Les marchés de capitaux en Asie jouent un rôle de plus en plus important dans le financement de la croissance des entreprises, de l’investissement et de l’innovation dans la région. Au cours des dernières décennies, le développement des marchés de capitaux publics et privés a élargi l’accès des entreprises et des États aux financements à long terme, soutenu l’entrepreneuriat et facilité la croissance d’entreprises compétitives à l’échelle mondiale dans un large éventail de secteurs. À mesure que ces marchés s’approfondissent et s’intègrent dans l’économie mondiale, l’évolution des échanges internationaux, des conditions financières et des relations géopolitiques influe de plus en plus sur la situation des marchés dans la région. Aujourd’hui, l’Asie est à l’origine de 36 % des importations des États-Unis, dépend du pétrole en provenance du Moyen-Orient et est la destination d’environ 80 % des livraisons de GNL qui passent par le détroit d’Ormuz.
En 2025 et au premier semestre de 2026, le regain de tensions commerciales, le durcissement des conditions financières au niveau mondial et l’accentuation des risques géopolitiques ont créé une situation plus difficile pour les marchés de capitaux asiatiques, l’incertitude pesant sur les conditions de financement, les flux de capitaux et la volatilité des marchés dans la région. Les droits de douane effectifs n’ont pas provoqué de contraction significative des exportations provenant de la région. En 2025, les exportations vers les États-Unis ont affiché un recul équivalent à 0.4 % du PIB de l’Asie. En revanche, les droits de douane ont entraîné une réorientation de la production et des échanges dans la région, mais celle-ci ne s’est pas soldée par une augmentation de l’activité sur les marchés de capitaux bénéficiaires de ces flux. Bien que l’investissement des entreprises soit resté inchangé en 2025 par rapport à 2024, 44 % des sociétés cotées en Asie ont réduit leurs investissements de plus de 10 %. L’incertitude a pesé sur les décisions d’investissement d’un large éventail d’entreprises, les effets les plus marqués se concentrant dans les petites entreprises cotées déjà touchées par un affaiblissement de la dynamique d’investissement.
Les annonces de droits de douane en 2025 et le conflit au Moyen-Orient début 2026 ont accru la volatilité des marchés d’actions et d’obligations
Les marchés d’actions ont connu une volatilité accrue et une forte hausse de la covariance des rendements. La volatilité des rendements des obligations souveraines s’est également accrue, car les primes de risque sur la dette d’entreprise et les primes de risque souverain ont toutes deux augmenté à la suite des annonces de droits de douane. Les flux nets d’investissement sur les marchés d’actions asiatiques ont baissé en 2025, tandis que les marchés obligataires ont enregistré des entrées nettes. En 2025, les entrées de capitaux se sont accrues au Japon, en République populaire de Chine (ci-après « Chine ») et aux Philippines, la Chine étant le seul pays à enregistrer des sorties nettes vers les marchés de la dette. La hausse des rendements des bons du Trésor américain a réduit l’attractivité des actions sur les marchés émergents, incitant les investisseurs à réorienter leurs capitaux vers les marchés obligataires asiatiques, qui offraient des rendements corrigés des risques plus attractifs dans un contexte de montée des incertitudes. Ces tendances ont été amplifiées par la solidité des bases d’investisseurs nationaux sur plusieurs marchés de la dette asiatiques.
En Asie, les marchés de capitaux sont restés résilients en 2025 et ont continué de drainer des financements vers les entreprises, mais ils ont été moins actifs que dans d’autres régions
En 2025, 3 300 milliards USD ont été levés sur les marchés de capitaux asiatiques, soit 39 % du montant total des fonds levés dans le monde. L’augmentation, par rapport à la moyenne sur la période 2022-2024, a toutefois été plus modeste que dans le reste du monde. L’activité d’introduction en bourse s’est contractée de 11 % comparativement à la moyenne de 2022-2024 alors qu’elle a progressé de 37 % dans le reste du monde. En 2025, les entreprises des pays d’Asie ont davantage eu recours à des émissions complémentaires d’actions et à des émissions d’obligations d’entreprise. Les émissions complémentaires d’actions ont été en hausse de 55 %, contre 39 % dans le reste du monde, tandis que les émissions d’obligations d’entreprise ont suivi une pente ascendante globalement conforme à celle observée à l’échelle mondiale.
Les coûts d’emprunt pour les émetteurs de catégorie investissement ont baissé alors qu’ils ont augmenté pour les émetteurs moins bien notés. Le taux d’intérêt à l’émission pour les émetteurs de catégorie investissement est tombé à 2.7 %, pour une médiane mondiale s’établissant à 4.4 %. Bien qu’elles aient augmenté au moment des annonces concernant les droits de douane en avril 2025, puis à nouveau au début de 2026, les primes de risque sur la dette d’entreprise sont restées en deçà de leur niveau du début de 2025. Les entreprises émettrices ont opté pour des échéances plus courtes en 2025, et pour les entreprises des secteurs exportateurs, la dispersion des coûts d’emprunt a été plus grande. Plus de 40 % de l’encours de la dette des entreprises devront être refinancés au cours des trois prochaines années de sorte que certains segments du secteur des entreprises se retrouveront plus exposés si les conditions de financement se resserrent encore ou si l’incertitude demeure élevée.
La diversification et la profondeur des marchés de capitaux est importante pour aider les économies à absorber les chocs externes et pour maintenir l’accès au financement en période d’incertitude. Les pouvoirs publics, en particulier sur les marchés moins développés, devraient poursuivre sur la voie de l’expansion et du renforcement des marchés d’actions cotées et des marchés de la dette d’entreprise, de l’élargissement de l’accès au financement et de l’accompagnement du développement des écosystèmes du capital-investissement et du capital-risque. L’amélioration de l’infrastructure des marchés et le soutien à l’investissement transnational peuvent permettre d’accroître encore la résilience et de réduire les vulnérabilités face à l’évolution des conditions de financement au niveau mondial et aux risques géopolitiques.
Si les émissions d’obligations souveraines ont atteint des niveaux sans précédent en Asie en 2025, elles ont progressé à un rythme encore plus rapide dans le reste du monde
Les émissions d’obligations souveraines ont atteint un montant record d’environ 4 100 milliards USD en 2025, soit 20 % des émissions mondiales, ce qui porte l’encours total de la dette souveraine négociable à quelque 18 300 milliards USD. La forte dépendance à l’égard des financements en monnaie locale et à taux fixe, conjuguée au fait que la durée moyenne jusqu’à l’échéance est supérieure à la moyenne mondiale et qu’il existe une solide base d’investisseurs nationaux sur les plus grands marchés, a contribué à amortir l’impact de la montée des incertitudes entourant la politique commerciale en 2025.
Cette incertitude a généralement conduit à une diminution des rendements sur les marchés à faible risque en raison d’un effet de fuite vers des valeurs refuges alors que dans les économies à haut risque, les rendements souverains ont grimpé et les conditions de financement se sont durcies. En revanche, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont favorisé une augmentation à plus grande échelle des rendements souverains dans la région, trahissant les inquiétudes relatives aux tensions inflationnistes qui pourraient résulter de l’essor des prix de l’énergie et du durcissement à venir des conditions monétaires.
Les perturbations récentes sur les marchés ont mis en évidence l’importance de la structure de la dette, du fonctionnement des marchés et de la composition de la base d’investisseurs pour la construction de la résilience face à des chocs extérieurs. La poursuite des efforts déployés par les pouvoirs publics pour approfondir les marchés monétaires, renforcer les marchés obligataires en monnaie locale et élargir la base d’investisseurs demeure importante pour étoffer les capacités de financement en période de tensions.
Malgré la vigueur de la croissance économique et l’émergence d’entreprises compétitives à l’échelle mondiale, la persistance de décotes de valorisation et la modération des rendements pour les actionnaires restent des caractéristiques communes à de nombreux marchés d’actions asiatiques
Près de 40 % des sociétés cotées asiatiques se négocient en deçà de leur valeur comptable, et les taux de versement de dividendes restent modestes par rapport aux normes mondiales, ce qui réduit l’attractivité pour les grands investisseurs internationaux. Face à cette situation, plusieurs pays d’Asie ont mis en place des initiatives de valorisation des entreprises (« value-up ») visant à améliorer l’efficience des capitaux engagés, les rendements pour les actionnaires, la gouvernance d’entreprise et la compétitivité sur le marché. Les premiers résultats ont été mitigés, l’amélioration des performances des marchés d’actions ne se traduisant pas nécessairement par des revalorisations généralisées des entreprises.
Tant au stade de la conception que de la mise en œuvre des initiatives de revalorisation, l’éventail des approches suivies s’étend de l’adoption de mesures obligatoires à l’établissement de cadres d’application volontaire reposant sur le principe « se conformer ou s’expliquer ». Il est de ce fait d’autant plus important d’ancrer les mesures destinées à relever la valorisation des entreprises dans des réformes de portée plus vaste ayant pour but de renforcer la gouvernance d’entreprise, d’améliorer la répartition du capital, d’accroître la participation des investisseurs, d’assurer un meilleur fonctionnement du marché, de garantir la transparence et de consolider la confiance des investisseurs.
Le rôle des investisseurs institutionnels est limité et un renforcement de leur participation faciliterait l’approfondissement des marchés financiers asiatiques
Le rôle joué par les investisseurs institutionnels sur les marchés d’actions est plus limité en Asie que dans d’autres régions puisqu’ils n’y représentent que 21 % de la capitalisation boursière, contre 47 % à l’échelle mondiale. L’actionnariat institutionnel est fortement dominé par des investisseurs étrangers et la base nationale d’investisseurs institutionnels reste relativement peu développée sur plusieurs marchés. Dans le même temps, les indices de référence et l’investissement passif jouent un rôle de plus en plus déterminant dans la région, la part des fonds passifs dans les fonds de capital-investissement asiatiques étant passée de 28 % en 2008 à 70 % en 2025.
Des pratiques de bonne gestion et des cadres fiduciaires ont rapidement été élaborés même si les approches suivies restent hétérogènes, et si la participation des actionnaires continue d’obéir à des pratiques établies pour des structures d’actionnariat concentré et en fonction du caractère limité des ressources des investisseurs et des difficultés pratiques faisant obstacle à leur engagement. L’élargissement des bases nationales d’investisseurs institutionnels et le renforcement des cadres de bonne gestion, des voies de dialogue ainsi que des infrastructures de vote et de diffusion d’informations peuvent favoriser une participation plus efficace des investisseurs, un meilleur fonctionnement du marché et la création de valeur à long terme.
Le capital humain occupe une place de plus en plus importante dans l’évaluation des risques et des performances à long terme des entreprises, mais la mise à disposition d’informations plus comparables est nécessaire pour favoriser la prise de décisions éclairées en matière d’investissement
Les informations sur le capital humain entrent de plus en plus en ligne de compte dans la manière dont les investisseurs évaluent les risques et les perspectives à long terme des entreprises. En Asie, des informations sur le capital humain ont été communiquées par des entreprises représentant au total 80 % de la capitalisation boursière au niveau régional en 2024, même si des différences importantes au niveau des cadres et des indicateurs limitent encore la comparabilité et la cohérence des informations publiées.
À l’heure actuelle, il n’existe pas de norme internationalement reconnue concernant la communication d’informations spécifiquement axées sur le capital humain. Encourager une diffusion plus large d’indicateurs significatifs et une présentation des informations permettant de les replacer dans leur contexte peut faciliter la prise de décisions éclairées en matière d’investissement et la réalisation d’objectifs stratégiques plus généraux relatifs à la productivité, à la résilience et à l’inclusion de la main-d’œuvre, en particulier à l’heure où l’IA redessine les marchés du travail.
Les marchés des cryptoactifs se développent rapidement dans toute l’Asie, mais un renforcement de la gouvernance, de la protection des consommateurs et de la coopération internationale s’impose pour pouvoir faire face aux risques émergents
L’Asie s’est imposée comme un pôle d’activité majeur sur le marché des cryptoactifs, et la région a enregistré en 2025 la plus forte croissance des transactions fondées sur la technologie des chaînes de blocs portant sur des cryptoactifs, en hausse de 69 % en glissement annuel. Au fur et à mesure de l’essor de l’activité sur le marché des cryptoactifs, les inquiétudes à propos de la protection des consommateurs, des escroqueries, des financements illicites et des risques relevant de la cybersécurité grandissent elles aussi.
Les approches réglementaires suivies en Asie ne cessent d’évoluer. Si certaines juridictions s’en tiennent à une ligne restrictive en ce qui concerne les cryptoactifs, d’autres ont mis en place des cadres réglementaires, ou révisé les cadres existants, en vue de favoriser un développement plus ordonné du marché. Faute d’une gouvernance et d’une coordination internationale solides en la matière, la fragmentation des approches risque d’accroître les vulnérabilités et les risques pesant sur l’intégrité des marchés. Le renforcement des cadres de surveillance, de la supervision des activités liées aux cryptoactifs et de la coopération internationale restera donc un élément important à l’appui de la résilience et du bon fonctionnement des marchés.