Tout le monde a le droit de prendre des décisions concernant son avenir. Par conséquent, les compétences d’écoute et de dialogue sont importantes au sein de l’administration locale, régionale et nationale. Nous pouvons apprendre à nous améliorer dans ces deux domaines, et il est de notre devoir de le faire.
Anna-Kaisa Ikonen, ministre des Collectivités locales de Finlande, docteure en sciences sociales
Participation citoyenne au cycle de l'action publique
8. Repousser les frontières pour atteindre une véritable participation citoyenne : le cas de la Finlande
Copier le lien de 8. Repousser les frontières pour atteindre une véritable participation citoyenne : le cas de la FinlandeDans le cadre de l’OCDE que constituent les Principes d’administration publique (2023), l’accent est mis sur la gouvernance ouverte et sur la nécessité de garantir que les parties prenantes et le grand public sont activement consultés lors de l’élaboration de l’action publique, et que les utilisateurs sont au centre de la conception des services administratifs.
La Finlande souscrit aux principes exprimés dans ce cadre : elle a fait de l’approche axée sur les citoyens un élément central de sa stratégie nationale en matière de gouvernance publique. Par ailleurs, la littérature scientifique existante1 montre que ces pratiques s’inscrivant dans un type d’approche, de participation, de cocréation et de dialogue centrés sur l’humain sont largement adoptées et de plus en plus intégrées aux travaux du secteur public.
Atteindre cet objectif a demandé des efforts, et cela sera toujours le cas. Nous travaillons depuis longtemps sur de nouveaux moyens innovants de favoriser la participation citoyenne. Malgré le succès que nous avons rencontré, beaucoup reste à faire, et la population n’a pas toujours l’impression que sa voix est véritablement entendue. Plus que jamais, les pouvoirs publics doivent se mettre à la place des citoyens et se demander si les moyens déployés pour mobiliser la population ont vraiment un sens pour elle ou s’ils sont conçus pour répondre à leurs propres besoins.
En Finlande, le niveau de confiance est élevé, mais trop peu de crédit est encore accordé aux moyens de faire entendre sa voix. Quand nous élaborons de nouveaux modes d’engagement ou que nous réformons les solutions existantes, nous devons réfléchir à quel moment ou à quelle étape le citoyen participe ou se mobilise véritablement. Il est de la plus haute importance que la participation citoyenne ait une influence sur l’action des pouvoirs publics, mais la chaîne de conséquences est souvent longue et lente. De plus, l’acte de participation en soi doit avoir un sens pour les personnes qui participent. Ces considérations doivent nous guider pour l’élaboration de nouveaux moyens de participation.
Il s’agit d’ailleurs d’un objectif central de nos dialogues nationaux, bonne pratique finlandaise en matière de participation qui mobilise les citoyens du pays. Ces dialogues visent à recueillir les contributions de la population afin que chaque membre de la société finlandaise puisse mieux comprendre les autres. Alors que les dialogues nationaux permettent aux pouvoirs publics d’obtenir des informations importantes sur la façon dont les citoyens perçoivent les principaux enjeux de société, qu’ils peuvent ensuite utiliser pour l’élaboration de l’action publique, les participants, quant à eux, ont l’occasion d’améliorer leur compréhension du sujet traité, des points de vue des autres et de leur propre mode de pensée. Même si les dialogues ne fournissaient pas ces informations clés aux pouvoirs publics, ils joueraient un rôle essentiel.
Pour donner un exemple concret de dialogue national portant sur le thème « Vivre dans une période incertaine », on peut citer celui organisé par un hôpital de la région de la capitale pour les jeunes malades du cancer. Grâce à ce dialogue, l’hôpital a pu acquérir des connaissances extrêmement précieuses pour son propre travail de développement, qui ont également nourri les efforts de l’administration au niveau national. Mais cette occasion de pouvoir évoquer leur expérience de jeune personne atteinte du cancer et vivant dans une époque incertaine a également été importante et utile pour les patients, qui ont pu aborder leur propre situation et celle de leurs pairs. Cela les a aidés dans une situation difficile.
Les dialogues nationaux sont un outil utilisé par les pouvoirs publics, main dans la main avec la société civile, pour améliorer les échanges et donner plus d’écho à la voix des citoyens. Tout le monde peut y participer ou en organiser un. Ces dernières années, 800 dialogues se sont tenus sur différents sujets, organisés par plus de 200 personnes. Il est essentiel de se rappeler que la société n’évolue pas seulement grâce aux décisions des pouvoirs publics, mais aussi à l’action de la population. Les dialogues offrent un moyen de recueillir des informations importantes, mais ils constituent aussi une occasion pour les citoyens de réfléchir à certaines questions et de renforcer la compréhension commune des enjeux, ce qui leur permet d’organiser des actions susceptibles de faire la différence.
La coopération et la cocréation entre l’administration et la société civile sont souvent laissées de côté par les efforts actuels visant à renforcer la participation. Si nous voulons véritablement atteindre des publics différents et parler à ceux dont les voix sont les moins entendues dans la société, ces efforts communs sont nécessaires, et ils doivent être menés sur un pied d’égalité. Par exemple, les sujets de nos dialogues sont toujours choisis en concertation, dans un climat d’échange et de confiance mutuelle, et non imposés unilatéralement par les pouvoirs publics.
La participation peut prendre différentes formes à différents niveaux et dans différents domaines de gouvernance. L’habitude de mobiliser les citoyens est encore plus ancrée dans la gouvernance locale que dans les autres. Outre la budgétisation participative et les différents événements ouverts aux habitants, les municipalités mettent notamment en place des parlements des enfants ainsi que des conseils des jeunes, des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. Il existe un processus permettant aux citoyens de donner leur avis sur l’aménagement urbain dans leur quartier. Les enfants eux-mêmes peuvent contribuer à la planification des activités quotidiennes de leur lieu de garde, à différents niveaux selon leur âge. Oui, la participation à l’échelon local prend des formes multiples.
Nous souhaitons renforcer la culture du dialogue constructif et de l’échange d’opinions au sein de la société. Il est essentiel que chacun puisse se faire entendre et écouter les autres sur des problématiques actuelles et futures. Tout le monde a le droit de prendre des décisions concernant son avenir. Par conséquent, les compétences d’écoute et de dialogue sont importantes au sein de l’administration locale, régionale et nationale. Nous pouvons apprendre à nous améliorer dans ces deux domaines, et il est de notre devoir de le faire.
Chaque personne doit avoir le droit d’être comprise et la possibilité de comprendre les autres. Ainsi, nous nous sommes concentrés sur les moyens de rendre nos décisions et nos réformes plus faciles à appréhender. Nous avons par exemple préparé une formation virtuelle en langage clair destinée à l’ensemble des fonctionnaires, qui est un outil concret à leur disposition. Il est d’autant plus important d’utiliser un langage facile à comprendre quand on aborde les questions complexes qui se poseront dans l’avenir. Nous devons faire en sorte de les rendre plus accessibles pour tout le monde : cette démarche est essentielle si nous voulons que les citoyens participent à la société et expriment leurs points de vue. Lorsque l’on ne comprend pas, il est difficile d’accorder sa confiance, de ressentir celle des autres et de faire entendre sa voix.
Dans le monde de demain, plusieurs solutions s’offriront à nous pour améliorer encore la participation des citoyens. Par exemple, l’intelligence artificielle et la transformation numérique peuvent nous aider à mobiliser la population de plus d’une manière. Nous n’y parviendrons cependant que si nous nous rappelons que toute notre action est au service des citoyens.
← 1. Kinder T. and J. Stenvall (2023). Problem-solving and Learning for Public Services. Springer.
Rajala T., Laihonen H. and P. Haapala (2018). « Why is dialogue on performance challenging in the public sector? » Measuring Business Excellence, Vol. 22 no 2, 117-129, https://doi.org/10.1108/MBE-06-2017-0032.
Uusikylä P, Virtanen P, Jalonen H., Lintinen U and H. Ketamo (2024). Maailman paras julkinen hallinto? Julkisen hallinnon strategian merkitys suomalaiselle hallinnon kehittämiselle. Valtioneuvoston kanslia. http://urn.fi/URN:ISBN:978-952-383-255-8