Un tournant dans l’action climatique mondiale
La COP30 se tient à un moment-charnière du processus climatique international – puisque l’on passe de la négociation d’engagements à la concrétisation des promesses faites pour la protection du climat. Renforcer le multilatéralisme, conjuguer l’action climatique dans la vie quotidienne des populations et intensifier la lutte, telles sont les priorités que la Présidence brésilienne a entendu donner à cette conférence. Il est attendu que les avancées naîtront des échanges entre les pays, et seront portées par la mobilisation des acteurs non étatiques dans le cadre du Programme d’action ainsi que par le mutirão – un concept issu de la sagesse indigène et désignant l’état d’esprit de personnes qui s’unissent pour relever un défi commun.
L’adaptation au changement climatique à l’honneur
Les négociations de cette année doivent conduire les pays à convenir d’un ensemble de résultats à obtenir en matière d’adaptation – et notamment à s’entendre sur une panoplie d’indicateurs permettant d’apprécier les progrès accomplis vers l’Objectif mondial en matière d’adaptation (OMA). Cet objectif qui remonte à l’Accord de Paris témoigne de l’engagement pris par les pays d’améliorer la capacité d’adaptation, de renforcer la résilience et de réduire la vulnérabilité au changement climatique. Depuis deux ans, un groupe d’experts techniques s’est attaché à définir des indicateurs OMA afin de pouvoir suivre les progrès dans des secteurs précis et à différents stades du cycle de la politique d’adaptation. Une liste d’une centaine d’indicateurs potentiels a été rendue publique au mois de septembre, qui servira de base aux négociations entre les pays à la COP30. Des indicateurs OMA définis avec soins sont susceptibles de relever le niveau d’ambition et d’amplifier les efforts d’adaptation par la mise en relief des priorités d’action et la stimulation des partenariats. Ils peuvent par là même amener une coordination plus complète des stratégies de collecte de données et favoriser la bonne exécution des mesures d’adaptation.
Il faut, pour apprécier les progrès accomplis en direction de l’OMA, un ensemble d’indicateurs qui soit à la fois ambitieux et pratique, se fonde sur les systèmes nationaux de communication d’information et donne plus de cohérence aux processus de notification mondiaux. Plus tôt dans l’année, le Groupe d’experts OCDE-AIE sur le changement climatique (CCXG) a cherché à voir comment les pays pourraient s’y prendre. Dans son analyse, il met en évidence la nécessité d’une approche itérative – qui doit permettre d’ajuster facilement l’ensemble d’indicateurs au fil du temps, en fonction de l’évolution des données et des capacités de notification. Dans un document récent, il souligne aussi l’importance de concevoir des indicateurs OMA qui apportent des données et connaissances encore manquantes et renforcent les capacités des pays en matière de données et de statistiques. Il insiste également sur la nécessité de prendre appui sur les procédures de notification prévues dans le cadre de la CCNUCC, particulièrement au sujet des facteurs propices à l’action climatique, pour faciliter les évaluations mondiales des progrès accomplis sur le front de l’adaptation.
Faire le point sur les nouveaux plans climatiques nationaux et les prochaines étapes
En 2025, les pays sont censés soumettre une nouvelle série de plans climatiques nationaux – ou contributions déterminées au niveau national (CDN) – au titre de l’Accord de Paris. Bien qu’elles ne fassent pas l’objet de négociations multilatérales, puisqu’elles sont déterminées à l’échelle des pays, les CDN feront néanmoins l’objet d’une grande attention à Belém. D’après le rapport de synthèse de la CCNUCC, qui couvre 64 nouvelles CDN communiquées avant la fin du mois de septembre, il est nécessaire, malgré les progrès accomplis, de redoubler d’efforts pour contenir l’élévation des températures mondiales dans la limite de 1.5 °C et prévenir ainsi les pires conséquences du changement climatique. Des discussions sont en cours entre les pays afin de savoir si la COP30 répond ou non aux nouvelles CDN et, dans l’affirmative, comment elle peut aider à réduire l’écart entre les ambitions affichées et l’action menée, et à exploiter les résultats du premier bilan mondial.
Le fait positif est que nous avons aujourd’hui la preuve que la raison économique plaide en faveur de l’action climatique. Dans une récente analyse conjointe, l’OCDE et le PNUD ont démontré que des CDN renforcées apporteraient un surcroît de croissance du PIB mondial qui pourrait atteindre 3 % d’ici 2050 et 13 % d’ici 2100, en grande partie grâce à la diminution du coût substantiel des dégâts dus à la modification du climat. L’intégration des politiques climatiques et des politiques de développement ferait sortir 175 millions de personnes supplémentaires de l’extrême pauvreté d’ici 2050, en plus d’être bénéfique à la santé publique, grâce à l’amélioration de la qualité de l’air, et de renforcer la sécurité énergétique et l’accès à l’énergie. Il faut cependant, pour la matérialisation de tels bienfaits, que non seulement les CDN soient ambitieuses, mais encore qu’elles soient réalisables et de nature à attirer les investissements. Il apparaît aujourd’hui que la concrétisation des CDN est une question d’adhésion politique au sein de l’administration, de concordance des priorités de développement nationales et locales, de place accordée aux parties prenantes concernées et de solidité des partenariats conclus avec le secteur privé. Elle exige aussi, et c’est crucial, la mobilisation et l’optimisation de financements publics, en parallèle au renforcement du soutien international, pour que les ambitions puissent être converties en projets susceptibles d’être financés par des investisseurs. Il s’agit là d’un préalable à la mobilisation des moyens financiers nécessaires pour obtenir les résultats escomptés en matière climatique et dans le domaine du développement.
Maintenir le rythme du financement climatique
Après l’adoption du nouvel objectif chiffré collectif pour le financement de l’action climatique à la COP29, il s’agit maintenant de concrétiser l’engagement pris. En vertu de ce nouvel objectif, l’aide financière aux pays en développement doit atteindre un minimum de 1 300 milliards USD d’ici 2035, et ce ne sont pas moins de 300 milliards USD qui devront être mobilisés chaque année à la même échéance. Pour que ce nouvel objectif soit suivi d’effet, les pays vont avoir besoin d’être au clair sur ce qu’il recouvre. Dans une nouvelle analyse, le CCXG se penche sur diverses questions essentielles à cet égard, de la clarification des types de financement aux acteurs et instruments concernés en passant par la manière dont s’effectuera le suivi des progrès accomplis. Un effort sur la disponibilité, la comparabilité et la transparence des données garantira, en outre, la crédibilité de ce suivi et l’efficacité de la mise en œuvre
La mise en place de financements sur une telle échelle ne sera pas une mince affaire, ni pour les bailleurs de fonds ni pour les bénéficiaires. C’est là qu’intervient la feuille de route de Bakou à Belém, qui vise à convertir une ambition collective en soutien financier concret. Cette feuille de route est censée fournir des indications pratiques pour libérer les financements à l’échelle voulue, depuis le renforcement de l’octroi de financements assorti de conditions préférentielles jusqu’à la réforme des banques multilatérales de développement, en passant par le soutien au renforcement des capacités à l’échelle nationale et la création de plateformes plus solides pour la coordination pilotée par les pays et la mobilisation de financements du secteur privé.
Même si les considérations financières ne seront pas l’objet de négociations formelles à Belém, la feuille de route éclairera des discussions plus générales lors de la COP30, notamment dans le contexte de la mise en œuvre de la prochaine génération de CDN. Dans la perspective de la COP30, entretenir la dynamique autour du nouvel objectif chiffré collectif peut aider à convertir les ambitions collectives en avancées concrètes dans le domaine du financement de l’action climatique.
La COP30 est l’occasion de célébrer le dixième anniversaire de l’Accord de Paris, de se féliciter des avancées réalisées jusqu’à ce jour et de baliser la voie à suivre pour renforcer la résilience et faire progresser l’adaptation, mobiliser des financements climatiques et mettre en œuvre des CDN renforcées afin que les objectifs énoncés dans l’Accord restent à notre portée.
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En amont de la COP30 et au cours de celle-ci, plusieurs de ces thèmes seront abordés dans le cadre du Pavillon virtuel de l’OCDE, notamment :
- Making adaptation indicators work: From national realities to global assessments of progress, le 3 novembre 2025
- Taking forward the NCQG: Scope and information needs for the USD 300 billion goal and USD 1.3 trillion scale up call, le 4 novembre 2025
- Enhanced NDCs: Turning climate ambition into opportunities for industry decarbonisation, le 6 novembre 2025
Toutes les discussions sont diffusées en direct et assorties d’une séance de questions-réponses ; il sera possible de les visionner en différé.
Nous serons par ailleurs présents sur place à la COP30 au Brésil, où nous prendrons une part active, en tant qu’organisateurs ou participants, à différentes rencontres, dont les suivantes :