La compétitivité, la résilience économique et la protection de l’environnement dépendent de la réponse à une question importante : comment transformer à temps et avec succès nos industries en vue de la réalisation des objectifs mondiaux ?
Le secteur manufacturier est la clé de voûte de notre économie moderne. L’industrialisation permet de produire des matériaux comme l’acier, le ciment et les produits pétrochimiques nécessaires à la construction des infrastructures, la réduction de la pauvreté et l’amélioration du niveau de vie. C’est aussi d’elle que dépendent les technologies indispensables aux systèmes énergétiques modernes, qu’il s’agisse des batteries des panneaux solaires ou des pompes à chaleur.
La transformation de l’industrie, source de possibilités
La trajectoire de neutralité carbone impose de tripler les niveaux d’investissement dans la transformation de l’industrie d’ici la fin du siècle. De surcroît, plus de la moitié des réductions des émissions de dioxyde de carbone de l’industrie lourde, nécessaires pour suivre cette trajectoire, dépendent de technologies encore non commercialisées. Cette transformation pourrait créer des possibilités d’investissement, d’emploi et de développement économique sur les marchés émergents et dans les économies en développement (MEED), et offrir de nouveaux axes d’amélioration de la coopération internationale.
Depuis longtemps, l’OCDE est en première ligne dans ce domaine, grâce à ses analyses et ses conseils stratégiques axés sur des données ; l’intérêt pour la transformation de l’industrie ne cesse d’ailleurs de s’accroître depuis quelques années, que ce soit au sein des administrations, dans le secteur privé ou dans la société civile.
La Conférence de Belém, un tournant pour l’industrie
Les conclusions de la COP30 qui s’est tenue à Bélem montrent combien la discussion s’est approfondie sur le sujet, avec plusieurs déclarations majeures insistant sur la dynamique mondiale en faveur de l’industrialisation verte (documents ci-après en anglais) :
Ces annonces ne sont pas que symboliques. Elles rendent compte d’un engagement large et croissant des administrations nationales et des entreprises en faveur de la transformation des systèmes industriels du monde entier.
Relever les ambitions en s’appuyant sur des éléments factuels axés sur des données : action publique en Afrique du Sud
Le succès de ces résultats dépend d’analyses axées sur les données au service du financement de la transformation. Le Cadre pour la transition de l’industrie vers la neutralité carbone établi par l’OCDE propose des solutions pratiques pour, dans le même temps, limiter autant que possible la charge pesant sur les économies et accompagner la montée en puissance de l’investissement requis.
En marge de la réunion finale du Groupe de travail du G20 sur l’environnement et la durabilité climatique, tenue en octobre à Cape Town, l’OCDE a rendu public un nouveau rapport sur la décarbonation du secteur du fer et de l’acier en Afrique du Sud. Ce rapport est le fruit de la coopération de l’OCDE avec les autorités sud-africaines. Une analyse techno-économique a montré que produire du fer et de l’acier à partir d’hydrogène d’origine renouvelable en Afrique du Sud coûterait au moins 40 % de plus qu’avec les procédés conventionnels fondés sur le charbon, les coûts de production dépassant 750 USD par tonne d’acier brut. La question évidente a été posée : l’Afrique du Sud devrait-elle réellement investir dans une technologie aussi chère ? La réponse est oui : l’étude de l’OCDE montre qu’avec les bons instruments financiers et une aide internationale de plus grande envergure, il est possible de combler l’écart de coût et de générer des retombées positives substantielles.
Le rapport de l’OCDE décrit trois grandes solutions pour décarboner le secteur du fer et de l’acier :
- des outils financiers ciblés pour réduire les coûts d’investissement et d’exploitation. C’est particulièrement important tant que l’hydrogène renouvelable reste coûteux ;
- des mécanismes axés sur la demande tels que des primes vertes pour créer des marchés durables ;
- une valorisation du dioxyde de carbone émis et évité grâce à la tarification carbone.
Aucune de ces options n’est facile à mettre en œuvre : c’est la raison pour laquelle l’OCDE a assuré un dialogue soutenu avec les parties prenantes du pays pendant la préparation du rapport en conviant régulièrement les ministères sectoriels responsables de la finance, de l’industrie et de l’environnement et le secteur financier à élaborer conjointement ses recommandations d’action. Cette collaboration à l’échelle de toute l’économie a été essentielle, étant donné les enjeux : le secteur du fer et de l’acier est un pilier de l’économie et du marché du travail sud-africain, et la production sidérurgique fondée sur l’hydrogène et l’électricité d’origine renouvelable pourrait réduire l’intensité d’émission du secteur de plus de 90 % et donner la possibilité d’établir de nouvelles chaînes d’approvisionnement sur des marchés de l’acier à très faibles émissions.
La transformation de l’industrie face à un défi financier
Comme l’Afrique du Sud, chaque MEED est confronté à la même question de savoir comment financer la transformation de l’industrie.
Un nouveau rapport de l’OCDE, préparé conjointement avec l’Agence internationale de l’énergie, décrit où en est le soutien international en faveur de la transformation de l’industrie dans les MEED aujourd’hui, le but recherché et les moyens d’y parvenir.
- État des lieux : comme le montrent les données de l’OCDE, l’aide financière et technique à la transformation de l’industrie demeure insuffisante. Il est néanmoins possible d’envisager un plus large éventail de fournisseurs, de pays bénéficiaires et d’instruments de financement, et de cibler davantage des projets porteurs de transformations.
- But recherché : au cours de la prochaine décennie, l’investissement annuel moyen mondial dans les technologies de production d’acier et de ciment à très faibles émissions doit atteindre au moins 50 milliards USD dans ces deux secteurs combinés, alors qu’il ne s’élève qu’à quelques milliards USD à l’heure actuelle. Les trois quarts de l’investissement total nécessaire d’ici à 2035 devraient être engagés dans les MEED, qui ne peuvent pas supporter seuls ce défi.
- Moyens à mettre en œuvre : il est indispensable de trouver le moyen le plus efficace de combiner des sources de financement différentes pour libérer et accélérer l’investissement dans la décarbonation de l’industrie des MEED. Des instruments de réduction des risques et de financement adaptés peuvent aider à mettre à profit les financements publics, et pourraient être complétés par des aides au transfert de technologie et au renforcement des capacités.
La voie à suivre pour l’industrie : favoriser la mise en œuvre par l’intermédiaire de la coopération
L’OCDE soutient ses membres et partenaires des MEED en produisant davantage de données, de nouvelles analyses et de connaissances et en favorisant l’échange de bonnes pratiques.
La transformation de l’industrie est un défi, mais les opportunités sont significatives. Comme l’ont indiqué un groupe diversifié d’universitaires, d’économistes et de spécialistes des politiques du monde entier dans un récent rapport à l’intention du Club Climat, le défi peut être relevé grâce à la coopération internationale et aux enceintes de dialogue entre responsables de l’action publique, de l’industrie et des institutions financières.
À l’heure où toujours plus de pays mettent en avant l’industrie dans leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) actualisées, accélérer la transformation de l’industrie est devenu incontournable non seulement pour atteindre les objectifs climatiques, mais aussi pour stimuler la compétitivité et booster la croissance.