Au moment où les dirigeants de la planète et les négociateurs se réunissent à Belém pour la COP30, l’adaptation au changement climatique occupe le devant de la scène. Les répercussions du changement climatique ne sont plus une menace lointaine : elles ont déjà commencé à changer le visage des communautés, des économies et des écosystèmes et elles touchent le plus durement ceux qui sont le moins à même de s’y adapter. La présidence de la COP30 a appelé les pays à faire de cette conférence la « COP de l’adaptation », insistant sur la nécessité de ne plus se contenter d’engagements et de mettre en œuvre les politiques et les investissements qui s’imposent pour protéger les populations et les communautés qui se trouvent déjà en première ligne.
Parmi les risques climatiques, les sécheresses sont un révélateur essentiel de ces efforts. Elles constituent non seulement l’un des aléas climatiques les plus répandus et les plus dommageables, mais elles favorisent également d’autres événements extrêmes comme les feux de forêt, les canicules et les crues éclair. Elles compromettent la sécurité hydrique et alimentaire sur de vastes étendues de terres, perturbent la production énergétique et entraînent l’appauvrissent des populations vulnérables et leur déplacement. Au moment où les négociateurs se réunissent pour passer de la parole aux actes, les sécheresses offrent un indicateur concret des progrès collectifs en matière d’adaptation et sont un révélateur de l’efficacité des politiques, investissements et partenariats existants face aux risques climatiques. La question est de savoir si la COP30 tiendra ses promesses et fera progresser les solutions nécessaires pour relever ces défis grandissants.
Un risque coûteux qui va en s’amplifiant
Les sécheresses ne concernent plus seulement les régions traditionnellement arides, puisqu’elles touchent désormais des zones auparavant considérées comme humides ou tempérées et représentent un défi grandissant pour tous les continents. Les Perspectives mondiales des sécheresses de l’OCDE révèlent l’ampleur du problème : depuis 1900, la superficie touchée par les sécheresses dans le monde a doublé, et quelque 40 % des terres de la planète ont connu des périodes sèches plus fréquentes et intenses au cours des dernières décennies.
Sans surprise, cette évolution est due en grande partie à la modification du climat. L’augmentation des températures perturbe les régimes pluviométriques, accélère l’évaporation et réduit la quantité d’eau stockée dans les sols, la couverture neigeuse et les glaciers, entraînant une diminution des disponibilités en eau douce dans de vastes zones. Le lien entre le changement climatique et la hausse des sécheresses extrêmes est de plus en plus manifeste : ainsi, la modification du climat a rendu jusqu’à 20 fois plus probable la survenue de la sécheresse de 2022 en Europe, et elle a accru de plus de 40 % la probabilité de survenue de celle qui sévit actuellement en Amérique du Nord. Le déboisement, les prélèvements excessifs dans les eaux souterraines et l’imperméabilisation des sols ont également favorisé cette évolution en affaiblissant les écosystèmes qui contribuent à atténuer le stress hydrique. Du fait de la conjonction de tous ces facteurs, les sécheresses se déclarent plus tôt, durent plus longtemps et font plus de dégâts.
Les sécheresses ont de graves conséquences. Elles menacent la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance, surtout dans les régions qui dépendent de l’agriculture. La baisse du rendement des cultures peut atteindre 22 % les années les plus arides, et les récoltes de soja et de maïs peuvent diminuer de 10 % en cas de sécheresse prolongée. Mais les répercussions ne se limitent pas aux exploitations agricoles, puisque les sécheresses peuvent aussi désorganiser les chaînes d’approvisionnement, ralentir la production manufacturière et limiter la production d’énergie. Les analyses de l’OCDE présentées dans les Perspectives mondiales des sécheresses montrent que le coût économique des sécheresses dans le monde progresse chaque année de 3 % à 7.5 %, et qu’une sécheresse moyenne peut causer aujourd’hui six fois plus de dégâts qu’au début du siècle. À défaut d’une action décisive, les pertes imputables aux sécheresses au niveau mondial pourraient plus que doubler dans les dix prochaines années.
Renforcer la résilience sur fond d’évolution du climat
Dans ce contexte, la COP30 donne l’occasion de passer de la prise de conscience aux actes. Même s’ils reconnaissent de plus en plus les menaces que les sécheresses font planer sur les économies et les populations, les pouvoirs publics se contentent trop souvent de réagir au lieu d’agir de façon ciblée en faveur de l’adaptation. Une vraie adaptation passe par l’intégration de l’enjeu de la résilience dans la gestion de l’eau, des terres, des infrastructures et des écosystèmes, et elle exige d’investir davantage dans la planification à long terme au lieu d’attendre la prochaine crise.
Et cette démarche est payante : en plus de sauver des vies, chaque dollar investi dans la résilience face à la sécheresse peut rapporter jusqu’à 10 dollars de gains économiques.
Que peuvent faire les gouvernements pour concrétiser ce potentiel ?
Le renforcement de la résilience exige une action sur plusieurs fronts pour parvenir à une gestion plus efficace de l’eau, des terres et écosystèmes :
1. Adapter la demande et l’approvisionnement en eau à l’évolution du climat. Le recours à des systèmes d’allocation plus avisés, à un comptage amélioré et à une tarification plus équitable peut rendre la consommation d’eau plus efficiente et permettre parallèlement la reconstitution de la ressource. En outre, l’augmentation des capacités de stockage de l’eau, notamment par la protection des zones humides et des forêts qui constituent des réservoirs naturels, contribue à sécuriser l’approvisionnement en période sèche.
2. Restaurer les zones tampons naturelles que sont les écosystèmes. Les forêts, les sols et les zones humides en bonne santé stockent l’eau, ralentissent l’érosion et préservent la biodiversité. Dans les villes, les équipements verts comme les parcs et les toitures végétalisées contribuent à réduire les sécheresses et atténuent en outre le stress thermique. En Californie, par exemple, les efforts de désimperméabilisation urbaine ont permis de récupérer jusqu’à 780 millions de mètres cubes d’eau par an, ce qui équivaut à la consommation annuelle d’eau de plus de 14 millions de personnes.
3. Transformer les systèmes agricoles. Les agriculteurs ne peuvent pas arrêter la modification du climat, mais ils peuvent s’y adapter. Une irrigation efficiente, la production de cultures tolérantes à la sécheresse, la préservation de l’humidité des sols et l’application de calendriers de semis et de plantation flexibles sont autant de facteurs qui atténuent le stress hydrique et contribuent à maintenir la productivité même les années de sécheresse. L’adoption de pratiques résilientes peut être accélérée par des outils financiers comme les assurances sécheresse et un soutien ciblé aux petits exploitants.
En dernier ressort, la résilience face aux sécheresses est tributaire d’une collaboration entre les autorités publiques qui transcende les frontières, les périmètres ministériels et les limites sectorielles. Aucune institution n’est capable de traiter seule ce risque.
La COP30 offre une occasion décisive de traduire les préoccupations croissantes suscitées par les sécheresses en une action concrète, mesurable et coordonnée de l’ensemble des pays. Alors qu’elles négocient les prochaines étapes de l’Objectif mondial en matière d’adaptation (OMA), les Parties ont la possibilité de ne plus se contenter de mentionner les « risques liés à l’eau », mais de s’accorder au contraire sur des objectifs clairs et assortis d’échéances pour faire baisser le risque de sécheresse, qu’il s’agisse de réduire le nombre de personnes exposées à de graves pénuries d’eau, de développer les systèmes d’alerte précoce aux situations de sécheresse ou de rendre les systèmes hydriques et alimentaires résilients au changement climatique. Le fait d’intégrer des cibles spécifiques aux sécheresses de ce type dans l’OMA et de mobiliser des financements, des données et des capacités à l’appui de leur réalisation donnerait aux pays un mandat fort pour relever les ambitions nationales, privilégier l’adaptation par rapport à la gestion de crise et protéger les moyens de subsistance des millions de personnes qui sont tributaires de ressources en eau de plus en plus fragiles. Si la COP30 peut être le déclencheur de cette transformation, l’OMA deviendra bien plus qu’un dessein mondial abstrait et pourra commencer à servir de feuille de route pratique pour la gestion du risque de sécheresse sur le terrain.