Voilà près de dix ans, l’objectif mondial en matière d’adaptation (OMA) a été défini lors de l’adoption de l’Accord de Paris, reflétant la détermination de la communauté internationale à renforcer les capacités d’adaptation, à accroître la résilience au changement climatique et à réduire la vulnérabilité à ses effets. En 2023 ont été adoptés 11 cibles thématiques et dimensionnelles destinées à servir de guide en vue de la réalisation de l’objectif, et un processus a été défini pour identifier des indicateurs permettant d’évaluer les progrès accomplis. Un ensemble d’indicateurs proposé par le groupe d’experts techniques chargé d’étayer ce processus servira de base de discussion lors des négociations climatiques de milieu d’année qui débuteront à Bonn le 16 juin, sachant que la version finale de cet ensemble d’indicateurs devrait être approuvée lors de la 30e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30), à Belém.
Tandis que les pays s’emploieront à affiner cet ensemble d’indicateurs au cours des mois à venir, quels enseignements peut-on tirer des cadres internationaux de communication d’informations existants ? Un nouveau document du Groupe d’experts sur le changement climatique (CCXG) met en exergue des éléments essentiels que devraient prendre en compte les négociateurs.
Se mettre à l’ouvrage sans tarder ou apprendre par la pratique
L’élaboration d’un nouvel ensemble d’indicateurs amène inévitablement à se demander ce qu’il faut mesurer et comment. Faut-il accorder la priorité à ce qu’il est possible de mesurer avec les ressources déjà disponibles ? Ou bien faut-il se focaliser sur la mise au point d’indicateurs qui permettraient d’obtenir des informations plus pertinentes, même si les données ou les capacités de les communiquer peuvent initialement faire défaut ?
La réponse se trouve sans doute quelque part entre ces deux options, mais il sera important d’adopter une approche itérative accompagnée d’évaluations périodiques de cette approche permettant de corriger le tir. Ainsi, le cadre relatif aux objectifs de développement durable (ODD) incluait initialement des indicateurs jugés utiles mais pour lesquels n’avaient été établies ni méthodologie ni normes, qualifiés d’« indicateurs de catégorie III ». Par le biais d’ajustements annuels et de deux examens approfondis, ces indicateurs de catégorie III ont mûri d’un point de vue conceptuel, ou bien ils ont été remplacés, affinés ou éliminés. Se focaliser sur de nouveaux indicateurs peut orienter les efforts déployés en matière de collecte de données nouvelles ou de mise en place de nouvelles capacités, mais un temps précieux peut être perdu pour évaluer la faisabilité d’indicateurs qui sont susceptibles de ne jamais parvenir à maturité. À titre de comparaison, le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (CMBKM) a été axé d’emblée sur des indicateurs pouvant immédiatement faire l’objet d’une exploitation concrète.
Assembler les pièces du puzzle
L’évaluation des progrès accomplis vers l’OMA se fondera sur les rapports nationaux communiqués au Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). La transmission au niveau mondial d’informations sur les efforts d’adaptation déployés par les pays aux niveaux local et national exigera : i) l’intégration des cibles liées à l’OMA dans les processus nationaux de planification de l’adaptation au changement climatique (le cas échéant au regard des spécificités nationales), ii) l’inclusion des futurs indicateurs relatifs à l’OMA dans les systèmes nationaux de suivi, d’évaluation et d’apprentissage, et iii) l’établissement périodique de rapports sur les indicateurs suivant les mécanismes de communication d’informations liés à la CCNUCC.
Dans la mesure où l’établissement de rapports sur l’adaptation est facultatif, il est possible que les informations pertinentes sur les efforts d’adaptation des pays ne soient pas toutes communiquées, ou que les informations transmises ne soient pas comparables. L’expérience des examens nationaux volontaires relatifs aux ODD et des rapports concernant les Objectifs d’Aichi relatifs à la diversité biologique a montré que lorsque la communication d’informations était facultative et fondée sur une liste indicative d’indicateurs, elle manquait de cohérence, ce qui limitait sa contribution à l’évaluation des progrès accomplis à l’échelle mondiale. Pour contourner cet écueil, le cadre de suivi du CMBKM recouvre cinq types d’indicateurs, dont deux – les indicateurs phares et les indicateurs binaires – font l’objet d’une obligation de communication d’informations. Afin que la charge déclarative pesant sur les pays reste limitée, ceux-ci peuvent exploiter des données déjà collectées et gérées par des organisations dépositaires ; ils peuvent aussi communiquer leurs propres données. Les pays continueront de transmettre des informations sur leurs efforts d’adaptation par le biais des instruments internationaux de déclaration en place, mais l’utilisation de bases de données mondiales lorsqu’elles existent, sous réserve que les pays souhaitent y recourir, pourrait améliorer l’harmonisation des données communiquées.
Élaborer les outils nécessaires
La mise au point de l’ensemble d’indicateurs relatifs à l’OMA exige en outre de mettre l’accent sur le renforcement des capacités déclaratives des pays en matière de données et de statistiques. L’évaluation des progrès réalisés vers l’OMA doit être étayée par l’établissement de rapports sur les indicateurs relatifs à cet objectif couvrant tous les pays, qui permettent d’appréhender les besoins et les contributions des différents segments de la société, ainsi que l’ensemble des niveaux de gouvernance. Un obstacle essentiel à cette désagrégation des données, illustré par la communication d’informations destinée à d’autres cadres internationaux, réside dans la disponibilité des données et les capacités de notification statistique des pays. Une mobilisation précoce des systèmes statistiques facilitant l’établissement de rapports nationaux sera donc une étape importante. Pour les examens nationaux volontaires relatifs aux ODD, l’élaboration de feuilles de route en matière de données a facilité une implication plus poussée des systèmes statistiques nationaux dans la communication d’informations et favorisé de manière plus générale le développement des systèmes statistiques nationaux.
Et ensuite ?
À Bonn, les négociateurs devraient définir des orientations sur la façon d’affiner l’ensemble proposé d’indicateurs relatifs à l’OMA, avant la décision finale qui devrait être adoptée à Belém. Le CCXG continuera d’aider les pays dans ce processus, sachant que les débats lors du prochain Forum mondial sur l’environnement et le changement climatique du CCXG, qui aura lieu les 16 et 17 septembre 2025, seront axés sur des questions liées aux indicateurs potentiels relatifs à l’OMA portant sur les facteurs propices à la mise en œuvre des mesures d’adaptation, notamment sur les moyens de mise en œuvre.