Ce chapitre explore les formidables possibilités d’amélioration de notre santé et de notre bien-être qu’offrent les progrès de la médecine et de la technologie, tout en mettant en lumière les nouveaux défis sanitaires auxquels nous confrontent nos modes de vie modernes. La prévalence des handicaps est ainsi en hausse dans plusieurs régions du monde, principalement sous l’effet du vieillissement de la population et de l’augmentation des troubles liés à la santé mentale, devenue un problème majeur de santé publique depuis la pandémie de COVID-19. Certaines addictions courantes au XXe siècle sont en recul, mais d’autres gagnent du terrain, comme celle aux opioïdes de synthèse, et de nouvelles formes de dépendance font leur apparition, avec en particulier l’utilisation obsessionnelle ou compulsive des médias numériques. Les multiples liens entre santé humaine, animale et planétaire, faute de les avoir suffisamment pris en compte, nous confrontent à tout un faisceau de défis mondiaux, comme l’antibiorésistance et l’augmentation des taux d’asthme et d’allergies, pour ne citer qu’eux. Pour autant, les nouvelles technologies de santé pourraient aussi améliorer le diagnostic et le traitement de nombreux problèmes de santé, notamment l’augmentation de l’infertilité, en plus d’améliorer la qualité de vie des patients. Face à ces nouveaux défis, les systèmes éducatifs se doivent de repenser leur rôle, notamment dans le repérage précoce et l’atténuation des problèmes de santé susceptibles d’affecter les expériences éducatives, le soutien qu’ils apportent au renforcement de la résilience psychologique et le développement des compétences indispensables pour prendre soin de ceux qui en ont besoin.
Les grandes mutations qui transforment l’éducation 2025
5. Corps et esprit
Copier le lien de 5. Corps et espritInfographie 5.1. Corps et esprit - Points forts du chapitre
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L’esprit en question : enjeux de santé mentale
Copier le lien de L’esprit en question : enjeux de santé mentaleAlors que les progrès de la médecine n’ont jamais été aussi spectaculaires, et l’espérance de vie, aussi élevée, nos modes de vie modernes nous confrontent à de nouveaux défis de santé. Depuis la pandémie de COVID-19, la santé mentale est ainsi devenue un problème majeur de santé publique, avec une prévalence des symptômes de détresse psychique bien plus forte et une consommation de médicaments pour les troubles mentaux en constante augmentation. Les taux de suicide dans le monde poursuivent certes leur baisse, mais les progrès restent très inégaux selon les pays. Comment l’éducation peut-elle alors contribuer à l’épanouissement de chacun en mettant l’amélioration de la santé mentale au cœur de sa mission et en ne laissant jamais sans réponse la détresse de ses élèves et de ses personnels ?
Graphique 5.1. La santé mentale est devenue un problème majeur de santé publique
Copier le lien de Graphique 5.1. La santé mentale est devenue un problème majeur de santé publiqueProblème de santé le plus important selon les personnes interrogées dans 31 pays (2018-24)
Note : Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : IPSOS (2024), Ipsos Health Service Report 2024, https://www.ipsos.com/en/ipsos-health-service-report.
À l’échelle mondiale, les taux standardisés par âge de troubles mentaux sont restés relativement stables au cours des décennies précédant la pandémie de COVID-19, bien que systématiquement plus élevés chez les femmes et les personnes de faible statut socio-économique. Une hausse inquiétante chez les moins de 20 ans s’est toutefois observée dans certains pays à revenu élevé, en particulier chez les filles1. Pendant la pandémie, la santé mentale de la population a fluctué dans les pays de l’OCDE, mais les niveaux post-pandémiques de troubles mentaux restent élevés, avec notamment une plus forte prévalence des symptômes de dépression et d’anxiété en 2022 qu’en 2019, probablement sous l’effet conjugué de diverses crises, comme celles du coût de la vie, de l’urgence climatique et de l’exacerbation des tensions géopolitiques2. Les gens s’inquiètent également de leur santé mentale : les hommes certes un peu moins que les femmes, mais elle reste la principale préoccupation en matière de santé pour les deux sexes, avec une flambée de leur niveau d’inquiétude de 17 points de pourcentage depuis 20183.
La consommation de médicaments pour la santé mentale a explosé ces dernières décennies. Les ventes mondiales de médicaments psychotropes sont ainsi en hausse, les pays à revenu élevé et les antidépresseurs enregistrant les plus fortes augmentations en termes absolus. La consommation de médicaments pour le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est également en forte progression dans les pays à revenu élevé. Des tendances qui pourraient certes refléter un meilleur accès aux soins ou au diagnostic et une diminution de la stigmatisation des problèmes de santé mentale, mais possiblement aussi un manque d’autres options de traitement. Les progrès récents et extrêmement rapides de l’apprentissage automatique et de l’intelligence artificielle (IA) font toutefois espérer une amélioration de la précision des diagnostics, des pronostics et des options de traitement4. La meilleure compréhension de la neurodiversité, comme le TDAH et l’autisme, met aujourd’hui les systèmes éducatifs au défi d’adapter leurs environnements d’apprentissage et de répondre à la diversité des besoins de leurs élèves. Comment, alors, créer des environnements inclusifs, à même d’accompagner tous les apprenants, y compris ceux présentant des problèmes de santé mentale ou en situation de neurodiversité, et les aider à tirer le meilleur parti de leurs atouts uniques ?
Bien que les troubles mentaux soient un facteur de risque connu de suicide, les taux mondiaux de mortalité par suicide reculent. La tendance à la baisse observée avant la crise du COVID-19 s’est ainsi poursuivie, en moyenne, au cours des deux premières années de la pandémie. Cependant, les taux de suicide varient presque du simple au sextuple entre les pays de l’OCDE, et dans certains d’entre eux, comme aux États-Unis, ils sont même en hausse depuis une bonne partie des 20 dernières années, avec des tendances particulièrement inquiétantes chez les 10-24 ans. Si la prévalence des décès par suicide est bien plus forte chez les hommes que chez les femmes, l’écart se réduit fortement, voire s’inverse, lorsqu’il s’agit des intentions et des comportements suicidaires5. Compte tenu de ces tendances, comment l’éducation peut-elle alors améliorer la santé mentale et la résilience des apprenants, et les aider dans leur quête de sens ?
Graphique 5.2. Les taux de mortalité par suicide sont en baisse
Copier le lien de Graphique 5.2. Les taux de mortalité par suicide sont en baisseNombre annuel de décès par suicide pour 100 000 personnes, dans les pays de l’OCDE, dans le monde et dans les pays des deux quintiles supérieurs de l’indice socio-démographique (ISD) (1990-2021)
Note : Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : IHME (2024), Global Burden of Disease Results 2021, https://vizhub.healthdata.org/gbd-results/ (consulté le 10 octobre 2024).
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Comment l’éducation peut-elle favoriser la résilience sur le plan de la santé mentale, en s’appuyant notamment sur les programmes d’enseignement, la pédagogie ou les apprentissages socio-émotionnels ? Quel est son rôle dans le repérage précoce et l’atténuation des troubles mentaux ? Comment la mise en place d’approches globales au sein des établissements peut-elle par exemple aider à détecter les signes de détresse, comme le harcèlement, les violences, l’absentéisme et le décrochage scolaire, et apporter alors un soutien adapté ?
Comment faire évoluer la formation professionnelle des enseignants et les ressources en personnel de soutien de manière à améliorer la sensibilisation et la réponse aux préoccupations croissantes en matière de santé mentale ? Comment les établissements d’enseignement peuvent-ils renforcer leurs liens avec les services de santé et soutenir les enseignants souffrant eux-mêmes de détresse psychique ?
Différents facteurs systémiques aggravent le risque de problèmes de santé mentale pour certains groupes. Quel impact sur leur prévalence a par exemple l’intersectionnalité de la pauvreté, de l’appartenance à une minorité, du genre et du handicap ? Quelles stratégies pourraient alors soutenir efficacement les élèves à risque et comment leur allouer les ressources adéquates ?
Une petite dose et ça repart ? Les addictions d’hier et d’aujourd’hui
Copier le lien de Une petite dose et ça repart ? Les addictions d’hier et d’aujourd’huiCertaines addictions courantes au XXe siècle, comme le tabagisme et l’alcoolisme, sont en recul, mais d’autres gagnent du terrain, avec notamment l’explosion de la consommation d’opioïdes de synthèse. Depuis quelques années, de nouvelles formes de dépendance font en outre leur apparition, telles que l’utilisation obsessionnelle ou compulsive des médias numériques. Bien que l’usage croissant des appareils numériques, d’Internet et des réseaux sociaux puisse être tout à fait profitable, leur utilisation excessive peut en revanche conduire à des comportements de dépendance aux effets des plus néfastes. Comment l’éducation peut-elle alors décourager ces comportements à risque et favoriser une pratique bénéfique du numérique ?
Graphique 5.3. La proportion de fumeurs quotidiens est globalement en baisse
Copier le lien de Graphique 5.3. La proportion de fumeurs quotidiens est globalement en baisseProportion de la population âgée de 15 ans et plus qui fume quotidiennement, dans une sélection de pays (2013 ou année la plus proche ; 2023 ou année la plus récente)
Source : OCDE (2024), « Consommation de tabac », Facteurs de risque pour la santé, https://data-explorer.oecd.org (consulté le 1er août 2024).
Le tabagisme, l’une des dépendances les plus répandues du XXe siècle et cause majeure de nombreuses pathologies, enregistre un recul significatif dans les pays de l’OCDE, en baisse moyenne de 23 % entre 2011 et 2021. Une tendance qui s’est en outre poursuivie dans la plupart des pays durant la pandémie de COVID-19. Ce recul n’est toutefois pas uniforme entre les pays et s’accompagne souvent d’une augmentation du vapotage régulier chez les jeunes, malgré des taux globaux restés faibles (3.2 %). L’alcoolisme a, lui aussi, diminué dans le monde depuis le début des années 2000, avec toutefois des taux demeurés relativement inchangés dans les pays à revenu élevé6.
Si les troubles liés à l’usage de drogues sont restés plutôt stables au niveau mondial ces 30 dernières années, les décès liés aux opioïdes ont en revanche augmenté de 20 % en moyenne dans les pays de l’OCDE depuis 2010, avec l’explosion de la consommation de produits de synthèse. Un bilan encore plus dramatique aux États-Unis, en Lituanie, en Türkiye et au Canada, qui déplorent des hausses de plus de 70 %. Ce fléau, qui touche les deux sexes mais impacte plus fortement les hommes, est alimenté par une tendance dominante des marchés des drogues synthétiques illicites : l’essor rapide des plateformes en ligne, en particulier sur le dark web7.
De nouvelles dépendances font en outre leur apparition, notamment autour de l’utilisation excessive du numérique. Si son usage modéré offre de nombreux avantages – interaction avec les pairs, développement des compétences, expression personnelle ou encore soutien social, pour ne citer qu’eux –, une utilisation problématique – c’est-à-dire excessive et compulsive – peut en revanche avoir des effets néfastes sur la vie de l’utilisateur. Elle est ainsi associée à des problèmes d’agressivité et de santé mentale comme la dépression et l’anxiété, et peut se manifester par une perte de contrôle, des symptômes de sevrage, le délaissement d’autres activités, un manque de sommeil et une baisse de la résilience8.
Il n’existe, pour l’heure, pas de consensus sur le fait qu’une utilisation problématique du numérique constitue une dépendance, et aucune des principales classifications des troubles mentaux ne l’a encore incluse comme problème de santé mentale diagnosticable. Mais les chercheurs constatent ses similitudes avec d’autres dépendances. Or, ces 20 dernières années, cette utilisation problématique du numérique (dont les définitions diffèrent) est en hausse et s’est même considérablement aggravée pendant la pandémie. Des fonctionnalités comme la lecture automatique et le défilement infini y contribueraient. En 2022, plus de 80 % des Américains âgés de 13 à 17 ans se disaient ainsi « accros » à leur smartphone. Bien que les études ne soient pas encore concluantes, on s’inquiète de plus en plus des effets de cette surutilisation sur la capacité d’attention (« cerveau TikTok ») et du lien entre l’augmentation de l’utilisation des réseaux sociaux et la détérioration de la santé mentale chez les jeunes. Départager clairement une utilisation saine d’une utilisation nocive du numérique est cependant extrêmement complexe. Un même contenu pourra en effet affecter un enfant tout à fait différemment selon ses caractéristiques individuelles (comme ses compétences sociales et émotionnelles) et les modalités et les raisons de son utilisation9. Comment l’éducation peut-elle alors aider chacun à trouver le juste équilibre entre numérique et réel ?
Graphique 5.4. Les dépendances au numérique sont en augmentation dans le monde
Copier le lien de Graphique 5.4. Les dépendances au numérique sont en augmentation dans le mondeEstimations de la prévalence des dépendances au numérique par période de publication, méta-analyse des études, dans le monde (2004-21)
Note : Sur la base de la catégorisation des dépendances de l’article source.
Source : Données tirées de Meng et al. (2022), « Global prevalence of digital addiction in general population: A systematic review and meta-analysis », https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0272735822000137. © Elsevier (2022).
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Le tabagisme, l’alcoolisme et la toxicomanie, bien qu’en recul, restent des problèmes majeurs, en particulier chez les jeunes. Quelles sont les responsabilités de l’école, en collaboration avec les familles, les communautés et d’autres partenaires, dans la prévention des conduites addictives et des comportements à risque ?
Faut-il faire évoluer la formation professionnelle des enseignants pour les préparer à mieux repérer les conduites addictives et y répondre ? Quel rôle doivent jouer les enseignants et les autres professionnels en cas de conduites de ce type ?
Comment les établissements d’enseignement peuvent-ils promouvoir un usage bénéfique des technologies numériques auprès des apprenants ? Quelles pratiques, réglementations et approches pourraient s’inscrire en soutien de ces efforts ? Comment les programmes pourraient-ils promouvoir l’autorégulation, une utilisation responsable du numérique et l’esprit critique ? Et comment l’école pourrait-elle encourager des habitudes clés comme une déconnexion régulière des écrans, l’activité physique en plein air et la pratique de la pleine conscience ?
L’approche One Health : santé humaine, animale et environnementale
Copier le lien de L’approche One Health : santé humaine, animale et environnementaleDans notre monde de plus en plus interconnecté, les défis sanitaires s’enchevêtrent en un réseau complexe qui retentit à la fois sur les humains, les animaux et l’environnement. Ces 20 dernières années, l’approche « Une seule santé » s’est justement fait connaître en mettant en lumière l’interdépendance des systèmes naturels et humains, et en promouvant la coordination des actions entre santé humaine et animale, systèmes agroalimentaires et environnement. Déchets plastiques, asthme, allergies ou encore antibiorésistance : on ne compte déjà plus les défis majeurs que pose cette interdépendance. L’éducation peut-elle alors permettre une meilleure compréhension de ces enjeux socio-environnementaux ? Est-elle en mesure de faire face à l’augmentation des problèmes de santé chez ses élèves et ses personnels ?
Graphique 5.5. De plus en plus de déchets plastiques s’accumulent dans les étendues d’eau
Copier le lien de Graphique 5.5. De plus en plus de déchets plastiques s’accumulent dans les étendues d’eauRejets de plastique dans les océans, les rivières et les lacs en millions de tonnes, OCDE et autres pays et régions (1990-2019)
Source : Agnelli et Tortora (2022), « The role of development co-operation in tackling plastic pollution », OECD Environment Working Papers, n° 207, http://dx.doi.org/10.1787/721355cb-en.
L’initiative « Une seule santé » est une approche multisectorielle intégrée qui vise à équilibrer et améliorer durablement la santé des humains, des animaux et des écosystèmes, en reconnaissant leurs liens étroits et leur interdépendance. Prenons ainsi l’exemple de la présence de plastiques dans les océans : elle a des effets délétères généralisés sur les écosystèmes marins, la santé humaine, le bien-être animal et les infrastructures urbaines, notamment les systèmes de drainage. Pour les humains, les risques incluent, entre autres, l’ingestion de microplastiques par le biais d’aliments contaminés (fruits de mer, par exemple), l’augmentation du risque de cancers et de maladies respiratoires dus aux plastiques brûlés ou enfouis de manière non sécuritaire, et l’inhalation de particules et de fibres en suspension dans l’air. Or, fait alarmant, le volume de déchets plastiques déversés dans les océans du monde augmente chaque année. Car seuls 9 % des déchets plastiques (dont le volume ne cesse d’augmenter) sont recyclés, tandis que la majorité (69 %) sont mis en décharge ou incinérés, et plus d’un cinquième, éliminés de manière inadéquate. En outre, alors que c’est dans les pays de l’OCDE que l’utilisation du plastique est la plus élevée, la plupart des rejets de plastique se produisent dans les pays en développement, même si des améliorations ont été constatées10. Un sombre bilan qui rappelle l’impératif d’une coopération internationale pour la gestion de ces déchets, et de la mise en place de politiques de réduction de la consommation.
Autre défi majeur de cette interdépendance, et menace imminente pour la santé publique : l’antibiorésistance, c’est-à-dire la capacité des bactéries à résister aux agents antibiotiques. La consommation d’antibiotiques reste en effet aujourd’hui élevée, tant chez l’homme que chez l’animal. Et malgré les efforts des pouvoirs publics pour y remédier, les ventes moyennes d’antibiotiques à usage humain ont encore progressé de près de 2 % depuis 2000. Or, l’une des conséquences en est l’augmentation de l’antibiorésistance : une infection sur cinq est désormais causée par des superbactéries résistantes. Des niveaux qui, en l’absence d’une action coordonnée plus énergique, devraient rester élevés, faisant de nombreuses victimes et accentuant la pression sur les systèmes de santé11.
L’asthme et les allergies sont, eux aussi, deux problèmes de santé humaine influencés par l’état de santé de notre environnement. La prévalence mondiale des maladies allergiques, notamment l’asthme, la rhinite allergique, la dermatite atopique et les allergies alimentaires, ne cesse d’augmenter depuis plus de 50 ans. Dans les pays de l’OCDE, la hausse des cas d’asthme est notamment particulièrement marquée chez les enfants et les jeunes. Or, ces manifestations allergiques résultent toutes d’interactions complexes entre nos gènes et notre environnement. L’aggravation de la pollution atmosphérique et les changements climatiques, ainsi que l’évolution de nos modes de vie (augmentation des graisses saturées et des sucres dans notre alimentation, utilisation d’antibiotiques et environnement urbanisé plus stérile, notamment) sont ainsi autant de facteurs susceptibles d’augmenter le risque de développer des allergies. Tout comme les polluants atmosphériques, tels que les particules fines (particules respirables), augmentent les risques de développer de l’asthme. Or, malgré la baisse de l’exposition aux particules dans la plupart des pays de l’OCDE, celle-ci reste supérieure aux valeurs limites fixées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la qualité de l’air12. Comment l’éducation peut-elle alors sensibiliser au mieux chacun aux liens entre notre santé et celle de notre environnement ?
Graphique 5.6. La prévalence de l’asthme augmente chez les enfants et les jeunes des économies développées
Copier le lien de Graphique 5.6. La prévalence de l’asthme augmente chez les enfants et les jeunes des économies développéesTaux de prévalence de l’asthme pour 100 000 habitants, OCDE et pays du quintile supérieur de l’indice socio-démographique (ISD), par âge (2000-21)
Note : Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : Adapté d’IHME (2024), Global Burden of Disease Results 2021, https://vizhub.healthdata.org/gbd-results/.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Se départir de notre vision anthropocentrique du monde n’a rien d’aisé. Comment l’éducation peut-elle permettre une meilleure compréhension des interdépendances entre santé humaine, animale et environnementale ? Comment peut-elle encourager une réflexion systémique et des approches interdisciplinaires, en adaptant le niveau de complexité à chaque âge ?
Comment chaque établissement d’enseignement peut-il contribuer à renforcer les liens avec la nature, à sensibiliser aux défis socio-écologiques et, plus globalement, à faire évoluer les comportements de sa communauté ? L’apprentissage en plein air, expérientiel et collaboratif peut-il y contribuer ?
Compte tenu des interdépendances entre notre santé et l’évolution de notre environnement, les établissements d’enseignement devront faire face à l’augmentation de la prévalence des allergies et d’autres problèmes de santé chez leurs élèves et leurs personnels. Comment décideurs publics et responsables de l’éducation pourront-ils alors s’assurer de leur sécurité et de leur inclusion ?
Rien ne presse, bébé ! Fertilité et santé reproductive
Copier le lien de Rien ne presse, bébé ! Fertilité et santé reproductiveEn moyenne, dans les pays de l’OCDE, les gens ont des enfants plus tard, voire pas du tout, et les taux de fécondité sont en baisse. Différents facteurs sous-tendent ces choix : évolutions de la société et du marché du travail, amélioration du niveau d’éducation et autonomisation des femmes, meilleur accès à la contraception, mais aussi évolution des préférences et inquiétudes face à l’avenir. Dans le même temps, de plus en plus de personnes ont recours à des traitements des troubles de la fertilité. Autant de tendances qui modifient en profondeur la composition des familles et des ménages. Les systèmes éducatifs sont-ils préparés aux changements démographiques en cours ? Et quel rôle doivent-ils jouer dans le soutien à la santé et aux droits reproductifs des élèves ?
Graphique 5.7. Les naissances sont moins nombreuses et plus tardives
Copier le lien de Graphique 5.7. Les naissances sont moins nombreuses et plus tardivesTaux de fécondité total et âge moyen des mères à la naissance de leur premier enfant, moyenne de l’OCDE (1990-2022)
Note : Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : OCDE (2024), Panorama de la société 2024 : Les indicateurs sociaux de l’OCDE, https://doi.org/10.1787/6af21682-fr.
En moyenne, dans les pays de l’OCDE, le taux de fécondité total a diminué de plus de moitié depuis 1960, tombant à un niveau historiquement bas, de 1.5, en 2022. Cette évolution reflète la tendance à la baisse du nombre de femmes ayant des enfants, avec une augmentation marquée du nombre de femmes sans enfant chez les jeunes générations, et parmi celles qui en ont, des naissances moins nombreuses et plus tardives. Ces 20 dernières années, les naissances sont ainsi en fort recul chez les femmes dans la vingtaine, tandis qu’elles augmentent chez celles dans la trentaine et au début de la quarantaine. Les naissances chez les adolescentes sont également en baisse. Une diminution de la fécondité qui s’explique par l’amélioration de l’accès à la contraception, l’élévation du niveau d’éducation des femmes et la difficulté de concilier vie professionnelle et familiale ; mais peut-être aussi par les nombreuses inquiétudes face à l’avenir, celles liées au climat, à l’économie, au logement et à la précarité de l’emploi influant notamment sur les normes sociales et les préférences personnelles, comme consacrer plus de temps et d’argent à chaque enfant ou rechercher son épanouissement personnel en dehors de la parentalité13.
Si avoir moins d’enfants, voire ne pas en avoir du tout, est un choix pour certains, il n’en va pas de même pour tous. Ainsi, l’âge pour fonder une famille étant de plus en plus tardif, les gens se trouvent davantage confrontés à des problèmes de fertilité et le recours aux techniques de procréation assistée ne cesse de croître. Ces techniques permettent également aux célibataires et aux couples de même sexe de devenir parents, contribuant ainsi à la diversité croissante des structures des familles et des ménages (familles non mariées, adoptives, recomposées et homoparentales, pour ne citer qu’elles). Cependant, des millions de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès aux soins de fertilité14.
Les taux de fécondité sont en outre liés à l’accès à la contraception qui, en progrès à l’échelle mondiale, continue toutefois de pâtir d’importantes disparités entre régions et niveaux économiques. Ainsi, bien que les besoins en matière de planification familiale soient de mieux en mieux satisfaits, un écart persiste entre les intentions des femmes en matière de procréation et leurs comportements contraceptifs : à l’échelle mondiale, les grossesses non désirées ont certes diminué ces 30 dernières années, mais environ la moitié restent non planifiées. L’amélioration du niveau de développement socio-économique, mais aussi de l’égalité entre les sexes, apparaît fortement corrélée à la baisse du nombre de grossesses non désirées, tandis que l’autonomisation des jeunes femmes a fait la preuve de son efficacité pour améliorer l’utilisation des contraceptifs15. Comment les établissements d’enseignement peuvent-ils, de leur côté, sensibiliser chacun à la santé reproductive et s’adapter à ces nouvelles tendances démographiques, notamment à la diversité toujours plus riche des structures familiales ?
Graphique 5.8. La prévalence de la contraception est en hausse dans le monde, mais des disparités subsistent entre les pays
Copier le lien de Graphique 5.8. La prévalence de la contraception est en hausse dans le monde, mais des disparités subsistent entre les paysPourcentage médian de la prévalence de la contraception chez les femmes âgées de 15 à 49 ans, dans le monde, par groupe de pays selon leur catégorie de revenu (1990 ; 2000 ; 2008 ; 2016 ; 2024)
Note : Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : Division de la population des Nations Unies (2024), « World Contraceptive Use », https://www.un.org/development/desa/pd/data/world-contraceptive-use.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Quelles sont les implications structurelles de la baisse des taux de natalité pour les systèmes éducatifs, notamment en termes de taille et de regroupement des établissements, de taille des classes et de groupes d’âge, ainsi que d’accès à l’éducation dans les zones rurales de plus faible densité démographique ?
Dans certains pays, les dépenses qui incombent aux ménages pour l’éducation de leurs enfants sont élevées, pouvant dissuader certains de fonder une famille (ou d’avoir plus d’enfants). Quel est donc le rôle des politiques éducatives dans l’évolution des tendances démographiques ?
Avec des naissances plus tardives et une composition des ménages en pleine évolution, les élèves ont des parents plus âgés et des structures familiales plus variées. Dans le même temps, du côté des enseignants, les congés parentaux et les responsabilités familiales peuvent être moins fréquents ou survenir plus tard dans leur carrière. Quelles en sont alors les implications au niveau du système, des classes et des établissements ?
Quel est le rôle des différents niveaux d’enseignement dans l’information et l’autonomisation des élèves afin de leur donner accès à une meilleure santé génésique et sexuelle ?
Les progrès de la médecine et de la technologie au service des handicaps
Copier le lien de Les progrès de la médecine et de la technologie au service des handicapsDans les pays de l’OCDE, environ une personne sur six vit avec un handicap. Si cette augmentation de la prévalence des situations de handicap est, dans certaines régions, en partie due au vieillissement de la population, une hausse notable s’observe aussi chez les jeunes, principalement sous l’effet de la multiplication des affections liées à la santé mentale. Or, malgré les progrès réalisés dans les domaines de l’éducation et de l’emploi des personnes handicapées, la persistance d’importantes lacunes continue de confronter nombre d’entre elles à des défis quotidiens. Les avancées de la médecine et de la technologie, notamment de l’intelligence artificielle, offrent certes de nouvelles perspectives d’améliorations. Mais les inégalités pourraient en limiter l’accès. Comment l’éducation peut-elle elle-même devenir plus inclusive tout en promouvant une dynamique plus large d’inclusion au sein de nos sociétés ?
Graphique 5.9. La proportion de personnes en situation de handicap est en hausse
Copier le lien de Graphique 5.9. La proportion de personnes en situation de handicap est en hausseÉvolution de la prévalence des situations de handicap, UE-20 (2005-18)
Note : 2005 = 100 %. Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : OCDE (2022), Disability, Work and Inclusion: Mainstreaming in All Policies and Practices, http://dx.doi.org/10.1787/1eaa5e9c-en.
Les situations de handicap peuvent résulter de nombreux facteurs, notamment de déficiences physiques, mentales, sensorielles ou cognitives, mais aussi des facteurs environnementaux et sociaux interagissant avec ces déficiences. En plus d’être majoritairement invisibles pour les autres, elles sont également difficiles à appréhender dans une perspective comparative, du fait des variations culturelles, de la stigmatisation et des divergences de mesure. Les données récentes mettent néanmoins en évidence une hausse de leur prévalence en Europe, sous l’effet du vieillissement de la population. Une augmentation notable s’observe toutefois aussi chez les jeunes adultes, en grande partie due à une multiplication des affections liées à la santé mentale. À l’échelle mondiale, cette prévalence est plus élevée chez les femmes que chez les hommes, et dans les pays à revenu élevé que dans ceux à faible revenu. Des disparités qui reflètent à la fois la plus forte prévalence de certains problèmes de santé dans les pays riches et un phénomène de sous-diagnostic dans les pays à faible revenu16.
Si les personnes en situation de handicap ont vu leur taux d’emploi s’améliorer légèrement ces dix dernières années dans les pays de l’OCDE, elles doivent néanmoins faire face à des difficultés persistantes sur le marché du travail, seules 40 % d’entre elles occupant en moyenne un emploi. Nombre d’entre elles se heurtent également à diverses discriminations et inégalités dans l’accès aux services publics et à l’éducation. Toutefois, sous l’impulsion d’initiatives internationales, de nombreux pays se sont dotés de législations et de politiques plus rigoureuses pour défendre leurs droits et leur inclusion, notamment dans l’éducation et le travail – à des degrés divers, toutefois. De leur côté, les entreprises sont aussi de plus en plus nombreuses à investir dans des pratiques de recrutement inclusives17.
Les innovations technologiques – des dispositifs d’assistance à l’amélioration de l’accessibilité des espaces publics – jouent un rôle crucial pour les personnes en situation de handicap, en permettant de lever les obstacles et d’alléger les défis auxquels elles se heurtent au quotidien, à la maison comme au travail. Capteurs portables, sous-titrage automatique, traduction en langage clair, reconnaissance par IA des formes, des objets et de la voix, ou encore dispositifs à commande vocale, sont ainsi autant d’exemples de solutions innovantes qui peuvent changer leur vie. Les innovations dans le domaine de l’IA peuvent en outre s’avérer d’une aide précieuse aux professionnels de santé dans toute la sphère diagnostique et thérapeutique. Ces dernières années, l’IA a ainsi triplé ses performances en matière de connaissances cliniques et de précision, élargissant donc ses possibilités d’application dans le domaine de la santé. Elle peut par ailleurs renforcer l’inclusivité des environnements de travail en permettant la gestion simultanée de plusieurs handicaps, une amélioration plus rapide de l’accessibilité et l’offre de solutions personnalisées moins stigmatisantes. Conscients de ce vaste potentiel, les investisseurs n’ont d’ailleurs pas tardé à augmenter leurs placements dans l’IA médicale18. Cependant, la fracture numérique peut entraver l’accès de certains à ces progrès, et la persistance de disparités sur le marché du travail est là pour nous rappeler que les personnes en situation de handicap ne profitent pas de ces avancées autant qu’elles le pourraient. Comment l’éducation peut-elle alors encourager chez chacun des attitudes inclusives et s’assurer qu’elle est elle-même un exemple d’inclusion ?
Graphique 5.10. L’IA insuffle un nouvel élan au secteur des technologies médicales
Copier le lien de Graphique 5.10. L’IA insuffle un nouvel élan au secteur des technologies médicalesNombre de dispositifs médicaux intégrant de l’IA approuvés par la Food and Drug Administration des États-Unis (2012-22)
Source : Maslej et al. (2024), The AI Index 2024 Annual Report, https://aiindex.stanford.edu/report/.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Outre les arguments éthiques en faveur de l’inclusion, différentes données empiriques mettent en évidence les meilleurs résultats des apprenants ayant des besoins éducatifs particuliers et des handicaps lorsqu’ils suivent leur éducation dans un cadre inclusif, tout en bénéficiant du soutien et des aménagements supplémentaires dont ils ont besoin. Quel type de leadership est alors nécessaire pour lever les obstacles comportementaux à cette inclusion et se défaire d’une approche uniquement centrée sur l’accès pour redonner toute sa place à la qualité ?
Les enseignants font part d’un fort besoin de formation professionnelle s’agissant de l’enseignement aux élèves ayant des besoins éducatifs particuliers et des handicaps. Quels types de protocoles, ressources, personnels et compétences sont alors nécessaires pour renforcer leur confiance en leurs capacités, leur efficacité et leurs compétences de collaboration afin de répondre au mieux à la diversité des besoins de leurs apprenants ?
Les établissements d’enseignement tirent-ils pleinement parti des avancées technologiques susceptibles d’aider les apprenants, les enseignants et les autres personnels en situation de handicap ? Quels modèles de financement peuvent garantir l’allocation des ressources nécessaires à l’offre d’une éducation réellement inclusive ? Comment la mise en place d’une approche intégrée des services de santé, d’éducation et d’emploi peut-elle y contribuer ?
Le travail de soins rémunéré et non rémunéré : en finir avec les pénuries, l’invisibilité et les disparités
Copier le lien de Le travail de soins rémunéré et non rémunéré : en finir avec les pénuries, l’invisibilité et les disparitésFace au vieillissement des populations des pays de l’OCDE, la demande de personnel soignant ne cesse d’augmenter. Dans ce contexte démographique déjà pressant, la pandémie de COVID-19 est venue exposer et aggraver plus encore les difficultés rencontrées de longue date pour attirer suffisamment de personnel dans ce secteur. Confrontés à des pénuries de personnel médical, les pays recrutent notamment de plus en plus de soignants formés à l’étranger. Or, ces métiers du soin sont principalement exercés par des femmes, elles qui consacrent déjà près de trois fois plus de temps que les hommes au travail domestique et de soins non rémunéré. Comment l’éducation peut-elle alors développer chez chacun les compétences socio-émotionnelles indispensables à tout ce qui a trait au soin et contribuer ainsi à mettre fin aux disparités qui subsistent entre hommes et femmes dans ce domaine ?
Graphique 5.11. Les migrations de travail augmentent pour pallier la pénurie persistante de personnel médical
Copier le lien de Graphique 5.11. Les migrations de travail augmentent pour pallier la pénurie persistante de personnel médicalPart de personnel médical formé à l’étranger, moyenne OCDE-27 et sélection de pays ; part de personnel infirmier formé à l’étranger, moyenne OCDE-26 (2010 ou année la plus proche ; 2022 ou année la plus récente)
Source : Adapté d’OCDE (2024), « Migration du personnel de santé », Statistiques de l’OCDE sur la santé 2023, https://doi.org/10.1787/1497601f-en.
Les besoins en soins sont voués à augmenter à mesure que les populations vieillissent, que davantage de personnes sont donc tributaires de soins de longue durée et que la disponibilité d’aidants non professionnels diminue au sein des communautés. Or, de nombreux pays sont d’ores et déjà confrontés à des pénuries chroniques dans le secteur des soins de longue durée. Le recrutement y est en effet difficile, le travail de soins se caractérisant souvent par une faible rémunération, des risques physiques et psychologiques élevés, une reconnaissance limitée et des statuts atypiques (travail temporaire, à temps partiel, sur appel ou intérimaire, entre autres). Si la part des travailleurs du secteur des soins de longue durée dans l’emploi total a augmenté de 12 % ces dix dernières années, cette croissance n’a toutefois pas suffi à faire face à la hausse de la demande. Dans la plupart des pays de l’OCDE, il est relativement facile de devenir aide-soignant. Cependant, la faiblesse des exigences de qualifications et de compétences par rapport à la complexité des tâches requises peut compromettre la qualité des soins. Une problématique qui met en avant le rôle des systèmes d’éducation et de formation pour élargir le vivier de soignants qualifiés. Les progrès technologiques – détection des chutes, gestion des traitements médicamenteux, assistants vocaux, notamment – peuvent par ailleurs faciliter l’autonomie des personnes âgées, réduisant ainsi la nécessité d’une supervision constante par des soignants19.
Dans les pays de l’OCDE, plus d’un ci nquième des travailleurs du secteur des soins de longue durée sont nés à l’étranger. Le recrutement de personnel médical et infirmier à l’étranger est ainsi d’ores et déjà devenu une solution courante pour remédier aux pénuries du secteur. Avec un tiers des médecins et un quart du personnel infirmier des pays de l’OCDE âgés de plus de 55 ans en 2023 et donc proches de la retraite, ces migrations de travail sont vraisemblablement encore amenées à augmenter pour faire face à ces départs. Une tendance toutefois susceptible d’aggraver les pénuries de personnel qualifié dans les pays d’origine et soulignant donc l’impératif d’une augmentation nette du nombre de professionnels de santé20.
Les métiers du soin sont principalement exercés par des femmes. Elles qui assument déjà 75 % du travail domestique et de soins non rémunéré dans le monde, un travail généralement négligé par les indicateurs économiques tels que le PIB. Ces disparités considérables entre hommes et femmes ne se sont que légèrement réduites au fil du temps, attestant de la persistance de normes sociales assignant à chaque sexe des rôles distincts au sein du ménage. Dans les pays de l’OCDE, les femmes consacrent ainsi en moyenne 4 heures par jour à ce travail non rémunéré (leur « deuxième journée de travail », comme on l’appelle souvent), contre 1.9 heure pour les hommes, tandis que c’est l’inverse qui s’observe pour le travail rémunéré. Plus globalement, comme les femmes assument principalement, au sein de la famille, la charge de s’occuper des enfants et des personnes âgées, elles sont plus susceptibles que les hommes de travailler à temps partiel, de travailler à domicile, de travailler et de gagner moins, ou encore de prendre leur retraite plus tôt. Si ce rôle peut, dans une certaine mesure, relever d’un choix personnel, il est néanmoins associé, lorsqu’il est trop prenant, à des effets négatifs sur la santé mentale des femmes21. L’éducation peut-elle alors promouvoir un partage plus équitable de ces responsabilités et contribuer à faire évoluer les rôles traditionnellement dévolus aux hommes et aux femmes ?
Graphique 5.12. Les progrès restent minimes sur le plan de la parité du travail domestique et de soins non rémunéré, les femmes continuant d’en supporter principalement la charge
Copier le lien de Graphique 5.12. Les progrès restent minimes sur le plan de la parité du travail domestique et de soins non rémunéré, les femmes continuant d’en supporter principalement la chargePourcentage du temps consacré au travail domestique et de soins non rémunéré, par sexe, estimations de la moyenne mondiale (2015-23)
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : Adapté de Hanna et al. (2023), Forecasting time spent in unpaid care and domestic work - Technical brief, https://data.unwomen.org/publications/forecasting-time-spent-unpaid-care-and-domestic-work.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Les systèmes d’enseignement supérieur et de formation sont-ils en mesure de répondre au besoin croissant de formation dans le domaine du médical et du soin ? Comment peuvent-ils pallier les éventuelles lacunes de connaissances et de compétences des professionnels qui ont obtenu leur diplôme dans d’autres pays ?
Comment l’éducation peut-elle déconstruire les idées reçues sur les rôles des hommes et des femmes, et développer chez un plus grand nombre d’apprenants, en particulier chez les garçons, les compétences indispensables à tout ce qui a trait au soin ? Les systèmes éducatifs peuvent-ils contribuer à améliorer l’équilibre entre les sexes dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’administration et de l’alphabétisation, ainsi que dans les métiers du soin ?
Comment les systèmes éducatifs peuvent-ils répondre aux besoins des enseignants ayant des personnes dépendantes à leur charge ?
L’accès à des services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants de qualité, à un prix abordable, pourrait réduire le temps consacré aux obligations familiales. Comment les systèmes éducatifs peuvent-ils alors œuvrer à l’amélioration de cet accès ?
Corps et esprit : à quoi ressemblera demain ?
Copier le lien de Corps et esprit : à quoi ressemblera demain ?La santé mentale est devenue un problème majeur de santé publique, avec ses nombreuses dépendances et situations de handicap. Le bien-être et la fertilité paient, de leur côté, un lourd tribut à la dégradation de notre environnement, même si certaines innovations sont porteuses d’espoir. Quant au domaine du soin, il demeure un réel défi. Avec les progrès de la technologie, ces grandes tendances sont-elles amenées à s’inscrire sous le signe de la continuité, de la transformation ou de la rupture ? Quelle incidence pourraient-elles avoir sur l’avenir de l’éducation dans chacune de ces éventualités ? Pour tenter d’y répondre, cette section présente plusieurs hypothèses d’avenir à l’horizon 2040 sous la forme de trois scénarios. Ceux-ci s’accompagnent de témoignages fictifs de différentes catégories d’acteurs de l’éducation mettant en lumière les opportunités, défis et tensions qu’ils rencontrent dans chacun d’eux. Les scénarios présentés ici n’ont pas valeur de prédiction ; ils se veulent une invitation à une réflexion sur l’avenir afin de permettre une action en conscience, dès à présent.
De la réflexion à l’action
Notes et sources
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Copier le lien de Notes← 1. IHME (2024), Global Burden of Disease Results 2021, https://vizhub.healthdata.org/gbd-results/ (consulté le 11 décembre 2024).
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