La tendance est claire et nette : le monde connaît une transition rapide des sources d’énergie à forte intensité d’émission vers les énergies renouvelables. D’après les chiffres de l’AIE, la puissance renouvelable installée dans le monde a progressé de 22 % en 2024 pour atteindre près de 685 GW, ce qui constitue un nouveau record. Et elle devrait être encore multipliée par deux d’ici à 2030. Mais même si la transition mondiale vers les énergies propres monte en puissance, elle devra progresser nettement plus vite pour que les objectifs climatiques et énergétiques internationaux soient atteints. Réussir la transition commence par consommer moins d’énergie, mais dans ce domaine aussi, les avancées sont trop lentes. D’après l’AIE, l’efficacité énergétique a progressé de seulement 1.3 % par an en moyenne entre 2019 et 2025, alors qu’elle devrait s’améliorer de 4 % par an jusqu’en 2030 pour que l’objectif mondial défini en la matière soit tenu.
Cela étant, la transition vers les énergies propres n’est pas seulement un impératif pour atteindre les objectifs climatiques, de sécurité énergétique et de compétitivité économique. C’est aussi la promesse de débouchés économiques de 31.5 milliards USD d’ici à 2030, principalement dans les MEED. Pour libérer ce potentiel, il convient toutefois de surmonter d’importants obstacles.
Les projets dans le domaine de l’efficacité énergétique en sont une bonne illustration. Ils nécessitent des investissements initiaux non négligeables et mettent en jeu une multitude de mesures et de modèles économiques que les établissements financiers peuvent juger risqués. Les problèmes les plus courants concernent le remboursement par le biais des économies réalisées, les garanties et la solvabilité limitées des petits emprunteurs, l’envergure souvent faible des projets et l’insuffisance des données sur les performances des technologies économes en énergie, et ils se traduisent par un accès limité aux financements et des coûts de transaction élevés.
Quant aux projets d’énergies renouvelables à l’échelle du réseau, ils dépendent dans une large mesure de la santé financière des entreprises de services collectifs et de leur capacité à honorer les obligations définies dans les accords d’achat d’électricité.
Pour leur part, les projets de production d’électricité renouvelable hors réseau pâtissent de l’incertitude des flux de recettes. Ils ne bénéficient pas de la stabilité procurée par les accords d’achat ni d’autres structures de tarification comme le comptage net, et sont tributaires des ventes directes réalisées auprès de consommateurs finals dont la demande et la capacité de payer peuvent varier fortement.
Ces obstacles à la réalisation de différents projets dans le domaine des énergies propres sont amplifiés par les conditions de financement difficiles que connaissent beaucoup de MEED, entre budgets publics serrés, asymétries monétaires et absence d’évolution de la perception des risques.
Les investissements potentiels dans les énergies propres pourraient atteindre entre 2 200 et 2 800 milliards USD par an d’ici à 2030 dans les MEED, mais des instruments financiers ciblés seront nécessaires pour les débloquer. Et c’est là qu’interviennent les garanties et autres instruments d’atténuation des risques. Ils ne constituent pas une solution miracle, mais ils peuvent, pour peu qu’on les utilise de manière appropriée, améliorer la qualité du crédit, faciliter l’accès aux financements et faire évoluer la perception des risques.
Il ressort d’une récente enquête de l’OCDE que les garanties contre le risque de crédit sont l’instrument le plus utile dans le contexte des projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, devant les garanties de portefeuille.
Quels sont les éclairages apportés par cette enquête ? On trouvera ci-dessous quelques exemples concrets de la façon dont les garanties et les produits d’assurance novateurs font avancer les choses dans le domaine de l’efficacité énergétique et le secteur de l’électricité renouvelable dans les MEED.
Les instruments d’atténuation des risques au service de l’innovation dans la production d’électricité d’origine renouvelable
1. Au Pakistan, les garanties de crédit en monnaie nationale ont contribué à stimuler le développement des toitures solaires
Grâce notamment à des garanties partielles de crédit applicables aux prêts libellés en monnaie nationale, un promoteur pakistanais de projets solaires a pu accéder au crédit malgré les exigences élevées en termes de garanties et l’expérience limitée des bailleurs de fonds locaux en matière de projets des énergies propres. Cette solution de financement a contribué à l’installation, en de nombreux points du territoire pakistanais, de panneaux solaires d’une puissance cumulée de 21 MW sur les toits et au sol. En outre, une subvention au titre de l’assistance technique a permis de former des femmes ingénieures et de rendre ainsi le secteur de l’énergie solaire plus inclusif.
2. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est, une garantie de portefeuille a permis de réduire les risques de productions renouvelables décentralisées
Le développement des solutions énergétiques décentralisées est freiné lorsque les risques perçus sont élevés et que l’environnement est peu propice. Grâce à une garantie de portefeuille de 50 millions USD, un fonds d’investissement autorenouvelable d’une capacité cible de 400 millions USD a pu réduire les risques de petites transactions sur des marchés mal desservis et mobiliser des investissements dans le solaire, l’électromobilité et les modes de cuisson propres. La méthode de partage des risques retenue – consistant à offrir une couverture plus élevée aux prêts accordés dans les pays les moins avancés et pour les technologies risquées – est une approche prometteuse pour stimuler l’offre de crédit sur des marchés mal desservis qui, autrement, ne seraient pas attrayants économiquement.
Les instruments d’atténuation des risques au service d’avancées en matière d’efficacité énergétique
1. En Inde, un fonds de garantie de crédit partielle a permis de faire progresser l’efficacité énergétique dans les petites entreprises et les communes
Créé en 2015 conjointement par l’Office indien de l’efficacité énergétique et la Banque mondiale, un mécanisme de partage partiel des risques a aidé à surmonter les obstacles liés aux risques élevés perçus et au manque de garanties qui freinaient l’accès des entreprises de services énergétiques aux financements. En 2024, 79 garanties de crédit avaient été accordées, pour un montant garanti de 78.5 millions USD. Elles avaient permis de mobiliser au total 132 millions USD d’investissements dans l’efficacité énergétique dans les micro, petites et moyennes entreprises, les communes, les hôpitaux, les grandes industries, les immeubles de bureaux et les hôtels, avec à la clé des économies d’énergie et des réductions d’émissions à long terme.
2. En Colombie, de petites entreprises ont pu améliorer leur efficacité énergétique grâce à une assurance économies d’énergie
Lorsque de petites et moyennes entreprises ont besoin de financements pour des technologies économes en énergie mais que les acteurs ne sont pas vraiment convaincus par les économies anticipées, le mécanisme d’assurance d’économies d’énergie peut renforcer la confiance des investisseurs quant à la capacité de ces entreprises de rembourser leur prêt et de réaliser des bénéfices grâce aux économies d’énergie, et rendre les établissements financiers locaux davantage disposés à financer des projets de ce genre. Ce mécanisme met en jeu un produit d’assurance couvrant les économies d’énergie anticipées, un contrat de performance énergétique avec économies garanties, une validation technique indépendante et des lignes de crédit spécialisées, qui peuvent être mixtes. En Colombie, la compagnie d’assurance SURA a délivré plus de 600 polices d’assurance pour un taux de défaillance de moins de 1 %, et le mécanisme s’est révélé viable économiquement et transposable à plus grande échelle.
Si les instruments d’atténuation des risques sont aussi efficaces, pourquoi ne sont-ils pas utilisés à grande échelle ?
Malgré leur potentiel, ces instruments sont sous-exploités et ne représentent que 4 % des engagements des banques multilatérales de développement. Il y a certes chez les donneurs un regain d’intérêt pour les garanties, qui est favorisé par des changements récents comme ceux concernant les règles comptables internationales relatives à l’aide publique au développement et les appels à renforcer la mobilisation de financements privés, mais il serait possible de recourir plus largement à ces instruments.
La complexité des produits et le manque de réserves de projets viables dans certaines régions représentent des points de blocage persistants. Le déploiement des instruments d’atténuation des risques peut induire des coûts de transaction non négligeables et le traitement réglementaire actuel des garanties peut limiter leur utilisation, dans la mesure où l’allégement des exigences de fonds propres découlant des garanties peut être très variable selon les pays et territoires, les types d’utilisateurs et les instruments.
De plus, les flux mondiaux de capitaux ne réagissent pas toujours à des ajustements marginaux des risques. Les investisseurs institutionnels connaissent souvent mal les MEED, et leurs missions ne cadrent pas toujours avec les caractéristiques des investissements durables dans ces pays et régions.
Il semble également que les instruments d’atténuation des risques utilisés seuls donnent rarement des résultats satisfaisants. Pour qu’ils soient efficaces, d’autres conditions doivent souvent être remplies : assistance technique, financements concessionnels, cadre réglementaire propice, réserve de projets viables...
Quelles sont les clés de la réussite des instruments de garantie et d’assurance ?
Une transparence accrue et de meilleures données concernant les performances des garanties, comme les taux d’appel et les tarifs, peuvent contribuer à renforcer la confiance et à lever les obstacles à une utilisation plus large de ces instruments. Pour être efficaces, les garanties devraient :
- cibler des secteurs et des technologies de transformation,
- servir à familiariser les investisseurs avec les instruments et à faire évoluer la perception des risques,
- aller de pair avec des incitations fortes et bien ciblées et s’accompagner de mesures axées sur la demande et sur l’offre (marchés publics écologiques, normes minimales de performance énergétique, renforcement des capacités...).
Les garanties et instruments d’assurance ne constituent pas la panacée, mais ils peuvent, si les conditions sont réunies, contribuer à débloquer des financements en faveur de la transition vers les énergies propres dans les MEED, en mettant l’ingénierie financière au service d’objectifs publics clairement définis.
Pour en savoir plus sur les garanties et autres instruments d’atténuation des risques, on pourra se reporter au document de travail de l’OCDE sur l’environnement intitulé « Guarantees and other risk mitigation instruments for clean energy: Harnessing blended finance to scale investments in emerging markets and developing economies » (en anglais uniquement), qui a été élaboré dans le cadre du Programme de l’OCDE sur la mobilisation de financements et d’investissements dans les énergies propres (CEFIM).
· OCDE (2025), Note d’orientation du CAD de l’OCDE relative au financement mixte 2025 (version abrégée), Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/4915f91c-fr.
· OCDE (2022), « OECD blended finance guidance for clean energy », OECD Environment Policy Papers, No. 31, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/596e2436-en.