L’Accord de Paris reconnaît le rôle central de la finance pour permettre l’action climatique. Son article 2.1c fixe pour objectif de rendre les flux financiers compatibles avec un développement à faible émission de gaz à effet de serre (GES) et résilient au changement climatique. Pour l’atteindre, il s’agit non seulement d’accroître le financement des activités qui contribuent aux objectifs climatiques (dont les solutions climatiques et les activités de transition), mais aussi de détourner les flux financiers des activités qui vont à l’encontre de ces objectifs.
Les pays se sont dotés de nombreuses politiques en rapport avec le climat
Il n’existe pas de recette magique pour lutter contre le dérèglement climatique et parvenir à la neutralité carbone. Les responsables de l’action publique doivent prendre en compte tout à la fois la stabilité économique, la compétitivité, les coûts à long terme de l’inaction et les problèmes de parasitisme. Une piste intéressante consiste à tenter de peser sur les décisions financières, mais une approche équilibrée est nécessaire dans ce contexte également.
Les mesures qui concernent l’économie réelle – comme les taxes carbone ou les crédits d’impôt accordés au titre des technologies bas carbone – et les incitations qu’elles créent renforcent l’attrait des investissements liés au climat, ce qui favorise l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques. Le nombre et la rigueur de ces mesures ont augmenté de 10 % par an entre 2010 et 2021, mais progressent plus lentement depuis quelques années (Graphique 1, Partie A).
Parallèlement, des mesures relatives à la prise en compte des enjeux climatiques dans le secteur financier sont progressivement entrées en vigueur. Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, leur nombre a plus que quadruplé (Graphique 1, Partie B), si bien que 81 pays ainsi que l’UE en étaient dotés en 2023. Il s’agit principalement de mesures de transparence (obligations en matière d’information et taxonomies, notamment), qui sont aujourd’hui en place dans 77 pays et l’UE, dont l’ensemble des pays du G20 et la quasi-totalité des pays de l’OCDE.
Graphique 1. Les pays ont renforcé l’arsenal des mesures liées au climat
Les banques centrales et les autorités de surveillance sont à l’origine d’une part grandissante des politiques liées au climat applicables au secteur financier. En 2023, elles avaient adopté des politiques prudentielles ou monétaires en rapport avec le climat dans 40 pays. Les effets de ces politiques sur la stabilité financière et la stabilité des prix, ainsi que sur les objectifs climatiques, restent encore mal compris, et le rôle des banques centrales continue de faire débat. Néanmoins, des tests de résistance au risque climatique et des analyses de scénarios ont montré que la modification du climat aura un impact systémique sur la valeur des actifs et sera source de nouveaux risques pour le système financier.
Les investissements destinés à des activités climato-compatibles représentent une faible part de l’investissement total
Les progrès en matière de financement de la transition et de la résilience climatiques sont souvent jugés à l’aune de la croissance des obligations vertes et des dépenses d’investissement vertes. Or, ces chiffres ne donnent qu’une image partielle de la situation. Il convient de les placer dans le contexte des flux financiers totaux, ainsi que de faire ressortir les financements qui restent exposés aux activités à fortes émissions de GES et aux risques climatiques physiques.
Les investissements bas carbone sont encore limités. Ceux consacrés aux énergies propres représentent moins de 6 % de la formation brute de capital fixe totale, qui est un indicateur indirect du total des investissements dans l’économie réelle (Graphique 2, Partie A). Pour que les objectifs de l’action climatique nationale et internationale soient atteints, il faudra que les investisseurs et les institutions financières élargissent leurs perspectives et intègrent les considérations climatiques dans l’ensemble des décisions financières.
Graphique 2. Les flux et les stocks financiers ne sont guère alignés sur les objectifs climatiques
Note: 2023 data for real-economy investment flows and corporate bonds stocks. 2022 data for listed corporate equity, private corporate equity, and sovereign bonds stocks. Source: Updated from OECD (2024) OECD Review on Aligning Finance with Climate Goals
Le système financier reste en grande partie exposé aux énergies fossiles ou aux secteurs gros émetteurs de carbone. Ainsi, en 2022, la production d’énergie d’origine fossile représentait 10 % du stock d’actions des sociétés cotées dans le monde, contre 4 % seulement pour la production d’énergie bas carbone (Graphique 2, Partie B). Qui plus est, la couverture des données est inégale selon les instruments financiers. Par exemple, moins de 3 % du capital-investissement peut être identifié comme destiné à des activités bas carbone, mais il n’existe actuellement aucune estimation de la proportion destinée à des entreprises fortement émettrices de GES. Il semble en outre que, pour se financer, ces dernières se tournent de plus en plus vers des pans du secteur financier qui sont moins réglementés et se caractérisent par une disponibilité de données moindre. Face à ces risques de fuites, il convient de redoubler d’efforts pour traiter les angles morts dans les catégories d’actifs financiers.
Le chemin vers un système financier climato-compatible est sinueux et nécessite une approche équilibrée, fondée sur des données probantes
Pour les investisseurs confrontés à cette réalité, d’importants arbitrages entrent en ligne de compte. S’ils financent encore des activités fortement émettrices de carbone, le désinvestissement peut envoyer un signal. Mais ils perdent alors leur influence et risquent de voir les actifs repris par des investisseurs qui ont d’autres priorités. Pour l’instant, il n’est guère établi que le désinvestissement fait baisser les émissions dans l’économie réelle. À l’inverse, et même si le processus peut être lent et complexe, le dialogue apparaît comme plus efficace pour faire progresser les ambitions climatiques des entreprises en transition.
Les responsables de l’action publique peuvent agir individuellement ou de façon coordonnée pour mieux aligner la finance sur les objectifs de la politique climatique, ainsi que pour améliorer les données afin d’étayer des pratiques d’investissement qui ont un réel impact. Ils peuvent, par exemple, favoriser la transparence climatique par des indicateurs quantitatifs interopérables et fournir des informations sur les trajectoires de transition nationales. Pour les responsables des politiques relatives au système financier, il peut s’agir de mettre davantage en lumière les financements exposés à des activités qui sont bénéfiques ou au contraire préjudiciables aux objectifs climatiques, et, lorsque c’est compatible avec leur mandat, examiner les effets des politiques existantes sur ces objectifs.
Même s’il s’améliore, le socle de données factuelles reste incomplet. Les différences de méthodologie et les lacunes dans les données amplifient les risques d’écoblanchiment. Il est donc primordial de rendre l’analyse des progrès accomplis en matière d’alignement de la finance sur les objectifs climatiques plus transparente et plus solide, afin d’étayer l’élaboration de politiques et de décisions rationnelles.
La deuxième édition du rapport d’examen de l’OCDE sur l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques paraîtra à la mi-2026. Elle présentera les dernières tendances, des données enrichies et des éclairages actualisés concernant les flux et les stocks financiers, ainsi que les politiques liées au climat applicables au secteur financier et leurs effets, à l’échelle mondiale et dans certains pays qui feront l’objet d’une étude de cas.