exerçant leurs activités dans des contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême déclarent en outre être confrontées à des niveaux de corruption plus élevés dans tous les domaines que celles qui sont actives dans des contextes caractérisés par une moindre fragilité. Plus de 20 % des entreprises ont déclaré avoir été exposées au moins une fois à un cas de corruption ; près d’une sur cinq ont affirmé qu’elles ont dû offrir un cadeau ou s’acquitter d’un paiement informel pour remporter des marchés publics, se voir délivrer des permis d’exercice, d’importation ou de construction, ou obtenir un raccordement au réseau de distribution d’électricité ou d’eau (Thompson et Brien, à paraître[57]).
Source : Thompson et Brien (à paraître[57]), « Resilience, peace, and private sector development » ; Ohnsorge et Yu (dir.pub.) (2022[69]), The Long Shadow of Informality: Challenges and Policies, https://hdl.handle.net/10986/35782 ; Ulyssea (2020[73]), « Informality: Causes and consequences for development », https://doi.org/10.1146/annurev-economics-082119-121914 ; Banerjee et Duflo (2007[70]), « The economic lives of the poor », https://doi.org/10.1257/jep.21.1.141.
Les bailleurs, les IFD et les partenaires et pouvoirs publics locaux sont très dynamiques et déterminés. En témoigne le fait qu’en dépit des obstacles, certains investissements sont effectivement réalisés. Les investissements publics à l’appui du secteur privé et la mobilisation des financements du secteur privé se font d’autant plus limités que le contexte est fragile – tout en se matérialisant malgré tout (Infographie 3.3). Nombre d’IFD multilatérales et bilatérales et de BMD ont pris pour engagement d’élargir leurs portefeuilles dans les contextes de fragilité élevée ou extrême et plusieurs initiatives ou instruments spécifiques ont été mis en place ces dernières années, tels que le guichet de promotion du secteur privé de l’IDA, de l’IFC et de l’AMGI (IDA, 2024[74]), l’Initiative conjointe du HCR et de l’IFC (Agence des Nations Unies pour les réfugiés, 2022[75]) et les activités de la Banque africaine de développement consacrées aux financements en faveur de la paix (Encadré 3.8). Les acteurs humanitaires cherchent d’autres mécanismes de financement, tels que les financements mixtes, afin de compléter ou de remplacer les dons classiques d’investisseurs privés ou de fonds de pension (Farber et al., 2024[76] ; Overseas Development Institute, 2024[77]). Les membres du CAD ont présenté des feuilles de route ambitieuses pour mobiliser des capitaux privés et favoriser le commerce et la transformation économique (UK International Development, 2023[78] ; Commission européenne, 2023[79]). Certaines IFD bilatérales, comme British International Investment, la Banque néerlandaise de développement par l’entrepreneuriat (FMO) et Proparco, se sont exprimées sur la nécessité et la difficulté d’investir dans les contexte de fragilité élevée ou extrême (Proparco, 2024[80]), soutenues par des initiatives telles que l’Humanitarian and Resilience Investing Initiative lancée par le Forum économique mondial (2025[81]) et l’Africa Resilience Investment Accelerator15 (Infante et Kucharski, 2024[82]).
Comme on l’a vu, les nouvelles formes de partenariat économique qui ont vu le jour dans des contextes exposés à une fragilité élevée ou extrême ne peuvent réussir que si elles tiennent compte dès le départ des spécificités et des fragilités propres à chacun d’eux. L’une des thématiques communes est la nécessité de travailler dans le cadre des spécificités et des possibilités propres à chaque contexte et d’adapter au contexte tel qu’il est l’offre de produits destinée à la coopération au service du développement, et non l’inverse. Si les risques peuvent être élevés pour les investisseurs et bailleurs internationaux, une vie économique considérable s’est déjà amorcée et les entreprises existantes ont ainsi réussi à trouver une voie pour survivre.
L’occasion se présente donc de réfléchir de manière plus stratégique pour déterminer en quoi les initiatives et investissements du secteur privé contribuent à lutter contre la fragilité. Dans la réalité, l’écart peut être important entre les compétences en rapport avec la fragilité et les pratiques de développement du secteur privé. Ainsi, les IFD mettent souvent naturellement l’accent sur l’aspect transactionnel, proposant des politiques opérationnelles et des offres de produits bien définies et se caractérisant par des appétences pour le risque préétablies, ce qui exige des modes de financement par les dons qui ne sont pas toujours disponibles dans des contextes exposés à un risque élevé (DFI Working Group on Blended Concessional Finance for Private Sector Projects, 2023[83]). Faire le lien entre les différents acteurs pourrait favoriser des débats plus réalistes et fondés sur des principes au sujet des arbitrages, des enjeux, de ce qui est réalisable, des risques à prendre et des rôles que bailleurs et partenaires ont à jouer en fonction des contextes. En comblant cet écart, les deux catégories d’acteurs pourraient gagner en efficacité tant du point de vue de la connaissance contextuelle que de la contribution au développement à long terme. Au niveau contextuel, les acteurs investissant dans le secteur privé peuvent avoir accès, à un certain niveau, aux décideurs et au dialogue sur les politiques à suivre auxquels d’autres bailleurs peuvent de plus en plus peiner à accéder dans certains contextes.
Si le développement du secteur privé s’inscrit souvent dans une logique d’accroissement du volume des financements privés, cet aspect peut ne pas nécessairement être l’objectif immédiat dans les contextes exposés à des niveaux élevés de fragilité lorsqu’il s’agit d’opérer au sein d’écosystèmes déjà en place. Les mesures de réponse visant à améliorer la productivité agricole et à rehausser la capacité des populations à commercialiser des produits, fût-ce au sein du secteur informel, sont susceptibles de faire considérablement évoluer à moyen terme les revenus générés dans les contextes caractérisés par un niveau de fragilité élevée ou extrême. L’Africa Fragility Initiative de la Société financière internationale (IFC) vise ainsi à utiliser des mécanismes de conseil et de soutien à l’investissement pour promouvoir le développement des entreprises et les champions locaux des marchés et pour améliorer la fourniture de biens et de services (Société Financière Internationale, 2022[84]).
Le soutien des bailleurs, qu’ils soient partenaires ou parties prenantes, peut contribuer à réduire l’écart entre, d’une part, les types d’intervention ou d’investissement que les investisseurs et les IFI sont plus facilement en mesure de proposer et, de l’autre, les modes d’investissement possibles dont la population générale pourra bénéficier. Au Mozambique, par exemple, si les investissements sont concentrés sur de grands projets d’infrastructure ou miniers, certains partenaires au développement cherchent à trouver comment relier à ces industries ou à d’autres les petits producteurs et intermédiaires locaux. Les activités de don peuvent faire bouger les choses là où les investissements ne changent rien – en contribuant, par exemple, à renforcer encore un environnement propice et à améliorer les moyens de subsistance, voire l’action et les interventions humanitaires – ces deux types d’interventions étant toutefois généralement déconnectées l’une de l’autre.
La nature et le développement de systèmes de base étatiques et la nature et le développement de l’économie sont inextricablement liés. Selon certaines études, le lien entre l’investissement privé et la fréquence des conflits peut dépendre de la nature des investissements mais aussi du cadre de gouvernance et de l’état de droit, du niveau des investissements dans le capital humain local et du nombre de groupes ethniques politiquement sous-représentés (Sonno, 2024[51]). Ce constat remet en cause l’idée que le développement du secteur privé serait simplement une activité complémentaire et met en évidence la nécessité d’une coopération entre les différentes formes d’interventions (comme les réformes des politiques et les investissements financiers).
La sensibilité aux conflits et l’analyse de l’économie politique sont vitales même lorsqu’aucun conflit n’est en cours. Si les ambitions se rapportant aux investissements du secteur privé sont élevées, de nombreuses publications font par ailleurs état des risques que posent les afflux de capitaux. Lorsque la situation dégénère, les explications souvent citées renvoient aux litiges concernant l’utilisation des terres ou à la répartition des retombées positives des investissements. En outre, à la différence de la conduite d’une entreprise bien gérée exerçant dans d’autres contextes, il est souvent indispensable d’être doté de compétences particulières et de mettre en œuvre des méthodes différentes pour diriger une entreprise prospère dans un contexte très fragile, dans lequel il est généralement impératif d’avoir de bonnes connexions avec les milieux politiques.
Même si l’objectif général est d’accroître la contribution du secteur privé à la résilience, la bonne décision consiste malheureusement parfois à ne pas intervenir. Même si cette décision est la bonne, certaines incitations peuvent pousser à la contester – comme des incitations visant le personnel en rapport avec le volume des transactions ou la détermination d’un pays partenaire à stimuler l’emploi, même si cet engagement se ferait alors au prix d’investissements déraisonnables.
Favoriser la construction de sociétés résilientes et pacifiques grâce aux partenariats économiques
Copier le lien de Favoriser la construction de sociétés résilientes et pacifiques grâce aux partenariats économiquesEn plus de contribuer à la réalisation des objectifs plus généraux de renforcement de la résilience, les interventions économiques et les investissements peuvent avoir des rôles spécifiques à jouer dans la construction de sociétés pacifiques, que ce soit dans les situations de conflit ouvert ou face à des tensions et griefs localisés. Dans la reconstruction post-conflit, il est crucial que les secteurs public et privé travaillent en partenariat, car avant même qu’un conflit ne prenne fin, il faut déjà commencer à reconstruire l’économie.
Une rupture des canaux politiques, ou même une explosion de violence, ne s’accompagne pas nécessairement d’une rupture des canaux et liens économiques, que ce soit avec la communauté internationale ou même parfois entre les belligérants. Les liens ou partenariats qui entrent en jeu dans la fourniture d’un soutien économique, que ce soit dans les secteurs public ou privé ou via des acteurs tiers, peuvent contribuer au maintien des relations avec la communauté internationale qui, sans cela, pourraient s’éroder, ce qui constitue un point de départ pour de potentielles futures avancées.
Les membres du CAD sont très dépendants du mandat, de l’expertise et/ou de la force de frappe financière des institutions financières internationales (IFI), du système des Nations Unies et des ONG, en particulier dans les contextes sur lesquels pèsent des contraintes politiques. Les institutions économiques comme le FMI et les banques multilatérales de développement (BMD) continuent d’œuvrer à adapter leur offre aux contextes présentant un niveau de fragilité plus élevé ; ces travaux constitueront un test déterminant quant à l’évolution des BMD et la réussite de l’initiative « Bretton Woods : 80 ans » à venir. De nombreux partenaires multilatéraux et bilatéraux ont fait du maintien de la collaboration durant les conflits et les crises une stratégie de développement et un objectif stratégique essentiels. Les mandats varient beaucoup entre les différentes organisations, et en fonction des types de fragilité et des contextes spécifiques. Ces mandats, de même que la possibilité qui est donnée à ces acteurs d’intervenir – en particulier, selon que les autorités locales sont reconnues comme légitimes ou que des accords financiers directs peuvent être conclus – peuvent également dépendre de l’opinion de la communauté internationale, telle qu’elle est exprimée dans le cadre des décisions des conseils d’administration. Ces différences peuvent avoir des répercussions importantes sur l’éventail des possibilités existant dans les contextes qui présentent un niveau de fragilité élevé ou extrême ; or, celles-ci peuvent dépendre du degré de tension qui caractérise les relations politiques, de la raison de la crise, du conflit ou de l’instabilité, de l’émergence de phénomènes sources de préoccupations sérieuses en matière d’action publique (notamment la corruption, le financement du terrorisme ou une crise au niveau macroéconomique), et des évolutions politiques ou stratégiques survenant dans la capitale du bailleur ou aux services centraux de l’organisation.
La panoplie d’outils permettant de mettre en œuvre des interventions économiques et d’activer des liens économiques est plus vaste qu’on ne le pense souvent, et elle ne repose pas intégralement sur les IFI, même dans les environnements soumis à de fortes contraintes politiques ou économiques. Les membres du CAD déploient bien leurs propres panoplies d’outils, mais elles sont souvent moins claires et moins transparentes quant à leurs interventions ou aux déclencheurs qui les poussent à s’engager avant différents types de chocs, à rester engagés pendant ces chocs ou à se réengager après. Les dispositions économiques contenues dans les accords de paix, les incitations financières et les accords formels ou informels de partage des recettes, ainsi que les conditionnalités liées à l’inclusion et visant à lutter contre les inégalités horizontales sont autant d’éléments ayant été utilisés comme des mécanismes partiels pour agir sur les facteurs économiques, qui sont spécifiques au contexte.
La sensibilisation aux conflits et l’adaptation au contexte sont essentielles longtemps avant et après la fin de la phase la plus intense d’un conflit ou d’une rupture. Des tensions peuvent potentiellement se manifester entre, d’une part, le maintien d’une collaboration soutenant les systèmes économiques essentiels et, d’autre part, l’effet incitatif d’un financement à grande échelle, par exemple. Le maintien du dialogue peut être perçu comme une légitimation, et les institutions économiques, les secteurs concernés et les dépenses d’aide elles-mêmes peuvent être fortement contestés.
En ce qui concerne le secteur privé, il existe des domaines dans lesquels les entreprises qui axent leurs travaux sur la compréhension et la promotion de la paix et de la résilience peuvent contribuer à de meilleurs résultats à la fois pour elles-mêmes et pour la société. Dans les secteurs qui nécessitent d’importantes superficies, en particulier, les principaux risques ayant un effet dissuasif sur l’investissement sont souvent liés à la paix, ce qui signifie que les acteurs qui œuvrent en faveur de la paix et les investisseurs ont un intérêt commun à réduire les risques pesant sur les projets et à accroître les bénéfices que les projets procurent aux communautés environnantes. Les attentes doivent être réalistes : le secteur privé ne peut pas remplacer les autres investissements et interventions essentiels décrits dans d’autres parties du présent Chapitre. Les investissements dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée à extrême posent déjà des défis et, dans certains cas, les erreurs du passé pourraient saper la confiance.
Néanmoins, des initiatives prometteuses sont en cours pour accroître l’impact favorable à la paix du développement du secteur privé, en augmentant l’impact social positif et en réduisant les risques. Par exemple :
Il existe des propositions visant à établir des normes globales et à développer le marché des investissements favorables à la paix ou du financement de la paix, comme l’expose par exemple l’initiative « Finances pour la paix » (2023[85]).
L’initiative « Investing for Peace » a présenté une proposition d’instrument de placement qui donnerait la priorité à la paix en tenant compte de la dynamique des conflits et de la façon dont la paix s’articule avec le développement du secteur privé dans un contexte donné. Dans le cadre de cette approche, les partenariats commerciaux et les investissements seraient un objectif secondaire, et ils dépendraient de l’évaluation des besoins des communautés et du potentiel du secteur privé à accroître la résilience (German Federal Foreign Office, 2020[86]).
Les méthodologies d’évaluation des risques commerciaux peuvent permettre de mettre certaines transactions en relation avec des mécanismes de consolidation de la paix, comme le dialogue et la médiation entre communautés. Des mécanismes de partage des bénéfices pourraient également être introduits dans une transaction une fois qu’il a été établi qu’un investissement (susceptible d’être) rentable contribue à une réduction et à une meilleure valorisation des risques, ainsi qu’à une augmentation de la rentabilité et des avantages sociaux16.
De nouveaux types d’investissement durable sont testés à titre pilote, par exemple l’initiative des obligations d’investissement indexées sur la sécurité (SIIB) proposée par la Banque africaine de développement (BAfD) dans le cadre de son partenariat avec la communauté pour la consolidation de la paix (Encadré 3.8).
Encadré 3.8. La Banque africaine de développement continue de faire évoluer ses principes de fonctionnement en vue de promouvoir la paix et la sécurité en tant que biens publics régionaux et mondiaux
Copier le lien de Encadré 3.8. La Banque africaine de développement continue de faire évoluer ses principes de fonctionnement en vue de promouvoir la paix et la sécurité en tant que biens publics régionaux et mondiauxLa montée de l’insécurité et des conflits dans le monde entier, y compris en Afrique, met en évidence l’importance de traiter la paix et la stabilité comme des biens publics régionaux et mondiaux.
La crise du Sahel s’est étendue depuis son déclenchement en 2011, freinant les progrès en matière de développement, détournant des ressources intérieures limitées au profit de la préservation de la sécurité et menaçant maintenant de s’étendre aux zones côtières d’Afrique de l’Ouest. Ce n’est qu’un exemple des raisons pour lesquelles la communauté internationale, y compris les institutions de financement du développement (IFD), doit mobiliser son expertise et ses ressources pour contribuer à empêcher le conflit de s’étendre davantage.
La BAfD était la BMD à reconnaître que le défi de la fragilité se pose aussi en dehors de ce qu’on appelait autrefois les « États fragiles », et qu’il concerne en réalité tous les pays ; elle a adapté son modèle économique en conséquence au cours des dix dernières années. Elle envisage la fragilité comme un ensemble de points de tension politiques, économiques, sociaux et environnementaux auxquels sont exposés les pays, les sociétés et les marchés. Elle soutient donc en priorité le renforcement des sources de résilience afin que ces contextes soient mieux à même de faire face aux chocs et de prévenir l’éclatement de conflits.
La fragilité et la résilience constituaient des questions transversales dans la première Stratégie décennale pour 2013-2022 de la BAfD. Grâce à cela, la préparation des stratégies et investissements régionaux et nationaux qu’elle a déployés dans tous les pays africains a pu être guidée par une évaluation des vecteurs de fragilité et des sources de résilience internes et externes. À cette fin, la Banque a fait en sorte d’intégrer systématiquement ce programme d’action dans son modèle d’activité, en s’appuyant sur sa connaissance approfondie du contexte en tant que banque régionale de développement et en tirant parti de la confiance que lui accordent les parties prenantes africaines pour engager un dialogue sur les politiques publiques, promouvoir des solutions pour prévenir les conflits et trouver des solutions aux crises prolongées.
Dans les années qui ont suivi, la BAfD a continué d’affiner les stratégies et les approches qu’elle a mises en œuvre dans cet objectif, en tirant des enseignements à la fois de l’expérience de la communauté internationale et, grâce aux évaluations indépendantes, de son propre engagement17. Elle a mis au point des outils d’analyse quantitative et qualitative pour évaluer les points de tension, notamment un outil d’évaluation de la résilience et de la fragilité des pays, grâce auxquels elle veille à ce que ses investissements favorisent le renforcement de la résilience et la prévention des conflits.
La Stratégie décennale pour 2024-2033, qui a été approuvée récemment, renforce cette approche, et sa mise en œuvre prend appui sur les priorités « High 5 » de la Banque : « Éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie », « Nourrir l’Afrique », « Industrialiser l’Afrique », « Intégrer l’Afrique » et « Améliorer la qualité de vie des populations en Afrique ». En plus de maintenir la fragilité et la résilience en tant que dimension transversale intégrée à l’échelle de l’ensemble de ses investissements, la Banque considère désormais la paix, la stabilité et la résilience régionales comme étant un bien public auquel elle entend apporter une contribution explicite.
Ainsi, la BAfD ne se contente plus d’atténuer les externalités négatives de ses activités, ce qui sous-tend le programme d’action visant à ne pas nuire, mais s’oriente vers un programme qui vise à générer intentionnellement des externalités positives et mesurables au service de la paix. À cette fin, elle s’associe à la communauté pour la consolidation de la paix en vue de soutenir le Nouvel agenda pour la paix des Nations Unies, qui appelle les IFI à jouer le rôle d’agents de la paix, et étudie le potentiel que recèlent les approches d’investissement favorables à la paix et la manière d’intégrer des mécanismes de consolidation de la paix dans ses activités de façon systématique afin de renforcer son impact en la matière.
Forte de l’expérience qu’elle s’est forgée en réalisant des évaluations de la fragilité et de la résilience ces dix dernières années, dont beaucoup ont été menées conjointement avec d’autres partenaires, la Banque africaine de développement met aussi fortement l’accent sur les liens entre analyse, investissement et impact. En complément des orientations qu’elle fournit sur la manière d’opérer dans des environnements présentant une fragilité, la Banque est en train d’identifier une réserve d’investissements publics et privés ayant un impact maximal en matière de paix, et met à profit sa panoplie d’instruments financiers en vue d’ouvrir la voie à une telle transition.
Reconnaissant que les pays exposés à la fragilité et aux conflits ont davantage besoin de ressources, la Banque a créé en 2004 le prédécesseur de la Facilité de soutien à la transition (FAT), qui a depuis mobilisé plus de 7.1 milliards USD – principalement par le biais des reconstitutions du Fonds africain de développement – pour financer plus de 400 opérations dans des pays à faible revenu confrontés à des conflits, à la fragilité et aux effets néfastes du changement climatique.
La FAT permet à la Banque de financer des investissements ciblant les principaux axes de sa Stratégie pour remédier à la fragilité et renforcer la résilience en Afrique : mettre en place des institutions efficaces ; promouvoir l’inclusion, en particulier au niveau des communautés ; et mobiliser le secteur privé, en se fondant sur le principe selon lequel paix et prospérité vont de pair.
Les modalités de fonctionnement de la FAT continuent d’évoluer en vue de lui permettre d’être plus efficace lorsqu’elle prévient les conflits, rend plus flexible sa réponse aux crises et crée des synergies avec les partenaires humanitaires et œuvrant pour la consolidation de la paix par le biais de l’approche reposant sur l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix. La Facilité de rehaussement de crédit en faveur du secteur privé a été créée en 2015 pour permettre à la Banque de réaliser davantage d’investissements privés sur ces marchés, qui sont caractérisés par des risques plus élevés. En 2023, un Guichet d’action climatique a été mis en place afin de renforcer la capacité des pays à faible revenu vulnérables à attirer des financements pour l’action climatique provenant de sources existantes ainsi qu’à orienter des ressources complémentaires à l’appui de l’adaptation au changement climatique vers des investissements à l’interface entre climat et paix.
Encouragée par le succès de ces innovations financières, la BAfD conduit actuellement la mise au point d’un instrument et d’une approche novateurs répondant directement au problème de l’insécurité croissante sur le continent : l’initiative des SIIB.
En coordination avec l’Union africaine, les communautés économiques régionales et les pays africains, et en s’appuyant sur les enseignements tirés de son engagement dans ces environnements, elle s’emploie à mettre sur pied cette initiative en vue de faire jouer l’effet de levier de l’APD pour mobiliser des ressources additionnelles à grande échelle, provenant notamment des marchés financiers, et les déployer dans le cadre de stratégies d’investissement globales associant le secteur public, le secteur privé et la société civile.
La Banque africaine de développement suit donc une approche écosystémique dans ses efforts pour contribuer à la réalisation des biens publics régionaux et mondiaux que sont la paix et la sécurité en Afrique. Elle met l’accent sur le développement de partenariats stratégiques à long terme à l’échelle de l’ensemble de l’articulation entre action humanitaire, développement et recherche de la paix, et sur la mise à contribution du secteur privé.
Note : La stratégie de 2008 était axée sur le renforcement de l’engagement dans les contextes fragiles, conformément aux Principes de l’OCDE pour l’engagement international dans les États fragiles et les situations précaires de 2007. Les stratégies de 2014 et 2022 étaient axées sur le thème complémentaire de la résilience.
Source : Banque africaine de développement (2024[87]), Stratégie décennale du Groupe de la Banque africaine de développement (2024–2033), https://www.afdb.org/fr/documents/strategie-decennale-du-groupe-de-la-banque-africaine-de-developpement-2024-2033.
Progrès en matière d’analyse : fragilité à l’échelon infranational
Copier le lien de Progrès en matière d’analyse : fragilité à l’échelon infranationalL’adoption plus large d’une perspective infranationale de la fragilité permettrait de combler un manque de connaissances et d’analyses en ce qui concerne l’affectation de l’APD. Les données disponibles laissent à penser que les acteurs du développement ne ciblent peut-être pas toujours les poches de fragilité qui existent à l’intérieur des pays ou des zones de conflit infranational (Custer et al., 2017[88]). Cela peut être lié à la réticence des gouvernements des pays partenaires à s’engager sur de telles questions lorsqu’elles menacent les intérêts politiques des élites et/ou à l’importance de l’appropriation par les pays partenaires dans les décisions conjointes d’affectation des ressources. Néanmoins, les bailleurs s’intéressent davantage à ce programme d’action, en particulier les BMD ; la Banque interaméricaine de développement, par exemple, élabore actuellement une stratégie qui intègre une perspective infranationale. L’attention qui commence à être portée à la fragilité à l’échelon infranational coïncide également avec d’autres programmes d’action qui intéressent de plus en plus la communauté des bailleurs, comme l’ancrage local et le développement piloté au niveau local, et le maintien de l’engagement dans des environnements sur lesquels pèsent des contraintes politiques et où les entités infranationales peuvent parfois servir de points d’entrée.
La fragilité au niveau infranational se manifeste dans le cadre de phénomènes divers :
Des poches de fragilité peuvent persister au niveau infranational, en particulier dans les contextes à revenu intermédiaire, même dans les États fonctionnels relativement stables dont le PIB croît. Par exemple, certaines régions des Philippines présentent un PIB par habitant et des faiblesses institutionnelles similaires à ceux des contextes à faible revenu exposés à une fragilité élevée (Barron, 2022, pp. 48-51[89]).
Les dynamiques transfrontalières ne sont pas forcément toujours observables au niveau national. Il peut s’agir notamment de phénomènes tels que les déplacements forcés, de l’intensité des conflits ou de facteurs liés à l’environnement (comme les catastrophes naturelles, le stress hydrique ou les écosystèmes partagés par plusieurs pays au-delà des frontières nationales). Par exemple, les régions frontalières poreuses comme le Liptako-Gourma entre le Burkina Faso, le Niger et le Mali sont caractérisées par une intensité de conflit particulièrement élevée.
Les incidences de la fragilité à l’échelon infranational peuvent persister pendant de longues périodes. Les zones retardataires, qui pâtissent souvent de processus de marginalisation historique, politique et économique, risquent d’être laissées de côté. Par exemple, des données récentes prouvent que les zones qui étaient contrôlées par les rebelles entre 1985 et 1992 au Salvador affichent aujourd’hui des résultats économiques inférieurs à ceux des zones adjacentes qui étaient contrôlées par l’État (Bandiera et al., 2023[90]).
Des îlots de stabilité peuvent exister dans des zones infranationales au sein de contextes présentant un niveau de fragilité extrême, où l’État central exerce un contrôle territorial limité et où les capacités de l’État sont faibles. Certaines de ces régions, comme le Kurdistan iraquien, sont historiquement plus stables que les régions environnantes qui se trouvent dans le même contexte. Cela peut notamment tenir au fait que les « dirigeants délimités » (bounded rulers) gouvernant ces régions disposent d’un horizon temporel lointain du fait de leurs possibilités limitées de mobilité ascendante (en raison de leur appartenance ethnique et/ou religieuse), ce qui les conduit à établir un contrat social informel avec la population dans le cadre duquel ils offrent « une protection […] en échange d’informations et d’un soutien à l’administration » (Harsch et Troy, 2024[91]).
Le Cadre de l’OCDE sur la fragilité est conçu pour présenter les tendances en matière de fragilité au niveau macroéconomique, mais sa capacité à mettre en évidence la fragilité aux niveaux infranationaux est limitée. L’élargissement du champ des analyses au niveau infranational permet de tirer des éclairages plus approfondis sur les tendances macroéconomiques en mettant au jour des détails granulaires souvent occultés par la « tyrannie des moyennes » qui prévaut dans les comparaisons internationales (Custer et al., 2017[88]). Il est important de disposer d’un plus large éventail d’analyses pouvant être adaptées aux différents niveaux de prise de décision dans les institutions des bailleurs et des partenaires ; cela pourrait par ailleurs aider à brosser un tableau analytique plus équilibré, en particulier dans les contextes touchés par des conflits, où les analyses à l’échelon local sont souvent menées pour répondre à des besoins en matière de sécurité, ce qui fait qu’elles sont rarement à la portée des acteurs du développement et de l’aide humanitaire qui pourraient bénéficier d’une meilleure connaissance du contexte local. En effet, les contextes présentant un niveau de fragilité élevé ou extrême font face à d’importantes inégalités géographiques liées aux conflits, aux taux de pauvreté, à l’accès aux services de base, au revenu, au genre, aux minorités et aux facteurs environnementaux. Par exemple, les inégalités de revenu et de patrimoine au sein des pays se sont creusées dans de nombreux contextes, alors qu’elles ont diminué entre les pays (Qureshi, 2023[92]). L’utilisation de sources de données alternatives et l’inférence permettront également de combler le manque de données dans plusieurs contextes ; par exemple, celles sur le Kosovo ne figurent pour le moment pas dans le cadre multidimensionnel de l’OCDE. En 2025, l’Organisation poursuivra sa collaboration avec l’Agence spatiale européenne (ESA) et la Banque européenne d’investissement (BEI) pour étudier comment mesurer la fragilité aux niveaux infranationaux en Éthiopie et au Myanmar. À la suite de ce projet pilote, l’ambition à long terme est de fournir un cadre d’analyse complet et intégré. L’adoption d’une méthodologie d’analyse de la fragilité combinant de manière fluide des données d’observation de la Terre et d’autres types de données aidera à mieux comprendre les vecteurs de risque et de résilience dans les contextes infranationaux. Cela garantira la disponibilité en temps opportun d’informations exploitables qui permettront également une prise de décision et des opérations plus efficaces et plus éclairées.
Projet pilote de mesure de la fragilité infranationale : Éthiopie et Myanmar
L’étude pilote de l’OCDE visait à mesurer la fragilité au niveau infranational dans deux régions d’Éthiopie (Amhara et Tigré) et deux régions du Myanmar (États Shan et Rakhine) à l’aide de données d’observation de la Terre et d’autres types de données (Graphique 3.9), et a été menée en partenariat avec l’ESA et la BEI. Cette analyse s’appuie sur un projet pilote initial de fusion de données mené dans le cadre de l’initiative d’aide au développement mondial de l’ESA (2025[93]) sur la fragilité, les conflits et la sécurité, dont l’objectif était d’identifier la fragilité dans toutes ses dimensions en combinant des données d’observation de la Terre et d’autres types de données, en coopération avec la Banque asiatique de développement (European Space Agency, 2023[94]).
Graphique 3.9. Régions couvertes par le projet mené en Éthiopie et au Myanmar
Copier le lien de Graphique 3.9. Régions couvertes par le projet mené en Éthiopie et au Myanmar
Méthodologie et calendrier
Cette étude pilote porte sur les dimensions économiques, environnementales, sécuritaires et sociétales de la fragilité à l’échelon infranational et couvre la période allant de 2018 à avril 2024, la collecte et l’analyse des données ayant eu lieu fin 2024. Elle repose notamment sur des données d’observation de la Terre provenant des satellites de l’ESA18, complétées par d’autres types de données19. L’analyse de la fragilité, qui intègre des paramètres en lien avec des éléments physiques provenant de l’imagerie terrestre dans des couches d’informations non issues de l’observation de la Terre, fournit des données factuelles localisées sur les risques et la résilience, et identifie notamment leurs déterminants potentiels. La méthodologie employée permet de combiner des informations complexes et multidimensionnelles, malgré les difficultés que cela présente, pour mieux comprendre le contexte des facteurs historiques et actuels de la fragilité ainsi que les interconnexions entre eux. Dans le cadre de cette étude pilote, les données combinées ont constitué un indicateur indirect pour identifier la fragilité dans les régions infranationales, par exemple l’intensité de la lumière nocturne et la pollution atmosphérique d’origine industrielle (fragilité sur le plan économique) ; les changements d’affectation des terres et les données sur la santé de la végétation et sur les précipitations (fragilité sur le plan environnemental) ; et les données sur les déplacements de populations et les conflits (fragilité sur le plan sécuritaire).
Le choix des zones géographiques sur lesquelles portait le projet était motivé par plusieurs facteurs :
La variabilité du degré de fragilité. En Éthiopie, elle a atteint un pic en 2020-21 pendant la guerre du Tigré selon le Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité, mais elle reste à des niveaux élevés dans ses dimensions politique et sécuritaire. Au Myanmar, elle s’est rapidement accrue dans toutes ses dimensions à partir de 2021, ce qui coïncide avec le coup d’État militaire du mois de février de la même année, en particulier dans ses dimensions politique, sécuritaire et sociétale. Dans ces deux pays, l’examen de la fragilité au niveau infranational permet d’analyser de façon plus nuancée la fragilité nationale globale.
Les tensions entre les zones centrales et périphériques et les violences à l’échelon infranational. L’Éthiopie est la scène de plusieurs conflits simultanés au niveau infranational qui sont principalement, quoique pas exclusivement, liés au nationalisme, à la concurrence locale pour le pouvoir et aux différends intra-ethniques (ACLED, 2024[95]). L’un des plus marquants a été la guerre du Tigré de 2020-22 entre le gouvernement fédéral éthiopien et le Front de libération du peuple du Tigré ; on estime qu’elle a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes (International Crisis Group, 2023[96]), notamment en raison de la famine et des maladies. Toujours en Éthiopie, la violence a embrasé la région de l’Amhara ces deux dernières années, opposant les milices Fano et le gouvernement fédéral. Depuis l’indépendance du Myanmar en 1948, ses hauts plateaux sont le terrain de violences infranationales (Horsey, 2024[97]) qui se sont accélérées et se sont propagées vers le centre du pays peuplé par les Bama à la suite du coup d’État militaire de 2021 (Mon, 2024[98]).
La disponibilité des données et la volatilité de la sécurité. Les régions de l’Amhara et du Tigré ont été choisies pour le projet pilote car elles sont les plus touchées par les conflits en Éthiopie, sans que ceux-ci ne s’intensifient dans la première ni qu’ils ne diminuent dans la seconde. Les États Rakhine et Shan ont été sélectionnés pour illustrer la diversité des risques infranationaux et des capacités d’adaptation, car ils se classent parmi les régions les plus instables du Myanmar au regard de divers indicateurs.
Conclusions du projet pilote
Dimension économique
L’observation de la Terre fournit des éclairages opportuns et des détails granulaires qui aident à mieux comprendre les liens entre sécurité et fragilité économique. Par exemple, les émissions de méthane ont fortement augmenté à la suite du coup d’État de 2021 au Myanmar et de 2020 à 2022 en Éthiopie, quoique dans une moindre mesure ; les effets dans l’État Rakhine et le Tigré étaient plus marqués que les moyennes nationales. Cela donne à penser que les populations vivant dans ces zones sont retournées à des moyens de subsistance basés sur l’exploitation des ressources naturelles, comme les activités agricoles. De même, la baisse des émissions d’aérosols au Myanmar suggère que l’utilisation des véhicules et des transports a diminué, ce qui peut constituer un indicateur indirect pour mesurer l’activité économique (à savoir les infrastructures et les moyens de transport).
Les séries chronologiques de 2017-23 sur l’intensité de la lumière nocturne montrent qu’elle est plus faible dans les États Rakhine et Shan ainsi que dans le Tigré et l’Amhara que dans les autres régions du Myanmar et d’Éthiopie, respectivement. Cela indique que le niveau de développement économique est plus faible dans les quatre régions analysées, ce qui peut être dû à des différences préexistantes et/ou aux effets des conflits. Ces régions affichent également une baisse de l’intensité de la lumière nocturne coïncidant avec la pandémie de COVID‑19 qui est nettement supérieure à la valeur moyenne enregistrée pour les autres régions dans le même contexte. Après la pandémie, l’intensité de la lumière nocturne a affiché une hausse plus marquée que la moyenne dans ces quatre régions, malgré le fait qu’elles soient touchées par des conflits. Il est intéressant de noter que l’État Shan affichait un niveau de radiance particulièrement élevé en 2022-23, qui dépassait les tendances moyennes observées au Myanmar en 2023. Si ces données peuvent sembler positives, cet aspect est atténué par une forte fluctuation de l’intensité de la lumière nocturne dans l’État Shan, avec des changements rapides suggérant que les possibilités de croissance régulière et prévisible seront limitées.
Dimension environnementale
Concernant les capacités d’adaptation en lien avec la fragilité environnementale, il y a davantage de réservoirs d’eau par habitant dans l’État Shan que dans l’État Rakhine, mais les réservoirs dans l’État Shan sont six fois plus fluctuants. Cela est probablement dû à une plus grande exposition de l’État Shan aux variations des niveaux de précipitations et donc au risque de sécheresse, que la population compense en utilisant les réserves d’eau. Par exemple, l’État Shan a été frappé par une sécheresse qui a réduit ses réserves d’eau de plus de 50 % en 2020, et le changement climatique pourrait l’exposer encore davantage aux risques de sécheresse.
Dimensions sécuritaire et sociétale
L’intensité des conflits et les niveaux de déplacements de populations au niveau infranational sont fortement corrélés dans la plupart des cas. Après le coup d’État (2021-23), le nombre de victimes du conflit dans l’État Shan a été multiplié par cinq et le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du territoire (PDI) a été multiplié par sept par rapport aux niveaux enregistrés auparavant (2018-20). Ces phénomènes sont corrélés à une baisse de la croissance urbaine, qui a ralenti pour s’établir à 2.99 % en 2021-23, contre 4.94 % en 2018-20. Cela donne à penser que l’urbanisation a sensiblement ralenti, le taux de croissance démographique étant resté à peu près le même. L’ampleur et l’étendue des déplacements de populations au Myanmar et en Éthiopie sont frappantes. L’Éthiopie compte nettement plus de PDI (1.1 million dans la région d’Oromia, par exemple) ; au Myanmar, l’État Rakhine se distingue par l’exode massif de la population rohingya vers le Bangladesh, qui a débuté en 2016 (on compte près d’un million de personnes réfugiées) et, en janvier 2025, environ 570 000 personnes avaient été déplacées au sein de l’État Rakhine en raison du conflit entre l’Armée d’Arakan (une organisation ethnique armée) et l’armée du Myanmar.
Implications pour la programmation des bailleurs
L’observation de la Terre permet de cartographier les vulnérabilités et de surveiller les risques, et ce, de façon détaillée (grâce à l’analyse prédictive fondée sur l’IA). Intégrer les données d’observation de la Terre à d’autres données socioéconomiques permet d’analyser la fragilité à un niveau granulaire ainsi que par période (passé et présent), par localisation et par indicateur, ce qui apporte des éclairages et met en évidence des tendances et des schémas. Cette méthodologie est une solution rapide et peu coûteuse pour étayer les interventions ciblées, compléter d’autres analyses effectuées dans des environnements complexes et améliorer la transparence. C’est une approche très efficace pour comprendre et relever les défis environnementaux, sociaux et infrastructurels dans des contextes caractérisés par une fragilité élevée à extrême tout au long du cycle de vie du projet. Elle peut aussi s’avérer particulièrement utile dans les contextes évoluant rapidement et soumis à des contraintes politiques, dont l’administration centrale est faible, qui manquent de sources de données fiables telles que des recensements et des enquêtes réguliers, et qui sont inaccessibles ou isolés20. Parmi les autres situations dans lesquelles l’analyse fondée sur l’observation de la Terre peut aider les fournisseurs à mieux comprendre la fragilité spécifique à un contexte, on peut citer les suivantes :
L’engagement dans des environnements soumis à des contraintes politiques. La coopération pour le développement pose toujours des difficultés en l’absence de dialogue politique avec les autorités nationales, comme on l’a vu en Afghanistan et au Myanmar. Pour pouvoir acheminer l’aide via d’autres mécanismes, il est nécessaire de s’engager au niveau local, éventuellement par l’intermédiaire d’acteurs non étatiques (par exemple, les organisations ethniques armées au Myanmar). L’observation de la Terre constitue une mesure indirecte viable lorsqu’il est impossible pour les bailleurs de voir ce qui se passe directement sur le terrain. Les observations par télédétection satellitaire de l’ESA fournissent des informations sur divers paramètres environnementaux, notamment les précipitations, la température, la santé de la végétation, les conditions d’humidité des sols et le développement des cultures aux fins du suivi de la production alimentaire, par exemple. L’observation de la Terre peut également permettre aux fournisseurs d’aide d’observer les mouvements de population, les conflits et l’impact des catastrophes naturelles sans interagir directement avec les autorités.
L’évolution des modalités de mise en œuvre de l’aide. Les bailleurs dirigent souvent une part importante de l’aide humanitaire vers des contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême et par l’existence de conflits. En 2019 par exemple, l’aide humanitaire représentait 14 % et 8 % des ressources allouées à l’Éthiopie et au Myanmar, respectivement, mais en 2023, ces taux sont respectivement passés à 29 % et 22 %. Dans le même temps, les bailleurs ont tendance à réduire les volumes d’APD totaux et à suspendre le soutien budgétaire dans les contextes touchés par un conflit, comme l’a montré la suspension par l’UE du soutien budgétaire à l’Éthiopie en raison du conflit dans la région du Tigré (Gerth-Niculescu, 2020[99]). L’analyse de la fragilité au moyen de l’observation de la Terre permet de suivre et d’évaluer l’impact des programmes et projets humanitaires, comme la distribution de denrées alimentaires, les initiatives pour la santé ou le soutien pédagogique et les petits projets en lien avec l’infrastructure, aussi bien avant qu’après leur mise en œuvre.
Des contextes qui évoluent rapidement. En raison des conflits infranationaux, les situations sont mouvantes et évoluent rapidement, ce qui accroît la nécessité de disposer d’informations granulaires et actualisées. Cela a une incidence sur l’acheminement de l’aide, l’accès à ces zones et le choix du partenaire. À la fin de l’année 2024, l’Armée d’Arakan s’était emparée de la majeure partie du territoire de l’État Rakhine, à l’exception de quelques villes. Cette offensive s’est accompagnée de blocus commerciaux imposés par la junte au pouvoir au Myanmar, d’une baisse de 37 % des superficies cultivées entre 2018 et 2023 (d’après les données d’observation de la Terre), d’une flambée des prix des biens essentiels et d’une augmentation significative du nombre de PDI (de 196 400 en octobre 2023 à 570 000 en octobre 2024), ce qui pourrait entraîner une famine aiguë dans l’État Rakhine (PNUD, 2024[100]). La polyvalence des outils d’observation de la Terre permet d’obtenir des données de géo-intelligence en temps opportun, ce qui facilite la bonne prise en compte des implications relatives aux conflits dans l’élaboration des programmes des partenaires du développement et leur permet de mener des interventions ciblées.
Prochaines étapes
Le projet pilote de l’ESA, de la BEI et de l’OCDE se poursuivra jusqu’à fin mars 2025. Il mettra l’accent sur l’intégration de sources de données supplémentaires (par exemple, sur l’urbanisation), une évaluation plus globale de la fragilité infranationale mettant à contribution l’apprentissage automatique et les modèles fondés sur l’IA, et l’identification des enseignements tirés ainsi que des recommandations. Les résultats de ce projet préliminaire viendront étayer une publication à paraître sur la fragilité au niveau infranational21.
Infographie 3.4. Fragilité infranationale dans l’État Shan (Myanmar), 2019-24
Copier le lien de Infographie 3.4. Fragilité infranationale dans l’État Shan (Myanmar), 2019-24
Note : Les données sur l’utilisation des sols proviennent de Sentinel-2 (satellite), tandis que celles sur la lumière nocturne proviennent de Suomi NPP (satellite). Les données du Programme de données sur les conflits de l’Université d’Uppsala portent sur 2018 et 2019 pour le premier graphique (2019) et sur la période allant de 2023 à septembre 2024 pour le second (2024).
Sources : Earth Engine Data Catalog (2025[101]), Dynamic World V1, https://developers.google.com/earth-engine/datasets/catalog/GOOGLE_DYNAMICWORLD_V1 ; NASA (2025[102]), VNP46A1 - VIIRS/NPP Daily Gridded Day Night Band 500m Linear Lat Lon Grid Night, https://ladsweb.modaps.eosdis.nasa.gov/missions-and-measurements/products/VNP46A1/ ; Davies, Engström et Öberg (2024[10]), « Organized violence 1989-2023, and the prevalence of organized crime groups », https://doi.org/10.1177/00223433241262912 ; Sundberg et Melander (2013[11]), « Introducing the UCDP Georeferenced Event Dataset », https://doi.org/10.1177/0022343313484347.
Références
[95] ACLED (2024), Ethiopia Peace Observatory (page web), Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), Grafton, États-Unis, https://epo.acleddata.com/ (consulté le 10 septembre 2024).
[75] Agence des Nations Unies pour les réfugiés (2022), « IFC UNHCR Joint Initiative: Private sector solutions in forced displacement », https://www.unhcr.org/about-unhcr/our-partners/additional-partnerships/ifc-unhcr-joint-initiative.
[93] Agence spatiale européenne (2025), Fragility Conflict Security (page web), https://gda.esa.int/thematic-area/fragility-conflict-security/ (consulté le 6 février 2025).
[66] Ballentine, K. et H. Nitzschke (2005), The Political Economy of Civil War and Conflict Transformation, Berghof Research Center for Constructive Conflict Management, Berlin, https://www.semanticscholar.org/paper/The-Political-Economy-of-Civil-War-and-Conflict-Ballentine-Nitzschke/79247d4ade7f02587aba5a176774ed0b7d0612c1.
[90] Bandiera, A. et al. (2023), Rebel Governance and Development: The Persistent Effects of Distrust in El Salvador, Banque mondiale, Washington, D.C, https://thedocs.worldbank.org/en/doc/db718d97448d431de0ac5b00a306104a-0050022023/original/guerrillas-draft-jan-26-2023-sr.pdf.
[70] Banerjee, A. et E. Duflo (2007), « The economic lives of the poor », Journal of Economic Perspectives, vol. 21/1, pp. 141-167, https://doi.org/10.1257/jep.21.1.141.
[89] Barron, P. (2022), Fragility, Conflict and Violence in Middle-income Countries, Banque mondiale, Washington, D.C, https://www.worldbank.org/en/topic/fragilityconflictviolence/publication/fragility-conflict-and-violence-in-middle-income-countries.
[60] Basile, I. et C. Neunuebel (2019), « Blended finance in fragile contexts : Opportunities and risks », OECD Development Co-operation Working Papers, n° 62, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/f5e557b2-en.
[41] Bernhagen, P. (2013), « When do politicians listen to lobbyists (and who benefits when they do)? », European Journal of Political Research, vol. 52/1, pp. 20-43, https://doi.org/10.1111/j.1475-6765.2012.02062.x.
[52] Besley, T. et H. Mueller (2021), « Fiscal capacity and state fragility », dans Chami, R., R. Espinoza et P. Montiel (dir. pub.), Macroeconomic Policy in Fragile States, Oxford University Press, Oxford, R.-U.
[34] Blattman, C. et J. Annan (2016), « Can employment reduce lawlessness and rebellion? A field experiment with high-risk men in a fragile state », American Political Science Review, vol. 110/1, pp. 1 - 17, https://www.cambridge.org/core/journals/american-political-science-review/article/can-employment-reduce-lawlessness-and-rebellion-a-field-experiment-with-highrisk-men-in-a-fragile-state/BAD0B309BD8AB92BBCEB7CAD6E999213.
[56] Budina, N. et al. (2023), « Structural reforms to accelerate growth, ease policy trade-offs, and support the green transition in emerging market and developing economies », Staff Discussion Notes, n° 2023/007, Fonds monétaire international, Washington, D.C, https://www.imf.org/en/Publications/Staff-Discussion-Notes/Issues/2023/09/21/Structural-Reforms-to-Accelerate-Growth-Ease-Policy-Trade-offs-and-Support-the-Green-538429.
[33] Campbell, S. (2018), Global Governance and Local Peace, Cambridge University Press, https://www.cambridge.org/core/books/global-governance-and-local-peace/D5F93160F5C5A4B36B91F891E920BEC6.
[40] Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité (2024), Security sector reform & governance (SSR&G) and sustaining peace: Input to the Thematic Consultations for the UN Peacebuilding Architecture Review, https://www.un.org/peacebuilding/sites/www.un.org.peacebuilding/files/documents/dcaf-un_inter-agency_ssr_task_force_-_policy_note_thematic_consultation_pbar.pdf.
[68] Centre for Economic Policy Research (2024), « First ReCIPE Annual Conference 2025 », https://recipe.cepr.org/event/first-recipe-annual-conference-2025.
[36] Christianson, J., C. Herdt et G. Nadolny (2023), The Global Fragility Act: Unlocking the Full Potential of Interagency Cooperation, Center for Strategic and International Studies, Washington, DC, https://www.csis.org/analysis/global-fragility-act-unlocking-full-potential-interagency-cooperation.
[71] Ciani, A. et al. (2020), Making It Big: Why Developing Countries Need More Large Firms, Banque mondiale, Washington, D.C., https://hdl.handle.net/10986/34430.
[49] Cliffe, S. et al. (2023), Aid Strategies in « Politically Estranged » Settings: How Donors Can Stay and Deliver in Fragile and Conflict-affected States, Royal Institute of International Affairs, Londres, https://doi.org/10.55317/9781784135485.
[46] Collier, P., T. Besley et A. Khan (2017), Escaping the Fragility Trap, International Growth Centre, London School of Economics and Political Science, Londres, https://www.theigc.org/initiatives/commission-state-fragility-growth-and-development.
[19] Comité permanent interorganisations (2020), « Exploring peace within the humanitarian-development-peace nexus (HPDN) », https://interagencystandingcommittee.org/humanitarian-development-collaboration/issue-paper-exploring-peace-within-humanitarian-development-peace-nexus-hdpn.
[79] Commission européenne (2023), Global Gateway, https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/priorities-2019-2024/stronger-europe-world/global-gateway_en.
[53] Cook, W. et al. (2024), « From crisis to resilience: The role of inclusive finance in fragile countries », CGAP Working Paper, CGAP, Washington, D.C, https://www.cgap.org/research/crisis-to-resilience-role-of-inclusive-finance-in-fragile-countries.
[88] Custer, S. et al. (2017), Beyond the Tyranny of Averages: Development Progress from the Bottom Up, AidData at the College of William & Mary, Williamsburg, Va., https://www.aiddata.org/publications/beyond-the-tyranny-of-averages-development-progress-from-the-bottom-up.
[10] Davies, S. (2024), « Organized violence 1989-2023, and the prevalence of organized crime groups », Journal of Peace Research, vol. 61/4, https://doi.org/10.1177/00223433241262912.
[35] de Greiff, P. (2024), A Framework Approach to Prevention: A Brief on Possible Elements of National Prevention Policies, Center for Human Rights and Global Justice, New York University, New York, https://www.un.org/peacebuilding/sites/www.un.org.peacebuilding/files/documents/prevention_for_pbar.pdf.
[59] de Mello e Souza, A. (2021), « The growing role of the private sector in development co-operation: Challenges for global governance », OECD Development Matters, https://oecd-development-matters.org/2021/06/30/the-growing-role-of-the-private-sector-in-development-co-operation-challenges-for-global-governance/.
[31] Dercon, S. (2023), Gambling on Development: Why Some Countries Win and Others Lose, Hurst Publishers, Londres.
[83] DFI Working Group on Blended Concessional Finance for Private Sector Projects (2023), Joint Report, March 2023 Update, https://www.ifc.org/content/dam/ifc/doc/mgrt/2023-03-dfi-bcf-joint-report.pdf.
[45] Direction du développement et de la coopération (Suisse) (2023), Staying Engaged in Authoritarian Contexts: Learnings from SDC Experiences, https://www.sdc-pge.ch/en/news-staying-engaged-authoritarian-contexts.
[101] Earth Engine Data Catalogue (2025), Dynamic World V1 (ensemble de données), https://developers.google.com/earth-engine/datasets/catalog/GOOGLE_DYNAMICWORLD_V1 (consulté le 20 janvier 2025).
[58] Elgin, C. et al. (2021), « Understanding informality », CEPR Discussion Paper, n° 16497, Center for Economic and Policy Research, Washington, DC, https://cepr.org/publications/dp16497.
[8] EM-DAT (2024), International Disaster Database, https://public.emdat.be/ (consulté le 20 novembre 2024).
[94] European Space Agency (2023), Global Development Assistance: Fragility, Conflict and Security, https://gda.esa.int/wp-content/uploads/2024/11/FCS-Brochure_Fragility.pdf.
[44] Fabre, C. et S. Spencer Bernard (2024), « Understanding fragility: Why should the EU care? », OECD Development Matters, https://oecd-development-matters.org/2024/12/04/understanding-fragility-why-should-the-eu-care/.
[76] Farber, V. et al. (2024), Humanitarian Impact Finance: Instruments & Approaches, International Institute for Management Development, Lausanne, https://www.convergence.finance/resource/humanitarian-impact-finance-instruments-and-approaches/view.
[85] Finance for Peace (2023), Finance for Peace is a collective initiative that seeks to change how investment supports peace, https://financeforpeace.org/.
[55] Fleuriet, V. et P. Vertier (2024), What impact does the Compact with Africa have on African economies?, Banque de France, Paris, https://www.banque-france.fr/en/publications-and-statistics/publications/what-impact-does-compact-africa-have-african-economies.
[38] Forcada, M. et C. Monnier (2024), « As grevention gains momentum with UN Member States, what’s next? », Center on International Cooperation blog, https://cic.nyu.edu/resources/as-prevention-gains-momentum-with-un-member-states-whats-next/.
[81] Forum économique mondial (2025), Humanitarian and Resilience Investing Initiative (webpage), https://initiatives.weforum.org/humanitarian-and-resilience-investing-initiative/home-2 (consulté le 6 février 2025).
[86] German Federal Foreign Office (2020), Investing for Peace: Feasbility Study, https://investingforpeace.org/wp-content/uploads/gffo_feasibility_study_investing_for_peace.pdf.
[99] Gerth-Niculescu, M. (2020), Ethiopia: EU suspends budget support over Tigray conflict, https://www.dw.com/en/ethiopia-eu-suspends-budget-support-over-tigray-conflict/a-55944784.
[32] Goemans, C. et S. Loudon (2021), Gender equality across the Humanitarian-Development-Peace Nexus, OCDE, Paris, https://one.oecd.org/document/DCD(2021)10/en/pdf.
[65] Goodhand, J. (2004), « Afghanistan », dans Pugh, M., N. Cooper et J. Goodhand (dir. pub.), War Economies in a Regional Context : Challenges of Transformation, Lynne Rienner Publishers.
[47] Green, M. (2025), « An American approach to foreign assistance », The Wilson Quarterly, https://www.wilsonquarterly.com/quarterly/in-search-of-our-narratives/an-american-approach-to-foreign-assistance.
[87] Groupe de la Banque africaine de développement (2024), Stratégie décennale du Groupe de la Banque africaine de développement (2024–2033), https://www.afdb.org/fr/documents/strategie-decennale-du-groupe-de-la-banque-africaine-de-developpement-2024-2033.
[72] Groupe de la Banque mondiale (2024), Enterprise Surveys: What Businesses Experience (ensemble de données), https://login.enterprisesurveys.org/content/sites/financeandprivatesector/en/signin.html.
[1] Groupe de la Banque mondiale (2024), Indicateurs du développement dans le monde (WDI), base de données de la Banque mondiale, https://databank.worldbank.org/source/world-development-indicators (consulté le 2 décembre 2024).
[16] Groupe de la Banque mondiale (2023), Pathways for Peace: Five Years On (page web), https://www.pathwaysforpeace.org/ (consulté le 3 octobre 2024).
[91] Harsch, M. et K. Troy (2024), « Bounded rule and regional stability in fragile states », The Journal of Politics, vol. 86/1, https://www.journals.uchicago.edu/doi/full/10.1086/726971.
[9] HCDH (2025), Operational Data Portal : République démocratique du Congo (base de données), https://data.unhcr.org/fr/country/cod (consulté le 20 janvier 2025).
[25] Hegre, H., L. Hultman et H. Nygård (2019), « Evaluating the conflict-reducing effect of UN peacekeeping operations », The Journal of Politics, vol. 81/1, https://doi.org/10.1086/700203.
[29] Hegre, H. et L. Nygård (2017), « Peacekeeping works: Evaluating the effectiveness of UN peacekeeping operations », Conflict Trends, Peace Research Institute Oslo, Sweden, https://www.prio.org/publications/10806.
[24] Hellmüller, S. et B. Salaymeh (2025), « Transactional peacemaking: Warmakers as peacemakers in the political marketplace of peace processes », Contemporary Security Policy, pp. 1-31, https://doi.org/10.1080/13523260.2024.2448908.
[97] Horsey, R. (2024), « Myanmar Is fragmenting -- but not falling apart », Affaires étrangères, https://www.foreignaffairs.com/burma-myanmar/myanmar-fragmenting-not-falling-apart.
[67] Huddleston, R. et D. Wood (2021), « Functional markets in Yemen’s war economy », Journal of Illicit Economies and Development, vol. 2/2, p. 204, https://doi.org/10.31389/jied.71.
[74] IDA (2024), What is the IDA Private Sector Window?, https://ida.worldbank.org/en/financing/ida-private-sector-window/what-is-ida-private-sector-window (consulté le 6 février 2025).
[82] Infante, V. et A. Kucharski (2024), « The ARIA initiative: enabling DFIs to extend their vital role to Africa’s frontier markets », Proparco Private Sector & Development articles, https://www.proparco.fr/en/article/aria-initiative-enabling-dfis-extend-their-vital-role-africas-frontier-markets.
[23] Institute for Economics and Peace (2024), Global Peace Index: Measuring Peace in a Complex World, https://www.economicsandpeace.org/wp-content/uploads/2024/06/GPI-2024-web.pdf.
[30] Institute for Economics and Peace (2024), Successful Peacebuilding: Summary of Research Findings, https://www.visionofhumanity.org/successful-peacebuilding-summary-research-findings/.
[13] Institute for State Effectiveness (2017), « The consequences of donor induced fragmentation », Development Practice Note, https://effectivestates.org/wp-content/uploads/2017/01/Donor-Induced-Fragmentation.pdf.
[96] International Crisis Group (2023), Briefing: Ethiopia’s minous New War in Amhara, https://www.crisisgroup.org/africa/horn-africa/ethiopia/b194-ethiopias-ominous-new-war-amhara.
[12] IPIS (2025), Artisanal mining site visits in Eastern DRC, https://ipisresearch.be/home/maps-data/open-data/.
[37] Kumskova, M. et J. Hilbert (2024), « The UN’s capacity for supporting member states’ national prevention strategies: Assessing practical capabilities », Global Partnership for the Prevention of Armed Conflict, La Haye, https://www.gppac.net/news/uns-capacity-supporting-member-states-national-prevention-strategies-assessing-practical.
[17] Lund, M. (2023), Operationalising the Lessons from Recent Experience in Field-Level Conflict Prevention Strategies, https://www.researchgate.net/publication/367046304_Operationalising_the_Lessons_from_Recent_Experience_in_Field-Level_Conflict_Prevention_Strategies.
[22] Mema, M., C. Lamont et Y. Diogenes (2024), « Conflict forecasting with Hannes Mueller », Age of AI (podcast), https://www.ageofaipodcast.com/1727342/episodes/15228505-s8e2-conflict-forecasting-with-hannes-mueller.
[18] Minor, A. (2024), « Implementating prevention: A practical guide for improving the US approach to violent conflict in a changing world », Working Paper, n° 190, Center for Sustainable Development at Brookings, Washington, DC, https://www.brookings.edu/articles/implementing-prevention/.
[39] Monnier, C. et V. Scherrer (2024), Building on What what exists: Demystifying National Prevention Strategies, Center on International Cooperation, New York University, New York, https://cic.nyu.edu/wp-content/uploads/2024/10/Building-on-What-Exists-Demystifying-National-Prevention-Strategies-October-2024.pdf.
[98] Mon, S. (2024), « Between cooperation and competition: The struggle of resistance groups in Myanmar », Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), Grafton, États-Unis, https://acleddata.com/2024/11/26/between-cooperation-and-competition-the-struggle-of-resistance-groups-in-myanmar/.
[20] Mueller, H. et al. (2024), « The urgency of conflict prevention – A macroeconomic perspective », Documents de travail du FMI, n° WP/24/256, Fonds monétaire international, Washington, D.C, https://doi.org/10.5089/9798400293832.001.
[54] Murray, S. et G. Fox (2024), Can What Remains of Sudan’s Financial System Be Used to Fight Famine?, CGAP, https://www.cgap.org/blog/can-what-remains-of-sudans-financial-system-be-used-to-fight-famine.
[102] NASA (2025), VNP46A1 - VIIRS/NPP Daily Gridded Day Night Band 500m Linear Lat Lon Grid Night, https://ladsweb.modaps.eosdis.nasa.gov/missions-and-measurements/products/VNP46A1/ (consulté le 20 novembre 2024).
[28] Nations Unies (2024), Département des opérations de paix : Comment sommes-nous financés (page web), https://peacekeeping.un.org/fr/how-we-are-funded (consulté le 12 novembre 2024).
[21] Nations Unies (2024), Peacebuilding Impact Hub (brochure), https://www.un.org/peacebuilding/sites/www.un.org.peacebuilding/files/documents/impact_hub_2024-07-01.pdf.
[27] Nations Unies (2023), « African Union-Led Peace Support Operations Need Predictable, Adequate, Sustainable Support, Speakers Stress to Security Council », Communiqué de presse, Nations Unies, https://press.un.org/en/2023/sc15294.doc.htm.
[42] Nations Unies (à paraître), Challenging Thinking on Policy and Funding for Security Sectors in Fragile and Conflict-affected Contexts.
[15] Nations Unies, Banque mondiale (2018), Pathways for Peace: Inclusive Approaches to Preventing Violent Conflict, Banque mondiale, Washington, D.C., https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/28337.
[3] OCDE (2025), Explorateur des données de l’OCDE, CAD2A : Versements d’aide (APD) vers les pays et régions, http://data-explorer.oecd.org/s/1at (consulté le 15 janvier 2025).
[7] OCDE (2024), Development finance for climate and environment, Related Data - Recipient perspective, https://www.oecd.org/en/topics/sub-issues/development-finance-for-climate-and-the-environment.html (consulté le 12 novembre 2024).
[2] OCDE (2024), Explorateur des données de l’OCDE, Système de notification des pays créanciers (flux) base de données, http://data-explorer.oecd.org/s/z1 (consulté le 20 novembre 2024).
[50] OCDE (2024), Financing in fragile contexts, Sustainable Financing Hub, Programme des Nations Unies pour le développement, New York, https://financing.desa.un.org/sites/default/files/2024-10/OECD_Financing%20Policy%20Brief%20Series_Template_CCF_Submitted.docx.
[6] OCDE (2023), « Development finance for climate and environment-related fragility : Cooling the hotspots », Perspectives du développement de l’OCDE, n° 41, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/0db04331-en.
[48] OCDE (2023), États de fragilité 2022, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/65c2c30f-fr.
[4] OCDE (2023), « Peace and Official Development Assistance », Perspectives du développement de l’OCDE, n° 37, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/fccfbffc-en.
[43] OCDE-CAD (2023), Development Assistance Committee High Level Meeting 2023 (page web), https://one.oecd.org/document/DCD/DAC(2023)56/FINAL/fr/pdf (consulté le 20 novembre 2024).
[14] OCDE-CAD/INCAF (2023), Towards a Donor Coordination and Financing Strategy for Yemen: Key Opportunities and Challenges, ONE Members & Partners, https://one.oecd.org/document/DCD/DAC/INCAF(2023)3/en/pdf.
[69] Ohnsorge, F. et S. Yu (dir. pub.) (2022), The Long Shadow of Informality : Challenges and Policies, Banque mondiale, Washington, D.C, https://hdl.handle.net/10986/35782.
[77] Overseas Development Institute (2024), Humanitarian Innovative Finance in Fragile Settings: Taking Stock and Charting the Road Ahead, https://odi.org/en/publications/humanitarian-innovative-financing-in-fragile-settings-taking-stock-and-charting-the-road-ahead/.
[100] PNUD (2024), Rakhine: A Famine in the Making, Programme des Nations Unies pour le développement, New York, https://www.undp.org/asia-pacific/publications/rakhine-a-famine-in-the-making.
[80] Proparco (2024), Acting in Fragile Contexts: Financing, Partnerships, Innovation, https://www.proparco.fr/en/ressources/private-sector-development-41-acting-fragile-contexts-financing-partnerships-innovation.
[92] Qureshi, Z. (2023), « Rising inequality: A major issue of our time », Brookings, Washington, D.C, https://www.brookings.edu/articles/rising-inequality-a-major-issue-of-our-time/.
[84] Société Financière Internationale (2022), « Press release: IFC launches Africa Fragility Initiative to promote responsible private sector development in fragile and conflict-affected countries », https://www.ifc.org/en/pressroom/2022/ifc-launches-africa-fragility-initiative-to-promote-responsible-private-sector-development-in-fragile-and-conflict-affected-countries.
[51] Sonno, T. (2024), « Globalization and conflicts: The good, the bad and the ugly of corporations in Africa », The Economic Journal uaea103, https://doi.org/10.1093/ej/ueae103.
[62] Sonno, T. et al. (2024), Regional Risk Premiums: A New Approach to Risk Premiums.
[64] Sonno, T. et al. (2025 (à paraître)), About Risk Premiums: From Country, To Region, Towards Firm, Finance for Peace, Interpeace, Genève.
[11] Sundberg, R. (2013), « Introducing the UCDP Georeferenced Event Dataset », Journal of Peace Research, vol. 50/4, https://doi.org/10.1177/0022343313484347.
[61] Thompson, C. (2020), « Financing in fragile contexts », OECD Development Co-operation Working Papers, n° 88, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/e87c2402-en.
[57] Thompson, C. et M. Brien (à paraître), « Resilience, peace, and private sector development », Éditions OCDE.
[78] UK International Development (2023), International Development in a Contested World: Ending Extreme Poverty and Tackling Climate Change- A White Paper on International Development, https://assets.publishing.service.gov.uk/media/6576f37e48d7b7001357ca5b/international-development-in-a-contested-world-ending-extreme-poverty-and-tackling-climate-change.pdf.
[73] Ulyssea, G. (2020), « Informality: Causes and consequences for development », Annual Review of Economics, vol. 12/1, pp. 525-546, https://doi.org/10.1146/annurev-economics-082119-121914.
[5] Union européenne (2022), The Common Security and Defence Policy: Civilian Compact, https://www.eeas.europa.eu/eeas/civilian-compact_en.
[26] Wane, E., P. Williams et A. Kihara-Hunt (2024), The Future of Peacekeeping, New Models, and Related Capabilities, Département des opérations de paix, Nations Unies, New York, https://peacekeeping.un.org/sites/default/files/the_future_of_peacekeeping_new_models_and_related_capabilities_-_nov1.pdf.
[63] Wilke, M. et al. (2024), The Cost of Media Stereotypes to Africa: The Relationship Between Media, Investment and Economic Development, Africa No Filter, Johannesbourg, https://144526406.fs1.hubspotusercontent-eu1.net/hubfs/144526406/Cost%20of%20Media%20Stereotypes%20Full%20Report%20Oct24.pdf?utm_medium=email&_hsenc=p2ANqtz-_1KvXsGkl993dMfPIEziChinbJmi4I_RKgZNvKI0oaClsS2iexKYo-2ychx7NpG6EWd-jTnx-IMHnwqDyTF73tCTXiog&_hsmi.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. L’écart constaté entre l’IDE et l’APD en 2023 est dû à l’ampleur des sorties d’investissement direct étranger observées pour un pays bénéficiaire (l’Iraq).
← 2. En l’occurrence, l’aide ventilable par pays recouvre uniquement les contextes correspondant au Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité, à savoir les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême (61) et les contextes caractérisés par une fragilité moyenne à faible ayant bénéficié d’une aide comptabilisable au titre de l’APD (63).
← 3. On trouvera dans l’annexe une explication de la différence entre les activités essentielles et secondaires de consolidation de la paix.
← 4. L’année 2015 a été retenue comme période de référence pour ce calcul, car c’est la première année de notification pour de nombreux pays non membres du CAD dans le Système de notification des pays créanciers. Seuls Monaco et le Qatar ont commencé à communiquer des données après 2015.
← 5. Les données relatives à la Syrie recouvrent des flux massifs d’APD que la République de Türkiye a notifiés à l’OCDE en 2023, et qui prennent essentiellement la forme d’une aide apportée aux réfugiés syriens sur le territoire turc.
← 6. On trouvera dans l’annexe une description complète des Nations Unies, des autres organisations multilatérales et des institutions financières internationales.
← 7. Voir en annexe les définitions de l’APD brute et de l’APD nette.
← 8. Le financement du développement lié au climat recouvre à la fois des apports concessionnels et destinés à promouvoir le développement et des apports de capitaux aux conditions du marché ou n’ayant pas principalement pour objectif de promouvoir le développement.
← 9. Les Nations Unies ont présenté ce concept comme étant une approche holistique reposant sur la prévention de l’apparition, l’escalade, la poursuite et la récurrence des conflits.
← 10. Cette statistique fait spécifiquement référence à l’enquête juridique menée dans le cadre de l’indice Institutions sociales et Égalité des genres de l’OCDE, visant à déterminer si ces contextes sont dotés d’une ou de plusieurs lois spécifiquement ciblées sur la violence à l’encontre des femmes.
← 11. Ces huit domaines sont la sécurité (priorité à la sûreté du personnel), la compréhension de l’évolution du contexte, la définition de principes d’engagement, le renforcement de la coordination, l’examen de l’orientation des programmes, l’examen de la relation avec le gouvernement et les autres partenaires, l’examen des modalités de financement, et l’investissement dans les capacités du personnel. Pour en savoir plus, voir https://www.sdc-pge.ch/en/news-staying-engaged-authoritarian-contexts.
← 12. Pour en savoir plus sur ce programme de l’OMC, voir https://www.wto.org/english/thewto_e/acc_e/tradeforpeace_e.htm.
← 13. L’OCDE a publié un guide du financement mixte, consultable à l’adresse suivante https://doi.org/10.1787/ded656b4-en. La Convention de Kampala du Partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement contient aussi des orientations relatives à un engagement efficace du secteur privé, disponible à l’adresse suivante : https://www.effectivecooperation.org/landing-page/action-area-21-private-sector-engagement-pse.
← 14. Cette analyse a été menée au moyen d’enquêtes réalisées depuis 2013, la plus récente disponible étant utilisée pour chaque contexte.
← 15. L’Humanitarian and Resilience Investing Initiative, ou HRI Initiative, rassemble des partenaires des secteurs public et privé et des ONG dans le but de mobiliser l’investissement privé et de renforcer la résilience des groupes de population et des économies les plus vulnérables. Elle vise à cultiver l’investissement, à créer et faire grandir des marchés, à renforcer la transparence relative aux performances financières et aux retombées des transactions. L’Africa Resilience Investment Accelerator Initiative, ou ARIA, a été créée en 2021 par British International Investment et FMO pour servir de plateforme collaborative permettant de repérer des investissements potentiels et de renforcer la propension à investir par le truchement d’un soutien collectif en faveur de réformes nationales. À l’heure actuelle, l’ARIA exerce des activités au Bénin, en RDC, en Éthiopie, au Libéria et en Sierra Leone.
← 16. Voir par exemple la méthodologie employée par Peace Invest à l’adresse suivante : https://peaceinvest.net/our-methodology/.
← 17. En 2012 et 2020, le département responsable de l’évaluation indépendante au sein de la BAfD a publié les conclusions de son évaluation sur la mise en œuvre des stratégies de 2008 et 2014 de la Banque, qui avaient guidé l’engagement de cette dernière dans les contextes présentant une fragilité. En 2022, il a publié les conclusions de son examen de la Facilité d’appui à la transition. Ces évaluations indépendantes sont essentielles non seulement pour des raisons de redevabilité, mais aussi pour promouvoir l’apprentissage dans ce domaine complexe. En 2025, la BAfD préparera l’examen à mi-parcours de sa Stratégie pour remédier à la fragilité et renforcer la résilience en Afrique (2022-2026).
← 18. Les données d’observation de la Terre proviennent de satellites tels que Sentinel 2, Open Meteo, Modis, Sentinel 5p et Suomi NPP.
← 19. Il s’agit notamment des données du HCR, du projet ACLED (Armed Conflict Location & Event Data) et du Programme de données sur les conflits de l’Université d’Uppsala (Uppsala Conflict Data Program), ainsi que des données tirées des recensements en ce qui concerne les chiffres de la population.
← 20. Notes de référence pour l’infographie 3.4. Tout d’abord, plusieurs organisations ethniques armées mènent une offensive militaire (l’« opération 1027 ») dans l’État Shan depuis octobre 2023 et contrôlaient la majeure partie de l’État à la mi-2024, y compris des points de passage frontaliers avec la Chine et Lashio, la capitale de l’État. Voir https://www.irrawaddy.com/news/war-against-the-junta/how-operation-1027-transformed-war-against-myanmar-junta.html. Deuxièmement, l’instabilité du Myanmar à la suite du coup d’État de 2021 explique la croissance du crime organisé et des marchés criminels (https://globalinitiative.net/analysis/ocindex-2023/). À ce titre, on peut par exemple citer l’augmentation significative de la production de drogues (opium et méthamphétamines), l’extraction de minéraux critiques de terres rares et l’exploitation minière illégale (en particulier dans l’État Kachin pour cette dernière), ainsi que la création de centres d’escroquerie dans les régions frontalières. Troisièmement, dans l’État Shan, l’économie politique orientée vers les activités criminelles et organisée autour de la production d’opium et de méthamphétamines, ainsi que les conflits ethniques, existaient déjà avant le coup d’État militaire de 2021. Voir https://www.crisisgroup.org/asia/south-east-asia/myanmar/299-fire-and-ice-conflict-and-drugs-myanmars-shan-state.
← 21. L’ESA finance en parallèle un projet d’une durée de 18 mois en partenariat avec la Banque asiatique de développement, la BEI et l’OCDE. Ce projet s’appuie sur les technologies d’IA pour analyser des données d’observation de la Terre, des renseignements issus de sources ouvertes, des renseignements sociaux issus de sources ouvertes et des données contextuelles, et il permettra d’en tirer des indicateurs de la fragilité spécialement adaptés aux différentes dimensions géographiques et thématiques et de les évaluer. Dans ce cadre, l’Organisation se concentrera sur les dimensions de la fragilité à l’échelon infranational en vue d’améliorer l’actuel Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité et la série États de fragilité. Ces efforts aboutiront à la mise au point d’un mécanisme pour les importations et les exportations de données ainsi que d’un tableau de bord en ligne permettant une analyse détaillée.