Le financement de la vie politique est un facteur essentiel à la bonne santé des démocraties. L’absence de garde-fous efficaces en matière de financement de la vie peut toutefois se traduire par des retombées préjudiciables pour l’action publique, par des réglementations biaisées ou trop contraignantes, et par une surreprésentation de certains intérêts dans la société et sur les marchés. Si dans ce domaine les réglementations des pays sont généralement rigoureuses, on constate néanmoins un écart important et persistant entre les principes et les pratiques pour un grand nombre de systèmes de financement de la vie politique. En outre, dans de nombreux pays, les partis politiques ne respectent pas les règles en matière de déclaration et de transparence, au point que les financements illégaux et les influences malveillantes sur l’élaboration des politiques publiques peuvent passer inaperçus. Les autorités de contrôle pourraient davantage s’appuyer sur des vérificateurs agréés pour améliorer la surveillance des comptes financiers des partis politiques. Si la transformation numérique et la mondialisation font évoluer la nature des risques liés au financement de la vie politique, de nombreux pays n’adaptent pas leur législation à ces nouveaux risques et n’ont toujours pas mis en place des garde-fous indispensables.
Perspectives de l’OCDE sur l’intégrité et la lutte contre la corruption 2026
5. Financement de la vie politique
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Introduction
Copier le lien de IntroductionUn grand nombre de pays ont organisé des élections nationales depuis la publication de l’édition 2024 des Perspectives de l’OCDE sur l’intégrité et la lutte contre la corruption. En 2024, une année considérée comme exceptionnelle en nombre d’élections, les électeurs se sont rendus aux urnes dans près de 70 pays, représentant environ la moitié de la population mondiale (OCDE, 2024[20] ; IDEA, s.d.[23] ; Politics UK, 2025[24]). La plupart des pays Membres de l’OCDE ont ainsi tenu leurs élections nationales cette année-là et plusieurs autres en 2025. Alors que d’autres pays devraient organiser des élections nationales en 2026, il restera indispensable de garantir la transparence et l’intégrité du financement des partis politiques et des campagnes électorales pour créer des sociétés vertueuses dans lesquelles les citoyens se sentent justement représentés par leurs élus et protéger la concurrence sur les marchés (OCDE, 2017[11]).
Le financement de la vie politique permet aux personnes physiques et morales de défendre leurs intérêts en apportant leur soutien aux candidats et partis qui les représentent le mieux. Ce financement constitue en outre une ressource essentielle pour les candidats et les partis, à la fois pour se présenter aux élections mais aussi pour défendre leurs idées et leurs programmes. Il permet par ailleurs de faciliter la concurrence dans le cadre des élections et d’offrir un choix plus large pour les citoyens et les personnes morales (OCDE, 2016[25]).
Si le financement de la vie politique et des campagnes électorales n’est pas encadré de manière adéquate, l’argent peut devenir un instrument d’influence injustifiée et de captation des politiques publiques. En pareil cas, le financement de la vie politique peut entraîner une surreprésentation des intérêts particuliers par rapport aux intérêts des marchés ou de la société dans son ensemble, réduire la qualité et l’efficacité de la prise de décision des organes exécutifs et législatifs, et conduire à l’adoption de réglementations biaisées, peu efficaces ou trop contraignantes au point d’augmenter les obstacles à l’entrée et d’amoindrir la concurrence (OCDE, 2016[25] ; OCDE, 2024[26] ; Business at OECD, 2024[27]). En somme, une mauvaise gestion du financement de la vie politique peut entraîner des résultats économiques et démocratiques préjudiciables pour les citoyens et les entreprises.
Ce chapitre examine les systèmes mis en place par les pays pour assurer le respect des règles en matière de financement de la vie politique, et aboutit aux conclusions suivantes :
Si de nombreux pays ont adopté des règlementations rigoureuses dans ce domaine, nombreux sont également ceux dont le système de financement de la vie politique souffre d’un déficit important et persistant de mise en œuvre des règles.
La plupart imposent des obligations strictes en matière de transparence et de déclaration des financements, mais les partis politiques pourraient mieux s’y conformer.
Les autorités de contrôle du financement de la vie politique pourraient davantage s’appuyer sur des vérificateurs agréés pour améliorer la surveillance des comptes des partis.
La transformation numérique et la mondialisation font évoluer le financement de la vie politique et en augmentent la complexité plus rapidement que les réglementations ne s’adaptent à ces évolutions.
Si de nombreux pays ont adopté des règlementations rigoureuses dans ce domaine, nombreux sont également ceux dont le système de financement de la vie politique souffre d’un déficit important et persistant de mise en œuvre des règles
Copier le lien de Si de nombreux pays ont adopté des règlementations rigoureuses dans ce domaine, nombreux sont également ceux dont le système de financement de la vie politique souffre d’un déficit important et persistant de mise en œuvre des règlesUn cadre réglementaire rigoureux est indispensable pour garantir le respect des règles en matière de financement des partis politiques. Des règles claires définissant les dons interdits et autorisés peuvent contribuer à garantir la diversité des sources de financement, tout en limitant le risque que des intérêts individuels ou indésirables n’aient une influence injustifiée sur les partis politiques et les candidats. Les réglementations en matière de déclaration, de transparence et de responsabilité permettent d’assurer une surveillance efficace du financement de la vie politique et de rassurer les citoyens et les marchés en leur garantissant que les donneurs et les bénéficiaires agissent conformément aux règles établies. Lorsque les mécanismes comptables, le contrôle des dépenses et les comportements attendus sont régis par un cadre clair, les donneurs, partis et candidats bénéficient d’un éclairage précis sur les pratiques appropriées. Un tel cadre permet également de poser les bases d’une culture favorisant l’intégrité en matière de financement de la vie politique (OCDE, 2016[25] ; OCDE, 2020[14]).
Or, même les cadres réglementaires les plus robustes doivent être soutenus par des mesures de mise en œuvre efficaces, comme le développement de processus accessibles et performants de déclaration ou l’établissement d’organes de contrôle solides et indépendants, dotés de pouvoirs répressifs et d’enquête appropriés. Sans ces mécanismes de mise en œuvre, les règles sur le financement de la vie politique peuvent demeurer purement théoriques, et laisser subsister des risques de corruption, de biais et d’influence injustifiée.
Le déficit persistant de mise en œuvre continue de fragiliser l’intégrité des systèmes de financement de la vie politique dans les pays Membres et partenaires de l’OCDE. Depuis 2022, la qualité des réglementations sur le financement de la vie politique dans les pays Membres est restée globalement stable, dans la mesure où ces pays respectaient en moyenne 76 % des critères définis par l’OCDE en matière de réglementation du financement de la vie politique en 2025, contre 73 % en 2022 (OCDE, 2024[20]). On constatait toutefois en 2022 un certain écart entre la qualité générale des réglementations de ces pays et leur mise en œuvre effective. Les pays Membres de l’OCDE respectaient en moyenne 58 % des critères relatifs à la mise en œuvre des réglementations sur le financement de la vie politique en 2025, soit le même taux qu’en 2022 (Graphique 5.1). Ce déficit de mise en œuvre de 18 points dans les pays Membres met en évidence que les protections prévues dans ces pays contre les influences injustifiées sur les partis politiques et les candidats ne sont pas pleinement soutenues par des mesures de mise en œuvre adaptées. Tel qu’abordé dans les sections suivantes, ce déficit de mise en œuvre est en grande partie dû au fait que, dans plusieurs pays, les partis politiques ne respectent pas toujours les règles établies en matière de déclaration et de transparence, et qu’ils transmettent leurs rapports financiers aux autorités de contrôle de manière tardive, voire omettent de leur transmettre. Les autorités de contrôle adoptent par ailleurs des approches différentes pour évaluer les comptes financiers des partis politiques, même si elles pourraient s’appuyer plus efficacement sur des vérificateurs agréés.
Ce déficit de mise en œuvre et les risques qu’il fait peser sur la concurrence et la prise de décision est encore plus marqué dans les pays partenaires de l’OCDE. Un grand nombre d’entre eux ont adopté des réglementations rigoureuses sur le financement de la vie politique qui, plus souvent que dans les pays Membres, interdisent les dons de sources à haut risque, comme les donneurs anonymes, les entreprises ou États étrangers, ou les entreprises publiques. Les pays partenaires rencontrent toutefois davantage de difficultés que les pays Membres à soutenir leurs réglementations par des mesures de mise en œuvre efficaces, notamment en matière de déclaration ou de transparence du financement de la vie politique. Les pays partenaires affichent par conséquent un déficit de mise en œuvre de 35 points, respectent en moyenne 82 % des critères définis par l’OCDE relatifs à la réglementation et 47 % de ceux relatifs à la mise en œuvre (Graphique 5.1).
Graphique 5.1. S’il existe un déficit persistant de mise en œuvre des règles sur le financement de la vie politique dans les pays Membres de l’OCDE, celui-ci est encore plus prononcé dans les pays partenaires
Copier le lien de Graphique 5.1. S’il existe un déficit persistant de mise en œuvre des règles sur le financement de la vie politique dans les pays Membres de l’OCDE, celui-ci est encore plus prononcé dans les pays partenaires
Note : Les données se rapportent à l’année 2025 ou à la dernière année pour laquelle des données sont disponibles. Aucune donnée n’a été fournie par le Japon et la Suisse.
Guide de lecture : En 2025, l’Argentine respectait en moyenne 90 % des critères relatifs à la réglementation et 71 % de ceux relatifs à la mise en œuvre. Les pays Membres de l’OCDE sont représentés par des barres bleu foncé. Les pays partenaires de l’OCDE sont représentés par des barres bleu clair. La moyenne globale et les moyennes des pays Membres de l’OCDE et des pays partenaires sont représentées par des barres rouges.
Source : Base de données sur les indicateurs de l’OCDE relatifs à l’intégrité publique (consultée le 10 mars 2026).
La plupart imposent des obligations strictes en matière de transparence et de déclaration des financements, mais les partis politiques pourraient mieux s’y conformer
Copier le lien de La plupart imposent des obligations strictes en matière de transparence et de déclaration des financements, mais les partis politiques pourraient mieux s’y conformerL’un des principaux facteurs du déficit de mise en œuvre dont souffrent les systèmes de financement de la vie politique est le niveau insuffisant de communication d’informations et de transparence. Ces mécanismes sont pourtant essentiels, car ils permettent de rassurer les citoyens et les marchés en leur démontrant que les mesures de protection sont efficaces, que les partis et les candidats agissent conformément aux règles établies et que les risques d’influence injustifiée sont bien pris en compte (OCDE, 2016[25]). Un système efficace de déclaration est également essentiel pour assurer un contrôle adéquat, dans la mesure où il permet aux autorités compétentes de veiller au respect des règles en matière de financement de la vie politique et de prendre les mesures appropriées en cas de comportement répréhensible. Un financement transparent de la vie politique renforce la confiance à l’égard des processus démocratiques en permettant une surveillance des dons et des relations politiques, et permet aux autorités et aux observateurs publics d’avoir une vue d’ensemble des sources d’influence potentielles sur les partis et les candidats. Ce niveau de surveillance est particulièrement important s’agissant des dons provenant d’organisations criminelles cherchant à exercer une influence injustifiée ou bien d’agents ou d’États étrangers souhaitant dissimuler ou masquer des dons visant à porter atteinte à la souveraineté d’un pays ou à la stabilité de ses marchés (IDEA, 2025[28]).
Cependant, moins des deux tiers (58 %) des critères liés à la mise en œuvre sont respectés en moyenne par les pays Membres de l’OCDE et moins de la moitié (47 %) par les pays partenaires. Les cadres d’intégrité à l’appui de la transparence des rapports financiers annuels publiés par les partis politiques sont bien établis et fonctionnent de façon relativement efficace dans l’ensemble des pays Membres de l’OCDE. Dans quasiment tous les pays (94 %), les partis politiques sont légalement tenus de publier chaque année leurs rapports financiers, ce qui inclut toutes les contributions supérieures à un seuil défini. Les partis politiques font preuve d’un respect rigoureux des règles dans la pratique et publient ainsi leurs rapports financiers dans la grande majorité pays Membres de l’OCDE (81 %). Le respect des cadres d’intégrité à l’appui de la transparence des campagnes électorales pourrait néanmoins être amélioré dans la pratique. Ainsi, bien que 94 % des pays Membres exigent des candidats ou des partis politiques qu’ils déclarent leurs financements et leurs dépenses dans le cadre de campagnes électorales, leurs rapports financiers n’ont été déposés dans les délais légaux au cours des deux derniers cycles électoraux que dans seulement 39 % des pays Membres (Tableau 5.1).
Ce déficit de mise en œuvre est plus prononcé dans les pays partenaires de l’OCDE, où la transparence et la déclaration d’informations restent limitées dans la pratique. Bien que 79 % des pays partenaires imposent aux partis politiques la publication de leurs rapports financiers annuels, ces rapports ne sont librement accessibles que dans 58 % des pays partenaires de l’OCDE. Enfin, si 92 % des pays partenaires exigent des partis ou des candidats qu’ils déclarent leurs financements dans le cadre de campagnes électorales, seuls 33 % d’entre eux ont vu l’ensemble des partis politiques déposer leurs comptes en lien avec les élections dans les délais définis au cours des deux derniers cycles électoraux (Tableau 5.1).
Tableau 5.1. Les partis politiques des pays Membres et partenaires de l’OCDE ne respectent pas tous leurs obligations déclaratives et de transparence
Copier le lien de Tableau 5.1. Les partis politiques des pays Membres et partenaires de l’OCDE ne respectent pas tous leurs obligations déclaratives et de transparence|
|
Les partis politiques doivent publier leurs rapports financiers, y compris l’ensemble des contributions dépassant un seuil défini |
Tous les partis politiques ont déposé leurs comptes annuels dans les délais légaux au cours de ces cinq dernières années |
Les partis ou les candidats doivent déclarer leurs financements et leurs dépenses dans le cadre des campagnes électorales |
Tous les partis politiques ont déposé leurs comptes en lien avec les élections dans les délais légaux au cours des deux derniers cycles électoraux |
|---|---|---|---|---|
|
Allemagne |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Australie |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Autriche |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Belgique |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Canada |
✔ |
✔ |
✔ |
Donnée non disponible |
|
Chili |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Colombie |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Corée |
✖ |
✖ |
✔ |
✔ |
|
Costa Rica |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Danemark |
✔ |
✔ |
✖ |
✖ |
|
Espagne |
✔ |
✖ |
✔ |
✖ |
|
Estonie |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
États-Unis |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Finlande |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
France |
✔ |
✔ |
✔ |
Donnée non disponible |
|
Grèce |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Hongrie |
✔ |
✖ |
✔ |
Donnée non fournie |
|
Irlande |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Islande |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Israël |
✔ |
✖ |
✔ |
✖ |
|
Italie |
✔ |
✖ |
✔ |
✖ |
|
Lettonie |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Lituanie |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Luxembourg |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Mexique |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Norvège |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Nouvelle-Zélande |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Pays-Bas |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Pologne |
✔ |
✔ |
✔ |
Donnée non disponible |
|
Portugal |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
République slovaque |
✔ |
✖ |
✔ |
Donnée non fournie |
|
Royaume-Uni |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Slovénie |
✔ |
✔ |
✔ |
Donnée non fournie |
|
Suède |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Tchéquie |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Türkiye |
✖ |
✖ |
✖ |
✖ |
|
Membres de l'OCDE |
94% |
81% |
94% |
39% |
|
Argentine |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Arménie |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Bolivie |
✔ |
✖ |
✔ |
✔ |
|
Bosnie-Herzégovine |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Brésil |
✔ |
✖ |
✔ |
✖ |
|
Bulgarie |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Croatie |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Équateur |
✔ |
✖ |
✔ |
✖ |
|
Guatemala |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Honduras |
✔ |
✖ |
✔ |
✖ |
|
Indonésie |
✖ |
✖ |
✔ |
✖ |
|
Jordanie |
✖ |
✖ |
✔ |
Donnée non disponible |
|
Kazakhstan |
✖ |
✖ |
✖ |
✖ |
|
Kosovo* |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Maroc |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Moldavie |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Paraguay |
✔ |
✖ |
✔ |
✖ |
|
Pérou |
✖ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
République dominicaine |
✔ |
✖ |
✔ |
✖ |
|
Roumanie |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Serbie |
✔ |
✔ |
✔ |
✖ |
|
Seychelles |
✖ |
✖ |
✔ |
Donnée non fournie |
|
Thaïlande |
✔ |
✔ |
✖ |
✔ |
|
Ukraine |
✔ |
✔ |
✔ |
✔ |
|
Partenaires de l'OCDE |
79% |
58% |
92% |
33% |
|
Total Global |
87% |
70% |
93% |
36% |
Note : Les données se rapportent à l’année 2025 ou à la dernière année pour laquelle des données sont disponibles.
Guide de lecture : La France remplit la condition « Political parties must make financial reports public, including all contributions exceeding a fixed ceiling » (Les partis politiques doivent publier leurs rapports financiers, y compris l’ensemble des contributions dépassant un seuil défini), mais pas la condition « All political parties have submitted annual accounts within the timelines defined by national legislation for the past five years » (Tous les partis politiques ont déposé leurs comptes annuels dans les délais légaux au cours de ces cinq dernières années). La France remplit également la condition « Parties and/or candidates must report their finances (funding and expenses) during electoral campaigns » (Les partis ou les candidats doivent déclarer leurs financements et leurs dépenses dans le cadre des campagnes électorales), mais pas la condition « All political parties have submitted accounts related to elections within the timelines defined by national legislation for the past two election cycles » (Tous les partis politiques ont déposé leurs comptes en lien avec les élections dans les délais légaux au cours des deux derniers cycles électoraux).
Source : Base de données sur les indicateurs de l’OCDE relatifs à l’intégrité publique (consultée le 10 mars 2026).
S’il est difficile de déterminer, à partir des rapports annuels des autorités de contrôle, les raisons pour lesquelles les partis ne respectent pas leurs obligations déclaratives, plusieurs possibilités peuvent néanmoins être avancées. Dans les pays Membres de l’OCDE comme dans les pays partenaires, il semble que dans de nombreux cas les partis politiques ont déposé leurs déclarations en dehors des délais en raison d’une erreur administrative ou d’organisation, plutôt que dans le but de se soustraire aux règles. Dans d’autres cas, il est possible que le système de déclaration soit trop contraignant ou que les délais imposés soient trop courts, au point que les partis n’ont pas été en mesure de les respecter. Cette éventualité est confirmée par les efforts déployés par plusieurs pays pour alléger la charge qui pèse sur les partis politiques et améliorer l’efficacité du processus de publication de rapports financiers par la mise en place de systèmes électroniques de déclaration. La plateforme POLITDATA adoptée en Ukraine en est un exemple. Celle-ci facilite l’enregistrement et le dépôt de rapports pour les partis politiques et améliore l’efficacité du contrôle des autorités compétentes en permettant une comparaison plus efficace à la fois entre les données des déclarations antérieures des partis et entre différentes bases de données. Une autre raison, qui n’est toutefois pas mise en évidence dans les rapports annuels, pourrait être que certains partis politiques s’estiment moins contraints à une obligation de déclaration en raison du manque perçu d’autorité ou de capacité des autorités de surveillance à contrôler les déclarations. Dans tous les cas, le dépôt tardif ou l’absence de dépôt de déclarations limite la capacité des autorités de surveillance à vérifier si les partis politiques agissent conformément aux règles établies et si les risques d’influence injustifiée sur le financement de la vie politique sont bien atténués.
Les faibles niveaux de transparence et de communication d’informations en matière de financement de la vie politique observés dans les pays Membres et partenaires de l’OCDE sont accentués par la disponibilité de données accessibles sur les comptes financiers des partis. Ainsi, dans 67 % des pays Membres, l’ensemble des rapports financiers sont disponibles sur une même plateforme en ligne, dans un format facile à consulter. Les pays partenaires de l’OCDE ne sont que 42 % à proposer de type de dispositif. Lorsque les données ne sont pas publiées dans un format accessible qui peut être analysé aussi bien par les autorités compétentes que par les citoyens, les incohérences et les manquements aux règles sont plus difficiles à déceler et à corriger (Transparency International, 2025[29]).
Ces carences de transparence et de communication d’informations sur le financement de la vie politique exposent non seulement les pays à des risques d’influence injustifiée et de captation des politiques publiques, mais aussi aux effets que ces risques peuvent avoir sur les marchés et la prise de décision. Il convient par conséquent d’intensifier les efforts pour améliorer la transparence et la communication d’informations, notamment en améliorant les capacités des organes de contrôle en matière de vérification des déclarations et de la comptabilité, en imposant des sanctions en cas de manquement aux obligations déclaratives et aux exigences de transparence, et en utilisant de manière plus efficace les outils numériques pour faciliter une communication d’informations à la fois transparente et accessible. Cela permettrait, d’une part, de garantir que les décisions prises par les pouvoirs législatif et exécutif contribuent de manière pérenne à soutenir la confiance des citoyens et leur participation aux processus démocratiques, et, d’autre part, de bâtir des économies plus fortes et plus stables.
Les autorités de contrôle du financement de la vie politique pourraient davantage s’appuyer sur des vérificateurs agréés pour améliorer la surveillance des comptes des partis
Copier le lien de Les autorités de contrôle du financement de la vie politique pourraient davantage s’appuyer sur des vérificateurs agréés pour améliorer la surveillance des comptes des partisDes organes de contrôle efficaces sont indispensables pour garantir la mise en application des garde-fous nécessaires dans le financement de la vie politique, dans la mesure où ces organes jouent un rôle essentiel pour vérifier et contrôler les comptes des partis et des candidats, et ainsi faire en sorte que ceux-ci agissent conformément aux règles établies. Cela consiste généralement à s’assurer que les partis et les candidats tiennent correctement leurs comptes, à évaluer la légalité des dons politiques, à contrôler la pertinence des dépenses et à prendre des mesures correctrices (y compris sous forme de sanctions) en cas de manquement aux règles (OCDE, 2020[14] ; OCDE, 2016[25]). Pour mener à bien cette mission, les organes de contrôle doivent veiller à disposer de l’expertise et des compétences nécessaires pour analyser et vérifier les comptes, souvent complexes, des partis et des candidats.
Ainsi, 75 % des pays Membres de l’OCDE disposent d’une instance indépendante chargée de contrôler le financement de la vie politique. Les approches adoptées pour la vérification des comptes des partis politiques peuvent toutefois varier considérablement. Certains pays (comme le Mexique) s’appuient sur des administrateurs qualifiés pour vérifier les comptes des partis. Avant de pouvoir exercer une telle fonction, ces administrateurs doivent satisfaire à une série d’exigences administratives, professionnelles et de formation. D’autres pays (comme la Tchéquie) font appel à des experts en comptabilité chargés de vérifier les états financiers déposés par les partis et les candidats, lesquels états financiers doivent avoir été contrôlés par un auditeur avant d’être transmis à l’organe de contrôle. D’autres pays encore (comme l’Estonie) ont recours à des auditeurs externes dans le cadre d’audits spéciaux ordonnés par l’instance décisionnelle de l’organe de surveillance. L’approche la plus courante en matière de vérification des comptes des partis politiques, adoptée par la moitié des pays Membres de l’OCDE (50 %), consiste néanmoins à ce que les autorités de surveillance disposent dans leurs effectifs de vérificateurs agréés (Graphique 5.2).
Si les pratiques des pays ont montré que différentes solutions existent en matière de contrôle des comptes des partis politiques, l’approche la plus répandue consistant à ce que les autorités de surveillance emploient directement des vérificateurs agréés présente plusieurs avantages. Par exemple, pour obtenir leur agrément, ces vérificateurs doivent disposer d’un niveau minimum d’expertise et respecter une méthodologie d’audit normalisée, ce qui peut contribuer à améliorer la qualité et la cohérence du contrôle des comptes des partis politiques par les organes de contrôle. Par ailleurs, tel qu’abordé dans le chapitre relatif au crime organisé et à la corruption, cet agrément permet également de limiter la vulnérabilité des vérificateurs aux influences extérieures, dans la mesure où ils sont intégrés à un réseau professionnel et ont accès à des canaux de signalement et de soutien au travers de leur organisation professionnelle. Les autorités de surveillance qui emploient des vérificateurs plutôt que d’externaliser les fonctions d’audit peuvent également limiter leur vulnérabilité aux influences extérieures, dans la mesure où ces vérificateurs sont soumis aux mêmes garde-fous réglementaires qui garantissent l’indépendance de ces autorités et à leurs règles de conduite internes. L’emploi de vérificateurs agréés permet en outre d’améliorer à la fois la continuité entre les audits et la mémoire institutionnelle (OCDE, 2024[30]). S’il n’est pas nécessaire que tous les pays Membres de l’OCDE adoptent la même méthodologie, les pays dont les autorités de surveillance n’emploient pas des vérificateurs agréés peuvent ne pas tirer parti des mêmes avantages. Les pays partenaires de l’OCDE pourraient eux aussi prendre davantage en considération les avantages de cette approche. En effet, si 88 % des pays partenaires sont dotés d’une instance indépendante pour contrôler le financement de la vie politique, seuls 38 % disposent d’un organe de contrôle qui emploie des vérificateurs agréés.
Graphique 5.2. La plupart des pays disposent d’une instance indépendante de contrôle du financement de la vie politique, mais peu comptent des vérificateurs agréés parmi leurs effectifs
Copier le lien de Graphique 5.2. La plupart des pays disposent d’une instance indépendante de contrôle du financement de la vie politique, mais peu comptent des vérificateurs agréés parmi leurs effectifs
Note : Les données se rapportent à l’année 2025 ou à la dernière année pour laquelle des données sont disponibles. Aux États-Unis, la Commission électorale fédérale (Federal Election Commission, FEC) est l’autorité de contrôle du financement de la vie politique et des campagnes électorales. Cependant, dans la mesure où la législation ne prévoit pas de procédure spécifique de révocation du dirigeant ou de la dirigeante de l’organe de direction de cette autorité, la FEC ne satisfait pas à l’exigence d’indépendance du critère « An independent body has the mandate to oversee the financing of political parties and election campaigns » (Une instance indépendante a pour mission de contrôler le financement des partis politiques et des campagnes électorales). La FEC ne compte pas de vérificateurs agréés parmi ses effectifs. Aucune donnée n’a été fournie par le Japon et la Suisse.
Source : Base de données sur les indicateurs de l’OCDE relatifs à l’intégrité publique (consultée le 10 mars 2026).
La transformation numérique et la mondialisation font évoluer le financement de la vie politique et en augmentent la complexité plus rapidement que les réglementations ne s’adaptent à ces évolutions
Copier le lien de La transformation numérique et la mondialisation font évoluer le financement de la vie politique et en augmentent la complexité plus rapidement que les réglementations ne s’adaptent à ces évolutionsAlors que l’écart entre les principes et les pratiques demeure persistant, le paysage du financement de la vie politique évolue et gagne progressivement en complexité. Les avancées majeures liées à la transformation numérique et à la mondialisation font qu’il est de plus en plus difficile pour les pays de gérer de manière adaptée les dons aux candidats et aux partis politiques, et de veiller à ce que le financement de la vie politique continue de soutenir la représentativité des démocraties et la compétitivité des marchés.
Face à ces évolutions, la plupart des pays Membres et partenaires de l’OCDE ont depuis 2015 adopté de nouvelles législations ou adapté leurs législations existantes sur le financement de la vie politique. Toutefois, malgré ces réformes, les cadres réglementaires de nombreux pays ne prévoient toujours pas les mesures de protection élémentaires en matière de financement de la vie politique, ce qui nuit à la transparence et à la communication d’informations, et expose les acteurs politiques à des risques en constante évolution. Par ailleurs, les nouvelles législations ne garantissent pas nécessairement la mise en place de protections plus efficaces, et une grande partie des réglementations les plus récentes respectent un nombre plus faible des critères définis par l’OCDE sur la qualité de la réglementation applicable au financement de la vie politique que des réglementations plus anciennes adoptées dans d’autres pays. Par comparaison aux réglementations adoptées ou modifiées en 2015, les réglementations adoptées ou modifiées en 2025 respectent en moyenne un nombre de critères définis par l’OCDE environ 10 % inférieur (Graphique 5.3). Seuls 53 % des pays Membres de l’OCDE interdisent ainsi les dons anonymes aux partis politiques ou aux candidats, contre 79 % des pays partenaires. Par ailleurs, 81 % des pays Membres interdisent les contributions financières d’entreprises ou d’États étrangers, contre 100 % des pays partenaires, et 83 % des pays Membres interdisent les contributions d’entreprises publiques, contre 100 % des pays partenaires. Par conséquent, les pays qui réforment leurs réglementations sur le financement de la vie politique sans pour autant améliorer les protections qu’elles peuvent offrir restent vulnérables aux influences injustifiées de sources de financement indésirables ou non autorisées.
Graphique 5.3. Les pays mettent à niveau leurs réglementations sur le financement de la vie politique, sans pour autant renforcer les mesures de protection
Copier le lien de Graphique 5.3. Les pays mettent à niveau leurs réglementations sur le financement de la vie politique, sans pour autant renforcer les mesures de protection
Note : Les réglementations adoptées en 2025 respectent en moyenne 10 % de critères en moins que les réglementations adoptées en 2015. Aucune donnée n’a été fournie par le Japon et la Suisse. Dans le cas des États‑Unis, la dernière modification date de 2002. Cette année-là, le pays respectait 60 % des critères d’IIP de l’OCDE relatifs à la réglementation sur le financement de la vie publique.
Guide de lecture : En France, la réglementation sur le financement de la vie politique a été modifiée pour la dernière fois en 2022 et respecte l’ensemble des 10 critères définis par l’OCDE relatifs à la qualité des réglementations dans ce domaine.
Source : Base de données sur les indicateurs de l’OCDE relatifs à l’intégrité publique (consultée le 10 mars 2026).
Les risques liés à l’absence de mesures de protection élémentaires dans ces systèmes est particulièrement élevé, dans la mesure où le paysage du financement de la vie politique évolue et gagne progressivement en complexité sous l’effet de la transformation numérique et de la mondialisation. À titre d’exemple, les responsables de campagnes politiques et électorales ont de plus en plus recours à des outils numériques et aux réseaux sociaux pour améliorer le niveau de sophistication et la portée de leurs efforts de collecte de fonds. Or, si ces nouvelles approches peuvent renforcer l’efficacité de la collecte de fonds, elles posent également de nouveaux risques en matière d’intégrité. Ces approches offrent en outre différents avantages : elles rendent par exemple la collecte de fonds en ligne souvent plus abordable que les méthodes conventionnelles fondées sur la presse écrite ou les médias audiovisuels, et, grâce aux algorithmes de réseaux sociaux, elles permettent l’envoi de messages très ciblés à des groupes d’électeurs particuliers (technique de « microciblage »). Le recours à l’IA et à l’analytique des données massives ne fait qu’amplifier ces avantages, en permettant aux responsables de campagnes de générer rapidement des supports de collecte de fonds sur mesure à partir d’analyses prédictives avancées et d’une modélisation des comportements des donneurs potentiels en fonction de leur situation géographique, de leurs caractéristiques démographiques, de leurs dons antérieurs ou de leurs intérêts (Wilfried Martens Centre for European Studies, 2024[31] ; IDEA, 2025[32] ; IDEA, 2025[28]). Toutefois, la collecte de fonds en ligne peut également être utilisée dissimuler la source réelle de dons politiques et les éventuels intermédiaires, y compris par l’utilisation de services de collecte de fonds, par le recours à des plateformes de paiement en ligne ou par la multiplication de dons d’un faible montant dont il est difficile de déterminer la source de manière individuelle. Ces pratiques ne font qu’accroître la vulnérabilité du système à une possible exploitation par des agents malveillants ou étrangers qui chercheraient à contourner les restrictions traditionnelles applicables aux dons et tenteraient d’influencer discrètement les élections ou les débats politiques dans un pays donné.
Dans le cadre de leurs campagnes, les partis politiques et les candidats font eux-mêmes de plus en plus souvent appel à des influenceurs sur les réseaux sociaux, ce qui met en évidence le rôle croissant de ces acteurs en tant que source importante d’informations pour les citoyens. Dans de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est, les réseaux sociaux sont la principale source d’informations de la population (Reuters Institute, 2025[33]). Cela vaut tout particulièrement pour les jeunes. Une enquête réalisée en Amérique latine a ainsi révélé que les réseaux sociaux constituaient la première source d’informations politiques des jeunes de 16 à 24 ans (Luminate, 2022[34]). Le recours à des influenceurs peut aider les partis politiques et les responsables de campagnes à atteindre de nouveaux publics, à adapter leurs messages à des groupes spécifiques ou à préciser les positions des partis et des candidats dans un format accessible. Grâce à ces nouveaux canaux de communication, les responsables politiques peuvent toutefois également s’appuyer sur des médias qui ne sont souvent pas soumis aux mêmes exigences de transparence financière, ce qui se traduit par une fragmentation et une opacité toujours plus importantes du paysage médiatique. Dans certains pays par exemple, les réglementations sur le financement de la vie politique n’exigent pas des partis et des responsables de campagnes qu’ils fassent état de leurs liens avec des influenceurs ou des dépenses relatives à ces collaborations, ce qui nuit à la transparence d’un aspect de plus en plus important de leurs campagnes. Dans d’autres pays, l’activité des influenceurs peut se situer dans une zone grise et les organismes de réglementation doivent déterminer au cas par cas si cette activité relève de la liberté d’expression d’une personne physique ou d’un don politique en nature sous forme de service (IDEA, 2025[32]).
Par ailleurs, le financement illicite de campagnes, de candidats ou de partis politiques fait partie des principaux instruments utilisés par les organisations criminelles internationales pour accroître leur influence, leur puissance et leurs revenus. Tel qu’abordé dans le chapitre consacré au crime organisé et à la corruption, les organisations criminelles internationales représentent une menace grandissante aussi bien dans les pays Membres de l’OCDE que dans les pays partenaires. En versant des fonds illicites à des partis politiques ou à des candidats, les organisations criminelles cherchent à influencer les décideurs des appareils législatif et exécutif, à saper les efforts déployés par les autorités répressives et à peser sur les processus réglementaires de manière à servir leurs propres intérêts (IDEA, 2016[35]). Ces risques sont particulièrement élevés lorsque des partis et des candidats n’ont qu’un accès limité à des sources légitimes de financement, comme les mouvements populaires, le petits partis ou les partis nouvellement créés (IDEA, 2016[35]).