Priscilla Fialho
Adolfo Rodríguez-Vargas
Priscilla Fialho
Adolfo Rodríguez-Vargas
Le changement climatique fait déjà sentir ses effets sur la Suisse, rendant nécessaire la mise en place de mesures d’adaptation pour contenir et gérer ses coûts économiques, sociaux et budgétaires. Le renforcement des orientations fédérales contribuerait à accélérer les progrès d’adaptation à l’échelle nationale, tandis que la mise en commun des ressources de plusieurs cantons permettrait de réduire les coûts et d’accroître l’efficacité des solutions adoptées. L’établissement d’un mécanisme de coordination officiel et systématique entre les autorités fédérales et les administrations infranationales participerait à garantir un aménagement du territoire compatible avec les plans d’adaptation au changement climatique. Pour encourager l’investissement privé dans l’adaptation, les cartes de danger devraient être améliorées périodiquement. Dans le secteur immobilier, instaurer une obligation d’information lors de la vente ou de la location d’un bien ou lors de l’émission d’un prêt hypothécaire permettrait une meilleure gestion de l’exposition aux risques. Les normes du secteur du bâtiment et de la construction pourraient également être actualisées pour renforcer la résilience des bâtiments. Pour finir, bien que la Suisse soit relativement bien placée en matière de performances environnementales, elle devra fournir des efforts supplémentaires pour atteindre son objectif de neutralité carbone d’ici 2050 tout en se conformant aux nouvelles législations et en répondant à la demande croissante en électricité.
Comme d’autres pays, la Suisse est confrontée à un problème double : réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et s’adapter à des conditions climatiques plus extrêmes. Le présent chapitre est consacré à ces deux aspects de la lutte contre le changement climatique et porte une attention particulière à l’adaptation. La première section est consacrée aux conséquences attendues du changement climatique sur l’économie suisse, suivie d’un examen des mesures visant à renforcer l’adaptation : les aides directes, la diffusion d’information, les réglementations et les instruments économiques. La seconde et dernière section dresse l’inventaire des efforts de réduction des émissions de GES déployés à ce jour et examine les moyens d’ajustement des mesures d’atténuation pour atteindre les objectifs d’émissions fixés.
Le changement climatique a déjà eu et continuera d’avoir des conséquences inévitables quand bien même les objectifs d’atténuation, examinés ci-après, seraient atteints et limiteraient les dommages attendus. La Suisse en ressent déjà les effets : ses températures moyennes augmentent plus rapidement que dans la plupart des pays (Graphique 3.1.). En 2024, la température de surface moyenne était supérieure de 2.9°C à la moyenne entre 1951 et 1980. Les glaciers ont perdu 65 % de leur volume depuis 1850, perte qui s’accélère sensiblement depuis 2015 (Huss et al., 2025[1]). La limite des chutes de neige et l’isotherme du zéro degré continuent de monter en altitude ; les précipitations tombent désormais plus fréquemment sous forme de pluie que de neige.
Variation de la température de surface
Note : Anomalies annuelles de la température moyenne en degrés Celsius, c’est-à-dire la variation de la température par rapport à une climatologie de référence, correspondant à la période 1951-1980. Les séries de données présentées sont des moyennes centrées sur trois ans.
Source : FAOSTAT et données de l’Institut Goddard d’études spatiales (GISS) de la National Aeronautics and Space Administration (NASA).
La fréquence et l’intensité des températures extrêmes devraient augmenter considérablement, avec des journées très chaudes et des nuits tropicales plus récurrentes, notamment en basse altitude au nord et au sud des Alpes (Graphique 3.2, partie A). Le nombre de décès dus à la chaleur devrait augmenter et les conditions sanitaires se détériorer, en particulier chez les personnes vulnérables ou âgées, celles qui travaillent à l’extérieur et les familles à faible revenu. Le réchauffement du climat pourrait également avoir des répercussions négatives sur la productivité des activités économiques exposées à la chaleur, comme la construction ou l’agriculture, en raison des interruptions et des restrictions d’activité, des effets négatifs sur la santé des animaux d’élevage, des pertes de récoltes, des baisses de rendement et des maladies plus fréquentes (OFEV, 2025[2]). Dix journées supplémentaires au-dessus de 30°C ou 35°C pourraient engendrer des baisses de 0.2 à 0.3 % de la productivité du travail annuelle d’une entreprise (Costa et al., 2024[3]). Des températures plus élevées pourraient également affaiblir la stabilité des rendements de toutes les cultures fourragères estivales (dos Reis Martins et Calanca, 2026[4]), le potentiel de récolte de bois dans les forêts et l’approvisionnement en électricité des centrales thermiques en raison d’une moindre capacité en eau de refroidissement.
Le canton de Vaud et les cantons au nord des Alpes devraient être particulièrement touchés par des conditions plus sèches (Graphique 3.2, partie B). Dans l’hypothèse d’un réchauffement planétaire de 3°C, une sécheresse survenue tous les dix ans sur la période 1991-2020 se produirait presque tous les trois ans (OFEV, 2025[2]). Des conditions plus sèches pourraient exacerber le stress thermique et se traduire par des pertes de rendement agricole. Les pénuries d’eau prolongées pendant l’été peuvent réduire les rendements fourragers suisses de 30 % à 40 % les années de sécheresse extrême (Calanca et al., 2022[5]). Des conditions plus sèches pourraient également amoindrir l’approvisionnement public en eau, limiter la production hydroélectrique et abaisser les réserves d’électricité. Une plus grande fréquence des sécheresses augmenterait également la probabilité des feux de forêt, avec 44 jours à haut risque d’incendie lié aux conditions météorologiques, contre une moyenne de 18 jours sur la période 1991-2020 (OFEV, 2025[2]). Cela endommagerait des bâtiments et des infrastructures énergétiques, réduirait le potentiel de récolte de bois, dégraderait la qualité de l’air et affaiblirait les services rendus par les forêts.
Les épisodes de fortes pluies sont susceptibles de se produire plus fréquemment et tout au long de l’année, notamment dans les régions du Sud et de l’Ouest (Graphique 3.2, partie C). Les épisodes de précipitations extrêmes seraient deux fois plus probables, et les précipitations journalières maximales seraient supérieures de 9 % (OFEV, 2025[2]). Les fortes précipitations peuvent déclencher des inondations ou des coulées de boue, causant des pertes économiques immédiates en raison de l’interruption des activités des entreprises. Les dommages aux infrastructures de communication, de transport et d’approvisionnement en eau seraient parmi les plus coûteux. L’augmentation prévue de la fréquence et de l’intensité des précipitations pourrait également faire baisser la productivité agricole en raison de l’érosion plus probable de la couche arable des sols (Fuhrer et al., 2006[6]) et, ainsi, d’un plus grand engorgement des sols. Des quantités plus importantes de charge de fond et de sédiments provenant d’inondations et de ruissellements de surface pourraient également endommager les centrales hydroélectriques.
Le nombre de jours de neige pourrait baisser d’au moins 20 jours en haute altitude (Graphique 3.2, partie D) et la quantité de neige entre septembre et mai pourrait diminuer d’au moins 44 % (OFEV, 2025[2]). Le tourisme hivernal dans les régions montagneuses sera affecté par l’absence de couverture neigeuse, le recul toujours plus rapide des glaciers et l’élévation de la limite de la forêt.
Le changement climatique exacerbera par ailleurs les transformations des habitats et des écosystèmes. La santé humaine pourrait être affectée par l’arrivée de maladies à transmission vectorielle sensibles au changement climatique. Des conditions plus favorables à la propagation d’organismes nuisibles et d’espèces envahissantes pourraient entraîner des pertes de rendement agricole, une dégradation de la santé des animaux d’élevage et une baisse de la qualité de l’eau dans les lacs et les cours d’eau. Les changements de composition d’espèces d’arbres dans les forêts et l’augmentation de la fréquence des infestations de scolytes, qui accroissent la quantité de matière combustible présente sur le sol forestier, pourraient faciliter la propagation des feux de forêt. La transformation des écosystèmes alpins et la disparition des glaciers pourraient nuire à l’attractivité touristique.
Enfin, le risque de catastrophes naturelles augmente. Un bâtiment résidentiel sur six se trouve dans une zone menacée par les dangers naturels (Zürcher Kantonalbank, 2025[7]). Les inondations constituent le premier risque de catastrophe naturelle, suivies des glissements de terrain. Un quart de la population et 10 % des zones bâties sont exposés aux risques d’inondation, soit l’une des proportions les plus élevées de l’OCDE (OCDE, 2025[8]). Des recherches récentes donnent à penser que le réchauffement du climat, le dégel du pergélisol et la fonte des glaciers entraîneraient un élargissement considérable des zones sujettes aux laves torrentielles et à l’instabilité gravitaire dans les Alpes suisses (da Silva Correia et al., 2026[9]). La chaleur et la sécheresse réduiraient le potentiel des forêts protectrices à protéger les personnes et les biens physiques des glissements de terrain, des avalanches, des chutes de roches ou des laves torrentielles (OFEV/WSL, 2025[10]).
Des catastrophes naturelles plus fréquentes et plus graves occasionneraient des coûts économiques importants et des changements dans la nature des activités économiques. Les catastrophes détruisent la production, le stock de capital physique et l’immobilier, et cet effet se propage à l’ensemble de l’économie par le biais de l’offre, de la demande et des canaux financiers. D’après les estimations relatives aux pays de l’OCDE, les phénomènes météorologiques les plus graves pourraient provoquer une baisse de 2.2 % du PIB, les pertes persistant à environ 1.7 % au bout de cinq ans. Ces pertes ne se limitent pas au lieu de la catastrophe. Les catastrophes graves entraînent une baisse du PIB de presque 0.6 % dans un rayon de 100 km (Costa et Hooley, 2025[11]). Pour la Suisse, le coût cumulé des inondations, des laves torrentielles, des glissements de terrain et des chutes de roches sur la période 2000-2024 a été estimé à environ 1 % du PIB (WSL, s.d.[12]). Le changement climatique pourrait également modifier les conditions qui déterminent la spécialisation sectorielle de l’économie (Conte et al., 2021[13]), imposant des coûts supplémentaires liés à la nécessité d’adapter, de délocaliser ou de mettre fin à des activités économiques.
Note : A, B, C : Variation prévue des indicateurs dans le scénario d’émissions élevées (trajectoire commune d’évolution socio-économique 3-7.0). Variation de la moyenne sur la période 2060-2079 par rapport à la moyenne de la période de référence 1995-2014. Indicateur de journées tropicales : nombre médian de journées tropicales (températures supérieures à 30°C) pondéré en fonction de la population. Indice de sécheresse : indice de précipitations et d’évapotranspiration normalisé, les valeurs négatives les plus grandes indiquent une plus grande sécheresse. Précipitations : moyenne des précipitations cumulées sur 5 jours les plus élevées, en millimètres. D : Réduction du nombre de jours de neige dans le scénario de réchauffement global à 3°C (GWL 3.0) par rapport à la moyenne sur la période 1991-2020.
Source : A, B, C : Indicateurs de l’air et du climat de l’OCDE. D : Scénarios climatiques CH2025.
Les finances publiques seront également affectées par des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus dommageables. Outre les mesures d’intervention en cas d’urgence, les dépenses pourraient augmenter en raison de la hausse des coûts de santé et des transferts sociaux aux ménages ou aux entreprises concernés, tandis que les recettes fiscales pourraient diminuer en raison d’une baisse de la productivité et de l’activité économique dans certains secteurs, de dégâts matériels ou de perturbations des flux commerciaux (Salmon-Genel, 2025[14]).
Les effets du changement climatique varieront en fonction des groupes de population. Dans les zones urbaines, les logements plus précaires sont plus exposés aux chaleurs extrêmes que les résidences haut de gamme, de même que les logements des groupes de population les plus vulnérables sont souvent plus touchés par les inondations à tous les degrés d’urbanisation (Zobrist, 2025[15]). En milieu urbain comme en milieu rural, les personnes qui travaillent à l’extérieur, dans des secteurs comme la construction ou l’agriculture, seront aussi davantage touchées par l’amplification des dangers climatiques. Dans un contexte de vieillissement démographique, une part grandissante de la population deviendra d’autant plus vulnérable aux chaleurs extrêmes.
L’application de mesures d’adaptation par les secteurs public et privé est indispensable pour maîtriser les coûts économiques, sociaux et budgétaires associés au changement climatique. Il peut s’agir de mesures réactives ou a posteriori, telles que les interventions d’urgence ou les dispositifs destinés à accompagner la reprise après sinistre, mais aussi de mesures proactives, comme l’aménagement urbain adapté à l’évolution du climat, la construction d’ouvrages anti-inondations, la création de systèmes d’irrigation d’appoint et de toitures végétalisées, la diversification des cultures et des moyens de subsistance, la réduction des fuites dans les canalisations d’eau ou la modification des horaires de travail. Les mesures réactives sont très coûteuses et souvent longues à mettre en œuvre. Il ressort d’une étude récente que l’application de mesures proactives peut être jusqu’à dix fois plus efficace par rapport à son coût qu’une reconstruction à la suite d’une catastrophe (SwissRe, 2024[16]).
Les politiques publiques peuvent encourager les entreprises privées et les particuliers à prendre des mesures proactives. L’adaptation anticipative passe souvent par des actions au niveau local qui sont conçues pour répondre aux aléas climatiques particuliers d’une région ou d’une collectivité. Les collectivités locales sont d’ailleurs bien placées pour déterminer les solutions d’adaptation les plus efficaces et novatrices. Trop souvent, elles n’ont toutefois pas les moyens ni le pouvoir de les mettre en œuvre. Des interventions publiques sont nécessaires pour remédier au manque de coordination, au déficit d’information et de connaissances et aux obstacles financiers.
Aux termes de la loi sur le climat et l’innovation, la Confédération et les cantons sont tenus de prendre des mesures de précaution pour s’adapter aux effets du changement climatique et s’en protéger. Le Conseil fédéral a publié en 2012 sa première stratégie d’adaptation, dans laquelle il fixe les objectifs et les principes de l’adaptation et recense les champs d’intervention. Sur la base de cette stratégie, qui est en cours d’actualisation en fonction des résultats de l’Analyse des risques climatiques en Suisse de 2025 (OFEV, 2025[2]), les autorités ont publié le plan d’action national d’adaptation aux changements climatiques 2020-2025. En outre, 15 des 26 cantons ont élaboré chacun leur propre plan d’adaptation, et neuf autres ont l’intention de faire de même.
Le plan d’action national d’adaptation aux changements climatiques 2020-2025 comporte 12 mesures de type transversal, qui portent sur l’amélioration du socle de connaissances, la coordination et l’accompagnement de la mise en œuvre dans l’ensemble du pays, ainsi que 63 mesures sectorielles à l’échelon fédéral. Un rapport intermédiaire sur sa mise en œuvre montre que les mesures d’adaptation donnent des résultats probants et que les avantages sont en général largement supérieurs aux coûts d’application (OFEV, 2023[17]). Il pointe également la nécessité de nouvelles mesures. Dans le cadre de la révision du plan d’adaptation, qui devrait intervenir à la suite de la mise à jour en cours de la stratégie nationale d’adaptation, les pouvoirs publics devraient veiller à ce que les mesures d’adaptation concernent tous les secteurs de l’économie, y compris les activités manufacturières, les transports et la construction. Le plan d’adaptation devrait fixer pour chaque secteur des objectifs mesurables assortis d’échéances, et préciser les actions se rapportant à chaque objectif. Il devrait également indiquer quelles autorités et quels acteurs sont responsables de l’exécution de ces actions, et définir pour chaque action des mécanismes de coordination entre les parties prenantes (OCDE, 2024[18]).
La coordination entre les différents niveaux d’administration, les acteurs publics et privés et entre les secteurs est essentielle pour garantir que les efforts d’adaptation demeurent pertinents et efficaces et que les possibilités d’externalités positives sont mises à profit (OCDE, 2023[19]) (OCDE, 2025[20]). Aux termes de la loi sur le CO2, la Confédération est responsable de la coordination des activités d’adaptation. À cette fin, le Réseau pour l’adaptation aux changements climatiques réunit des représentants de la Confédération, des cantons, des communes, des villes, des milieux économiques et scientifiques et de la société civile. Un groupe de pilotage est chargé de définir la stratégie, et les sujets spécialisés sont traités dans le cadre de comités particuliers. Des forums de coordination et d’échange contribuent à la diffusion et à l’harmonisation de l’information. En outre, la Confédération coordonne la coopération entre territoires par l’intermédiaire des agents des offices cantonaux de l’environnement chargés de l’adaptation. Une conférence de coordination est organisée chaque année à l’intention de l’ensemble des responsables cantonaux de l’adaptation, et les cantons sont tenus de remettre tous les cinq ans un rapport sur leurs efforts d’adaptation. Le dernier rapport date de 2021/2022, mais l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) réalise actuellement une enquête.
Il est essentiel de mesurer l’investissement dans l’adaptation et les progrès de celle-ci pour ajuster les politiques, les priorités et les pratiques. Les instruments qui font le lien entre les budgets et l’action climatique, comme les pratiques de budgétisation verte, constituent un bon point de départ en ce qu’ils peuvent aider à comprendre l’effet des dépenses publiques sur les objectifs climatiques et environnementaux transversaux. Sur la base de cette évaluation, les autorités peuvent mieux hiérarchiser les dépenses publiques, veiller à leur cohérence avec les objectifs environnementaux et les rendre plus efficaces. De nombreux pays de l’OCDE ont mis en place sous une forme ou une autre la budgétisation verte ces dernières années (OCDE, 2024[21]). La Suisse, en revanche, ne dispose toujours pas d’une vue d’ensemble des fonds publics consacrés à l’action climatique, atténuation et adaptation comprises. Elle pourrait envisager de mettre au point un outil de budgétisation applicable aux dépenses fédérales et cantonales consolidées, en suivant les orientations et principes élaborés par l’OCDE (OCDE, 2021[22]) (OCDE, 2022[23]).
Le déficit de comparabilité entre les différentes administrations infranationales peut constituer un obstacle non négligeable à la mesure de l’investissement dans l’adaptation et des progrès de celle-ci (OCDE, 2024[24]) (OCDE, 2022[23]). La plupart des actions d’adaptation sont mises en œuvre par les cantons. Il ressort de la base de données de l’OCDE sur les financements climatiques des administrations infranationales qu’en Suisse, 63 % des dépenses significatives pour le climat et 70 % des investissements significatifs pour le climat sont le fait de ces administrations (OCDE, 2026[25]). Les cantons évaluent leurs progrès et rendent compte de leurs efforts à la Confédération, mais la façon de procéder est laissée à leur appréciation, ce qui peut entraîner d’importantes disparités entre eux en termes de définition et de mesure des progrès et d’identification des risques restants. Un renforcement des orientations fédérales pourrait aider à réduire les disparités et à améliorer la mesure des investissements et des progrès en matière d’adaptation.
Les autorités locales sont bien placées pour faire avancer l’adaptation au changement climatique, mais leurs moyens ne sont pas forcément à la hauteur des besoins locaux en la matière. Les autorités nationales peuvent les aider en leur apportant un soutien financier et technique et en canalisant leurs efforts (OCDE, 2023[26]). Entre 2013 et 2023, le programme pilote « Adaptation aux changements climatiques » a encouragé la collaboration entre dix offices fédéraux et les autorités infranationales autour de 81 projets locaux novateurs menés en deux phases. La Confédération a cofinancé les projets à hauteur de 9.4 millions CHF sur dix ans et créé une plateforme pour partager des informations sur les projets pilotes et les résultats obtenus, contribuant ainsi au renforcement des capacités techniques des collectivités locales (OCDE, 2023[26]). Plus récemment, elle a mis au point le programme « Adapt+ », qui permet de cofinancer des mesures appliquées au niveau local (voir ci-après) jusqu’à concurrence de 3.5 millions CHF par an. La Confédération appuie également les efforts d’adaptation locaux par le biais de services d’information et d’outils technologiques : cartographies des dangers actuels et des incidences prévues du changement climatique, systèmes d’alerte précoce, etc. (voir ci-après).
À terme, les collectivités locales devront trouver des recettes supplémentaires pour financer l’investissement dans l’adaptation au changement climatique, à moins que la Condéfération augmente les transferts accordés aux cantons à cette fin en adaptant la formule de péréquation financière pour qu’elle tienne compte des dommages liés au climat. Pour ce faire, les communes pourraient recourir plus largement à la perception de redevances d’utilisation auprès des propriétaires de biens immobiliers neufs, par exemple. Un autre moyen de dégager des ressources pour les projets locaux consisterait à soumettre les propriétaires de terrains requalifiés en zone à plus forte densité ou à plus forte valeur ajoutée à une taxe progressive sur la valeur foncière (chapitre 2). Les collectivités locales pourraient également envisager d’émettre des obligations vertes liées aux objectifs d’adaptation, comme cela se pratique au Japon. La mutualisation des ressources spécialisées de plusieurs cantons peut être un moyen de réduire les coûts et d’accroître l’efficacité des solutions appliquées en profitant d’économies d’échelle et de l’expertise commune (OCDE, 2023[27]).
Le financement direct de mesures d’adaptation par la Confédération pourrait s’imposer en présence d’importantes externalités positives, ou lorsque les entreprises et les particuliers font face à des difficultés financières. La planification macroéconomique et budgétaire doit tenir compte des risques climatiques actuels et anticipés et des besoins de financement pluriannuel de l’adaptation (OCDE, 2024[18]).
La planification de l’occupation des sols peut être un moyen d’atténuer les répercussions du changement climatique en limitant l’aménagement de zones à risque et en rendant obligatoire l’application de mesures de prévention des risques à l’égard du bâti neuf et existant. Les cantons établissent des plans indiquant quels secteurs de leur territoire peuvent être utilisés et de quelle façon, et les autorités fédérales vérifient que ces plans sont conformes à la loi sur l’aménagement du territoire avant de les approuver. Élaboré conjointement par la Confédération, les cantons, les villes, les communes et des acteurs privés, le Projet de territoire Suisse offre un cadre d’orientation et une aide à la décision pour le développement territorial futur en Suisse. Il a été actualisé en 2026. Cependant, la participation à ce cadre est entièrement facultative. L’existence d’un mécanisme officiel et systématique de coordination entre les autorités fédérales et les administrations infranationales pourrait aider à garantir que l’aménagement du territoire demeure compatible avec les plans d’adaptation au changement climatique. En Autriche, par exemple, la Conférence sur l’aménagement du territoire élabore le Cadre autrichien d’aménagement du territoire, dans lequel sont formulées des orientations décennales pour cet aménagement qui s’appliquent à tous les niveaux d’administration. Tous les trois ans, elle publie un rapport sur l’aménagement du territoire qui analyse les évolutions pertinentes. Elle a également mis au point un outil en ligne qui donne accès à des indicateurs relatifs à l’aménagement au niveau communal et régional (Örok-Atlas, 2026[28]). La Conférence est présidée par le Chancelier fédéral et réunit tous les ministres fédéraux et des représentants d’associations de collectivités locales.
La Suisse est dotée d’un cadre solide et flexible de prévention et d’intervention en matière de catastrophes (Encadré 3.). Il est néanmoins primordial d’évaluer et d’améliorer en permanence le dispositif actuel pour s’assurer qu’il reste efficace et que le coût des catastrophes demeure maîtrisé. Les auteurs d’un récent rapport ont analysé les modifications apportées aux structures et aux procédures en Allemagne, en Autriche, en France et en Italie à la suite de graves catastrophes, et en ont tiré des enseignements pour améliorer la protection de la population en Suisse (Eriksen et al., 2023[29]). L’intensification des échanges formels de connaissances découlant de l’expérience directe d’autres pays permet aux parties prenantes d’améliorer leur préparation et aux décideurs de s’adapter à des scénarios de risque de plus en plus complexes. La participation de la Protection civile suisse au réseau européen de connaissance en protection civile peut lui permettre d’accéder à une profusion d’informations et de données d’expérience provenant des pays européens.
Les cantons sont responsables au premier chef des interventions opérationnelles en cas de catastrophe. La qualité des cartes locales des dangers, la mise en œuvre et le financement de la prévention, l’atténuation et les mesures de préparation aux situations d’urgence sont de leur ressort. Les mesures de préparation peuvent comprendre la réalisation d’études périodiques sur l’état des infrastructures. En outre, les cantons élaborent des mesures de planification à l’échelle régionale et se chargent de la gestion des situations d’urgence au niveau cantonal. Ils supervisent également la reconstruction et la remise en état à la suite d’une catastrophe et organisent la protection de la population.
La Confédération élabore des textes législatifs et des politiques, énonce des orientations pour la gestion des dangers naturels et soutient financièrement les activités de réduction des risques et d’intervention en matière de catastrophes. L’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) est l’autorité qui chapeaute la prévention et l’intervention en matière de catastrophes au niveau national. Il dirige la Centrale nationale d’alarme (CENAL), qui a pour mission principale de surveiller la situation du pays dans l’optique de la protection de la population. La CENAL échange des informations quotidiennement et en cas d’urgence avec les autorités publiques, les exploitants d’infrastructures vitales et les instances internationales compétentes.
La Plate-forme nationale « Dangers naturels » (PLANAT) réunit des représentants des autorités fédérales et cantonales, de la communauté scientifique et du secteur privé. Elle œuvre en faveur de la sensibilisation aux risques et coordonne les efforts pour éviter les doubles emplois et renforcer les synergies. Le Comité de direction « Intervention dangers naturels » (LAINAT) réunit les organismes fédéraux chargés des prévisions et des alertes dans le but d’informer les habitants au sujet des catastrophes et de les y préparer.
Plusieurs autres entités fédérales ont des compétences en matière de prévention et d’intervention concernant les catastrophes, dont l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), MétéoSuisse, l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage, l’Office fédéral du développement territorial et l’Office fédéral des routes.
Source : Office fédéral de la protection de la population ; (OCDE, 2017[30]), Boosting Disaster Prevention through Innovative Risk Governance.
Une prise de conscience accrue et une meilleure compréhension des risques climatiques peuvent aider les agents économiques à prendre des décisions et stimuler l’investissement privé dans les solutions d’adaptation (OCDE, 2024[18]). Les efforts visant à combler les lacunes en matière d’information consistent notamment à mettre au point des outils technologiques qui aident à produire et à diffuser des informations et à prendre des mesures réglementaires favorisant la divulgation des risques climatiques.
Les cartes des dangers constituent un précieux outil de communication et de planification permettant d’orienter les efforts d’adaptation. Les cantons sont tenus d’établir des cartes de dangers détaillées pour les zones urbanisées et celles déclarées constructibles, ainsi que des cartes indicatives des dangers pour les zones hors agglomération. Les cartes de dangers montrent l’emplacement des zones menacées par des crues, des glissements de terrain, des processus de chute et des avalanches, ainsi que l’intensité attendue de ces événements. En vertu de la législation fédérale, les cantons ont l’obligation de se servir de ces cartes pour identifier les zones de dangers dans le cadre de l’aménagement du territoire et pour préparer des mesures de protection. Ils établissent et actualisent eux-mêmes les cartes avec le concours de la Confédération, et les mettent à la disposition du public sur une plateforme en ligne (Geoportal) (Geoportal, 2026[31]). Les cartes accessibles sur Geoportal contiennent également d’autres informations utiles en plus de celles sur les dangers. Les utilisateurs peuvent ainsi voir, entre autres, si une zone est adaptée à l’agriculture, si elle est soumise à un risque d’érosion, quelles sont les limites des zones agricoles et quelles masses d’eau superficielles et souterraines sont présentes. Il existe aussi d’autres cartes montrant les effets anticipés du changement climatique à travers le pays, qui peuvent également contribuer à la sensibilisation aux risques et servir à orienter les stratégies d’adaptation. Cela étant, les cartes de dangers peuvent être difficiles à comprendre et à utiliser (Marti, Stauffacher et Wiemer, 2019[32]). Les habitants des zones à haut risque ne perçoivent souvent pas la menace pour leurs biens et leur santé comme plus élevée que ceux des zones moins exposées (Basig, 2023[33]). Pour inciter davantage les utilisateurs à agir et mieux les sensibiliser aux dangers, il serait possible d’évaluer périodiquement la simplicité d’emploi des cartes de dangers et de continuer à améliorer leurs fonctionnalités.
La diffusion rapide d’informations au travers de systèmes d’alerte précoce protège des vies et contribue à minimiser les pertes économiques en cas d’aléas soudains en accélérant l’évacuation des populations, la coordination et la mobilisation de ressources. Le système d’alerte précoce de la Suisse est moderne et complet. Plusieurs organismes fédéraux surveillent la situation des dangers naturels et émettent des alertes lorsqu’il y a lieu, dont MétéoSuisse pour les conditions météorologiques dangereuses, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) pour les feux de forêt, les inondations et les glissements de terrain, et l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches pour les avalanches. Ils se coordonnent par l’intermédiaire du Comité de direction « Intervention dangers naturels », classent les dangers en fonction de leur gravité sur une échelle de 1 à 5 et émettent des alertes conjointes lorsqu’il s’agit de dangers qui relèvent de plusieurs organismes. Pour les dangers classés 4 et 5, la diffusion de messages d’alerte est obligatoire. En outre, plusieurs plateformes compilent et diffusent les informations sur les dangers. La Plate-forme commune d’information sur les dangers naturels (GIN) rassemble les données disponibles sur ces dangers à l’intention des acteurs de la gestion des situations d’urgence, comme les services d’urgence, le personnel cantonal et la protection civile. Un portail en ligne intégré et accessible au public présente en temps réel des informations détaillées sur 12 dangers et formule des recommandations sur le comportement à adopter par la population (Portail des dangers naturels, 2026[34]) Par ailleurs, il existe depuis 2025 une plateforme nationale sur la sécheresse, qui est axée sur la détection et l’alerte précoces (Plateforme nationale, 2026[35]). Néanmoins, il serait possible de renforcer encore le dispositif d’alerte précoce. Ainsi, plusieurs paramètres clés des prévisions du modèle hydrologique ne sont pas disponibles en temps réel, et les prévisions concernant les petits et moyens bassins versants sont moins précises, dans la mesure où elles reposent souvent sur les données d’un nombre restreint de stations limnométriques (OFEV, 2025[36]). La Plate-forme GIN ne présente pas d’informations détaillées sur les impacts, ce qui n’est pas propice à des décisions opportunes et éclairées en cas de danger (GoBeyond, 2025[37]).
La publication d’informations relatives au climat par les entreprises aide ces dernières et les investisseurs à prendre de meilleures décisions en leur fournissant des informations sur les risques et en leur montrant quels aspects appellent des mesures supplémentaires. En outre, les obligations de divulgation d’informations aident à tenir les entreprises responsables de la réalisation de leurs objectifs climatiques. En vigueur depuis 2024, l’Ordonnance relative au rapport sur les questions climatiques exige des grandes entreprises – entreprises publiques, banques et compagnies d’assurance comprises – qu’elles publient un rapport sur ces questions. Les entreprises doivent faire connaître les risques liés au climat auxquels elles sont potentiellement exposées, ainsi que l’effet de leurs activités sur le climat. Elles sont également tenues d’établir un plan de transition pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, qui doit mentionner des cibles clairement définies et des mesures permettant de les atteindre. Il ressort d’une étude récente portant sur 15 grandes entreprises suisses que toutes procèdent à des analyses par scénarios climatiques, ce qui est très nettement supérieur à la moyenne mondiale, et que presque toutes sont dotées d’un plan de transition climatique qui fait l’objet d’un suivi quantitatif, moyennant des cibles claires et des indicateurs (EY Switzerland, 2025[38]).
Une plus grande transparence quant à l’exposition des institutions financières au changement climatique peut contribuer à protéger les clients, améliorer les décisions opérationnelles et indiquer aux institutions et aux autorités de réglementation les faiblesses à corriger, ce qui renforce en fin de compte la résilience du système financier. L’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a publié la Circulaire 2026/1, qui vise à renforcer la résilience des institutions surveillées aux risques financiers liés au climat et, plus généralement, à la nature (FINMA, 2024[39]). Elle exige que chaque banque ou compagnie d’assurance identifie périodiquement les risques financiers liés à la nature qui pourraient l’affecter et évalue leur matérialité financière pour son profil de risque. Les risques financiers liés à la nature dont cette évaluation établit la matérialité doivent être intégrés dans la gestion des risques à l’échelle de l’institution. Afin de gérer les risques de crédit matériels liés à la nature, les banques sont notamment censées observer une obligation de diligence concernant le profil de risques liés à la nature des nouveaux clients potentiels avant d’accepter ceux-ci. Les banques d’importance systémique doivent intégrer progressivement tous les risques financiers matériels liés à la nature auxquels elles sont confrontées dans leurs tests de résistance et dans leur évaluation interne de l’adéquation des ressources financières. Pour ces grands établissements, la circulaire est entrée en vigueur le 1er janvier 2026, tandis que toutes les autres institutions disposent d’une année supplémentaire pour en appliquer les dispositions. Les défis à relever pour mettre en œuvre la circulaire tiennent notamment au manque d’informations, concernant en particulier les petites et moyennes entreprises clientes, à l’absence d’un cadre normalisé pour l’identification et l’évaluation des risques financiers liés à la nature et aux compétences internes limitées (EY Switzerland, 2025[40]).
La réduction des asymétries d’information concernant les dangers naturels entre les intervenants dans les transactions immobilières peut atténuer l’exposition de la population aux risques et le préjudice causé par les événements liés au climat. En Suisse, il n’existe pas d’obligation légale d’information sur les risques dans le cadre des transactions immobilières. Il incombe à l’acheteur de procéder aux vérifications d’usage concernant le bien qu’il entend acquérir (ICLG, 2025[41]). Selon les estimations, la valorisation des biens situés dans les zones à risque est certes inférieure de 1 à 5 % à celle des autres biens, mais la proportion des transactions réalisées dans les zones les plus à risque est restée stable, ce qui pourrait s’expliquer en partie par une sensibilisation insuffisante aux risques (Wüest Partner, 2025[42]). L’instauration d’une obligation d’information lors de la vente ou de la location d’un bien ou lors de l’octroi d’un prêt hypothécaire est considérée comme un levier efficace pour accélérer l’investissement immobilier durable et réduire l’exposition aux risques (OCDE, 2025[43]). De telles obligations sont en vigueur dans plusieurs pays de l’OCDE, dont la France, le Japon, l’Australie et les États-Unis. Dans l’État australien de Victoria, le vendeur est tenu de faire savoir à l’acheteur si le bien est situé dans une zone inondable désignée par la commune et de l’informer de toute éventuelle restriction de réaménagement (OCDE, 2019[44]). Aux États-Unis, l’État de Californie exige qu’une déclaration informant sur les aléas naturels soit établie lorsque la propriété est située dans une zone sujette aux inondations, aux feux ou aux séismes, et plus de la moitié des États ont adopté des prescriptions adéquates en matière de divulgation des risques d’inondation (NRDC, 2025[45]).
L’environnement réglementaire peut constituer un important facteur favorable à l’investissement dans l’adaptation. Les arguments en faveur de l’imposition de normes et de règlements sont particulièrement solides dans les secteurs économiques qui sont fortement exposés aux effets du changement climatique, mais dans lesquels les prix sont moins sensibles aux risques climatiques. Les bâtiments résidentiels, commerciaux et industriels, par exemple, sont vulnérables en soi et influent sur la vulnérabilité des personnes qui les occupent. De même, les dommages causés aux infrastructures critiques peuvent provoquer d’importants bouleversements économiques pour les exploitants des réseaux de télécommunications, de transports et d’énergie. Plusieurs études montrent qu’il est économiquement plus efficace de construire des ouvrages et bâtiments résilients face au changement climatique que de constamment les remettre en état (OCDE, 2024[46]). Il serait possible, par exemple, d’édifier des usines résistantes dotées de fondations surélevées, d’aménager des systèmes de drainage robustes, d’utiliser des matériaux climato-résilients et de recourir davantage au béton comme solution de revêtement de la voirie en raison de sa résistance aux températures élevées.
Étant donné que les acteurs privés n’internalisent pas nécessairement ces avantages de long terme, il paraît justifié d’actualiser les normes des bâtiments et de construction au regard des exigences modernes de résilience. La Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA), l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), la Direction des travaux publics (Baudirektion) du canton de Zurich, MétéoSuisse et la Haute école spécialisée de Lucerne (HSLU) ont construit des projections de données climatologiques horaires qui permettent de prévoir la température intérieure des bâtiments, d’optimiser les systèmes de chauffage et de refroidissement et de rendre les constructions de demain résistantes au changement climatique. Par ailleurs, les cantons et la Confédération ont élaboré le standard de certification des bâtiments basse consommation « Minergie », qui prend en considération la préservation de la valeur des bâtiments sur le long terme. Les concepteurs immobiliers et les autres parties prenantes ne sont toutefois pas tenus d’utiliser ces données et labels. Les codes de construction (MoPEC/MuKEn) prescrivent des limites de consommation énergétique des bâtiments, mais n’énoncent aucune exigence sur les mesures d’adaptation à prendre.
De même, il n’est pas obligatoire de prévoir des résultats de résilience climatique lors de l’élaboration de projets d’infrastructure. D’après une enquête de l’OCDE, seulement 12 pays des 26 considérés imposent spécifiquement de prévoir des mesures d’adaptation au moment de la conception des infrastructures de transport (OCDE, 2024[46]). De plus, moins de la moitié des pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données évaluent les coûts et avantages des projets d’infrastructure en termes de résilience face aux catastrophes climatiques ; seulement dix en tiennent compte pour sélectionner et hiérarchiser les projets et ils ne sont que neuf à réaliser des évaluations comparatives des différentes solutions envisageables au regard de la résilience climatique (OCDE, 2025[47]). La Suisse ne fait pas partie de ces pays. Des règlements pourraient fixer des normes minimales de sécurité climatique, sans être trop directifs quant aux technologies à utiliser. Le Canada, par exemple, a créé le Programme des normes pour des infrastructures résilientes 2021-2026 afin de définir de nouvelles règles de conception, de construction et d’exploitation applicables tout au long du cycle de vie des infrastructures et des bâtiments.
L’intégration d’indicateurs de résilience climatique dans les partenariats public-privé et les marchés publics permettrait elle aussi de pérenniser le rendement et la rentabilité des infrastructures. Elle pourrait de surcroît favoriser l’adaptation des organisations et des chaînes d’approvisionnement. Des données récentes montrent qu’à l’échelle mondiale, moins de 3 % des administrations et des entreprises publiques ont incorporé dans leur fonctionnement des méthodes, des critères et des outils qui obligent leurs fournisseurs à participer à la résilience climatique (CDP, 2023[48]). En Suisse, la durabilité des marchés publics fait partie intégrante de la Stratégie nationale pour le développement durable 2030. Pour guider et soutenir la mise en œuvre de marchés publics durables, la Conférence des achats de la Confédération (CA) a par ailleurs élaboré des documents d’orientation et une série de recommandations afin d’intégrer des critères de durabilité dans les différentes phases des procédures de marchés publics. Cependant, les seules mesures d’atténuation du changement climatique qui y sont abordées ont un effet indirect sur l’adaptation. Il n’y est pas question des mesures d’adaptation à part entière. Les autorités pourraient se servir des boîtes à outils disponibles pour systématiser la prise en compte de la résilience dans les stratégies de marchés publics et les partenariats public-privé, comme proposé dans (OCDE, 2024[49]) et (Frisari et al., 2020[50]).
La structure de la réglementation économique rejaillit également sur la disposition et la capacité des propriétaires et fournisseurs d’infrastructures à investir dans l’adaptation au changement climatique. Les dépenses que les constructeurs de réseaux électriques consacrent à la résilience climatique devraient être considérées comme des investissements déductibles, par exemple. Un bon moyen d’inciter les opérateurs à investir dans l’adaptation, tout en préservant la flexibilité de la solution retenue, serait peut-être de les obliger à indemniser la clientèle en cas de perturbation du service ou de leur infliger des sanctions. De même, les autorités de réglementation peuvent sensibiliser aux risques climatiques en rendant obligatoire la réalisation de tests de résistance, la mise en évidence des liens d’interdépendance et la communication des plans d’adaptation, à l’exemple de la circulaire 2026/1 de la FINMA pour le secteur financier (OCDE, 2024[51]).
Il est nécessaire que d’autres réglementations applicables aux entreprises et à l’industrie, concernant par exemple la santé, la sécurité et les conditions de travail, incitent à opérer des ajustements pour s’adapter aux effets du changement climatique. Ainsi, en principe, le changement climatique devrait accroître le risque de stress thermique pour les personnes qui travaillent en extérieur. Les cantons du Tessin et de Genève interdisent déjà de travailler l’après-midi sur les chantiers les jours de forte chaleur. D’autres cantons pourraient leur emboîter le pas.
En Suisse, il est obligatoire de souscrire une assurance pour protéger les biens résidentiels et les bâtiments commerciaux contre les risques de dommages causés par un incendie ou par la nature, sauf dans les cantons de Genève, du Valais, du Tessin et d’Appenzell Rhodes-Intérieures. Même dans les cantons où l’assurance contre les aléas naturels n’est pas obligatoire, le taux de couverture est élevé. Fixé par la loi, le périmètre de l’assurance minimale requise englobe un large éventail de phénomènes naturels : hautes eaux, inondation, tempête, grêle, avalanche, pression de la neige, éboulement de rochers, chutes de pierres et glissement de terrain. Cette garantie doit être incluse dans toute police d’assurance qui couvre un bâtiment et son contenu. Tous les assureurs pratiquent des tarifs identiques, qui reposent exclusivement sur la valeur du bien et doivent être approuvés par l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA). Cela signifie que les tarifs n’augmentent pas si le bâtiment ou le bien immobilier se situe dans une zone à risque, par exemple, à proximité de voies navigables sujettes aux inondations. Les assureurs présents dans les cantons où il n’est pas obligatoire de s’assurer contre les aléas naturels n’en sont pas moins tenus de proposer la garantie minimale prévue par la loi et de respecter la réglementation des primes fixée par la FINMA. En revanche, l’assurance aléas climatiques est facultative pour les biens mobiliers en général, tels que les véhicules, le bétail et les machines.
À cela s’ajoute que le système suisse d’assurance contre les aléas naturels repose sur le principe de solidarité. Comme les primes d’assurance de la garantie minimale obligatoire sont uniformes et réglementées par la FINMA, les assureurs pourraient être tentés de proposer uniquement des contrats qui couvrent les « bons » risques et de refuser d’assurer les « mauvais » risques. Pour que les assureurs présents dans les zones à risque n’accusent pas de pertes substantielles et deviennent insolvables, des compagnies d’assurance se sont regroupées au sein d’un pool pour la couverture des dommages (le « Pool dn ») afin d’optimiser la diversification des risques et l’exposition. En cas de sinistre, les assureurs membres du Pool dn supportent conjointement 80 % des frais, au prorata de leur part de marché. Les 20 % restants sont pris en charge par l’assureur qui a fourni le contrat.
L’assurance des biens immobiliers étant obligatoire dans la plupart des cantons, la Suisse affiche, par comparaison internationale, une proportion élevée de pertes assurées contre les événements climatiques extrêmes (Graphique 3.3). L’application de tarifs réglementés, qui ne dépendent pas de l’exposition au risque, est un gage d’accessibilité financière. De même, le principe de solidarité entre assureurs garantit la disponibilité et la pérennité du système. L’impossibilité d’accroître le montant des primes en fonction du risque climatique préserve l’incitation des compagnies d’assurance à être proactives dans la prévention des dommages. Par exemple, elles sont associées aux travaux sur les normes applicables aux bâtiments. De même, elles collaborent avec les autorités à l’élaboration des cartes de risques.
La stabilité du système des assurances pourrait toutefois être compromise à moyen et long termes, par des événements de plus en plus fréquents et survenant simultanément. Les événements climatiques extrêmes devraient devenir plus fréquents, mais aussi plus dommageables. En fait, on s’attend à ce que les gains de patrimoine et d’inflation fassent grimper les coûts des dommages. Les biens équipés d’installations photovoltaïques par exemple, coûteront plus cher à réparer. En outre, les activités d’assurance reposent sur le caractère indépendant des risques. Or, en cas d’événement climatique, c’est toute une région qui est touchée. Comme il s’agit d’un phénomène mondial, les conditions du marché de la réassurance sont appelées à se durcir. Si les réassureurs augmentent les tarifs et réduisent la couverture de la garantie, les marges de bénéfices des assureurs vont s’amoindrir. Comme les prix de la garantie minimale obligatoire sont réglementés, les compagnies d’assurance pourraient être tentées de compenser en faisant grimper les primes applicables à d’autres produits, dont l’assurance des biens immobiliers contre les aléas climatiques. D’autres conséquences sont à prévoir : davantage d’exclusions et de limitations ou le relèvement des franchises.
L’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) devrait continuer de suivre l’évolution du marché pour adapter les tarifs réglementés au fil du temps et veiller à ce que le système reste pérenne. L’évolution de la prime de référence de l’assurance de biens pourrait reposer sur des indicateurs de risque prospectifs et non sur les événements et sinistres passés, comme c’est le cas actuellement, car il est peu probable qu’ils correspondent à la situation présente et à venir. Les assureurs pourraient être autorisés à accorder des remises sur les primes quand il est établi que des mesures de protection ont été prises contre les dommages dus aux aléas naturels. Il faudrait adapter les modèles utilisés pour calculer le prix de la police d’assurance afin de pouvoir tenir compte du potentiel de réduction des risques offert par des mesures comme l’installation de barrières anti-inondation ou de parois étanches. Il faudrait définir clairement les mesures d’adaptation admissibles et y inclure des solutions fondées sur la nature, comme améliorer la gestion foncière ou développer les jardins de pluie. Cela aiderait à déterminer la valeur économique de ces services écosystémiques et, ainsi, à encourager leur développement. Pour stopper le développement urbain dans les secteurs vulnérables, il faudrait que le prix des constructions neuves en zone à risque corresponde pleinement au prix du marché, comme au Royaume-Uni. Enfin, la Suisse pourrait envisager d’étendre la garantie obligatoire aux biens mobiliers, à l’exemple de la Norvège.
Note : L'OCDE correspond à la moyenne non pondérée des 26 pays figurant dans le graphique.
Source : Agence européenne pour l’environnement et données de RiskLayerGmbH.
D’autres instruments économiques pourraient compléter l’assurance contre les risques climatiques. Les allègements fiscaux octroyés aux promoteurs et propriétaires pour encourager l’adoption de mesures d’adaptation proactives en sont un exemple. Jusqu’à présent, en Suisse, les dépenses d’entretien et de rénovation des logements, ainsi que les cotisations aux fonds de rénovation des PPE (condominiums), sont déductibles du revenu imposable. Les investissements destinés à économiser l’énergie, entre autres mesures participant à la protection de l’environnement et à l’adaptation au changement climatique (par exemple, isolation des planchers, des murs, des plafonds et des toits, ou installation de fenêtres à isolation thermique), pourraient eux aussi donner lieu à déduction, même s’ils augmentent la valeur du bien. Cette possibilité de déduction va toutefois disparaître, pour les résidences principales et secondaires, avec l’abolition de l’imposition de la valeur locative imputée (chapitre 2), qui a été approuvée par votation populaire en septembre 2025 et doit prendre effet en 2029. Les cantons conserveront le droit d’autoriser la déductibilité des mesures d’efficacité énergétique dans l’impôt cantonal. Cela dit, comme la suppression de la valeur locative imputée devrait déjà leur infliger des pertes de recettes, il est peu probable qu’ils consentent à de nouvelles moins-values de recettes.
Dès lors que le principal obstacle à l’investissement d’adaptation réside dans l’accès au financement, un moyen possible d’y remédier est de le subventionner, par exemple à l’aide d’aides ciblées ou de prêts à taux faible. Le programme « Adapt+ », mis en place en 2025, vise à aider financièrement les cantons, communes, ménages et entreprises à mettre en œuvre des mesures d’adaptation déjà éprouvées ailleurs. Le montant de cette aide fédérale ne doit pas représenter plus de la moitié des dépenses, de façon que soient mobilisés des capitaux privés, ainsi que toutes les compétences techniques, technologies et meilleures pratiques. En 2025, 105 demandes ont été déposées et 40 projets approuvés, pour un total de 3.5 millions CHF à dépenser sur plusieurs années. De nouveaux appels à demandes de subventions sont prévus dans les années à venir, sous réserve de l’approbation du Conseil fédéral. Des dotations annuelles de 7 millions CHF en 2027 et 10 millions CHF à partir de 2028 sont actuellement à l’étude.
Cependant, en 2025, les fonds fédéraux alloués au programme n’ont pas tous été utilisés dans le cadre du premier appel à demandes de subventions. Le calendrier de dépôt était court et les demandeurs ont bénéficié de peu de temps et de peu de soutien administratif pour préparer et soumettre leurs propositions de projet. Pour le deuxième appel à demandes, l’administration fédérale prévoit de mettre en service un site web dédié qui contiendra toutes les informations nécessaires, d’organiser un webinaire à l’intention des parties intéressées et de fournir un retour sur les propositions de projet avant la date limite de dépôt. Ces mesures devraient accroître la portée et l’efficacité du programme « Adapt+ ».
Un manque d’efficacité est toutefois à prévoir si les ménages et entreprises bénéficiaires avaient de toute façon prévu d’investir, même sans bénéficier de l’aide de l’État (OCDE, 2024[52]). Un moyen d’y remédier en partie serait de calculer le montant de l’aide financière à verser en fonction de l’écart de financement, c’est-à-dire le montant nécessaire pour déclencher la décision d’investissement. En général, cet écart correspond à la différence entre la valeur actualisée nette des dépenses d’investissement et la valeur actualisée nette des avantages escomptés.
Pour les cantons et les communes, l’aide publique pourrait avoir pour cible les zones moins développées, de façon à contribuer également à réduire les disparités régionales. Les « programmes Bâtiments » de la Confédération et des cantons pourraient constituer une autre forme de soutien public à l’investissement d’adaptation. Ils gagneraient toutefois à être modifiés de façon à encourager les rénovations intégrales et les rénovations non échelonnées, qui ne sont pas toujours efficaces (OCDE, 2021[53]). Il faudrait que les investissements d’adaptation à caractère anticipatif qui sont compatibles avec l’objectif de réduire les émissions de GES du secteur des bâtiments soient éligibles à ces programmes. Les aides à l’investissement d’adaptation peuvent coûter très cher et créer des distorsions de marché. Il faudrait par conséquent qu’en plus d’être ciblés - afin d’avoir le moins d’effet de revenu et de distorsion sur la production et l’emploi dans les secteurs des services aux entreprises et de la construction (OCDE, 2025[54]) (OCDE, 2026[55]) - ces programmes aient une durée d’existence limitée et fassent l’objet d’un examen régulier (OCDE, 2024[51]).
Un moyen d’améliorer le rapport coût-efficacité de l’action climatique est de dégager des synergies entre adaptation et atténuation (GIEC, 2007[56]). Le potentiel de synergies est plus important dans certains secteurs que dans d’autres. Par exemple, une utilisation plus rationnelle de l’énergie et le recours aux sources renouvelables peut abaisser les niveaux des émissions locales de polluants, au profit de la santé publique. En général, lorsque le produit des taxes carbone sert à réduire les émissions carbonées du secteur des bâtiments, les solutions techniques mises en œuvre contribuent, par ricochet, à renforcer la résilience à la chaleur et à d’autres conséquences du dérèglement climatique (CCNUCC, 2022[57]). La présente section est consacrée aux mesures d’atténuation qui restent cohérentes avec les objectifs d’adaptation.
La Suisse continue de faire partie des économies de l’OCDE qui affichent la plus faible intensité d’émission de GES du fait des activités de production par unité de PIB et par habitant (OCDE, 2025[58]). La raison principale en est que son économie est tournée vers les services et que son bouquet énergétique est comparativement propre. Les sources bas carbone représentent plus de la moitié des approvisionnements totaux en énergie. La production intérieure d’énergie est quasiment décarbonée depuis plusieurs dizaines d’années déjà : l’énergie nucléaire y représente environ 46 %, l’hydroélectricité 29 %, les biocombustibles et les déchets 20 %, et les sources d’énergie renouvelables intermittentes 5 %. La production intérieure d’électricité est assurée à près de 60 % par la filière hydroélectrique, à près de 30 % par la filière nucléaire et à environ 7 % par la filière solaire photovoltaïque (AIE, 2025[59]).
En janvier 2025, le Conseil fédéral a approuvé le nouvel objectif national de réduction des émissions fixé en vertu de l’Accord de Paris pour l’horizon 2035 : il s’agit de réduire les émissions de GES d’au moins 65 % par rapport aux niveaux de 1990, et de 59 % en moyenne entre 2031 et 2035. Selon une récente étude de l’OCDE, il est probable que, sans mesures complémentaires, la Suisse ne parviendra pas à atteindre ces objectifs (graphique 3.4) (OCDE, 2025[54]).
Continuer d’avancer sur la voie des sources d’énergie renouvelables sera une tâche centrale dans les années à venir. D’une part, l’électrification en cours des transports, de la production de chaleur et de l’industrie va faire grimper la demande d’électricité. Comme souligné dans l’édition 2024 de l’Étude économique de l’OCDE consacrée à la Suisse, l’électrification est en effet essentielle pour atteindre zéro émission nette de GES d’ici à 2050 (OCDE, 2024[60]). D’après les estimations d’une récente étude, la demande annuelle d’électricité pourrait passer de 56 térawattheures (TWh) actuellement à environ 75 Twh en 2050 (VanLiedekerke et al., 2025[61]). D’autre part, le pays s’est engagé, à travers sa « Stratégie énergétique 2050 », à sortir progressivement du nucléaire en interdisant la construction de nouveaux réacteurs, ce qui a été approuvé par votation populaire en 2017. Pour que l’énergie nucléaire ne cède pas la place à des sources fortement émettrices, la loi sur l’approvisionnement en électricité approuvée par votation en juin 2024, dispose qu’en 2050, les filières d’énergie renouvelables, hors l’hydroélectrique, devront satisfaire 60 % de la demande en électricité et que les importations hivernales nettes d’électricité ne devront pas excéder 5 TWh par an.
Pour appliquer les nouvelles dispositions législatives et atteindre les ambitieux objectifs fixés tout en répondant à la hausse de la demande d’électricité, il est indispensable d’accroître la puissance installée de production intérieure d’électricité à partir d’énergies renouvelables intermittentes. D’après des estimations récentes, il faudrait que la puissance installée d’origine photovoltaïque soit au moins quatre fois plus élevée qu’actuellement, et celle d’origine éolienne multipliée par plus de 80 (VanLiedekerke et al., 2025[61]). Pour l’heure, la part du solaire et de l’éolien reste modeste par comparaison avec la situation des autres membres de l’OCDE et pays européens (AIE, 2025[59]). Il est donc bienvenu qu’en matière de déploiement des énergies renouvelables intermittentes, l’ambition ait été revue à la hausse. Cela dit, la tâche sera loin d’être aisée, tant du point de vue technique que sur le plan de l’acceptabilité sociale. Les responsables des politiques publiques doivent définir une vraie stratégie pour accélérer la transition énergétique tout en conciliant les objectifs de compétitivité économique, de sécurité énergétique et d’énergie abordable. En outre, les coûts associés à un système électrique de plus en plus tributaire des énergies renouvelables dépendront de la capacité de stockage et de la flexibilité du système. Le réseau électrique doit s’adapter à une plus grande diversité et à la décentralisation de sources d’approvisionnement en énergie, potentiellement variables. Actuellement, la flexibilité et la capacité de pilotage du système reposent en premier lieu sur les centrales d’énergie nucléaire et hydroélectrique, mais elles vont fortement s’amenuiser à mesure que la part du nucléaire diminuera. Il faudra redoubler d’efforts pour moderniser et adapter les réseaux de transport et de distribution ainsi que pour mettre au point des solutions de stockage d’énergie et de gestion de la demande d’électricité.
Ces dix dernières années, la production intérieure n’a pas suffi pour répondre aux besoins en électricité : la Suisse est donc tributaire des importations pendant les pics de demande des mois d’hiver. En 2024, le pays a importé de l’étranger environ 26 TWh d’électricité (AIE, 2025[59]). Une application rigoureuse de la limite d’importation d’électricité, fixée à 5 TWh pendant les mois d’hiver, impose de s’approvisionner auprès de sources de production intérieure plus coûteuses. En outre, il sera plus difficile, pour les unités de stockage par pompage hydraulique, de faire preuve de flexibilité dans les arbitrages, c’est-à-dire d’importer depuis les pays limitrophes aux heures creuses et d’exporter aux heures de pointe. Dans l’ensemble, le prix de gros de l’électricité pourrait augmenter de 141 % (VanLiedekerke et al., 2025[61]). De par sa position géographique au centre de l’Europe et la flexibilité de son parc hydroélectrique, la Suisse joue également un rôle essentiel dans l’équilibre de l’offre et de la demande d’électricité de ses pays voisins.
Les échanges transfrontaliers offrent un bon moyen de réduire les coûts de l’électricité, car ils permettent d’acheter de l’électricité ailleurs quand elle coûte cher sur le territoire et d’assurer la continuité de l’approvisionnement continu quand le niveau de la demande dépasse celui de la production intérieure. La Suisse et l’Union européenne (UE) ont négocié un nouvel accord bilatéral sur l’électricité en décembre 2024. Le Conseil fédéral l’a approuvé en juin 2025, mais il attend encore l’approbation finale du parlement et de l’électorat. Cet accord prévoit la participation pleine et entière du gestionnaire de réseau de transport suisse au système européen de transport d’électricité. Cela signifie la levée de la restriction qui interdit d’importer plus de 5 TWh d’électricité pendant les mois d’hiver. Les intervenants du marché suisse de l’électricité seront autorisés à participer aux systèmes d’échanges et comités techniques de l’UE qui traitent de l’exploitation du réseau, de la préparation aux crises et de la sécurité de l’approvisionnement. Les États de l’UE voisins n’auront pas le droit de restreindre les flux transfrontaliers en direction de la Suisse, même en cas de crise énergétique.
Par ailleurs, si le nouvel accord sur l’électricité conclu entre l’UE et la Suisse entre en vigueur, le marché de l’électricité offrira un plus grand choix d’options conformes aux exigences de l’UE. À ce jour, seules les entreprises qui consomment plus de 100 000 kWh par heure sont libres de choisir leur fournisseur. Bien souvent, les utilisateurs finals sont des clients captifs, contraints de se tourner vers leur fournisseur local. Dans le cadre de la réforme, l’ensemble des ménages et des entreprises seront libres de choisir leur fournisseur d’électricité. Du fait de l’intensification de la concurrence et d’un nombre grandissant des utilisateurs finals actifs qui changent régulièrement de fournisseur, les prix de détail de l’électricité devraient baisser au fil du temps. Selon certaines estimations, le nouvel accord sur l’électricité devrait faire reculer les prix de l’électricité de 14 % d’ici à 2050 (Hafner et al., 2025[62]).
L’avenir de l’énergie nucléaire en Suisse sera également déterminant pour le coût de la neutralité carbone. C’est ce qui ressort des estimations de l’Agence pour l’énergie nucléaire (OCDE/AEN, 2022[63]). L’énergie nucléaire offre un moyen de concilier sécurité énergétique, énergie abordable et réalisation des objectifs climatiques. En effet, elle complète les énergies renouvelables intermittentes dans la transition vers zéro émission nette, malgré les préoccupations autour des risques négatifs à fort impact encourus en cas d’accident nucléaire grave (AIE, 2022[64]). D’après ces estimations, le scénario le moins coûteux pour atteindre zéro émission nette d’ici à 2050 est celui dans lequel l’exploitation de deux réacteurs sur le long terme confère à la Suisse une puissance nucléaire installée de 2.2 GW, le reste de la production étant d’origine solaire photovoltaïque et éolienne. Ce scénario impose de réaliser des investissements supplémentaires dans les réacteurs existants afin de procéder aux aménagements de sûreté requis par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN). Plusieurs pays de l’OCDE prévoient d’exploiter leurs centrales nucléaires existantes pendant 60, voire 80 ans. La deuxième solution, qui est aussi la moins coûteuse, consiste à construire des réacteurs nucléaires de génération III+ qui fourniraient une charge de base de 3.2 GW en 2050. Elle suppose de revenir sur l’interdiction de construire de nouveaux réacteurs au cas où il ne serait pas viable d’exploiter les centrales existantes sur le long terme, ainsi que le Conseil fédéral l’a proposé en août 2025 et comme adopté par le parlement en juin 2026. Il est toutefois probable que cette décision soit soumise à une votation populaire. L’analyse de ces deux options requiert que les projets nucléaires, comme n’importe quel autre projet énergétique, reposent sur des analyses coûts-avantages transparentes et exhaustives qui couvrent l’ensemble du cycle de vie et incluent, entre autres, les coûts de construction des centrales, de stockage des déchets radioactifs et de démantèlement des installations désaffectées. Elle exige également de tenir compte des aides directes et indirectes accordées tout au long du cycle de production.
L’atténuation du changement climatique appelle de vastes changements dans d’autres secteurs que celui de l’électricité (Graphique 3.4). La tarification carbone permet potentiellement de faire baisser les émissions dans un large éventail de secteurs avec un bon rapport coût-efficacité (D’Arcangelo et al., 2022[65]), mais aussi de réduire l’utilisation de ressources et, ainsi, d’aider la Suisse à remédier au niveau élevé de ses émissions imputables à la consommation (OCDE, 2024[60]). D’après les simulations de l’OCDE, les instruments de tarification du carbone comme le SEQE suisse et la taxe sur le CO2 produisent les effets d’atténuation les plus forts à moyen terme (OCDE, 2026[55]). Avoisinant 150 EUR par tonne d’émission, le prix effectif net du carbone appliqué en Suisse est le plus élevé de tous les pays considérés dans le Graphique 3.5. Il s’explique principalement par l’impôt sur les huiles minérales et n’est donc pas lié à la différence de teneur en carbone et d’intensité d’émission des combustibles.
Émissions de gaz à effet de serre
Note : Le scénario de politiques inchangées tient compte des principales mesures d’atténuation prises à l’égard des transports, des bâtiments et de l’industrie, qui forment les plus importantes sources d’émissions de GES. Le modèle se fonde sur les projections d’émission antérieurement issues du modèle JRC-EU-TIMES de l’institut Paul Scherrer, pour ce qui concerne les émissions de CO2, et sur les données de la base EDGAR pour ce qui concerne les autres GES.
Source : Office fédéral de l’environnement (OFEV), Inventaire des GES ; Forum inclusif de l’OCDE sur les approches d’atténuation des émissions de carbone (OCDE, 2025[54]).
Renforcer le rôle des instruments assis sur les émissions réelles et relever le prix du carbone aiderait la Suisse à atteindre ses objectifs de réduction des émissions. Tant la taxe sur le CO2, qui est une taxe carbone explicite, que le système d’échange de quotas d’émission attribuent un prix aux émissions de carbone (OCDE, 2024[66]). Ces deux instruments sont donc la voie naturelle pour relever le prix du carbone. Cependant, en juin 2021, la population a rejeté, par votation, un ambitieux paquet de mesures de réduction des émissions de GES, qui prévoyait notamment d’augmenter la taxe sur le CO2, en la faisant passer de 120 CHF à 210 CHF par tonne d’émissions. Il est devenu dès lors plus difficile pour les pouvoirs publics de revoir plus largement à la hausse les prix du carbone. La taxe carbone est donc restée inchangée et le train de mesures entré en vigueur en janvier 2025, modifié au regard des préoccupations publiques, est bien moins ambitieux que le projet initial.
Les pouvoirs publics pourraient envisager plusieurs moyens de renforcer la tarification carbone et d’accélérer la réduction des émissions de GES sans avoir à relever le taux légal de la taxe sur le CO2. Par exemple, il y a matière à améliorer le périmètre des émissions couvertes. Environ 75 % seulement des émissions de GES sont soumises à un prix positif, contre 81 % en Italie, plus de 85 % en Allemagne et 87 % au Luxembourg (Graphique 3.5, partie B). L’impôt sur les huiles minérales s’applique à la consommation de combustibles fossiles liquides et gazeux, ce qui a des répercussions sur les secteurs des transports, des bâtiments et de l’agriculture. Le système d’échange de quotas d’émission suisse concerne les gros émetteurs de l’industrie, le secteur de l’énergie ainsi que les vols intérieurs et les vols reliant la Suisse à l’UE, à l’Espace économique européen (EEE) et au Royaume-Uni. La taxe sur le CO2 s’applique aux exploitants d’installations et entreprises non soumis au SEQE, mais pas aux gestionnaires de transport ni aux entreprises qui, sur la base du volontariat, prennent « un engagement de réduction » en concluant une convention d’objectifs avec les autorités.
Face au constat que l’exemption de la taxe sur le CO2 à travers l’« engagement de réduction » rend l’action publique moins efficace, il avait été recommandé, dans l’édition 2024 de l’Étude économique, de reconsidérer son application (Tableau 3.1). Pour être exemptées, les entreprises doivent en faire la demande auprès de l’Office fédéral de l’environnement et lui soumettre un plan de décarbonation pour 2040, accompagné d’objectifs fondés sur des mesures « économiquement viables ». Ces objectifs sont vérifiés par un conseiller en énergie agréé conformément aux directives de l’Office fédéral de l’énergie. Comme examiné dans les études précédentes (OCDE, 2024[60]) (OCDE, 2022[67]), les engagements de réduction ne contribuent guère à la réduction des émissions. Ils s’accompagnent, en outre, de coûts d’administration et d’application élevés, qui viennent s’ajouter au manque à gagner fiscal. Selon toute vraisemblance, la lourdeur administrative du programme favorise les entreprises les plus grandes et les plus productives. Il pourrait donc être entrepris de mettre progressivement fin aux engagements de réduction.
Les effets d’équilibre général limitent eux aussi l’impact de la taxe sur le CO2 en termes d’émissions (OCDE, 2025[54]). Deux tiers des recettes qu’elle rapporte sont redistribués : cela représente un montant d’environ 0.8 milliard CHF par an, soit 0.4 % du PIB. Les recettes collectées auprès des ménages sont redistribuées équitablement entre toutes les personnes résidantes assurées en vertu de la Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal). Cela signifie que tout le monde reçoit le même montant, indépendamment de sa consommation d’énergie, de ses revenus et de sa situation d’accès au système de transport urbain. Les recettes collectées auprès des entreprises sont redistribuées en proportion de la masse salariale, ce qui favorise les entreprises les plus grandes et les plus productives. Si ce mécanisme de redistribution a un effet vertueux sur les revenus, les simulations de l’OCDE montrent qu’il rend l’action publique moins efficace (Graphique 3.6).
L’action publique agirait davantage sur la réduction des émissions si le produit de la taxe sur le CO2 faisait l’objet d’une redistribution, non pas générale, mais ciblée au profit des ménages vulnérables. Les ménages à hauts revenus n’en pâtiraient guère et la taxe carbone deviendrait plus acceptable pour les ménages à bas revenus. Les données d’enquête que l’OCDE a recueillies au sujet des opinions suscitées par les mesures de lutte contre le changement climatique montrent que les ménages préfèrent les dispositifs de soutien ciblés et soumis à conditions de ressources à ceux de portée générale (Dechezleprêtre et al., 2022[68]). La taxe serait également plus efficace si une part plus importante de son produit servait à réduire les émissions de carbone dans le secteur des bâtiments, à financer les énergies renouvelables et à soutenir les entreprises innovantes, comme initialement prévu en 2021.
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Recommandations antérieures de l’OCDE |
Mesures prises depuis la précédente Étude |
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Poursuivre les efforts déployés pour élargir l’assiette de la taxation du carbone en réévaluant les exonérations. |
Aucune mesure n’a été prise. |
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Intégrer le marché et le réseau suisses au système électrique européen pour garantir la sécurité de l’approvisionnement et la stabilité du réseau régional en signant un accord sur l’électricité avec l’UE. |
La Suisse et l’Union européenne (UE) ont négocié un nouvel accord bilatéral sur l’électricité en décembre 2024. Le Conseil fédéral l’a approuvé en juin 2025. |
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Renforcer la publication d’informations sur les risques liés au climat auxquels sont exposés les grandes entreprises et le secteur financier. |
La FINMA a publié la circulaire 2026/1 afin de renforcer la publication d’informations sur les risques liés à la nature dans le secteur financier. |
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Mieux accorder ses politiques commerciale et environnementale, notamment en rendant obligatoire l’évaluation de l’impact sur l’environnement des nouveaux accords commerciaux. |
Une étude d’impact a été réalisée dans le cadre des travaux préparatoires de l’Accord de libre-échange AELE-Mercosur. En conséquence, des clauses ont été ajoutées au texte par lesquelles les pays du Mercosur s’engagent à préserver la biodiversité et à promouvoir une agriculture durable. Leur bonne application est garantie par leur prise en compte dans les mécanismes d’application juridique de l’accord. |
À moyen terme, la taxe sur le CO2 pourrait progressivement céder la place à un système d’échange de quotas d’émission renforcé. En règle générale, les systèmes d’échange de quotas d’émission (SEQE) sont politiquement mieux acceptés que les taxes carbone (Parry, Black et Zhunussova, 2022[69]). On constate aussi que les SEQE sont plus propices à l’amélioration du bien-être, car ils incitent davantage à innover et sont plus faciles à adapter à l’évolution des conditions du marché (Pan et al., 2024[70]). Or, il est prévu qu’un SEQE applicable aux secteurs des bâtiments et des transports vienne remplacer la taxe sur le CO2 après 2030, dans le cadre de la révision de la loi sur le CO2. Cette évolution bienvenue fait écho à celle du SEQE-UE 2, à la différence que les plafonds fixés pour les prix des droits d’émission correspondront au niveau actuel des prix du CO2. Il faudrait revoir ces plafonds ou les supprimer progressivement afin qu’ils ne nuisent pas à l’efficacité du SEQE dans ces nouveaux secteurs. En parallèle, le SEQE suisse a été aligné sur le nouveau SEQE-UE, dans le cadre du paquet « Ajustement à l’objectif 55 », avec effet en janvier 2025. Pour les installations fixes et l’aviation, un facteur de réduction linéaire identique à celui prévu dans le SEQE-UE sera appliqué pour abaisser les plafonds entre 2024 et 2030. De même, il est désormais possible de comptabiliser les activités de captage et stockage du carbone et, dans certaines conditions, l’utilisation de biogaz étranger. Dans le secteur de l’aviation, l’allocation gratuite de quotas d’émission sera progressivement supprimée d’ici à 2026. Le SEQE suisse n’est pas soumis à la réserve de stabilité du marché du SEQE-UE, mais la Suisse a adopté son propre mécanisme de stabilité du marché et, depuis le couplage des deux systèmes en 2020, l’évolution du prix des droits d’émission suit de près celle de l’UE (OCDE, 2024[60]).
Note : Partie B : une valeur positive (négative) signifie que les effets indirects renforcent (réduisent) l’effet direct.
Source : Forum inclusif sur les approches d’atténuation des émissions de carbone (OCDE, 2025[54]).
L’élargissement du champ des émissions couvertes par les instruments de tarification du carbone pourrait faire grimper les coûts de production, ce qui créerait un désavantage concurrentiel pour les entreprises présentes sur le territoire national et provoquerait des transferts d’émission vers d’autres pays. La Suisse étant une petite économie ouverte au niveau de vie élevé, l’impact environnemental de sa consommation intérieure découle essentiellement des importations de biens et de services. Exprimés par rapport à la consommation, les résultats de la Suisse en matière d’émissions de GES sont inférieurs à la moyenne OCDE (OCDE, 2025[58]). Dans une récente étude, l’OCDE constate qu’une modification unilatérale du caractère contraignant de la politique d’atténuation du changement climatique pourrait accroître les émissions importées par la Suisse de 32 % en moyenne, toutes activités manufacturières confondues (Hemmerlé, Kruse et Pisu, 2025[71]). Les nouveaux accords conclus avec l’UE n’obligeront pas la Suisse à adopter le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Le pays pourrait toutefois envisager de se doter d’un mécanisme similaire et compatible avec des échanges fondés sur des règles. De plus, les enseignements de l’économie comportementale peuvent aider les responsables de l’élaboration des politiques à concevoir et à mettre en œuvre des mesures qui encouragent des modes de consommation et d’investissement plus durables (OCDE, 2017[72]). Certains pays de l’OCDE l’ont déjà fait, par exemple en instaurant les conditions nécessaires à l’exercice du droit à la réparation, en interdisant l’obsolescence programmée des produits et en combattant l’écoblanchiment en marketing.
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PRINCIPALES CONCLUSIONS |
RECOMMANDATIONS (principales recommandations en gras) |
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Mieux coordonner l’adaptation au changement climatique entre les niveaux d’administration |
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On ne dispose toujours pas d’une vue d’ensemble des fonds publics consacrés à l’action climatique, atténuation et adaptation comprises. |
Élaborer un outil de budgétisation verte pour suivre les investissements consacrés à l’adaptation climatique. |
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Les cantons ont toute latitude pour mettre en œuvre des mesures d’adaptation, évaluer les progrès accomplis et en rendre compte au gouvernement fédéral. |
Renforcer les directives fédérales à l’attention des cantons sur la manière de mesurer l’investissement dans l’adaptation au changement climatique et les progrès accomplis. |
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Les administrations locales devront dépenser davantage pour financer l’investissement dans l’adaptation au changement climatique. |
Réfléchir à de nouvelles sources de recettes, telles que des redevances d’utilisation dans les bâtiments neufs ou des taxes sur la hausse de la valeur foncière. |
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La coordination nécessaire entre les autorités fédérales et les administrations infranationales pour garantir la compatibilité de l’aménagement du territoire avec les plans d’adaptation au changement climatique s’avère insuffisante, tout comme la participation au Projet de territoire Suisse. |
Mettre en place un mécanisme de coordination officiel et systématique pour garantir la compatibilité de l’aménagement du territoire avec les besoins d’adaptation. |
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Combler les lacunes en matière d’information sur les risques climatiques |
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Il existe des cartes de dangers, mais elles ne sont pas toujours faciles à comprendre et à utiliser. |
Évaluer périodiquement la facilité d’emploi des cartes de dangers et continuer d’en améliorer les fonctionnalités. |
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Il n’existe pas d’obligation légale d’informer de l’existence de risques dans le cadre des transactions immobilières. Il est donc possible d’acheter sans connaître l’existence de ces risques. |
Rendre obligatoire la divulgation des risques liés aux aléas climatiques dans les transactions immobilières. |
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Traiter systématiquement de l’adaptation au changement climatique dans les normes et règlements |
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Dans le secteur de la construction, des labels de qualité informent du caractère résilient des ouvrages et bâtiments, mais, bien souvent, ils ne cadrent pas avec les projections climatiques, car la loi n’oblige pas à en tenir compte. |
Actualiser régulièrement les normes applicables aux bâtiments et les normes de construction afin qu’y transparaissent les exigences modernes de résilience compte tenu de la fréquence accrue des aléas climatiques. |
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Il n’est pas systématiquement tenu compte des indicateurs d’adaptation et de résilience dans les procédures de marchés publics. |
Utiliser les boîtes à outils disponibles pour intégrer les indicateurs de résilience climatique à toutes les phases des marchés publics, dont celles de l’évaluation et de la sélection des fournisseurs. |
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Renforcer les instruments économiques pour investir dans la prévention |
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La stabilité du système des assurances à moyen et long termes pourrait être compromise par des événements de plus en plus fréquents et survenant simultanément. |
Continuer de surveiller l’évolution du marché afin d’adapter les primes d’assurance réglementées au fil du temps, en privilégiant les indicateurs de risque prospectifs plutôt que les données fondées sur les occurrences passées. |
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Les primes d’assurance réglementées ne rendent pas compte de ce qui distingue les différents risques d’aléa, y compris ceux qui résultent des investissements dans la prévention des aléas. |
Autoriser les assureurs à accorder des réductions de prime en cas d’investissement dans de mesures d’adaptation effectives. |
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Les fonds alloués au programme « Adapt+ » n’ont pas tous été utilisés. |
Accroître la visibilité du programme « Adapt+ », tout en le rendant mieux ciblé. |
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Accélérer les efforts déployés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en renforçant l’adhésion du public |
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L’idée de revoir ponctuellement à la hausse le montant de la taxe sur le CO2 a été rejetée par votation populaire en 2021 et, depuis lors, la taxe est restée inchangée. |
Remplacer progressivement la taxe sur le CO2, telle qu’elle existe actuellement, par un système d’échange de quotas d’émission qui s’appliquerait également aux secteurs des bâtiments et des transports et qui ne plafonnerait pas les prix des droits d’émission. |
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