Cette section présente les principaux résultats de l’Examen environnemental de l’OCDE consacré à la Colombie. Y sont énoncées 46 recommandations destinées à aider le pays à progresser davantage dans la concrétisation de ses objectifs environnementaux et engagements internationaux.
Examens environnementaux de l'OCDE : Colombie 2026 (version abrégée)
Évaluation et recommandations
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1. Vers la croissance verte
Copier le lien de 1. Vers la croissance verteRelever les principaux défis environnementaux
En Colombie, les pressions sur l’environnement continuent d’augmenter, quoique plus lentement que la croissance économique
La Colombie est un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure dont la croissance économique a été constante au cours de la décennie écoulée. D’après les projetions, l’économie devrait croître de 2.6 % en 2026, soit à un rythme proche de la moyenne des économies comparables de la région (OCDE, 2025[1]). Malgré ces progrès, le produit intérieur brut (PIB) par habitant reste l’un des plus faibles de la zone OCDE. Les niveaux de pauvreté et d’inégalité sont élevés : ils excèdent la moyenne calculée pour la région Amérique latine et Caraïbes (région ALC).
La Colombie est riche en ressources naturelles, notamment en minéraux, métaux et combustibles fossiles. Les combustibles fossiles sont un important produit d’exportation : ils représentaient 51 % du total des exportations en 2023. Le secteur des hydrocarbures contribue grandement aux recettes de l’État, à travers le versement d’impôts et taxes, redevances et dividendes (GoC, 2025[2]). Une baisse de la demande en combustibles fossiles étant attendue du fait de la transition mondiale vers des énergies propres, le pays a besoin de diversifier son économie et de réduire sa dépendance aux fossiles. Une transition énergétique juste passe par les minéraux critiques.
Depuis 2010, plusieurs types de pression environnementale continuent de s’exacerber. La consommation intérieure de matières, les émissions de gaz à effet de serre (GES) et les approvisionnements totaux en énergie (ATE) ont augmenté, quoique plus lentement que le PIB. Entre 2010 et 2021, le découplage relatif s’est accentué pour la plupart des polluants atmosphériques, seules les émissions d’oxydes de soufre (SOx) et de monoxyde de carbone (CO) ayant accusé une légère augmentation. Les émissions de particules fines (PM2.5) ont fléchi jusqu’en 2020 avant de repartir à la hausse. La production de déchets ménagers a progressé au même rythme que la croissance économique (Graphique 1).
Graphique 1. Les pressions sur l’environnement continuent d’augmenter, quoique plus lentement que la croissance économique
Copier le lien de Graphique 1. Les pressions sur l’environnement continuent d’augmenter, quoique plus lentement que la croissance économiqueTendances du découplage, 2010-2023
Note : CO = monoxyde de carbone ; PIB = produit intérieur brut ; GES = gaz à effet de serre ; UTCATF = utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie ; PM2.5 = particules fines ; SOx = oxydes de soufre.
Source : DANE (2024), Cuenta Ambiental y Económica de Flujos de Materiales de Residuos Sólidos (CAEFM-RS) ; https://www.dane.gov.co/files/operaciones/CAEFM-RS/bol-CAEFMRS-2022pr.pdf ; IDEAM (2024), Inventario Nacional de Emisiones y Remociones de GEI (1990-2021), Primer Informe Bienal de Transparencia ; IDEAM, Minambiente, PNUD & Fundación Natura (2024), Anexo 1: Documento del Inventario Nacional de Emisiones y Absorciones Atmosféricas de Colombia, Contaminantes criterio y carbono negro (2010-2021), Primer informe bienal de transparencia (BTR 1) de Colombia ; AIE (2024), IEA World Energy Statistics and Balances ; OCDE (2024), Statistiques de l’environnement.
L’évaluation des risques climatiques et les indicateurs de l’adaptation rendent la Colombie plus à même de suivre la modification du climat et d’y répondre.
La Colombie est de plus en plus exposée et vulnérable aux risques d’origine climatique, dont l’élévation des températures, la modification des régimes de précipitations, les feux de forêt et de végétation et la multiplication des phénomènes extrêmes, comme les inondations et les sécheresses (IDEAM, 2024[3]). L’Institut d’hydrologie, de météorologie et d’études environnementales fournit, pour 2020-2100, des projections climatiques à haute résolution spatiale couvrant un large éventail de variables qui facilitent l’évaluation des risques et orientent les mesures d’adaptation. La Contribution déterminée au niveau national (CDN 2.0) présentée en décembre 2020 contient 30 cibles d’adaptation et fait la part belle aux solutions fondées sur la nature. Cela peut renforcer les synergies avec la conservation de la nature et la lutte contre la désertification. Un ensemble complet d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs a été mis au point pour suivre l’état d’avancement des efforts d’adaptation. On y trouve des indicateurs permettant d’évaluer la vulnérabilité et le risque liés au changement climatique, regroupés dans le système d’intégration d’informations sur la vulnérabilité, le risque et l’adaptation (SIIVRA). Dans la CDN 3.0, remise en septembre 2025, les cibles d’adaptation et le suivi sont rattachés de manière explicite aux huit axes stratégiques du SIIVRA. En parallèle, le système national de suivi et d’évaluation de l’adaptation, créé en 2023, offre un cadre structuré pour suivre, évaluer les progrès accomplis dans le pays et en rendre compte. Cela dit, les indicateurs de l’adaptation qui y sont retenus reposent principalement sur des données nationales qui ne font pas nécessairement apparaître les disparités régionales. D’où la nécessité de poursuivre les efforts engagés en vue de développer la dimension territoriale du système de suivi et d’évaluation, dans le prolongement de l’action menée à l’échelon infranational, notamment avec le SIIVRA. Pour suivre les progrès accomplis s’agissant de renforcer la résilience climatique, il est utile de fixer les cibles à atteindre à moyen terme afin de réduire les pertes économiques et la vulnérabilité tout en développant les capacités d’adaptation à l’horizon 2030, puis à intervalles réguliers.
Si la Colombie avance sur la voie de l’adaptation, des dispositions supplémentaires s’imposent pour renforcer la résilience face aux effets du changement climatique. Le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) de 2016 est régulièrement mis à jour. Des plans sectoriels ont également été adoptés, notamment pour l’agriculture, l’énergie et les activités extractives, le logement, la santé et l’industrie. Ils font défaut dans d’autres secteurs. La loi impose de tenir compte des risques climatiques dans les plans de développement territorial, mais les autorités locales ne s’y conforment pas de manière uniforme (OCDE, 2024[4]). Les risques liés au climat ne sont donc pas nécessairement pris en considération au moment de concevoir les projets d’aménagement de l’espace et d’infrastructure et d’en choisir le lieu d’implantation.
Il sera essentiel d’augmenter l’échelle du financement de l’adaptation et de mieux le cibler. D’après une étude, les niveaux actuels de financement correspondent à seulement un tiers du total des besoins et il faudrait que la Colombie investisse l’équivalent de 0.2 % de son PIB par an jusqu’en 2030 inclus (DNP, 2020[5]). Dans le premier Rapport biennal de transparence, le montant nécessaire pour financer les mesures d’adaptation liées à la réalisation des 30 cibles définies dans la CDN 2.0 est estimé à plus de 2 milliards USD (GoC, 2024[6]). On observe en outre une faible adéquation entre le niveau du financement de l’adaptation et celui de l’exposition aux risques d’origine climatique dans les départements du pays. Il y a donc largement matière à cibler plus judicieusement le financement de l’adaptation (DNP, 2020[7]). À cela s’ajoute que les communautés locales manquent de moyens (financiers et techniques) pour mener à bien les projets d’adaptation, ce qui empêche tout progrès.
La Colombie s’est dotée d’objectifs climatiques ambitieux qui imposent des réductions massives d’émission et d’autres mesures
En Colombie, les émissions de GES continuent d’augmenter (Graphique 2). Alors que dans la plupart des autres pays de l’OCDE, le secteur de l’énergie est le premier poste d’émissions, en Colombie, il s’agit du secteur de secteur de l’utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie (UTCATF). Ainsi, en 2021, le secteur UTCATF a été responsable de 34 % du total des émissions nettes, contre 33 % pour le secteur de l’énergie et 21 % pour l’agriculture. En 2021, également, les émissions de méthane ont représenté 27 % des émissions exprimées en équivalent dioxyde de carbone (éq. CO2). Leur part est donc globalement stable depuis 2014.
À l’échelle nationale, on observe une baisse de l’intensité carbone de l’économie, mais aussi une hausse de la consommation d’énergie, due à la croissance économique et démographique. D’après les estimations des autorités colombiennes, cette hausse de la demande énergétique se situera entre 21 % et 48 % d’ici à 2050, selon le scénario de croissance économique qui se concrétisera (AIE, 2023[8]). En 2021, les émissions dues aux transports ont été les plus importantes du secteur énergétique (15 % du total net) et celles dont la progression a été la plus rapide : 54 % entre 2010 et 2021.
L’État colombien s’étant fixé des objectifs ambitieux en matière de lutte contre le changement climatique, son cadre stratégique et institutionnel a progressivement été consolidé ces dix dernières années. Dans la CDN 2.0, l’objectif de réduction des émissions nettes de GES1 pour 2030 a été porté à 51 % par rapport au scénario de statu quo (GoC, 2020[9]). Dans la Stratégie à long terme pour le climat (E2050), adoptée en 2021, la neutralité carbone est visée pour 2050 et le plafonnement absolu des émissions prévu pour 2030. Tout cela impose une réduction massive des émissions de GES : de l’ordre de 5.4 % par an en moyenne pour l’objectif 2030, alors que les émissions ont augmenté de 1.7 % par an durant la période 2005-2020. La CDN 3.0 reprend les cibles fixées pour 2030 et en contient une nouvelle : contenir les émissions de GES entre 155 Mt éq. CO₂ et 161 Mt éq. CO₂ en 2035 (GoC, 2025[10]). Pour atteindre la cible 2035, il ne sera pas nécessaire de réduire les émissions entre 2030 et 2035 à un rythme aussi élevé que jusqu’en 2030. En revanche, il faudra accélérer les réductions d’émission après 2035 pour atteindre zéro émission nette à l’horizon 2050.
La Colombie a durci son action contre le changement climatique en recourant à la voie législative et en fixant des objectifs obligatoires. La loi sur l’action climatique adoptée en décembre 2021 reprend les engagements définis dans la CDN 2.0 et inscrit dans le droit l’objectif de neutralité carbone. La loi de 2018 relative au changement climatique impose d’élaborer des plans sectoriels de gestion du changement climatique (PIGCCS) et de définir un objectif « intersectoriel » de réduction de la déforestation. Des PIGCCS ont ainsi été adoptés pour l’agriculture, l’énergie, les activités extractives, le logement, la santé et l’industrie. D’autres secteurs clés n’en sont toujours pas pourvus, en particulier celui des transports. Plusieurs PIGCCS ont besoin d’être revus pour concorder avec les cibles définies dans la CDN. La loi de 1998 rend également obligatoire l’élaboration de plans territoriaux de gestion intégrée du changement climatique (PIGCCT). Tous les départements, sauf un, ont adopté un tel plan. Enfin, un budget carbone a été défini en 2024 pour trois premières périodes (2020-2025, 2026-2030 et 2031-2035).
Malgré les dispositions importantes prises au titre de l’action climatique, les politiques, actions et mesures d’atténuation décrites dans la CDN 2.0 n’y suffiront pas pour atteindre zéro émission nette (GoC, 2024[6]). Pour le moment, aucune action et mesure détaillée n’a été définie dans la CDN 3.0. La version actualisée de la CDN 3.0 prévue pour fin 2025 devrait contenir la description détaillée d’un portefeuille de mesures sectorielles et territoriales. Certes, le niveau des émissions colombiennes a récemment fléchi par rapport au scénario de référence retenu dans la CDN 2.0, principalement du fait de l’apparition d’une tendance à la stabilisation dans le secteur UTCATF et celui de l’énergie (Graphique 2). Il n’en faudra pas moins trouver et appliquer de nouvelles mesures d’atténuation pour réduire massivement les émissions, en particulier celles imputables à la déforestation et à l’agriculture, ainsi que pour enrayer la forte croissance des émissions dues aux transports.
Graphique 2. La Colombie a revu à la hausse ses ambitions de réduction des émissions, mais celles-ci continuent d’augmenter
Copier le lien de Graphique 2. La Colombie a revu à la hausse ses ambitions de réduction des émissions, mais celles-ci continuent d’augmenterÉmissions de GES, objectifs, projections et trajectoires indicatives vers ces objectifs, 1990-2050
Note : éq. CO2 = équivalent dioxyde de carbone ; GES = gaz à effet de serre ; UTCATF = utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie ; CDN 2.0 = Contribution déterminée au niveau national remise en décembre 2020 ; CDN 3.0 = Contribution déterminée au niveau national remise en septembre 2025. (*) Les émissions imputées au changement d’affectation des terres sont celles dues à la combustion de biomasse ainsi qu’à la conversion de terres en terres cultivées, pâturages, terres inondées, établissements et autres usages, hors conversion en terres forestières. Le scénario de référence repose sur les estimations des émissions de GES produites entre 2010 et 2014 qui figurent dans l’Inventaire national des gaz à effet de serre joint au deuxième rapport biennal actualisé. Les efforts de réduction des émissions engagés avant le 1er janvier 2015 sont pris en compte dans le scénario de référence. Le scénario d’atténuation traite de 44 mesures.
Source : Gobierno de Colombia (2020), Mise à jour de la Contribution déterminée au niveau national ; Correa-Laguna et al. (2021), Colombia's GHG Emissions Reduction Scenario: Complete Representation of the Energy and Non-Energy Sectors in LEAP ; IDEAM (2024), Inventario Nacional de Emisiones y Remociones de GEI (1990-2021), Primer Informe Bienal de Transparencia, Gobierno de Colombia (2025), Contribución Determinada a Nivel Nacional NDC 3.0 : Transformaciones para la vida.
La réalisation des objectifs climatiques suppose d’enrayer la déforestation
Il est fondamental de mettre un frein à la déforestation pour atteindre les cibles relatives au climat et à la biodiversité (chapitre 2) et, plus généralement, pour atteindre les grands objectifs environnementaux, par exemple améliorer la sécurité hydrique. Dans sa CDN 2.0, la Colombie s’est fixé pour objectif de ne pas déboiser plus de 100 000 hectares (ha) par an d’ici à 2025 (soit une réduction de 42.6 % par rapport à 2021) et de parvenir à « zéro déforestation nette » au plus tard en 20302. Dans son plan d’action national pour la biodiversité adopté en 2024, le pays a revu ses ambitions à la hausse en s’engageant à restaurer 5 millions ha et à ne pas dépasser 33 000 ha de perte de surface nette annuelle à l’horizon 2030 (GoC, 2024[11]). Dans la CDN 3.0, l’une des cibles arrêtées consiste à abaisser le taux de déboisement à un niveau compris entre 37 500 et 49 999 ha/an d’ici à 2035 et à remettre en état plus de 68 000 ha/an entre 2031 et 2035.
Une tendance générale à la baisse de la déforestation s’est amorcée en 2017, si bien qu’en 2023, la déforestation avait atteint son plus bas niveau depuis 2000. Ainsi, le niveau des émissions nettes du secteur UTCATF a diminué de 14 % entre 2017 et 2021. Plusieurs facteurs y ont contribué : le renforcement de la répression des activités illégales ; le resserrement de la coordination interministérielle ; la conclusion d’accords de paix avec les groupes armés illégaux ; l’expansion des aires protégées et la mise en place d’accords de conservation avec les populations locales, prévoyant notamment l’exécution de programmes de paiements pour services écosystémiques, à l’exemple de REM Visión Amazonía et Conservar Pagar (chapitre 2). Le tracé de la frontière agricole et l’avancée de la mise en place du cadastre polyvalent ont également contribué de manière décisive à limiter l’expansion agricole, en particulier l’expansion de l’élevage, dans les réserves forestières. Les premières données disponibles pour 2024 indiquent toutefois une reprise de la déforestation, qui, d’après les estimations, aurait augmenté de 35 % par rapport à 2023. D’où la nécessité de redoubler d’efforts et de vigilance.
Les émissions d’origine agricole continuent d’augmenter dans un contexte de trop lente mise en œuvre des mesures d’atténuation
L’agriculture compte parmi les principaux postes d’émission de GES de la Colombie. Le niveau des émissions agricoles augmente de manière constante depuis 2014, quoique plus lentement que dans d’autres postes, comme la foresterie et autres affectations des terres ou encore les déchets. La fermentation entérique, la gestion des effluents d’élevage, l’utilisation d’engrais de synthèse et la culture du riz figurent au premier rang des sources d’émission de méthane et d’oxyde nitreux (N2O). Les émissions agricoles sont principalement dues à l’élevage, surtout bovin, qui représentait 14 % des émissions totales de GES en 2021. L’élevage occupe en outre 77.2 % des terres agricoles du pays (DANE, 2023[12]) et il est l’une des principales causes de la déforestation. Le soutien à la production agricole est en recul depuis 2014 (OCDE, 2025[13]) et la Colombie engage des réformes pionnières en vue de réduire les subventions dommageables pour l’environnement dans le secteur agricole (PNUD BIOFIN, 2025[14]) (chapitre 2). En réorientant les subventions aux intrants, qui faussent le jeu du marché, vers les services d’intérêt général, le pays avancerait sur la voie d’une croissance plus inclusive et durable (OCDE, 2022[15]). Le secteur agricole reste caractérisé par la faiblesse de sa productivité (OCDE, 2022[15]), des institutions et de la gouvernance de l’occupation des sols (chapitre 2).
L’arsenal des mesures d’atténuation est essentiellement de nature réglementaire, avec par exemple, les systèmes de zonage, les plans d’occupation des sols ou encore les normes de technologie et de performance (OCDE, 2024[16]). Les PIGCCS du secteur agricole, qui ont été approuvés en 2021, prévoient notamment la mise en œuvre de mesures visant à favoriser l’intensification et la gestion durable de l’élevage, de l’agroforesterie et de la restauration écosystémique. Ils encouragent également l’application de pratiques climato-compatibles, qui permettent par exemple de mieux gérer l’utilisation des engrais et de réduire les émissions de méthane dues à la culture du riz et à l’élevage. L’élevage et les cultures essentielles font l’objet de mesures d’atténuation appropriées au niveau national (MAAN). La Politique en faveur de la durabilité de l’élevage bovin repose sur l’objectif que le secteur atteigne la neutralité carbone à l’horizon 2050, mais elle ne contient aucune cible à moyen terme. L’exécution des PIGCCS s’effectue lentement : 65 % en sont encore aux premiers stades, 26 % n’ont pas encore démarré et seulement 8 % ont été menés à leur terme. Il est nécessaire d’accélérer la régularisation foncière pour faciliter le développement rural et sectoriel. L’amélioration de la sécurité foncière favoriserait l’investissement privé et le développement des zones rurales (OCDE, 2023[17]) tout en réduisant l’attrait de l’accaparement des terres, qui participe à la déforestation.
Le but affiché par les autorités est de réduire la dépendance aux énergies fossiles, mais les mesures prises ne vont pas dans ce sens et la transition vers des énergies propres commence à peine
Rendre l’économie moins tributaire de la production et de la consommation de fossiles, au profit d’activités économiques plus soutenables, constitue le pilier central de la stratégie colombienne en faveur de la transition vers des énergies propres. Le Portefeuille pour la transition socioécologique, mis en place en 2023, vise à mobiliser 36 milliards USD pour financer la transition vers des systèmes de production plus durables. De plus, la Colombie est devenue le premier pays d’Amérique latine et le plus grand producteur de charbon et de gaz à approuver la négociation d’un traité de non-prolifération des énergies fossiles. À cet effet, le pays a annoncé qu’il ne signerait plus de nouveaux contrats d’exploration d’hydrocarbures. Les autorités ont par ailleurs recensé les régions productrices de charbon qui pourraient engager une transition vers des activités plus durables. Les baux miniers en vigueur vont progressivement arriver à expiration, jusqu’à la fin des années 2030 (Argus, 2024[18]).
Ces dix dernières années, les autorités ont eu pour objectif d’accélérer la sortie du fossile dans le secteur de l’énergie, mais cette transition se fait progressivement. Grâce à l’hydroélectricité, les renouvelables représentent une part relativement importante des ATE de la Colombie (24 %), égale à deux fois la moyenne OCDE. Celle des énergies renouvelables non conventionnelles (solaire, éolienne, géothermique3) est faible (2 %), malgré un fort potentiel de développement. La part des renouvelables est restée stable entre 2010 et 2024, alors que les ATE ont gonflé d’un tiers. La Colombie n’a pas réussi à accroître la part des énergies renouvelables non conventionnelles dans l’approvisionnement en électricité conformément à l’objectif défini dans le Plan national de développement (PND) 2018-2022.
La Colombie ayant pour but de réduire sa dépendance aux fossiles, elle doit s’engager clairement à sortir du charbon et revoir sa situation à l’égard du gaz naturel lors de la transition vers des énergies propres. La Feuille de route pour une transition énergétique juste, adoptée en 2024, décrit la stratégie globale à suivre dans plusieurs secteurs d’ici à 2050. Le but est de réduire la dépendance aux fossiles tout en soutenant la diversification de l’économie, l’inclusion sociale et la protection de l’environnement (GoC, 2025[2]). La Feuille de route trace à la voie à suivre pour sortir du charbon dans le secteur de la production d’électricité à l’horizon 2035, compte tenu des coûts d’exploitation élevés et de la fin des contrats. Pourtant, le gouvernement ne s’est pas engagé à sortir le pays du charbon à un horizon précis. Par la loi no 2128 de 2021, le gaz naturel a été déclaré ressource d’intérêt national et son utilisation encouragée (Fifth Permanent Constitutional Commission, 2021[19]). Le gaz naturel peut servir de combustible de transition, mais il faudrait gérer la dépendance à son égard en tenant compte des objectifs climatiques, conformément à ce qui est prévu dans le scénario de transition énergétique juste dont il est question dans la Feuille de route.
Plusieurs cibles ont été fixées en vue d’accroître l’utilisation des renouvelables d’ici à 2050. L’une d’elles consiste à doubler la part des renouvelables dans les ATE, en se fondant principalement sur la bioénergie et le solaire (GoC, 2021[20]). Cependant, les cibles définies se contredisent d’un texte stratégique à l’autre et ne sont pas assorties d’échéances à moyen terme4. Ainsi, la dernière version du Plan énergétique national (PEN) ne cadre pas avec les objectifs de réduction des émissions inscrits dans la CDN. Le scénario le plus ambitieux qu’il contient (« transition énergétique ») ne permettrait d’obtenir qu’une partie des réductions requises à l’horizon 2030 et 2050 (UPME, 2023[21]). Cette insuffisance est reconnue dans le PEN, où il est indiqué qu’elle met en exergue la nécessité d’accélérer la transition vers des énergies propres et l’importance de s’appuyer sur les technologies de captage, stockage et valorisation du carbone pour atteindre les cibles de réduction des émissions (UPME, 2023[21]).
La réalisation des objectifs d’économie d’énergie et de décarbonation des bâtiments, de l’industrie et des transports fixés pour 20305 exige d’accélérer les mesures d’efficience et d’électrification (AIE, 2023[8]). Les autorités ont mis en place un ensemble de stratégies et de mesures en faveur de l’efficacité énergétique. Des progrès ont été accomplis dans certains domaines, en particulier dans le secteur des bâtiments, où l’écologisation des normes et règlements de construction et l’instauration d’incitations fiscales ont donné un coup d’accélérateur à la rénovation énergétique (Banque mondiale, 2023[22]). Cela dit, il existe peu d’éléments qui montrent les effets des programmes d’efficacité énergétique et attestent leur caractère rentable (AIE, 2023[8]).
S’il existe de nouveaux instruments d’action pour accompagner la transition vers les énergies renouvelables, leur mise en œuvre soulève des obstacles techniques, financiers et sociaux. L’éventail des instruments à l’appui de la transition a été élargi, notamment avec l’adoption d’une taxe carbone ; l’élargissement des avantages fiscaux aux énergies renouvelables ; la création du FONENERGIA (Fondo Único de Soluciones Energéticas) ; et la promotion des « communautés énergétiques » pour encourager les associations de consommateurs à produire de l’énergie à partir de sources renouvelables non conventionnelles, à la commercialiser et à l’utiliser de manière rationnelle (GoC, 2023[23]). En revanche, la plupart des émissions de carbone ne font l’objet d’aucun système de tarification, ou alors soit le tarif appliqué est trop bas, soit les émissions sont dans les faits subventionnées. La Feuille de route pour une transition énergétique juste et le PEN confèrent à la taxe carbone le rôle central d’adresser au marché un signal en faveur de la décarbonation. Cela dit, ce signal-prix est affaibli par le montant peu élevé de la taxe et par l’existence d’un mécanisme de compensation (voir ci-dessous). Les énergies fossiles continuent d’attirer bien plus d’investissements que les renouvelables (voir ci-dessous).
Plusieurs autres obstacles freinent le déploiement des énergies renouvelables en Colombie. Les capacités de transport d’électricité sont insuffisantes pour desservir les sites à haut potentiel et les projets portés par les populations locales des zones reculées bénéficient souvent d’un faible soutien, ce qui retarde la délivrance des autorisations (AIE, 2023[8]). Pour réussir la transition vers des énergies propres, le pays devra également mobiliser des fonds supplémentaires, notamment auprès du secteur privé.
La pollution atmosphérique constitue un lourd fardeau sur la santé publique et l’économie colombiennes, ce qui plaide en faveur d’un renforcement du cadre réglementaire et financier
Bien que la part des communes qui dépassent les seuils réglementaires de PM2.5 ait chuté par rapport à 2017 (Garzón Herrera and Buitrago Mesa, 2024[24]), la pollution atmosphérique continue de poser un grave problème pour la santé publique et pour l’environnement en Colombie. Elle fait peser un lourd fardeau économique : d’après les estimations, les dépenses de protection sociale induites par les décès prématurés dus à l’exposition aux PM2.5 ont représenté 2.9 % du PIB national en 2019 (OCDE, 2025[25]), et, en 2023, plus de 7 000 décès prématurés auraient pu être évités si la qualité de l’air avait été conforme aux valeurs recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) (Garzón Herrera and Buitrago Mesa, 2024[24]).
La pollution intérieure reste une grande source de préoccupations pour la santé dans les zones rurales, où l’accès à des technologies de cuisson propres est limité et où le bois de feu demeure le combustible privilégié (IDEAM et al., 2024[26]). En 2021, les sources résidentielles fixes, qui concernent en premier lieu la cuisson des repas, ont été responsables de 59 % des émissions de PM2.5, principalement du fait de la consommation de bois de feu (IDEAM et al., 2024[26]). Le but poursuivi à travers le Plan national de substitution du bois de feu (PNSL) est d’assurer l’accès universel à des énergies de cuisson propres et économiques à l’horizon 2050, en accordant une attention prioritaire aux populations vulnérables des zones rurales, au regard du type de combustible consommé, de l’infrastructure et de l’accès au gaz. Il vise à réduire la consommation de bois de feu de 87 % grâce au recours à d’autres combustibles, comme le biogaz et l’hydrogène et chiffre à 1 700 milliards COP les avantages escomptés sur les plans social et économique (UPME, n.d.[27]). À cet effet, il prévoit de tirer parti des dispositifs d’aide existants, dont le Programa Piloto en place pour le gaz de pétrole liquéfié (AIE, 2023[8]), pourtant en proie à des difficultés liées aux calendriers des projets et aux retards budgétaires et financiers (Zapata Quinchía, 2024[28]). Pour l’efficacité et la pérennité du PNSL, il est essentiel que les moyens promis soient alloués en temps utile dans leur totalité.
Pour diviser par deux les conséquences de la pollution atmosphérique sur la santé d’ici à 2040, ainsi qu’elle s’y est engagée (MinAmbiente, 2025[29]), la Colombie doit impérativement continuer de renforcer ses cadres institutionnels, réglementaires et financiers aux fins d’une gestion efficace de la qualité de l’air. La Politique de prévention et de maîtrise de la pollution atmosphérique (document CONPES 3943) énonce les différentes étapes techniques à franchir pour améliorer la qualité de l’air en fonction du contexte. En 2024, des progrès notables avaient été accomplis dans la réalisation de la plupart des objectifs définis. Les efforts se poursuivent, mais de manière inégale, en particulier au niveau local, en raison de la persistance de contraintes liées aux institutions, aux ressources et aux capacités.
La Colombie a fait siennes une partie des cibles intérimaires de l’OMS relatives à la pollution de l’air et les a intégrées dans sa réglementation en adoptant la résolution no 2254 de 2017. Pourtant, les normes nationales de qualité de l’air relatives aux M10, PM2.5 et NO2 restent en deçà des niveaux recommandés. Le pays devrait s’efforcer de s’en rapprocher progressivement, en se fixant des objectifs intermédiaires et réalistes selon le contexte national et l’évolution des capacités. Il devrait également continuer d’étendre le champ d’application du système de suivi national, en particulier pour y inclure les polluants atmosphériques trop peu suivis. En effet, cela est essentiel pour une gestion plus efficace de la qualité de l’air et des risques connexes pour la santé.
La Colombie devrait engager en priorité des politiques robustes et intégrées pour réduire les émissions de polluants atmosphériques dues aux transports et soutenir la réalisation des objectifs climatiques
Entre 2015 et 2021, si les émissions de PM10 et PM2.5 ont diminué, celles des polluants atmosphériques considérées dans leur globalité ont augmenté, avec des taux plus élevés pour le monoxyde de carbone et les composés organiques volatils non méthaniques (COVNM). Les émissions de combustion restent l’une des principales sources de la pollution de l’air. Les transports sont la première cause d’émissions d’oxydes d’azote (NOx), de COVNM et de monoxyde de carbone. Les efforts de réduction des émissions doivent donc porter en priorité sur ce secteur. En revanche, les émissions de SO2 sont surtout le fait des industries de l’énergie, des activités de fabrication et du secteur de la construction.
La Colombie a accompli des progrès importants dans le traitement du problème des émissions de sources fixes : par exemple, elle a fait avancer la réglementation dans le secteur industriel en actualisant la résolution no 909 de 2008 ainsi que le protocole relatif au suivi et au contrôle de la pollution atmosphérique due à des sources fixes. Cependant, les limites d’émission appliquées ne concordent pas avec les meilleures techniques disponibles (MTD) (voir ci-dessous). Dans le secteur des transports, les normes applicables aux véhicules et aux carburants ont été durcies, avec l’adoption de limites d’émission plus contraignantes. La Colombie a atteint la cible énoncée dans le PND 2018-2022 en enrichissant le parc national de plus de 6 600 véhicules électriques (VE) (AIE, 2023[8]). Il s’agit toutefois d’une avancée limitée par rapport à l’objectif de 600 000 énoncé pour 2030 dans la loi no 2169 et la CDN 2.0. En 2024, les VE ont représenté environ 1.1 % des véhicules neufs immatriculés, avec un total de 38 057 unités sur plus d’un million. Cela correspond à seulement un peu plus de 6 % de l’objectif fixé pour 2030 (RUNT, 2024[30]).
La fiscalité automobile n’incite guère au renouvellement du parc (voir ci-dessous). Il y a lieu d’encadrer de façon plus ciblée les motocycles, qui représentent 62 % des véhicules en circulation dans le pays et qui étaient responsables de 33 % des émissions de COVNM et de 25 % des émissions de monoxyde de carbone en 2021 (IDEAM et al., 2024[26]). Dans les zones urbaines densément peuplées comme Bogotá, la mise en place de dispositifs complémentaires – comme les zones à faibles émissions (Miguel Muñoz, Poveda and Gil, 2024[31]) et les péages de congestion – encouragerait davantage le renouvellement du parc automobile et le renoncement à la voiture particulière aux heures de pointe (voir ci-dessous). Il est par ailleurs impératif de mieux faire respecter les normes d’émission des véhicules et de renforcer les contrôles techniques. En 2024, en effet, plus de la moitié des véhicules immatriculés n’avaient pas passé le contrôle technique obligatoire (RUNT, 2024[30]).
La Colombie a bien avancé dans l’électrification des transports publics, mais la tâche est loin d’être terminée. Il est désormais inscrit dans la loi que les systèmes de transport collectif ont l’obligation de parvenir progressivement à un parc de véhicules à zéro émission, de même que des mesures ont été prises pour faciliter le co-financement de la mobilité électrique des transports publics. Une meilleure connectivité et fiabilité des modes de transport durables – aux niveaux régional et interrégional – aiderait à réduire la dépendance à la voiture. En parallèle, il est essentiel de s’attaquer aux problèmes liés à la sécurité routière et à l’inégalité en matière d’accès aux infrastructures, tout en intégrant la question de la mobilité active dans la politique climatique nationale, pour rendre la mobilité urbaine moins polluante et plus inclusive. Il est par ailleurs indispensable d’accélérer le déploiement de l’infrastructure de recharge pour stimuler la généralisation des véhicules électriques.
Les menaces qui pèsent sur la qualité de l’eau et les pénuries d’eau locales mettent à rude épreuve la gestion de l’eau
La Colombie fait partie des pays du monde les mieux dotés en ressources en eau. Pourtant, le problème de la rareté de l’eau se pose sur une partie de son territoire. Les pénuries locales perturbent fortement l’approvisionnement en eau, comme récemment à Bogotá, où la population a été soumise à un rationnement de l’eau. De même, la qualité de l’eau est menacée de toutes parts, notamment du fait de l’abattage bovin, des activités de transformation du café et des eaux usées produites par les ménages (IDEAM, 2023[32]). À cela s’ajoute la pollution par les métaux lourds, due à l’extraction d’hydrocarbures (Arias and Andrea, 2017[33]). Les rejets de pesticides et de mercure, dont l’orpaillage illégal est en partie responsable, posent également problème. En 2022, la qualité de l’eau était « mauvaise » dans un quart des zones surveillées au regard de l’Indice de la qualité de l’eau6 (IDEAM, 2023[32]). Pour y remédier, il conviendrait d’élargir le système de suivi national et régional de la qualité de l’eau pour qu’il fournisse des informations plus détaillées sur la charge de pollution des communes et bassins d’affluent (IDEAM, 2023[32]).
La Colombie a grandement avancé dans l’encadrement de la gestion de l’eau, en mettant l’accent sur la restauration des écosystèmes d’eau douce, la protection des bassins versants, les normes relatives à la qualité de l’eau et l’amélioration de la surveillance. La gestion des ressources en eau fait également partie des grands piliers du PND 2022-2026, qui place l’eau au centre de l’aménagement du territoire. Un élément clé de la stratégie d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à ses effets consiste à renforcer la protection des sources d’eau douce vitales que sont les páramos. Les activités extractives ont été interdites dans les zones humides d’importance internationale inscrites sur la liste Ramsar, et les droits d’extraction supprimés dans certains cas.
Bien que vaste et détaillé, le cadre réglementaire qui régit la qualité de l’eau présente des défauts, qui tiennent à la faiblesse des institutions, à l’insuffisance des systèmes de contrôle et de respect de la conformité et à l’influence des groupes d’intérêt. Ces défis participent à la détérioration de la qualité de l’eau, conjointement avec les pressions grandissantes qu’exercent la croissance de la population et le développement de l’activité économique (Tobón-Orozco and Vasco Correa, 2021[34]).
Plusieurs mécanismes permettraient de tirer des revenus de la protection des ressources en eau, mais ils ne sont pas exploités au maximum de leur potentiel. Ainsi, quiconque utilise la ressource en eau doit s’acquitter d’une redevance de prélèvement (au titre de la consommation d’eau), tandis que les rejets des sources ponctuelles sont soumis à une redevance de pollution (à titre de sanction) en fonction de la charge polluante totale. Les recettes ainsi générées servent à financer la protection des ressources en eau. Cependant, le faible niveau des montants et du taux de collecte de ces redevances contribue à l’utilisation non rationnelle de l’eau et n’a guère d’effet incitatif en faveur de la réduction de la pollution (Banque mondiale, 2020[35]). Le produit de ces redevances ne couvre qu’une fraction des coûts induits par la gestion des ressources en eau. En outre, dans tout projet autorisé qui touche aux ressources en eau douce, il est obligatoire d’affecter au moins 1 % du montant total investi à la protection du bassin versant. Il existe donc un important potentiel de financement de la gestion des ressources en eau. La réalisation de ce potentiel est toutefois fortement entravée par le niveau élevé de non-respect de l’obligation du 1 %, par les failles du droit ainsi que par l’ampleur des retards accusés dans l’approbation des plans d’indemnisation et leur exécution (ANLA, 2021[36]; Contraloria General De La Republica, 2023[37]).
L’accès à l’eau potable et à l’assainissement s’élargit lentement et les disparités en la matière creusent les inégalités
Ces dix dernières années, l’amélioration de l’accès à des services d’alimentation en eau potable et d’assainissement gérés en toute sécurité a marqué le pas, laissant la Colombie à la traîne par rapport aux pays comparables de la région (Graphique 3). En 2022, seulement 74 % de la population avait accès à des services d’alimentation en eau potable gérés en toute sécurité, et 18 % à des services d’assainissement gérés en toute sécurité. Dans les deux cas, cela représente une légère hausse par rapport à 2012. Comme dans bien d’autres pays, l’accès aux services d’alimentation en eau et d’assainissement est bien plus important en milieu urbain qu’en milieu rural. La qualité de l’eau potable est un sujet de préoccupation dans plusieurs départements du pays, les normes nationales en la matière n’étant pas satisfaites dans une grande partie des zones rurales. La qualité de l’eau potable est certes surveillée à l’échelle nationale, mais le système en place est très lacunaire sur le plan de la notification (INS-MINSAL, 2024[38]). La part des eaux usées traitées est relativement faible et les déperditions d’eau dans les réseaux de distribution sont importantes. En 2021, dans les zones urbaines, seulement un peu plus de 70 % des eaux usées étaient collectées, et 32 % traitées (Graphique 3). L’objectif d’adaptation fixé dans la CDN 2.0 à cet égard est de parvenir à traiter 68 % des eaux usées domestiques urbaines en 2030, soit plus du double qu’actuellement.
Graphique 3. En matière d’accès à des services d’alimentation en eau potable et d’assainissement gérés en toute sécurité, la Colombie est à la traîne des pays comparables de la région
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Note : Partie A : L’eau de surface désigne l’eau provenant des fleuves, cours d’eau et sources. Partie C : Les données sur le traitement des eaux usées se rapportent uniquement aux centres urbains. Il s’agit d’estimations établies sur la base du total des débits traités rapporté au volume total des effluents.
Source : OMS/UNICEF (2023), Programme commun de suivi de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de l’hygiène ; OCDE (2024), Statistiques sur l’environnement.
Depuis 2012, on observe un recul des investissements dans les infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement. En 2019, ces investissements n’ont représenté que 37 % du total enregistré en 2012. C’est nettement en dessous des niveaux requis pour atteindre les Objectifs de développement durable relatifs à l’approvisionnement en eau et à l’assainissement. Il y a lieu d’améliorer l’efficience des investissements publics, la coordination entre les nombreux acteurs du secteur et la diversification des sources de financement commercial.
Bien qu’ayant augmenté, les tarifs des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement sont inférieurs à la moyenne calculée pour les pays de la région ALC qui sont membres de l’OCDE ainsi qu’aux tarifs pratiqués dans les pays comparables de la région, à savoir le Chili et le Costa Rica. Les ménages à faible revenu bénéficient d’aides directes pour financer leurs frais de subsistance. S’y ajoutent les subventions croisées qui permettent un cofinancement par les ménages à revenu élevé et les clients commerciaux. Cependant, ce système de subventionnement est régressif et mal ciblé. Il conviendrait de le réformer afin qu’il bénéficie davantage aux personnes les plus vulnérables. Il faudrait en outre élargir les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement et en améliorer la qualité afin de réduire la dépendance à l’égard d’autres sources d’eau, coûteuses (Pérez-Urdiales and Ramos dos Santos, 2024[39]).
La production de déchets augmente et leur collecte est assurée de manière inégale : cela met à mal les ambitions d’économie circulaire et impose l’aménagement d’infrastructures inclusives
La Colombie a renforcé ses systèmes d’information sur les déchets avec la création du Compte environnemental et économique de flux de déchets solides (CAEFM-RS) ; du Registre des rejets et transferts de polluants et du Système d’information sur l’économie circulaire. Tout cela a permis d’améliorer le suivi des principaux indicateurs ainsi que la traçabilité. Il n’en demeure pas moins des lacunes importantes dans les données. Les principaux flux de déchets – déchets de construction et de démolition, résidus agricoles et sous-produits des activités extractives – ne transparaissent toujours pas dans les ensembles de données nationaux. De plus, les données officielles sur la production et la valorisation des déchets incluent les déchets solides qui, même s’ils entrent en ligne de compte dans l’économie circulaire, n’appartiennent pas à la catégorie des déchets selon les méthodes appliquées par l’OCDE7. Cela limite les possibilités d’établir des comparaisons internationales et peut fausser le suivi des résultats. À des fins de cohérence, il conviendrait donc d’harmoniser, voire de regrouper, les données fournies par les institutions et systèmes d’information.
Avec 48 % des déchets solides directement mis en décharge (DANE, 2024[40]), la croissance de la production de déchets met à rude épreuve des capacités d’élimination déjà limitées. En 2023, près d’un tiers des décharges en service avaient encore moins de trois ans d’exploitation devant elles et une proportion similaire était dépourvue d’autorisation. Cela montre combien il est urgent d’accélérer les efforts pour passer à un système de traitement des déchets plus durable. Le pays se détourne progressivement des méthodes traditionnelles d’enfouissement des déchets au profit des parcs technologiques et environnementaux (PTE), dont la mission est de traiter et de valoriser 20 000 tonnes de déchets organiques biodégradables par site et par an.
La Colombie s’est également dotée de plans de fermeture de décharge, mais leur exécution a laissé à désirer. En principe, la fermeture de décharges est l’occasion de prendre des mesures d’adaptation et d’atténuation fondées sur la nature, telles que celles préconisées dans les Mesures d’atténuation appropriées au niveau national à l’égard des déchets solides municipaux. Cela doit également permettre de réduire le nombre de décharges à ciel ouvert. Le programme Basura Cero (zéro déchet) définit le cadre dans lequel mettre progressivement fin à l’enfouissement des déchets et avancer dans la réalisation des objectifs de la Colombie en matière d’économie circulaire. À ce jour, il a permis de financer 12 projets de valorisation, pour un investissement total de près de 119 milliards COP. Sa bonne exécution supposera toutefois une coordination plus forte, des objectifs de court et moyen termes clairs et mesurables ainsi qu’une adéquation avec la Politique de croissance verte et avec la Stratégie pour une économie circulaire, entre autres choses.
La collecte et le tri des déchets continuent de poser des défis de taille, en particulier dans les zones rurales et éparses. Lors de la campagne 2024 de l’Enquête sur la qualité de la vie, 53 % des ménages interrogés ont déclaré trier leurs déchets, suivant les règles édictées en la matière et le code couleur national. Pourtant, à cause du manque d’infrastructures et de coordination, il n’est pas rare que les déchets se retrouvent mélangés au moment de leur élimination, ce qui érode la confiance du public et sa participation sur le long terme. Si les services officiels d’assainissement couvrent 98 % des ménages urbains, près de 70 % des communes rurales font état d’un taux de collecte inférieur à 30 % (Superservicios, 2024[41]). Ainsi, plus de la moitié des ménages ruraux brûlent leurs déchets et 17 % recourent au dépôt sauvage ou à des services informels (DANE, 2024[42]). Pour obtenir des avancées pérennes, il est donc impératif de renforcer et d’élargir les services de collecte sélective et de traitement sélectif des déchets.
Entre 2012 et 2022, le taux de recyclage a augmenté, passant de 9.5 % à 16 %. Il est donc en bonne voie d’atteindre 17.9 % d’ici à 2030, conformément à l’objectif énoncé dans la Politique de croissance verte (DANE, 2024[40]). L’incinération avec valorisation énergétique concerne 30 % des déchets traités, alors que le biogaz ne représente que 1 % des ATE (CONPES, 2023[43]). Au total, 96 % des communes dotées de programmes de valorisation des déchets ont adopté un plan de gestion intégrée des déchets solides (PGIRS) qui met l’accent sur le rôle central de ces programmes (CEPALC, 2021[44]). Pourtant, dans 39 % des cas, les plans ne sont pas à jour, et bien souvent, ils ne sont pas assez utilisés à des fins de réglementation et d’évaluation (DNP, 2019[45]).
La tarification des services d’assainissement ne permet pas d’en garantir la viabilité financière et la gravité de ce problème varie fortement selon les communes. Les tarifs appliqués ne couvrent que 16 % des coûts d’exploitation des organisations de récupérateurs professionnels (Organizaciones de Recicladores de Oficio, ORO). Ces recettes ne suffisent pas pour financer les frais de base, qui incluent la collecte, le transport et la rémunération aux pièces. En conséquence, la viabilité financière des ORO dépend largement des recettes tirées de la vente des matières (DNP, 2019[45]). Bien que tous les ménages doivent acquitter une redevance d’assainissement, son montant cadre rarement avec la totalité des services de traitement et de valorisation qui sont fournis (DNP, 2019[45]). Il y a donc lieu de revoir en détail les systèmes de redevance afin qu’ils tiennent mieux compte de tous les coûts et avantages du traitement et de la valorisation des déchets. À cette occasion, il faudrait modifier les formules de calcul des redevances d’utilisation en tenant compte de la réalité de la situation en matière de couverture et de traçabilité. Il faudrait également prendre en considération les montants déduits au titre des recettes tirées de la vente des matières récupérées et des sous-produits. Enfin, il faudrait faciliter la mise en place de programmes de tarification incitative adaptés au contexte afin d’encourager le tri à la source et de stimuler l’investissement dans les infrastructures de valorisation (Svatikova, Brown and Börkey, 2025[46]).
Responsables de plus de 65 % des volumes de matières plastiques récupérées, les récupérateurs informels occupent une place centrale dans le système colombien de recyclage (Lesmes and Reyes, 2025[47]). Ce rôle est de plus en plus reconnu, comme l’attestent les récentes réformes juridiques et initiatives privées, qui ont amélioré l’efficience et la traçabilité de leurs activités ainsi que leurs conditions de travail. Cela dit, il y a encore matière à modifier le statut des récupérateurs informels de déchets, tant pour améliorer leurs moyens d’existence que pour renforcer le secteur. Les principaux problèmes à surmonter à cet égard résident dans le caractère incomplet du registre à contrôler, le manque de fiabilité des données, la faible traçabilité des matières récupérées et les obstacles liés à l’éducation, au financement et aux moyens techniques. En outre, l’effondrement des prix du PET, le caractère restrictif des itinéraires de collecte et la fragmentation de la gouvernance – sans oublier la concurrence pour les matières recyclables – ont dégradé les conditions d’existence des récupérateurs et réduit l’accès à la ressource. Outre la reconnaissance officielle en cours, le renforcement du secteur exige le versement de rémunérations équitables et adéquates, l’amélioration du tri des déchets dans les zones résidentielles, une meilleure traçabilité des matières ainsi qu’un contrôle et un suivi plus robustes de la part des autorités. Tout cela devrait s’inscrire dans un cadre uniforme.
Pour avancer dans la réalisation des objectifs d’économie circulaire, il faut envoyer des signaux économiques plus forts et utiliser de manière stratégique les outils de planification de la gestion des déchets municipaux
La Colombie a accompli des progrès louables sur la voie de l’économie circulaire, mais des points clés méritent toujours l’attention. En 2024, le pays avait atteint 82 % des cibles institutionnelles fixées dans la Politique nationale de gestion intégrée des déchets solides. Les objectifs de la Politique de croissance verte concernant l’économie circulaire ont tous été remplis, les derniers points devant être réglés avec les prochaines mises à jour de la loi (DNP, 2024[48]). Des éléments attestent toutefois qu’il demeure une fragmentation institutionnelle, un manque de clarté dans les missions municipales et des lacunes dans la coordination interinstitutions. À la suite d’une évaluation à moyen terme de la Stratégie nationale pour une économie circulaire (ENEC), en 2024, la Colombie a mis à jour sa feuille de route pour l’économie circulaire en 2025, afin d’en renforcer la mise en œuvre et d’apporter des réponses aux problèmes persistants.
Si les mesures préventives ont une incidence favorable, il y a lieu d’engager des démarches plus durables pour avancer sur la voie de l’économie circulaire. Les mesures préventives ont permis d’obtenir des progrès notables, à l’exemple de la taxe sur les emballages plastiques à usage unique. Cela dit, vu que les déchets organiques représentent près de 61 % des déchets solides urbains qui sont produits en Colombie, il est urgent d’agir pour gérer plus durablement ce type de déchets. L’objectif fixé dans la Stratégie nationale pour une économie circulaire est d’accroître de 20 % d’ici à 2030 la quantité de biomasse récupérée à des fins énergétiques et agricoles. À cet effet, le Plan d’action 2022 pour une gestion durable de la biomasse résiduelle a été adopté. Il vient compléter le Programme national d’agro-écologie, qui prône l’utilisation des bio-intrants en remplacement des produits agrochimiques. Il s’ajoute aussi aux instruments d’aménagement du territoire, en facilitant l’affectation des terres au profit des infrastructures de gestion des déchets organiques de proximité. Toutefois, l’absence de système centralisé de suivi des activités de production et de valorisation des déchets organiques rend difficile de bien concevoir et appliquer les mesures voulues.
Six programmes post-consommation, officiellement qualifiés de programmes de REP, ont vu le jour dans le cadre plus général de l’action menée dans le pays en faveur de l’économie circulaire. Il y a matière à élargir ces plans à d’autres secteurs, dont celui des textiles, où des efforts dans ce sens sont déjà en cours. Des programmes de REP renforcés devraient faire intervenir des outils économiques qui correspondent au degré de maturité atteint par le secteur. Les filières parvenues à maturité, comme celles des emballages et de l’électronique, gagneraient certainement à disposer d’un système à contributions modulées favorisant l’écoconception et la réparabilité, qui s’inspirerait des systèmes de bonus-malus appliqués ailleurs dans le monde (Brown, Laubinger and Börkey, 2023[49]). Les filières moins avancées pourraient, plus simplement, commencer par faire prélever en amont des redevances d’élimination afin d’internaliser les coûts de la gestion des produits en fin de vie.
Malgré certains progrès, le recours aux instruments économiques n’est pas suffisant pour créer un élan national vers une économie circulaire. La Mesure incitative en faveur de la valorisation et du traitement des déchets (Incentivo de Aprovechamiento y Tratamiento de Residuos Sólidos, IAT), mise en place en 2019, s’est traduite par l’application d’une surtaxe – actuellement égale à environ 1.5 USD par tonne – qui constitue un pas dans la bonne direction. Cette surtaxe incite à réduire la production de déchets et à moins compter sur la mise en décharge, tout en générant des recettes utiles pour financer des projets de valorisation (Carolina et al., 2023[50]). Cependant, elle n’est applicable que si le PGIRS de la commune comporte un volet « valorisation ». De même, un plan d’aménagement du territoire obsolète en compromet la bonne mise en œuvre. Ces situations limitent la possibilité de bénéficier de financements et empêchent l’expansion officielle des infrastructures de valorisation.
Améliorer la gouvernance et la gestion de l’environnement
Il faudrait que la Colombie mène à bien rapidement les réformes visant à étendre l’attribution des autorisations environnementales et comble les lacunes des projets hérités du passé
La Colombie a progressivement amélioré son système d’autorisations environnementales afin de se conformer à la Recommandation du Conseil concernant l’évaluation des projets, plans et programmes ayant des incidences sensibles sur l’environnement (OECD/LEGAL/0172). Cependant, ce système d’autorisations ne s’applique toujours pas à des secteurs et activités économiques clés dont l’impact sur l’environnement est pourtant potentiellement élevé. Il s’agit là d’une grande lacune qu’il faudrait combler rapidement en engageant les réformes voulues.
Des lacunes importantes subsistent dans les projets qui ont été engagés avant l’entrée en vigueur de la loi no 99 de 1993 et qui sont régis par un régime transitoire moins strict. On en recense 621 de grande ampleur – dont 441 dans le secteur des activités extractives – qui sont menés sans mise à jour des autorisations et ne sont pas soumis aux normes environnementales en vigueur. En raison du caractère inadéquat des mesures d’évaluation et de contrôle, cet état de fait accroît les risques environnementaux. La Colombie pourrait renforcer encore la procédure de délivrance des autorisations environnementales. À cette fin, elle pourrait procéder à des évaluations périodiques en utilisant des indicateurs de pollution et de réduction des risques afin d’évaluer la performance environnementale des activités soumises à autorisation et l’efficacité du système de délivrance d’autorisations aux niveaux national et régional.
Les études d’impact sur l’environnement devraient prévoir l’examen des solutions alternatives et il faudrait instaurer une obligation légale claire en ce qui concerne les évaluations environnementales stratégiques
En Colombie, les études d’impact sur l’environnement sont essentielles pour déterminer quels projets à fort impact doivent faire l’objet d’une autorisation. Il est toutefois possible que d’autres mesures soient de rigueur. Outre les études d’impact sur l’environnement, un diagnostic environnemental des alternatives peut être nécessaire pour recenser les solutions à moindre risque. La méthodologie générale actualisée pour les études d’impact sur l’environnement, conforme aux engagements pris par la Colombie auprès de l’OCDE, fait actuellement l’objet d’une consultation publique et devrait être terminée fin 2026. Avec cette nouvelle méthodologie, les lignes directrices et procédures seront harmonisées et il sera obligatoire d’évaluer les solutions alternatives en matière de conception, de technologie et d’emplacement des projets pour lesquels, auparavant, il n’y avait pas à faire le diagnostic environnemental des solutions alternatives. De même, la Colombie est tenue d’informer les pays voisins lorsque l’impact des projets est susceptible de dépasser ses frontières nationales.
Les diagnostics environnementaux des solutions alternatives et les études d’impact sur l’environnement doivent prévoir une évaluation économique fondée sur une analyse coûts-avantages et une analyse multicritères. Cependant, les analyses coûts-avantages ne sont pas efficaces lorsqu’il s’agit d’évaluer les avantages environnementaux non marchands, la variabilité des taux d’actualisation sociaux et les biais des parties prenantes susceptibles d’exister dans les hypothèses. Il est recommandé d’adopter des valeurs de référence officielles pour les analyses coûts-avantages afin de préciser les coûts externes marginaux associés aux prix non marchands (par exemple, le coût social des GES) et d’harmoniser les taux d’actualisation.
La Colombie a bien réalisé des évaluations environnementales stratégiques (EES) dans différents secteurs, mais de façon hétérogène. Ces évaluations ont eu lieu dans plusieurs secteurs, dont ceux des transports, des activités extractives, de l’énergie, de l’agriculture, du tourisme et de la santé environnementale, ainsi que dans des régions comme celles des côtes pacifique et caraïbe. Bien qu’ayant contribué à intégrer les critères environnementaux dans la planification, elles ne sont pas requises par la loi, ce qui fait que leur utilisation n’est pas homogène. Pour renforcer l’impact des évaluations environnementales stratégiques, la Colombie devrait les rendre obligatoires dans la loi. Ainsi, les considérations environnementales seraient systématiquement prises en compte dans tous les secteurs et à tous les niveaux de gouvernance, ce qui aiderait à avancer vers un développement plus durable.
Les meilleures techniques disponibles devraient servir de référence en matière de normes d’autorisation et être mises à jour régulièrement
L’adoption et la révision régulière des meilleures techniques disponibles (MTD) pourraient renforcer les procédures de délivrance d’autorisations et de permis. Les normes et pratiques liées aux meilleures techniques disponibles (MTD) doivent aider les secteurs à adopter les techniques les plus avancées et les plus efficaces de réduction des émissions, de façon à limiter le rejet de polluants nocifs dans l’air, l’eau et le sol. Néanmoins, en comparant certaines des normes d’émission applicables à différentes activités avec les normes fondées sur les MTD, on constate un écart en termes de rigueur. Pour renforcer son système d’autorisations et de permis, la Colombie devrait adopter une approche fondée sur les MTD. À cette fin, il faudrait définir des conditions d’autorisation fondées sur les MTD (y compris des valeurs limites d’émission), fixer des exigences techniques et d’entretien, prévoir des obligations de suivi et de notification et mettre en place des mesures d’utilisation rationnelle des ressources. L’adoption de normes liées aux MTD améliorerait les résultats environnementaux et favoriserait la réalisation des objectifs climatiques et l’adoption des technologies émergentes. Les MTD devraient être mises à jour régulièrement pour tenir compte des avancées technologiques.
Renforcer la cohérence des politiques en faveur d’une croissance verte
Une réforme complète de la fiscalité et des subventions est nécessaire pour aligner les signaux-prix sur les objectifs environnementaux de la Colombie
Si la Colombie a pris des dispositions pour rendre son système fiscal plus écologique et réduire les subventions aux combustibles fossiles en place de longue date, d’autres réformes s’imposent. Renforcer et améliorer la manière dont est conçue la fiscalité environnementale, tout en supprimant les subventions aux combustibles fossiles et les avantages fiscaux inefficaces, devrait être au centre d’un vaste processus — indispensable — de réforme fiscale et d’assainissement budgétaire. Ces réformes devraient également rendre le système fiscal plus efficace, plus équitable et plus favorable à la croissance (OCDE, 2024[4]). La transition mondiale vers des énergies propres rend nécessaire d’engager une transition fiscale et économique progressive pour réduire la dépendance vis-à-vis des recettes publiques tirées de l’exploitation des ressources fossiles.
La Colombie devrait poursuivre ses efforts visant à éliminer les subventions aux combustibles fossiles. Le pays subventionne depuis longtemps la consommation d’énergie associée aux transports et aux usages résidentiels. Ces subventions affaiblissent l’effet incitatif des dispositifs en faveur de l’efficience énergétique et de la substitution des combustibles, elles constituent un fardeau pour les finances publiques et elles sont régressives. Les subventions accordées aux fournisseurs de services énergétiques visant à maintenir les prix de l’électricité et du gaz à des niveaux bas sont mal ciblées et ne profitent pas assez aux ménages à faible revenu (AIE, 2023[8]; OCDE, 2024[4]). En 2023, le gouvernement colombien a pris une mesure bienvenue en supprimant les subventions sur l’essence accordées par l’intermédiaire de son fonds de stabilisation des prix des produits énergétiques. Plus récemment, il a également réduit les subventions sur le gazole accordées aux gros consommateurs, qui restent toutefois considérables. Dans la pratique, le gazole continue d’être le plus souvent acheté à des prix inférieurs au prix coûtant lorsque les cours mondiaux du pétrole sont élevés. La suppression des subventions sur l’essence a considérablement réduit le coût budgétaire des subventions aux produits énergétiques. Cela fait 15 ans que ces subventions pèsent sur le budget national ; elles ont culminé à 2.5 % du PIB en 2022. En ce qui concerne les subventions sur le gazole, le gouvernement prévoit de les supprimer progressivement, mais les résistances des milieux politiques et d’autres parties prenantes ralentissent les réformes (Böhl Gutierrez, Vega Araújo and Arond, 2024[51]). Il est essentiel d’inclure les principaux acteurs du secteur des transports dans un plan coordonné de réforme des subventions qui prévoirait, entre autres, un soutien ciblé aux professionnels et aux ménages vulnérables. Restructurer et moderniser le secteur du transport de marchandises contribuerait à réduire la dépendance à l’égard du transport routier, tandis que la suppression des subventions sur le gazole rendrait d’autres modes plus durables et plus compétitifs.
La fiscalité environnementale n’est pas utilisée à son plein potentiel, alors que les avantages fiscaux sont légion. La fiscalité environnementale reste une source mineure de recettes fiscales : elle n’a représenté que 0.6 % du PIB en 2023, soit la part la plus faible parmi les pays de l’OCDE et moins que la moyenne de 0.9 % du PIB enregistrée dans la région ALC. Une partie des recettes est réservée à des fins environnementales et transférée aux autorités régionales. La faiblesse des taux d’imposition nominaux et les exonérations limitent l’efficacité et les recettes de la fiscalité environnementale. Depuis longtemps, la Colombie préfère encourager des investissements et une consommation écocompatibles par la voie fiscale plutôt que taxer les activités nuisibles à l’environnement. Bien que procédant d’une bonne intention, les nombreux avantages fiscaux accordés par le pays sont probablement inefficaces, inéquitables et coûteux pour le budget de l’État. Les intérêts particuliers et les problèmes de redistribution font largement obstacle à la réforme des généreux dispositifs d’allègement fiscal et des subventions en faveur des combustibles. Il est nécessaire de procéder à un examen complet de la fiscalité environnementale, des avantages fiscaux connexes et des subventions dommageables pour l’environnement à tous les niveaux de l’administration pour renforcer la cohérence, de même qu’il convient de revoir la conception du système de prélèvements et de prestations. Cela permettrait de définir les priorités à suivre en matière de réforme et d’élaborer un plan de réforme de l’impôt et des subventions en consultation avec les parties prenantes. Un tel plan devrait préciser les étapes de la suppression progressive des dispositifs inefficaces d’allègement fiscal et de subventions dommageables, ainsi que les mesures à prendre pour accompagner les ménages vulnérables et aider les entreprises à s’adapter le temps de la transition (Elgouacem, 2020[52]).
La Colombie applique des droits d’accise sur les produits énergétiques et est l’un des rares pays d’Amérique latine et des Caraïbes à avoir mis en place une taxe carbone, bien que les taux de celle-ci soient faibles et qu’elle prévoie plusieurs exemptions. La taxe carbone sera progressivement étendue aux ventes de charbon d’ici à 2028, avec un taux initial égal à 25 % du taux standard en 2025. Le taux nominal de la taxe carbone a progressivement augmenté pour atteindre 7 USD/t CO2 en 2025. Néanmoins, il se situe encore bien en deçà du niveau jugé nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux (OCDE, 2024[53])8 et en dessous du taux nominal moyen d’autres pays à revenu similaire (Banque mondiale, 2025[54]).
La Colombie fait partie des rares pays qui appliquent une taxe carbone et qui permettent d’utiliser les compensations carbone nationales pour s’acquitter de ses obligations fiscales, à l’aide d’un mécanisme de non-application de la taxe carbone (mecanismo de no causación). Ce mécanisme élargit l’effet incitatif en faveur de la réduction des émissions à d’autres secteurs que ceux qui utilisent des combustibles fossiles, comme le secteur de l’utilisation des terres, gros poste d’émissions. En revanche, il réduit davantage encore le signal-prix de la taxe carbone et les recettes qu’elle génère. En 2022, le gouvernement a modifié la disposition relative à la compensation, qui est passée de 100 % à 50 % de la taxe carbone. Cela a contribué à renforcer l’incitation à réduire l’utilisation des combustibles fossiles dans les secteurs soumis à la taxe, tout en provoquant une chute soudaine de la demande de crédits carbone. Une taxe carbone plus élevée stimulerait la demande de compensation carbone, en plus d’encourager l’adoption de mesures d’atténuation dans les secteurs qui utilisent des combustibles fossiles soumis à cette taxe.
Si le mécanisme de compensation de la taxe carbone a contribué au développement d’un marché national du carbone à participation facultative, il est possible d’améliorer sa mise en œuvre et la qualité des compensations. Le système a fourni des financements aux territoires autochtones et traditionnels, ainsi qu’aux communautés ethniques, paysannes et locales qui mettent en œuvre des projets de réduction des émissions, principalement des projets forestiers et d’utilisation des terres. Néanmoins, il est à craindre qu’une part considérable des compensations générées ne correspondent pas à des réductions réelles (Wang-Helmreich and Kreibich, 2019[55]; Castiblanco Rozo, 2022[56]). La plupart des crédits carbone créés dans le pays sont issus de mécanismes indépendants qui, souvent, ne satisfont pas aux normes de qualité internationales. Il se peut donc que ce mécanisme subventionne de manière excessive des projets d’atténuation peu coûteux, mais à faible impact et sources d’un important manque à gagner fiscal. En outre, plusieurs autres instruments apportent un soutien financier à des projets de foresterie et d’utilisation des terres (chapitre 2), ce qui peut entraîner des chevauchements et un double financement. La Colombie a avancé dans l’élaboration de sauvegardes environnementales et sociales pour les activités qui génèrent des crédits carbone, mais plusieurs obstacles restent à surmonter en matière de mise en œuvre et d’application. Ces obstacles nuisent à la crédibilité des projets – ce qui peut fragiliser l’investissement étranger – et augmentent le risque de double comptage et de fraude fiscale liée à la taxe carbone (Gómez, 2024[57]; GFI, Transparency for Colombia et CEALDES, 2025[58]).
Renforcer la tarification carbone est essentiel pour réduire les émissions de GES à la hauteur des objectifs que la Colombie s’est fixés. Sous l’effet conjugué de la faiblesse des taux nominaux des fiscalités énergétiques et carbone, de la multiplicité des exonérations fiscales et de l’ampleur des subventions aux énergies fossiles, les tarifs effectifs du carbone sont négatifs en Colombie (OCDE, 2024[53]) (Graphique 4). En 2023, seulement 13 % des émissions de GES faisaient effectivement l’objet d’une tarification carbone. Cette même année, le montant moyen des subventions aux énergies fossiles a dépassé le prix effectif moyen du carbone issu des fiscalités énergétique et carbone. Par conséquent, les émetteurs de CO₂ (les consommateurs de combustibles) ont reçu une subvention moyenne d’environ 12 EUR par tonne de CO₂ au lieu de s’acquitter d’un prix du carbone (Graphique 4). Dans le transport routier, ce montant a été plus de six fois supérieur, ce qui en fait le secteur le plus fortement subventionné. Néanmoins, il est probable que les TEC de la Colombie aient augmenté depuis 2023, du fait de la suppression partielle des subventions des produits énergétiques. Outre l’augmentation des fiscalités énergétique et carbone et la suppression des subventions énergétiques, la mise en place d’un système national d’échange de droits (SEDE) d’émission contribuerait à renforcer la tarification du carbone. La loi de 2021 sur l’action climatique prévoit la mise en service d’un système d’échange de quotas d’émission (SEQE) à l’horizon 2030, mais un délai plus long pourrait être nécessaire pour renforcer comme il convient le cadre institutionnel, la réglementation et le système de surveillance. Une notification transparente des émissions et une coordination étroite du système d’échange de quotas d’émission, du marché du carbone à participation facultative et de la taxe carbone sont essentielles pour garantir l’efficacité du SEQE et éviter une double réglementation ou des lacunes.
Graphique 4. En Colombie, le tarif effectif du carbone moyen est le plus bas de l’OCDE et est négatif si l’on tient compte des subventions des prix de l’énergie
Copier le lien de Graphique 4. En Colombie, le tarif effectif du carbone moyen est le plus bas de l’OCDE et est négatif si l’on tient compte des subventions des prix de l’énergieTarifs effectifs du carbone, Pays de l’OCDE, 2023
Note : SEDE : système d’échange de droits d’émission. En raison du manque de données, les estimations des subventions aux combustibles fossiles pour 2023 reposent sur les données de 2022.
Source : OCDE (2024), Tarification des émissions de gaz à effet de serre 2024.
Il est possible d’améliorer considérablement les systèmes de taxation des véhicules et de tarification routière afin de promouvoir l’utilisation de véhicules plus économes en énergie et moins polluants et d’encourager une transition vers les transports publics et la mobilité active. De tels changements contribueraient à réduire les émissions de GES et la pollution atmosphérique imputables au transport routier. Les municipalités prélèvent des taxes annuelles liées à la possession d’un véhicule, dont le taux ne varie pas selon l’efficacité énergétique ou les niveaux d’émissions. De plus, le montant de la taxe diminue à mesure que le véhicule vieillit, ce qui freine le renouvellement du parc automobile. Plusieurs incitations fiscales ont permis une augmentation rapide des ventes de voitures hybrides et électriques au cours des dernières années, même si leur nombre reste encore négligeable. Si ces subventions peuvent contribuer à créer un marché national de la voiture électrique, elles ont tendance à être régressives et constituent un moyen coûteux de réduire les émissions de GES et la pollution atmosphérique liées à l’utilisation des véhicules. En 2024/2025, les pouvoirs publics ont commencé à réduire les mesures incitatives en faveur des voitures électriques hybrides rechargeables. Diminuer davantage les subventions aux voitures particulières électriques permettrait de libérer des ressources qui pourraient être réaffectées aux infrastructures de recharge, ainsi qu’aux bus et motocycles électriques (voir ci-dessus). Aligner la fiscalité automobile sur l’efficacité énergétique et les performances environnementales permettrait de mettre en place des incitations plus fortes et moins coûteuses en faveur de la transition vers des véhicules plus propres, notamment les véhicules électriques. Le passage à un système de tarification routière kilométrique et fondé sur la durée ainsi que la mise en place de péages de congestion dans les plus grandes villes permettraient de mieux tenir compte des coûts sociaux de la conduite automobile. Les principales agglomérations colombiennes, à savoir Bogotá, Medellín et Cali, ont mis en place des formes de péage de congestion, qui viennent s’ajouter aux restrictions de circulation basées sur les plaques d’immatriculation, en vigueur depuis longtemps. Elles pourraient s’appuyer sur leur expérience pour mettre progressivement en place des redevances de congestion proprement dites.
Une partie des recettes liées à la hausse des taxes environnementales et à la suppression des subventions dommageables devrait bénéficier plus spécifiquement aux ménages les plus pénalisés. Cela renforcerait l’acceptabilité sociale des réformes (Dechezleprêtre et al., 2025[59]). Les recettes pourraient également servir à financer des investissements bas carbone et d’autres initiatives liées à l’environnement. Il est encourageant de constater que 80 % du produit de la taxe carbone, ainsi que la totalité du produit du futur SEQE seront affectés à des fins environnementales à travers le Fonds pour la vie et la biodiversité (section 2). Cependant, cette approche lie le financement des investissements environnementaux au maintien des recettes tirées de la taxation des combustibles fossiles ou de la tarification des émissions de GES, ce qui va à l’encontre des objectifs d’atténuation du changement climatique. De plus, l’affectation de recettes à des fonds à usage spécial risque de réduire la transparence budgétaire et d’accroître le caractère rigide et fragmenté du budget de l’État colombien.
La Colombie devrait exploiter plus efficacement le produit des redevances perçues au titre de l’exploitation des ressources fossiles afin de soutenir les initiatives environnementales régionales et la transition vers la neutralité carbone. En 2021 et 2022, les projets menés dans les secteurs de l’environnement et du développement durable n’ont représenté qu’environ 5 % du total des financements, tandis que les régions abritant certains des écosystèmes les plus précieux de Colombie ont reçu la part la plus faible des redevances (MFPC et BID, 2024[60]). Il est donc nécessaire d’intégrer systématiquement des critères de résilience environnementale et climatique dans les projets financés. La faiblesse de la gouvernance et des capacités de certaines administrations infranationales se traduit par des projets fragmentés et de petite envergure, ce qui entrave l’impact environnemental, social et économique des initiatives financées par les redevances. En outre, on observe une utilisation incomplète des fonds alloués aux projets en raison des retards d’exécution.
Aligner la finance et l’investissement sur les objectifs climatiques
La Colombie est une pionnière régionale de l’intégration des questions climatiques dans les politiques du secteur financier, mais elle doit en étendre la portée et en comprendre les impacts
Bien que la Colombie ait montré la voie à l’échelle régionale en reliant climat et finance, l’impact global de ses politiques n’est pas clair. Le pays est l’un des premiers de la région ALC à avoir intégré les questions climatiques dans les politiques du secteur financier. Pour cela, il utilise principalement des mesures de transparence et, de plus en plus, des dispositifs de contrôle à l’égard des institutions financières afin d’accroître la stabilité du secteur. La Colombie est aussi le premier pays de la région à s’être doté d’une taxonomie verte et à soumettre son secteur financier à un test de résistance au risque climatique. Depuis 2012, plusieurs autres dispositifs de transparence et d’information sur le climat ont été mis en place à l’égard de ce secteur. En témoignent la publication, en 2020, du Guide des obligations vertes par la SFC (Superintendencia Financiera de Colombia, ou Direction générale des finances) et l’instauration, en 2021, de l’obligation pour les gros émetteurs de communiquer des informations en lien avec le climat. Des études de cas révèlent toutefois un manque de transparence persistant dans les différentes institutions financières du pays. Comme indiqué dans Transforma (2024[61]), les communications sur le climat des banques et des investisseurs institutionnels restent limitées. De plus, les effets des politiques liées au climat mises en œuvre par le secteur financier colombien n’ont toujours pas fait l’objet d’une évaluation ou d’un suivi systématique. Il faudrait que la SFC et la Banque centrale de Colombie (Banrep) redoublent d’efforts pour recenser et corriger les mesures qui continuent de favoriser le financement d’activités climato-incompatibles.
En s’appuyant sur les progrès accomplis en matière de transparence à l’égard du climat, l’extension de l’obligation pour les institutions financières de faire connaître leurs pratiques liées au climat pourrait renforcer le suivi et la communication d’informations. Parmi les mesures de transparence mises en place, plusieurs ont une portée encore limitée (l’obligation de fournir des informations ne concerne que les gros émetteurs) ou un caractère facultatif (par exemple le Guide des obligations vertes). La communication obligatoire et renforcée des principaux indicateurs climatiques aiderait à suivre l’évolution de l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques. Les grandes institutions financières, qui dominent le marché, sont bien placées pour montrer l’exemple, s’agissant de mieux communiquer et de renforcer la transparence autour du climat. L’amélioration du suivi de l’alignement de la finance sur les objectifs climatiques dépend aussi de la qualité des données fournies par les emprunteurs et les bénéficiaires d’investissements. Les chambres de commerce peuvent aider les entreprises colombiennes à accroître leurs capacités de communication.
Il faut faire évoluer les mesures visant à renforcer la transparence en matière de climat de façon que les informations quantitatives concernent non seulement les activités respectueuses des objectifs climatiques, mais aussi celles qui ne le sont pas ou qui correspondent à la phase de transition. Les informations demandées peuvent inclure des données quantitatives sur les émissions, la proportion des activités et investissements respectueux/non respectueux des objectifs climatiques (ou écologiques/polluants), ainsi que sur la stratégie et la gouvernance de l’entreprise à l’égard du climat. Ainsi, le recueil par la SFC d’informations plus quantitatives sur l’environnement, les aspects sociaux et la gouvernance (ESG) auprès des institutions financières peut fournir une meilleure couverture et une comparabilité accrue entre les institutions. La SFC pourrait également envisager d’étendre la taxonomie verte aux activités de transition des secteurs qui doivent améliorer leurs performances climatiques. Les tests de résistance conduits par la Banrep peuvent en outre être poursuivis et élargis afin de fournir des informations sur l’exposition des institutions financières aux actifs à forte intensité de carbone. Ces processus d’amélioration de la transparence du secteur financier au sujet du climat peuvent être utilisés pour y intégrer au fil du temps les considérations relatives à la biodiversité.
Les actions engagées en Colombie pour améliorer la transparence sur le climat et d’autres thèmes relatifs à la durabilité (comme la biodiversité) doivent se poursuivre afin d’assurer la coordination entre les instances nationales de décision, ainsi que la cohérence avec les bonnes pratiques internationales. Les données seront, dans l’idéal, en conformité avec les cadres internationaux, comme c’est déjà le cas pour la taxonomie verte et les obligations d’information, qui respectent les recommandations du Groupe de travail sur la publication d’informations financières relatives au climat. L’adéquation avec les cadres et l’évolution du contexte au niveau international permet à la Colombie d’avoir accès aux marchés de capitaux et aux investisseurs mondiaux.
Les données disponibles concernant les flux et les stocks financiers mettent en évidence un degré élevé de non-respect des objectifs climatiques
Pour réussir la transition de son économie, la Colombie doit augmenter l’échelle des investissements dans des activités climato-compatibles. Entre 2020 et 2023, ses investissements dans les énergies propres étaient estimés à quelque 4 % de la formation brute de capital fixe enregistrée sur un an, alors que les sommes investies dans les combustibles fossiles sans dispositif d’atténuation en représentaient environ 10 % (AIE, 2024[62]). Ces pourcentages vont à l’inverse des tendances régionales et mondiales. En 2023, les investissements au profit des énergies propres ont dépassé ceux bénéficiant aux combustibles fossiles dans la région ALC et dans le monde, ce qui montre bien les efforts supplémentaires que doit accomplir la Colombie pour accélérer sa transition vers des énergies propres.
La Colombie doit redoubler d’efforts pour réorienter vers des activités climato-compatibles les flux et les stocks financiers jusqu’ici affectés aux combustibles fossiles. Les données disponibles montrent que les flux et les stocks financiers – toutes catégories d’actifs confondues – affichent un faible degré de conformité avec les objectifs climatiques. En 2024, par exemple, près de 40 % du total des actions des entreprises colombiennes cotées en bourse étaient concentrées dans des secteurs à forte intensité de carbone, contre seulement 3 % dans des secteurs pouvant être considérés comme « bas carbone »9. Par comparaison, en 2022, le secteur des combustibles fossiles représentait 10 % des actions des entreprises mondiales cotées en bourse, et celui des énergies renouvelables 4 %. En Colombie, les obligations d’entreprise labellisées vertes ne représentaient que 1 % du total des titres émis en 2024, alors que celles se rapportant à des secteurs à forte intensité de carbone équivalaient à environ 40 %. Le pays doit procéder à la transition de son marché boursier – les activités à forte intensité de carbone cédant la place à d’autres à faibles émissions – et accroître le nombre d’obligations et de prêts labellisés verts. De tels changements pourraient en retour aider à attirer des capitaux privés et des investissements étrangers au profit des activités contribuant au changement climatique et aux objectifs plus généraux de durabilité, dont la biodiversité, ce qui est primordial pour permettre à la Colombie d’atteindre ses objectifs stratégiques.
Les efforts actuellement déployés pour recueillir des données sur les investissements climato-(in)compatibles dans l’économie réelle et les catégories d’actifs financiers doivent passer à la vitesse supérieure pour que la Colombie puisse combler les importantes lacunes et réaliser des évaluations plus robustes de l’alignement sur les objectifs climatiques. Il faut aussi, pour obtenir une vision plus complète des investissements et éviter un éventuel double comptage, tenir compte à la fois du climat (adaptation et atténuation) et de la biodiversité. Une plus grande coordination entre les ministères, la SFC, la Banrep et le Département administratif national des statistiques (DANE) est capitale pour améliorer la couverture, la qualité et la disponibilité des données dans le système colombien de surveillance, de déclaration et de vérification. L’extension de ce système permettrait d’établir un lien plus étroit entre les investissements dans l’économie réelle et les flux/stocks financiers sous-jacents qui contribuent à la réalisation des objectifs climatiques. Par ailleurs, en s’appuyant sur le Système de comptabilité nationale de 2025, fruit de la mise à jour coordonnée à l’échelle internationale, le DANE pourrait progresser dans le recueil et la publication plus systématiques de données sur les financements verts. Il pourrait commencer par les obligations, puis continuer progressivement avec les prêts, les actions et les parts des fonds d’investissement. D’autres actions doivent également être engagées parallèlement pour recueillir et publier des informations sur les flux financiers qui font obstacle à la réalisation des objectifs climatiques.
Recommandations relatives à la croissance verte
Copier le lien de Recommandations relatives à la croissance vertePrincipales tendances environnementales
Adaptation au changement climatique
Fixer des objectifs à moyen terme (2030) qui permettent de réduire les pertes économiques et la vulnérabilité à l’égard des risques liés au climat, ainsi que d’accroître la capacité d’adaptation, dans la droite ligne des objectifs à long terme (2050). Continuer d’élaborer des indicateurs d’adaptation afin de suivre l’amélioration de la résilience au changement climatique dans les départements et les communes.
Renforcer la mise en œuvre de l’obligation légale d’intégrer les risques climatiques dans les plans de développement et d’aménagement du territoire en prévoyant la fourniture d’une assistance technique, de ressources financières et de conseils opérationnels.
Augmenter l’échelle du financement de l’exécution du PNACC et des plans d’adaptation sectoriels, notamment en fournissant une aide financière et technique aux communautés locales et en mobilisant des fonds privés ; mieux cibler le financement de l’adaptation en tenant compte de l’exposition et de la vulnérabilité aux risques liés au climat ; développer des synergies avec la préservation de la biodiversité et l’utilisation durable des ressources.
Atténuation du changement climatique et qualité de l’air
Dès à présent, concevoir et adopter sans tarder des PIGCCS pour tous les secteurs clés, dont celui des transports, et actualiser ceux existants, de façon qu’ils prévoient les mesures nécessaires à la réalisation des cibles définies dans les CDN pour 2030 et 2035, ainsi qu’à la réalisation de la neutralité carbone à l’horizon 2050, dans le respect du budget carbone à caractère contraignant ; renforcer les synergies avec la biodiversité et la lutte contre la désertification, notamment à l’aide de solutions fondées sur la nature ; mesurer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des PIGCCS et ajuster les dispositifs si nécessaire.
Harmoniser les objectifs figurant dans les stratégies, les plans et les politiques publiques, notamment en ce qui concerne la déforestation et les énergies propres, de manière à assurer la cohérence avec les objectifs de réduction des émissions et à fournir une vision claire de la manière d’atteindre les objectifs climatiques à moyen et long termes.
Accélérer la mise en œuvre du Plan global de gestion du changement climatique dans le secteur agricole ainsi que l’élaboration des plans d’action connexes pour promouvoir la généralisation des pratiques agricoles climato-intelligentes ; fixer des objectifs à moyen terme dans la Politique en faveur d’élevages bovins durables et en accélérer la mise en œuvre.
Faire avancer l’exécution de la Feuille de route pour une transition énergétique juste, en appliquant rapidement les mesures prévues dans le scénario de transition énergétique juste, conformément aux objectifs d’atténuation du changement climatique ; aligner les objectifs sectoriels sur ceux de la réduction des émissions et sur la finalité globale qu’est la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles ; fixer clairement une date de sortie du charbon et s’y tenir ; fixer des objectifs à moyen terme concernant l’augmentation de la part des énergies renouvelables non conventionnelles ; accélérer les mesures d’efficacité énergétique et d’électrification ; accroître la participation de la population et mettre en place des mécanismes qui permettent de partager les bienfaits issus de l’extension des projets d’énergies propres.
Accélérer les efforts en cours pour réussir la transition vers une mobilité urbaine durable en améliorant l’interconnexion des modes de transport, en progressant dans l’électrification des transports publics, en étendant l’infrastructure de recharge des véhicules électriques, en intégrant la mobilité active dans la politique climatique nationale, en renforçant la réglementation des émissions et en mettant en place des dispositifs complémentaires (par exemple, zones à faibles émissions et péages de congestion).
Continuer de renforcer le cadre réglementaire relatif à la gestion de la qualité de l’air et aux énergies propres afin de converger vers des normes plus strictes au gré de l’évolution des capacités nationales ; étendre et renforcer les capacités locales de suivi des émissions de polluants atmosphériques ; et garantir un accès équitable aux sources d’énergie modernes.
Gestion des ressources en eau, approvisionnement en eau et assainissement
Veiller à ce que l’approche territoriale de la gestion de l’eau repose sur des principes robustes d’allocation de l’eau robuste, notamment en définissant des débits écologiques appropriés, en favorisant les usages qui présentent la plus forte valeur (économique, environnementale et sociale) et en autorisant la flexibilité si les conditions évoluent, par exemple en cas de risques liés au climat.
Renforcer l’application des normes relatives à la qualité de l’eau ; instaurer des exigences minimales en matière de réutilisation des eaux usées ainsi que des règlements exécutoires pour garantir la durabilité des systèmes d’assainissement urbain ; élargir le suivi de la qualité de l’eau, en termes de paramètres considérés, de fréquence de réalisation et de périmètre des masses d’eau.
Augmenter les redevances sur la consommation d’eau et le montant des redevances sanction afin de renforcer les incitations économiques en faveur d’une utilisation rationnelle de la ressource et de la réduction de la pollution, tout en dégageant des recettes supplémentaires au profit de la gestion des ressources en eau ; remédier aux lacunes de la mise en œuvre du programme de 1 % pour la protection des bassins versants.
Augmenter l’échelle des financements afin d’étendre les infrastructures d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de traitement des eaux usées, en tenant compte de la résilience aux changements climatiques ; améliorer l’efficience des investissements publics et diversifier les sources de financement privées ; mettre à plat et réformer les subventions sur la base des catégories socioéconomiques afin de mieux orienter le soutien en direction des populations vulnérables et de réduire la charge qui pèse sur les budgets de l’État.
Regrouper et harmoniser les données sur l’eau d’origine nationale ; enrichir le corpus des données sur les prélèvements d’eau (en particulier, aux fins de l’agriculture et de l’élevage), sur le taux de raccordement à un réseau d’assainissement et sur le débit des cours d’eau.
Gestion des déchets et économie circulaire
Améliorer la collecte de données et le suivi en étendant la couverture à l’ensemble des principaux flux de déchets et en fusionnant les plateformes de données afin de disposer d’une base fiable et exhaustive pour concevoir et évaluer les politiques publiques.
Renforcer les systèmes de gestion des déchets en les étendant aux zones rurales et mal desservies, en actualisant les structures tarifaires et en améliorant la traçabilité des flux de déchets. Assurer la mise à jour, l’adoption pleine et entière ainsi que la mise en œuvre des plans de gestion intégrée des déchets solides, et établir un cadre juridique et de gouvernance unifié.
Renforcer les capacités de contrôle pour mieux lutter contre les dépôts sauvages et apporter des solutions de traitement des déchets appropriées ; une fois ces conditions remplies, augmenter l’échelle d’application des instruments économiques, comme les programmes d’incitation à la valorisation et au traitement des déchets, les systèmes de paiement aux déchets et les interdictions ciblées de mise en décharge ; rendre obligatoire l’existence d’un programme de REP dans le secteur des textiles et réformer individuellement les programmes post-consommation (redevance d’élimination préalable ou modulation des redevances) selon le degré de maturité du secteur ; étendre les avantages fiscaux à l’écoconception, au recyclage et à la réparation ; poursuivre les efforts en matière de gestion des déchets organiques.
Améliorer la gouvernance et la gestion de l’environnement
Rapidement mener à bien les réformes visant à étendre l’attribution des autorisations environnementales aux activités susceptibles de représenter un risque élevé pour l’environnement ; remédier aux lacunes des grands projets hérités du passé, afin de les mettre en conformité avec les normes environnementales en vigueur et de réduire les risques pour l’environnement ; instaurer des évaluations régulières pour connaître les performances environnementales des activités autorisées aux niveaux régional et national.
Adopter une nouvelle méthodologie et l’appliquer systématiquement aux études environnementales (étude d’impact sur l’environnement, diagnostic environnemental) afin d’évaluer les solutions envisageables en termes de conception des projets, de technologie et d’emplacement, et de respecter l’obligation d’information des pays voisins lorsque les projets peuvent avoir des effets au-delà des frontières nationales ; fixer des valeurs de référence officielles et des taux d’actualisation harmonisés pour l’analyse coûts-avantages des projets soumis à étude d’impact sur l’environnement.
Rendre expressément obligatoire la prise en compte systématique des considérations environnementales dans les évaluations environnementales stratégiques, tous secteurs et tous niveaux de gouvernance confondus.
Dans le domaine des autorisations, se fonder toujours sur les meilleures techniques disponibles (MTD), notamment pour ce qui concerne les limites d’émissions, les exigences techniques et les obligations en matière de suivi ; mettre régulièrement à jour les règles fondées sur les MTD en tenant compte des avancées technologiques, en veillant à ce que les technologies les plus efficaces soient utilisées pour réduire les émissions et aider à la réalisation des objectifs climatiques et, plus généralement, environnementaux.
Écologiser le système de taxes et de subventions
Renforcer et élargir la fiscalité environnementale, simplifier les incitations fiscales écologiques et supprimer progressivement les subventions dommageables pour l’environnement dans le cadre d’une vaste réforme fiscale, tout en aidant de manière ciblée les ménages qui en ont besoin ; faire précéder la réforme d’une analyse exhaustive et systématique de l’efficacité environnementale et de l’efficience économique des taxes environnementales et des incitations fiscales à tous les niveaux de l’administration ; passer systématiquement en revue les subventions existantes et celles qui sont proposées afin de mettre en évidence celles qui nuisent aux objectifs environnementaux.
Assurer le suivi de la suppression progressive des subventions au gazole en faisant participer les parties prenantes concernées, afin d’élaborer un plan de réforme incluant un soutien ciblé aux professionnels des transports et aux ménages vulnérables ; remplacer l’application de tarifs réduits du gaz et de l’électricité par des transferts en espèces sous condition de ressources ; mieux identifier les ménages vulnérables, par exemple en utilisant le registre social Sisbén.
Augmenter le taux de la taxe carbone et progressivement durcir l’option de compensation des émissions incluse dans le mécanisme de non-application de la taxe carbone selon un calendrier clairement établi et communiqué ; exiger l’alignement des activités de compensation sur les normes de qualité de plus en plus strictes qui sont reconnues internationalement ; renforcer le contrôle du mécanisme de non-application de la taxe carbone ; garantir la transparence des activités de mesure, de notification et de vérification des émissions ; et assurer une étroite coordination entre la taxe carbone, le système d’échange de quotas d’émission qui doit être créé et l’utilisation des compensations carbone.
Revoir périodiquement et de manière transparente les modalités de préaffectation des recettes ; élaborer une stratégie permettant, à terme, de dissocier le financement des investissements environnementaux des recettes de la tarification carbone à mesure que la transition vers la neutralité carbone progresse.
Moduler la taxation automobile en fonction de la consommation de carburant et des émissions polluantes des véhicules au niveau local ; supprimer le régime fiscal préférentiel pour les véhicules usagés ; mettre progressivement fin aux subventions en faveur des voitures particulières électriques, à mesure que le marché gagne en maturité et réaffecter les ressources ainsi dégagées aux infrastructures de recharge, à l’électrification des transports publics et au renouvellement du parc de véhicules de transport de marchandises.
Aligner la finance et l’investissement sur les objectifs climatiques
Adopter une approche coordonnée entre les ministères et les organismes publics afin d’améliorer la couverture, la qualité et la disponibilité des données au sein du système de mesure, de notification et de vérification en y intégrant de manière plus détaillée les investissements dans les activités qui favorisent ou freinent la réalisation des objectifs climatiques, sans oublier d’établir le lien avec les catégories d’actifs financiers et les instruments sous-jacents. Il conviendra, à ce sujet, de tenir compte à la fois des objectifs qui touchent au climat (atténuation et adaptation) et à la biodiversité, en tirant profit de la coordination actuellement assurée par l’intermédiaire de la Commission de gestion du financement climatique du Système national de réponse au changement climatique (SISCLIMA).
Mettre au point et expérimenter des méthodes de collecte de données et rendre publiques les statistiques sur les titres de créance, les prêts, les actions et les parts des fonds d’investissement à finalité écologique, comme proposé dans le Système de comptabilité nationale de 2025 et dans la septième édition du Manuel de la balance des paiements.
En s’appuyant sur les progrès accomplis en matière de transparence climatique, élargir l’éventail des institutions financières et d’entreprises tenues de communiquer des informations sur les principaux indicateurs quantitatifs, afin de pouvoir évaluer de manière crédible la réalisation des objectifs climatiques. Les données à fournir doivent concerner non seulement les activités respectueuses des objectifs climatiques, mais aussi celles qui ne le sont pas ou qui correspondent à la phase de transition. Les initiatives en matière d’information devraient considérer ensemble les questions du climat et de la biodiversité.
Examiner les effets des mesures prises dans le secteur financier sur les objectifs des politiques climatique et financière, en commençant par évaluer la mise en œuvre et les effets de la taxonomie verte colombienne. Il s’agirait d’étudier la possibilité d’étendre le périmètre des objectifs environnementaux dans la taxonomie, en y incluant par exemple la conservation de la biodiversité et l’adaptation au changement climatique dans d’autres secteurs que l’utilisation des terres. Un tel examen devrait également permettre de mettre en évidence les mesures du secteur financier qui sont susceptibles de nuire aux objectifs climatiques et d’orienter involontairement les flux et les stocks financiers vers des activités climato-incompatibles.
2. Conservation et exploitation durable de la biodiversité
Copier le lien de 2. Conservation et exploitation durable de la biodiversitéÉtat, tendances et pressions
La Colombie est un pays mégadivers où la biodiversité est soumise à des pressions croissantes
La Colombie, qui fait partie des pays présentant la plus grande biodiversité au monde, abrite environ 10 % des espèces mondiales (Correa Ayram et al., 2020[63]) réparties dans 314 écosystèmes continentaux et marins, avec une incroyable diversité d’oiseaux, d’orchidées, de papillons, d’amphibiens et de mammifères. Pourtant, malgré la richesse de ce capital naturel, plus de la moitié du territoire national a perdu son intégrité écologique10 (Gomez et al., 2021[64]). Plus des deux tiers des écosystèmes sont considérés comme menacés, une importante dégradation étant observée dans les zones humides, les forêts de type méditerranéen, les déserts, les mangroves et les récifs coralliens (UICN, 2024[65]). Les pressions structurelles (notamment les conflits autour de l’utilisation des terres, l’expansion de l’agriculture, l’étalement urbain, l’exploitation forestière, les industries extractives, le développement des infrastructures et la prolifération des espèces invasives) continuent d’entraîner la destruction des écosystèmes. Les impacts se font plus particulièrement sentir dans les Andes, où le stress écologique se maintient à un niveau élevé. Entre 2015 et 2022, les pressions se sont intensifiées dans certaines zones critiques d’Amazonie, mais elles se sont quelque peu atténuées dans les régions Caraïbes et Orénoque.
Le pays est très exposé et vulnérable aux aléas naturels, et ce d’autant plus que le changement climatique modifie les régimes hydrologiques, accélère la fonte des glaciers et accroît les phénomènes météorologiques extrêmes. Presque 47 % du territoire national encourt un risque climatique élevé qui constitue une menace pour la biodiversité, la sécurité hydrique et les systèmes alimentaires (GoC, 2022[66]). En Amazonie et dans les zones côtières, les points de bascule liés au climat pourraient entraîner des changements écologiques irréversibles. Selon les projections, 78 % des espèces d’oiseaux présentes en Colombie pourraient être très vulnérables au changement climatique, les espèces endémiques des régions de haute altitude étant les plus menacées. Les évaluations des risques climatiques constituent une base solide pour élaborer des plans d’adaptation intersectoriels, mais des données de meilleure qualité sont nécessaires pour assurer la résilience des écosystèmes et refléter la diversité écologique et régionale du pays (Gomez et al., 2021[64]).
La diversité des espèces est également gravement menacée, les amphibiens et les plantes vasculaires figurant parmi les taxons les plus exposés (OCDE, 2025[67]). Le suivi reste insuffisant par rapport à l’énorme réserve de biodiversité du pays (Gomez et al., 2021[64]), qui compte plus de 79 800 espèces répertoriées. Les espèces envahissantes représentent une menace croissante (GBIF, 2022[68]), en particulier dans les montagnes des Andes où elles pourraient, d’ici à 2050, entraîner le déplacement d’espèces indigènes (IaVH, 2021[69]). Des mesures de contrôle insuffisantes et des capacités limitées ont fait obstacle à la mise en œuvre du Plan national sur les espèces envahissantes de 2012 ; une nouvelle stratégie devait voir le jour en 2025. Les trafics illicites d’espèces sauvages exacerbent le recul de la biodiversité (GoC, 2024[70]), d’où la nécessité d’adopter une nouvelle stratégie nationale en matière de prévention et de contrôle.
En Colombie, le conflit armé et les activités illicites ont gravement nui à l’environnement, du fait de la déforestation, de l’appauvrissement de la biodiversité et de la dégradation des ressources en eau. Le contrôle que les groupes armés continuent d’exercer sur une partie du territoire a une incidence sur la déforestation. D’où la nécessité de maintenir les priorités environnementales dans les négociations de paix et la mise en œuvre de la politique nationale.
Les forêts et les autres écosystèmes terrestres colombiens d’importance mondiale doivent être mieux protégés
La Colombie est l’un des pays du monde les plus boisés, avec plus de 59 millions d’hectares (ha) de forêts naturelles (environ 52 % de son territoire). Cela représente plus ou moins 1.5 % de la superficie forestière mondiale (Mendoza et al., 2024[71]). Le pays possède aussi la troisième plus grande surface de forêt tropicale des Amériques, l’Amazonie en représentant à elle seule 67 % (GoC, n.d.[72]). Depuis 2000, plus de 3 millions d’hectares de forêts ont été détruits, ce qui a généré 1.3 milliard de tonnes d’émissions de CO₂ et contaminé plus de 60 % des principales sources d’eau. Les forêts situées dans les réserves autochtones, les aires protégées et les territoires des Afrodescendants représentent collectivement 88 % des stocks de carbone du pays (PNUD et al., 2023[73]). Les populations qui y vivent ont donc un rôle essentiel à jouer dans la défense la biodiversité et l’élaboration de la politique climatique.
Ces dix dernières années, le pays a réalisé des progrès notables dans la lutte contre la déforestation. Alors que la dynamique du conflit armé a parfois limité l’accès aux zones isolées et l’utilisation des ressources, l’Accord de paix de 2016 a ouvert l’accès à ces zones, ce qui s’est traduit par une accélération de la déforestation et du changement d’utilisation des terres entre 2015 et 2017 (Correa Ayram et al., 2020[63]). Après avoir atteint un pic en 2017, la déforestation a régulièrement reculé pour, en 2023, tomber à son plus bas niveau depuis plus de 20 ans. Ce résultat va au-delà de l’objectif fixé dans la Contribution déterminée au niveau national pour 2025, présentée en décembre 2020 (CDN 2.0) et dans le PND 2026 (Graphique 5). Pourtant, les données préliminaires pour 2024 semblent indiquer une reprise de la déforestation. L’extension de l’élevage bovin en est probablement la cause principale, avec les cultures illicites, l’exploitation minière illégale et le développement des infrastructures, en particulier les infrastructures de transport (GoC, 2024[70]). Ces pressions sont exacerbées par les conditions structurelles, dont la pauvreté persistante, le manque d’alternatives économiques pour les populations rurales, le laxisme de la gouvernance et le conflit armé.
Graphique 5. La déforestation a atteint un niveau historiquement bas en 2023 mais risque de repartir à la hausse
Copier le lien de Graphique 5. La déforestation a atteint un niveau historiquement bas en 2023 mais risque de repartir à la hausseSurface de déforestation des forêts naturelles, projections et objectifs figurant dans les CDN et le PND
Note : CDN 2.0 : Contribution déterminée au niveau national remise en décembre 2020 ; CDN 3.0 : Contribution déterminée au niveau national remise en septembre 2025 ; PND : Plan national de développement. Les données pour 2024 sont provisoires et celles pour la période 2025-2029 correspondent à des projections. La déforestation annuelle désigne la perte de forêts naturelles en une année (par exemple, de 2019 à 2020). Une forêt naturelle est définie comme une terre recouverte principalement d’arbres (y compris des arbustes, des palmiers, des bambous, des herbes et des lianes), avec une densité de la canopée supérieure ou égale à 30 % et une hauteur de 5 mètres, ainsi qu’une surface minimale de 1 hectare. Les forêts naturelles représentent 51.8 % de la superficie terrestre totale du pays.
Source : MinAmbiente (2023), Plan Integral de Contención a la Deforestación 2023-26 ; IDEAM (2024), Environmental Indicators; Gobierno de Colombia (2025), Contribución Determinada a Nivel Nacional NDC 3.0: Transformaciones para la vida; WWF (2025), Deforestación en Colombia registró leve aumento en el 2024, Deforestación en Colombia registró leve aumento en el 2024 | WWF.
La Colombie s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de reforestation, mais elle pourrait bien ne pas les atteindre. Les initiatives ont ciblé à la fois les forêts naturelles et plantées, avec la majorité des surfaces (94 %) affectée à des plantations de forêts de production et le reste à la restauration de la forêt naturelle (DNP, 2024[74]). L’objectif inscrit dans le PND (2022-2026) est de planter 40 000 ha de forêts de production nouvelles au cours de la période concernée. Entre 2022 et 2023, 7 502 ha de forêts ont été plantés, ce qui représente environ 18.8 % de l’objectif fixé pour 2022-2026 (MADR, 2024[75]). Ces actions ont été menées principalement dans le cadre de projets relevant du Certificat d’incitation forestière (Certificado de Incentivo Forestal, CIF). Un soutien technique, financier et institutionnel plus poussé est cependant nécessaire pour atteindre les objectifs de reforestation (DNP, 2024[74]).
Le changement climatique, les espèces envahissantes, la surpêche et la pollution continuent de menacer l’exceptionnelle biodiversité marine de la Colombie
Les écosystèmes marins et côtiers que l’on trouve en Colombie fournissent des services vitaux et abritent une exceptionnelle biodiversité, à la fois dans les régions des côtes Caraïbes et Pacifique (INVEMAR, 2024[76]). Ils sont cependant soumis à une pression croissante liée à la pollution, à la surpêche, au changement climatique, à l’érosion côtière et à une faible planification de l’aménagement urbain dans les zones côtières. Dans l’Indice de santé des océans11, le score de la Colombie a légèrement diminué entre 2014 et 2024, où il est passé de 67 à 65, ce qui est moins que la moyenne mondiale (69). Cette baisse tient aux pressions qui s’exercent sur la pêche artisanale, la biodiversité (habitats et espèces), les produits naturels et le tourisme (Ocean Health Index, 2024[77]). Les rejets d’eaux usées, traitées ou non, entraînent une dégradation de la qualité de l’eau et des sédiments qui est néfaste pour le bon fonctionnement des écosystèmes et pose un risque pour la santé humaine. La surpêche touche respectivement plus de 81 % et 90 % des stocks halieutiques marins et continentaux (PNUD et al., 2023[73]), alors que la production des pêches de capture a fortement diminué ces dix dernières années. Parallèlement, les captures accidentelles d’espèces non ciblées et les techniques de pêche non sélectives (comme le chalutage de fond) accélèrent le recul de la biodiversité, dégradent les habitats et freinent la régénération des espèces. L’extension de l’aquaculture engendre des difficultés supplémentaires dues à la charge en éléments nutritifs, à la sédimentation et aux espèces envahissantes (MinAmbiente, 2025[78]). Il conviendrait d’actualiser le cadre juridique des pêches (loi no 13 de 1990 et décret no 2256 de 1991) afin d’y faire mieux transparaître les récents changements environnementaux et biologiques, de l’aligner sur l’évolution du contexte institutionnel et sectoriel et de favoriser l’instauration d’une pêche durable. Il faudrait en outre envisager de réglementer la navigation et les activités portuaires en se fondant sur des critères de biodiversité afin de remédier à l’intensification des pressions exercées par le transport fluvial et maritime.
Les récifs coralliens sont en nette régression, le couvert des coraux vivants représentant moins de 30 % sur les grands sites des Caraïbes (MinAmbiente, 2025[78]). La hausse de la température des océans, le blanchissement et la propagation des maladies coralliennes, entre autres facteurs d’agression, perturbent les écosystèmes coralliens et menacent la pêche artisanale (INVEMAR, 2024[76]; Mendoza et al., 2024[71]). Les espèces envahissantes et exotiques constituent une autre source importante de menaces pour les écosystèmes marins et côtiers de la Colombie. Il est donc nécessaire d’actualiser le Plan national de prévention, de contrôle et de gestion des espèces introduites, transférées et envahissantes.
Les îles, l’océan et les zones côtières font face à de gros problèmes structurels, parmi lesquels on peut citer le manque de coordination institutionnelle, une sécurité maritime insuffisante, des connaissances et une innovation relatives aux ressources océaniques limitées, ainsi qu’un faible développement des activités économiques maritimes. Pour y remédier, la Politique pour une énergie bio-océanique durable à l’horizon 2030 (document CONPES 3990) a été mise sur pied par la Colombie en 2020. En 2024, près des deux tiers de ses objectifs avaient été atteints, dont la création du Système bio-océanique national (SBBN). Il n’en reste pas moins que la planification inadaptée de l’utilisation des terres et l’insuffisance des contrôles continuent de nuire à la protection des écosystèmes marins et côtiers. Le manque de coordination et la lenteur avec laquelle les institutions proposent des solutions ne facilitent pas la gestion des conflits, tandis que la surveillance repose toujours fortement sur les actions volontaires de la société civile (PNUD et al., 2023[73]). Des mesures de surveillance plus vigoureuses, mises en œuvre sous l’impulsion de l’État, sont indispensables pour garantir la réussite des stratégies nationales relatives à la biodiversité et au climat.
Les territoires continentaux font l’objet d’une gouvernance plus solide que les îles, l’océan et les zones côtières, pour lesquels les politiques publiques, les règlements et les instruments de gestion sont limités. La conséquence est une difficulté à conserver et gérer de façon durable les écosystèmes marins et côtiers ainsi qu’à les adapter au changement climatique. Cela est particulièrement vrai pour les écosystèmes riches en carbone comme les mangroves et les prairies sous-marines. Les actions de restauration et d’adaptation menées par les populations locales constituent des modèles qui pourraient être reproduits ailleurs afin de renforcer l’intégration du savoir traditionnel et relier les efforts de conservation aux modes de vie locaux. Il sera par ailleurs essentiel, pour stopper la dégradation des côtes et préserver la biodiversité marine, de développer les approches écosystémiques en privilégiant les solutions fondées sur la nature, en favorisant la coordination interinstitutionnelle et en améliorant la surveillance des zones à haut risque.
Cadre de l’action publique et gouvernance
Le cadre de l’action publique de la Colombie pour la biodiversité a été considérablement amélioré
Depuis 2014, la Colombie a beaucoup progressé dans la mise en œuvre de la Politique nationale pour la gestion intégrée de la biodiversité et de ses services écosystémiques (PNGIBSE). Le Plan d’action national pour la biodiversité (PAB), actualisé en 2024, est complet : il contient des objectifs clairs, des lignes d’action et des indicateurs qui permettent de suivre l’évolution de la situation. Sa nouvelle version reprend les cibles fixées dans le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal en les articulant autour des six grands objectifs nationaux. Ce plan est le fruit de la mobilisation remarquable des territoires autochtones et traditionnels et des communautés ethniques, paysannes et locales, qui a atteint des niveaux impressionnants. Un processus consultatif de grande ampleur mis en place à l’échelon local et régional a permis de définir les priorités et les actions spécifiques aux cinq régions du pays, en adaptant la stratégie nationale aux différents contextes territoriaux. La mise à jour du PAB est un point positif. Elle témoigne de la ferme résolution des pouvoirs publics de protéger la biodiversité. Pour renforcer sa mise en œuvre, il pourrait être envisagé de rendre ses objectifs juridiquement contraignants et d’actualiser les règlements en y incorporant les mesures nécessaires pour atteindre les buts fixés à l’horizon 2030.
Parallèlement, la Colombie a intégré des objectifs de croissance verte et de capital naturel dans ses PND successifs et a commencé à incorporer la biodiversité et le climat dans ses plans d’aménagement du territoire. En 2024, le pays a accueilli la 16e Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CDB). De manière générale, il possède un cadre d’action robuste et de grande qualité qui place la biodiversité au rang de priorité nationale pour assurer un développement durable.
S’agissant des Objectifs d’Aichi pour la diversité fixés pour 2020, la Colombie en a dépassé quelques-uns, mais reste en deçà pour ce qui concerne les autres (GoC, 2019[79]). En 2020, le pays comptait 13.5 % d’aires protégées parmi ses zones marines et côtières, soit plus l’objectif de 10 %. En revanche, il a manqué de peu l’objectif de 17 % défini pour les zones terrestres (CDB, 2021[80]). La Colombie a également progressé pour ce qui est d’améliorer la sensibilisation (Objectif d’Aichi no 1), d’intégrer des valeurs de la biodiversité dans les politiques et les stratégies de développement (Objectif d’Aichi no 2) et de prendre en compte les aires protégées dans le Système national des aires protégées (SINAP), à travers le document CONPES 3680 de 2010 à 2019 (Objectif d’Aichi no 11). L’Objectif d’Aichi no 3, qui concerne les incitations, a été en partie atteint avec un large éventail d’incitations positives et des mesures visant à atténuer les incitations aux effets négatifs. Cependant, l’insuffisance des systèmes de mesure et de suivi empêche d’évaluer correctement l’impact des incitations positives et l’élimination de celles qui sont néfastes (GoC, 2019[79]).
À l’heure actuelle, la Colombie restaure les écosystèmes dégradés afin d’accroître la résilience au changement climatique, de soutenir la biodiversité et de promouvoir des moyens de subsistance durables. Les principales mesures prises à cet effet sont l’élaboration d’un Plan national pour la restauration écologique (PNRE) et d’une Stratégie nationale de restauration 2023-2026, dont l’action couvre en priorité des millions d’hectares et dépend de l’intégrité et de la vulnérabilité des écosystèmes. Dans un premier temps, 23 millions d’hectares à restaurer ont été recensés au titre du PNRE, dont 6.1 millions jugés prioritaires dans le Portefeuille national de restauration (GoC, 2022[66]). En 2024, la Colombie avait commencé la restauration de plus de 75 000 ha.
La Colombie a renforcé son action répressive en ciblant les causes profondes de la perte de biodiversité, mais des difficultés demeurent
Le pays a renforcé sa répression des activités illégales qui entraînent de la déforestation et d’autres formes de dégradation de l’environnement. La lutte contre la délinquance environnementale est l’un des six objectifs nationaux inscrits dans le PAB. Le CONALDEF, organisme interministériel de haut niveau, a été créé en 2019 dans le but de faire progresser la mise en œuvre de la stratégie de déforestation, d’améliorer la coordination institutionnelle et de renforcer le suivi. L’État colombien participe également activement à la coopération régionale, par exemple à travers l’Organisation du Traité de coopération amazonienne qui est un intermédiaire clé pour lutter contre la délinquance environnementale transnationale. Le pays a en outre adopté des lois qui condamnent sévèrement les trafics d’espèces sauvages et, depuis 2014, il en a renforcé l’application, notamment en créant des unités de police spécialisées dans l’environnement. Ces efforts ont permis d’améliorer la coordination interinstitutionnelle en cas d’urgences environnementales, de même qu’ils ont renforcé l’activité de renseignement et les poursuites judiciaires.
Le pouvoir judiciaire a gagné en importance dans la gouvernance environnementale. En 2021, les dispositions du Code pénal colombien relatives à la délinquance environnementale ont été renforcées par l’ajout de nouveaux types d’infractions (comme la déforestation) et le durcissement des sanctions prévues en cas d’atteintes graves à l’environnement. La justice a rendu des jugements qui feront date, déclarant huit cours d’eau comme titulaires de droits et obligeant l’État à restaurer la qualité de l’eau et la santé des écosystèmes. Ces jugements ont poussé les autorités à agir, notamment en abrogeant des titres miniers dans certaines zones et en élaborant des plans d’action interinstitutionnels.
Pour autant, la mise en œuvre des plans relatifs à l’environnement laisse à désirer en raison du manque de financement, de contrôle judiciaire et de coordination entre les territoires. En ratifiant l’Accord d’Escazú en 2024, la Colombie s’est engagée à renforcer l’accès à l’information, la participation du public et la justice en matière d’environnement, ainsi que les droits des communautés ethniques, paysannes et locales. Malgré les progrès accomplis, la violence dont sont fréquemment victimes les défenseurs de l’environnement demeure un sujet de préoccupation majeure.
Si le pays a renforcé la répression des activités illégales, certaines régions pâtissent encore de capacités techniques insuffisantes, d’un manque de coordination entre les plans d’occupation des sols, et d’un contrôle limité de la part de l’État. Les capacités techniques et les ressources des administrations du développement durable et des sociétés régionales autonomes (CAR), qui sont des acteurs clés de la gouvernance environnementale, sont très variables. Ce constat est particulièrement vrai dans les territoires étendus comme les départements de Chocó et d’Amazonie, qui présentent d’importantes lacunes (GoC, 2019[79]). Le Système national sur l’environnement (SINA) présente des faiblesses structurelles et opérationnelles dans les territoires encore touchés par des conflits environnementaux et sociaux. Il est fréquent, dans ces régions, que la présence de l’État soit limitée et que les groupes armés illégaux et les organisations criminelles imposent de facto leurs lois en matière environnementale. La planification de l’occupation des sols est un autre sujet de préoccupation, car le chevauchement – et parfois l’antagonisme – des plans nationaux, régionaux et locaux complique la mise en application des règles (GoC, 2019[79]).
Les systèmes de données et d’information devraient être davantage reliés les uns aux autres et renforcés
En Colombie, la surveillance de la biodiversité demeure fragmentée et irrégulière. Moins de 10 % des espèces sont répertoriées génétiquement et un grand nombre de régions riches en biodiversité présentent des lacunes considérables en termes de données et de capacités (PNUD et al., 2023[73]). Bien que le Système d’information sur la biodiversité ait pris de l’ampleur, la plupart des données résultent encore d’une seule observation, ce qui limite la capacité à suivre les tendances écologiques à long terme. Malgré les contributions des populations et de la société civile, la couverture demeure insuffisante (Gomez et al., 2021[64]). De nouvelles approches sont en train de voir le jour : les entités placées sous la responsabilité du Conseil national de lutte contre la déforestation et les atteintes à l’environnement connexes (CONALDEF) (voir plus bas) partagent des données satellitaires, des informations de criminalistique environnementale et des rapports d’inspection pour améliorer la traçabilité des atteintes à l’environnement. Parallèlement, de nouveaux indicateurs nationaux ont été créés dans le cadre du PAB afin de donner une image plus claire des impacts sur la biodiversité, des points faibles et des réponses institutionnelles au niveau des territoires. La première évaluation nationale de la biodiversité et des services écosystémiques, qui date de 2021, a marqué une avancée dans la prise en compte des contributions de la nature à la croissance économique et au développement. Il faudrait que la Colombie investisse dans la conduite régulière d’évaluations de la biodiversité (en particulier des écosystèmes sous-représentés et des zones critiques en matière de biodiversité), qu’elle renforce les capacités régionales en matière de données et qu’elle garantisse la pérennité du financement
Instruments d’action en faveur de la biodiversité
La Colombie dispose d’une large palette de mesures innovantes en faveur de la biodiversité
Le pays a étoffé son éventail de mesures en faveur de la diversité et s’est doté d’un ensemble de mesures variées et innovantes. Les mesures à caractère territorial (comme l’extension des aires protégées et les règles de zonage) continuent d’occuper une place centrale parmi les politiques nationales en faveur de la biodiversité (Echeverri et al., 2023[81]). La palette des instruments économiques s’est élargie avec les paiements pour services écosystémiques, les compensations des atteintes à la biodiversité, les incitations positives à la réalisation d’investissements liés à l’environnement et de nouveaux instruments comme les crédits biodiversité d’utilisation volontaire. Cela dit, conformément à son approche générale à l’égard de la fiscalité environnementale, la Colombie prélève peu de taxes et de redevances sur les activités néfastes à la biodiversité, alors que les aides fiscales augmentent. Certes, des avantages fiscaux (déductions au titre de l’impôt sur le revenu et de la taxe foncière en cas de conservation) sont en place pour encourager les investissements dans la biodiversité, mais ils réduisent les recettes, génèrent une hausse des coûts administratifs et faussent la répartition des ressources (Chapitre 1). Les initiatives fondées sur le volontariat et portées par la population – dont les accords sur la fin de la déforestation, les projets de conservation autochtones et les réserves de biodiversité gérées par les communautés – ont vu leur nombre, leur reconnaissance et leur importance augmenter.
La Colombie a renforcé son action de conservation, à travers les aires protégées et les AMECZ, mais des lacunes persistent en matière de connectivité, de gouvernance et de représentativité écologique
La Colombie a atteint plus tôt que prévu l’objectif 30 x 30 pour la conservation marine (Graphique 6). Ainsi, le pays protège 47 % de sa zone économique exclusive (ZEE), dont 5.5 % à l’aide d’autres mesures de conservation efficaces par zone (AMCEZ). Concernant les zones terrestres, les mesures de protection et de conservation sont appliquées sur 26 % du territoire national, et 9 % d’entre elles sont des AMCEZ. Cela signifie que la Colombie est globalement en bonne voie pour atteindre l’objectif 30 x 30 pour les zones terrestres (Graphique 6).
La nouvelle édition du PAB élève le niveau d’ambition à 34 % d’ici à 2030, ce qui nécessitera la reconnaissance des zones de conservation dans les territoires autochtones et traditionnels et au sein des communautés ethniques, paysannes et locales ainsi que la durabilité de ces accords de gouvernance. L’État a accru la coopération avec ces communautés en renforçant leur autonomie en matière de gestion environnementale et leurs prérogatives à l’égard du Système environnemental national (SINA), mais aussi en reconnaissant officiellement leur rôle dans la protection de la biodiversité et l’utilisation durable des terres. Les progrès sont cependant fragiles, car les groupes armés continuent d’entraver le travail des autorités des parcs naturels et affaiblissent la gouvernance exercée par les communautés elles-mêmes dans les régions touchées par le conflit.
Graphique 6. La Colombie a atteint l’objectif de 2030 pour les zones marines et est en passe de l’atteindre pour les zones terrestres
Copier le lien de Graphique 6. La Colombie a atteint l’objectif de 2030 pour les zones marines et est en passe de l’atteindre pour les zones terrestresÉtendue des aires protégées par catégorie de l’UICN, dix premiers pays de l’OCDE et pays de la région ALC membres de l’OCDE, 2024
Note : UICN = Union internationale pour la conservation de la nature ; CDB = Convention sur la diversité biologique ; ZEE = zone économique exclusive. Certaines aires protégées n’ont été affectées à aucune catégorie internationale particulière. C’est le cas notamment des zones qui portent un label international ou régional (comme Natura 2000) et pourraient entrer dans une catégorie standard de l’UICN. Parce qu’elles n’ont pas encore été classées officiellement, elles figurent dans la rubrique « Aucune catégorie UICN ». Les autres mesures de conservation efficaces par zone (AMCEZ) contribuent également à la réalisation des objectifs de conservation mais elles ne sont pas forcément communiquées ou indiquées pour tous les pays faute de données suffisantes. Les totaux de la seule Colombie incluent des AMECZ, classées dans la rubrique « Aucune catégorie UICN ». Les données provenant du RUNAP datent de mars 2025.
Source : OCDE (2023), Statistiques de l’OCDE sur l’environnement ; RUNAP (2025), Clasificación Áreas Protegidas; PNUE-WCMC (2025), Protected Area Profile for Colombia.
En 20 ans, la Colombie a bien avancé s’agissant de combler les lacunes du SINAP dans le domaine de la conservation. En 2022, la représentativité des unités écologiques des Andes s’était fortement améliorée ; quant aux écosystèmes marins sous-représentés, ils avaient atteint un niveau de représentation parfait dans les différentes unités marines : plus de la moitié d’entre eux étaient bien représentés ou surreprésentés (PNNC, 2022[82]). Malgré ces avancées, le SINAP présente toujours des lacunes. Pour renforcer la représentativité écologique, les autorités environnementales devraient continuer de créer et d’étendre des aires protégées, des AMECZ et des territoires autochtones et traditionnels contenant les écosystèmes sous-représentés ou omis, tout en accélérant la définition des priorités de conservation dans le SINAP et au-delà.
La connectivité des paysages demeure insuffisante pour rendre compte des grands processus écologiques comme la migration des espèces et la dispersion des gènes. Seules 42 % des aires protégées sont reliées structurellement, 21 % seulement de cette connectivité étant assurée par des zones régionales ou qui étaient auparavant protégées (CDB, 2021[80]). Pour combler ces lacunes, la Colombie doit redoubler d’efforts. Les autres mesures de conservation efficaces par zone sont un bon moyen d’améliorer la connectivité, en particulier dans les territoires autochtones et traditionnels ainsi qu’au sein des communautés ethniques, paysannes et locales, où l’on trouve presque les deux tiers des aires protégées du réseau national des parcs naturels (SPNN) et quasiment la moitié des forêts naturelles du pays. La fourniture d’un soutien juridique et technique est essentielle pour permettre une co-gestion efficace des aires du SPNN qui chevauchent les territoires de ces communautés. La gestion des aires visées par le SPNN est toujours insuffisamment financée : moins d’un quart des besoins de financement estimés par hectare sont satisfaits (Mendoza et al., 2024[71]). La satisfaction de ces besoins nécessite des mécanismes de financement à long terme, des sources de recettes diversifiées et des partenariats public-privé plus robustes (Parques Nacionales Naturales de Colombia, 2021[83]; Mendoza et al., 2024[71]).
L’efficacité de la gestion des aires protégées colombiennes n’est toujours pas homogène et les pressions anthropiques continuent de nuire à la conservation. En 2024, 42.5 % des 327 aires évaluées ont été jugées en très bon état, 47 % dans un état moyen et 10 % en mauvais état. Ce bilan témoigne de l’existence de disparités de planification, de ressources et de gouvernance. Pour y remédier, il faut améliorer la planification, la gouvernance et l’affectation des ressources entre les autorités environnementales, notamment en renforçant leurs capacités et en favorisant l’apprentissage mutuel à partir des cas d’aires protégées exemplaires.
Le suivi est largement insuffisant : 54 % des zones ne font pas l’objet de relevés biologiques suffisants ou de prélèvements d’échantillons (Mendoza et al., 2024[71]). Les activités illégales (comme l’exploitation minière et les cultures illicites) touchent 40 % des parcs nationaux, en particulier ceux situés dans des zones éloignées et difficiles à surveiller (Mendoza et al., 2024[71]). Outre que les districts nationaux de gestion intégrée ne disposent pas des instruments nécessaires pour concilier conservation et utilisation durable, la surveillance et le contrôle de la pêche et autres activités menées dans les aires protégées marines et côtières sont insuffisants. Pour y remédier, il faudra renforcer la gestion collaborative en partenariat avec les territoires autochtones et traditionnels et les communautés ethniques, paysannes et locales, en garantissant un partage des bienfaits et un appui technique pour les territoires contribuant à la conservation – y compris, mais sans s’y limiter, les zones sur lesquelles ces communautés détiennent des droits territoriaux –, améliorer la coordination institutionnelle et mieux intégrer les objectifs climatiques dans la gouvernance de la biodiversité.
Les paiements pour services écosystémiques (PSE) ont mobilisé des financements importants au service de la biodiversité, mais leur efficacité et leur efficience devraient être évaluées
Les PSE se sont considérablement accrus au cours de la dernière décennie et jouent un rôle plus stratégique au regard de la conservation de la biodiversité, de l’action climatique, de la consolidation de la paix et du développement rural. Les programmes correspondants ciblent différents objectifs sociaux et environnementaux et une diversité de services écosystémiques, tout en mobilisant des sources de financement variées. L’expérience acquise avec les PSE pourrait servir à les étendre à d’autres types de services écosystémiques comme le carbone bleu. En 2022, le Programme national des paiements au titre des services environnementaux (PNPSA) a été créé afin d’apporter plus de cohérence et de fournir des orientations. L’objectif national fixé par ce programme est d’assurer la conservation de 1 million d’hectares à l’aide des PSE à l’horizon 2030. En 2023, 163 projets fondés sur des PSE ont été mis en œuvre. Le nombre de bénéficiaires a plus que quintuplé par rapport à l’année précédente pour atteindre 36 000 personnes. Il s’agissait surtout de membres de populations paysannes, autochtones et afrodescendantes. En 2023, 16.74 millions USD ont été mobilisés et, à la fin de l’année, plus de 580 000 ha relevaient d’un régime de PSE.
Les PSE se sont avérés efficaces pour étendre les surfaces exploitées de manière durable, mobiliser des montants importants et mettre les moyens de subsistance des populations locales en adéquation avec les objectifs de conservation. Il serait néanmoins possible d’en améliorer l’efficacité, le suivi et la stabilité à long terme. Il conviendrait en outre d’appliquer une seule et même méthode pour estimer la valeur des projets et calculer les montants à verser. La Colombie pourrait également améliorer la coordination des programmes de PSE et des stratégies REDD+. Au Costa Rica, par exemple, les deux mécanismes s’inscrivent dans un cadre juridique et institutionnel unifié, avec des critères techniques uniformisés et des domaines stratégiques classés par ordre de priorité. Les systèmes de suivi y sont en outre couplés à la traçabilité grâce aux systèmes d’information géographique. Cela a permis d’améliorer la qualité des projets et leur durabilité environnementale tout en évitant les doublons. La Colombie pourrait adopter des pratiques similaires pour accroître la transparence, l’homogénéité et l’efficacité de ses programmes d’incitation. Une évaluation approfondie de l’efficacité et de l’efficience des PSE est nécessaire pour mettre en évidence les options permettant de mieux cibler les financements, d’aligner les niveaux de financement sur les coûts d’opportunité au niveau local, ainsi que de garantir l’intégrité environnementale et la continuité des actions de conservation. Un système de notification et de suivi robuste, regroupant des informations précises et vérifiées, est un prérequis pour entreprendre une telle évaluation.
Un système de compensation des atteintes à la biodiversité est bien en place, mais sa mise en œuvre se heurte à plusieurs obstacles
Un système de compensation des atteintes à la biodiversité est certes en place, mais il y a matière à améliorer l’exécution des projets, du côté des entreprises privées, et, du côté des autorités, la concrétisation des avantages environnementaux par la voie du contrôle. Les règles applicables à la compensation obligatoire des atteintes à la biodiversité ont été actualisées en 2018 et, les années suivantes, des réserves d’habitats ont été reconnues et réglementées (OCDE, 2025[84]). La plupart des obligations de compensations concernent les activités qui nécessitent une autorisation environnementale. Plusieurs choses font obstacle à la bonne mise en œuvre du dispositif et donnent lieu à des arriérés de compensations non honorées (PNUD BIOFIN, 2025[85]), ce qui impose de renforcer les contrôles et les sanctions pour non-conformité. Les crédits biodiversité permettent de mobiliser des fonds privés supplémentaires pour acheter des crédits, que ce soit à titre volontaire ou pour se mettre en conformité (OCDE, 2025[84]). La base réglementaire de ces crédits devrait être renforcée afin de fournir un cadre clair et homogène (notamment des définitions juridiques faciles à comprendre, des processus d’approbation simplifiés et des lignes directrices claires concernant l’évaluation de l’additionnalité et la durée minimale des réserves d’habitats). La transparence, la traçabilité et le suivi devraient en outre être améliorés (Green Finance Institute, 2024[86]).
Intégration de la biodiversité dans les objectifs environnementaux et sociaux plus généraux
La biodiversité occupe une place grandissante dans les mesures climatiques et autres politiques environnementales et sociales
Dans les stratégies et politiques colombiennes, il est de plus en plus admis que la biodiversité est à la base de nombreux autres objectifs environnementaux, sociaux et économiques comme l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets, la sécurité alimentaire et hydrique, la protection culturelle des populations autochtones, la diversification économique et la réduction de la pauvreté. Entre 2015 et 2020, la panoplie de mesures en faveur de la biodiversité s’est surtout élargie du fait de l’intégration de cette question dans d’autres secteurs priorités d’action comme la lutte contre la pauvreté, le changement climatique et la pollution (Echeverri et al., 2023[81]). Dans les CDN 2.0 et 3.0, on trouve l’objectif de réduire la déforestation annuelle et celui de promouvoir la restauration des forêts à l’horizon 2030 et 2035 (Chapitre 1). Y sont également mis en avant le rôle des solutions fondées sur la nature – par exemple la protection des páramos12 – et leur importance stratégique au regard de l’adaptation au changement climatique et de l’atténuation de ses effets. Le financement de la biodiversité est de plus en plus lié à la réduction de la pauvreté, au développement durable des communautés et au programme de consolidation de la paix post-conflit.
Malgré l’existence d’un grand nombre de mécanismes de coordination, les politiques et les programmes qui concernent le changement climatique et la biodiversité sont encore fragmentés et ne parviennent pas à considérer ensemble la planification territoriale et la planification sectorielle. Les difficultés tiennent notamment à la discordance des calendriers et cycles d’élaboration et de révision des principaux instruments d’action, à la séparation de l’analyse et de la prise de décision, à l’insuffisance et la fragmentation des financements, ainsi qu’à l’absence d’interopérabilité des systèmes de suivi, soit autant de facteurs qui empêchent de réaliser une évaluation globale de l’impact des politiques publiques.
Plusieurs actions permettraient de réduire la fragmentation : un lien plus étroit entre le PAB, les CDN et le Plan d’action national contre la désertification et la sécheresse ; l’adéquation des cibles, des indicateurs et des activités déclaratives ; l’intégration des questions du climat et de la biodiversité dans les plans d’occupation des sols ; ainsi que l’extension des financements et la mise en avant des solutions fondées sur la nature. Les actions axées sur le renforcement du suivi, de la notification et de la vérification de la réduction des émissions de gaz à effet de serre devraient prendre en compte les variables de la biodiversité, de manière à donner un aperçu complet des investissements et à aligner les flux financiers sur les objectifs relatifs au climat et à la biodiversité.
La lutte contre la déforestation est un levier essentiel pour atteindre les objectifs relatifs au climat et à la biodiversité
Les résultats obtenus récemment par la Colombie en matière de réduction de la déforestation sont le fruit d’une stratégie menée sur plusieurs fronts, afin de s’attaquer aux causes profondes du problème et d’offrir aux populations des perspectives économiques durables. Le renforcement de la répression des activités illégales, la conclusion d’accords de paix avec les groupes armés illégaux, ainsi que l’expansion des aires protégées et la mise en place d’accords de conservation avec les populations locales ont donné des résultats positifs. Le tracé de la frontière agricole et l’avancée de la mise en place du cadastre polyvalent ont également contribué de manière décisive à limiter l’expansion agricole, en particulier de l’élevage extensif. Le pays a renoncé à son approche territoriale large pour se concentrer de façon plus stratégique sur 44 zones critiques de déforestation active, où la destruction des forêts est plus radicale et répétée. Ainsi, priorité est donnée à la transformation de 28 d’entre elles en « zones critiques de la biodiversité et du développement de la foresterie », grâce à la conclusion d’accords formels avec les territoires autochtones et traditionnels ainsi qu’avec les communautés ethniques, paysannes et locales.
Les projets REDD+ contribuent à la vérification de la réduction des émissions et au développement du marché des crédits carbone, mais plusieurs facteurs entravent leur mise en œuvre13. La Colombie ne dispose pas d’informations complètes sur le nombre, l’ampleur et l’impact des projets de ce type menés à l’échelle nationale. Cela nuit à la crédibilité de la réduction des émissions et accentue le risque de double comptage et de double financement. La réglementation présente en outre des lacunes en ce qui concerne les normes de certification, l’additionnalité, le contrôle du marché, l’intégrité environnementale et la garantie d’un consentement libre, préalable et éclairé des populations (Ovalle, Darío Valencia and Brown, 2023[87]; GFI, Transparency for Colombia et CEALDES, 2025[58]). Si l’État colombien a pris des mesures pour renforcer les garde-fous sociaux et environnementaux, rien n’est prévu pour les faire appliquer. Afin de garantir la transparence tout en évitant le double comptage et les chevauchements, il devrait consolider le socle réglementaire des initiatives REDD+ en adoptant des normes communes conformes aux meilleures pratiques internationales, en améliorant la supervision des projets et la fiabilité des informations communiquées et en imposant l’application de sanctions en cas de non-conformité.
La poursuite du recul de la déforestation exige une action renforcée, une vigilance constante et une réglementation plus stricte. La lente mise en œuvre de la réforme rurale prévue dans le cadre de l’Accord de paix, les difficultés à mettre à exécution le Programme national de substitution des cultures illicites et le regain de tensions avec les groupes armés compromettent les stratégies de conservation. Dans certaines régions, la présence limitée de l’État rend les forêts très vulnérables, dans la mesure où les différends socio-environnementaux n’ont toujours pas trouvé de règlement. Les approches locales ont donné des résultats positifs, mais l’État colombien doit améliorer la participation des territoires autochtones et traditionnels et des communautés ethniques, paysannes et locales dans la prise des décisions relatives à la conservation et l’utilisation des terres. Bien qu’administrant plus de la moitié de la surface terrestre du pays (Alianza Colombia TFA, 2021[88]), les responsables de ces communautés autochtones sont nombreux à faire état d’une influence limitée (Alianza Colombia TFA, 2021[88]). Face à la recrudescence de la déforestation, il conviendrait d’adopter une stratégie à deux volets : d’une part, s’attaquer aux facteurs directs, en particulier l’élevage bovin extensif ; d’autre part, renforcer la gouvernance à long terme, le développement rural et les incitations à faire concorder les moyens de subsistance des populations locales avec les objectifs de conservation.
Prise en compte systématique de la biodiversité
Il a été entrepris d’intégrer la biodiversité dans l’agriculture, mais il faudrait faire davantage pour supprimer progressivement les incitations préjudiciables
En Colombie, l’agriculture est la première cause directe de déforestation (à hauteur d’environ 75 %) et de destruction des habitats. L’élevage bovin occupe à lui seul entre 36 % et 38 % du territoire national (Mendoza et al., 2024[71]). Son expansion a souvent lieu dans des zones impropres à l’agriculture, ce qui se traduit par une faible productivité, par une consommation d’eau excessive ainsi que par la dégradation et l’érosion des sols. L’utilisation à grande échelle de produits agrochimiques exerce également une forte pression sur l’environnement. La concentration d’engrais et de pesticides y est l’une des plus élevées parmi les pays de l’OCDE.
L’insécurité foncière demeure un obstacle de taille à l’utilisation durable des terres, et les cadres juridiques et institutionnels nationaux de la gestion du territoire ne permettent toujours pas de régler les différends persistants autour de l’utilisation des terres. La moitié du territoire national environ serait concerné par des différends de ce type, en grande partie à cause d’activités d’élevage et d’agriculture qui ont lieu dans des zones plus adaptées à la conservation ou à une utilisation durable (MinAmbiente, 2017[89]). Un projet de loi vise à renforcer les systèmes de traçabilité des élevages grâce à un traçage numérique, une certification environnementale, la transparence de la chaîne d’approvisionnement et la coordination entre les institutions. Son adoption constituerait une avancée importante dans le traitement du problème de la déforestation et de la perte de biodiversité.
La Réforme rurale intégrale, qui était une priorité de premier plan de l’Accord de paix de 2016 et l’un des fondements du PND 2022-2026, doit permettre de relever certains des défis majeurs qui concernent le régime foncier, l’agriculture et le développement rural. Ses objectifs consistent notamment à préempter plus de 3 millions d’hectares de terres agricoles pour les redistribuer à des habitants des zones rurales qui n’en ont pas et à fournir des titres fonciers officiels pour 7 millions d’hectares supplémentaires. D’abord lente, sa mise en œuvre s’est accélérée ces dernières années.
Malgré les progrès réalisés, la réforme rurale se heurte à plusieurs difficultés. Le cadastre polyvalent (Cadastro Multipropósito), outil essentiel pour faciliter la réforme, couvrait 180 communes et 27 % du territoire national en 2024. Bien que favorable, cette évolution n’est pas à la hauteur de l’objectif fixé pour 2026, à savoir une couverture de 70 % (DNP, 2024[74]). L’État colombien s’est également engagé à établir un plan de zonage environnemental incluant un tracé de la frontière agricole, mais sa réalisation peine à avancer et se fait très progressivement. Un point positif est la création des zones de réserve agricole (Zonas de Reserva Campesina), censées régler le problème de l’utilisation des terres sans titre de propriété qui se trouvent à proximité des aires protégées. Parmi les principaux obstacles à l’avancée de la réforme rurale, on peut citer le manque de ressources financières, la fragmentation institutionnelle, la persistance du conflit et l’absence de l’État dans certaines zones (GoC, 2025[90]).
La concrétisation de toutes les potentialités offertes par les pratiques durables d’utilisation des terres exige un soutien plus vigoureux de la part des pouvoirs publics et une meilleure prise en compte des réalités locales. L’agroforesterie et la gestion durable des terres sont capitales pour réduire la déforestation et restaurer les écosystèmes dégradés. Le sylvopastoralisme, qui a été mis en avant par les programmes de « reconversion productive », offre des alternatives prometteuses à l’élevage bovin extensif. Il peine toutefois à se développer en raison de la faiblesse des incitations, d’une assistance technique limitée et d’une planification fragmentée (OCDE, 2022[91]; FINAGRO, 2025[92]). Des instruments comme le certificat d’incitation forestière offrent des débouchés économiques aux communautés rurales. Pourtant, il y est peu recouru, du fait des obstacles administratifs, du manque d’information et de financements et d’une prise en compte insuffisante du contexte local (OCDE, 2022[91]). Or, si on renforçait ces instruments en reliant les incitations aux fonctions écosystémiques et en les adaptant aux conditions locales et à la dynamique écologique, il y a tout de lieu de penser qu’ils gagneraient nettement en efficacité.
Le soutien à la production agricole a globalement diminué depuis 2014 et est plus faible que dans la plupart des autres pays Membres de l’OCDE. En pourcentage des recettes agricoles brutes, ce soutien avait chuté à 3.7 % en 2021 pour remonter à 9.4 % en 2023 (OCDE, 2025[13]). Cependant, ce soutien est principalement constitué d’un soutien des prix du marché, qui crée une distorsion de la production. La Colombie a engagé des réformes pionnières pour réduire les incitations dommageables dans le secteur agricole et réorienter les instruments financiers potentiellement préjudiciables à la biodiversité (PNUD BIOFIN, 2025[85]). La première étude nationale sur les incitations préjudiciables en place dans les secteurs de l’agriculture et du développement rural date de 2021-2022 ; elle a permis d’établir les aides et les incitations financières publiques qui contribuaient à l’appauvrissement de la biodiversité, à la dégradation des écosystèmes et à l’utilisation non durable des terres. En conséquence, une feuille de route pour l’« écologisation » du financement de l’agriculture a été définie en partenariat avec le Fonds de financement du secteur agricole (FINAGRO) afin de supprimer et de réorienter les bonifications de crédits accordées par la Commission nationale des prêts à l’agriculture (PNUD BIOFIN, 2025[85]). Il s’agit d’une initiative prometteuse qu’il conviendrait de poursuivre et qui pourra servir d’exemple à d’autres pays.
L’intégration de la biodiversité dans les activités extractives et énergétiques est encore limitée
Le secteur des activités extractives a commencé à avancer vers la prise en compte systématique de la biodiversité et des préoccupations environnementales dans ses pratiques. Ainsi, les compagnies minières sont tenues d’établir des plans de gestion de l’environnement qui prévoient de réparer les atteintes à la biodiversité et de contribuer aux projets environnementaux locaux14. Les écosystèmes appelés páramos bénéficient aujourd’hui d’une protection stricte contre les activités extractives et agricoles ; tous – sauf un – sont officiellement à l’abri de toute intervention foncière. Cela dit, la problématique de la biodiversité doit également être systématiquement prise en compte dans les projets de développement des énergies renouvelables (par exemple, les projets d’investissement solaire et éolien dans la région de Guajira). Des lignes directrices récentes exigent que les projets d’éoliennes évitent les corridors de migration des oiseaux et respectent les plans d’occupation des sols des communautés autochtones.
L’extraction illégale d’or contribue grandement à la déforestation, à la dégradation des écosystèmes et aux risques de santé publique en Colombie. En 2022, les trois quarts ou presque des extractions d’or alluvial étaient illégales et s’étendaient sur quelque 95 000 ha, causant de graves préjudices dans les départements de Chocó et d’Amazonie, y compris dans les aires protégées et les territoires autochtones et traditionnels (ONUDC, 2022[93]). Le mercure utilisé pour l’extraction contamine les cours d’eau et les chaînes alimentaires, atteignant les écosystèmes marins côtiers et mettant gravement en danger la santé des populations locales (Donato-Rondón, 2022[94]).
La Colombie s’efforce de renforcer la répression des activités extractives illégales, notamment par l’intermédiaire du CONALDEF et grâce à une coopération internationale accrue. Cependant, la présence de réseaux criminels bien établis, le niveau élevé du cours de l’or et l’action insuffisante des services de répression empêchent toute amélioration de la situation. D’où l’impératif d’affermir les mécanismes nationaux en place pour prévenir et maîtriser l’exploitation illégale des ressources minérales. Les efforts entrepris pour régulariser les activités extractives de faible ampleur – en vertu de la loi no 2250 de 2022 – se heurtent à des obstacles comme le manque de participation volontaire et les lourdeurs de la double licence. Une approche plus efficace consisterait à simplifier l’octroi des licences, à étendre l’accès au crédit et au soutien technique, à renforcer la participation des populations et à investir dans des moyens de subsistance alternatifs. Sur le plan international, la Colombie gère également des initiatives qui visent à renforcer la diligence raisonnable et la traçabilité de l’or, tout en améliorant la coordination avec les pays voisins pour lutter contre la délinquance environnementale transnationale. De plus, lors de la 7e session de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement, en décembre 2025, le pays a proposé d’adopter une résolution portant création d’un comité intergouvernemental de négociation chargé d’élaborer un instrument mondial contraignant en faveur d’une gestion écologiquement rationnelle des minéraux et des métaux.
Si l’intégration de la biodiversité dans les plans d’urbanisme et d’occupation des sols est faible, l’évolution récente de la situation est de bon augure
La Colombie a accompli des avancées dans l’élaboration du cadre juridique, des stratégies opérationnelles et des orientations visant à favoriser une meilleure intégration de la biodiversité et d’autres questions environnementales dans la planification de l’occupation des sols. En revanche, l’intégration de la biodiversité dans les plans d’aménagement des territoires urbains et ruraux demeure limitée. Moins de la moitié des villes de plus de 100 000 habitants tiennent compte de la biodiversité dans leurs plans d’urbanisme, ce qui est le signe d’importantes lacunes de gouvernance (Gomez et al., 2021[64]). Les zones côtières et les îles ne sont pas couvertes par un régime de planification spécialement prévu dans la loi et elles sont encore peu prises en compte dans les instruments d’aménagement du territoire. D’où la nécessité que la planification considère ensemble les différents écosystèmes marins et dulcicoles. Pour que la biodiversité soit véritablement prise en compte dans les plans d’occupation des sols, il conviendrait de rendre obligatoire l’élaboration des plans d’action régionaux pour la biodiversité et de les relier aux plans d’occupation des sols.
L’adoption de la loi sur les villes vertes en avril 2025 marque un pas vers l’intégration de la biodiversité dans les plans d’urbanisme. Cette loi oblige les communes de plus de 100 000 habitants à prévoir dans leurs plans d’urbanisme l’aménagement d’infrastructures vertes et la protection des écosystèmes urbains. Plus précisément, il s’agit de créer des corridors écologiques entre les espaces verts ; de donner la priorité aux espèces et structures écologiques indigènes dans la reforestation urbaine ; de protéger les cours d’eau, les zones humides et les espaces verts ; et de promouvoir les solutions fondées sur la nature. Dans les zones rurales, en revanche, la fragmentation institutionnelle et le manque de coordination entre les organismes publics nuisent à l’interopérabilité des systèmes d’information sur la biodiversité, ce qui limite la possibilité de mener une action publique coordonnée (OCDE, 2022[91]). Pour que la biodiversité fasse l’objet d’une gouvernance efficace et homogène sur l’ensemble du territoire colombien, il est essentiel de remédier à ces lacunes en intégrant la biodiversité dans les plans d’aménagement urbain et rural et en améliorant la coordination institutionnelle. Cela suppose de disposer des capacités techniques et ressources suffisantes (humaines et financières), notamment au niveau des communes.
Augmenter l’échelle du financement de la biodiversité
Le financement de la biodiversité a augmenté et l’éventail des instruments de financement s’est élargi
L’exécution de l’ambitieux PAB colombien pour 2030 nécessite d’importantes ressources financières ainsi qu’une solide stratégie de financement. Son budget total estimé est plus de quatre fois supérieur à la moyenne des dépenses annuelles de biodiversité pour la période 2014-2023, toutes sources confondues. La stratégie de financement du PAB repose surtout sur la mobilisation d’un large éventail de bailleurs publics et privés, tant sur le territoire national qu’à l’international. Elle prévoit notamment la réforme des subventions préjudiciables, l’utilisation d’instruments de dette (par exemple, des obligations vertes), le recours à des incitations positives (comme les PSE), la coopération internationale, des financements mixtes et l’instauration d’une taxonomie verte pour garantir l’alignement des flux financiers sur les objectifs environnementaux. En s’appuyant sur les cibles inscrites dans le PAB 2030, la stratégie financière pourrait faciliter la conception d’un large éventail d’instruments de financement qui permettraient d’atteindre les objectifs nationaux. Financer la remise en état des écosystèmes stratégiques et lutter contre le changement climatique, c’est participer à la croissance économique de la Colombie en améliorant la productivité et le bien-être tout en réduisant les risques économiques (MFPC, 2025[95]).
Entre 2014 et 2023, les dépenses de protection de la biodiversité ont gonflé de presque 60 % (en valeur nominale) (PNUD BIOFIN, 2024[96]), mais sont restées insuffisantes pour répondre aux besoins de financement. Une grande partie (57 %) des dépenses publiques est imputable à des institutions qui ne relèvent pas du SINA. C’est le cas du ministère de l’Agriculture et du Développement rural et du bureau du Procureur général. Les autorités décentralisées représentent 45 % du total (PNUD BIOFIN, 2024[96]). Vu la part élevée des dépenses publiques administrées par les instances nationales hors SINA et par les autorités décentralisées, il y a lieu de mieux coordonner le suivi et le contrôle global des dépenses consacrées à la biodiversité. Les systèmes de gestion des données sont fragmentés et présentent un manque d’interopérabilité. Cela empêche d’analyser ces données comme il convient et d’y accéder librement. L’existence de données plus détaillées, y compris au niveau territorial, permettrait d’analyser plus précisément l’efficience et l’impact des investissements en faveur de la conservation de la biodiversité (PNUD BIOFIN, 2024[96]). Les dépenses publiques liées à la biodiversité sont financées par plusieurs postes budgétaires, y compris celui du produit des redevances liées à l’eau et de la taxe carbone, dont 80 % est affecté au Fonds pour la vie et la biodiversité (Chapitre 1). Des financements supplémentaires pourraient être mobilisés avec l’exécution des projets de compensation des atteintes à la biodiversité et des investissements obligatoires dans les ressources en eau (au titre du programme de 1 %).
Les ressources fournies par les donneurs internationaux sont considérables. Entre 2014 et 2024, la Colombie a reçu plus de 895 millions USD non remboursables au titre de la coopération internationale pour réduire la déforestation et améliorer la conservation de la biodiversité dans les aires protégées d’importance environnementale. Il s’agit notamment des páramos et d’autres écosystèmes, des parcs nationaux ainsi que des sanctuaires de la faune et de la flore (APC Colombia, 2025[97]). Ces fonds ont été fournis par des partenaires de la coopération bilatérale pour le développement (68 %), des sources privées et philanthropiques (18.7 %), ainsi que des organismes multilatéraux (13.3 %) (APC Colombia, 2025[97]). Les cinq principaux donneurs bilatéraux ont été l’Allemagne, les États-Unis, la Norvège le Royaume-Uni et l’Union européenne.
Le secteur financier colombien a commencé à s’intéresser à la biodiversité à travers les obligations vertes et les engagements de durabilité pris par les entreprises (Chapitre 1). La taxonomie verte, créée en 2022, traite non seulement de la conservation de la biodiversité, mais du changement climatique, de la gestion de l’eau et d’autres objectifs environnementaux. Plusieurs banques proposent des « lignes de crédit vertes » pour les projets d’agriculture durable et de reforestation, avec des garanties du FINAGRO. Il faudrait recourir à un système SDV pour suivre toutes les sources de financement des investissements en faveur de la biodiversité, de la lutte contre le changement climatique et de l’utilisation durable des terres afin de maximiser l’impact de ces investissements, d’éviter les doubles emplois et de garantir une utilisation rationnelle des ressources.
Les efforts en faveur de la bioéconomie sont prometteurs et devraient être intensifiés
La promotion de la bioéconomie est l’un des six grands objectifs nationaux inscrits dans le PAB 2024-2030. Le but est que la bioéconomie contribue à hauteur de 3 % au produit intérieur brut (PIB) du pays et crée 552 000 emplois grâce à des produits et services à haute valeur ajoutée fondés sur une utilisation durable de la biodiversité. Cependant, l’investissement dans les sciences et les technologies reste faible ; il ne représente que 0.2 % du PIB, ce qui limite la recherche et l’innovation dans les domaines liés à la biodiversité (MinAmbiente, 2025[78]) et montre qu’il existe une grande marge d’amélioration en la matière. Pour le faire progresser, des politiques publiques et des mesures réglementaires sont mises au point dans le cadre du programme Colombia BIO, qui visent à mettre la science, la technologie et l’innovation au service du renforcement des chaînes de valeur de produits et de services durables biosourcés comme les produits pharmaceutiques et les solutions d’écotourisme. L’accent est mis notamment sur l’entretien et la conservation des connaissances locales grâce à l’organisation d’expéditions scientifiques visant à mettre en évidence de nouveaux usages, potentiellement durables, de la biodiversité. Un observatoire national de la bioéconomie est en cours d’élaboration ; cette plateforme d’information aura pour rôle d’accroître les investissements publics et privés dans les chaînes de valeur de la bioéconomie.
Recommandations relatives à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité
Copier le lien de Recommandations relatives à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversitéRenforcer le cadre de l’action publique et la gouvernance
Rendre la gestion des pêches, des forêts et de l’utilisation des terres plus durable grâce au renforcement de l’action répressive, au contrôle de la surexploitation, à la lutte intégrée contre la pollution et à l’adaptation aux risques climatiques selon une approche écosystémique ; agir en faveur de la restauration de la biodiversité en favorisant les espèces indigènes et en durcissant la lutte contre les espèces invasives.
Renforcer l’action contre les activités illégales qui mènent à la déforestation et au recul de la biodiversité en s’appuyant sur les évolutions favorables observées jusqu’à présent ; renforcer les cadres juridiques et l’action de répression pour lutter contre l’exploitation minière et forestière illégale et le trafic d’espèces sauvages, tout en simplifiant la régularisation des petits exploitants et en promouvant des moyens de subsistance alternatifs ; veiller à ce que les activités soumises à une obligation d’utilisation durable des ressources dans les aires protégées soient conformes aux objectifs de conservation et aux plans de gestion, par le renforcement de la surveillance et du contrôle.
Favoriser une meilleure coordination des mesures liées au climat, à la désertification et à la biodiversité en renforçant l’articulation entre le PAB, les CDN et le Plan d’action national contre la désertification et la sécheresse, en faisant coïncider les cibles et les indicateurs, en intégrant les questions du climat et de la biodiversité dans les plans d’occupation des sols, en augmentant les financements et en mettant en avant des solutions fondées sur la nature ; promouvoir une prise en compte plus systématique de ces questions dans les politiques sectorielles.
Continuer de renforcer les données ainsi que les capacités de suivi et de recherche sur la biodiversité, notamment la participation de la population, afin de permettre une prise de décision fondée sur des éléments factuels et une gestion adaptative ; réaliser des évaluations systématiques de la biodiversité, en particulier sur les écosystèmes sous-représentés ; étendre les recherches sur les réseaux de connectivité marine et les écosystèmes peu connus ; assurer un financement constant ; améliorer le SINAC de façon à réduire la fragmentation des données et à mieux organiser les efforts de conservation de la biodiversité en fonction des systèmes administratifs nationaux.
Améliorer l’efficacité et l’efficience des instruments d’action en faveur de la biodiversité
Aller plus loin dans la restauration et la conservation de l’environnement en privilégiant les écosystèmes terrestres et marins sous-représentés et fortement menacés ; continuer à promouvoir la connectivité des paysages en créant des corridors biologiques ; étendre l’adaptation écosystémique dans les zones vulnérables ; inclure systématiquement la question de la biodiversité dans les négociations de paix avec les groupes armés illégaux.
Accroître le financement durable de la biodiversité, dans les aires protégées et au-delà ; diversifier les sources de financement en recourant à des partenariats public-privé et au développement de l’écotourisme ; améliorer la coordination entre les institutions ; garantir le partage des bienfaits et la fourniture d’un appui technique au profit des territoires autochtones et traditionnels ainsi que des communautés ethniques et paysannes qui contribuent à la conservation.
Concevoir un système de notification et de suivi robuste, qui regroupe des informations précises et vérifiées sur les programmes de PSE ; réaliser une évaluation approfondie de l’efficacité et de l’efficience de ces programmes afin de mieux cibler les financements, d’aligner les niveaux de financement sur les coûts d’opportunité au niveau local, et de garantir l’intégrité environnementale et la pérennité des actions de conservation ; améliorer le périmètre et le degré d’exhaustivité du suivi des PSE.
Affermir le socle réglementaire des initiatives REDD+ par l’adoption de critères communs et la mise en place d’une supervision des projets de façon à renforcer la responsabilité et les garde-fous sociaux et environnementaux, en particulier en ce qui concerne la participation et le consentement libre, préalable et éclairé de la population des territoires autochtones et traditionnels ainsi que des communautés ethniques, paysannes et locales ; améliorer la coordination entre les programmes de PSE et les stratégies REDD+.
Renforcer le contrôle de la compensation des atteintes à la biodiversité afin de garantir l’équivalence écologique et la permanence ; remédier aux obstacles à l’exécution des projets de compensation qui conduisent à une accumulation des retards de compensation.
Prendre systématiquement en compte la biodiversité dans les politiques sectorielles
Accélérer la mise en œuvre du cadastre polyvalent (Cadastro Multipropósito) afin d’améliorer les données sur la propriété foncière et de favoriser une utilisation durable des terres ; progresser dans le tracé de la frontière agricole ; améliorer la coordination des plans d’occupation des sols aux niveaux national, régional et local.
Poursuivre la mise en œuvre de la Feuille de route sur le financement vert de l’agriculture afin de supprimer et de réorienter les incitations dommageables pour la biodiversité ; envisager l’instauration de taxes sur les produits agrochimiques pour réduire l’utilisation de pesticides et d’engrais.
Renforcer la répression de l’exploitation minière illégale ; simplifier les procédures d’octroi de licences pour les petits exploitants ; poursuivre les actions visant à renforcer la diligence raisonnable et la traçabilité de l’or ; imposer l’élaboration de plans d’action pour la biodiversité au niveau régional et les intégrer dans les plans d’occupation des sols, et coordonner les objectifs et les actions avec les PIGCC et les PIGCCT.
Développer les infrastructures conformément au PAB 2030, en particulier dans le domaine des transports ; prendre en considération des critères de connectivité écologique dans la conception des projets de transport ; envisager un durcissement des obligations de compensation environnementale dans les contrats de concession routière, portuaire et aéroportuaire.
Augmenter le financement en faveur de la biodiversité
Élaborer une stratégie de financement détaillée afin de mobiliser des sources financières variées pour mettre en œuvre le PAB 2030 ; renforcer les instruments financiers existants et en imaginer de nouveaux pour mobiliser des financements auprès de sources publiques et privées, y compris par le financement mixte.
Renforcer la supervision, la transparence, l’information du public et la coordination du suivi des dépenses en faveur de la biodiversité ; aligner la notification des dépenses publiques relatives à la biodiversité sur les principes du Système de comptabilité environnementale et économique et sur la recommandation de la Cible 19 du Cadre mondial de la biodiversité.
Accroître l’investissement dans les sciences, les technologies et l’innovation afin d’assurer une utilisation durable de la biodiversité ; encourager la bioprospection et l’utilisation du savoir traditionnel pour découvrir et mettre au point de nouveaux produits biosourcés et de nouvelles chaînes de valeur de nature à consolider la sécurité alimentaire ; poursuivre les efforts engagés en vue de créer un observatoire de la bioéconomie chargé d’attirer des investissements dans la bioéconomie et d’en assurer le suivi.
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[65] UICN (2024), Red List of Ecosystems Inventory, (ensemble de données), https://iucn.org/red-list-ecosystems-inventory (accessed on 23 June 2025).
[21] UPME (2023), Update of the National Energy Plan (2022-52), Mining and Energy Planning Unit, Bogota, https://climate-laws.org/document/colombia-s-national-energy-plan-energy-principles-2050_e228.
[27] UPME (n.d.), Resumen Ejecutivo: Plan Nacional de Sustitución de Leña y Otros Combustibles de Uso Ineficiente y Altamente Contaminante para la Cocción Doméstica de Alimentos, [Résumé exécutif : Plan national de substitution du bois de feu et d’autres combustibles inefficaces et fortement polluants pour la cuisson domestique des aliments], Mining and Energy Planning Unit, Bogota.
[55] Wang-Helmreich, H. and N. Kreibich (2019), “The potential impacts of a domestic offset component in a carbon tax on mitigation of national emissions”, Renewable and Sustainable Energy Reviews, Vol. 101, pp. 453-460, https://doi.org/10.1016/j.rser.2018.11.026.
[28] Zapata Quinchía, A. (2024), MinHacienda no ha girado la plata de los subsidios de gas en cilindro para estratos bajos: gremio lanza alerta, [Le ministère des Finances n’a pas débloqué les fonds destinés aux subventions pour le gaz en bouteille des ménages modestes : le secteur tire la sonnette d’alarme], 30 décembre, El Colombiano, https://www.elcolombiano.com/negocios/minhacienda-no-ha-girado-el-dinero-para-los-subsidios-al-gas-glp-alerta-gasnova-OC26249645 (accessed on 25 June 2025).
Annexe 1. Mesures prises pour mettre en œuvre certaines recommandations de l’Examen environnemental de la Colombie publié en 2014
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Recommandations |
Mesures prises |
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Performances environnementales : tendances et développements récents |
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Établir dans leur version définitive et adopter les mesures sur l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets énoncées dans le PND 2010-2014 ; définir les mesures supplémentaires à prendre pour atteindre les objectifs ; renforcer le cadre analytique scientifique et économique pour soutenir l’exécution et le développement de la politique climatique ; continuer de participer aux activités de coopération internationale susceptibles d’aider à développer ces capacités et soutenir financièrement les initiatives relatives au climat (par exemple, MDP, MAAN, REDD+). |
Le Système national de réponse au changement climatique (SISCLIMA) a été créé en 2016. La loi de 2018 relative au changement climatique (loi no 1931) pose le cadre juridique et institutionnel qui régit la politique et la gouvernance de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation à ses effets et rend obligatoire d’adopter des plans sectoriels de gestion du changement climatique (PIGCCS) et des plans territoriaux de gestion du changement climatique (PIGCCT). Dans la version actualisée de la Contribution déterminée au niveau national, présentée en 2020, les cibles climatiques ont été revues à la hausse. Par la loi de 2021 sur l’action climatique (loi no 2169/2021), l’engagement d’atteindre zéro émission nette à l’horizon 2050 a été consacré en droit interne. La Stratégie intégrée de contrôle de la déforestation et de gestion des forêts (ENREDD+) fait partie intégrante de la stratégie climatique nationale, des engagements contractés par la Colombie en vertu de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et du mécanisme international REDD+. |
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Redoubler d’efforts pour réduire les effets sanitaires de la pollution atmosphérique urbaine ; mettre en place un inventaire des émissions nationales ; aligner progressivement les normes de qualité de l’air sur celles établies par l’Organisation mondiale de la Santé ; continuer d’agir en faveur des solutions de mobilité les moins polluantes. |
Le document CONPES 3918 (2018) intitulé « Stratégie de mise en œuvre des Objectifs de développement durable en Colombie » indique les cibles à atteindre en matière de surveillance de la qualité de l’air pour que 70 % des stations de mesure enregistrent des niveaux conformes aux cibles intermédiaires définies en 2005 par l’OMS pour les PM10 et les PM2.5 d’ici à 2030 (cibles 3.9 et 11.6 des ODD). Ces cibles ont été confirmées par la résolution no 2254 (2017). Le document CONPES 3943 (2018) intitulé « Politique en faveur de l’amélioration de la qualité de l’air » décrit les mesures à prendre pour réduire les concentrations de polluants qui portent atteinte à la santé humaine et à l’environnement. La Stratégie nationale en faveur de la qualité de l’air (ENCA) porte plus particulièrement sur les particules et vise à renforcer les instruments de réglementation et de nature technique, les connaissances scientifiques, la comptabilité des émissions, la gouvernance de la qualité de l’air et les mécanismes de financement afin de protéger la santé publique et de prévenir les épisodes de pollution grave. La Colombie a remis son premier Rapport biennal de transparence au Secrétariat de la CCNUCC ; il contient un inventaire national des polluants atmosphériques qui couvre la période 1990-2021 conformément au cadre de transparence établi par l’Accord de Paris. La loi no 2486 (2025) et la Stratégie nationale en faveur de la mobilité électrique encouragent le recours aux véhicules électriques pour accélérer l’électrification des transports, réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et améliorer l’efficacité énergétique. La loi no 1964 (2019) porte création d’incitations en faveur des véhicules à faibles émissions et impose, pour 2025, un quota minimum de VE (30 %) dans les parcs municipaux de véhicules dédiés aux transports publics. Par une déclaration sur les véhicules à émission zéro, la Colombie s’est engagée à ce qu’à l’horizon 2035, la totalité des véhicules utilitaires légers vendus sur son territoire soient des véhicules à émission zéro. Le pays a également instauré des quotas de véhicules électriques dans les transports publics : par exemple, tous les véhicules acquis au titre d’une extension de service doivent être des VE dans des villes comme Bogotá. |
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Renforcer la durabilité financière, sociale et environnementale des services d’eau et d’assainissement en menant à bien les tâches suivantes : i) dresser, tous secteurs confondus, l’état des lieux des subventions versées en relation avec l’eau afin de vérifier qu’elles ne constituent pas une incitation au gaspillage ; ii) mieux cibler l’affectation des ressources publiques afin d’élargir l’accès aux services d’eau et d’assainissement ; iii) augmenter les redevances pour pollution de l’eau afin d’accroître le montant des recettes disponibles pour financer l’investissement dans les infrastructures d’approvisionnement en eau et iv) mieux armer les petites communes pour gérer les contrats de fourniture de services passés avec le secteur privé. |
Depuis 2017, un coefficient régional est appliqué (à titre de sanction) au taux minimal des redevances pour prélèvement sur la ressource en eau et pour pollution de l’eau. Cependant, vu le faible niveau des redevances et de leur taux de recouvrement, le dispositif n’agit guère en faveur d’une utilisation plus rationnelle de l’eau et de la réduction de la pollution. Les recettes qui en découlent ne représentent qu’une petite part des coûts de la gestion de l’eau. Les tarifs des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement (SEA) ont augmenté. Cependant, les subventions dont ces services font l’objet sont mal ciblées et régressives. Globalement, l’investissement dans les SEA diminue depuis 2012. Il est nécessaire de rendre l’investissement public plus rentable, d’améliorer la coordination dans le paysage institutionnel fragmenté et de diversifier les sources de financement. |
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Regrouper et simplifier les lois et règlements existants afin que la gestion des déchets soit juridiquement encadrée de manière exhaustive et cohérente. |
En Colombie, le cadre qui régit la gestion des déchets reste fragmenté en une multiplicité de lois et de règlements. Un projet de loi réglementant la gestion des déchets solides, à l’étude devant le Congrès, a pour but d’instaurer un cadre juridique global plus cohérent. La loi no 2294 (2023) a porté création du programme Basura Cero, régi par le décret no 670 (2025) ; elle favorise en outre la valorisation des déchets et l’économie circulaire. Par la loi no 2232 (2022), des mesures visant à réduire la production et la consommation de plastiques ont été mises en place. Les programmes de responsabilité élargie des producteurs ont été progressivement étendus, avec la mise en place de programmes en aval de la consommation pour les pneus, par la résolution no 1326 (2017), les emballages, par la résolution no 1407 (2018), pour les déchets d’équipements électriques et électroniques, par la résolution no 851 (2022), et pour les piles et batteries, par la résolution no 0799 (2025). |
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Élaborer une stratégie nationale sur les déchets pour que l’axe principal de la politique des déchets ne soit plus la lutte contre la pollution, mais la prévention ; formuler une réponse cohérente face aux enjeux clés (manque de capacités de mise en décharge, faible taux de recyclage et intégration des récupérateurs informels de déchets et des dispositifs locaux dans les systèmes de gestion des déchets municipaux) ; fournir des orientations pour la définition des objectifs et plans d’action municipaux et régionaux. |
La Politique de gestion intégrée des déchets solides (document CONPES 3874 de 2016) définit un cadre de long terme pour prévenir la production de déchets, réduire la mise en décharge, promouvoir le réemploi et la valorisation, réduire les émissions de GES dues aux déchets, renforcer le tri des déchets et resserrer la coordination institutionnelle. La Politique de croissance verte (document CONPES 3934 de 2018) et la Stratégie nationale pour une économie circulaire (résolution no 2184 de 2019) ont accentué ce mouvement en encourageant les pratiques de l’économie circulaire, la production et consommation durables ainsi que les programmes de responsabilité élargie des producteurs. Le DANE a mis au point des indicateurs pour suivre l’évolution de la situation. La Politique en faveur d’une production et consommation durables (document CONPES 4129 de 2023) fournit des orientations supplémentaires pour aider les secteurs productifs à réussir la transition vers des modèles plus durables. Des flux de déchets particuliers sont abordés dans la Politique nationale relative aux déchets dangereux (2021-2030) et la Politique nationale relative aux déchets d’équipements électriques et électroniques (2017). Par la loi no 2294 de 2023 et le décret no 670 de 2025 relatif à son application, le programme Basura Cero a été créé afin de guider la transition vers une économie circulaire. Ce programme définit en outre les stratégies, l’infrastructure et les mécanismes de financement à employer pour renforcer la valorisation des déchets. Par les décrets no 1381 de 2024 et no 596 de 2016, les récupérateurs informels de déchets ont été intégrés dans la gestion des déchets municipaux. |
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Réformer les instruments économiques de manière à renforcer les incitations en faveur de la production minimale de déchets et de leur recyclage, et à améliorer la récupération des coûts d’infrastructure liés aux déchets en tenant compte des répercussions sur les ménages pauvres qui pâtissent de la hausse des prix connexe. |
La loi no 2277 (2022) a mis en place une taxe sur les emballages plastiques à usage unique que les producteurs et importateurs doivent acquitter au taux de 2 COP par gramme. La Mesure incitative en faveur de la valorisation et du traitement des déchets (IAT), créée par le décret no 2412 (2018) et régie par le décret no 802 (2022), est appliquée au niveau des communes et des districts dotés de plans de gestion intégrée des déchets solides (PGIRS). Le montant dû au titre de l’IAT est calculé par tonne de déchets solides valorisés et mis en décharge. Les abonnés du service public d’assainissement doivent l’acquitter sous la forme d’une redevance additionnelle. Il avoisine en moyenne 1.5 USD la tonne. Cela est peu par rapport aux niveaux internationaux, mais n’en constitue pas moins un pas en direction de l’harmonisation des incitations en faveur d’une production minimale de déchets et de la valorisation. |
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Gouvernance et gestion de l’environnement |
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Asseoir MinAmbiente dans son rôle d’instance principale de gouvernance et de supervision du système national de gestion environnementale ; procurer à MinAmbiente les moyens de superviser et de diriger plus efficacement les travaux des CAR ; veiller à ce que les missions, les chaînes de responsabilité, les financements et les capacités soient répartis entre les autorités environnementales des différents niveaux d’administration de façon à permettre l’exécution efficiente et efficace des objectifs de la politique environnementale ; créer des mécanismes de coordination pour que le dialogue régional se renforce et que l’action des CAR et département forme un tout harmonieux. |
La Colombie a renforcé le rôle attribué au ministère de l’Environnement et du Développement durable (MinAmbiente) dans le pilotage et la coordination du Système environnemental national (SINA). MinAmbiente participe activement à la prise de décision régionale, il a modernisé le système par des mises à jour réglementaires et il a publié des orientations techniques en vue d’uniformiser la planification environnementale. Il s’est doté d’indicateurs minimaux de référence pour évaluer les résultats des sociétés régionales autonomes (CAR) et il suit l’exécution de leurs plans d’action quadriennaux à l’aide de rapports semestriels et annuels. De plus, le ministère élabore et publie chaque année des rapports de gestion détaillés et il calcule l’indice de performance environnementale institutionnelle, qui guide l’amélioration permanente de la gestion des CAR du point de vue de la mission, du financement et de l’administration. MinAmbiente fournit l’assistance technique nécessaire au renforcement des capacités institutionnelles et à un meilleur traitement des formalités environnementales, ce qui fait grimper le nombre des procédures simplifiées enregistrées dans le système unique national d’information sur les procédures (SUIT). Par ailleurs, les mécanismes de coordination ont été renforcés pour favoriser le dialogue et une action publique cohérente à tous les niveaux d’administration. |
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Encourager la participation du public dans les EIE ; réfléchir à la manière d’associer les habitants des pays voisins potentiellement concernés par des projets menés en Colombie. |
La Colombie a pris des mesures pour aligner ses pratiques sur les normes internationales. Lorsqu’il a actualisé la Méthode générale d’élaboration et de présentation des études d’impact sur l’environnement (MGEPEA), MinAmbiente y a ajouté des lignes directrices qui prévoient la conduite d’activités de « socialisation » auprès des populations concernées dans les pays voisins en cas d’impacts environnementaux transfrontières. Ces lignes directrices deviendront obligatoires au moment de l’adoption officielle de la MGEPEA actualisée, prévue au deuxième semestre 2025. |
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Intégrer pleinement les critères environnementaux dans les mesures de redistribution des terres et de réforme agraire ; renforcer les moyens de faire respecter l’utilisation environnementale prévue dans les plans d’occupation des sols, en particulier dans les zones rurales et côtières ; veiller à l’exécution des plans de gestion des bassins versants et à leur intégration dans les plans d’occupation des sols. |
La Réforme rurale intégrale, pilier de l’Accord de paix de 2016, revêt une dimension environnementale. Des progrès ont été accomplis en ce qui concerne le cadastre polyvalent (Catastro Multipropósito). La résolution no 1608 de 2021 a porté adoption du zonage environnemental pour tracer la frontière agricole et protéger les zones d’intérêt environnemental particulier. Il a été entrepris d’instaurer des zones de réserve paysanne (Zonas de Reservas Campesinas) pour régler le problème de l’utilisation des terres sans titre de propriété qui se trouvent à proximité des aires protégées. Il n’en demeure pas moins nécessaire que la dimension environnementale soit davantage intégrée dans les plans d’occupation des sols et la coordination renforcée entre les différents niveaux d’administration. La gestion des ressources en eau fait également partie des grands piliers du PND 2022-2026, qui place l’eau au centre de l’aménagement du territoire. |
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Subordonner l’exploration minière à la délivrance d’une autorisation environnementale. |
À l’heure actuelle, il n’y a pas besoin d’autorisation pour mener des activités d’exploration minière. |
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Vers la croissance verte |
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Faire de la croissance verte l’un des éléments centraux du Plan national de développement 2014-2018 et des travaux futurs du Conseil national de la politique économique et sociale (CONPES) ; définir des objectifs environnementaux concrets et mesurables pour les principaux secteurs économiques et rendre les ministères comptables de leur réalisation ; veiller à ce que tous les grands programmes et projets fassent l’objet d’une évaluation environnementale stratégique (EES) qui tienne compte des effets de long terme du changement climatique. |
Les objectifs en lien avec la croissance verte et le capital naturel ont été systématiquement intégrés dans les plans nationaux de développement qui se sont succédé. MinAmbiente pilote des EES dans différents secteurs : transports, activités extractives, énergie, agriculture, tourisme et santé environnementale, par exemple. Malgré les avantages et conséquences favorables qui en découlent, la loi n’impose pas de façon explicite la réalisation d’une EES. |
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Étudier le moyen d’élargir l’application des taxes liées à l’environnement, notamment : i) en restructurant les taxes sur les carburants et les véhicules de façon à prendre en compte leur contribution aux émissions de GES et à la pollution atmosphérique locale ; ii) en supprimant les exonérations fiscales relatives aux carburants pour les transports ainsi qu’à l’exploration minière et pétrolière ; iii) en instaurant des droits d’accise sur les produits énergétiques utilisés dans les installations fixes ; et iv) en taxant les produits agrochimiques. |
Les droits d’accise sur les carburants s’appliquent à l’essence, au gazole et aux autres carburants liquides pour véhicules et moteurs à combustion fixes. En 2017, la Colombie a mis en place une taxe carbone qui frappe les combustibles liquides (excepté le gaz de pétrole liquéfié utilisé pour le chauffage), ainsi que les combustibles solides et le gaz naturel utilisés par les raffineries et l’industrie pétrochimique. En 2025, cette taxe carbone a été élargie aux ventes de charbon, à un niveau correspondant à 25 % au taux de référence. Les ventes de charbon seront taxées au taux plein à compter de 2028. Le taux appliqué en 2025 était de 27 900 COP (6.75 USD) par tonne de CO2. La loi de 2021 sur l’action climatique prévoit la mise en service d’un système d’échange de quotas d’émission (Programa Nacional de Cupos Transables de Emisión) à l’horizon 2030. La Stratégie nationale en faveur de la qualité de l’air de 2021 prévoit que les taxes sur les véhicules soient révisées de façon à tenir compte des émissions de polluants atmosphériques locaux provenant des véhicules. Le gouvernement a élaboré un projet de modification de la législation relative à la fiscalité des véhicules. La réforme fiscale de 2022 s’est accompagnée de la mise en place, à l’encontre des entreprises pétrolières et charbonnières, d’une surtaxe à l’impôt sur les sociétés qui s’élève à 5 %, 10 % ou 15 % en fonction des cours mondiaux du pétrole et du charbon. Cette surtaxe vient s’ajouter au taux de base de 35 %. |
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Élargir le périmètre de l’examen annuel des dépenses fiscales à l’évaluation des conséquences environnementales et sociales des dépenses et aides fiscales, afin de réformer les dispositifs dommageables pour l’environnement ; dresser le bilan des incitations fiscales à finalité environnementale en vue de réformer celles qui ne sont ni efficaces sur le plan environnemental, ni rentables sur le plan économique. |
Dans le Plan intégral de gestion du changement climatique et de la biodiversité dans le domaine budgétaire et financier (PIGCCSH+B), il est recommandé de procéder à l’examen complet des taxes, impôts et incitations fiscales en lien avec l’environnement. En 2023 et 2024, la Colombie a supprimé les subventions sur l’essence et réduit celles sur le gazole dont les gros consommateurs bénéficiaient par l’intermédiaire du Fonds de stabilisation des prix des combustibles (FEPC, Fondo de Estabilización de los Precios de los Combustibles). |
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Exploitation durable de la biodiversité |
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Élaborer un plan d’action pour mettre à exécution la Politique nationale de biodiversité de 2012 qui vise à réduire les principales pressions exercées sur la biodiversité et les écosystèmes et pour fournir les moyens nécessaires à la réalisation des objectifs définis dans la stratégie. |
La Colombie a accompli des progrès notables dans la mise en œuvre de sa Politique nationale pour la gestion intégrée de la biodiversité et de ses services écosystémiques (PNGIBSE). Le Plan d’action national pour la biodiversité (PAB), actualisé en 2024, est complet : il contient des objectifs, des lignes d’action et des indicateurs clairs qui permettent de suivre l’évolution de la situation. Dans sa version actualisée, il reprend les cibles définies dans le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal en vertu de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique. Elles y sont articulées autour des six grands objectifs nationaux. Les dépenses de protection de la biodiversité ont gonflé de presque 60 % (en valeur nominale) entre 2014 et 2023, mais restent insuffisantes pour répondre aux besoins de financement. |
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Faire le bilan des résultats obtenus avec les instruments d’action actuellement utilisés pour atteindre les objectifs liés à la biodiversité, afin de les rendre plus efficients et efficaces. |
MinAmbiente a demandé que le PND donne le coup d’envoi de l’évaluation du PNGIBSE qui était prévue pour 2024, mais n’a toujours pas été menée à bien. |
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Indiquer précisément les étapes à suivre pour atteindre les objectifs qui concernent les aires terrestres et marines protégées ; donner la priorité aux écosystèmes sous-représentés ainsi qu’à la protection des espèces endémiques et de la biodiversité menacée ; renforcer le cadre institutionnel et les mécanismes de gestion, en particulier pour ce qui concerne les aires marines protégées ; renforcer le financement des aires protégées, par exemple en utilisant plus largement les instruments économiques. |
En 2021, par le document CONPES 4050, la Colombie a promulgué la Politique de consolidation du Système national des aires protégées (SINAP) qui définit les stratégies à suivre pour endiguer le déclin de la biodiversité et renforcer la gestion des aires terrestres et marines protégées à l’horizon 2030. Cette politique répond à l’objectif d’accroître la superficie couverte par les aires protégées et de mieux les relier entre elles. Elle contient des informations utiles pour procéder à leur déclaration et les étendre en fonction des priorités écologiques et socioéconomiques, tout en rendant leur gestion plus efficace. Il s’agit également d’améliorer la gouvernance, le financement et la gestion des connaissances afin d’encourager les communautés et les secteurs productifs à être co-responsables et de garantir une répartition équitable des avantages de la conservation. En outre, il a été entrepris de revoir les catégories employées dans le SINAP afin d’en créer de nouvelles qui tiennent compte des initiatives publiques, privées et locales, y compris les efforts déployés par les territoires autochtones et traditionnels ainsi que par les communautés ethniques, paysannes et locales. Conformément à l’Accord de Kunming-Montréal, la Colombie fait avancer la reconnaissance des Autres mesures de conservation efficaces (AMCE), en prêtant son appui aux initiatives volontaires qui contribuent à la protection de la biodiversité et à la gouvernance durable des aires protégées. |
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Évaluer la nécessité de renforcer les mesures visant à protéger le milieu marin et côtier en menant à bien les tâches suivantes : i) examiner l’exécution de la Politique nationale environnementale pour le développement durable des espaces océaniques et des zones côtières et insulaires ; ii) dresser le bilan des résultats du Programme national de recherche, d’évaluation, de prévention, de réduction et de maîtrise de la pollution marine d’origine marine et terrestre ; et iii) étudier les avantages potentiels de l’adhésion à d’autres accords multilatéraux sur l’environnement. |
Les problèmes de gouvernance et de coordination ont entravé la mise à exécution du Programme national de recherche, d’évaluation, de prévention, de réduction et de maîtrise de la pollution marine d’origine marine et terrestre (PNOEC), qui a été mis à jour en 2017, et de la Politique nationale environnementale pour le développement durable des espaces océaniques et des zones côtières et insulaires (PNAOCI), adoptée à une date antérieure. Dans leurs évaluations, le Contrôleur général et le Département national de planification ont mis en exergue les lacunes observées dans la planification, le suivi et la transversalité. Plus récemment, il a été tenté de remédier à ces lacunes avec le document CONPES 3990 de 2020, intitulé « Politique pour une énergie bio-océanique durable à l’horizon 2030 », et à travers les engagements énoncés dans la CDN au sujet de la restauration et protection côtières. Au niveau international, la Colombie a signé l’Accord BBNJ en 2023, par lequel elle a conforté son engagement en faveur de la conservation de la biodiversité marine mondiale. |
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Consolider le fondement juridique de la mise en œuvre des dispositifs de compensation des atteintes à la biodiversité, en particulier dans des secteurs clés comme celui des activités extractives ; promouvoir l’utilisation du manuel consacré à cette question et soutenir son application, par exemple dans le cadre de projets de démonstration. |
En 2018, l’État a modifié la réglementation sur l’obligation de compensation des atteintes à la biodiversité, puis, les années suivantes, il a reconnu l’existence de réserves d’habitats et en a réglementé la gestion. En 2018, le Manuel d’attribution de compensations pour pertes de biodiversité a été mis à jour et enrichi afin d’améliorer la teneur des plans de compensation, les mécanismes de mise en œuvre et le suivi. La nouvelle version du Manuel a été adoptée par la résolution no 256 de 2018, modifiée par la résolution no 1428 de 2018. Le Manuel est de nouveau en cours d’actualisation pour accroître davantage encore l’efficacité des plans de compensation. |
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Redoubler d’efforts pour consolider le système colombien d’informations environnementales (SIAC) ; donner la priorité aux informations nécessaires pour soutenir la prise de décision aux différents niveaux d’administration, en particulier aux informations qui traitent des principaux déterminants de la perte de biodiversité ; procéder à une étude approfondie de la valeur économique des services écosystémiques ; intégrer progressivement dans le SIAC les informations économiques liées à la biodiversité. |
Les différents Plans nationaux de développement qui se sont succédé (2014–2018, 2018–2022, 2022–2026) contiennent des stratégies visant à consolider le SIAC. Ces stratégies consistent en effet à améliorer l’interopérabilité du Système, à en élargir l’accès et à le relier aux systèmes consacrés aux forêts, à la biodiversité, au changement climatique et à la gestion des risques de catastrophe. De même, plusieurs politiques définies par le CONPES (dans les documents CONPES (3850/2015, 3926/2018, 3934/2018, 4004/2020, 4021/2020, 4050/2021) soulignent l’importance du SIAC et de son articulation avec des sous-systèmes comme le Système de surveillance des forêts et du carbone (SMByC) et le Système de surveillance, de déclaration et de vérification (SDV), dans le domaine du changement climatique. Par ailleurs, le Plan stratégique 2023-2030 relatif au SIAC donne la priorité à la gouvernance, au développement technologique et à la démocratisation de l’information. Enfin, la loi no 2294 de 2023 a porté création d’un registre national des initiatives de réduction des émissions de gaz à effet de serre (RENARE) qui doit être intégré dans le SIAC. Le SIAC englobe à présent un large éventail de sous-systèmes (forêts, eau, air, biodiversité, changement climatique, aires protégées), ce qui a élargi le périmètre des informations disponibles. Cependant, en raison du mode de fonctionnement du SIAC, qui a plus un rôle de mécanisme interinstitutions que d’organe centralisateur, les données restent éparpillées entre une multiplicité d’institutions. |
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Élaborer un plan coordonné pour réduire la déforestation due à l’élevage bovin ; favoriser un élevage plus intensif mais durable, en mettant en place des garde-fous environnementaux appropriés ainsi que des pratiques sylvo-pastorales. |
À cet égard, les cadres essentiels en place sont la Stratégie intégrée de contrôle de la déforestation et de gestion des forêts (ENREDD+) et la Politique nationale de maîtrise de la déforestation et de gestion durable des forêts (document CONPES 4021), adoptées en 2021. Les PIGCCS du secteur agricole, qui ont été approuvés en 2021, prévoient notamment la mise en œuvre de mesures visant à favoriser l’intensification et la gestion durable de l’élevage, de l’agroforesterie et de la restauration écosystémique. Le sylvopastoralisme, mis en avant par les programmes de « reconversion productive », offre des alternatives prometteuses à l’élevage bovin extensif. Il peine toutefois à se développer en raison de la faiblesse des incitations, d’une assistance technique limitée et d’une planification fragmentée. Un projet de loi visant à renforcer les systèmes de traçabilité des élevages doit améliorer le traçage numérique, la certification environnementale, la transparence de la chaîne d’approvisionnement et la coordination entre les institutions. |
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Adopter et mettre en œuvre les mesures nécessaires pour empêcher toute activité extractive dans les aires protégées. |
Au titre du document CONPES 4050 (2021-2030), les institutions nationales sont en train d’élaborer un plan d’action interinstitutions contre les activités illégales, y compris extractives, dans les zones couvertes par le Système national des aires protégées (SINAP). Des progrès ont été accomplis dans la qualification des activités illégales, qui doit servir de fondement à ce plan. En 2022, le Conseil d’État a rendu une décision obligeant les autorités minières et environnementales à déclarer, délimiter et diviser en zones les aires dans lesquelles les activités extractives sont interdites ou limitées, une partie de ces aires relevant du SINAP. Cette décision rend d’autant plus nécessaire d’actualiser les politiques publiques en lien avec les questions minières et environnementales ; elle a également permis de suspendre les activités extractives tant qu’un zonage territorial approprié ne sera pas en place. En outre, le gouvernement a adopté des instruments juridiques portant création ou élargissement d’aires protégées et restreignant les activités extractives. Parmi ces instruments, on trouve :
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Source : Secrétariat de l’OCDE, d’après les informations communiquées par le pays.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Cet objectif concerne l’ensemble des secteurs de l’économie. Les GES visés sont : le CO2, le N2O, le méthane, les hydrofluorocarbones, les composés perfluorés et l’hexafluorure de soufre.
← 2. La Colombie compte se fonder sur le marché et une démarche concertée (comme prévu à l’article 6.2) pour atteindre zéro hectare net par an de déforestation d’ici à 2030, comme prévu dans sa CDN (GoC, 2020[9]).
← 3. La Colombie possède un immense potentiel d’éolien offshore (50 GW) dans les régions septentrionales ainsi qu’un potentiel de géothermie sur la ceinture de feu du Pacifique (AIE, 2023[8]).
← 4. Le PEN 2020-2050 définit les objectifs à atteindre à l’horizon 2050 afin d’assurer l’accès universel à l’énergie, d’accroître la part des ressources renouvelables non conventionnelles, de réduire les émissions de carbone et d’améliorer l’efficacité énergétique (Minenergia, 2021[98]). Dans le PEN 2022-2052 revu en 2023, la priorité est d’augmenter la part des énergies renouvelables non conventionnelles et de développer la puissance installée de certaines filières, comme le solaire, l’éolien, la géothermie et l’hydrogène vert. Des cibles associées à ces différentes filières ont été définies dans cinq scénarios. L’objectif global du PEN est qu’en 2052, entre 7 % et 30 % de la production d’énergie primaire repose sur les sources renouvelables non conventionnelles.
← 5. Les bâtiments, l’industrie et les transports font l’objet de 29 cibles, parmi lesquelles : réduire de 15 % à l’horizon 2030 la consommation d’électricité dans le secteur résidentiel par rapport aux niveaux de 2015 ; mettre en place des systèmes de gestion énergétique dans au moins 300 grandes entreprises et 500 moyennes entreprises ; compter 600 000 véhicules électriques dans le parc national en 2030 et réduire de 10 % par rapport aux niveaux de 2015 l’intensité énergétique du transport de marchandises (AIE, 2023[8]).
← 6. Les paramètres qui interviennent dans le calcul de cet indice sont le pH, l’oxygène dissous, la demande chimique en oxygène, le total des matières solides en suspension, la conductivité électrique et le rapport azote/phosphore.
← 7. Dans le SCEE, les déchets solides, à savoir les matières de rebut ayant une valeur marchande (par exemple, les vieux métaux), font partie du compte des déchets. En revanche, dans les statistiques de l’OCDE, seuls les résidus de déchets solides sont pris en compte : les articles considérés comme des produits dans l’économie en sont exclus. Les résidus sont les flux de matières solides, liquides et gazeuses et les flux énergétiques qui sont jetés, déversés ou dégagés par les établissements et les ménages dans le cadre de processus de production, de consommation ou d’accumulation.
← 8. La Commission de haut niveau sur les prix du carbone est parvenue à la conclusion que les prix du carbone devront être compris entre 60 EUR/t CO2 et 120 EUR/t CO2 (montants convertis en EUR réels de 2023 et arrondis) en 2030 pour que les pays restent en mesure de limiter le réchauffement planétaire à moins de 2 °C (OCDE, 2024[53]).
← 9. Cela concerne les entreprises dont les activités sont exclusivement à faibles émissions.
← 10. L’expression « intégrité écologique » est souvent employée pour évaluer l’état ou la santé des écosystèmes ou des unités écologiques de référence, notamment au sein d’une aire protégée. La plupart des définitions s'accordent sur le fait qu’un écosystème en bonne santé est stable, durable et actif. Il conserve au fil du temps son organisation et son autonomie, sa capacité à se remettre des perturbations, ainsi que ses échanges de matière, d’énergie et d’éléments biotiques avec d’autres écosystèmes.
← 11. L’Indice de santé des océans renseigne sur la santé générale des océans à l’échelle mondiale en indiquant dans quelle mesure ils procurent durablement des avantages aux populations (par exemple, approvisionnement alimentaire, biodiversité, protection côtière et valeurs culturelles). Cet indice regroupe des facteurs écologiques, sociaux et économiques ainsi que des facteurs de gouvernance qui donnent un score général de durabilité des océans compris entre 0 et 100.
← 12. Les páramos sont des écosystèmes uniques de haute altitude, que l’on trouve principalement dans le nord des Andes, à la limite entre la forêt et les neiges éternelles. Ils sont constitués de touffes d’herbes, d’arbustes et d’une végétation particulière, adaptée aux climats froids et humides. Les páramos jouent un rôle crucial dans la régulation hydrique et le stockage du carbone en agissant comme des châteaux d’eau naturels qui fournissent de l’eau douce aux communautés situées en aval.
← 13. L’acronyme REDD+ signifie « réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts » et renvoie aux activités qui participent à la conservation, à la gestion durable des forêts et à l’augmentation des stocks de carbone forestier dans les pays en développement.
← 14. À titre d’exemple, les grandes entreprises nationales d’exploitation du charbon financent la conservation de fragments des forêts de type méditerranéen pour compenser les impacts de l’activité minière. La société Ecopetrol s’est pour sa part engagée à avoir un impact positif net sur la biodiversité en investissant dans des projets de conservation au-delà de ce qui est requis. Elle a également favorisé l’enregistrement de nouvelles aires protégées dans les régions où elle exerce ses activités.