Priscilla Fialho
1. Faire face à l’incertitude
Copier le lien de 1. Faire face à l’incertitudeDescription
En tant que petite économie ouverte et très mondialisée, la Suisse est très exposée aux évolutions mondiales, notamment aux fluctuations de la demande extérieure, aux modifications importantes des politiques commerciales internationales et à l’incertitude géopolitique. L’économie a relativement bien résisté à ces chocs, dans la mesure où elle se caractérise par une croissance constamment positive, une faible inflation, un chômage modeste et des finances publiques saines. La croissance restera soutenue par la consommation privée intérieure sur fond de faible inflation et de conditions de financement favorables, et les tensions se sont atténuées sur le marché du travail. L’augmentation des prix mondiaux de l’énergie et des produits de base dans le contexte du conflit en cours au Moyen-Orient a eu des effets moins sensibles sur la Suisse que sur d’autres pays, dans la mesure où son économie est fortement axée sur les services et se caractérise par une intensité énergétique relativement faible. Un examen du cadre réglementaire bancaire a débouché sur plusieurs propositions de modifications destinées à renforcer la stabilité financière. L’orientation de la politique monétaire a été expansionniste, tandis que celle de la politique budgétaire a été globalement neutre, conformément aux règles budgétaires. La mise en œuvre de projets de réformes ambitieux destinés à renforcer la viabilité des finances publiques à long terme contribuera à limiter les tensions grandissantes exercées sur les dépenses, notamment par les soins de santé. La croissance future passera par un resserrement des liens de la Suisse avec ses partenaires commerciaux et par la poursuite de l’élargissement des possibilités d’accès à de nouveaux marchés potentiels.
1.1. Les perspectives économiques sont entourées d’incertitude
Copier le lien de 1.1. Les perspectives économiques sont entourées d’incertitude1.1.1. La croissance du PIB réel est inférieure à son niveau potentiel
L’économie suisse a relativement bien résisté aux chocs récents, dans la mesure où elle se caractérise par une croissance constamment positive, une faible inflation, un chômage modeste et des finances publiques saines. Cela tient tout particulièrement à la stabilité de son environnement politique et à la solidité de ses institutions (Encadré 1.1). En tant que petite économie ouverte et très mondialisée, la Suisse est cependant très exposée aux évolutions mondiales, notamment aux fluctuations de la demande extérieure, aux modifications importantes des politiques commerciales internationales et à l’incertitude géopolitique. En conséquence, bien que la croissance ait été régulière, elle est demeurée inférieure à son niveau tendanciel, s’établissant en deçà du taux moyen de croissance annuelle de 1.8 % enregistré par le pays entre 2014 et 2024 (SECO, 2026[1]).
Le PIB réel, non corrigé des événements sportifs, a augmenté de 1.5% en 2024 et de 1.6 % en 2025. La demande intérieure a été le principal moteur de la croissance, les ménages ayant bénéficié de la progression des salaires réels et de l’emploi (Graphique 1.1, partie A). Les exportations ont également contribué positivement à la croissance du PIB réel à la fin de 2024 et au début de 2025, en particulier celles de l’industrie chimique et du secteur pharmaceutique, et ont été stimulées dans une certaine mesure par les échanges réalisés par anticipation des hausses de droits de douane des États-Unis (Graphique 1.1, partie B). La croissance des exportations a nettement ralenti à la fin de 2025, après l’instauration de droits de douane supplémentaires de 39 % sur la plupart des marchandises importées de Suisse par les États-Unis en août 2025, qui a touché près de 60 % des exportations de marchandises vers ce pays et 10 % des exportations totales. Au premier trimestre de 2026, le PIB réel non corrigé des événements sportifs a augmenté de seulement 0.5% par rapport au trimestre précédent, avec un net recul des exportations de produits chimiques et pharmaceutiques en début d’année (SECO, 2026[2]). Au deuxième trimestre, la croissance du PIB réel, non corrigée des événements sportifs, a atteint 2,8 % par rapport au trimestre précédent, portée par une forte reprise des industries pharmaceutique et chimique.
Le PIB réel, non corrigé des événements sportifs, devrait croître de 2% en 2026 et de 1.4% en 2027 (Tableau 1.1). La croissance restera soutenue par la consommation privée intérieure sur fond de faible inflation et de conditions de financement favorables (voir la section 1.2.2). L’augmentation des prix mondiaux de l’énergie et des produits de base dans le contexte du conflit en cours au Moyen-Orient a eu des effets moins sensibles sur la Suisse que sur d’autres pays, dans la mesure où son économie est fortement axée sur les services et se caractérise par une intensité énergétique relativement faible (voir le chapitre 3). Le poids des prix de l’énergie dans le panier de l’indice des prix à la consommation est un des plus faibles de la zone OCDE, et les importations suisses en provenance du Moyen-Orient représentent moins de 4 % des importations suisses totales. La vigueur du franc suisse a également compensé en partie la hausse des prix mondiaux de l’énergie et, de manière plus générale, limité l’inflation importée, soutenant la demande intérieure (voir ci-après et la section 1.2.1).
On s’attend néanmoins à ce que l’augmentation des coûts énergétiques à l’échelle mondiale affaiblisse la demande de biens et services produits en Suisse émanant de ses principaux partenaires commerciaux en 2026. Le conflit en cours devrait également se traduire par des tensions supplémentaires sur le franc suisse, résultant d’entrées de capitaux liées à son statut de monnaie refuge. Les exportations bénéficieront toutefois des droits de douane supplémentaires réduits appliqués par les États-Unis, qui ont été limités à 15 % pour la plupart des biens selon la déclaration commune adoptée en novembre 2025 par les États-Unis et la Suisse, et ramenés ensuite à 10 % après l’arrêt rendu par la Cour suprême des États‑Unis en février 2026.
L’incertitude considérable qui entoure la politique commerciale des États-Unis et l’environnement extérieur complexe, notamment le conflit en cours au Moyen-Orient, devraient peser sur l’investissement privé en 2026 et 2027, sachant que le faible taux d’utilisation des capacités dans le secteur manufacturier devrait accentuer ce phénomène (BNS, 2026[3]). L’annonce récente de droits de douane supplémentaires de 12.5 % en vertu de l’article 301 de la loi de 1974 sur le commerce extérieur des États-Unis (Trade Act of 1974) accentue l’incertitude. Les perspectives devraient néanmoins s’améliorer en 2027, à mesure que les principaux partenaires commerciaux de la Suisse se remettront du choc d’approvisionnement énergétique et que les exportations rebondiront.
Tableau 1.1. Indicateurs et prévisions macroéconomiques
Copier le lien de Tableau 1.1. Indicateurs et prévisions macroéconomiquesPourcentage de variation annuelle, en volume
|
2022(a) |
2023 |
2024 |
2025 |
2026 |
2027 |
|
|---|---|---|---|---|---|---|
|
Produit intérieur brut (PIB) |
819.5 |
1.1 |
1.5 |
1.6 |
2.0 |
1.4 |
|
Consommation privée |
395.4 |
1.3 |
2.1 |
1.7 |
1.2 |
1.1 |
|
Consommation publique |
93.6 |
1.2 |
2.0 |
-0.6 |
1.6 |
0.4 |
|
Formation brute de capital fixe |
215.2 |
2.0 |
0.0 |
3.5 |
-0.2 |
0.1 |
|
Demande intérieure finale |
704.2 |
1.5 |
1.4 |
1.9 |
0.8 |
0.7 |
|
Variation des stocks1 |
1.9 |
1.6 |
-0.7 |
2.6 |
-1.1 |
0.5 |
|
Demande intérieure totale |
706.1 |
3.3 |
0.6 |
4.7 |
-0.5 |
1.3 |
|
Exportations de biens et de services |
615.2 |
-2.0 |
1.7 |
6.0 |
-0.3 |
1.8 |
|
Importations de biens et de services |
501.8 |
0.5 |
0.4 |
11.7 |
-3.8 |
1.7 |
|
Solde extérieur1 |
113.4 |
-1.8 |
1.0 |
-2.6 |
2.4 |
0.3 |
|
Autres indicateurs (taux de croissance, sauf indication contraire) |
||||||
|
PIB potentiel |
. . |
2.1 |
2.0 |
1.9 |
1.8 |
1.7 |
|
Écart de production2 |
. . |
0.6 |
0.1 |
-0.2 |
0.0 |
-0.3 |
|
Emploi |
. . |
2.0 |
0.6 |
0.2 |
0.5 |
0.5 |
|
Taux de chômage (au sens du BIT) |
. . |
4.0 |
4.3 |
4.8 |
4.8 |
4.3 |
|
Déflateur du PIB |
. . |
1.1 |
1.3 |
0.8 |
0.2 |
0.8 |
|
Indice des prix à la consommation (IPC) |
. . |
2.1 |
1.1 |
0.2 |
0.6 |
0.6 |
|
IPC sous-jacent |
. . |
1.5 |
1.0 |
0.7 |
0.4 |
0.4 |
|
Taux d’épargne net des ménages3 |
. . |
20.5 |
22.3 |
22.4 |
22.0 |
22.6 |
|
Solde des paiements courants4 |
. . |
5.8 |
8.9 |
6.3 |
6.2 |
6.3 |
|
Solde budgétaire des administrations publiques4 |
. . |
0.3 |
0.5 |
0.7 |
0.3 |
0.0 |
|
Solde budgétaire sous-jacent des administrations publiques2 |
. . |
0.1 |
0.5 |
0.8 |
0.3 |
0.1 |
|
Solde primaire sous-jacent des administrations publiques2 |
. . |
0.1 |
0.5 |
0.7 |
0.2 |
0.0 |
|
Dette nette des administrations publiques4,5 |
. . |
-3.9 |
-14.0 |
-16.7 |
-16.7 |
-16.3 |
|
Taux du marché monétaire à trois mois, moyenne |
. . |
1.5 |
1.2 |
0.1 |
0.0 |
0.5 |
|
Rendement des obligations d’État à 10 ans, moyenne |
. . |
1.0 |
0.6 |
0.3 |
0.5 |
0.6 |
Note : Les grandes manifestations sportives organisées par des organisations internationales, et qui se déroulent les années paires, sont prises en compte sans faire l’objet de la moindre correction. (a) À prix courants (milliards CHF) 1. Contribution aux variations du PIB réel. 2. En % du PIB potentiel. 3. En % du revenu disponible des ménages. 4. En % du PIB. 5. Mesure de l’encours des engagements financiers nets consolidés à la fin de la période comptable, Comprend les actifs financiers tels que les créances et la composante or physique de l’or monétaire. Diffère de la définition des engagements financiers au sens de la comptabilité nationale et de celle utilisée par le FMI.
Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE.
Graphique 1.1. La demande intérieure restera le principal moteur de la croissance
Copier le lien de Graphique 1.1. La demande intérieure restera le principal moteur de la croissance
Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE ; et calculs de l’OCDE fondés sur la base de données statistiques des Nations Unies sur le commerce des marchandises (COMTRADE).
Encadré 1.1. Le système politique et la structure administrative sans équivalent de la Suisse
Copier le lien de Encadré 1.1. Le système politique et la structure administrative sans équivalent de la SuisseFédéralisme
Les juridictions infranationales de la Suisse, les cantons, jouissent d’une grande autonomie. La confédération n’est compétente que dans des domaines comme la politique étrangère, la défense, le droit civil et pénal, l’énergie nucléaire et la politique énergétique, la sécurité sociale et les principes généraux applicables à la citoyenneté, à l’aménagement du territoire et à la protection de l’environnement. Toutes les autres tâches relèvent de la responsabilité des cantons. Pour financer leurs dépenses, les cantons peuvent lever leurs propres impôts sur le revenu et la fortune. Les cantons peuvent également déterminer la portée de l’autonomie des communes.
Démocratie directe
Les citoyens suisses âgés de 18 ans ou plus ont le droit de voter aux élections nationales et locales. Les citoyens suisses sont également appelés régulièrement à voter sur des questions spécifiques dans le cadre de référendums. Toute modification de la Constitution fédérale passe par un référendum obligatoire. Dans la mesure où la Constitution fixe des taux maximums d’imposition pour l’impôt fédéral sur le revenu et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), par exemple, toute modification au-delà de ces seuils doit être approuvée en votation populaire, par une majorité des citoyens et une majorité des cantons. En outre, les citoyens peuvent lancer des initiatives populaires pour proposer que la Constitution fédérale soit révisée, et des référendums facultatifs pour s’opposer à de nouvelles lois fédérales adoptées par le Parlement. Seule une majorité simple est requise dans le cadre de ces scrutins. Les cantons disposent d’une panoplie similaire d’instruments de démocratie directe et peuvent lancer des référendums cantonaux sur les lois fédérales. Globalement, les électeurs sont appelés à voter approximativement quatre fois par an sur quinze questions en moyenne.
Parlement bicaméral
La plupart des charges publiques revêtent un caractère semi-professionnel, notamment celles de membre de l’Assemblée fédérale, et ne s’accompagnent que d’une rémunération minime. La plupart des députés occupent un autre emploi en sus de leurs fonctions parlementaires. Ils sont financièrement indépendants de la charge publique qu’ils exercent. Les parlementaires se réunissent pour des sessions de trois semaines quatre fois par an.
L’Assemblée fédérale semi-professionnelle se compose de deux chambres : le Conseil national et le Conseil des États. Le Conseil national représente le peuple, tandis que le Conseil des États représente les cantons. Tous les députés sont élus au suffrage direct tous les quatre ans. Le Conseil national est élu selon le système proportionnel, tandis que dans la plupart des cantons, les membres du Conseil des États sont élus suivant un mode de scrutin majoritaire.
Prise de décision par consensus et « formule magique »
Le gouvernement national, appelé Conseil fédéral, est composé de sept membres qui ont les mêmes pouvoirs et sont chargés d’un ministère. Ses membres sont élus par l’Assemblée fédérale pour un mandat de quatre ans. La fonction de Président est assumée par les membres du gouvernement selon un principe de rotation annuelle, et recouvre essentiellement des devoirs de représentation. Les décisions sont prises par consensus. Les sept sièges au Conseil fédéral sont répartis entre les quatre principaux partis politiques en fonction de leur représentation au Parlement. Il est également d’usage qu’un équilibre linguistique soit respecté. Ce système traditionnel, qualifié de « formule magique », n’est pas consacré par la loi. Il est utilisé depuis 1959.
Source : Autorités fédérales suisses ; Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) ; et Administration fédérale des finances (AFF).
1.1.2. Les tensions se sont atténuées sur le marché du travail
Après une période de tensions particulièrement fortes sur le marché du travail, pendant laquelle le taux de vacance d’emploi a atteint son plus haut niveau depuis deux décennies en 2022 puis de nouveau au début de 2023, la croissance plus modérée enregistrée en 2024 et 2025 a imprimé sa marque sur le marché du travail. La croissance de l’emploi est relativement modeste depuis 2024, ce qui s’est traduit par une hausse progressive du chômage et une diminution du taux de vacance d’emploi (Graphique 1.2, partie A). D’après les résultats de l’enquête sur la population active, les difficultés de recrutement de spécialistes ont diminué et les prévisions d’évolution de l’emploi des employeurs étaient en demi-teinte en 2025 (OFS, 2025[4]).
Malgré la détente du marché du travail, la croissance des salaires est restée positive en termes nominaux et réels et relativement forte, à près de 2 %, compte tenu des gains de productivité réalisés dans des secteurs phares de l’économie (Graphique 1.2, partie B). L’inflation globale étant proche de 0 %, le pouvoir d’achat des ménages a donc continué de s’améliorer.
Les perspectives de croissance modérée qui se dessinent auront des répercussions sur le marché de l’emploi. Le taux de chômage devrait se hisser à 4.8 % en 2026 (selon la définition de l’OIT), avant de refluer à 4.3 % en 2027, soit un niveau supérieur à sa moyenne rétrospective de 4 % sur la période 1990-2024 (Tableau 1.1). Cette évolution sera étayée par une amélioration modérée de l’emploi, ainsi que l’illustre l’indicateur de l’emploi du Centre de recherches conjoncturelles (KOF, Konjunkturforschungsstelle) au dernier trimestre de 2025 et au premier semestre de 2026, qui peut être imputée à des droits de douane sur les exportations à destination des États-Unis inférieur à ce qui était initialement prévu (KOF, 2026[5]). Les enquêtes du KOF sur la population active laissent également entrevoir une poursuite de la progression des salaires réels, quoique à un rythme plus modéré qu’au cours des années précédentes (KOF, 2026[6]). Si le conflit en cours au Moyen-Orient devait durer plus longtemps qu’on ne s’y attend et les prix à la consommation augmenter davantage que prévu, la croissance des salaires réels en 2026 et 2027 pourrait être plus faible qu’on ne l’anticipe.
Graphique 1.2. Les tensions se sont atténuées sur le marché du travail
Copier le lien de Graphique 1.2. Les tensions se sont atténuées sur le marché du travailLe marché du travail est connu pour sa remarquable stabilité, la Suisse figurant parmi les pays de l’OCDE les mieux classés en matière d’emploi et affichant un taux de chômage plus faible que celui de pays comparables (Graphique 1.3, partie A). Mesuré en USD et à parité de pouvoir d’achat (PPA), le niveau des salaires est un des plus élevés de la zone OCDE (OCDE, 2024[7]). Un des facteurs qui explique la stabilité de l’emploi réside dans le dispositif d’indemnisation du chômage partiel qui a efficacement limité les pertes d’emplois en période de crise et joué un rôle de stabilisateur automatique (Graphique 1.3, partie B). Dans le cadre de ce dispositif, l’assurance chômage couvre une proportion des coûts salariaux des employeurs dont les salariés sont temporairement inoccupés.
Graphique 1.3. Le marché du travail suisse a fait preuve de résilience en période de crise
Copier le lien de Graphique 1.3. Le marché du travail suisse a fait preuve de résilience en période de crise
Note : Dans la partie A, le taux de chômage se fonde sur la définition comparable à l’échelle internationale de l’Organisation internationale du travail (OIT).
Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE ; CEIC ; et Secrétariat d’État à l’économie (SECO).
Pour amortir l’impact de l’affaiblissement de la demande extérieure sur fond de droits de douane supplémentaires plus élevés appliqués par les États-Unis et d’incertitude liée à la politique commerciale, les autorités ont porté la durée maximale d’indemnisation du chômage partiel de 12 à 18 mois en 2024, puis à 24 mois en 2025. Cet allongement de la durée maximale d’indemnisation devait expirer en juillet 2026. Néanmoins, dans le contexte du conflit en cours au Moyen-Orient, le gouvernement fédéral a décidé de maintenir cette durée maximale à 24 mois jusqu’au 31 janvier 2027. L’utilisation du dispositif a augmenté, mais elle reste modeste au regard des précédents épisodes de fléchissement de l’activité économique. Ce dispositif permettrait probablement d’amortir l’impact du ralentissement de la croissance des exportations sur le marché du travail et le revenu disponible des ménages si le conflit en cours au Moyen-Orient devait durer plus longtemps que prévu et si la croissance mondiale devait s’avérer plus faible qu’on ne l’anticipe, contribuant à soutenir la demande intérieure privée en 2026 et 2027. Les mesures prises pour atténuer les effets de la forte incertitude et du fléchissement de la demande extérieure devraient néanmoins être assorties de clauses d’extinction claires, permettant leur démantèlement rapide lorsque les perspectives s’amélioreront.
1.1.3. Les tensions inflationnistes sont faibles
L’inflation globale ayant oscillé autour de 0 % pendant la plus grande partie de l’année 2025, la Suisse a affiché une inflation constamment inférieure à celle observée dans d’autres économies de l’OCDE (Graphique 1.4). L’inflation annuelle mesurée par les prix à la consommation s’est établie à 0.2 % en 2025, contre 1.1 % en 2024. Cela correspond à l’extrémité inférieure de la fourchette de 0-2 % retenue comme objectif par la banque centrale et peut être imputé à la diminution des prix de l’énergie et des produits alimentaires en 2025, ainsi qu’à la baisse des prix des produits importés due à l’appréciation du franc suisse.
Sur fond de tensions géopolitiques et de renchérissement de l’énergie à l’échelle mondiale, l’inflation globale s’est hissée de 0 % en glissement annuel en novembre 2025 à 0.8 % en août 2026, principalement alimentée par l’augmentation de l’inflation importée, en particulier par la hausse des prix de l’essence, du gazole et du mazout, qui est passée de -1.3 % à +1.5 % au cours de la même période. L’inflation intérieure a également augmenté, mais dans une moindre mesure. L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix des produits frais et saisonniers, de l’énergie et des carburants, a atteint 0.8 % (OFS, 2026[8]).
Graphique 1.4. Les tensions inflationnistes restent faibles
Copier le lien de Graphique 1.4. Les tensions inflationnistes restent faiblesBien que l’inflation se soit légèrement accentuée compte tenu du conflit au Moyen-Orient, dans les temps à venir, elle ne devrait augmenter que modérément et passer de 0.2 % en 2025 à 0.6 % en 2026 et 2027, et demeurer ainsi fermement dans la fourchette de 0-2 % correspondant à la stabilité des prix. D’après les prévisions de l’OCDE, le franc suisse devrait continuer de s’apprécier sur fond de forte incertitude à l’échelle mondiale, ce qui limitera l’inflation importée, compensant en partie les effets de la hausse des prix internationaux du gaz et du pétrole.
Les anticipations d’inflation restent bien ancrées et globalement stables à moyen terme. D’après l’enquête sur le climat de consommation du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), les anticipations d’inflation à 12 mois ont nettement augmenté en mars 2026, mais les anticipations à cinq ans sont restées dans une large mesure inchangées. Les anticipations d’inflation pour 2026 et 2027, telles que mesurées par UBS et CFA Society Switzerland à partir d’enquêtes menées auprès des investisseurs, sont également demeurées inchangées. D’après l’enquête de mai relative aux prévisions d’inflation d’experts travaillant pour des banques et des institutions économiques, réalisée par Consensus Economics, l’inflation anticipée était de 0.6 % en glissement annuel en mai 2026 et de 0.7 % en mai 2027.
1.1.4. Les risques qui entourent les perspectives sont orientés de manière prédominante à la baisse
Les risques de divergence à la baisse par rapport aux perspectives se sont accentués. Les prévisions qui figurent dans le tableau 1.1 restent entourées d’une incertitude considérable concernant la durée de la guerre au Moyen-Orient, la possibilité que les prix internationaux du pétrole et du gaz demeurent élevés plus longtemps qu’on ne l’anticipe, et l’évolution future de la politique commerciale des États-Unis. S’agissant de ce dernier facteur, une attention toute particulière sera accordée aux produits pharmaceutiques, pour lesquels les droits de douane et les pressions exercées en faveur d’une baisse des prix à l’exportation pourraient amputer les recettes d’exportation de l’industrie pharmaceutique suisse. Les investissements que s’est engagé à réaliser aux États-Unis le secteur privé suisse, notamment les entreprises pharmaceutiques, ont contribué à la conclusion d’un accord, mais ils pourraient avoir des effets de redéploiement, aux répercussions potentiellement négatives pour la production, l’investissement et les perspectives d’emploi en Suisse. Une poursuite de l’appréciation du franc suisse affaiblirait encore davantage la croissance des exportations. La Banque nationale suisse (BNS) pourrait réagir en appliquant des taux directeurs négatifs, ce qui pourrait accentuer les risques pesant sur la stabilité financière si les mesures macroprudentielles – principalement l’activation du volant anticyclique de fonds propres et le durcissement des obligations imposées en matière de quotité de financement (ratio prêt/valeur du bien) – et si les volants de fonds propres facultatifs et l’accumulation d’actifs financiers par les ménages se révélaient insuffisants. À l’inverse, une éventuelle atténuation des tensions commerciales et géopolitiques, des gains plus importants que prévu tirés de l’intelligence artificielle (IA) et une reprise économique plus rapide qu’on ne s’y attend chez les partenaires commerciaux européens de la Suisse se traduiraient par une croissance plus forte qu’on ne l’anticipe. Au-delà de ces risques, il existe également des événements peu probables susceptibles de modifier sensiblement les perspectives économiques de la Suisse (Tableau 1.2).
Tableau 1.2. Risques d’événements extrêmes qui pourraient modifier sensiblement les perspectives
Copier le lien de Tableau 1.2. Risques d’événements extrêmes qui pourraient modifier sensiblement les perspectives|
Choc |
Conséquences possibles |
|---|---|
|
Des perturbations durables du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et des chaînes de valeur mondiales pourraient affaiblir la demande mondiale de biens. |
La croissance des exportations ralentirait encore davantage qu’on ne s’y attend. L’utilisation du dispositif de chômage partiel pourrait augmenter par rapport à son niveau actuel. |
|
Un rejet de l’ensemble d’accords conclus entre la Suisse et l’Union européenne (UE) dans le cadre d’une votation populaire pourrait limiter l’accès de la Suisse au marché unique européen et à d’importants programmes de recherche et scientifiques. |
Le potentiel de croissance à long terme de l’économie pourrait être gravement affecté. |
|
Un accroissement de la fréquence et de la sophistication des cyberattaques pourrait présenter des risques pour le secteur financier. |
Les cyberattaques pourraient entraîner des perturbations des activités des établissements financiers, des risques juridiques accrus, une augmentation de la fraude et un affaiblissement de la confiance des clients dans le système financier. |
1.2. Les actions possibles pour stabiliser l’économie demeurent limitées
Copier le lien de 1.2. Les actions possibles pour stabiliser l’économie demeurent limitées1.2.1. La politique budgétaire devrait continuer de soutenir l’économie
L’appréciation rapide du franc suisse, due en partie à son statut de valeur refuge, a accentué les tensions inflationnistes pendant la majeure partie de l’année 2025 et au début de 2026. Pour empêcher que l’inflation mesurée par les prix à la consommation ne tombe en dessous de la fourchette de stabilité des prix comprise entre 0 et 2 %, la Banque nationale suisse (BNS) a abaissé son taux directeur de 0.25 point de pourcentage, le ramenant à 0 % en juin 2025. Cette baisse porte l’assouplissement monétaire cumulé depuis mars 2024 à 175 points de base (Graphique 1.5). Le taux directeur est resté inchangé à 0 % depuis lors.
Graphique 1.5. La politique monétaire est accommodante pour garantir la stabilité des prix
Copier le lien de Graphique 1.5. La politique monétaire est accommodante pour garantir la stabilité des prix
Note : Partie A : Le taux directeur utilisé pour la zone euro est celui de la facilité de dépôt. Partie B : 1.
Coefficients de pondération constants en fonction des échanges. 2. Prix chaînés : Coefficients de pondération généraux. Les variations des réserves de changes reflètent aussi des effets de valorisation.
Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE ; portail de données de la BNS ; et CEIC – OCDE.
L’orientation actuelle de la politique monétaire est compatible avec la stabilité des prix, qui est l’objectif de la BNS, et soutient la croissance. Elle semble être appropriée compte tenu de la forte incertitude qui entoure l’évolution géopolitique et les politiques commerciales à l’avenir, ainsi que des anticipations de nouvelles tensions à la hausse sur la valeur du franc suisse qui pèseront sur la compétitivité des exportations. Compte tenu des anticipations d’inflation globalement stables et des tensions inflationnistes faibles (voir ci-dessus), l’orientation de la politique monétaire devrait rester accommodante, soutenant l’activité économique jusqu’à ce que la reprise soit fermement engagée.
La BNS a été moins active sur les marchés des changes en 2024 et 2025 qu’au cours des années précédentes (Graphique 1.6), mais elle devrait continuer de suivre attentivement les évolutions des taux de change et pourrait être amenée à intervenir, si nécessaire, pour atténuer les phases d’appréciation réelle trop rapide, dans le but de remplir son mandat consistant à garantir la stabilité des prix.
Les améliorations récentes de la stratégie de communication de la BNS sont bienvenues et conformes aux tendances internationales. La BNS a lancé de nouveaux moyens de communication sur sa politique monétaire à l’automne 2025. Pour la première fois, elle a diffusé un résumé public de ses discussions quatre semaines après la décision de politique monétaire, qui présente les principaux aspects des discussions de la Direction générale. L’objectif est de favoriser une meilleure compréhension de la façon dont la BNS applique sa stratégie monétaire au regard du contexte économique actuel. Ce nouveau moyen de communication renforce la transparence et la crédibilité, et permet au public de mieux comprendre les actions de la banque centrale.
Graphique 1.6. Les interventions sur le marché des changes ont diminué
Copier le lien de Graphique 1.6. Les interventions sur le marché des changes ont diminuéOpérations de change
Source : Portail de données de la BNS ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE.
1.2.2. Le système financier est stable, mais les lacunes dans les mécanismes de supervision et de réglementation bancaires devraient être comblées
Malgré un regain de volatilité sur les marchés mondiaux depuis le début 2025 dans un contexte d’incertitude relative aux politiques commerciales et de tensions géopolitiques, les cours des actions suisses sont légèrement plus élevés qu’il y a un an à la faveur de la stabilisation des perspectives d’exportations vers les États-Unis (Graphique 1.7, partie A). Au niveau mondial, les taux d’intérêt à long terme restent élevés et continuent d’augmenter dans certaines économies avancées, mais ils ont baissé en Suisse et sont proches de zéro, traduisant des conditions financières intérieures particulièrement accommodantes (Graphique 1.7, partie A). Dans ce contexte, les volumes de crédit ont continué de progresser et s’approchent de leurs moyennes historiques (Graphique 1.7, partie B). La hausse a été surtout manifeste pour les prêts aux ménages, qui représentent 64 % du total des prêts bancaires, ainsi qu’aux sociétés non financières, qui représentent 28 % du total des prêts bancaires (BNS, 2025[9]).
L’environnement de taux d’intérêt bas pourrait contribuer à une augmentation de la prise de risque et à l’apparition de vulnérabilités sur les marchés des prêts commerciaux et hypothécaires, et sur le marché du logement. De fait, certains indicateurs laissent entrevoir une détérioration de la qualité du crédit, bien qu’à partir de niveaux très élevés. Les taux de faillites d’entreprises ont augmenté, mais cette hausse était due au moins en partie à une révision de la législation. Les prêts non performants et les pertes sur prêts sont restés globalement inchangés. L’appétence pour le risque sur le marché du crédit hypothécaire reste élevée. Les ratios prêt/revenu continuent de révéler des risques élevés liés à l’accessibilité financière du logement pour les nouveaux prêts hypothécaires résidentiels. Dans le même temps, il ressort des données fiscales que la situation financière des ménages est solide.
La rentabilité du secteur bancaire, mesurée par le rendement des actifs, s’est améliorée l’année dernière, mais affiche d’importantes disparités entre les banques axées sur le marché national et celles actives à l’échelle mondiale. Le rendement des actifs des banques axées sur le marché national, dont la principale source de revenu provient des marges d’intérêt nettes, s’est replié à 0.46 % en 2024 et pourrait subir des pressions supplémentaires si les taux d’intérêt restent à leurs niveaux actuels ou continuent de baisser (BNS, 2025[9]). À l’inverse, les banques d’importance systémique mondiale complètent leurs revenus d’intérêts par des commissions de gestion de patrimoine et de placement, et enregistrent de solides bénéfices.
Graphique 1.7. Les conditions de financement se sont améliorées et restent favorables
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Note : Dans la Partie A, les rendements des obligations d’entreprise désignent le secteur manufacturier et des échanges, et les rendements des obligations d’État désignent les obligations de la Confédération.
Source : LSEG ; portail de données de la BNS ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE.
Le secteur bancaire suisse est très développé, et la valeur totale des actifs avoisine 410 % du PIB, mais il est bien capitalisé par comparaison avec d’autres économies avancées. En 2024, le ratio de fonds propres de base pondérés en fonction des risques de catégorie 1 (CET1) de l’ensemble du secteur bancaire s’élevait à 17.4 %, et le ratio de levier atteignait 6.1 %, bien au-dessus des exigences réglementaires. En outre, la plupart des banques détiennent un stock important d’actifs liquides de haute qualité, qui dépasse l’exigence du ratio de couverture des besoins de liquidité. Dans le cadre du rachat de la deuxième banque du pays, Credit Suisse, par la première, UBS, en mars 2023, la banque issue de la fusion devait respecter des exigences de fonds propres plus strictes en vigueur à compter du 1er janvier 2030 compte tenu de sa taille et de sa part de marché nationale. UBS satisfait d’ores et déjà à ces exigences renforcées (BNS, 2025[9]).
D’après les tests de résistance menés par la Banque nationale suisse, les fonds propres disponibles suffiraient à absorber l’impact économique de différents scénarios défavorables (BNS, 2025[9]). Les pertes éventuelles pourraient être élevées pour les banques axées sur le marché intérieur, qui sont plus exposées au risque de taux d’intérêt de par leur statut de principaux fournisseurs de crédits aux ménages et aux entreprises, mais les simulations de la BNS donnent à penser qu’elles sont suffisamment résilientes (BNS, 2025[9]). Les banques détiennent également d’importants volants de liquidités qui contribuent à leur résilience. Néanmoins, la vigilance reste de mise.
Les ratios de fonds propres d’une banque mère peuvent surestimer sa véritable résilience et masquer des vulnérabilités liées à ses participations et filiales étrangères. Dans le cas de Credit Suisse, les participations de la société mère dans des filiales étrangères n’étaient pas entièrement capitalisées, ce qui l’empêchait de couvrir totalement les pertes générées par les activités de ces filiales. Cette situation a fortement restreint la capacité de la banque de se restructurer et de se redresser (DFF, 2024[10]).
La résilience d’UBS est particulièrement importante pour la Suisse compte tenu de la taille et de l’importance systémique de cette banque. UBS est devenue la première banque d’importance systémique mondiale rapportée à la taille de l’économie d’origine, avec une exposition au ratio de levier d’environ 150 % du PIB de la Suisse. Par comparaison, les banques d’importance systémique mondiale au Royaume-Uni présentent une exposition au ratio de levier d’environ 80 % du PIB du pays (BNS, 2025[9]). UBS et les quatre banques d’importance systémique axées sur le marché national détiennent l’essentiel des dépôts des particuliers et représentent environ 60 % du total des actifs des banques.
En 2024, l’examen gouvernemental du cadre régissant les établissements dits « trop grands pour faire faillite » (too big to fail ou TBTF) et l’enquête parlementaire sur la faillite de Credit Suisse a conduit à proposer plusieurs modifications de la réglementation bancaire, comme le recommandait la précédente Étude économique de l’OCDE (Tableau 1.3). L’une d’elles consistait à imposer aux banques mères des établissements d’importance systémique mondiale de capitaliser entièrement les participations étrangères au moyen de fonds propres de base de catégorie 1 (CET1). Cette mesure serait bienvenue dans la mesure où elle limiterait les fluctuations des fonds propres des banques mères causées par les pertes subies par leurs filiales étrangères, et permettrait à la banque mère de céder des filiales étrangères en tout ou partie, tout en réduisant la probabilité de résolution des défaillances bancaires, qui demeure la solution de dernier recours (FINMA, 2025[11]). Selon les estimations actuelles, si toutes les mesures annoncées sont mises en œuvre, ce qui est probable sur une période de 8 ans, le ratio de fonds propres CET1 d’UBS devrait être légèrement supérieur à celui d’autres grandes banques actives à l’échelle internationale (DFF, 2025[12]). La proposition est actuellement examinée au Parlement, et pourrait devoir faire l’objet d’un référendum facultatif avant de devenir une loi.
La crise de Credit Suisse a également mis en lumière les risques de sorties de liquidités lorsque les déposants perdent confiance. La BNS s’emploie actuellement à créer une Facilité étendue de liquidités (FEL) qui faciliterait l’accès à des liquidités en quantité limitée tout en maintenant des exigences plus strictes pour les volumes plus importants (BNS, 2025[13]). Compléter cette Facilité par un mécanisme public de garantie des liquidités applicable aux banques d’importance systémique, avec le remboursement de l’apport de liquidités garanti par l’État, pourrait servir de ligne de défense supplémentaire en cas de crise grave (BNS, 2025[9]). Plusieurs pays ont mis en place des cadres juridiques qui autorisent l’utilisation d’un mécanisme public de garantie des liquidités par les pouvoirs publics face à une crise bancaire. Le mécanisme public de garantie des liquidités proposé par le gouvernement fédéral comporte des éléments qui limitent l’aléa moral et les pertes budgétaires potentielles, y compris une commission annuelle fondée sur les risques et des frais supplémentaires, des intérêts sur prêts et des primes de risque en cas d’utilisation du mécanisme, tandis que les dividendes seraient restreints pendant la procédure. Il sera essentiel de faire en sorte que ces dispositifs de réduction des risques ne soient pas vidés de leur substance lors des discussions sur le mécanisme afin de garantir un partage équitable de la charge, d’autant plus que certains chercheurs ont alerté sur les subventions implicites importantes en faveur des banques « trop grandes pour faire faillite » (Monnet, Niepelt et Taudien, 2025[14]).
Tableau 1.3. Recommandations antérieures de l’OCDE concernant les politiques macroéconomiques et mesures prises
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Recommandations antérieures de l’OCDE |
Mesures prises depuis la précédente Étude |
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Procéder à un examen approfondi de la crise ayant affecté Credit Suisse et proposer des mesures de renforcement de la réglementation et de la surveillance des banques d’importance systémique et du cadre régissant les établissements dits « trop grands pour faire faillite » (too big to fail ou TBTF). |
Le gouvernement fédéral a proposé un ensemble de mesures, avec l’appui de la FINMA et de la BNS, qui renforceraient sensiblement la résilience du système financier suisse. La mise en place d’une Facilité étendue de liquidités (FEL) visant à faciliter l’accès à des liquidités en quantité limitée, par exemple, est prévue pour le début 2027. D’autres mesures, comme celles portant sur les exigences de fonds propres applicables aux filiales étrangères, sont toujours débattues au Parlement. |
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La BNS devrait continuer de revoir sa stratégie de placement et maintenir des garanties suffisantes pour atténuer les risques découlant de la taille importante de son bilan. |
La BNS a continué de revoir sa stratégie de placement une fois par an sur la base d’analyses complètes du profil risque-rendement de son portefeuille. Elle a également continué d’augmenter sa provision pour réserves monétaires afin de renforcer son bilan. |
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Procéder à des examens systématiques des dépenses budgétaires et fiscales. |
Le gouvernement fédéral a récemment procédé à un examen ponctuel des dépenses en vue de recenser les objectifs les plus faciles à atteindre et de définir le programme d’allégement budgétaire 2027. |
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Lier les relèvements futurs de l’âge légal de départ à la retraite aux gains d’espérance de vie. |
Aucune mesure n’a été prise. |
Renforcer la supervision bancaire et la prévention des crises en se rapprochant des meilleures pratiques internationales pourrait aussi passer par la mise en place d’un régime de surveillance des hauts dirigeants, imposant aux banques d’attribuer clairement et de documenter les tâches, fonctions, responsabilités et pouvoirs de l’ensemble des hauts dirigeants. Ces énoncés de responsabilité permettraient d’engager plus facilement la responsabilité des cadres bancaires en cas de manquement. En outre, la réforme visant à renforcer la supervision bancaire pourrait aussi accorder à la FINMA des pouvoirs plus complets d’intervention précoce. Les dispositions en vigueur ont pour effet de suspendre automatiquement les décisions en matière de supervision de la FINMA si les banques introduisent un recours en justice, contrairement aux pratiques actuelles dans l’Union européenne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Une proposition de réforme limiterait l’effet suspensif automatique en cas de recours en justice et permettrait à la FINMA d’imposer des sanctions pécuniaires en cas de violation grave de la législation sur les marchés financiers. Cette mesure contribuerait à combler les lacunes en matière de supervision bancaire qui ont été mises au jour lors de la crise de Credit Suisse de 2023.
1.2.3. La politique budgétaire est globalement neutre
Corrigé des effets imputables au cycle économique, l’excédent du solde primaire devrait baisser de 0.7 % du PIB en 2025 à 0.2 % en 2026 et 0 % en 2027 (Tableau 1.1). Cette évolution traduit une orientation légèrement expansionniste de la politique budgétaire tout en assurant le respect de la règle du frein à l’endettement au niveau fédéral. Les recettes devraient rester globalement inchangées en 2026, et la baisse de l’excédent primaire sera due à une légère augmentation des dépenses militaires, passant de 0.71 % à 0.78 % du PIB, et à la contribution fédérale au financement du 13e versement mensuel de pension récemment approuvé dans le cadre du système public par répartition, qui interviendra pour la première fois en décembre 2026. Hormis ces hausses des dépenses discrétionnaires, le gouvernement mise sur les stabilisateurs automatiques, tels que le dispositif d’indemnisation du chômage partiel, le programme d’allocations de chômage et le système fiscal progressif, pour stabiliser l’économie. La Suisse n’a pas adopté de mesures de soutien liées aux prix de l’énergie pour faire face à la hausse des prix du pétrole et du gaz qui a suivi le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. Le pays s’est également abstenu d’engager des initiatives de politique industrielle coûteuses, misant plutôt sur les solides fondamentaux économiques que sont sa main-d’œuvre hautement qualifiée et son approche ascendante de l’innovation pour soutenir la croissance et la compétitivité (chapitre 4). Seule la politique agricole se caractérise encore par des niveaux élevés de soutien public et de protection du marché en termes de comparaison internationale (OCDE, 2026[15]).
Les dépenses fédérales sont encadrées par la règle du frein à l’endettement et ne peuvent pas dépasser les recettes estimées corrigées des variations conjoncturelles (Encadré 1.2). Les administrations infranationales, qui représentent environ 62 % des dépenses publiques totales, soit environ 21 % du PIB, hors cotisations de sécurité sociale, un niveau bien supérieur à la moyenne de l’OCDE et à la moyenne d’autres pays fédéraux de l’OCDE (OCDE, 2025[16]), ont également établi leur propre règle du frein à l’endettement ou leurs règles budgétaires cantonales. Hormis les règles budgétaires, la plupart des dépenses cantonales au-delà d’un certain plafond exigent une votation populaire, et les électeurs peuvent lancer une pétition contre de grands programmes de dépenses. Du fait de la concurrence fiscale entre les cantons, les services publics sont rendus à des prix raisonnables, en tenant compte des préférences des résidents.
Des institutions budgétaires efficaces, conjuguées à une stratégie de dépenses prudente, ont abouti à un niveau de dépenses publiques rapportées au PIB parmi les plus faibles des pays de l’OCDE (Graphique 1.8, partie A). Les règles du frein à l’endettement au niveau fédéral et cantonal se sont avérées particulièrement efficaces à cette fin (Brandt et al., 2025[17]) (Brändle et Elsener, 2024[18]) (Bodmer, 2006[19]) (Burret et Feld, 2018[20]) (Feld et Kirchgässner, 2006[21]) (Burret et Feld, 2018[22]) (Salvi, Schaltegger et Schmid, 2020[23]). Le compte des administrations publiques affiche des excédents budgétaires depuis dix ans, sauf en 2020 et 2021, lorsque des dépenses exceptionnelles dans le domaine de la santé et de la protection sociale liées à la pandémie de COVID-19 ont entraîné un déficit (Graphique 1.8, partie B). Par conséquent, la dette des administrations publiques est bien inférieure à la moyenne de l’OCDE et continue de baisser (Graphique 1.9).
Encadré 1.2. La règle fédérale du frein à l’endettement
Copier le lien de Encadré 1.2. La règle fédérale du frein à l’endettementLa règle fédérale du frein à l’endettement a été approuvée par une votation populaire en 2001 à une large majorité de 84.7 % et est depuis inscrite dans la Constitution de la Confédération suisse. Cette règle fixe un plafond à un horizon d’un an aux dépenses du gouvernement central, égal aux recettes prévues corrigées d’un facteur qui reflète la position conjoncturelle de l’économie. Le facteur conjoncturel correspond au ratio du PIB réel tendanciel rapporté au PIB réel attendu. Aussi, la règle autorise les dépenses publiques contracycliques, mais les déficits et les excédents doivent s’équilibrer sur le cycle économique. Les prévisions de recettes et de PIB sont celles utilisées pour le plan budgétaire actuel. Le PIB tendanciel est calculé au moyen de la méthodologie d’estimation de la fonction de production appliquée par la Commission européenne. La règle comprend les dépenses d’investissement.
Le budget doit respecter la règle du frein à l’endettement. Les écarts résultant de dépenses inférieures au plafond des dépenses ainsi que les dépassements de ce plafond dans les états financiers fédéraux sont consignés dans un compte fictif appelé « compte de compensation ». Si ce compte affiche un découvert, celui-ci doit être éliminé durant les années suivantes. Aucun délai n’est fixé pour opérer cet ajustement, ce qui offre une certaine latitude. Néanmoins, si le découvert dépasse 6 % des dépenses, la règle dispose que celui-ci doit être ramené sous la barre des 6 % durant les trois années suivantes. En revanche, un excédent ne peut être affecté qu’à la réduction de la dette.
La règle offre une certaine souplesse grâce à une clause dérogatoire dans un certain nombre de situations et d’évolutions inattendues clairement définies dans la loi. Dans des circonstances exceptionnelles, le plafond des dépenses peut être contourné par un vote à la majorité qualifiée au Parlement. Ces dépenses extraordinaires sont portées au débit d’un autre compte fictif, appelé « compte d’amortissement » (qui est différent du « compte de compensation »), et doivent généralement être compensées au cours des six exercices suivants.
Source : (Danninger, 2018[24]).
Graphique 1.8. Le compte des administrations publiques continue de dégager des excédents
Copier le lien de Graphique 1.8. Le compte des administrations publiques continue de dégager des excédents
Source : Fonds monétaire international (2025) – données ayant fait l’objet d’un traitement mineur par Our World in Data ; Administration fédérale des Finances ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE.
Graphique 1.9. Le niveau de la dette publique est bas en termes de comparaison internationale, et s’inscrit en baisse
Copier le lien de Graphique 1.9. Le niveau de la dette publique est bas en termes de comparaison internationale, et s’inscrit en baisseAdministrations publiques
Le respect de la règle du frein à l’endettement dans les prochaines années exigera des efforts d’assainissement supplémentaires afin de financer le 13e versement mensuel de pension et de nouvelles dépenses militaires, soit au moyen de sources de recettes supplémentaires, soit en procédant à des baisses de dépenses limitées dans d’autres domaines.
Concernant les recettes, deux propositions distinctes visant à relever le taux normal de TVA sont actuellement à l’étude. La première consiste à procéder à un relèvement pérenne de 0.7 point de pourcentage, qui a été ramené par la suite à 0.4 point de pourcentage et porterait le taux normal de TVA de 8.1 % à 8.5 %, afin de financer les dépenses de retraite supplémentaires au titre du 13e versement mensuel de pension, à compter de 2028. Si elle est acceptée en votation populaire (Encadré 1.6), cette hausse de 0.4 point de pourcentage générerait des recettes supplémentaires représentant environ 0.2 % du PIB par an. Cela ne suffira toutefois pas à financer intégralement le 13e versement mensuel de pension. Des financements supplémentaires seront nécessaires pour couvrir le montant des pensions à verser en 2030. Cela supposerait de relever le taux normal au-delà de ce qui est actuellement envisagé, en le rapprochant du niveau proposé dans la version initiale de la proposition du Conseil fédéral. La deuxième proposition consiste à procéder à un relèvement supplémentaire de 0.5 point de pourcentage pendant douze ans. Cette hausse temporaire de la TVA générerait des recettes supplémentaires d’environ 2.5 % du PIB sur douze ans. Un tiers des recettes supplémentaires servirait à financer l’augmentation des dépenses de défense déjà budgétée, soulageant ainsi le budget général d’environ 0.1 % du PIB chaque année pendant douze ans. Les deux tiers restants seraient affectés à la hausse des dépenses militaires au-delà de ce qui a déjà été approuvé. Les dépenses militaires atteindraient ainsi 1 % du PIB dès 2029. Les deux propositions nécessiteront une votation populaire (Encadré 1.1 ; Encadré 1.6). Le taux réduit de TVA sur les biens de consommation courante sera maintenu à 2.6 % afin de limiter les effets potentiels sur les consommateurs à faible revenu. Du côté des dépenses, le programme d’allégement budgétaire 2027 proposé par le gouvernement fin 2025 et approuvé par le Parlement en mars 2026, moyennant certains aménagements, prévoyait des baisses minimes des dépenses de l’ordre de 0.2 % du PIB en 2027 et de 0.25 % du PIB par la suite.
Dans l’hypothèse où les mesures d’augmentation des recettes et de réduction des dépenses sont approuvées, le solde budgétaire et le solde primaire, après correction des variations conjoncturelles, resteraient balancés en 2027. En pareil cas, la politique budgétaire resterait globalement neutre en 2027, ce qui serait compatible avec une réduction progressive de l’écart de production (Tableau 1.1) et conforme à la règle du frein à l’endettement.
1.3. Assurer la viabilité financière à long terme des finances publiques
Copier le lien de 1.3. Assurer la viabilité financière à long terme des finances publiquesMalgré la bonne santé actuelle des finances publiques, des réformes supplémentaires s’imposent pour placer la dette publique sur une trajectoire viable à plus long terme. Selon le modèle à long terme de l’OCDE, le ratio dette/PIB de la Suisse commencerait à augmenter fortement dans une dizaine d’années environ et atteindrait quelque 140 % du PIB d’ici 2060 (Graphique 1.10). Ce scénario de référence repose sur l’hypothèse que le PIB réel suivra les projections de croissance annuelle établies par l’OCDE pour la période 2026-2027 (Tableau 1.1) avant de converger progressivement vers une croissance potentielle de la production de 1 %, que la démographie évoluera conformément aux projections des Nations Unies, que les prix relatifs des services auront tendance à grimper au fil du temps, que les dépenses de santé et de retraite augmenteront avec le vieillissement, de même que d’autres dépenses primaires, à mesure que les pouvoirs publics feront en sorte d’assurer un niveau constant de services, exprimé en termes réels par habitant, et enfin, que les évolutions récentes survenues dans l’action publique, telles que l’accroissement des dépenses de retraite et de défense, seront prises en compte. Il prend également en considération les réductions mineures des dépenses résultant du programme d’allégement budgétaire 2027 et table sur le fait que le relèvement pérenne proposé du taux de TVA de 8.1 % à 8.5 % sera approuvé et rapidement mis en œuvre. Ce scénario de référence tient aussi compte d’un tiers des gains de recettes attendus d’une hausse temporaire du taux de TVA, de 0.5 point de pourcentage supplémentaire sur douze ans, en supposant que la proposition de financement de l’augmentation des dépenses de défense déjà budgétée et incluse dans les dépenses sera également approuvée.
Dans un scénario prévoyant d’autres réformes budgétaires chiffrées dans l’Encadré 1.3 et le Graphique 1.10, le ratio dette publique/PIB s’approcherait de l’équivalent de 120 % du PIB en 2060, mais sans être stabilisé (ligne bleue). Ces réformes recouvriraient notamment la mise en place d’examens réguliers des dépenses ainsi que des mesures visant à améliorer l’efficience des dépenses de santé, comme indiqué ci-après, mais aussi une augmentation des impôts périodiques sur la propriété immobilière, qui les porterait de 0.2 % à 0.3 % du PIB, comme recommandé dans le chapitre 2, ainsi qu’un relèvement pérenne du taux normal de TVA, porté au-delà de ce qui est prévu à l’heure actuelle et soumis à une votation populaire. Ce scénario repose sur l’hypothèse d’une augmentation pérenne totale de 0.7 point de pourcentage du taux normal de TVA, lequel passerait de 8.1 % à 8.8 %, comme l’avait initialement proposé le Conseil fédéral.
La mise en œuvre de réformes structurelles, selon les préconisations exposées tout au long de la présente Étude, pourrait stimuler la croissance (Encadré 1.4) et amener le ratio dette/PIB à 80 % du PIB d’ici à 2060, sans pour autant modifier la pente ascendante de la courbe qui le représente (ligne orange). Les réformes structurelles envisagées ont notamment pour but de poursuivre la simplification et la dématérialisation des procédures administratives, d’appliquer, dans le domaine réglementaire, le principe du consentement tacite et celui selon lequel les informations sont transmises « une fois pour toutes », de supprimer des obstacles dans les industries de réseau et de lever certaines restrictions à l’exercice de diverses professions, comme préconisé dans le chapitre 4. La concrétisation de ces réformes porterait le score actuel de la Suisse en matière de réglementation des marchés de produits (RMP), soit 1.33, valeur proche de la moyenne de l’OCDE, à 0.91, ce qui la placerait parmi les pays les mieux classés de l’OCDE. Ce scénario repose également sur l’hypothèse qu’elles auront des effets positifs sur la population active, à savoir une hausse de la proportion de femmes travaillant à temps plein, grâce à une offre accrue de services de garde d’enfants abordables résultant de la mise en œuvre des recommandations formulées dans le chapitre 4 et les précédentes Études économiques (OCDE, 2024[25]), et une augmentation du taux d’emploi des seniors, grâce à l’accroissement des dépenses consacrées à des politiques actives du marché du travail.
Pour ramener la dette publique sur une trajectoire globalement viable jusqu’en 2060, il faudra enfin engager une réforme des retraites plus ambitieuse que celle actuellement envisagée par le gouvernement (voir la section 1.3.4). Le dernier scénario (ligne verte) est construit à partir de l’hypothèse que l’âge de la retraite recule progressivement jusqu’à 67 ans en 2034, puis de l’équivalent des deux tiers de l’allongement attendu de l’espérance de vie, comme recommandé dans les précédentes Études et dans la section 1.3.4 du présent chapitre (OCDE, 2024[25]) (OCDE, 2022[26]).
Graphique 1.10. Des réformes ambitieuses s’imposent pour maintenir la dette sur une trajectoire viable
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Note : Repose sur l’hypothèse que le PIB réel suivra les projections de croissance annuelle établies dans les Perspectives économiques de l'OCDE, Volume 2026, Numéro 1 (édition 119, publiée en juin 2026), avant de converger progressivement vers une croissance potentielle de la production de 1 %, que les évolutions démographiques seront fondées sur des projections des Nations Unies, que les prix relatifs des services auront tendance à grimper au fil du temps, que les dépenses de santé et de retraite augmenteront avec le vieillissement, de même que d’autres dépenses primaires à mesure que les pouvoirs publics feront en sorte d’offrir un niveau constant de services, exprimé en termes réels par habitant. Prend en compte les évolutions récentes de l’action publique, telles que l’accroissement des dépenses de retraite et de défense. Les dépenses de défense sont supposées progresser de façon ininterrompue pour atteindre 1 % du PIB à partir de 2029. Pour les simulations du coût des retraites, l’hypothèse retenue, dans tous les scénarios, est que les pensions augmentent à un rythme deux fois plus faible que celui des salaires, conformément à la législation suisse en vigueur. Parce qu’elles portent sur des évolutions futures, les projections sont sujettes à de fortes incertitudes. Ces projections diffèrent sensiblement des projections nationales de 2024, qui reposaient sur des hypothèses et des données sous-jacentes différentes (Federal Department of Finance, 2024[27]).
Source : MIMIC – Macroeconomic Intertemporal Model for Integrated Consolidation, d’après le modèle à long terme de l’OCDE ; (Guillemette, 2026[28]) (Guillemette et Turner, 2021[29]) (Guillemette et al, 2019[30]) (Guillemette et Turner, 2017[31]) (Morgavi, 2025[32]).
Encadré 1.3. Effet de certaines recommandations sur le solde budgétaire, estimé à partir du modèle à long terme de l’OCDE
Copier le lien de Encadré 1.3. Effet de certaines recommandations sur le solde budgétaire, estimé à partir du modèle à long terme de l’OCDETableau 1.4. Estimation de l’effet budgétaire à moyen terme de certaines mesures recommandées
Copier le lien de Tableau 1.4. Estimation de l’effet budgétaire à moyen terme de certaines mesures recommandées|
Recommandations |
Effet budgétaire (annuel, % du PIB) |
|---|---|
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Dépenses |
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Améliorer l’efficience des dépenses grâce à des examens réguliers (1) |
+0.1 % |
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Élargir l’offre de services de garde d’enfants abordables, de façon à faire progresser l’emploi féminin à temps plein (2) |
-0.4 % |
|
Renforcer les politiques actives du marché du travail (3) |
-0.2 % |
|
Améliorer l’efficience des dépenses de santé (4) |
+0.1 % |
|
Reculer l’âge de la retraite en fonction de l’espérance de vie (5) |
+0.1 % |
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Recettes |
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Relever le taux normal de TVA au-delà de ce qui est prévu à l’heure actuelle (6) |
+0.5 % |
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Accroître les recettes des impôts périodiques sur la propriété immobilière (7) |
+0.1 % |
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Effet global estimé sur le solde primaire |
+0.3 % |
(1) Voir la section 1.3.2 (2) Voir le chapitre 4, et (3) A partir de (OCDE, 2024[25]). Suppose des effets positifs sur la population active, notamment une augmentation de la proportion de femmes travaillant à temps plein jusqu’à atteindre la moyenne de l’OCDE, grâce à une offre accrue de services de garde d’enfants abordables. (4) Suppose une réduction de 10 % des projections de dépenses publiques de santé. Voir la Section 1.3.3. (5) Suppose que l’âge de la retraite recule progressivement jusqu’à 67 ans en 2034, puis de l’équivalent des deux tiers de l’allongement attendu de l’espérance de vie, et que le taux d’emploi des travailleurs âgés de 65 à 69 ans atteigne la moyenne des pays nordiques. Voir la Section 1.3.4. (6) Suppose un relèvement pérenne de 0.7 point de pourcentage, portant le taux normal de 8.1 % à 8.8 %, conformément à la proposition initiale du Conseil fédéral. (7) Voir le chapitre 2. Parce qu’elles portent sur des évolutions futures, les projections sont sujettes à de fortes incertitudes.
Source : Administration fédérale des finances (AFF) ; (OCDE, 2024[25]) ; et calculs de l’OCDE fondés sur MIMIC – Macroeconomic Intertemporal Model for Integrated Consolidation, d’après le modèle à long terme de l’OCDE ; (Guillemette, 2026[30]) (Guillemette et Turner, 2021[31]) (Guillemette et al., 2019[32]) (Guillemette et Turner, 2017[33]) (Morgavi, 2025[34]).
Encadré 1.4. Estimation de l’effet de certaines réformes recommandées sur le PIB par habitant à partir du modèle à long terme de l’OCDE
Copier le lien de Encadré 1.4. Estimation de l’effet de certaines réformes recommandées sur le PIB par habitant à partir du modèle à long terme de l’OCDESi la Suisse devait adopter le train de réformes ambitieux qui sous-tend l’analyse de la viabilité de la dette représentée dans le Graphique 1.10 (ligne verte), la hausse du PIB par habitant pourrait atteindre 5.1 % sur dix ans par rapport au scénario de référence (ligne noire). Ce chiffre serait porté à 8.3 % d’ici à 2050 et 10.1 % d’ici à 2060 (Graphique 1.11).
Tableau 1.5. Estimation de l’effet sur la croissance de certaines mesures recommandées
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Recommandations |
Effet sur la croissance (Pts de % du PIB) |
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Élargir l’offre de services de garde d’enfants abordables, de façon à accroître l’offre de main-d’oeuvre (1) |
+2.0 % |
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Améliorer la réglementation des marchés de produits pour dynamiser la concurrence (2) |
+2.1 % |
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Reculer progressivement l’âge de la retraite et renforcer les politiques actives du marché du travail pour améliorer la situation de l’emploi (3) |
+1.0 % |
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Effet total estimé sur la croissance du PIB potentiel par habitant |
+5.1 % |
Note : (1) La proportion de femmes travaillant à temps plein augmente jusqu’à s’aligner sur la moyenne de l’OCDE, (2) La Suisse améliore son score actuel en matière de réglementation des marchés de produits (RMP), lequel passe de 1.33, chiffre proche de la moyenne de l’OCDE, à 0.91, qui est l’un des meilleurs scores de l’OCDE, en s’inspirant des recommandations énoncées au chapitre 4 ; (3) L’âge de la retraite est progressivement relevé jusqu’à 67 ans en 2034, puis relevé des deux tiers de l’allongement attendu de l’espérance de vie, et le taux d’emploi des travailleurs âgés de 65 à 69 ans progresse pour s’établir au niveau de la moyenne des pays nordiques. Parce qu’elles portent sur des évolutions futures, les projections sont sujettes à de fortes incertitudes.
Source : MIMIC – Macroeconomic Intertemporal Model for Integrated Consolidation, d’après le modèle à long terme de l’OCDE ; (Guillemette et Turner, 2017[31]) (Guillemette, 2019[33]) (Guillemette et al, 2019[30]) (Guillemette et Turner, 2021[29]) (Guillemette, 2026[28]) (Morgavi, 2025[32]).
Graphique 1.11. Les réformes recommandées dans la présente Étude permettraient d’accroître le PIB par habitant
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Note : Parce qu’elles portent sur des évolutions futures, les projections sont sujettes à de fortes incertitudes.
Source : MIMIC – Macroeconomic Intertemporal Model for Integrated Consolidation, d’après le modèle à long terme de l’OCDE ; (Guillemette et Turner, 2017[31]) (Guillemette, 2019[33]) (Guillemette et al, 2019[30]) (Guillemette et Turner, 2021[29]) (Guillemette, 2026[28]) (Morgavi, 2025[32]).
1.3.1. Remédier aux distorsions fiscales peut accroître l’offre de main-d’œuvre
Les avancées de la réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) ont réduit les distorsions sur le marché du travail. Le système actuel d’IRPP de la Suisse est progressif et l’unité fiscale est le foyer, ce qui signifie que l’impôt est basé sur le revenu individuel des contribuables non mariés et sur le revenu conjoint des couples mariés. L’imposition commune des couples mariés tend à alourdir l’impôt marginal sur le revenu des personnes physiques pour les deuxièmes apporteurs de revenu, ce qui amoindrit les incitations à travailler (Harding, 2023[34]). La Suisse a décidé le 8 mars 2026 de passer à l’imposition individuelle (Encadré 1.6), évolution qui arrive à point nommé. Étant donné que la réforme exige une modification des systèmes fiscaux cantonaux, elle ne devrait pas être mise en œuvre avant 2032. L’administration fédérale prévoit que la réforme, une fois qu’elle sera adoptée, amputera les recettes fiscales fédérales d’environ 0.07 % du PIB, en même temps qu’elle rehaussera l’offre de main-d’œuvre provenant des deuxièmes apporteurs de revenu d’environ 0.2 % à moyen terme, ce qui pourrait en définitive procurer un surcroît de recettes (AFC, 2025[35]).
D’autres modifications du système de prélèvements et de prestations pourraient renforcer les incitations à travailler et générer des recettes fiscales supplémentaires à plus long terme. Comme le soulignait l’Étude économique de l’OCDE de 2024, les recettes fiscales proviennent essentiellement d’impôts directs, notamment de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, de l’impôt sur les sociétés et des cotisations de sécurité sociale. À l’inverse, les impôts sur la consommation de biens et de services produisent en Suisse moins de recettes, rapportées au PIB et au total des recettes fiscales, que dans d’autres pays de l’OCDE (OCDE, 2024[25]). Le transfert d’une partie de la charge fiscale passant par l’allègement de la fiscalité des revenus des personnes physiques au profit de l’imposition de la consommation pourrait contribuer à étoffer l’offre de main-d’œuvre et à encourager l’activité entrepreneuriale et, plus généralement, l’investissement. Les propositions du gouvernement concernant le relèvement du taux normal de TVA qui ont été examinées précédemment seraient conformes à cette recommandation. Les modifications du taux normal de TVA devraient toutefois s’accompagner d’une analyse approfondie de leurs effets redistributifs et d’une évaluation de la progressivité globale du système fiscal car les impôts sur la consommation peuvent avoir des effets régressifs sur l’ensemble de la vie d’un contribuable. En fait, les impôts sur la consommation peuvent avoir des effets régressifs à court terme, car les ménages à faible revenu consacrent une part plus importante de leurs revenus courants à la consommation que les ménages à revenu élevé. Mais un ensemble de mesures dans le cadre duquel les recettes générées par un relèvement du taux normal de TVA sont utilisées pour financer le premier pilier du système de retraite (qui constitue la principale source de revenus des retraités à faible revenu) pourrait très bien accroître la progressivité globale du système de prélèvements et de prestations.
En tant que pays fédéral dans lequel les cantons jouissent d’une autonomie considérable en matière d’imposition du revenu des personnes physiques, du patrimoine et des bénéfices des sociétés, la Suisse se caractérise de longue date par une forte concurrence fiscale sur le plan intérieur. Les recettes fiscales des administrations infranationales représentent environ 11 % du PIB, et 56 % des recettes fiscales publiques hors cotisations de sécurité sociale (OCDE, 2025[16]). La concurrence fiscale a contribué au maintien des taux d’imposition à un bas niveau ainsi qu’à la maîtrise des dépenses publiques. Elle présente un autre avantage tenant au fait que les résidents peuvent évaluer les résultats de l’action publique dans leur juridiction en les comparant à d’autres, ce qui a, de façon avérée, renforcé la redevabilité et amélioré la qualité de la prise de décisions politiques. Pourtant, une concurrence fiscale incontrôlée peut également être source d’inefficiences et d’inégalités. Des données récentes montrent que les baisses successives des taux de l’impôt sur les sociétés au niveau des cantons ont été associées à une érosion constante de leurs recettes fiscales par rapport à celles de l’État fédéral (Brülhart et al., 2023[36]).
Plusieurs dynamiques contrebalancent les effets de cette course au moins-disant. D’une part, l’impôt fédéral sur les sociétés plafonne le taux combiné de l’IS. La concurrence fiscale entre les cantons aurait également pu être atténuée par la loi sur l’harmonisation des impôts directs de 2001, obligeant à appliquer des bases d’imposition communes aux différents niveaux d’administration. Les transferts entre cantons résultant de l’application du système de péréquation financière assurent également une certaine harmonisation des niveaux des services publics entre les cantons (Frey, Gorgas et Schaltegger, 2017[37]). Enfin, l’adoption de l’imposition minimale de l’OCDE par une votation populaire en juin 2023 a conduit à la création d’un impôt complémentaire pour garantir l’imposition minimale de groupes d’entreprises établis en Suisse et de filiales étrangères de groupes d’entreprises établis à l’étranger lorsque ces unités ne sont pas déjà soumises à l’imposition minimale, ce qui revient à appliquer la règle dite d’inclusion du revenu au titre du Pilier 2 (OCDE, 2021[38]). Le surcroît de recettes fiscales pourrait se situer au total entre 1.0 milliard et 2.5 milliards CHF dès 2026, et entre 1.5 milliard et 3.5 milliards CHF à partir de 2027, pour atteindre 0.4 % du PIB (DFF, 2024[39]).
Les impôts périodiques sur la propriété immobilière offrent des perspectives d’accroissement des recettes fiscales à moyen terme en même temps qu’ils contribuent à renforcer la réactivité de l’offre de logements et à améliorer leur accessibilité financière, comme indiqué au chapitre 2. Ce potentiel pourrait être exploité si les biens immobiliers faisaient l’objet de réévaluations plus fréquentes, reposant davantage sur des données récentes relatives aux ventes ou à la valeur locative de biens similaires, sans nécessiter de relèvement du taux d’imposition. Le système d’évaluation des biens immobiliers doit rester simple pour limiter les coûts administratifs et garantir son applicabilité. Il serait également utile de limiter les déductions au titre de l’impôt sur les plus-values immobilières et d’élargir le champ d’application de la taxe sur la plus-value foncière mise en place récemment (voir le chapitre 2).
1.3.2. Des examens réguliers des dépenses pourraient permettre d’améliorer encore l’efficience des dépenses publiques
De vastes consultations ascendantes, auxquelles participeraient un groupe d’experts, tous les partis politiques représentés au parlement, les membres du Conseil fédéral, les représentants des cantons et les partenaires sociaux, ont été menées entre mars 2024 et janvier 2025 afin d’identifier des mesures d’économie ciblées pour le budget 2027. Ces propositions ont ensuite été classées par ordre de priorité par le gouvernement fédéral et débattues au Parlement pour aboutir au programme d’allégement budgétaire 2027. Pourtant, ce processus d’examen a été enclenché principalement en réponse à des pressions politiques invitant les responsables à réaliser des économies à court terme pour continuer d’observer les règles budgétaires. Certaines de ces mesures exigent des coupes dans des programmes phares, tels que les financements destinés au Fonds national suisse de la recherche scientifique, qui a vocation à promouvoir la recherche et l’innovation (DFF, 2025[40]). Des réductions généralisées de dépenses de ce type risquent de nuire à la qualité des dépenses au sens où elles visent des ministères et des programmes très performants et des services qui manquent déjà de ressources, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives sur la croissance à long terme.
Chacun des sept départements fédéraux procède de manière plus régulière, soit tous les ans, à des examens des subventions, les résultats étant communiqués au Parlement, puis traduits en propositions concrètes qui donnent lieu à des résolutions financières couvrant plusieurs années ou à des modifications des subventions existantes. Ces examens sont réalisés à l’aide d’un questionnaire normalisé qui analyse la raison d’être, la portée, la structure, la gestion et la procédure d’octroi des subventions. La Suisse pourrait envisager d’étendre le périmètre de ces examens réguliers à toutes les dépenses publiques, au-delà des seules subventions. Des examens des dépenses publiques de cette nature, de grande ampleur, systématiques et réguliers, peuvent être particulièrement efficaces lorsqu’ils sont automatiquement reliés au processus budgétaire annuel, et ils sont, de fait, devenus une pratique exemplaire parmi les pays de l’OCDE (OCDE, 2022[41]) (OCDE, 2025[42]). Les examens annuels des dépenses peuvent servir à déterminer si les programmes permettent d’atteindre les objectifs fixés, et s’ils restent pertinents, même lorsque la situation et les perspectives budgétaires s’améliorent. Aux Pays-Bas, par exemple, le calendrier des examens est conçu de manière à ce que les conclusions soient disponibles en temps voulu pour éclairer le processus d’élaboration du budget, et à ce que les recommandations ayant un effet direct sur les dépenses soient systématiquement intégrées dans le budget.
1.3.3. Une meilleure efficience des dépenses de santé et de soins de longue durée peut générer des économies
Le système de santé suisse figure parmi les plus performants de la zone OCDE, mais cette excellence a un coût (OCDE, 2025[43]). La Suisse fait partie des pays qui consacrent la plus grande proportion de leur PIB aux dépenses de santé et de soins de longue durée (Graphique 1.12, partie A). Leur financement repose principalement sur les primes d’assurance maladie obligatoire souscrite auprès d’organismes privés, ainsi que sur le reste à charge des patients. La Confédération, les cantons et les communes prennent en charge environ 30.5 % des coûts totaux, soit 3.5 % du PIB (BFS, 2025[44]). Des facteurs de coûts structurels tels que le vieillissement de la population, la hausse des salaires et des revenus et les avancées médicales continueront d’exercer une pression constante sur les dépenses de santé. Selon de récentes estimations du gouvernement fédéral, les dépenses totales de santé devraient passer de 11.2 % du PIB en 2023 à 15.3 % en 2060. Du point de vue des politiques de santé, une progression soutenue des dépenses pourrait compromettre à la fois l’accessibilité et la qualité des soins. Sur le plan budgétaire, l’augmentation des dépenses de santé et des soins de longue durée absorbe une part croissante des budgets aux niveaux fédéral, cantonal et communal, au détriment d’autres dépenses publiques. Une augmentation durable des dépenses pourrait également conduire à un recours accru au financement par l’impôt, ce qui modifierait la répartition des responsabilités entre les différents niveaux de l’administration et ferait peser des risques sur la viabilité globale des finances publiques (Colombier, Lerch et Brändle, 2026[45]).
Le système de santé suisse se caractérise par une offre de soins à la fois publique et privée, étroitement encadrée par l’État. Tous les résidents, y compris les étrangers et les demandeurs d’asile, sont tenus de souscrire une assurance maladie de base auprès d’un assureur privé agréé. Les assureurs privés agréés à but non lucratif ont l’obligation d’assurer l’ensemble de la population, le contenu du panier de soins de base étant déterminé par la loi. Ils fixent librement le montant de leurs primes chaque année, sous réserve de ne pratiquer aucune discrimination fondée sur l’état de santé, l’activité professionnelle ou le revenu. Les primes ne peuvent varier qu’en fonction de la tranche d’âge et du lieu de résidence. Au-delà de la couverture obligatoire, les particuliers peuvent souscrire une assurance maladie complémentaire. Le prix de ces assurances facultatives repose intégralement sur une logique de risque, les assureurs fixant librement les primes selon l’âge, l’état de santé et divers facteurs personnels.
Graphique 1.12. Les dépenses de santé sont parmi les plus élevées de l’OCDE
Copier le lien de Graphique 1.12. Les dépenses de santé sont parmi les plus élevées de l’OCDEDépenses de santé, 2025
Les cantons accordent aux ménages défavorisés des subventions calculées en fonction de leurs revenus afin de les aider à financer une partie de leur prime d’assurance maladie obligatoire ; ce mécanisme est cofinancé par la Confédération. Chaque canton peut, dans une certaine mesure, décider à la fois de l’attribution et du montant des réductions de primes. Près de 30 % de l’ensemble des résidents ont perçu de telles subventions (OFSP, 2024[46]). Environ 50 % des bénéficiaires étaient des ménages dont le revenu mensuel brut n’excédait pas 4 000 CHF, 30 % appartenaient à la tranche de revenus comprise entre 4 000 CHF et 8 000 CHF, et 20 % disposaient d’un revenu supérieur à 8 000 CHF, soit au‑dessus du revenu mensuel moyen suisse qui s’établit à 7 186 CHF. Depuis janvier 2026, les cantons sont tenus de participer au financement des réductions des primes par une contribution minimale, afin d’alléger la charge pesant sur les ménages (Graphique 1.13). Ces subventions ont un impact immédiat sur les finances publiques lorsque les coûts et les primes augmentent. Le gouvernement fédéral est également mis à contribution, puisqu’il rembourse aux cantons 7.5 % des coûts bruts de l’assurance maladie obligatoire à titre de cofinancement des réductions de primes (OFSP, 2025[47]).
Par ailleurs, les cantons possèdent et exploitent de nombreux hôpitaux et établissements d’hébergement médicalisés, participent au financement des services de soins hospitaliers, délivrent les autorisations aux professionnels de santé et veillent au bon fonctionnement des marchés de l’assurance au niveau local. À la suite de l’instauration du système uniforme de financement des prestations de santé, approuvé en novembre 2024, les cantons et les municipalités devront assumer une part plus importante de la charge financière, jusque-là supportée les assureurs maladie. À partir de 2028, les cantons devraient également participer au financement des services ambulatoires, ce qui entraînera une hausse des dépenses publiques, du moins à court terme. D’autres mesures visant à renforcer l’efficience et à freiner la progression des dépenses de santé apparaissent dès lors justifiées.
La coordination entre les cantons s’avère souvent difficile, chacun ayant tendance à organiser ses services de santé en fonction de sa propre population, ce qui peut entraîner des chevauchements de capacités (OFSP, 2026[48]). En outre, les cantons ruraux hésitent souvent à fermer les petits hôpitaux, malgré leur taille insuffisante pour assurer leur rentabilité. Le gouvernement fédéral a pris des mesures afin d’améliorer la coordination intercantonale. En 2022, les cantons ont été invités à adopter, à l’échelle nationale, des critères communs et harmonisés pour évaluer l’efficience économique et la qualité des prestations. La méthodologie de ces évaluations reste à définir. Les décisions des cantons en matière de planification sont désormais susceptibles de recours de la part des hôpitaux et des assureurs agréés, ouvrant la voie à une intervention des autorités fédérales si nécessaire. Par ailleurs, en janvier 2026, le Conseil fédéral a recommandé d’organiser la planification hospitalière à l’échelle de supra‑régions, en tenant compte des flux de patients plutôt que des frontières cantonales, afin de limiter les surcapacités ; ces recommandations restent toutefois non contraignantes (OFSP, 2026[48]). Un débat est en cours au Parlement afin d’aller encore plus loin. Le Conseil fédéral entend modifier le cadre juridique et constitutionnel et confier la planification hospitalière à la Confédération, en étroite collaboration avec les cantons.
Graphique 1.13. Les primes de l’assurance maladie de base ont connu une hausse supérieure à celle des salaires
Copier le lien de Graphique 1.13. Les primes de l’assurance maladie de base ont connu une hausse supérieure à celle des salairesLa Suisse consacre une part relativement faible de ses dépenses aux soins préventifs visant à réduire les facteurs de risque liés aux principales maladies et affections chroniques, telles que le diabète, l’obésité et le cancer (Graphique 1.14). La prévention permet d’améliorer les résultats sanitaires de manière efficace et à moindre coût (Ford et al., 2021[49]), ce qui justifie de réorienter une partie des ressources vers des programmes de santé nationaux pilotés par les autorités fédérales.
Les prestataires de soins de santé évoluent dans un contexte concurrentiel et sont rémunérés à l’acte, dans un cadre réglementé conçu pour limiter les incitations à la surconsommation de prestations. La facturation des prestations ambulatoires aux assureurs s’effectue conformément à une structure tarifaire nationale uniforme, alors que celle des prestations hospitalières est basée sur le système des groupes homogènes de malades (GHM). Les paiements par GHM reposent sur un tarif de base propre à chaque hôpital, négocié entre les établissements et les assureurs dans chaque canton, et soumis à l’approbation des autorités cantonales. Ce système confère aux hôpitaux une large autonomie dans la fixation des tarifs de base, sans référence claire à des critères d’efficience. Une solution consisterait à exiger des hôpitaux et des assureurs qu’ils fixent les tarifs de base en s’appuyant sur une analyse comparative des établissements ; celle-ci reposerait sur une évaluation commune de l’efficience économique et de la qualité des soins, en cours de définition au niveau cantonal.
Graphique 1.14. Réorienter les dépenses de santé vers les soins préventifs permettrait d’améliorer l’efficience
Copier le lien de Graphique 1.14. Réorienter les dépenses de santé vers les soins préventifs permettrait d’améliorer l’efficience
Note : L’OCDE révise actuellement sa méthodologie d’estimation des dépenses de soins préventifs. La méthodologie actuelle tend à sous-estimer les dépenses consacrées aux soins préventifs dans l’ensemble des pays. Dans la partie B, « les données pour l’Islande, le Mexique et la Türkiye concernent les femmes âgées de 40 à 69 ans, celles pour Israël les femmes âgées de 50 à 74 ans et celles pour la Suède les femmes âgées de 40 à 74 ans. Les données relatives au Royaume-Uni concernent l’Angleterre ».
Source : OCDE, Panorama de la santé 2025.
La complexité et la fragmentation des sources de financement peuvent empêcher de mettre davantage l’accent sur une gestion d’ensemble des dépenses de santé et, par ailleurs, les organismes financeurs ne recherchent pas systématiquement les solutions les plus efficientes (Graphique 1.15). Les régimes publics d’assurance maladie à payeur unique sont peut-être moins concernés par ces problèmes de contrôle des coûts, mais les électeurs suisses ont rejeté une telle option en 2014. Une initiative populaire visant à instaurer des mécanismes contraignants de maîtrise des coûts, lorsque la croissance annuelle des dépenses de santé dépasse de plus de 20 % celle des salaires, a également été rejetée en juin 2024. Une proposition récente du gouvernement fédéral, prévoyant l’introduction d’objectifs de coûts négociés tous les quatre ans, est entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Elle a le mérite d’ouvrir le débat public sur la nécessité de mesures supplémentaires pour contenir la croissance des dépenses de santé.
Les systèmes fondés sur la rémunération à l’acte présentent des limites en matière de coordination des parcours de soins (Yordanov et al., 2024[50]). Les modèles de gestion intégrée des soins permettent aux assureurs de proposer des primes réduites en contrepartie d’une prise en charge au sein d’un réseau restreint de prestataires, tout en favorisant le partage d’informations entre praticiens et en contribuant ainsi à limiter les risques de multiplication des consultations et de surutilisation des services de santé. Malgré les tentatives visant à développer ces modèles, leur adoption est restée limitée à des initiatives locales et isolées (Peytremann-Bridevaux et al., 2021[51]). Les expériences menées en Europe et aux États-Unis montrent que des incitations financières peuvent favoriser l’adhésion à des réseaux de soins intégrés. La Suisse pourrait s’en inspirer en s’appuyant sur des initiatives régionales fondées sur la participation volontaire et en mettant en place des incitations claires afin d’améliorer la coordination des soins et de prévenir les hospitalisations évitables. Ces modèles reposent soit sur une rémunération forfaitaire couvrant l’ensemble des soins requis pour un traitement donné (paiements groupés), soit sur des mécanismes de partage des économies permettant aux prestataires de conserver une partie des gains réalisés par rapport à un objectif prédéfini. Un nouveau système de tarification forfaitaire des prestations médicales ambulatoires est entré en vigueur au début de 2026 ; ses effets sur la tendance à multiplier les consultations ainsi que sur la qualité des soins devront faire l’objet d’un suivi et d’une évaluation attentifs.
Graphique 1.15. Le système de santé est très fragmenté
Copier le lien de Graphique 1.15. Le système de santé est très fragmentéFinancement des soins de santé et répartition des coûts par type de service et dispositif de financement, 2023
La multiplication des consultations et la surutilisation des services de santé peuvent également être contenues par le rôle de filtrage exercé par les médecins généralistes, reconnu comme un levier efficace de maîtrise des dépenses en limitant les hospitalisations inutiles (OCDE, 2025[52]). À la différence de certains pays de l’OCDE, tels que le Royaume-Uni, la Suède ou les Pays-Bas, où l’accès aux spécialistes est strictement encadré, les patients en Suisse peuvent consulter librement les spécialistes de leur choix et accéder directement aux soins hospitaliers, sans obligation de passer par un médecin généraliste. Les patients ont la possibilité de désigner un médecin-référent (appelé « médecin de famille ») en contrepartie d’une réduction des primes. Cette option est retenue par 65 % de la population environ, ce qui donne à penser qu’il existe encore une marge d’amélioration. En conséquence, les dépenses consacrées aux soins de santé primaires demeurent faibles, tandis que le nombre de médecins spécialistes a dépassé celui des médecins généralistes au cours des dix dernières années (Graphique 1.16). Les autorités pourraient renforcer le rôle des médecins généralistes dans la régulation de l’accès aux soins spécialisés, notamment en instaurant un système d’orientation plus contraignant.
La durée des hospitalisations tend à être supérieure à la moyenne de l’OCDE, tandis que le nombre de lits d’hôpital pour 1 000 habitants demeure relativement élevé (OCDE, 2025[52]). En outre, la part des interventions chirurgicales effectuées en ambulatoire reste inférieure à celle constatée dans de nombreux autres pays (Graphique 1.17). Certains cantons ainsi que la Confédération ont récemment défini des listes d’interventions chirurgicales devant être réalisées en ambulatoire, une évolution qui va dans le bon sens. En réduisant la durée des prises en charge, la chirurgie ambulatoire permet d’économiser des ressources sans compromettre la qualité des soins, tout en permettant aux hôpitaux de se concentrer sur les cas les plus complexes. Les soins et la chirurgie ambulatoires devraient être privilégiés dès lors qu’ils sont jugés médicalement sûrs. La réforme approuvée par votation populaire en novembre 2024 devrait également réduire les désincitations au recours aux soins ambulatoires. Actuellement, ces prestations sont entièrement financées par les assureurs maladie, sans participation cantonale, contrairement aux soins hospitaliers dont les cantons assument au minimum 55 % des coûts. Ces différences de financement favorisent indirectement les hospitalisations. La récente réforme instaurant un financement uniforme des soins hospitaliers et ambulatoires sera mise en œuvre progressivement d’ici à 2028 et pourrait générer des gains d’efficience significatifs à moyen et long terme.
Graphique 1.16. Les dépenses consacrées aux soins de santé primaires demeurent faibles par comparaison avec les autres pays
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Note : Dans la partie A, les dépenses consacrées aux soins ambulatoires généraux peuvent inclure les produits pharmaceutiques pour le Mexique et le Costa Rica.
Source : OCDE, Panorama de la santé 2025, Médecins par catégorie (OCDE).
La diffusion rapide et l’utilisation généralisée des dossiers médicaux électroniques, de la télémédecine et de l’intelligence artificielle offrent des possibilités d’amélioration du rapport coût-efficacité, mais leur déploiement en Suisse demeure plus lent que dans d’autres pays de l’OCDE. Une agence nationale, eHealth Suisse, a été créée en 2007 afin de coordonner les initiatives de santé électronique. Malgré l’adoption de la loi fédérale de 2017 sur le dossier médical électronique, celui-ci reste très peu utilisé. Face à la lenteur de son déploiement, le Conseil fédéral a engagé, en novembre 2025, une révision complète de la législation, dont les nouvelles dispositions entreront en vigueur d’ici à 2030. Cette réforme majeure instaure l’adoption par consentement tacite du dossier électronique et prévoit de rendre obligatoire son utilisation à l’échelle de l’ensemble du système de santé, y compris pour les prestations ambulatoires. La Confédération sera chargée de mettre en place et de financer l’infrastructure technique centralisée, appelée à remplacer l’actuel système fragmenté de plateformes, tout en améliorant de manière substantielle l’interopérabilité ainsi que les normes en matière de sécurité des données et de protection de la vie privée. Des campagnes de communication ciblées mettant en avant les bénéfices concrets du dossier médical électronique auprès de la population, associées à des incitations financières à destination des médecins généralistes et à l’intégration des normes d’interopérabilité dans les logiciels de gestion des cabinets devraient permettre de renforcer la confiance du public et d’atténuer les frictions administratives entre les cantons, favorisant ainsi l’utilisation primaire et secondaire des données de santé. Faire du dossier médical électronique le point d’accès aux données pour les demandes de remboursement constituerait une incitation structurelle à la participation des prestataires, sans recourir à des mécanismes d’exécution supplémentaires.
Graphique 1.17. Augmenter la part de la chirurgie ambulatoire réduirait la dépendance excessive vis‑à‑vis des hôpitaux
Copier le lien de Graphique 1.17. Augmenter la part de la chirurgie ambulatoire réduirait la dépendance excessive vis‑à‑vis des hôpitauxPart des interventions chirurgicales réalisées en ambulatoire, 2023 ou dernière année connue
Les téléconsultations et les outils numériques peuvent servir au triage, évitant des visites inutiles aux urgences ou à l’hôpital, ainsi qu’au suivi à distance des patients chroniques, libérant du temps et des ressources réaffectables à des activités à plus forte valeur ajoutée pour les patients. Certains assureurs encouragent le recours à la téléconsultation, notamment en proposant des primes d’assurance maladie réduites. Cependant, les enquêtes menées auprès des patients montrent une acceptabilité limitée des consultations vidéo, en particulier chez les personnes âgées (Mazouri-Karker et al., 2023[53]). Des mesures ciblées, comme des programmes de formation au numérique, des interfaces adaptées, l’accès mobile sans frais de données aux portails patients ou la réduction des coûts de la télésanté — permettraient de réduire les inégalités d’utilisation. Par ailleurs, un annuaire public des prestataires de téléconsultation, intégré aux plateformes déjà utilisées par les patients, renforcerait la visibilité de ces services auprès des patients et des prestataires de santé et encouragerait leur utilisation, pour un coût relativement modeste.
Le recours à l’intelligence artificielle, notamment pour automatiser des tâches à forte intensité de main‑d’œuvre comme la synthèse de comptes rendus médicaux et le triage des données relatives aux patients, pourrait significativement accroître l’efficience des services de santé. Au Royaume‑Uni, des tests menés par le National Health Service ont mis en évidence des résultats positifs : l’utilisation d’outils de rédaction assistée par IA s’est traduite par une hausse de 23.5 % des échanges directs avec les patients lors des rendez-vous, une réduction de 8.2 % de la durée des consultations et une augmentation de 13.4 % du nombre de patients pris en charge par équipe. L’étude estime qu’un déploiement accru des logiciels de scribe IA à l’échelle nationale pourrait permettre de réaliser des économies d’environ 658 millions GBP par an (NHS, 2025[54]). Le gouvernement fédéral, en collaboration avec les cantons, pourrait s’appuyer sur la liste de contrôle de l’OCDE sur l’IA dans le domaine des politiques de la santé afin d’évaluer le degré de préparation du système de santé suisse à intégrer ces technologies et d’éclairer l’élaboration d’une stratégie nationale en la matière, d’anticiper les lacunes et de poser les bases d’un déploiement responsable à grande échelle de l’IA dans le secteur de la santé (OCDE, 2026[55]).
La hausse des prix des médicaments contribue également à l’augmentation du coût total des soins de santé et des primes d’assurance maladie. Les médicaments représentent plus de 20 % des dépenses de l’assurance maladie obligatoire et la Suisse se distingue par des prix parmi les plus élevés en Europe et dans l’ensemble de l’OCDE (OFSP, 2025[56]) (TLV, 2024[57]), ce qui se traduit par un niveau de dépenses pharmaceutiques supérieur à celui observé dans d’autres pays (Graphique 1.18). La part des médicaments génériques en valeur demeure faible par comparaison avec les autres pays (Graphique 1.19, partie A). De même, la part de marché des produits biologiques et des biosimilaires, une catégorie de médicaments issus de systèmes vivants tels que des micro-organismes ou des cellules végétales ou animales, demeure inférieure à celle observée dans d’autres pays de l’OCDE (Graphique 1.19, partie B).
Graphique 1.18. Les dépenses pharmaceutiques sont élevées en comparaison internationale
Copier le lien de Graphique 1.18. Les dépenses pharmaceutiques sont élevées en comparaison internationale
Note : Produits médicaux non durables inclus pour la Grèce, l’Italie, l’Irlande, la Hongrie, la Lituanie, le Portugal, les Pays-Bas, Israël et le Chili.
Source : OCDE, Panorama de la santé 2025.
Graphique 1.19. Les médicaments génériques restent relativement peu utilisés, alors qu’ils pourraient contribuer efficacement à la maîtrise des coûts
Copier le lien de Graphique 1.19. Les médicaments génériques restent relativement peu utilisés, alors qu’ils pourraient contribuer efficacement à la maîtrise des coûtsLes génériques et les biosimilaires introduisent une concurrence par les prix dans la vente au détail des médicaments, contribuant ainsi à la maîtrise des dépenses pharmaceutiques (OCDE, 2025[52]). De nombreux pays ont mis en place des incitations à destination des médecins, des pharmaciens et des patients afin d’encourager le développement des marchés des génériques. Par exemple, le Japon a élaboré une feuille de route visant à accroître le recours aux génériques dès 2013. Depuis, le gouvernement a progressivement relevé ses objectifs et mis en œuvre diverses mesures, notamment des incitations destinées aux hôpitaux et aux pharmacies. En France, les pharmacies perçoivent des primes lorsque leur taux de substitution par des génériques est élevé. En janvier 2024, la Suisse a durci une réglementation qui accroît la participation financière des patients pour les médicaments protégés par brevet nettement plus coûteux que leur équivalent générique. Les autorités devraient examiner de près les effets de cette réforme pour déterminer s’il y a lieu d’adopter des mesures supplémentaires.
1.3.4. Une réforme plus globale sera nécessaire pour préserver la viabilité du système de retraite
D’après des simulations réalisées par l’Office fédéral des assurances sociales, le système public par répartition affichera un déficit dès 2026 sous l’effet du versement de la 13e rente (OFAS, 2025[58]). Dans un contexte où les dépenses de retraite excèdent durablement les recettes, ce déficit devrait encore se creuser pour atteindre près de 0.4 % du PIB à l’horizon 2035. La proposition parlementaire visant à relever le taux normal de TVA de 0.4 point de pourcentage, si elle est approuvée en votation populaire, financerait en partie les dépenses supplémentaires. Toutefois, il est nécessaire de prendre des mesures supplémentaires pour que le système public par répartition reste viable (OFAS, 2025[58]).
Le gouvernement travaille actuellement à l’élaboration d’une réforme des retraites, dont un avant-projet a été présenté au printemps 2026 et fait actuellement l’objet d’une consultation publique. Pour l’heure, il n’est pas prévu de relever l’âge de la retraite dans le premier pilier, outre les modifications récentes visant à harmoniser l’âge de la retraite des femmes et des hommes. Les autorités visent plutôt à encourager les personnes à poursuivre leur activité au-delà de l’âge minimum de la retraite anticipée (63 ans dans le premier pilier), à partir duquel elles ont légalement droit à une pension moyennant une décote, ainsi que de l’âge de référence de 65 ans, qui permet de percevoir une pension à taux plein au titre du premier pilier. Une solution envisagée consiste à revoir les pénalités appliquées en cas de retraite anticipée, ainsi que les bonifications pour départ tardif dans le but de renforcer les incitations à travailler plus longtemps. En outre, les autorités fédérales entendent également supprimer l’âge maximal jusqu’auquel les cotisations au premier pilier améliorent le montant de la pension. Dans le système actuel, les assurés peuvent différer leur départ à la retraite au-delà de l’âge de référence de 65 ans et jusqu’à 70 ans ; passé cet âge, les cotisations versées n’ouvrent plus de droits supplémentaires à pension. Il envisage par ailleurs de relever le seuil d’exonération des cotisations sociales pour les travailleurs âgés de 65 ans et plus, afin d’encourager les travailleurs à poursuivre leur activité. D’autres changements envisagés concernent le deuxième pilier du système de retraite, qui est un régime de prévoyance professionnelle comportant une partie obligatoire, complétée à titre volontaire par la plupart des employeurs (OCDE, 2024[25]). L’âge d’ouverture des droits à pension au titre de ce deuxième pilier sera porté de 58 à 63 ans, à l’issue d’une période de transition de dix ans.
Avec un âge de référence de départ à la retraite fixé à 65 ans dans le premier pilier, ouvrant droit à une pension sans décote pour une carrière complète dans l’ensemble des régimes, la Suisse se situe en dessous de la majorité des pays de l’OCDE (OCDE, 2025[59]). L’âge normal de départ à la retraite devrait atteindre 70 ans en Italie, aux Pays-Bas et en Suède, 71 ans en Estonie et jusqu’à 74 ans au Danemark, en raison du lien établi entre l’âge de la retraite et l’espérance de vie. Les huit pays où l’âge normal de la retraite est le plus élevé, parmi lesquels la Finlande, le Portugal et la République slovaque, ont tous mis en place un mécanisme d’indexation automatique sur l’espérance de vie. La Norvège devrait prochainement instaurer un tel mécanisme et relever l’âge de la retraite à hauteur des deux tiers des gains d’espérance de vie (OCDE, 2025[59]). Afin d’assurer la viabilité de la dette publique à long terme tout en maintenant le niveau actuel des services et prestations publics, et au regard des simulations issues du modèle à long terme de l’OCDE présentées dans l’introduction de la section 1.3 et le Graphique 1.10, il sera nécessaire, à terme, de relever l’âge de référence de la retraite, conformément aux recommandations formulées dans les précédentes Études économiques de l’OCDE consacrées à la Suisse (OCDE, 2022[26]) (OCDE, 2024[25]).
1.4. La croissance future dépendra du renforcement des liens avec les partenaires commerciaux
Copier le lien de 1.4. La croissance future dépendra du renforcement des liens avec les partenaires commerciauxLes exportations suisses de biens et de services ont représenté environ 78 % du PIB en 2025, contre 30 % en moyenne dans la zone OCDE. Les importations de biens et de services représentaient environ 69 % du PIB. Ces chiffres sont soutenus par les échanges d’or et de métaux précieux, mais ils reflètent une forte ouverture aux échanges internationaux. Les échanges joueront un rôle crucial pour les perspectives de croissance future, les efforts visant à renforcer les liens avec les principaux partenaires commerciaux et les nouveaux partenariats commerciaux destinés à élargir les marchés d’exportation potentiels devant être au centre des priorités de la politique économique.
Les principales destinations des exportations suisses de biens sont l’Union européenne, les États-Unis et la Chine, tandis que les principaux secteurs exportateurs de biens sont les produits chimiques et pharmaceutiques, les objets de valeur, notamment l’or et les bijoux, et les instruments de précision, notamment les montres en métaux précieux (Graphique 1.20, parties A et B).
Le secteur des services représente une part importante des échanges internationaux, soit environ 25 % des exportations totales ou 20 % du PIB. L’Union européenne et les États-Unis sont également les principaux partenaires commerciaux de la Suisse dans le domaine des services. Les exportations de services les plus importantes sont les licences, les services financiers, les technologies de l’information et des télécommunications et le tourisme (Graphique 1.20, parties C et D). Le Royaume-Uni est également l’une des principales destinations pour les exportations de services, les services financiers et d’assurance représentant une part plus importante que pour les autres pays.
La circulation des biens entre la Suisse et l’UE est régie par un accord de libre-échange datant de 1972, de nombreux accords sectoriels, ainsi que des mesures unilatérales de la Suisse visant à réduire encore les obstacles techniques au commerce. En conséquence, les entreprises suisses dans des secteurs tels que les métaux, l’automobile et les machines sont fortement intégrées dans les chaînes d’approvisionnement de l’UE et la coopération transfrontière est particulièrement forte, notamment en matière de recherche et de développement. La Suisse n’étant pas membre de l’UE, elle conduit sa politique européenne sur la base d’accords sectoriels bilatéraux. La Suisse ne participe pas à la politique agricole commune ni à la politique commune de la pêche, ne fait pas partie de l’union douanière et mène une politique commerciale indépendante, par exemple. L’UE, quant à elle, lie de plus en plus l’accès au marché unique à l’application des règles qui sont valables pour ses membres. Les échanges de services sont quant à eux couverts par des accords sectoriels spécifiques.
Graphique 1.20. L’Union européenne est le principal partenaire commercial de la Suisse pour les biens et les services
Copier le lien de Graphique 1.20. L’Union européenne est le principal partenaire commercial de la Suisse pour les biens et les services
Source : Calculs de l’OCDE fondés sur la base de données statistiques des Nations Unies sur le commerce des marchandises (COMTRADE) ; et BNS.
Le nouvel ensemble d’accords entre la Suisse et l’UE (« paquet Suisse-UE »), approuvé par le Conseil fédéral en mars 2026, vise à stabiliser et à développer la voie bilatérale avec l’UE (Encadré 1.5). La coopération sera renforcée dans plusieurs domaines clés : électricité, recherche, santé et sécurité alimentaire. Le nouveau paquet donne également à la Suisse accès à Horizon Europe, le principal programme de financement de l’UE pour la recherche et l’innovation (Swissuniversities, 2025[60]). Dans l’ensemble, le paquet est susceptible de bénéficier de manière non négligeable à l’économie suisse et, dans un environnement international de plus en plus incertain, la stabilité des relations avec l’UE reste d’une importance capitale pour le pays. Le paquet est actuellement débattu au Parlement. Il devrait ensuite faire l’objet d’une votation populaire. Le Conseil fédéral suisse a décidé de soumettre les accords avec l’Union européenne à un référendum « facultatif ». Le Parlement prendra la décision finale quant à la nature du référendum sur le paquet (Encadré 1.5 ; Encadré 1.6).
Les États-Unis représentent plus de 20 % du total des exportations suisses de biens, y compris d’objets de valeur, et sont ainsi le premier pays destinataire des exportations. Ils sont suivis de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de la Chine. Peu d’autres pays ont des liens commerciaux aussi forts avec les États-Unis (Graphique 1.20, partie A). En conséquence, la Suisse est fortement touchée par les changements de politique commerciale qui ont une influence sur ces échanges bilatéraux, tels que les récentes hausses des droits de douane appliqués par les États-Unis. La Suisse a adopté une déclaration commune non contraignante avec les États-Unis en novembre 2025, qui prévoit un abaissement des droits de douane additionnels appliqués par les États-Unis aux importations en provenance de Suisse de 39 % à 15 % lorsque ceux de la nation la plus favorisée dépassent 15 %, alignant ainsi la Suisse sur ses voisins européens. Depuis la décision de la Cour suprême des États-Unis invalidant les droits de douane appliqués au titre de l’IEEPA (International Emergency Economic Powers Act), en février 2026, les exportations suisses vers les États-Unis sont soumises à des droits de douane additionnels de 10 %. La part des exportations totales de biens vers l’UE s’élève à 38 %. Plus récemment, la mise en place envisagée de droits de douane supplémentaires de 12.5 % en vertu de l’article 301 de la loi de 1974 sur le commerce extérieur des États-Unis (Trade Act of 1974) a accentué l’incertitude. Les incertitudes concernant les futurs droits de douane appliqués par les États-Unis et la baisse de la demande mondiale, en particulier celle des principaux partenaires commerciaux européens de la Suisse, auront une incidence sur la croissance des exportations (Graphique 1.21).
Encadré 1.5. Le paquet d’accords « Stabilisation et développement des relations Suisse-UE »
Copier le lien de Encadré 1.5. Le paquet d’accords « Stabilisation et développement des relations Suisse-UE »Les relations entre l’UE et la Suisse sont régies par une série d’accords bilatéraux, c’est-à-dire un paquet d’accords sectoriels connu sous le nom d’« Accords bilatéraux I ». Ces accords contiennent des dispositions telles que celles relatives à la libre circulation des personnes et à la fourniture de services transfrontaliers dans un laps de temps limité. L’accord de reconnaissance mutuelle garantit que, dans vingt secteurs réglementés, l’évaluation de la conformité effectuée par une partie est reconnue par l’autre, ce qui facilite les échanges entre les parties. L’accord sur le commerce des produits agricoles contient des dispositions relatives aux règles sanitaires et phytosanitaires, ainsi qu’aux droits de douane et contingents tarifaires pour les produits agricoles.
Une autre série d’accords sectoriels a été signée en 2004, connus sous le nom d’« Accords bilatéraux II », parmi lesquels les accords couvrant la participation de la Suisse à l’espace Schengen et au système d’asile de Dublin, ainsi que des accords sur la fiscalité de l’épargne, les produits agricoles transformés, les statistiques, la lutte contre la fraude, la participation au programme Media de l’UE et à l’Agence européenne pour l’environnement.
En 2014, l’UE et la Suisse sont convenues de renégocier et de restructurer la participation au marché intérieur, notamment en clarifiant les règles et procédures relatives à l’adoption et à l’application homogène du droit relatif au marché intérieur, à l’application des règles en matière d’aides d’État et au règlement des différends, dans le cadre de « l’accord-institutionnel ». Le Conseil fédéral a décidé de ne pas signer cet accord institutionnel au motif que les conditions nécessaires n’étaient pas remplies. Entre 2022 et 2023, la Suisse et l’UE ont mené des discussions exploratoires concernant la conclusion d’un nouveau paquet bilatéral de grande ampleur. Les négociations qui ont suivi ont abouti à la signature de nouveaux accords, connus sous le nom d’accords « Stabilisation et développement des relations Suisse-UE » ou « Bilatérales III » en mars 2026.
Source : Autorités fédérales suisses, Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
Graphique 1.21. La Suisse est très exposée aux variations des droits de douane aux États-Unis et en Europe
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Note : Calcul fondé sur les importations de marchandises des États-Unis et de l’UE, et sur le PIB actuel de chaque pays en USD.
Source : Calculs de l’OCDE fondés sur la base de données statistiques des Nations Unies sur le commerce des marchandises (COMTRADE) ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE.
Les exportations de biens suisses vers les États-Unis et l’Europe sont dominées par les industries chimique et pharmaceutique, où les exportateurs suisses opèrent sur le segment à forte valeur de la chaîne de production. Ces entreprises affichent une forte croissance de la productivité, tandis que d’autres industries manufacturières ont eu une croissance presque nulle au cours des dernières années (Graphique 1.22). La dépendance à l’égard de quelques secteurs expose l’ensemble de l’économie à des chocs sectoriels, et les perspectives du secteur pharmaceutique constituent l’un des principaux risques pesant sur les projections de croissance. Les États-Unis ont récemment annoncé qu'ils appliqueraient un taux de droits de douane sectoriel pouvant atteindre 100 % sur les médicaments brevetés à compter du 31 juillet 2026, à moins que les entreprises pharmaceutiques n’augmentent leurs investissements aux États-Unis. Toutefois, les États disposant d’accords commerciaux avec les États-Unis, dont la Suisse fait partie, bénéficieront d’un droit de douane additionnel réduit, de 15 %, sur les produits pharmaceutiques et principes actifs brevetés mentionnés dans la déclaration commune de novembre 2025. Si les principaux fabricants de médicaments en Suisse ont déjà conclu des accords qui devraient leur permettre d’échapper temporairement aux droits, une certaine incertitude subsiste.
L’optimisation de l’accord de libre-échange (ALE) actuel avec la Chine pourrait offrir de nouvelles possibilités. L’accord existant, en vigueur depuis 2014, a éliminé la plupart des droits de douane sur les exportations suisses, ce qui a permis aux exportations de biens vers la Chine de croître de 67 % entre 2014 et 2025, mais certains produits comme les montres et les produits pharmaceutiques sont toujours soumis à des droits de douane importants. Les exportations de services vers la Chine ont également augmenté, passant de 2.6 % des exportations totales de services de la Suisse en 2014 à environ 4 % en 2025 (Graphique 1.20, partie C). Les négociations visant à réviser les termes actuels de l’ALE ont débuté en 2024, dans le but de renforcer la coopération dans les secteurs à forte valeur ajoutée et axés sur la technologie, ainsi que dans les échanges de services, y compris la propriété intellectuelle et les services numériques.
La Suisse a réalisé des progrès significatifs dans le renforcement de ses relations avec le Royaume-Uni en ce qui concerne les échanges de services. L’Accord de Berne sur les services financiers conclu avec le Royaume-Uni (Berne Financial Services Agreement) crée d’importantes opportunités de croissance pour les entreprises de services d’investissement, d’assurance et de gestion d’actifs. L’accord est entré en vigueur en janvier 2026 et instaure une reconnaissance mutuelle, basée sur les résultats, du cadre réglementaire de chaque pays, sans exiger une harmonisation des règles. L’accord simplifie ainsi l’accès réciproque aux services financiers du Royaume-Uni et de la Suisse en éliminant la nécessité d’obtenir une autorisation supplémentaire pour offrir des services transfrontaliers. La FINMA, l’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, a publié un guide pratique pour faciliter la mise en œuvre de l’accord et permettre aux entreprises de tirer le meilleur parti des avantages potentiels.
La Suisse cherche également à s’ouvrir à de nouveaux marchés. L’Association européenne de libre-échange (AELE), dont la Suisse est membre, a signé un accord de partenariat économique avec l’Inde, partenaire commercial important pour les marchandises (Graphique 1.20, partie A), qui est entré en vigueur en 2025. L’accord supprime la plupart des droits de douane sur les produits industriels, ce qui pourrait profiter aux entreprises suisses exportatrices de produits pharmaceutiques, de métaux, de machines et d’instruments de précision, entre autres. L’AELE a également signé de nouveaux accords commerciaux avec le Mercosur, la Malaisie et la Thaïlande, en attente de ratification. Les accords couvrent un large éventail de questions, notamment le commerce des biens et des services, l’investissement, la propriété intellectuelle, les marchés publics et les obstacles non tarifaires au commerce. La ratification de ces accords renforcerait la résilience économique de la Suisse en réduisant sa dépendance à l’égard des principaux partenaires commerciaux actuels.
Fournir davantage d’informations sur la manière dont les entreprises peuvent bénéficier des accords de libre-échange en vigueur et utiliser les règles de l’origine préférentielle contribuerait à renforcer encore la résilience de la position de la Suisse dans les chaînes de valeur mondiales et à encourager la diversification des exportations, ainsi qu’il était recommandé dans l’Étude économique de l’OCDE de 2024 consacrée à la Suisse. Le chapitre 4 examine d’autres recommandations d’action visant à améliorer les conditions propices, à consolider l’avance de la Suisse en matière d’innovation et à renforcer la concurrence, dans l’optique de maintenir un niveau élevé d’intégration sur les marchés mondiaux et de favoriser la stabilité et la croissance à long terme.
Graphique 1.22. Les industries chimique et pharmaceutique ont été le moteur de la croissance
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Note : Toutes les variables sont corrigées des variations saisonnières et des effets de calendrier, et à valeurs constantes. La pondération de chaque secteur en 2020 est la suivante : 19 % - Commerce, transport et hôtellerie ; 12 % - Industrie manufacturière, à l’exception des produits chimiques et pharmaceutiques ; 9 % - Activités financières et d’assurance ; 7 % - Produits chimiques et pharmaceutiques ; 7 % - Administration publique ; et 5 % - Construction.
Source : SECO ; et base de données des Perspectives économiques de l’OCDE.
Encadré 1.6. Votations populaires depuis la dernière Étude et référendums à venir ou prévus
Copier le lien de Encadré 1.6. Votations populaires depuis la dernière <em>Étude </em>et référendums à venir ou prévusMars 2024 : Initiative populaire « Mieux vivre à la retraite » – Projet accepté. Le 3 mars 2024, les Suisses se sont prononcés en faveur d’un 13e mois de pension de vieillesse par an au titre du 1er pilier du système d’assurance retraite, mais contre un relèvement progressif de l’âge légal de la retraite.
Juin 2024 : « Modification de la loi sur l’énergie et de la loi sur l’approvisionnement en électricité » – Accepté (voir le chapitre 3). Fixe des objectifs ambitieux, à atteindre en coopération avec les cantons, le secteur de l’énergie et d’autres parties prenantes, en matière de production d’énergie à partir de sources renouvelables. La consommation finale d’énergie des ménages doit être stabilisée d’ici à 2030 au niveau qu’elle aurait eu à l’entrée en vigueur de cette disposition.
Novembre 2024 : « Modification de la loi fédérale sur l’assurance maladie » – Accepté. Le financement des soins de santé est désormais standardisé parmi les prestataires de services médicaux afin d’encourager les traitements et la chirurgie ambulatoires.
Septembre 2025 : « Arrêté fédéral relatif à l’impôt immobilier cantonal sur les résidences secondaires » – accepté (voir chapitre 2). Les cantons sont désormais autorisés à lever un impôt spécial sur la propriété immobilière applicable aux résidences secondaires principalement occupées par leurs propriétaires. Cette votation ne porte pas seulement sur les résidences secondaires, mais aussi sur la suppression de l’imposition de la valeur locative pour les logements occupés par leur propriétaire, une caractéristique ancienne et souvent controversée du système fiscal suisse.
Mars 2026 : « Loi fédérale sur l’imposition individuelle » - Accepté. L’imposition commune des couples mariés sera remplacée par une imposition individuelle obligatoire pour tous les contribuables, à compter du 1er janvier 2032 au plus tard, et concernera les déclarations fiscales fédérales, cantonales et municipales.
Novembre 2026 (prévu) : Relèvement de 0.4 point de la TVA destiné à financer l’augmentation des dépenses de retraite.
Autres référendums prévus d’ici à 2027 ou 2028 : Relèvement temporaire de 0.5 point de la TVA destiné à financer les dépenses de défense ; ratification des accords avec l’Union européenne.
Source : Chancellerie fédérale, Conseil fédéral.
Tableau 1.6. Conclusions et recommandations formulées dans le présent chapitre
Copier le lien de Tableau 1.6. Conclusions et recommandations formulées dans le présent chapitre|
PRINCIPALES CONCLUSIONS |
RECOMMANDATIONS (principales recommandations en gras) |
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Politiques monétaire, financière et budgétaire |
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Les tensions inflationnistes restent faibles, en partie du fait de la forte appréciation du franc suisse, qui a également pesé sur la croissance des exportations. |
Conserver l’orientation accommodante de la politique monétaire jusqu’à ce que la reprise économique soit bien engagée. |
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Le récent effondrement d’un établissement bancaire a montré que le ratio de fonds propres d’une banque mère pouvait dissimuler des vulnérabilités liées à ses filiales étrangères. |
Imposer aux banques mères d’importance systémique mondiale de couvrir intégralement leurs participations dans des filiales étrangères au moyen de fonds propres de base de catégorie 1 (CET1). |
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Les sorties de liquidités peuvent devenir très importantes lorsque les déposants perdent confiance, dépassant la capacité des ratios de liquidité à court terme (LCR) requis. |
Mettre rapidement en œuvre la Facilité étendue de liquidités (FEL) prévue, en la complétant par un mécanisme public de garantie des liquidités applicable aux banques d’importance systémique. |
|
Les mécanismes publics de garantie des liquidités peuvent créer un aléa moral et conduire à une prise de risque excessive dans le secteur bancaire. |
Mettre en place, dans le cadre du mécanisme public de garantie des liquidités, le prélèvement annuel d’un forfait fondé sur les risques pour compenser le risque lié à une éventuelle mise à disposition d’une garantie du risque de défaillance. |
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En vertu des dispositions en vigueur, il est difficile de tenir les hauts dirigeants responsables d’éventuels manquements. |
Mettre en place un régime de responsabilité imposant l’attribution de responsabilités claires aux hauts dirigeants et le recensement des tâches, fonctions et pouvoirs de chacun. |
|
La politique budgétaire, globalement neutre jusqu’à présent, est cohérente avec la résorption de l’écart de production et laisse opérer les stabilisateurs automatiques |
Maintenir l’orientation neutre de la politique budgétaire et continuer de respecter les règles budgétaires. |
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Le respect à moyen terme de la règle du frein à l’endettement nécessitera un ajustement budgétaire supplémentaire, notamment sur le plan des recettes. |
Mobiliser des recettes fiscales supplémentaires en relevant le taux normal de TVA au-delà de ce qui est prévu à l’heure actuelle. |
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Assurer la viabilité financière à long terme des finances publiques |
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L’amélioration de l’efficience des dépenses publiques offre l’occasion d’éviter des réductions dans des programmes efficaces et propices à la croissance. |
Élargir le périmètre des examens réguliers des subventions publiques à l’ensemble des dépenses publiques, en intégrant systématiquement ces examens dans le processus budgétaire annuel. |
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La planification des capacités en matière de soins de santé se fait au niveau cantonal, mais la coordination entre les cantons est souvent difficile. |
Améliorer l’efficience des dépenses de santé en réglementant la planification des services hospitaliers et médicaux au niveau suprarégional. |
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La Suisse fait partie des pays de l’OCDE qui dépensent le moins en soins préventifs. |
Réaffecter une partie des dépenses de santé aux soins préventifs et aux programmes nationaux de santé publique. |
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Les paiements aux hôpitaux sont fondés sur des tarifs de base qui leur sont propres et sont librement négociés entre eux et les assureurs sans aucune analyse comparative des coûts. |
Introduire une analyse comparative des coûts pour déterminer les taux de base spécifiques aux hôpitaux utilisés pour payer ces derniers pour les services médicaux. |
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Le recours à des dispositifs de gestion des soins dans le cadre desquels les patients se font soigner au sein d’un réseau de prestataires restreint est faible. |
Mettre en place des incitations financières pour promouvoir l’adhésion à un réseau de gestion des soins, comme un paiement unique pour un ensemble de services. |
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Les patients recourent fortement aux hôpitaux et aux consultations de spécialistes, ce qui n’est pas efficient. |
Renforcer encore le rôle des médecins généralistes en tant que contrôleurs d’accès aux consultations de spécialistes et aux consultations hospitalières. |
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Il n’existe pas d’interopérabilité entre les plateformes eHealth en Suisse ni de système unifié de dossier électronique du patient (DEP). |
Rendre les dossiers médicaux électroniques obligatoires dans l’ensemble du système de santé, notamment pour les services ambulatoires, comme prévu actuellement. |
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La part de marché des génériques et des biosimilaires est plus faible que dans d’autres pays de l’OCDE. |
Surveiller l’impact de la récente réforme qui augmente la participation financière des patients pour les médicaments brevetés qui sont nettement plus chers que leur équivalent générique et envisager des mesures supplémentaires si nécessaire. |
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D’après des simulations réalisées par l’Office fédéral des assurances sociales, le système public par répartition affichera un déficit dès 2026. Ce déficit devrait continuer d’augmenter pour atteindre environ 0.4 % du PIB en 2035. |
Lier les futurs relèvements de l’âge de la retraite aux gains d’espérance de vie. |
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Promouvoir la croissance à long terme |
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Les exportations représentent 78 % du PIB. L’UE représente près de 40 % des exportations totales de marchandises suisses et les États-Unis plus de 20 %. |
Renforcer les liens avec les principaux partenaires commerciaux par le biais de nouveaux accords et continuer de rechercher de nouveaux partenariats commerciaux afin d’élargir les marchés potentiels. |
Références
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