Avant d’écrire ces lignes, je me suis replongé dans mes dossiers de 2014 pour me rappeler comment j’établissais alors ma déclaration de revenus. Celle-ci comportait onze pages de formulaires compliqués à remplir et plusieurs pièces justificatives, également en version imprimée. Le tout était classé dans un dossier épais et lourd portant la mention « Déclarations de revenus », scrupuleusement stocké dans mon sous-sol. Petit retour à l’ère pré-numérique et réminiscence de ce à quoi la bureaucratie ressemblait autrefois.
On oublie facilement à quel point le processus était chronophage et combien de feuilles de papier et d’actions étaient nécessaires à son bon déroulement. Réunir les informations requises, remplir les formulaires, cochez les bonnes cases sans en oublier, parcourir des pages et des pages d’instructions, puis faire une copie (papier) avant de pouvoir poster, enfin, la déclaration, ou de la déposer en personne au centre des impôts.
Aujourd’hui, la réalité est toute autre dans un grand nombre de juridictions. La plupart des contribuables effectuent ces formalités en ligne, se connectent au moyen d’un identifiant qui leur est attribué par l’administration et accèdent ainsi à une déclaration préremplie avec des données provenant de tiers. Les instructions sont directement intégrées dans le système, les documents sont signés électroniquement, et après avoir cliqué sur le bouton « Envoyer », la déclaration complète est expédiée en une fraction de seconde, et simultanément sauvegardée sous forme numérique sur le portail de l’administration fiscale.
L’administration de l'impôt a subi une transformation spectaculaire au cours de la décennie écoulée, et dans nos toutes dernières analyses, nous examinons de plus près quel stade nous avons atteint et sur quels points nous devons encore progresser.
Un regard sur dix ans d’évolution de l’administration de l’impôt
À l’issue d’un examen portant sur plus d’une cinquantaine d’administrations fiscales, la publication annuelle de l’OCDE sur l’administration fiscale propose des données internationalement comparables sur les systèmes fiscaux et leur administration, en mettant l’accent, depuis ses débuts, sur des données et des ratios relatifs aux performances concernant les exercices fiscaux les plus récents pour lesquels des données sont disponibles. Dans l’édition 2025, ces données sont cependant complétées par un panorama sur dix ans d’évolution de l’administration fiscale depuis 2014. Il en ressort que :
- Les administrations fiscales restent au cœur du recouvrement des recettes publiques : les recettes nettes perçues par les administrations fiscales représentent en moyenne 63 % des recettes publiques totales, un chiffre en augmentation de près de 8 points de pourcentage depuis 2014. Elles demeurent le principal organe de recouvrement des recettes publiques dans les trois quarts des juridictions couvertes par le présent rapport.
- On observe une réorientation structurelle vers des canaux en libre-service : les données attestent un remplacement des contacts personnels pendant les heures d'ouverture des bureaux par des opérations effectuées via des canaux numériques, accessibles 24h/24 et 7 jours/7. De fait, depuis 2014, le nombre de contacts avec des personnes physiques a baissé de 56 % tandis que le nombre de contacts en ligne a été multiplié par trois depuis 2018 pour s’établir à plus de 3 milliards en 2023.
- Remplir sa déclaration en ligne est devenu la norme : ces dix dernières années, les taux de dépôt électronique des déclarations ont sensiblement augmenté - entre 18 et 24 points de pourcentage – pour les principaux types d’impôt. En 2023, près de 90 % des déclarations de revenus des personnes physiques ont été déposées par voie électronique. Ce pourcentage est même encore plus élevé dans le cas de l’impôt sur les bénéfices des sociétés (96 %) et de la taxe sur la valeur ajoutée (99 %).
- Les recettes perçues augmentent plus vite que les arriérés d’impôts : les arriérés d’impôts se chiffraient au total à environ 2 700 milliards EUR à la fin de l’exercice 2023. Si ce montant représente une hausse non négligeable par rapport au 1 500 milliards EUR comptabilisés en 2014, le montant des arriérés en fin d’exercice rapporté au montant des recettes nettes recouvrées a diminué en moyenne depuis cette date d’environ 10 %.
- La technologie contribue à la réduction du nombre d’agents par rapport au nombre de contribuables usagers des services fiscaux : alors que la population et la population active croissent, 60 % des administrations font état d’un recul de leurs effectifs, ce qui signifie que les agents restant en poste sont au service d’un plus grand nombre d’usagers. En moyenne, la population et la population active par agent employé à plein temps ont augmenté d’environ 15 % entre 2014 et 2023, ce qui témoigne de l’impact des outils numériques et de l’intelligence artificielle (IA) sur le maintien du niveau de service actuel.
La révolution numérique n’est pas encore achevée
L’administration fiscale n’a plus rien à voir d’aujourd’hui avec ce qu’elle était il y a dix ans, et pourtant, la transformation est loin d’être achevée. L’essor rapide de l’utilisation de l’IA est l’un des signes les plus patents du changement à l'œuvre.
Ces dernières années, elle a littéralement explosé. En 2016, 9 % seulement des administrations fiscales déclaraient se servir de l’IA, et en 2023, elles étaient 69 %, auxquelles il convient d’ajouter 24 % d’administrations fiscales ayant indiqué avoir engagé un processus d’adoption de l’IA (voir le graphique 1).
En outre, dans la dernière édition de la Série sur l’administration fiscale, approximativement 25 % des exemples soumis par les administrations se rapportaient à l’IA, ce qui témoigne de l’ampleur de son déploiement.
L’IA est désormais utilisée au sein des administrations fiscales au service d'un large éventail de fonctions, allant de l’appui à des travaux d’analyse à la fourniture de services aux contribuables plus rapides et plus efficaces, en passant par l’amélioration de la sélection des dossiers. Elle permet de surcroît d’automatiser une masse importante de tâches répétitives, et de la sorte de libérer des agents qui peuvent concentrer l’usage de leurs compétences sur des questions plus complexes exigeant une réflexion humaine.
Les interactions entre les contribuables et leurs administrations fiscales sont appelées à évoluer au rythme des avancées de la technologie. Quelque part dans mon sous-sol, le vieux dossier fiscal reste sur une étagère poussiéreuse, témoin silencieux du chemin déjà parcouru en matière d’administration de l’impôt, nous appelant à nous interroger sur cette révolution numérique et sur les perspectives vers lesquelles elle nous entraîne.
Pour en savoir plus, voir le rapport Administration fiscale 2025.
En savoir plus sur les données
Depuis 2004, l’OCDE publie des données internationalement comparables sur divers aspects des systèmes fiscaux et de leur administration dans la Série sur l’administration fiscale, mais ce n‘est là qu’une des réalisations du Forum de l’OCDE sur l’administration fiscale (FTA). Veuillez consulter nos pages web pour en savoir plus sur la Série sur l’administration fiscale et les données à l’appui recueillies dans le cadre de l’Enquête internationale sur les administrations fiscales , ainsi que sur nos autres travaux consacrés par exemple à la Transformation numérique de l’administration de l’impôt, aux modèles de maturité et à l’Inventaire des initiatives sur l’utilisation de la technologie à des fins fiscales.
Nous vous invitons également à suivre la retransmission en direct de la séance d’ouverture de la réunion plénière du Forum de l’OCDE sur l’administration fiscale 2025, le 18 novembre 2025.