Le prix du pain, du riz, du lait ou de la viande est déterminé bien avant l’arrivée de ces produits sur les étagères des supermarchés. Il dépend notamment du coût de l’énergie, des engrais, du travail, du transport et du stockage.
La production agricole et halieutique mondiale devrait augmenter de 13 % d’ici 2035. Cela correspond à une hausse de la production, principalement portée par des gains de productivité, mais pas nécessairement à une amélioration de la résilience. Les systèmes alimentaires reposent sur des chaînes d’approvisionnement interconnectées, de la production à la consommation, au sein desquelles des chocs dans un segment peuvent rapidement se propager à l’ensemble du système.
Produire davantage dépend de la stabilité, et pas seulement de la productivité
Dans des conditions stables, les gains de productivité devraient constituer le principal moteur de la croissance au cours de la prochaine décennie, selon les Perspectives agricoles OCDE‑FAO 2026‑2035. Les agriculteurs devraient produire davantage à partir des terres, du travail et des ressources existants, contribuant à répondre à une demande croissante sans expansion équivalente des surfaces agricoles.
Toutefois, la croissance agricole dépend autant de la stabilité que de la productivité. Les conflits, les crises énergétiques, les phénomènes météorologiques extrêmes et les chocs économiques peuvent rapidement perturber les coûts, l’offre et la demande.
La croissance de la productivité dépend également de l’accès aux ressources. Lorsque les agriculteurs ne peuvent pas accéder à des intrants tels que les machines, le financement ou la technologie, la production ne peut pas augmenter, même en présence d’une demande croissante. La croissance repose à la fois sur l’efficacité et sur l’accès.
Les chocs énergétiques peuvent devenir des chocs alimentaires
L’énergie est indispensable à chaque étape de la production alimentaire : production d’engrais, activités agricoles, transport, transformation et stockage. Par conséquent, les chocs énergétiques peuvent rapidement se traduire par une insécurité alimentaire : la hausse des prix de l’énergie augmente les coûts des engrais, ce qui conduit les agriculteurs à réduire l’utilisation d’intrants, avec pour effet une baisse des rendements et une augmentation des prix des denrées alimentaires.
Si la hausse moyenne de 33 % des prix de l’énergie observée au premier semestre 2026 devait se maintenir, la production mondiale de céréales — une culture de base essentielle — pourrait diminuer de 0,9 % en 2027. Dans les pays à faible revenu, la baisse pourrait atteindre 1,7 %.
Les effets dépassent le niveau des exploitations agricoles. Une production plus faible se traduit par une hausse des prix des denrées alimentaires, une réduction de la consommation et un recours accru des ménages vulnérables à des régimes moins coûteux et moins nutritifs. La volatilité des prix de l’énergie constitue ainsi un déterminant direct de l’insécurité alimentaire.
Les bénéfices de la croissance de la production ne seront pas équitablement répartis
La croissance future de la production agricole sera concentrée dans un nombre limité de régions. La région Asie‑Pacifique devrait représenter 58 % de l’augmentation de la production agricole d’ici 2035, l’Inde contribuant à elle seule à hauteur de 26 %.
L’Afrique subsaharienne devrait voir son rôle augmenter, sa part dans la croissance de la production mondiale atteignant 16 %, contre 11 % au cours de la décennie précédente.
Toutefois, une production plus élevée ne se traduit pas automatiquement par des revenus plus élevés. De nombreux producteurs dans les régions à faible revenu se heurtent à des obstacles d’accès aux machines, aux infrastructures de stockage, au transport, au financement et aux marchés. Ces contraintes limitent les gains de productivité, réduisent le revenu agricole et peuvent freiner l’investissement futur.
Le revenu agricole reste exposé aux chocs
Le revenu agricole brut moyen mondial par travailleur devrait augmenter de 9 % d’ici 2035, pour atteindre environ 3 800 USD. Toutefois, cette moyenne masque d’importantes disparités.
Dans les régions à faible revenu d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud, les travailleurs agricoles gagnent actuellement environ 930 USD par an. Ce revenu ne devrait progresser que modestement pour atteindre environ 1 100 USD d’ici 2035.
L’exposition aux chocs accroît encore l’incertitude. Si la volatilité récente se poursuit, il existe une probabilité d’un quart que le revenu agricole en 2035 soit inférieur à celui observé aujourd’hui.
Les échanges et les infrastructures sont déterminants pour la résilience
La sécurité alimentaire dépend à la fois de la production et de la distribution. Des échanges agricoles ouverts et prévisibles permettent d’acheminer les denrées alimentaires des régions excédentaires vers les régions déficitaires, réduisant ainsi les pressions en cas de pénurie locale.
Toutefois, les échanges reposent sur le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement. Les infrastructures — routes, ports, installations de stockage, chaînes du froid et systèmes numériques — déterminent l’efficacité avec laquelle les denrées alimentaires parviennent aux marchés.
Des infrastructures renforcées permettent de réduire les pertes, d’abaisser les coûts et d’améliorer l’accès pour les producteurs comme pour les consommateurs. Elles constituent un pilier essentiel de la résilience des systèmes alimentaires.
La résilience, et pas seulement la croissance, définira la sécurité alimentaire future
La prochaine décennie pourrait se traduire par une production plus élevée, une augmentation des revenus et des systèmes alimentaires plus efficaces. Les émissions de gaz à effet de serre liées à l’agriculture devraient augmenter de 6,5 %, tout en restant inférieures au rythme de croissance de la production.
Toutefois, ces progrès dépendent de la résilience. Les systèmes alimentaires doivent être en mesure d’absorber les chocs avant qu’ils ne se transforment en crises.
Les pouvoirs publics doivent soutenir la productivité, améliorer l’accès aux intrants et au financement, renforcer les infrastructures et maintenir des échanges ouverts et prévisibles. Une amélioration des données relatives aux coûts des intrants, aux stocks, aux prix et aux risques pesant sur les chaînes d’approvisionnement est également essentielle.
À mesure que la population mondiale augmente et que les régimes alimentaires se diversifient, produire davantage sera nécessaire. Le renforcement de la résilience des systèmes alimentaires permettra au secteur de répondre à la demande et de garantir une répartition plus large des bénéfices.
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