Vous ne reconnaîtrez peut-être pas des noms comme l'indium, le lithium, le gallium ou le béryllium, qui semblent provenir d'un cours de sciences longtemps oublié. Pourtant, ces matériaux font partie de notre vie quotidienne, des médicaments aux smartphones, en passant par les éoliennes et les véhicules électriques.
Les matières premières critiques (MPC) sont essentielles à la transition énergétique, aux technologies numériques et à la fabrication de pointe, la demande continuant d’augmenter. Toutefois, les réserves, la production et les capacités de transformation de ces matières ne sont pas réparties de manière uniforme. Certains pays disposent de ressources abondantes, tandis que d’autres n’en ont que peu, voire pas du tout. Le commerce international est donc essentiel pour faire correspondre l’offre à la demande.
Dans le même temps, les pouvoirs publics jouent un rôle plus actif dans la manière dont ces matières sont échangées, en recourant de plus en plus à des restrictions à l’exportation et à d’autres mesures de restriction des échanges pour façonner les résultats économiques.
La demande en hausse face à une offre fortement concentrée
La demande de MPC augmente rapidement, en particulier pour les systèmes énergétiques, les technologies numériques et la fabrication de pointe.
Parallèlement, l’offre reste très concentrée. Un petit nombre de pays dominent la production mondiale. Les trois premiers pays producteurs représentent plus des deux tiers de la production primaire mondiale de cobalt, de lithium et de nickel, et près de 90 % de la production de terres rares.
À elle seule, la Chine représente environ 70 % de l’offre mondiale de terres rares et de graphite, et plus de 90 % de l’offre mondiale de germanium et de magnésium.
Cette concentration crée des vulnérabilités. Les perturbations, qu’elles soient provoquées par les évolutions des marchés, les décisions des pouvoirs publics, les catastrophes naturelles ou les tensions géopolitiques, peuvent rapidement affecter les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les restrictions à l’exportation s’accentuent et affectent les marchés mondiaux
Selon de nouvelles données de l’OCDE, les restrictions à l’exportation de MPC ont augmenté pendant 15 années consécutives. Elles sont aujourd’hui cinq fois plus élevées qu’en 2009 et se maintiennent à des niveaux historiquement élevés.
Les plus fortes augmentations des restrictions à l’exportation en 2024 ont concerné le tantale, le lithium, l’étain, le manganèse, le nickel, le cobalt, ainsi que plusieurs métaux mineurs non ferreux, dont le vanadium et le niobium. Environ 70 % des exportations mondiales de cobalt et de manganèse, utilisés pour fabriquer des batteries, de l’acier, des produits chimiques et de nombreux autres produits, ont fait l’objet d’au moins une restriction à l’exportation en 2022-2024.
Si ces mesures sont souvent utilisées pour poursuivre des objectifs de politique nationale, leurs effets peuvent dépasser les frontières. Elles peuvent entraîner des actions similaires ailleurs, faire monter les prix mondiaux, restreindre l’offre et fausser les marchés. Associées à d’autres politiques et pratiques non marchandes, elles augmentent le risque de perturbation des chaînes d’approvisionnement et menacent la sécurité économique.
De plus en plus de pays restreignent les exportations
Un nombre croissant de pays mettent en place des restrictions à l’exportation. En 2024, de nouvelles mesures ont été adoptées par un groupe de pays plus diversifié, en particulier des économies riches en ressources en Afrique et en Asie.
Malgré cela, les restrictions restent concentrées dans le temps. Cinq pays seulement, la Chine, l’Inde, l’Argentine, le Viet Nam et le Burundi, représentent plus de la moitié de l’ensemble des nouvelles mesures adoptées depuis 2009.
Les restrictions à l’exportation varient en fonction des matières et des mesures
Les restrictions à l’exportation varient non seulement d’un pays à l’autre, mais aussi entre les catégories de matières premières. Bien que les restrictions à l’exportation portant sur les minéraux et minerais aient augmenté plus rapidement que celles visant d’autres segments, les déchets et débris, utilisés dans le recyclage pour récupérer les métaux destinés à la production de batteries, d’appareils électroniques et de produits industriels, constituent la catégorie la plus fréquemment soumise à des restrictions. Cette situation reflète les préoccupations environnementales et l’intérêt croissant pour l’économie circulaire.
Les types de mesures évoluent également. Les taxes à l’exportation, qui alourdissent le coût des marchandises quittant un pays, et les obligations de licence, en vertu desquelles les exportateurs doivent obtenir une autorisation avant d’expédier, restent les instruments les plus couramment utilisés.
Toutefois, les mesures les plus restrictives, comme les interdictions d’exportation, sont devenues de plus en plus courantes depuis la fin des années 2010, représentant plus d’un quart des nouvelles mesures en 2024.
Cette évolution a des répercussions importantes sur l’offre mondiale et la stabilité des marchés.
La motivation des restrictions à l’exportation évolue également
Les pays ont mis en place des restrictions à l’exportation pour diverses raisons, mais ces motivations évoluent au fil du temps.
Depuis le début des années 2010, les objectifs de la politique industrielle, tels que la sécurisation de l’approvisionnement intérieur, la promotion de la création de valeur et le soutien aux industries en aval, sont monnaie courante. Aujourd’hui, la génération de recettes est devenue le motif le plus fréquemment invoqué officiellement, puisqu’elle a représenté près de la moitié des mesures récemment adoptées en 2024.
Cela met en évidence un lien croissant entre la politique commerciale, les priorités budgétaires et les stratégies industrielles.
La coopération internationale comme voie vers des chaînes d’approvisionnement plus résilientes
Il est essentiel de comprendre l’évolution des restrictions à l’exportation pour élaborer des politiques éclairées.
Alors que la demande de MPC continue de croître, le renforcement de la coopération internationale et l’amélioration des données seront essentiels pour réduire l’incertitude et favoriser des chaînes d’approvisionnement mondiales plus résilientes et fonctionnelles.
Face à cette situation, les pays de l’OCDE prennent de nouvelles initiatives, notamment en modernisant l’Arrangement de l’OCDE sur les crédits à l’exportation, pour soutenir l’investissement et la coopération internationale.
Dans ce contexte, ces questions sont examinées au Forum de l’OCDE sur les minerais critiques qui se tient à Istanbul, une initiative opportune qui réunit des représentants des pouvoirs publics, de l’industrie et des parties prenantes afin d’étudier les moyens de renforcer les chaînes d’approvisionnement.
Pour plus d’informations sur les travaux de l’OCDE sur les restrictions à l’exportation de matières premières critiques, voir : https://www.oecd.org/fr/themes/restrictions-a-l-exportation-de-matieres-premieres-critiques.html