Ce rapport explore, à travers le prisme de l’éducation, les mégatendances mondiales qui façonnent les sociétés des pays de l’OCDE et d’ailleurs. Tout en s’interrogeant sur leurs implications pour les différents niveaux et secteurs d’éducation, il propose des outils de réflexion destinés à aider les systèmes éducatifs à anticiper les éventuelles perturbations et à envisager leur avenir de manière stratégique. En cette période de grandes incertitudes et de mutations rapides, la réflexion prospective peut ainsi s’avérer un précieux atout face au faisceau complexe de défis mondiaux qu’ils doivent relever. Grâce à l’exploration de scénarios potentiels et de diverses hypothèses, elle permet aux décideurs et aux différents acteurs du secteur de l’éducation de prendre des décisions éclairées, résilientes et évolutives. Une approche proactive qui peut les aider à se préparer au mieux aux changements, mais aussi à saisir les nouvelles opportunités et à se positionner dès aujourd’hui comme acteurs de leur avenir. Les principales tendances examinées dans cette édition, ainsi que les réflexions qu’elles peuvent inspirer dans le domaine de l’éducation, sont résumées ici.
Les grandes mutations qui transforment l’éducation 2025
Résumé
Copier le lien de RésuméUn monde polarisé
Copier le lien de Un monde polariséL’édition 2025 de cette série s’intéresse tout d’abord à l’exacerbation des tensions géopolitiques et des crises écologiques au début des années 2020, ainsi qu’à leurs profondes répercussions sur les migrations, la sécurité énergétique, les dynamiques commerciales, les marchés du travail et les priorités politiques. Notre monde est ainsi en proie à de multiples crises et conflits qui nuisent à notre santé comme à celle de notre planète, aggravent les inégalités existantes et en engendrent de nouvelles.
Or, ces inégalités sociales et économiques risquent à leur tour d’exacerber la polarisation politique, les disparités d’expériences de vie et de situation matérielle attisant les divergences d’intérêts et de priorités. Fait révélateur, le mot « polarisation » a même été désigné mot de l’année 2024 par l’éditeur de dictionnaires Merriam-Webster, pour son nombre record de requêtes et sa pertinence par rapport à l’actualité. Un choix qui reflète bien à quel point l’opposition des extrêmes est devenue consubstantielle à nos sociétés, clivant tout, du discours politique aux interactions sociales.
Sur le plan des progrès sociaux, l’examen des tendances met au jour un tableau contrasté, où les conditions de vie se révèlent étroitement liées à l’intersectionnalité de diverses caractéristiques individuelles et collectives comme l’âge, le sexe, l’origine migratoire et le statut socio-économique. Confrontés à des menaces économiques ou craignant pour leur sécurité, les individus resserrent ainsi leurs cercles sociaux et moraux, dans un mouvement de repli sur leur famille ou leur groupe. Un phénomène que la fragmentation du paysage médiatique et l’essor des réseaux sociaux ne fait qu’exacerber en renforçant l’effet « chambre d’écho », qui réduit la diversité des points de vue auxquels nous sommes exposés. À l’inverse, un sentiment de sécurité sera associé à une plus forte disposition à l’ouverture et à l’empathie.
Cette exacerbation des tensions géopolitiques et des crises mondiales met en lumière le rôle essentiel de l’éducation pour renforcer la résilience des apprenants et leur procurer un sentiment de sécurité. Un constat qui vaut bien sûr pour les jeunes directement victimes, mais aussi pour tous ceux qui grandissent dans un monde de plus en plus instable et miné par les conflits. Si l’éducation n’est bien sûr pas, à elle seule, en mesure de solutionner les causes profondes des conflits mondiaux, des changements climatiques et des inégalités, peut-elle en revanche donner aux apprenants les moyens de comprendre, d’amorcer et d’exiger les changements auxquels ils aspirent ? Et quel rôle peut-elle jouer, en parallèle d’autres politiques publiques, dans la promotion de la cohésion sociale et du respect de la diversité ? Enfin, dans un monde où la plupart pensent que les enfants d’aujourd’hui seront, à l’âge adulte, moins bien lotis que leurs parents, comment l’éducation peut-elle contribuer à une meilleure compréhension et solidarité entre générations ?
De nouvelles formes de progrès
Copier le lien de De nouvelles formes de progrèsDans ce contexte de tensions, les progrès réalisés grâce à la coopération internationale et à la mobilisation mondiale prouvent toutefois que l’action collective est porteuse d'espoir. Car les événements récents nous le démontrent : c’est l’action internationale qui permet de relever le plus efficacement des défis mondiaux comme les pandémies, les changements climatiques, les perturbations de l’approvisionnement énergétique ou les cyberattaques. La mutualisation de l’expertise scientifique et des ressources financières permet notamment aux sociétés de réagir plus rapidement et plus efficacement aux crises mondiales. Tout comme la coopération et les accords internationaux peuvent, en établissant des normes et des standards mondiaux, contribuer à consolider les progrès sociaux en matière de droits humains, d’égalité et de lutte contre les discriminations.
Au sein des pays, la participation électorale et la confiance dans les institutions démocratiques sont en berne, sauf pour ceux qui estiment avoir leur mot à dire dans les décisions des pouvoirs publics, qui font alors part de niveaux de confiance bien plus élevés. D’où l’importance de la participation citoyenne qui, grâce aux diverses formes de gouvernance participative, offre aux citoyens la possibilité d’avoir un véritable impact sur les décisions publiques. Face à la diversité croissante des formes d’expression citoyenne, les processus démocratiques traditionnels doivent néanmoins s’adapter. Des mouvements comme #MeToo, Black Lives Matter et Fridays for Future, ainsi que la diffusion des approches décoloniales, libèrent ainsi la parole sur les inégalités d’expression et de représentation dans nos démocraties et notre paysage culturel de plus en plus mondialisé. Par ailleurs, si l’explosion des technologies numériques et des réseaux sociaux crée de nouveaux défis en facilitant la propagation de la désinformation, elle permet aussi à des voix toujours plus nombreuses de se joindre au débat démocratique.
Plus globalement, les progrès technologiques et les innovations révolutionnent notre vie dans toutes ses dimensions et renouvellent notre approche de défis mondiaux comme les changements climatiques, la sécurité alimentaire et la santé publique. Les technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle, l’Internet des objets et la réalité virtuelle, transforment ainsi déjà notre façon de travailler, d’apprendre et de communiquer. Sources de multiples inquiétudes (suppressions d’emplois, confidentialité des données, équité, santé mentale, pour ne citer qu’elles), ces technologies portent toutefois aussi la promesse de créer de la croissance et de révolutionner des domaines aussi divers que l’agriculture, les transports, la médecine et la culture – un véritable catalyseur d’investissements et d’innovations.
Dans le domaine de l’éducation, les mutations rapides du marché du travail amènent par ailleurs à s’interroger sur la meilleure façon d’anticiper les besoins futurs de compétences et de diversifier les parcours éducatifs afin de répondre à la demande croissante de travailleurs hautement qualifiés et d’apprentissage tout au long de la vie. Face à la vitesse de ces changements, comment conjuguer au mieux l’enseignement de compétences spécialisées et celui de compétences plus génériques (métacognitives, notamment) indispensables à l’apprentissage tout au long de la vie ? Comment les systèmes éducatifs peuvent-ils garantir le développement de compétences fondamentales, mais aussi plus complexes, en veillant à ce qu’elles se complètent plutôt que de se faire concurrence ? Et comment le secteur de l’éducation peut-il lui-même mettre à profit les avancées technologiques pour optimiser ses processus ?
À plus long terme, jusqu’à quel point les évolutions technologiques et les impératifs de durabilité impacteront-ils les besoins de main-d’œuvre humaine et la manière dont nous interagissons ? Les priorités ont déjà évolué : pour nombre de jeunes, le travail n’est par exemple plus une composante essentielle de leur identité. L’IA améliore en outre la capacité des robots à travailler avec les humains dans différents domaines et nous serons de plus en plus nombreux à collaborer avec des machines intelligentes dans les prochaines années. Et si l’humain reste au cœur de la relation à l’autre, les nouvelles technologies transforment d’ores et déjà en profondeur nos interactions sociales. À l’heure où notre temps d’interaction directe avec les autres réduit comme peau de chagrin, l’éducation peut-elle contribuer au maintien d’un sens du collectif et veiller, chez chacun, à l’épanouissement des compétences socio-émotionnelles et du bien-être ?
Voici quelques-unes des questions soulevées au fil de ce rapport, qui espère ainsi amener le lecteur à s’intéresser activement à ces problématiques, à explorer différentes hypothèses d’avenir sans idées préconçues et à s’approprier les questions, les scénarios et les outils de réflexion pour les mettre au service de débats constructifs entre parties prenantes, et de politiques éducatives résolument tournées vers l’avenir et prêtes à le faire fructifier.