La fragilité est la conjonction d’une exposition à des risques et d’une capacité insuffisante d’un État, d’un système et/ou d’une communauté à gérer, absorber ou atténuer ces risques. Le Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité mesure la fragilité au regard de 56 indicateurs de risque et de résilience, selon six dimensions : économique, environnementale, politique, sécuritaire, sociale et humaine. Il constitue le socle analytique sur lequel s’appuient la série de rapports intitulée États de fragilité et la plateforme en ligne associée.
Résumé
Copier le lien de RésuméLa diversité des profils de fragilité souligne la nécessité d’adopter des approches plus adaptées et harmonisées en matière de développement, de paix et de sécurité
Copier le lien de La diversité des profils de fragilité souligne la nécessité d’adopter des approches plus adaptées et harmonisées en matière de développement, de paix et de sécuritéAprès les chocs des cinq dernières années, le niveau de fragilité dans le monde continue de se maintenir à un niveau quasi inégalé. La diversité des profils de fragilité d’un contexte à l’autre est frappante : au sein de la même catégorie (« fragilité extrême »), le Soudan, le Yémen, l’Afghanistan et la Somalie présentent chacun une combinaison unique en termes de risques et de résilience. Il en va de même dans la catégorie « fragilité moyenne à faible », où des contextes par ailleurs résilients présentent des poches concentrées de fragilité au niveau infranational, lesquelles se caractérisent souvent par une pauvreté extrême, une fragilité environnementale et une violence localisée – Mindanao, aux Philippines, en est une bonne illustration. La tendance à la concentration de la fragilité continue d’être dominante. Si cette fragilité s’est accentuée le plus notablement dans les contextes exposés à une fragilité moyenne à faible qui ne sont pas admissibles au bénéfice de l’aide publique au développement (APD), les conséquences les plus lourdes ont été observées dans les 61 contextes caractérisés par une fragilité extrême ou élevée, où vivent 25 % de la population mondiale (2025) – soit 2.1 milliards de personnes –, mais 72 % des personnes en situation d’extrême pauvreté (2024), une proportion qui pourrait atteindre 92 % d’ici à 2040.
La violence de tous types augmente à mesure que le soutien à la prévention diminue
Copier le lien de La violence de tous types augmente à mesure que le soutien à la prévention diminueC’est dans les dimensions politique, économique et sécuritaire que la fragilité s’est accrue le plus, sous l’effet de la concurrence géopolitique, de la course à la sécurité énergétique, de l’augmentation de la dette et d’une volonté accrue de recourir à la violence sous toutes ses formes. Le nombre de conflits armés n’a jamais été aussi élevé depuis la fin de la Guerre froide. Ce type de conflit se concentre dans les contextes qui sont le plus exposés à la fragilité, à savoir le Soudan, la région des Grands Lacs, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, ainsi que le Myanmar. Sur les 61 contextes présentant un niveau élevé ou extrême de fragilité, 24 sont en proie à un conflit armé et 10 se trouvent en état de guerre. Au-delà des conflits armés, les tendances en matière de violence, qui comportent plusieurs niveaux – augmentation de la violence non étatique, violence à l’égard des femmes, taux élevés d’homicide et rôle de la criminalité organisée au sein et en dehors des zones touchées par un conflit –, soulignent la nécessité d’une action préventive contre la violence, en particulier dans un contexte où les ressources à l’appui de la paix et de la prévention des conflits sont à leur plus bas niveau depuis 2004.
La fragilité est instrumentalisée à des fins d’avantage géopolitique et de gains économiques
Copier le lien de La fragilité est instrumentalisée à des fins d’avantage géopolitique et de gains économiquesLorsqu’on analyse un monde fragmenté et désordonné à travers le prisme de la fragilité, l’image qui en ressort est celle d’un état de mutation géopolitique, dans lequel aucun acteur n’est réellement en position dominante – les autocraties ne sont pas aussi résilientes qu’on a tendance à le présumer, et les démocraties sont nombreuses à réduire progressivement leurs investissements dans leur capacité de résilience, notamment au niveau des institutions de l’État et des mécanismes d’équilibre des pouvoirs. Cette mutation permanente ouvre également des perspectives. L’initiative est à portée de main de quiconque est en mesure de s’organiser efficacement. Partout en Afrique et au Moyen-Orient, la fragilité est instrumentalisée à des fins politiques, économiques et sécuritaires, ce qui réduit souvent à néant les avancées en matière de développement. Les acteurs étatiques et non étatiques analysent les sources de risque et de résilience qui déterminent l’état de fragilité – non pas en tant que défis à relever, mais en tant que situations à optimiser et à exploiter dans le cadre de stratégies locales et mondiales. Dans des contextes comme le Mali et le Niger, une telle approche compromet la qualité et la disponibilité des partenariats puisque les élites étatiques et non étatiques, nationales comme extérieures, s’attachent principalement à obtenir des gains transactionnels à court terme qui leur permettront d’alimenter des cycles de conflit, de pauvreté et d’inégalité. Comprendre la fragilité présente donc un avantage dès lors qu’il s’agit de déterminer comment appliquer et harmoniser les instruments de gouvernance internationale, y compris l’aide au développement, au regard des objectifs stratégiques nationaux.
Les tendances économiques se sont révélées être d’importants déterminants et symptômes de la fragilité
Copier le lien de Les tendances économiques se sont révélées être d’importants déterminants et symptômes de la fragilitéLes échanges mondiaux ont subi des perturbations répétitives ces dernières années, sous l’effet tout d’abord de la pandémie de COVID-19, puis de l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, exportateur majeur de céréales, et enfin, en 2024, de la crise du transport maritime en mer Rouge – laquelle a provoqué un effondrement du trafic par le canal de Suez et le détroit de Bab El-Mandeb à la suite d’attaques visant directement des navires marchands. Ce type d’incident met en évidence les interdépendances économiques sur lesquelles repose la prospérité mondiale. Des décennies de prospérité relative ont permis à une grande partie du monde de développer une résilience, mais le type de croissance qui se traduit par une réduction généralisée de la pauvreté s’est avéré beaucoup plus difficile à atteindre dans les contextes exposés à un degré élevé ou extrême de fragilité. Dans ces contextes, les revenus ont cessé de rattraper ceux des économies avancées aux alentours de 2015 et ont, après la pandémie de COVID-19, enregistré une croissance négative dans les contextes extrêmement fragiles, et de 2 % environ dans les contextes très fragiles. La viabilité de la dette et la fragilité budgétaire sont devenues encore plus problématiques depuis 2022, limitant l’aptitude de ces contextes à faire face aux chocs ou à investir dans l’avenir. Ces tendances générales présentent toutefois une très grande diversité, et le présent rapport identifie des possibilités de partenariats économiques qui peuvent constituer un pilier important dans les stratégies de développement et de paix.
Les jeunes ont une capacité d’agir au niveau politique, mais il est impossible de préjuger de leurs préférences
Copier le lien de Les jeunes ont une capacité d’agir au niveau politique, mais il est impossible de préjuger de leurs préférencesLa croissance démographique mondiale est concentrée dans les contextes qui présentent une fragilité élevée à extrême, en particulier en Afrique. Les jeunes qui vivent dans ces contextes sont de plus en plus connectés aux services numériques, actifs sur le plan politique et disposés à participer à la construction de leur avenir : ils représentent une force politique à exploiter par quiconque leur livre le discours le plus convaincant ; dans la plupart des cas toutefois, leurs besoins et leurs attentes ne sont pas satisfaits. Les jeunes constituent également une population vulnérable face à la mésinformation, la désinformation et la violence, et sont limités par le manque de possibilités en matière de santé et d’éducation et par les disparités entre les genres. Les voies et modalités choisies pour nouer le dialogue avec les jeunes dans les contextes caractérisés par une fragilité élevée ou extrême doivent évoluer. Les initiatives visant à assurer leur participation à court terme peuvent être inefficaces lorsque d’autres acteurs proposent des incitations concrètes à migrer (illégalement), à rejoindre des milices ou des groupes criminels organisés, ou à jouer un rôle déstabilisateur pour le compte de telle ou telle entité politique. L’absence d’un engagement sur le fond auprès des populations de jeunes dans les contextes exposés à un degré élevé ou extrême de fragilité risque de transformer le potentiel offert par le dividende démographique en handicap. Lorsque les risques de pauvreté, de violence, de marginalisation et d’inégalité, notamment entre les genres, se recoupent, il est prioritaire, pour mener une action efficace à l’appui du développement et de la prévention des conflits, de favoriser des trajectoires positives, attractives et compétitives pour les jeunes.
Des progrès sont possibles même dans les contextes qui présentent des niveaux extrêmes de fragilité, mais il est essentiel de maintenir l’engagement
Copier le lien de Des progrès sont possibles même dans les contextes qui présentent des niveaux extrêmes de fragilité, mais il est essentiel de maintenir l’engagementMême dans les contextes caractérisés par une fragilité extrême, des progrès sont possibles et l’aide au développement peut être efficace. Des signes positifs en Iraq et en Somalie montrent qu’un engagement durable dans les trois piliers que sont l’action humanitaire, le développement et la recherche de la paix peut favoriser une transformation progressive. Toutefois, de nombreux contextes caractérisés par une fragilité extrême continuent de souffrir de retards persistants en matière de développement, de niveaux élevés de pauvreté et de vacances politiques. Cette situation a des conséquences sur le plan géopolitique : les acteurs en concurrence, d’envergure nationale ou internationale, sont souvent prompts à asseoir leur influence et leurs modèles en vue d’obtenir des gains à court terme, que ce soit dans le cadre de transactions, d’activités extractives ou au seul profit des élites.