L’adaptation au cœur de l’action climatique
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la durée de la saison des feux de forêt a augmenté de 27 % par rapport à 1979 et l’exposition à la chaleur extrême (au-dessus de 35 °C) a progressé de 11 % par rapport à la période 1981-2010. Les coûts des phénomènes météorologiques extrêmes se chiffrent déjà en milliards. Aux États-Unis, les dégâts causés par les incendies de forêt chaque année représentent entre 63.5 et 285 milliards USD. En 2022, les vagues de chaleur et les épisodes de sécheresse ont coûté 40 milliards EUR en Europe. La hausse des températures réduit également la productivité du travail. Les villes, où vit aujourd’hui plus de 55 % de la population mondiale, sont particulièrement exposées aux vagues de chaleur : les températures peuvent y être de 5 à 7 °C plus élevées que dans les zones environnantes en raison de l’effet d’îlot de chaleur urbain.
L’adaptation au changement climatique s’impose rapidement dans les priorités des responsables publics à l’échelle nationale comme internationale. Lors de la COP30 à Belém, la présidence brésilienne cherchera à aboutir à une décision concernant l’Objectif mondial en matière d’adaptation après les deux années de négociations entamées lors de la COP28 à Dubaï.
Le projet phare de l’OCDE, « Zéro émission nette+ – Renforcer la résilience climatique et économique », décrit ce à quoi pourrait ressembler une approche réussie de l’adaptation en matière d’élaboration de politiques. Cette initiative met en avant la valeur ajoutée de l’OCDE en proposant une approche systémique de l’élaboration des politiques climatiques qui tire parti de l’expertise de l’ensemble de l’Organisation. L’une des cinq priorités cernées en matière d’action climatique pour les prochaines années est d’intensifier les efforts et les investissements en faveur de l’adaptation au changement climatique (ainsi que maintenir le niveau d’ambition, associer les travailleurs et les citoyens à la transition, mettre à profit les marchés ouverts pour les échanges et l’investissement afin d’accélérer l’action climatique, et combler les lacunes en matière de connaissances en collectant davantage de données et en améliorant leur qualité). Son message est clair : l’adaptation ne peut plus être reléguée au second plan, les mesures d’adaptation et d’atténuation doivent être mises en œuvre simultanément afin de protéger les populations et de garantir la prospérité économique.
Une approche itérative favorise l’efficacité de l’adaptation
Les recherches de l’OCDE montrent que pour que la formulation des politiques visant l’adaptation au changement climatique soit efficace, elle doit être adaptable, c’est-à-dire s’appuyer sur un cycle permanent d’évaluation, de planification, de mise en œuvre et de suivi (graphique 1). En effet, les stratégies et interventions d’adaptation doivent être ajustées en fonction des données sur leurs effets, mais aussi en réponse à l’évolution des conditions climatiques. Ce que l’on considère résilient aujourd’hui pourrait ne plus l’être dans une dizaine d’années avec la transformation des régimes climatiques et météorologiques.
Fait encourageant, une étude récente de l’OCDE révèle qu’un nombre croissant de pays a lancé des plans nationaux d’adaptation. Cependant, leur capacité à mesurer les progrès et l’effet des initiatives d’adaptation reste insuffisante. Pour remédier à cette lacune, certains pays ont commencé à mettre en place des cadres juridiques imposant l’élaboration d’indicateurs de progrès et de résultats, ainsi qu’à formuler des objectifs en matière d’adaptation. Par exemple, en vertu de la Loi sur le changement climatique de 2008, le Royaume-Uni est tenu de réaliser régulièrement des évaluations des risques liés au changement climatique et d’élaborer un programme national d’adaptation.
Graphique 1. Une approche itérative favorise l’efficacité de l’adaptation
Source: (OCDE, 2024).
Transposer les actions locales à plus grande échelle : une priorité pour la résilience climatique et les négociations de la COP
Étant donné que les répercussions du changement climatique varient à l’échelle régionale, il est indispensable d’opter pour des stratégies territorialisées. Les administrations locales devraient orchestrer le processus d’adaptation au changement climatique, mais se heurtent souvent à des contraintes financières et techniques. Ces difficultés sont particulièrement marquées dans les régions déjà en mauvaise posture économique. Par exemple, le récent examen des performances environnementales de l’Allemagne par l’OCDE montre que le manque de ressources pour préparer et mettre en œuvre des stratégies d’adaptation est un obstacle majeur aux investissements dans l’adaptation dans certains Länder.
La mise en place de mécanismes efficaces de coordination des entités nationales et locales, le renforcement des capacités techniques locales et l’élaboration de mécanismes de financement innovants peuvent aider à surmonter ces obstacles. Lorsqu’on leur donne des moyens d’action, les autorités infranationales peuvent jouer un rôle moteur dans le renforcement de la résilience climatique.
Dans cette optique, la COP doit s’assurer que les cadres et les engagements internationaux se traduisent concrètement en ressources et en dispositifs de soutien pour les acteurs infranationaux qui jouent un rôle de premier plan dans le renforcement de la résilience climatique.
Combler le déficit de financement de l’adaptation au changement climatique nécessite de la planification, de la transparence et davantage de fonds
Le déficit de financement est l’un des principaux obstacles à l’adaptation. À eux seuls, les pays en développement auront besoin de 215 à 387 milliards USD par an ces dix prochaines années pour l’adaptation au changement climatique. En 2022, les investissements mondiaux dans l’adaptation n’ont représenté que 76 milliards USD.
Graphique 2. Financements pour l’adaptation fournis et mobilisés en faveur des pays en développement, de 2016 à 2022, par composante
Source: (OCDE, 2024).
Créer un environnement propice aux investissements dans l’adaptation au changement climatique suppose de coordonner l’intervention des pouvoirs publics dans de nombreux domaines d’action afin de garantir que les financements de toutes les sources sont mobilisés : secteurs public et privé, fonds pour le climat et coopération pour le développement.
Pour ce faire, les plans nationaux d’adaptation doivent être complétés par des stratégies de financement qui prévoient des sources de financement correspondant aux besoins. L’actualisation des mécanismes d’évaluation des projets peut faciliter la prise en compte des incertitudes et des avantages non marchands de la résilience climatique. Il est également primordial d’accroître la transparence et la communication des risques climatiques sur les marchés financiers, par exemple en définissant des obligations en matière d’information et en améliorant les données sur les effets du changement climatique. Certains assureurs mettant fin aux assurances habitation couvrant les risques climatiques dans certaines régions, les politiques régissant les marchés des assurances et les dispositifs de transfert des risques devraient encourager l’investissement dans la réduction des risques.
Perspectives d’avenir : l’adaptation au cœur des travaux de l’OCDE sur l’action climatique
Durant les prochains mois, l’OCDE continuera à examiner les implications du changement climatique et des mesures d’adaptation, alors que le projet « Renforcer la résilience climatique et économique » analyse plus en détail les conséquences budgétaires et macroéconomiques du changement climatique et le rôle des interventions axées sur la demande dans le renforcement de la résilience climatique.
Ces thèmes seront également au cœur des débats lors du prochain Forum de l’OCDE sur la croissance verte et le développement durable qui se tiendra au siège de l’OCDE à Paris en juillet 2026. Sous le thème « Bâtir un avenir résilient grâce à l’adaptation au changement climatique », le Forum rassemblera des décideurs, des chercheurs et des parties prenantes de nombreux secteurs afin de réfléchir à la manière dont les pouvoirs publics peuvent accroître la résilience climatique des sociétés, des écosystèmes et des économies.