Le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution – les trois composantes de la triple crise planétaire – font peser des risques croissants sur l’environnement et l’économie. Alors que chacun de ces problèmes appelle en soi des réponses rapides, leurs interactions sont de nature à amplifier les répercussions cumulées des trois, mais créent aussi des possibilités d’agir de façon plus intégrée. Ces Perspectives de l’environnement visent à informer une approche intégrée de l’action publique, tenant compte des liens complexes en termes de déterminants communs, de pressions exercées, et de répercussions qui se renforcent mutuellement du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution.
Perspectives de l’environnement sur la triple crise planétaire
Résumé
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Copier le lien de Principaux résultatsLes trois crises ont des déterminants communs étroitement liés entre eux
Les projections dans ces Perspectives, reposant sur un cadre de modélisation intégrée combinant modélisation biophysique et modélisation intégrée de l’économie, indiquent que, selon les politiques actuelles, entre 2020 et 2050 :
Le PIB mondial devrait plus que doubler (de 126 000 milliards USD à 283 000 milliards USD), ce qui correspond à une croissance annuelle moyenne de 2.7 %. Une grande partie de l’Asie et de l’Afrique devrait connaître une croissance plus rapide.
Le principal moteur des pressions environnementales sera l’expansion de certains secteurs économiques sous l’effet des tendances socioéconomiques liées à l’évolution de la croissance démographique et de la croissance économique.
L’agriculture devrait rester le principal moteur du changement d’affectation des terres, responsable de 87 % de la hausse de la conversion des terres. L’intensification de la production agricole atténuera, sans toutefois empêcher, l’augmentation des superficies agricoles.
La consommation d’énergies fossiles devrait augmenter de 16 % (de 466 à 541 exajoules), avec une transition vers le gaz naturel. Avec la poursuite de la tendance à l’électrification du système énergétique, la production d’énergie renouvelable devrait plus que doubler (de 80 à 209 exajoules).
La consommation de matériaux primaires devrait augmenter d’environ la moitié (de 96 à 145 milliards de tonnes), tandis que le volume des prélèvements d’eau devrait progresser de 17 % au niveau mondial.
Les évolutions technologiques et comportementales permettront un certain découplage entre les pressions environnementales et la croissance économique. Cependant, ces facteurs devraient ralentir – sans toutefois arrêter – la hausse de la demande mondiale en énergie, en nourriture, en matériaux et en eau.
Plusieurs dimensions des pressions environnementales à l’origine de la triple crise planétaire devraient s’intensifier
À mesure de la hausse des pressions environnementales, le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution s’aggravent et se renforcent mutuellement. D’après les projections issues de la modélisation, en cas de politiques inchangées entre 2020 et 2050 :
La température moyenne mondiale continuera à augmenter (de 1.2°C en 2020 à 2.1°C en 2050 par rapport à l’ère préindustrielle). Le changement climatique devrait également devenir le principal moteur de la perte de biodiversité avant le milieu du siècle.
L’indice d’abondance moyenne des espèces terrestres devrait continuer de baisser (de 59.7 à 56.5). Cela correspond à la conversion de plus de 4 millions de km2 d’habitats intacts en une surface où l’ensemble des espèces natives ont été perdues.
En ce qui concerne la pollution, la situation est mitigée :
Les concentrations de particules fines et d’ozone devraient diminuer dans la majorité des régions, sous l’effet de la baisse des émissions de gaz précurseurs. Les émissions de dioxyde de soufre, par exemple, devraient connaître une baisse dans toutes les régions (avec une baisse de 64 % au niveau mondial). Cette diminution contribuera à accélérer le réchauffement en raison de l’effet refroidissant du dioxyde de soufre.
Les émissions de polluants dans l’eau et les sols devraient continuer d’augmenter, notamment celles d’ammoniac (avec une hausse de 43 % au niveau mondial).
Les déchets plastiques mal gérés devraient augmenter de 83 à 138 millions de tonnes, entraînant une hausse des rejets de plastique dans l’environnement, de 22 à 37 millions de tonnes.
Il existe un potentiel considérable pour des politiques plus intégrées, mais des efforts substantiels restent nécessaires
Les liens entre changement climatique, perte de biodiversité et pollution peuvent laisser penser que relever un défi contribue automatiquement à résoudre les deux autres. Néanmoins, les interactions entre les politiques publiques soulignent les possibilités de synergies et d’arbitrages. Ne pas tenir compte de ces interactions peut entraîner des lacunes dans les politiques publiques et la perte d’opportunités offertes par une action plus intégrée.
Un état des lieux – le premier du genre – portant sur 20 documents nationaux officiels de 10 pays (Argentine, Australie, Canada, République populaire de Chine, France, Inde, Indonésie, Japon, Ouganda et Pérou) dresse les constats suivants :
Les rapports biennaux de transparence et les Stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité traitent de façon relativement détaillée les liens entre le changement climatique et la biodiversité, en ce qui concerne leurs impacts biophysiques.
L’influence que peuvent avoir le changement climatique et la perte de biodiversité sur la gravité et l’ampleur de la pollution est le plus souvent ignorée.
Les politiques axées sur la résolution des arbitrages – en particulier pour la pollution – sont peu nombreuses.
Des analyses approfondies mettent en évidence des opportunités pour une approche plus intégrée concernant l’expansion des énergies renouvelables, la gestion et l’extension des aires protégées, la lutte contre la pollution de l’air et la gestion des nutriments.
Six leviers politiques peuvent soutenir la mise en place de réponses renforçant les synergies
Trois leviers fondamentaux peuvent jeter les bases d’approches de politiques intégrées pour traiter en profondeur la triple crise planétaire et ses moteurs sous-jacents :
Combler les principales lacunes en matière de recherche et d’évaluation grâce à un meilleur ciblage des financements de recherche et à la mobilisation des processus d’évaluation scientifique (inter)nationaux sur le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution.
Renforcer la prise en compte des interconnexions entre ces trois défis au sein des dispositifs nationaux de suivi et d’établissement des rapports relatifs aux accords environnementaux multilatéraux. De plus, développer des approches nationales pour lutter contre la pollution, comparables à celles pour le climat et la biodiversité, peut contribuer à éviter les angles morts.
Aligner le financement et l’allocation des ressources afin de relever conjointement les défis posés par la triple crise planétaire. Les synergies peuvent être favorisées en intégrant les interconnexions dans les financements environnementaux et de développement multilatéraux, en utilisant les processus budgétaires nationaux pour encourager la collaboration entre ministères et en veillant à ce que les mesures de soutien soient bien ciblées.
De manière complémentaire, la prise en compte spécifique des enjeux liés aux énergies propres, aux ressources matérielles et aux systèmes alimentaires peut contribuer à renforcer les synergies et à réduire les risques d’arbitrages, tout en répondant aux préoccupations sociales et distributives telles que les pertes d’emplois et de revenus, l’accessibilité financière ainsi que l’accès à la nourriture et à l’énergie :
Mieux évaluer et gérer les impacts involontaires de la transition vers les énergies propres afin que les effets néfastes sur la biodiversité et la pollution ne deviennent pas un obstacle à l’accélération du déploiement des énergies renouvelables. La planification spatiale et les outils réglementaires tels que les licences et permis, ainsi qu’une meilleure gestion de la fin de vie, peuvent aider à limiter les potentiels impacts négatifs de l’expansion des énergies renouvelables sur les objectifs de biodiversité et de lutte contre la pollution.
Passer à une économie plus efficace dans l’utilisation des ressources et plus circulaire pour réduire les impacts environnementaux significatifs liés à l’utilisation des ressources sur la triple crise planétaire. Une action est requise à toutes les étapes du cycle de vie des matériaux, notamment en intégrant l’économie circulaire dans les autres domaines politiques, en exploitant les synergies avec les secteurs à forte intensité en ressources, en renforçant et en réorientant les incitations, et en mobilisant des interventions axées sur la demande.
Mettre en place des politiques pour réduire l’empreinte environnementale de la production et de la consommation alimentaires. Cela est essentiel pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, atténuer la dégradation des écosystèmes due à l’expansion et à l’intensification des terres agricoles, et réduire la pollution par les nutriments. Les gouvernements peuvent envisager de réviser les réglementations et les mesures de sauvegarde afin de réduire les émissions, modifier les régimes alimentaires et diminuer les pertes et gaspillages alimentaires.