David Haugh
Kyongjun Kwak
Carl Magnus Magnusson
David Haugh
Kyongjun Kwak
Carl Magnus Magnusson
Les marchés financiers néo-zélandais demeurent peu profonds en comparaison internationale, ce qui freine l’investissement à long terme, l’innovation et la croissance de la productivité. Les marchés boursiers n’ont enregistré aucune introduction en bourse locale majeure depuis 2021 et un grand nombre d’entreprises à forte croissance se tournent vers des investisseurs étrangers ou des prêts bancaires coûteux. L’offre nationale limitée de capital-risque, le niveau modeste des soldes des retraites privées et l’étroitesse de la base d’investisseurs limitent les flux de capitaux patients nécessaires aux entreprises pour se développer. Il est essentiel d’accroître l’épargne intérieure à long terme. L’augmentation progressive des taux de cotisations du régime KiwiSaver, le durcissement de la règle d’interdiction des retraits de l’épargne retraite et la réduction du biais inhérent à la fiscalité qui favorise l’accession à la propriété par rapport à l’investissement pourraient se traduire par une accumulation d’épargne-retraite privée plus importante. En autorisant, avec discernement, la réaffectation correctement réglementée et dans des proportions modérées, de l’épargne KiwiSaver vers des actifs de croissance et privés, et en la complétant par un nouveau compte d’épargne en actions non destiné à la retraite pour les titres cotés, il serait possible d’accroître la participation des ménages et d’aider les petites entreprises à lever des capitaux. D’autres acteurs institutionnels, notamment les entités d’investissement iwis et māories, ainsi que les capitaux étrangers, peuvent participer plus largement. Les investisseurs māori contribuent déjà à d’importants transferts de capitaux entre générations ; un renforcement des capacités ciblé et des produits financiers prenant mieux en compte les réalités culturelles permettraient d’accroître leur participation. En consolidant « l’échelle des capitaux propres » depuis le capital-risque jusqu’à l’introduction en bourse, en remédiant à l’insuffisance des financements de la phase de consolidation et en facilitant l’accès aux marchés d’obligations d’entreprises, il serait possible de diversifier les solutions de financement et de réduire la dépendance à l’égard des prêts bancaires, en soutenant une économie plus dynamique et innovante.
La croissance de la productivité de la Nouvelle-Zélande a ralenti au cours des deux dernières décennies et reste inférieure à la moyenne de l’OCDE et des autres petites économies avancées. Des problèmes structurels persistants, un faible niveau de capital par travailleur, une concurrence limitée, une dégradation des performances scolaires, un vivier restreint dans les filières STIM, ainsi qu’une diffusion limitée de la R-D et de l’innovation ont freiné la productivité du travail et la productivité multifactorielle (Graphique 4.1). Cela souligne la nécessité de « travailler non pas plus dur mais plus intelligemment » grâce à un renforcement de l’innovation et de l’investissement à long terme (NZ Productivity Commission, 2024). Des données internationales montrent que le bon fonctionnement des systèmes financiers est essentiel à la croissance de la productivité en ce qu’il permet une allocation efficiente du capital et favorise l’innovation, tandis que les frictions financières, telles que les coûts élevés de cotation en bourse, les obstacles liés aux garanties ou le manque d’efficacité des régimes d’insolvabilité, peuvent décourager l’investissement et l’adoption des technologies (Heil, 2017). La situation de la Suède illustre les avantages de marchés financiers profonds et diversifiés, lesquels ont favorisé l’innovation, le développement des entreprises et la forte croissance de la productivité (OECD, 2025a). Il est donc essentiel d’approfondir et de diversifier les marchés financiers de la Nouvelle‑Zélande pour améliorer le financement des entreprises à forte croissance, des actifs incorporels et des infrastructures, et pour mieux répartir les risques dans l’économie.
Contribution à la croissance de la productivité du travail annualisée, moyenne 2010-2019
Source : OCDE (2023), Compendium de l’OCDE sur les indicateurs de productivité. La qualité du capital désigne la contribution à l’évolution de la composition du stock de capital.
Le développement des marchés financiers de la Nouvelle-Zélande n’atteint pas celui de pays comparables de l’OCDE, ce qui contribue à la faiblesse persistante de l’intensité capitalistique et à l’écart de productivité durable du pays. Malgré sa progression graduelle au cours des 20 dernières années, le niveau de l’intensité capitalistique reste relativement faible au regard de nombreuses autres économies de l’OCDE (Graphique 4.2). Les marchés financiers demeurent relativement peu profonds, avec un accès limité au financement intérieur à long terme et un faible niveau d’activité par rapport aux autres pays à revenu élevé (Graphique 4.3).
Intensité capitalistique, 2024, à PPA
Note : L’intensité capitalistique correspond au rapport entre le stock de capital réel et l’emploi potentiel. Le graphique représente l’intensité capitalistique en USD constants et à PPA de 2005 pour chaque pays, par rapport à l’intensité capitalistique de la Nouvelle-Zélande.
Source : OCDE, Perspectives économiques de l’OCDE (base de données).
Note : la Partie A indique la capitalisation boursière des entreprises nationales cotées La Partie B indique la valeur des actions intérieures négociées rapportée à la capitalisation boursière. Cette valeur est annualisée en multipliant la moyenne mensuelle par 12.
Source : Banque mondiale ; Banque des règlements internationaux ; OCDE (2025), Rapport sur la dette mondiale 2025.
Les résultats des marchés financiers insuffisamment développés de la Nouvelle-Zélande s’expliquent par l’interaction de quatre facteurs : l’offre d’épargne intérieure, la répartition de cette épargne entre les intermédiaires financiers et les marchés financiers, les frictions qui freinent l’investissement ou augmentent le coût du capital et la mesure dans laquelle les capitaux étrangers peuvent compenser le financement local. L’épargne intérieure est relativement faible, ce qui restreint la réserve de capital patient à long terme disponible pour les prises de participation, les régimes de retraite privés, les infrastructures et le financement du développement des entreprises. La décision de supprimer le régime d’épargne‑retraite privé en 1975 et de le remplacer par une pension de retraite universelle à financement public à partir de 60 ans a sérieusement freiné le développement des marchés financiers néo‑zélandais en limitant les incitations des ménages à se constituer une épargne‑retraite privée, et en privant ainsi les marchés de capitaux de la principale source de financement locale à long terme (Coleman, 2024). En plus d’augmenter la part des retraités qui sont aujourd’hui tributaires d’une pension du régime public peu rémunératrice, ce changement a amenuisé la réserve d’épargne institutionnelle disponible à investir dans des actions nationales et d’autres actifs financiers, contrairement à ce qui s’observe dans des pays ayant conservé des régimes de retraite contributifs, comme l’Australie. Le nombre restreint de régimes de retraite privés limite également les solutions disponibles pour faire face à la hausse des coûts de la pension publique de retraite (New Zealand Superannuation, voir le chapitre 1).
Les frictions dans la répartition du capital, notamment la forte dépendance à l’égard du crédit bancaire, l’étroitesse des marchés boursiers, le rôle limité des investisseurs institutionnels et la préférence pour des portefeuilles prudents amoindrissent les possibilités de transformation de l’épargne en investissements productifs. Le crédit bancaire coûteux prédomine, les analyses de l’OCDE montrant que les marges d’intérêts sont presque deux fois plus élevées que la norme internationale (OCDE, 2024a). Le financement par le marché des capitaux, notamment le capital‑risque, le capital‑investissement, les obligations d’entreprise et le marché boursier, ne joue qu’un rôle limité. L’aversion de longue date des ménages à l’égard de l’investissement dans les actifs financiers, qui s’explique par les frictions observées sur les marchés financiers, constitue également un frein important, bien que dans une moindre mesure. Les coûts élevés de cotation en bourse, les règles restrictives en matière de liquidité des fonds de pension et l’information limitée sur le crédit augmentent le coût du capital. L’épargne des ménages reste trop concentrée dans des produits financiers à faible risque et à court terme, ce qui réduit la quantité de capital « patient » à la disposition des entreprises innovantes à forte croissance. Bien que la Nouvelle‑Zélande soit une petite économie ouverte capable d’attirer des capitaux étrangers, cette substituabilité reste imparfaite. Bon nombre de grandes entreprises se financent déjà à l’étranger à un moindre coût en raison de leurs participations étrangères. En revanche, les petites entreprises nationales et celles en phase de croissance ne parviennent souvent à mobiliser des capitaux étrangers qu’à un stade beaucoup plus avancé, créant ainsi des failles dans l’échelle d’investissement progressif. Les réglementations financières ont fait l’objet d’une vaste réforme et elles tiennent compte, dans leur ensemble, des meilleures pratiques internationales, mais la marge d’amélioration restante, bien que significative, demeure plus étroite que lors des précédentes vagues de réformes.
Malgré des avancées récentes, la Nouvelle‑Zélande reste en retard par rapport à l’Australie et à d’autres économies avancées en termes de profondeur et de dynamique du marché des capitaux. Des réformes supplémentaires sont nécessaires pour accroître la participation au marché, alléger les contraintes de financement pesant sur les petites entreprises ainsi que sur les entreprises innovantes et attirer les investissements étrangers. Ces réformes devraient viser à accumuler davantage d’épargne intérieure au sein des régimes de retraite et d’autres instruments (par exemple, des comptes d’épargne en actions simplifiés). L’expérience internationale montre que, lorsque le cadre réglementaire et fiscal est approprié, l’épargne intérieure permet de combler les principales lacunes de financement de l’échelle d’investissement progressif que les capitaux étrangers ne comblent pas, notamment pour les petites entreprises innovantes et à forte croissance qui, dans le cas contraire, rechercheraient des financements à l’étranger.
La fiscalité néo‑zélandaise des revenus du capital et de l’épargne est complexe et contrastée : les logements sont soumis à une fiscalité plus légère que les actifs financiers et en particulier que l’épargne-retraite, tandis que l’impôt sur les bénéfices sociétés est l’un des plus élevés de la zone OCDE. Ces paramètres faussent les décisions d’investissement des ménages et des entreprises et amenuisent l’accumulation d’épargne-retraite privée et d’autres formes d’épargne financière à long terme, ce qui est un problème majeur non seulement pour le développement du marché des capitaux mais aussi pour la garantie d’un revenu de retraite suffisant (chapitre 1). Pour remédier à ces distorsions, il conviendrait de mener un examen approfondi de l’ensemble de la fiscalité de l’épargne et des revenus du capital, en vue de transférer la charge fiscale des cotisations et des rendements annuels vers les retraits. De telles réformes permettraient d’élargir la réserve de capitaux nationaux patients pouvant être mobilisés sur les marchés d’actions et de renforcer la capacité des Néo-Zélandais à constituer une épargne retraite suffisante au fil du temps. En parallèle, il est essentiel de redynamiser le marché des actions de croissance, notamment en renforçant les politiques de R-D et d’innovation des entreprises afin d’accroître le nombre d’entreprises en mesure d’entrer en bourse, car ce segment de l’échelle du financement en capital est l’incubateur manquant qui serait nécessaire pour développer les entreprises situées à la frontière et combler l’écart de productivité observé de longue date en Nouvelle‑Zélande par rapport à la moitié supérieure des pays de l’OCDE.
Les bases d’un marché des capitaux plus dynamique ont été jetées grâce à de vastes réformes de la réglementation financière, qui ont notamment conduit à la création du Fonds souverain pour les pensions publiques de retraite de la Nouvelle-Zélande (NZ Superannuation Fund) en 2001, qui a apporté des compétences fondamentales en gestion d’actifs, ainsi qu’à l’instauration d’un régime de retraite privé, KiwiSaver (2007) et à d’importantes améliorations réglementaires. Malgré les difficultés inhérentes à la petite taille de son économie, l’expérience internationale montre qu’il est possible de surmonter ces obstacles. Avec une population de seulement 10.6 millions d’habitants, la Suède compte un plus grand nombre d’entreprises cotées en bourse sur son marché principal comme sur ses marchés de croissance que tout autre pays de l’Union européenne (OCDE, 2025a). L’appartenance au vaste marché de l’Union européenne constitue un avantage pour les entreprises suédoises, mais plus de 70 % des échanges de la Nouvelle‑Zélande sont déjà couverts par des accords de libre‑échange, et les entreprises de croissance suédoises contournent souvent l’étape européenne pour se développer directement à l’international. La Nouvelle-Zélande pourrait, à sa manière, s’inspirer de l’exemple de la Suède qui se distingue par un régime fiscal de l’épargne plus simple, plus neutre et appliquant des taux d’imposition plus faibles, favorisant ainsi une plus accumulation plus importante d’actifs financiers par les ménages et une participation accrue aux marchés boursiers.
La suite de ce chapitre analyse le paysage financier, notamment l’épargne intérieure, les investisseurs institutionnels, les capitaux étrangers, les marchés du capital-investissement et boursiers ainsi que les marchés obligataires et elle recense les réformes qui s’imposent pour approfondir les marchés de capitaux, abaisser les coûts de financement et faire en sorte que les marchés financiers rehaussent la productivité à long terme. L’analyse de l’épargne se concentre sur KiwiSaver et sur l’influence des cadres réglementaires et fiscaux sur l’accumulation de l’épargne-retraite privée. Ce chapitre met également en lumière l’importance croissante de l’économie māorie et la participation des Māoris aux marchés de capitaux, en soulignant les avantages uniques qu’elle procure tant aux communautés māories qu’à l’ensemble de la Nouvelle‑Zélande. Il examine ensuite les circuits de financement, et plus particulièrement les marchés boursiers, depuis le financement des start-ups jusqu’à la cotation en bourse. Il se penche également sur la performance du financement par l’emprunt, notamment le marché des valeurs mobilières et fait le point sur les réformes du secteur bancaire visant à renforcer la concurrence.
Un marché financier solide doit offrir des sources de financement diversifiées aux entreprises. Pendant plusieurs décennies, la Nouvelle‑Zélande a limité ces flux faute de régime de retraite privé. Elle a sévèrement restreint l’investissement direct étranger, a maintenu un taux élevé d’impôt sur les sociétés et a contraint les grandes entreprises publiques à verser des dividendes, réduisant ainsi les bénéfices non distribués à investir. La situation a été aggravée par un secteur bancaire sous contrôle étranger, s’intéressant davantage au crédit hypothécaire rentable qu’au financement de l’économie en général.
Des réformes telles que le dispositif KiwiSaver, le Fonds NZ Super et les règlements au titre du Traité de Waitangi ont redynamisé les marchés financiers, donnant naissance à un secteur de la gestion d’actifs en expansion. Si une part importante des investissements reste placée à l’étranger pour des raisons de diversification, la préférence nationale et l’ampleur du marché offrent désormais la possibilité d’aiguiller les fonds nationaux vers des entreprises à forte croissance et des infrastructures. Les réformes de l’IDE prévues pourraient renforcer ces flux. Si le pays veut s’assurer que des fonds suffisants sont disponibles pour répondre à des besoins d’investissement diversifiés, il est nécessaire de promouvoir simultanément l’ensemble des circuits de financement existant sur les marchés financiers, de l’épargne-retraite à l’investissement étranger en passant par l’épargne en actions non destinées à la retraite. Les rendements réguliers des investissements à long terme rendent les investissements dans les infrastructures attractifs pour les fonds de pension, tandis que les start-ups à forte croissance et les plus petites entreprises cotées auront besoin d’investisseurs en capital-risque et éventuellement d’investisseurs individuels ayant une plus grande appétence pour le risque.
L’épargne des ménages constitue l’épine dorsale du financement des marchés de capitaux performants. Grâce notamment au régime fiscal très favorable du pays, entre 60 % et 70 % du patrimoine des ménages est investi dans le logement et à la propriété foncière, y compris dans l’immobilier locatif et les exploitations agricoles non constituées en société. Les actifs financiers des ménages, hors participation dans des entreprises non constituées en société, qui sont majoritairement des actifs immobiliers et fonciers, représentent environ 210 % du PIB, un chiffre inférieur à la valeur de ces actifs sur un marché de capitaux performant comme celui de la Suède (Graphique 4.4).
Actifs financiers hors participation dans des entreprises non constituées en société, en pourcentage du PIB, 2021
Note : Les données pour la Nouvelle‑Zélande datent de 2021 et proviennent de la Banque de réserve de la Nouvelle-Zélande. La participation dans des entreprises non constituées en société est exclue des actifs financiers, car la majeure partie d’entre eux sont des actifs immobiliers et fonciers (immobilier locatif et exploitations agricoles non constituées en société) en Nouvelle‑Zélande. En ce qui concerne les pays européens, les données excluent la catégorie « autres participations » du total des actifs financiers ; cette catégorie peut contenir d’autres éléments que les seules participations dans des entreprises non constituées en société.
Source : EuroStat ; Banque de réserve de Nouvelle-Zélande, Tableau C22.
Le dispositif KiwiSaver a donné une impulsion essentielle à la constitution de l’épargne des ménages, au départ peu élevée, sous la forme d’actifs de retraite. Bien que volontaire, son caractère quasi obligatoire a suscité une forte adhésion. Il se caractérise par une affiliation automatique, des cotisations minimales de 3.5 % pour les salariés comme pour les employeurs (portées à 4 % en 2028) ainsi qu’une limitation des retraits anticipés. Les fonds sous gestion sont passés de 24 milliards NZD en 2014 à 141 milliards NZD (32 % du PIB) en septembre 2025. Le montant des actifs de retraite privés demeure toutefois modeste en comparaison internationale et nettement inférieur à l’Australie, où il dépassait 3 600 milliards (133 % du PIB) en 2024 et où la valeur moyenne d’un plan de retraite privé avoisine 130 000 NZD contre 28 000 NZD environ en Nouvelle‑Zélande, en englobant KiwiSaver et les autres actifs retraite privés. Cela s’explique par la participation obligatoire, l’adoption plus précoce du système australien et un taux minimum de cotisations de 12 %. Les soldes moyens des pensions de retraite sont ainsi nettement plus élevés en Australie qu’en Nouvelle‑Zélande.
L’approfondissement des fonds de retraite privés peut renforcer les marchés financiers intérieurs et apporter des capitaux patients à investir dans les infrastructures et l’innovation (Khan et al., 2025). Cela vaut même pour une économie de petite taille comme la Nouvelle‑Zélande, où une grande partie de ces actifs est à juste titre investie à l’étranger. Cela s’explique par les retombées automatiques générées par la taille plus importante des fonds, compte tenu de la préférence nationale habituelle et persistante dans l’allocation des investissements (Gaar et al., 2020).
Le développement de l’épargne-retraite privée accroît également la participation des ménages aux marchés financiers, diversifie les sources de revenu à la retraite en complément du dispositif de retraite publique et élargit la détention d’actions à un ensemble plus large de ménages et non plus seulement au décile supérieur de revenus. Cela peut renforcer les compétences financières et permettre à un plus grand nombre de ménages de profiter de rendements plus élevés à long terme. Enfin, des pensions privées plus élevées peuvent atténuer les pressions budgétaires dues vieillissement en réduisant la dépendance à l’égard du régime public, ce qui rendrait de futurs ajustements tels que le relèvement de l’âge d’ouverture des droits ou l’indexation sur l’inflation plus acceptable socialement (chapitre 1).
Le taux d’adhésion à KiwiSaver avoisine 90 % (New Zealand Retirement Commission, 2024), mais 30 % des membres en âge de travailler ne cotisent pas alors qu’ils n’étaient que 20 % en 2010 (FMA, 2025a). Rendre l’adhésion à KiwiSaver et les cotisations obligatoires pourrait donc avoir un impact significatif sur l’acquisition des droits à la retraite, en particulier pour les groupes à faible revenu. Toutefois, au moins une partie des personnes qui ne sont pas affiliées au dispositif ou qui ne cotisent pas sont susceptibles d’être confrontées à des contraintes financières, ce qui nécessiterait, comme indiqué plus loin, la mise en place de mesures d’accompagnement fiscales ou sociales en cas d’obligation de paiement. Le relèvement du taux de cotisation minimum peut également avoir un impact significatif sur l’acquisition des droits à la retraite, en particulier lorsque les paramètres par défaut tendent à orienter les cotisations vers des systèmes d’affiliation automatique, ce qui limite l’effet sur les autres formes d’épargne est minime. L’augmentation du taux de cotisation par défaut au dispositif KiwiSaver prévue par le budget 2025, de 3 % à 3.5 % en 2026 et à 4 % en 2028, est une mesure importante et bienvenue. Le taux de remplacement du régime obligatoire (défini comme le rapport entre le revenu de pension net et le revenu d’activité net avant la retraite) s’établit à 43.8 % pour un salarié rémunéré au salaire moyen, un niveau inférieur à la moyenne de 63.2 % relevée dans les pays de l’OCDE et parmi les plus faibles de la zone (OCDE, 2025b). Par conséquent, les Néo‑Zélandais doivent accumuler une épargne-retraite volontaire importante. L’administration devrait continuer à relever progressivement les taux des cotisations salariales par défaut et des cotisations patronales minimales. L’objectif ultime sera fonction du taux de remplacement global jugé nécessaire, en combinant l’épargne-retraite privée et le régime public (chapitre 1), ainsi que du niveau de pension publique auquel les ménages peuvent prétendre.
Dans de nombreux pays de l’OCDE, le taux de remplacement pour un salarié rémunéré au salaire moyen avoisine 70 % et peut atteindre 80 % pour les ménages à plus faible revenu (OCDE, 2025b), ce qui laisse supposer qu’un taux de remplacement de 70 % à 80 % est généralement considéré comme suffisant pour maintenir le niveau de vie à la retraite. Pour atteindre un tel objectif, il est généralement nécessaire d’épargner annuellement 15 à 20 % du revenu brut à partir du milieu de la vingtaine, en prenant pour hypothèse un rendement modéré de l’investissement et un départ à la retraite autour de 65 ans. Pour les ménages propriétaires de leur logement, le taux requis diminue sensiblement, pour s’établir autour de 10 % à 12 % (OCDE, 2024c), même si le fait de puiser dans l’épargne-retraite pour accéder à la propriété peut réduire le montant disponible à long terme pour la retraite. L’accès au régime de retraite public diminue encore sensiblement le taux d’épargne nécessaire. C’est ainsi qu’un salarié au revenu médian qui perçoit une pension publique et voit ses dépenses diminuer à la retraite devrait conserver un taux d’épargne de 5 %, ainsi que les cotisations correspondantes, pour obtenir un taux de remplacement supérieur à 80 % (New Zealand Society of Actuaries, 2025).
Ces considérations semblent indiquer que si le régime de retraite public était soumis à des conditions de ressources afin d’en renforcer la viabilité budgétaire, les taux de cotisation au dispositif KiwiSaver pourraient être modulés en fonction du revenu, en accordant des taux moins élevés aux ménages à plus faible revenu qui bénéficieraient du régime public et des taux plus élevés aux ménages à revenu élevé, qui devraient financer leur propre retraite. En ce qui concerne les salariés à revenu élevé, qui sont propriétaires de leur logement et dont le solde d’emprunt hypothécaire est faible ou nul, le taux de cotisation total (part patronale comprise) devrait se situer autour de 10 à 12 %, comme en Australie.
Rendre l’adhésion à KiwiSaver obligatoire et/ou relever davantage les taux de cotisation comporte toutefois le risque d’évincer l’épargne privée volontaire, en raison des effets régressifs de ces mesures et des difficultés financières que cela ferait peser sur les ménages à faible revenu. En ce qui concerne les effets dissuasifs sur l’épargne, une étude néo‑zélandaise portant sur la période de 2002 à 2010 montre qu’au départ KiwiSaver n’a pas augmenté le patrimoine net (Law et Scobie, 2014). Les données internationales indiquent également que les dispositifs obligatoires tendent à évincer l’épargne volontaire, en particulier chez les ménages à faible revenu (Gebeşoğlu, Ertuğrul et Bulut, 2023). Selon des estimations empiriques, cet effet n’est que partiel. En effet, d’après une étude menée aux États‑Unis (Friedberg, Leive et Cai, 2024), l’épargne volontaire diminue de 30 cents par dollar d’épargne obligatoire et de 38 à 43 cents en Australie (Ruthbah et Pham, 2020 ; Connolly, 2007).
Ces réformes de KiwiSaver pourraient s’accompagner de « garde‑fous » supplémentaires destinés à compenser les difficultés financières accrues et les effets dissuasifs à l’égard de l’épargne chez les ménages à faible revenu. Cela pourrait notamment passer par une suspension provisoire des cotisations en cas de difficultés financières au titre d’un régime obligatoire. À Singapour, l’abondement ciblé des cotisations s’est révélé efficace pour accroître l’épargne retraite globale des ménages à faible revenu (Chan et Koh, 2018). La Nouvelle‑Zélande pourrait instaurer des taux de cotisation des ménages indexés sur le revenu et augmenter l’abondement public des cotisations en le ciblant sur les ménages à faible revenu. Les carrières des femmes sont souvent interrompues en raison de l’éducation des enfants et des responsabilités familiales. L’État pourrait accorder des droits KiwiSaver complémentaires pour les années de prise en charge familiale non rémunérées, afin de renforcer l’égalité entre les femmes et les hommes. En effet, les femmes sont généralement les principales aidantes des enfants comme des personnes malades ou âgées.
Il est possible d’effectuer des retraits pour financer un premier achat immobilier et en cas de difficultés financières. Il a été décidé d’autoriser les retraits pour financer l’achat d’une première exploitation agricole ou d’un premier logement. Le montant des retraits a doublé, passant d’environ 100 millions NZD par mois en 2023 à plus de 200 millions NZD en 2025, ce qui a réduit les cotisations nettes versées au régime KiwiSaver et ralenti l’accumulation totale de fonds. Afin de ne pas freiner davantage l’accumulation d’actifs de retraite, il serait préférable de ne pas introduire de nouvelles dérogations à la règle interdisant les retraits avant l’âge de la retraite, comme envisagé en 2025.
D’autres pays, comme les États‑Unis et le Canada, autorisent les retraits des plans de pension pour constituer un apport immobilier. L’accession à la propriété peut renforcer la sécurité financière à la retraite, mais si l’objectif stratégique est d’aider les ménages à faible revenu à devenir propriétaires, un instrument distinct serait probablement plus efficace, ces ménages disposant généralement d’un solde KiwiSaver modeste dans lequel puiser et étant confrontés à d’autres difficultés. Certains segments des communautés māori et pasifika ainsi que les groupes défavorisés présentent en effet de faibles taux d’accession à la propriété, notamment en raison de leur faible niveau de revenu et de connaissances financières potentiellement limitées. Les pouvoirs publics devraient donc également envisager de durcir les conditions des retraits effectués sur le plan KiwiSaver pour l’achat d’un logement (par exemple, en limitant les retraits aux seules cotisations volontaires au-delà d’un seuil minimal, comme en Australie) et de les remplacer par un instrument spécifique visant à réduire les besoins d’apport et/ou à encourager les ménages à faible revenu à se constituer un apport pour l’acquisition d’un logement. Les Pays-Bas, par exemple, recourent à des partenariats publics-privés, dans lesquels les acheteurs acquièrent initialement une part de leur logement et louent le reste à un partenaire public, ce qui réduit le montant de l’apport nécessaire au départ. Comme indiqué plus loin, ces dispositifs pourraient être complétés par des programmes de formation financière ciblant les ménages à faible revenu dont les compétences financières sont limitées.
Traditionnellement, les fonds par défaut de KiwiSaver étaient investis de manière prudente, ce qui limitait les rendements à long terme lorsque les adhérents avaient opté pour une gestion passive. Bien que l’administration ait réorienté ces allocations par défaut vers des profils allant de prudent à équilibré en 2021, les analyses montrent que les actifs sont répartis de manière prudente plutôt qu’optimale, même en tenant compte des personnes plus âgées qui recherchent des actifs à plus faible risque (Retirement Commission, 2025).
La réglementation n’a pas empêché une orientation, au moins partielle, des fonds KiwiSaver vers des actifs à rendement plus élevé, mais il est possible d’aller encore plus loin. La part des fonds KiwiSaver totaux investis dans des fonds de croissance (généralement plus exposés aux actions) a fortement augmenté, passant de 26 % en 2014 à 46 % en 2024, tandis que celle des fonds au profil prudent a reculé de 47 % à 17 % (FMA, 2024). Dans l’ensemble, les actifs néo‑zélandais représentent 39 % du portefeuille total de KiwiSaver, ce qui montre l’importance de ce dispositif comme source de financement intérieure. Son exposition aux actions reste toutefois modeste, s’établissant à environ 40 % du portefeuille néo‑zélandais et s’explique en partie par la nécessité de détenir des liquidités, des titres de créance et des produits dérivés pour répondre aux exigences de congruence des engagements et des devises (Tableau 4.1). L’exposition globale aux actions néo‑zélandaises et étrangères est en revanche nettement plus élevée, s’établissant à 60 %. Malgré tout, même si la prudence est de mise et si tous les types d’actifs financiers ne se prêtent pas à l’épargne retraite, les fonds KiwiSaver présente un profil prudent en comparaison internationale, en raison de leur faible exposition au capital‑risque, aux actions des petites entreprises à forte croissance, au capital‑investissement et à d’autres actifs moins liquides. Ainsi, moins de 3 % des allocations de KiwiSaver sont investies dans des actifs privés, tels que le capital‑investissement ou les infrastructures (MBIE, 2024b), alors que le fonds de retraite australien Superannuation consacre plus de 27 % de ses placements aux autres catégories d’actifs, notamment les infrastructures et le capital-investissement. Si elle n’est pas correctement équilibrée, une exposition trop limitée à ces actifs peut restreindre le potentiel de rendement à long terme (Mercer, 2024 ; Retirement Commission, 2025).
En pourcentage du total de l’actif, septembre 2025
|
Actif |
Actifs néo-zélandais |
Actifs étrangers |
Total |
|---|---|---|---|
|
Liquidités et dépôts |
5 |
1 |
6 |
|
Titres de créances |
14 |
16 |
30 |
|
Actions |
17 |
44 |
61 |
|
Autres |
2 |
0 |
2 |
|
Total |
39 |
61 |
100 |
Note : Les produits dérivés sont inclus dans la catégorie « Autres » Note : Les chiffres clés, les totaux ne correspondent pas nécessairement à la somme de leurs composantes.
Source : RBNZ, Tableau H43 Actifs KiwiSaver.
L’exposition limitée de KiwiSaver à certains actifs semble s’expliquer en partie par la capacité restreinte des gestionnaires de fonds à investir dans des actifs moins liquides. L’allocation prudente des portefeuilles reflète en partie les exigences réglementaires en matière de liquidité, qui imposent aux établissements proposant des produits KiwiSaver de transférer le solde de compte d’un adhérent vers un autre plan Kiwisaver dans un délai de dix jours ouvrables suivant la demande. Une liquidité suffisante est également nécessaire pour faire face aux différents retraits anticipés autorisés et pour répondre aux demandes de transfert d’un fonds KiwiSaver vers un autre en conservant le même plan. Une augmentation progressive de l’allocation au profit d’actifs à plus fort rendement, tels que le capital‑investissement, le capital‑risque, les actions de croissance sur les marchés publics et les infrastructures, serait envisageable en modifiant la législation et les règles encadrant KiwiSaver afin de permettre une gamme plus large de fonds.
Il serait notamment possible de modifier la législation pour créer, dans le cadre du plan KiwiSaver, un fonds de type « actifs privés » dans lequel les retraits et transferts de solde ne seraient autorisés que sous certaines conditions. Les autorités ont élaboré des propositions en ce sens, permettant aux adhérents d’opter pour des fonds renonçant aux règles de portabilité et/ou aux exigences de retrait anticipé et de migration définitive, à condition que ces modalités soient clairement énoncées et acceptées par les souscripteurs. Ces propositions ont toutefois été rejetées, au motif que, même si elles sont clairement énoncées, certaines conditions ne seraient pas comprises par l’ensemble des investisseurs, et qu’elles engendreraient un engagement conditionnel de la Couronne à compenser d’éventuelles pertes des investisseurs afin de préserver le niveau élevé de confiance dont bénéficie actuellement KiwiSaver. Reste à savoir comment le public réagirait en cas de pertes alors même que l’information était clairement communiquée. Le risque de perte de confiance pourrait être encore atténué en durcissant davantage les conditions d’accès à ces produits, par exemple en exigeant un niveau minimal de patrimoine net pour investir. Il pourrait être également pertinent de plafonner de manière très prudente, à 2 ou 3 % par exemple, la part des fonds sous gestion exposée à des actifs non cotés. Il demeure toutefois essentiel de préserver la confiance du public dans le plan KiwiSaver, d’où l’importance de développer d’autres véhicules d’épargne complémentaires. Comme on le verra plus loin, l’investissement direct de détail dans des entreprises cotées pourrait contribuer à injecter des capitaux dans les segments du marché où KiwiSaver peine à accroître significativement son exposition, notamment les petites entreprises à forte croissance.
La fiscalité néo‑zélandaise des revenus du capital et de l’épargne, qui englobe les impôts sur les actifs financiers, l’épargne retraite, le logement, l’impôt sur les bénéfices des sociétés et les impôts sur les investissements, est complexe et contrastée. Les logements sont soumis à une fiscalité plus légère que les actifs financiers et en particulier que l’épargne-retraite. L’impôt sur les sociétés figure parmi les plus élevés de l’OCDE, tandis que les taux d’imposition applicables aux investissements des entreprises sont contrastés. L’interaction de ces paramètres rend l’ensemble du système particulièrement distorsif au regard de la zone OCDE, ce qui justifie une révision de la fiscalité des revenus de l’épargne et du capital. Du point de vue du développement des marchés de capitaux, la question centrale à se poser à cet égard consisterait à évaluer dans quelle mesure ces distorsions amenuisent les sources de financement des marchés financiers, notamment l’accumulation d’épargne-retraite privée, qui a également des répercussions importantes sur la garantie d’un revenu suffisant aux retraités (chapitre 1).
La Nouvelle‑Zélande applique un régime TTE (taxation des versements, taxation des revenus de placement et exonération des retraits de fonds) aux revenus des actifs financiers, y compris l’épargne retraite. Seuls 7 pays de l’OCDE sur 38 imposent les revenus de l’épargne retraite, et seuls trois — l’Australie, la Nouvelle‑Zélande et la Türkiye — appliquent un régime TTE, dans lequel les revenus des versements et des placements sont imposés, tandis que les retraits sont exonérés (OCDE, 2024). Le régime le plus courant, en vigueur dans 17 pays sur 38, est le régime EET (exonération des versements, exonération des placements et imposition des retraits), qui permet une accumulation plus importante de capital au sein du fonds, qui est imposé par la suite comme un revenu de retraite.
Le régime TTE appliqué à l’épargne financière, conjugué à la faible imposition des logements en Nouvelle‑Zélande (absence d’imposition des loyers imputés et non- imposition des plus‑values, sauf dans des situations aisément évitables, ce qui équivaut au système TTE) fait de l’ensemble du dispositif l’un des régimes fiscaux de l’OCDE les plus favorables au logement. Les ménages ont été ainsi été fortement et systématiquement incités à consacrer une part disproportionnée de leur patrimoine à des biens immobiliers occupés par leurs propriétaires ou à des objets résidentiels de rendement plutôt qu’à des actifs financiers diversifiés. Cette tendance a eu des répercussions sur la hausse des prix des logements, l’augmentation de la superficie des logements neufs, la baisse des taux d’accession à la propriété parmi les jeunes générations et une détérioration de la position extérieure nette de la Nouvelle-Zélande reflétant la diminution des actifs financiers intérieurs à la disposition des entreprises (Coleman, 2017).
Du point de vue du développement du marché financier, l’inconvénient majeur du régime TTE tient au fait qu’il pénalise l’accumulation de l’épargne-retraite à long terme en imposant les revenus d’épargne chaque année, ce qui réduit fortement la capitalisation par rapport aux régimes EET appliqués dans la plupart des pays de l’OCDE (Coleman, 2024). Ces effets conjugués contribuent à la faible profondeur des marchés de capitaux, à l’affaiblissement de la productivité et à l’étroitesse des marchés financiers néo‑zélandais. Une approche plus cohérente consisterait à transférer progressivement la charge fiscale pesant sur les cotisations et les revenus de l’épargne financière vers les retraits, ce qui reviendrait à adopter un régime EET plus proche des pratiques internationales. Une réforme spécifique devrait être envisagée par la suite dans le cadre d’un examen approfondi de la fiscalité de l’épargne. Toutefois, un allègement de la fiscalité des revenus du plan KiwiSaver constituerait un bon exemple du type d’ajustement structurel susceptible de garantir à long terme un revenu suffisant aux retraités. La capitalisation de l’épargne‑retraite sur une quarantaine d’années, combinée à une réduction de la charge fiscale sur les revenus, augmenterait sensiblement le patrimoine privé accumulé à long terme.
L’effet sur l’épargne privée totale pourrait être substantiel si ces réformes sont appliquées au plan KiwiSaver. Dans les régimes d’épargne-retraite volontaire, la littérature internationale montre que les incitations fiscales entraînent souvent d’importants transferts d’épargne entre les instruments, mais n’augmentent que faiblement l’épargne nette, en particulier pour les ménages à revenu plus élevé qui détiennent déjà des portefeuilles diversifiés. Selon des données relatives à l’Espagne, seuls 19 centimes par euro de cotisation versé sur un régime de retraite fiscalement avantageux représente une nouvelle épargne. Des données danoises montrent, quant à elles, que près de 64 % de l’épargne-retraite induite par des incitations fiscales est compensée par une baisse de l’épargne ailleurs (Ayuso et al., 2019 ; Christensen, 2023). Dans ce type de dispositifs volontaires, l’effet de revenu domine donc fréquemment.
La réaction comportementale est toutefois radicalement différente dans les régimes à affiliation automatique. Les choix par défaut l’emportent sur la prise de décision et les ménages se montrent très peu réactifs à l’égard des règles fiscales. Des données du Royaume‑Uni montrent qu’après la mise en place de l’adhésion automatique, l’élasticité de l’épargne-retraite aux incitations fiscales est devenue extrêmement faible, ce qui donne à penser que les ajustements liés aux effets de substitution et de revenu sont minimes (O’Brien, 2023). Cela signifie que lorsque le traitement fiscal est plus favorable au sein d’un dispositif fondé sur l’affiliation automatique, dans l’ensemble les cotisations ne varient pas à la hausse ou à la baisse en réaction et les ménages ne compensent pas ce changement en réduisant leurs autres produits d’épargne privée. Les effets positifs seraient plus marqués pour les ménages à faible revenu et à revenu intermédiaire, dont l’épargne discrétionnaire est peu élevée et qui sont plus exposés au risque d’un solde insuffisant au moment de la retraite. Bien que les données britanniques n’évaluent pas directement les changements dans les autres dispositifs d’épargne, la très faible élasticité observée indique clairement que les réallocations de portefeuilles ont été négligeables. Dans ce contexte, la suppression ou la réduction de l’impôt sur les revenus des placements KiwiSaver aurait pour effet principal de renforcer la capitalisation sans modifier les conditions de cotisations, ce qui augmenterait le capital total accumulé pour la retraite.
Par exemple, des simulations supprimant l’imposition des revenus générés, y compris en les associant à un impôt ponctuel prélevé à l’âge de la retraite (65 ans) et en se fondant sur des estimations de revenus historiques, montrent qu’au bout de 40 années, le montant de la pension après impôt est deux fois plus élevé avec un impôt ponctuel qu’avec une imposition annuelle (Graphique 4.5, Partie A). Ce résultat vaut même si le taux de croissance des cotisations reste inchangé dans le nouveau régime fiscal. Il est dû à l’effet de capitalisation induit par le réinvestissement de revenus annuels plus élevés lorsque l’imposition annuelle est supprimée. Cette forte hausse des avoirs accumulés après impôt s’observe également malgré le fait que l’impôt prélevé au moment du retrait soit calculé de manière à préserver la valeur actuelle des recettes publiques totales, en alignant la valeur actuelle nette (VAN) des recettes publiques sur celle des flux d’imposition annuels sur la même période. Le taux de l’impôt ponctuel équivalent à la VAN augmente avec le taux d’imposition annuel, traduisant la nécessité de compenser un manque à gagner plus important (Graphique 4.5, partie B). Le patrimoine supplémentaire constitué pour la retraite et l’impôt ponctuel équivalent sur le retrait dépendent à la fois au taux de rendement retenu et, comme indiqué au chapitre 1, du taux d’actualisation appliqué par l’État. Même si cette évolution de la fiscalité n’est pas neutre pour les recettes publiques en termes de VAN, elle permettrait malgré tout de procurer un avantage net à l’État après la prise en compte des autres prestations.
Note : Les simulations prennent pour hypothèse un investissement nominal initial de 100 NZD et un taux de rendement nominal brut de l’épargne-retraite de 8 % par an, ce qui correspond au taux plancher de la fourchette des rendements nominaux de 8 à 10 % observés sur 200 ans aux États‑Unis, au Royaume‑Uni et dans d’autres grands marchés (Chambers et al., 2023). L’inflation est supposée être de 2 %, ce qui correspond à un rendement réel présumé de 6 %. Les cotisations annuelles progressent de 4 % par an à partir d’une base de 6.3 milliards NZD. On part de l’hypothèse que l’administration applique des taux d’actualisation réels décroissants, de 2 % jusqu’à la 30e année, puis de 1.5 % entre la 31e et la 50e année, selon les calculs concernant la Nouvelle-Zélande, effectués par Parker (2025) et fondés sur la modélisation du taux de préférence sociale pour le présent, du taux d’actualisation social, qui tient compte de l’incertitude croissante quant à la croissance et aux taux d’intérêt à mesure que s’allonge l’horizon d’investissement. Des politiques publiques telles que l’atténuation du changement climatique ou les investissements dans les infrastructures procurent des bénéfices aux générations futures. Le maintien constant d’un taux d’actualisation élevé sous‑estimerait ces avantages. L’application de taux moins élevés au‑delà de 30 ans permet de mieux tenir compte des avantages futurs, en évitant de pénaliser excessivement les générations à venir et elle est alignée sur les meilleures pratiques internationales en matière d’analyse des politiques de long terme (OCDE, 2018 ; HM Treasury, 2022). Un impôt ponctuel à la sortie remplace l’imposition des rendements des placements.
Source : Calculs de l’OCDE.
Un examen de la fiscalité de l’épargne devrait également analyser les effets des fortes disparités en matière d’impôt sur le revenu et de traitement fiscal selon la catégorie d’actifs et la localisation, qui sont à l’origine de distorsions dans l’allocation des actifs (Tableau 4.2). Ces écarts incitent les épargnants à privilégier les actifs bénéficiant d’un traitement fiscal favorable plutôt qu’à sélectionner leurs placements en fonction des principes de base risque‑rendement. L’exonération quasi totale de l’impôt sur les logements occupés par leurs propriétaires, y compris l’absence d’imposition des plus‑values dans la plupart des cas et la non-imposition des loyers imputés, confère un avantage structurel au rendement après impôt de l’immobilier résidentiel. Cette situation incite les ménages à surpondérer le logement par rapport aux actifs financiers. Historiquement, la principale « stratégie » d’épargne privée des Néo‑Zélandais, tous milieux et niveaux de revenu confondus, a consisté à acquérir autant de biens résidentiels que possible et à réaliser des plus‑values non imposées. Cette logique prévaut également chez de nombreux exploitants pour leurs terres. Il n’est pas rare que les ménages à revenu élevé possèdent deux ou plusieurs propriétés.
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Investissement |
Investisseur |
Règles d’imposition |
|---|---|---|
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Logement occupé par son propriétaire (résidence principale) |
Individuel |
Absence d’imposition sur les plus-values ou les loyers imputés |
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Logements locatifs/autres biens immobiliers |
Individuel |
Le loyer est imposable au taux marginal d’imposition. Les plus‑values réalisées lors de la vente sont imposables au taux marginal si : (i) la vente a lieu dans les 2 ans suivant l’acquisition ; le bien est acheté dans l’intention ou dans le but de le revendre (ii) le vendeur exerce une activité de construction ou de négoce immobilier ou dispose d’une expérience de l’achat et de la vente. |
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Actions néo-zélandaises/australiennes |
Individuel |
Les dividendes sont imposés au taux marginal (mais peuvent être assortis de crédits d’imputation permettant de réduire l’impôt jusqu’à concurrence de 28 %). Les plus-values/moins-values sur la vente sont imposables/déductibles au taux marginal d’imposition applicable au contribuable uniquement s’il exerce une activité de courtage de titres ou s’il a acquis les titres principalement dans l’intention ou le but de les revendre. La détention d’actions pour en retirer des dividendes peut étayer la position selon laquelle les actions ne sont pas imposables. |
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PIE (KiwiSaver ou fonds gérés) |
Les dividendes sont imposés au taux d’imposition de l’investisseur final, mais ce taux est plafonné à 28 % et peut être imputé. L’ensemble des plus‑values sur la vente d’actions néo‑zélandaises et australiennes ne sont pas imposables. |
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Portefeuille de participations étrangères (moins de 10 %) détenues dans des entités cotées |
Individuel détenant < 50 000 NZD de parts |
Lorsque la valeur totale des parts détenues par un investisseur individuel est inférieure à 50 000 NZD, les règles sont similaires à celles des actions néo‑zélandaises (sans crédits d’imputation sur les dividendes, mais un crédit d’impôt étranger peut être accordé pour toute retenue à la source). Les plus-values/moins-values sur la vente des parts sont imposables/déductibles au taux marginal si la vente a lieu dans le cadre d’une activité de courtage ou à des fins de revente. |
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Individuel > 50 000 NZD d’actions |
Les règles relatives aux fonds d’investissement étrangers s’appliquent. L’investisseur individuel peut choisir chaque année, sur la base de son portefeuille, le moins élevé des deux modes d’imposition suivants : (i) FDR (Fair Dividend Rate) : paiement d’un impôt de 5 % de la valeur d’ouverture (avec application de règles spécifiques pour les ventes rapides) ; (ii) CV (Comparative Value) : imposition des gains non réalisés et des revenus de l’année (équivalent à un impôt sur les plus‑values latentes selon une méthode d’accroissement annuel). |
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PIE (KiwiSaver ou fonds gérés) |
Les fonds PIE sont généralement tenus d’appliquer la méthode FDR, quel que soit le rendement du portefeuille. |
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Obligations/taux fixe |
Individuel |
Imposition des intérêts et de toutes les plus-values au taux marginal (le moment choisi peut dépendre de l’ampleur des instruments détenus). |
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PIE (KiwiSaver ou fonds gérés) |
Imposition des intérêts au taux marginal plafonné à 28 % et toutes les plus‑values latentes sont plafonnées à 28 %. |
Note : Cette liste ne contient pas l’ensemble des instruments d’épargne et les règles présentées ne sont pas exhaustives. Un organisme de placement de portefeuille (« Portfolio Investment Entity » - PIE) est une structure juridique et fiscale déterminant le mode d’imposition des revenus d’investissement.
Source : Administration fiscale de la Nouvelle-Zélande
À l’inverse du logement, l’épargne financière est soumise à une fiscalité incohérente. Les intérêts obligataires sont intégralement imposés au taux marginal, ce qui ôte aux produits à revenu fixe une grande part de leur attractivité, tandis que la détention directe d’actions internationales peut déclencher l’application des règles du Foreign Investment Fund qui pénalisent plus lourdement les investissements mondiaux diversifiés. Par ailleurs, le traitement préférentiel accordé aux actions néo‑zélandaises et australiennes détenues via les organismes de placement de portefeuilles (PIE), notamment le plafonnement du taux d’imposition à 28 % et l’exonération des plus‑values, incite fortement les ménages à revenu élevé à orienter leur épargne vers les fonds gérés et KiwiSaver plutôt qu’à détenir directement des portefeuilles diversifiés. Cette orientation a des conséquences sur le développement des marchés financiers. En effet, comme on le verra plus loin, la détention directe de portefeuilles de titres par les investisseurs individuels peut constituer une source de financement importante pour les entreprises en phase de croissance sur les marchés d’actions.
Les investisseurs institutionnels jouent un rôle central dans l’approfondissement des marchés financiers, en fournissant des capitaux patients et à long terme qui soutiennent les entreprises privées créatrices de gains de productivité et les investissements stratégiques nationaux. En Nouvelle‑Zélande, cet écosystème s’articule autour des fonds souverains néo‑zélandais, de la part croissante des fonds KiwiSaver, des compagnies d’assurance et des autres structures de placement spécialisées. Si l’on veut accéder à des financements d’une ampleur suffisante pour renforcer l’investissement et la productivité, il est essentiel de faire en sorte que ces acteurs fonctionnent de façon complémentaire et mutuellement bénéfique.
Les fonds souverains jouent un rôle important, mais souvent indirect, dans le développement des marchés financiers. Les données internationales montrent qu’ils peuvent renforcer les marchés locaux en ancrant les capitaux sur le long terme, en améliorant les normes de gouvernance et en envoyant un signal de confiance au marché, même lorsque leur mandat principal n’est pas orienté vers le marché intérieur (International Forum of Sovereign Wealth Funds, 2026). À l’échelle mondiale, les fonds souverains soutiennent le développement économique national dans le cadre de stratégies d’investissement à plus long terme, tout en conservant des obligations de rendement financier (Santiso, 2008). Leurs actifs dépassent désormais 11 000 milliards USD (Forum économique mondial, 2023) et le cadre de l’OCDE pour l’investissement à long terme souligne que les grands investisseurs institutionnels, y compris les fonds souverains, peuvent contribuer à la profondeur des marchés grâce à de meilleures pratiques de gestion des risques, une plus grande transparence et une gestion prudente (OCDE, 2013).
Le paysage néo‑zélandais des investissements souverains comprend la pension publique de retraite (New Zealand Superannuation Fund, NZ Super Fund) et l’organisation d’indemnisation des accidents (Accident Compensation Corporation, ACC) qui gèrent ensemble plus de 130 milliards NZD, ce qui en fait deux des plus grands investisseurs institutionnels du pays (Accident Compensation Corporation, 2024 ; PwC Nouvelle-Zélande, 2025). Les deux fonds fonctionnent dans le cadre de mandats prévus par la loi : le fonds NZ Super Fund a pour objet de financer les coûts futurs des retraites, tandis que le fonds de l’ACC est destiné à couvrir les prestations à long terme au titre des accidents. Leurs portefeuilles sont donc largement diversifiés à l’échelle mondiale, conformément aux pratiques internationales, et n’ont pas pour objectif de développer le marché financier intérieur. Néanmoins, compte tenu de leur ampleur et de leur degré de sophistication en matière d’investissement, ils peuvent exercer une influence sur les normes de gouvernance et de transparence, renforcer les capacités du marché et avoir un effet catalyseur dans des opérations de co-investissements pour certains projets stratégiques ou de grande envergure (Boubakri et al., 2023).
Le NZ Super Fund atteignait 85 milliards NZD en juin 2025 (soit environ 19.5 % du PIB) (NZ Super, 2025). Le Fonds affiche un bilan solide, avec un rendement moyen de 10.1 % sur deux décennies et un rendement annuel de 11.8 % pour l’exercice clos en juin 2025 (NZ Super Fund, 2025). Il constitue également une référence dans le paysage de l’investissement institutionnel en raison de l’influence qu’il exerce sur les normes de gouvernance, les pratiques en matière de gestion des risques et l’adoption des principes de durabilité. Ses allocations au profit d’actifs non cotés ont également progressé régulièrement, à l’instar des fonds souverains et des fonds de pension des autres pays. Le fonds d’investissement de l’ACC, dont la valeur atteignait 48.5 milliards NZD en juin 2024, a vocation à couvrir les coûts des prestations à long terme liés aux sinistres, de manière à éviter que les cotisants aient à financer les engagements futurs au moment où ils se concrétisent (Accident Compensation Corporation, 2024). En tant que l’un des principaux investisseurs institutionnels de la Nouvelle‑Zélande, l’ACC a contribué à la stabilité du marché en privilégiant les actifs à long terme, générateurs de revenus et alignés sur le profil de ses engagements. Il fournit ainsi une source régulière de capital patient sur plusieurs cycles et renforce les pratiques de gouvernance et de gestion des risques (Accident Compensation Corporation, 2024 ; PwC Nouvelle-Zélande, 2025).
Les données de l’OCDE et des marchés internationaux montrent que les fonds souverains contribuent le plus efficacement au développement des marchés, non pas en augmentant l’allocation d’actifs nationaux, de nature à évincer les capitaux privés, mais en favorisant la qualité et la structure des écosystèmes d’investissement, notamment le développement de projets en attente, les modèles de co‑investissement et les bonnes pratiques de gestion (OCDE, 2015 ; Gordon & Pohl, 2015). Le Fonds de réserve pour les retraites de Nouvelle-Zélande (NZSF, NZ Super Fund) peut contribuer au développement des marchés de capitaux nationaux. Son mandat officiel consiste toutefois à optimiser les rendements sur le long terme, sous réserve d’un risque acceptable. Son portefeuille est donc largement diversifié à l’échelle mondiale. En effet, en juin 2025, seuls 11 % environ de ses actifs étant investis en Nouvelle‑Zélande (Tableau 4.3). Ce niveau demeure nettement supérieur à la part de la Nouvelle‑Zélande dans le PIB mondial qui est de 0.24 %, mais ce déséquilibre présente des avantages en termes de développement du marché intérieur. Une réaffectation supplémentaire des actifs sur les marchés néo‑zélandais risquerait d’évincer d’autres investisseurs. Par conséquent, le NZSF devrait mettre à profit son expertise approfondie en matière d’investissement pour contribuer davantage au développement des marchés intérieurs, plutôt que d’augmenter la part de son portefeuille investie en Nouvelle-Zélande. Le NZSF devrait donc jouer un rôle complémentaire plutôt que dominant : servir de point d’ancrage à certains projets stratégiques ou de grande envergure, tout en laissant la possibilité aux capitaux privés de se développer. Cela suppose de mobiliser un éventail plus large d’investisseurs institutionnels et d’épargne privée aux côtés du Fonds.
En pourcentage du total, 30 juin 2025
|
Nouvelle-Zélande |
Étranger |
Total |
|
|---|---|---|---|
|
Actions cotées |
4 |
50 |
54 |
|
Titres à revenu fixe |
1 |
17 |
18 |
|
Actifs alternatifs |
0 |
8 |
8 |
|
Terres agricoles et forêts |
3 |
2 |
5 |
|
Immobilier |
2 |
3 |
5 |
|
Capital-investissement |
1 |
4 |
5 |
|
Infrastructures |
0 |
4 |
4 |
|
Autres (trésorerie et divers) |
0 |
1 |
1 |
|
Total |
11 |
89 |
100 |
Source : NZ Super Fund (2025) NZ Super Fund - Actual portfolio etTop 1 000 funds
L’augmentation sensible de la profondeur du marché intérieur dépendra davantage de la croissance et de l’affectation de l’épargne privée, notamment dans des fonds comme KiwiSaver et d’autres investissements de détail, que des seuls fonds NZ Super et ACC. Alors que ces deux derniers privilégient une diversification mondiale, les fonds KiwiSaver ont exprimé leur volonté d’accroître leur exposition aux investissements nationaux à long terme, notamment dans des actifs de capitaux privés. Toutefois, les préoccupations de la Couronne concernant les engagements éventuels semblent, dans les faits, limiter cette possibilité. Le renforcement des investissements privés non destinés à la retraite peut également jouer un rôle important pour aiguiller les financements vers les petites entreprises cotées (voir ci‑après). Ces institutions peuvent se renforcer mutuellement : les dispositifs NZ Super et ACC jouent parfois le rôle de co‑investisseurs minoritaires, en contribuant à apporter des références en matière de gouvernance et de performance ainsi que leur expertise en investissement ; tandis que KiwiSaver et les autres instruments de placement de détail élargissent la base d’investissements locaux. Pour KiwiSaver, cela pourrait concerner notamment les infrastructures et d’autres actifs à long terme générant des rendements réguliers, en adéquation avec ses engagements de prestations au titre de la retraite. Au-delà de son action sur les marchés financiers, les pressions démographiques croissantes intensifient le débat budgétaire autour du rôle du régime NZ Super dans la prestation de revenus de retraite (chapitre 1).
L’investissement direct international (IDI) constitue une source importante de capitaux, de transfert de savoir-faire et d’accès aux marchés internationaux pour les petites économies ouvertes. Il est essentiel d’attirer des capitaux internationaux pour compléter l’épargne intérieure, mais aussi pour soutenir la croissance des entreprises productives et renforcer les marchés des capitaux. Cependant, la Nouvelle-Zélande applique l’un des régimes les plus restrictifs de l’OCDE pour l’IDI (OCDE, 2024 ; Graphique 4.6). Ces restrictions résultent du large éventail d’actifs sensibles soumis à autorisation, de seuils de filtrage relativement bas et de l’obligation de démontrer un avantage net pour la Nouvelle-Zélande. Si ces dispositions visent principalement à protéger les terres et les ressources naturelles sensibles dans l’intérêt national, elles peuvent également dissuader certaines catégories d’investisseurs institutionnels et à long terme. Cela indique la nécessité de simplifier le régime de filtrage des IDI en en restreignant le champ d’application aux seuls actifs véritablement sensibles et en privilégiant des évaluations davantage fondées sur les risques.
2023
La Nouvelle-Zélande jouit d’une solide réputation auprès des investisseurs internationaux en matière d’État de droit, de respect des contrats et d’intégrité institutionnelle, mais elle doit aussi préserver à tout prix la cohérence et la prévisibilité de ses orientations politiques. Aux dire des acteurs du marché, les changements réglementaires soudains, tels que ceux survenus par le passé dans le secteur pétrolier et gazier, saperaient la confiance des investisseurs en général. L’une des priorités majeures est donc d’éviter les revirements politiques soudains et de garantir la consultation transparente des parties prenantes. Il est également important d’entretenir des relations étroites et régulières avec les principaux investisseurs des grands centres financiers afin d’attirer des capitaux internationaux. Ce renforcement des liens, notamment par une communication accrue avec les investisseurs et des campagnes de promotion ciblées, permettrait d’assurer une diffusion claire des orientations politiques de la Nouvelle-Zélande à la communauté financière internationale.
Le gouvernement a accéléré les réformes visant à rendre le régime des investissements étrangers plus ouvert et plus efficace. Dans le cadre de la nouvelle approche fondée sur les risques, introduite en 2024, les délais de traitement des autorisations d’investissement étranger ont diminué de plus de 60 %, 87 % des demandes étant traitées en moins de la moitié du délai légal. L’Overseas Investment (National Interest Test and Other Matters) Amendment Act de 2025 devrait consolider et simplifier davantage le filtrage en remplaçant les multiples évaluations par un seul examen de l’intérêt national modifié. Dans le cadre du nouveau régime, les transactions à faible risque feront l’objet d’un tri et seront approuvées dans un délai de 15 jours ouvrables, tandis que les terres agricoles, les quotas de pêche et les logements résidentiels resteront soumis aux règles en vigueur. Ces réformes visent à faciliter l’accès aux capitaux internationaux tout en maintenant les garanties nécessaires pour protéger les intérêts nationaux.
Le gouvernement se penche également sur les obstacles internes susceptibles de dissuader les investisseurs. Les nombreux commentaires formulés par les experts et les acteurs des marchés financiers et immobiliers indiquent que l’interdiction faite aux résidents non permanents ou aux étrangers d’acquérir des biens immobiliers résidentiels existants constitue un facteur dissuasif pour les investisseurs fortunés. Afin de renforcer les liens avec ces investisseurs, il a été convenu en septembre 2025 d’assouplir les règles relatives à l’investissement international. Ces mesures, dont l’entrée en vigueur est prévue en mars 2026, permettront aux titulaires d’un visa « Active Investor Plus » d’acquérir une propriété résidentielle. Pour prétendre à ce visa, il faut réaliser un investissement direct d’au moins 5 millions NZD dans une entreprise néo-zélandaise, ou un investissement financier d’au moins 10 millions NZD dans des actions, des obligations ou des projets immobiliers.
Le risque que cette exonération partielle accentue les pressions sur l’ensemble du marché immobilier semble limité par l’obligation que le bien ait une valeur d’au moins 5 millions NZD. En effet, cette condition ne concerne que le segment du très haut de gamme, qui représente moins de 1 % des ventes, et se concentre principalement dans le centre d’Auckland et de Queenstown. Bien que cette mesure ait un impact limité dans la pratique, elle marque un tournant vers une plus grande ouverture de la Nouvelle-Zélande vis-à-vis de l’investissement international. Toutefois, des réformes plus approfondies du fonctionnement du marché boursier et des cadres d’investissement institutionnel sont nécessaires pour garantir l’affectation des capitaux internationaux à des activités économiques productives.
Le régime du FIF (Foreign Investment Fund) constitue un obstacle majeur pour les investisseurs étrangers, en particulier en capital-risque, ainsi que pour les entrepreneurs néo-zélandais en quête de capitaux internationaux. Ce régime impose aux investisseurs en capital-risque, comme à tout contribuable résidant en Nouvelle-Zélande, d’acquitter leur taux marginal d’imposition, probablement le taux maximal de 39 %, sur les revenus présumés provenant d’actifs détenus à l’étranger, même s’ils n’ont réalisé aucun gain. Des travaux empiriques menés par l’OCDE montrent que le régime fiscal constitue un obstacle pour les investisseurs migrants, même si cet effet négatif reste globalement modéré (OCDE, 2024d). Toutefois, la fiscalité reste un élément déterminant pour certains types d’investisseurs. Force est de constater que le caractère forfaitaire des revenus imposés par le régime du FIF est particulièrement dissuasif pour les investisseurs en capital-risque, car ceux-ci détiennent souvent des droits sur des actifs dont les gains futurs sont très incertains et non réalisés. En conséquence, ces actifs ne génèrent pas le revenu permettant de payer une facture fiscale dont le montant pourrait même dépasser le revenu total actuel de l’investisseur en capital-risque. De plus, si ce dernier est un citoyen américain, il peut subir une double imposition sur ses gains lorsqu’ils sont réalisés, car il ne pourra pas bénéficier de crédits d’imputation au titre de l’impôt payé sous le régime du FIF pour compenser l’impôt sur les plus-values aux États-Unis.
Dans le cadre d’une initiative salutaire, le régime du FIF autorisera désormais la méthode de comptabilisation des recettes. Celle-ci permettra d’imposer les actifs sur une base réelle, c’est-à-dire uniquement sur les dividendes et sur les gains ou pertes constatés lors de la vente (Inland Revenue, 2025). Toutefois, cette méthode ne sera accessible qu’aux investisseurs résidant à l’étranger depuis au moins 5 ans. Un entrepreneur néo-zélandais peut également être contraint, en vertu du régime FIF, de quitter la Nouvelle-Zélande pour éviter cette dette fiscale potentiellement importante si, comme c’est souvent le cas, l’investisseur international en capital-risque lui impose de domicilier son entreprise dans son pays d’origine. Par conséquent, cette mesure pourrait également être étendue aux chefs d’entreprise qui conservent leur résidence fiscale en Nouvelle-Zélande, mais qui redomicilient leur société dans le cadre d’un accord avec des investisseurs, à condition que l’État concerné ne soit pas classé par l’OCDE dans les juridictions fiscales non coopératives.
Les Maoris jouent un rôle croissant dans l’économie de la Nouvelle-Zélande, gérant d’importants actifs tribaux issus des règlements du Traité de Waitangi, tout en renforçant leur présence dans le développement des entreprises et des communautés. L’économie maorie affiche un PIB annuel estimé à environ 32 milliards NZD (soit environ 9 % du PIB nominal du pays) et s’appuie sur une base d’actifs d’environ 126 milliards NZD, dont 19 milliards proviennent des travailleurs indépendants maoris, 66 milliards des employeurs maoris et 41 milliards des collectifs maoris (MBIE, 2024 ; RBNZ, 2025). En 2024, plus de 5 700 entreprises maories ont été recensées, dont 1 353 autorités et 4 425 autres entreprises, employant au total plus de 56 000 personnes à travers le pays. Les autorités maories ont généré 5.6 milliards NZD de revenus et exporté pour près de 1 milliard NZD de marchandises, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de la sylviculture (Stats NZ, 2025).
Les investisseurs maoris sont réputés pour leur vision intergénérationnelle et à long terme, qui privilégie une gestion responsable, l’intérêt communautaire et des rendements durables plutôt que la maximisation du profit à court terme (RBNZ, 2019). Les investissements des iwi (tribus) et des hapū (sous-tribus) jouent un rôle particulièrement important dans le développement régional, contribuant à l’emploi, aux infrastructures et à la diversification dans des secteurs tels que l’agriculture, la pêche, la sylviculture et, de plus en plus, le logement et les projets communautaires.
Le processus de règlement du Traité de Waitangi a joué un rôle central dans la structuration de la base économique des iwi. Depuis les années 1990, les règlements successifs ont transféré des indemnisations financières, des terres et des droits sur les ressources naturelles aux autorités iwi, créant ainsi le socle d’un capital piloté par les Maoris (Encadré 4.1). Ces règlements ont doté les iwi à la fois d’actifs commerciaux et de mandats à long terme pour gérer ces actifs au nom de leurs membres. Bien que l’ampleur de ces règlements soit relativement modeste à l’échelle nationale (environ 1 % du PIB), ils ont joué un rôle charnière en permettant aux organisations maories de consolider leurs bilans, d’établir des structures d’entreprise et de réintégrer les circuits économiques conventionnels. De fait, les iwi ont considérablement fait fructifier les actifs issus de ces règlements : en 2024, les iwi Waikato-Tainui et Ngāi Tahu géraient chacune quelque 2 milliards NZD d’actifs, un chiffre nettement supérieur aux montants initiaux accordés dans les années 1990. Collectivement, les dix plus grandes iwi après règlements gèrent environ 8.2 NZD d’actifs à l’échelle nationale, soit près de 70 % de la base d’actifs après règlements de l’économie maorie (TDB Advisory, 2024).
Le Traité de Waitangi, signé en 1840, est considéré comme l’acte fondateur de la Nouvelle-Zélande. À partir du milieu des années 1970, la création du Tribunal de Waitangi a instauré un mécanisme formel pour examiner les plaintes relatives aux violations du traité ou aux actes contraires à ses principes, et pour recommander des réparations. Dès la fin des années 1980, et plus particulièrement dans les années 1990, le gouvernement a négocié et conclu des règlements avec les iwi et les hapū. Ces règlements prévoient généralement une combinaison d’indemnisations financières (versements de capitaux ou actifs commerciaux), de réparations culturelles (restitution de terres sacrées, accords de cogestion des ressources naturelles), ainsi que des excuses et une reconnaissance officielle des manquements au Traité.
En 2025, environ 80 règlements avaient été conclus, dont ceux de Waikato-Tainui (1995) et de Ngāi Tahu (1998). Le montant cumulé des réparations financières et commerciales transférées est estimé à 2.7 milliards NZD, soit environ 0.6 % du PIB nominal (Auditor-General, 2025). Ces règlements ont été déterminants pour le développement des iwi car il leur a fourni un capital d’amorçage qui a connu une croissance substantielle sous l’égide des organismes d’investissement tribaux. Ce processus a également favorisé le renforcement des institutions de gouvernance des iwi, bien que les débats persistent sur le caractère suffisant des réparations, l’équité entre les générations et le rythme de résolution des demandes en attente.
À côté de ces réalisations et du potentiel du capital maori, les organisations et les foyers maoris continuent de faire face à des obstacles importants pour accéder au capital (Cherry et Cheung, 2025). Les protections juridiques des terres maories en propriété libre (whenua Māori) restreignent leur utilisation comme garantie, ce qui complique l’octroi de prêts et limite la participation au système financier conventionnel. Les asymétries d’information, les accords de propriété collective et les structures de gouvernance complexes ou inexistantes réduisent l’accès au capital, car les prêteurs ont souvent des doutes quant à l’identité de la personne habilitée à conclure des contrats sur les actifs. La législation relative à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LBC/FT) exige des entités déclarantes qu’elles procèdent à une vérification préalable des structures fiduciaires, notamment en identifiant les principales parties exerçant le contrôle et les bénéficiaires effectifs concernés. Cela peut s’avérer onéreux pour les fiducies foncières maories et les fiducies iwi, lorsqu’elles possèdent des structures de propriété vastes et complexes qui réduisent encore davantage l’accès au capital. En raison de ces difficultés, les prêts garantis par une hypothèque sur des whenua Māori sont rares. En effet, les fiducies et sociétés foncières maories sont souvent incapables d’obtenir un financement. Globalement, les entreprises maories se voient appliquer des taux d’intérêt supérieurs d’environ 50 points de base à ceux des entreprises non maories (RBNZ, 2022). Le manque de données cohérentes sur les entreprises maories et sur les résultats des prêts limite également la capacité des décideurs politiques et des institutions à élaborer des solutions fondées sur des données probantes. Ces obstacles sont particulièrement marqués pour les fiducies dont la base de propriétaires est soit très étendue, soit très restreinte ; dans ces cas, la fragmentation des registres, le manque de capacité administrative ou les chevauchements des responsabilités de gouvernance rendent la collecte de données et l’évaluation des risques particulièrement complexes.
Les estimations du nombre et de l’activité des entreprises maories varient considérablement d’une source à l’autre selon la méthodologie utilisée, ce qui indique des disparités dans les définitions et la couverture des données. Par exemple, les chiffres de recensement officiels de la propriété maorie basés sur l’auto-identification sont nettement inférieurs aux estimations dérivées des ensembles de données administratives intégrés. Ces incohérences mettent en évidence des lacunes persistantes dans l’infrastructure de données nécessaire pour évaluer avec précision la participation économique des Maoris et concevoir des réponses stratégiques efficaces.
Au niveau des foyers, ces difficultés sont aggravées par des disparités socioéconomiques plus larges, notamment des taux d’accession à la propriété et des revenus plus faibles, des antécédents de crédit plus fragiles et un niveau inférieur de culture financière. Un déficit de confiance entre les communautés maories et les institutions financières persiste également, sachant qu’il y a une faible représentation maorie au sein des banques et un manque de produits et services adaptés à cette culture (gestionnaires d’actifs spécifiques aux Maoris, organismes de placement dirigés par des iwi ou encore structures de financement adaptées), même si des signes d’amélioration progressive sont néanmoins constatés.
Au niveau international, on a eu recours à des structures d’investissement collectif pour surmonter certains de ces obstacles. Par exemple, le réseau canadien des institutions financières autochtones (IFA), soutenu par l’Association nationale des sociétés autochtones de financement (ANSAF), montre comment des modèles dirigés par des autochtones peuvent être déployés à grande échelle. Rien qu’en 2023-24, les IFA ont accordé plus de 1 100 prêts pour une valeur totale de 166 millions CAD, ce qui a permis de financer près de 4 600 emplois et a généré des bénéfices sociaux mesurables en matière de logement, de sécurité alimentaire et de santé mentale (ANSAF, 2025). Le modèle d’emprunt collectif du Canada, sous l’égide de l’Administration financière des Premières Nations, illustre également comment des structures de crédit collectives peuvent réduire les coûts et améliorer l’accès au financement.
En Nouvelle-Zélande, les syndicats d’investissement dirigés par les iwi (tels que Te Pūia Tāpapa), les gestionnaires d’actifs spécifiques aux Maoris, les intermédiaires financiers caritatifs maoris et les logements communautaires de type papakāinga illustrent les efforts déployés pour créer des parcours financiers culturellement adaptés. Ces véhicules d’investissement collectif permettent de réaliser des économies d’échelle, de surmonter les asymétries d’information et de diversifier les portefeuilles au travers de différentes catégories d’actifs. En mettant leurs ressources en commun et en partageant leur expertise en matière de gestion d’actifs, les iwi ont pu améliorer la qualité de leur gestion, réduire les coûts administratifs et accéder à des opportunités de plus grande envergure, comparables à celles dont bénéficient les investisseurs institutionnels traditionnels. Par exemple, Taranaki Iwi Holdings et Rauawa proposent des modèles d’investissement collaboratifs dirigés par des Maoris, alliant rigueur commerciale et objectifs sociaux et culturels (Encadré 4.2).
Taranaki Iwi Holdings constitue un exemple de premier plan d’entité d’investissement dirigée par des Maoris, alliant performance commerciale et objectifs sociaux et culturels. Établie à la suite du règlement du Traité de l’Iwi, elle gère le pūtea (capital) commercial de Te Kāhui o Taranaki par l’intermédiaire d’un conseil d’administration distinct, ce qui garantit à la fois une supervision professionnelle et une responsabilité culturelle.
En 2023, Taranaki Iwi Commercial Group gérait des actifs évalués à environ 128 millions NZD, avec des versements annuels de 2.7 millions NZD à Te Kāhui et un rendement annuel moyen de 7.9 % sur les cinq dernières années. Son portefeuille diversifié s’étend dans plusieurs domaines allant de l’immobilier commercial et résidentiel (via le groupe Hāpai) à l’agro-industrie (Pūainuku), en passant par le capital-investissement (Te Pūia Tāpapa), les fonds gérés et les investissements à impact local tels que le logement abordable.
La structure à deux entités – Taranaki Iwi Holdings Limited Partnership et Taranaki Iwi Fisheries Ltd – permet une séparation claire entre la gestion commerciale des actifs et la distribution des revenus à l’appui d’objectifs sociaux plus larges. Guidés par les valeurs iwi que sont la gestion responsable et l’équité entre les générations, les investissements cherchent le juste équilibre entre stabilité des revenus et croissance à long terme. Grâce à l’investissement conjoint avec d’autres iwi, Taranaki Iwi Holdings s’est imposé comme un modèle efficace de gouvernance commerciale maorie et de leadership économique régional.
Rauawa constitue un autre exemple d’intermédiation financière pilotée par les Maoris visant à améliorer l’accès au capital. Établie par des partenaires iwi et maoris, notamment par le biais d’une collaboration avec le National Iwi Chairs Forum, Rauawa agit comme une plateforme d’investissement partagée et un véhicule à but déterminé conçu pour lever les obstacles structurels à la participation des Maoris aux marchés des capitaux. Rauawa travaille aux côtés des iwi, du gouvernement et de partenaires financiers privés pour développer des opportunités d’investissement, regrouper des projets afin d’atteindre une taille critique et concevoir des solutions de financement structuré adaptées aux modèles de propriété maoris. Grâce à ce rôle, Rauawa contribue à rendre les opportunités d’investissement maories accessibles aux marchés des capitaux, à réduire les coûts de transaction et les doublons, et à acquérir la confiance des investisseurs sur le long terme. Cette initiative montre comment une infrastructure institutionnelle dirigée par des Maoris peut favoriser un investissement coordonné, mobiliser des capitaux à grande échelle et consolider les voies du développement économique maori.
Source : Rapport annuel de Taranaki Iwi 2023 ; documentation de Rauawa.
De nombreux autres iwi pourraient rejoindre ce véhicule d’investissement, initialement mis en place par un groupe restreint de partenaires tribaux. Afin de maintenir des coûts raisonnables de coordination de la gouvernance, les iwi peuvent intégrer le véhicule d’investissement en tant qu’investisseurs passifs, ou ne se voir attribuer qu’un seul siège au conseil d’administration, quel que soit le montant des fonds investis. En effet, l’efficacité de ces structures repose sur une gouvernance robuste, qui assure une représentation équilibrée entre les différentes iwi et fait appel à des experts externes. Grâce à une gouvernance claire, des lignes de responsabilité définies et un historique de rendement éprouvé, ces accords d’investissement collectif jouissent d’une grande crédibilité sur les marchés financiers, ce qui les aide à surmonter les obstacles mentionnés plus haut. Ils peuvent ainsi accéder au capital, mais aussi jouer un rôle d’intermédiation de plus en plus crucial entre, d’une part, les grandes banques commerciales et les acteurs des marchés de capitaux et, d’autre part, les fiducies et bénéficiaires maoris propriétaires des actifs.
Au-delà d’une gestion des actifs de haute qualité, les véhicules d’investissement collectif maoris peuvent apporter à leurs partenaires, qu’ils soient maoris, non maoris ou étrangers, une connaissance approfondie des ressources foncières liées à un projet, une maîtrise des processus locaux d’octroi de permis ainsi que des relations solides avec d’autres iwi à travers la Nouvelle-Zélande. Ceci peut s’avérer particulièrement important dans les secteurs où les horizons d’investissement à long terme et la gestion responsable des ressources s’alignent étroitement sur les priorités nationales. C’est le cas, par exemple, des projets d’énergies renouvelables (solaire, stockage par batterie), des infrastructures réalisées via des partenariats public-privé, ou encore de la production alimentaire durable. Faciliter la participation des Maoris dans ces domaines permettrait à la fois de mobiliser les bases d’actifs des iwi et de générer des retombées économiques plus larges pour l’économie néo-zélandaise.
L’amélioration de l’accès au capital pour les Maoris nécessite une combinaison de mesures stratégiques, d’innovations sur le marché et de solutions guidées par les Maoris. La conception des politiques des marchés financiers et de capitaux doit mieux prendre en compte les caractéristiques de propriété et les objectifs des détenteurs d’actifs maoris, ainsi que leurs contraintes. L’examen des paramètres de fonds propres mené en 2025 par la Banque de réserve de la Nouvelle-Zélande (RBNZ) représente un pas important dans cette direction. Cet examen a ouvert la voie à une pondération des risques plus granulaire pour les prêts garantis par des whenua Māori et des logements communautaires, ce qui pourrait alléger les exigences de fonds propres pour les banques et réduire les coûts d’emprunt (RBNZ, 2025). Des initiatives ciblées, telles qu’une meilleure collecte des données, des produits financiers culturellement adaptés et des modèles de prêt alternatifs, peuvent également s’avérer utiles. Dans cette optique, une nouvelle infrastructure de données est en cours de développement. Par exemple, la base de données de la RBNZ sur les prêts vise à répertorier en détail les expositions au crédit de l’ensemble des banques, en tenant compte des identifiants maoris, afin de renforcer la conception de politiques fondées sur des données probantes. Il est également encourageant que la RBNZ et le collectif des banquiers maoris Tawhai (Tawhai Māori Bankers Ropu) aient publié en 2025 un état des lieux de l’accès des Maoris au capital (Māori Access to Capital Snapshot), fournissant ainsi une base de référence pour le suivi des progrès (RBNZ, 2025).
Les efforts publics devraient aussi se concentrer sur le soutien aux initiatives portées par les Maoris pour améliorer l’accès aux marchés de capitaux. Le renforcement des intermédiaires financiers axés sur les Maoris, tels que les gestionnaires de fonds dirigés par les iwi, pourrait jouer un rôle de catalyseur. Ces dispositifs aideraient à combler les lacunes d’information, à réduire les coûts de transaction et à apporter une expertise en gouvernance, facilitant ainsi la participation des Maoris aux marchés de capitaux. Il pourrait s’agir de renforcer les capacités de gouvernance au sein des iwi en diffusant les meilleures pratiques pour concilier les rendements financiers et les retombées sociales et communautaires, tout en garantissant des bénéfices à long terme entre les générations. Il conviendrait de compléter ces efforts par des mesures visant à donner aux whānau (familles) et aux petites entreprises les moyens de participer pleinement aux marchés de capitaux, par exemple en améliorant la culture et l’éducation financières grâce à un soutien durable aux programmes bilingues et ancrés dans la culture locale. Les données indiquent que la méfiance envers les institutions financières, découlant d’expériences passées marquées par des relations complexes ou inadaptées sur le plan culturel, peut contribuer au désengagement financier de certaines communautés maories (FMA, 2025b). Plus largement, pour restaurer la confiance entre les communautés maories, les institutions financières et les pouvoirs publics, il faudra engager un dialogue soutenu mettant l’accent sur le partenariat à long terme et la compréhension culturelle.
Il est essentiel d’accompagner toute modification du KiwiSaver et des autres initiatives relatives aux marchés des capitaux par des efforts d’éducation financière bien ciblés (OCDE, 2022b) et de continuer à renforcer les compétences financières. Bien que la Nouvelle-Zélande affiche globalement des résultats relativement satisfaisants sur le plan de la culture financière (Graphique 4.7), des lacunes importantes subsistent. Les enquêtes montrent que les Néo-Zélandais se situent sous la moyenne de l’OCDE concernant la maîtrise des concepts fondamentaux tels que le rapport risque-rendement, les intérêts sur les prêts ou le calcul des intérêts composés. Or, ces compétences sont nécessaires pour évaluer les produits d’épargne à long terme et participer efficacement aux marchés d’actions et de produits de taux. Ces lacunes entraînent des résultats financiers disparates selon les groupes de population et limitent la capacité des ménages à faire des choix éclairés en matière d’épargne et d’investissement à long terme, ce qui pénalise certains groupes. Par exemple, de nombreux ménages et entreprises conservent des soldes substantiels sur des comptes courants ou d’épargne à faible taux d’intérêt, malgré l’existence d’alternatives peu risquées et plus rentables.
Niveau global de culture financière (sur 100), 2022/2023
Note : Données de 2015 pour la Nouvelle-Zélande.
Source : Enquête internationale de l’OCDE/INFE 2023 sur la culture financière des adultes et Enquête internationale de l’OCDE/INFE sur les compétences culturelles financières des adultes (2016).
Il est possible d’améliorer davantage l’éducation financière concernant la planification de la retraite (OCDE, 2024b). Une meilleure compréhension des principes de base de l’investissement, tels que l’arbitrage entre risque, rendement et liquidité, aiderait les ménages à faire un usage plus pertinent des produits financiers disponibles et à réduire les manques à gagner. Toutefois, toute stratégie visant à accroître l’intérêt pour les actifs à risque plus élevé comme les actions ou la dette d’entreprise doit être conçue avec prudence afin d’éviter de promouvoir involontairement des produits qui ne seraient pas adaptés à tous les épargnants. Une partie de ce soutien devrait consister en des programmes ciblés pour les travailleurs à bas revenus ou précaires, moins enclins à épargner ou à planifier leur retraite (OCDE, 2023a), les femmes, qui obtiennent des scores inférieurs en matière de connaissances et de confiance financières (Hung et al., 2012), et les populations maories et pasifika, qui participent moins au KiwiSaver et ont davantage de difficultés à accéder aux services et conseils financiers (Malatest International, 2024).
Il existe déjà une gamme impressionnante de simulateurs de retraite en Nouvelle-Zélande ; ils pourraient néanmoins être améliorés par l’ajout d’une option relative à la propriété immobilière. En effet, l’accession à la propriété avant la fin de carrière est un pilier traditionnel des plans de retraite de nombreux Néo-Zélandais. Les programmes d’éducation financière devraient mettre en avant les simulateurs de retraite accessibles au public et informer les participants de leurs droits et obligations concernant le KiwiSaver et d’autres dispositifs financiers. Cela aiderait les ménages à prendre des décisions lors de changements de vie majeurs (période de précarité, divorce) susceptibles d’affecter considérablement leurs revenus à la retraite. Par exemple, les actifs KiwiSaver entrent légalement dans la composition du patrimoine matrimonial devant être partagé à parts égales en cas de divorce ; pourtant, 75 % des règlements de divorce ne les prennent pas en compte, au détriment des femmes, qui disposent généralement d’un capital moins élevé sur ces comptes. Par ailleurs, ces actifs ne sont pas comptabilisés dans une procédure d’insolvabilité sans actif s’ils restent placés dans le fonds.
Les dirigeants de PME néo-zélandaises font souvent preuve de solides compétences opérationnelles, mais présentent d’importantes lacunes en gestion financière, notamment pour les décisions relatives à la structure du capital et le choix des options de financement par fonds propres. Si la plupart d’entre eux maîtrisent la comptabilité de base et les instruments d’endettement, ils ont une connaissance limitée des autres canaux de financement, tels que le capital-risque, l’investissement providentiel et les marchés boursiers. Ce déficit de connaissances limite la capacité des PME à croître, à innover et à résister aux crises économiques, car le recours à l’épargne personnelle ou à l’endettement à court terme accroît leur vulnérabilité financière. Il est essentiel de combler ces lacunes pour améliorer la productivité et la résilience. Les recherches de l’OCDE soulignent qu’une éducation financière ciblée pour les entrepreneurs améliore l’accès au financement et les perspectives de croissance à long terme (Atkinson, 2017 ; OCDE, 2023a). Le soutien actuel aux PME est assuré par le Regional Business Partner Network, les programmes de préparation à l’investissement de NZTE et des outils numériques comme Business.govt.nz et Digital Boost. Bien que ces appuis fournissent des ressources précieuses, il n’existe toujours pas de programme national dédié à la culture financière des PME, ce qui souligne la nécessité d’intégrer davantage l’éducation aux marchés de capitaux dans les cadres de compétences des entreprises. Cela permettrait aux chefs d’entreprise de choisir sereinement leurs modes de financement et de garantir une croissance pérenne. À titre d’exemple, conformément aux recommandations de l’OCDE et de l’INFE (OCDE, 2018), le programme singapourien d’autonomisation financière des PME propose à ces dernières une formation financière modulaire sanctionnée par un certificat via une plateforme numérique, touchant plus de 400 000 entreprises en Asie et en Afrique.
L’éducation financière des adultes et des PME a plus de chances d’aboutir si les participants ont acquis des bases solides à l’école. La décision de la Nouvelle-Zélande de rendre l’éducation financière obligatoire de la 1ère à la 10e année (c’est-à-dire du cours préparatoire à la seconde) d’ici 2027 constitue une mesure bienvenue, conforme aux orientations de l’OCDE, qui contribuera à garantir une mise en œuvre équitable à l’échelle nationale et à favoriser l’acquisition précoce et durable de compétences financières (OCDE, 2015a). Afin de garantir la continuité, de renforcer l’équité et de mieux préparer les élèves à prendre des décisions financières complexes auxquelles tous les adultes sont confrontés, l’éducation financière pourrait être rendue obligatoire jusqu’à la fin de la scolarité (13e année).
Le financement par capitaux propres est une composante essentielle d’une économie de marché ; répondant aux besoins des entreprises, il offre une échelle de financement allant des investisseurs providentiels qui financent une jeune pousse cherchant à explorer une idée d’activité, à l’introduction en bourse pour devenir une entreprise multinationale. Il est essentiel de renforcer cette échelle de financement et de veiller à ce qu’il n’y ait pas de lacune, de façon à ce que les marchés financiers soutiennent la croissance de la productivité et l’expansion de l’économie. Cet objectif est plus difficile à atteindre dans une petite économie parce que le montant des capitaux levés à chaque échelon ne représente qu’une fraction des économies plus vastes, comme l’Australie et le Royaume-Uni et, surtout, les États-Unis. En Nouvelle-Zélande, une entreprise qui conclut avec succès un tour de financement de série A aura généralement levé un total de 6 à 9 millions USD jusqu’à ce stade inclus, contre environ 20 millions USD aux États-Unis.
Le marché boursier néo-zélandais est de petite taille par rapport à celle de l’économie ; il présente certains atouts, mais aussi d’importantes lacunes dans l’échelle de financement en fonds propres. Pour l’ensemble des PME, ainsi que pour les jeunes pousses à fort potentiel de croissance, l’accès aux financements nécessaires au démarrage d’une activité demeure difficile (MBIE, 2025). Comme expliqué plus loin, les principales banques préfèrent accorder des prêts au logement, et les taux de refus de prêts aux PME sont élevés. Les parties prenantes ont fait observer que les apporteurs de financements privés alternatifs sont très peu nombreux, et que ce type de financement est très coûteux, les taux d’intérêt de 12 % à 13 %, voire plus, n’étant pas rares. Les entrepreneurs sont souvent contraints d’exposer fortement la sécurité financière de leur famille, en finançant généralement leur nouvelle entreprise, dans un premier temps, au moyen de leur épargne, de prêts hypothécaires sur leur logement et de fonds obtenus auprès de leur entourage proche. Les difficultés sont encore plus grandes pour les Maoris, ou pour les personnes issues de milieux socioéconomiques défavorisés, dont l’épargne et le taux d’accession à la propriété sont plus faibles. Malgré ces obstacles considérables, la création de jeunes entreprises est dynamique, reflétant un fort esprit entrepreneurial, mais il est fréquent que ces entreprises ne parviennent pas à se développer en raison de la taille du marché et des contraintes liées aux capitaux de croissance (OECD, 2023b ; OECD, 2024a).
Il est difficile, voire presque impossible, pour les entreprises d’obtenir auprès des banques un financement par l’emprunt qui ne soit pas adossé à des actifs immobiliers. Ainsi, un renforcement de la concurrence dans le secteur bancaire constitue un levier important en vue d’améliorer l’accès au financement de l’ensemble des PME. Pour les jeunes pousses à fort potentiel de croissance et uniquement dotées d’actifs incorporels, le développement des marchés de capitaux demeure toutefois indispensable. Même s’il est concurrentiel, le secteur bancaire ne dispose pas de toutes les compétences ni de l’appétence pour le risque nécessaires pour accorder des prêts à ces entreprises. Si les obstacles demeurent importants, il devient plus facile de passer le deuxième échelon de l’« échelle » du marché boursier néo-zélandais, de la phase de pré-amorçage au capital d’amorçage (Tableau 4.4), à mesure que le marché initial du capital-risque se développe, comme on le verra plus loin. Des lacunes apparaissent toutefois aux étapes suivantes, freinant le développement des entreprises innovantes en croissance et accélérant leur départ vers des économies étrangères, notamment les États-Unis et leurs vastes marchés de capitaux et de consommation. Même les entreprises qui réussissent à surmonter ces lacunes grâce aux marchés néo-zélandais de capitaux privés ne sortent pas de ces marchés pour entrer en bourse. Le nombre d’introductions en bourse a ralenti à l’échelle mondiale, mais cette tendance est encore plus prononcée en Nouvelle-Zélande. Sur le marché boursier NZX, l’activité est très limitée depuis 2013-2014 environ, période à laquelle les principales compagnies d’électricité ont été inscrites à la cote (chapitre 3), et aucune introduction en bourse majeure n’a eu lieu dans le pays depuis 2021. Comme on le verra plus loin, un nouveau marché boursier pour les entreprises en croissance, Catalist, a été lancé en 2021. Mais Catalist est un marché de transition, qui permet de réaliser des appels à l’épargne (offres de gros, cotations sur un marché privé, levées de capitaux de sociétés publiques existantes) et il n’y a pas eu d’introduction en bourse sur ce marché. En outre, aucune société cotée sur Catalist n’a ensuite rejoint le NZX.
|
Phase |
Fourchette type de fonds propres |
Type d’investisseur |
Profil d’entreprise |
|---|---|---|---|
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Amorçage / investisseurs providentiels |
50K - 1M NZD |
Fondateurs, amis/famille, investisseurs providentiels |
Jeunes pousses en phase de développement initial, sans chiffre d’affaires |
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Pré-série A |
1M - 5M NZD |
Groupes d’investisseurs providentiels, fonds de capital-risque intervenant en phase de démarrage |
Adéquation produit-marché |
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Séries A et B |
5M - 20M NZD |
Fonds d’investissement en capital-risque |
Développement des activités, entrée sur de nouveaux marchés |
|
Capitaux de croissance / Expansion |
10M - 50M NZD |
Fonds de capital-investissement du segment médian du marché, investisseurs stratégiques |
PME rentables |
|
Phase ultérieure / rachat |
> 50M NZD |
Fonds de capital-investissement, investisseurs institutionnels |
Entreprises parvenues à maturité, préparation de la transmission, activités de fusions-acquisitions |
|
Introduction en bourse |
À partir de 5M NZD, mais souvent beaucoup plus |
Investisseurs intervenants sur les marchés boursiers |
Blackpearl, société spécialisée dans les technologies de l’IA et des données |
Le marché des capitaux privés comprend le capital-risque, qui finance des jeunes pousses à haut risque, généralement à dominante technologique, ainsi que le capital-investissement aux stades plus avancés, à savoir des fonds investis dans des entreprises non cotées. À l’échelle mondiale, on observe un net recul des introductions en bourse au profit des marchés de capitaux privés, et les entreprises restent plus longtemps hors cote, l’âge médian au moment de l’entrée en bourse étant d’environ 14 ans, contre 8 ans il y a 15 ans (OCDE, 2025c). En 2024, 900 milliards USD ont ainsi été levés sur les marchés de capitaux privés à l’échelle mondiale (McKinsey, 2025a ; PWC, 2024), mais ce montant reste bien inférieur à celui des capitaux levés sur les marchés publics. Cet essor des marchés de capitaux privés s’explique notamment par le fait que les fondateurs préfèrent conserver le contrôle de leur entreprise, et qu'ils sont davantage séduits par le degré de certitude plus élevé quant aux capitaux levés, par la moindre exposition au contrôle public, par l’allègement des coûts de déclaration et par la diminution du risque de mise en cause de la responsabilité des administrateurs (OCDE, 2019a ; CFA Institute, 2025 ; McKinsey, 2025b).
La prédominance des capitaux privés a également été alimentée par l’accumulation de capitaux privés non investis (dry powder ou « poudre sèche »), dont le montant est passé de 878 milliards USD en 2008 à 2 600 milliards USD en 2024, dont environ 50 % sont détenus par des entreprises établies aux États-Unis (S&P Global, 2025). L’offre de capitaux privés a été renforcée par l’augmentation de la part des marchés de capitaux privés dans les portefeuilles des fonds de pension et d’autres investisseurs institutionnels, et par une forte concentration de la richesse, les particuliers fortunés ayant tendance à allouer une part importante de leurs portefeuilles aux capitaux privés. Après la crise financière mondiale, la faiblesse des taux d’intérêt a créé un contexte favorable pour le capital-investissement, en facilitant les acquisitions par emprunt, qui augmentent le rendement des fonds propres investis.
Grâce à son système d’innovation solide et à un environnement des entreprises favorable à la concurrence, le capital-risque prend de l’ampleur et peut ainsi jouer un rôle déterminant dans l’amélioration de la productivité du travail en Nouvelle-Zélande en réorientant le capital vers les entreprises les plus productives (Heil, 2017). Dans ce pays, le capital-risque est passé d’une enveloppe initiale modeste, d’environ 50 millions NZD en 2015 (0.02 % du PIB) à près de 600 millions NZD (0.14 % du PIB) en 2024, ce qui est relativement élevé en termes de comparaison internationale (Graphique 4.8) ; par ailleurs, l’écosystème des sociétés de capital-risque se développe (Encadré 4.3).
Valeur, % du PIB
En Nouvelle-Zélande, le capital-risque est passé d’une activité de niche dans les années 1990 à un écosystème aujourd’hui plus structuré et plus dynamique. Le New Zealand Venture Investment Fund, fonds d’investissement en capital-risque, a été créé en 2002 pour remédier aux défaillances du marché dans le financement des entreprises au stade du démarrage. Toutefois, ce secteur est resté relativement restreint, avec une participation limitée des investisseurs institutionnels, un petit nombre de sociétés de capital-risque de dimension mondiale et un écart important entre les bonnes pratiques observées au niveau international en matière de capital-risque et la structure des fonds (Lerner et al., 2005).
Depuis 2015, l’écosystème du capital-risque s’est considérablement développé. En 2019, le lancement du fonds public de capital-risque Elevate NZ a contribué à combler une lacune importante dans l’échelle de financement en fonds propres aux stades des séries A et B. Une nouvelle vague de sociétés de capital-risque a vu le jour, dont Icehouse Ventures, Global From Day One, Movac ou encore Outset Ventures, ainsi que d’acteurs trans-tasmaniens, comme Blackbird Ventures et AirTree Ventures. Ces entreprises ont soutenu des jeunes pousses néo-zélandaises à forte croissance, telles que Rocket Lab, Dawn Aerospace, Xero et Soul Machines, contribuant à bâtir un écosystème d’entreprises de ce type plus dynamique et davantage connecté à l’échelle mondiale.
Les initiatives publiques de financement par capital-risque public semblent avoir joué un rôle majeur dans le développement rapide du marché intérieur du capital-risque aux stades des séries A et B. Elles semblent avoir permis de mobiliser plus de deux dollars NZD de capital-risque privé pour chaque dollar NZD investi par le fonds de capital-risque public. Elevate a été lancé en 2019, avec 300 millions NZD. Ce fonds a co-investi 221 millions NZD, aux côtés de 536 millions NZD de capitaux privés, dans neuf fonds de capital-risque (Trésor néo-zélandais, 2025). Il a soutenu 100 jeunes pousses technologiques néo-zélandaises et porté le financement aux stades des séries A et B de moins de 100 millions NZD à plus de 700 millions NZD. Les niveaux de financement semblent être la principale contrainte pour Elevate. Malgré le dernier abondement, une importante marge de développement se dégage pour Elevate NZ, le secteur du capital-risque appelant à une injection de 300 à 400 millions NZD dans ce fonds en raison de son expérience avérée s’agissant d’attirer des capitaux privés.
Elevate repose sur un modèle de fonctionnement solide. Conformément aux bonnes pratiques observées à l’international, ce fonds de fonds co-investit avec le secteur privé du capital-risque et exige un apport au moins équivalent de capitaux privés. Dans l’ensemble de la zone OCDE, ce modèle de co-investissement a amélioré la performance des fonds publics de capital-risque et s’est montré efficace pour attirer des capitaux privés vers cette classe d’actifs (Berger et al., 2024). En outre, les ressources d’Elevate sont gérées de manière indépendante par NZ Growth Capital Partners, entité de la Couronne, selon des critères stricts de sélection des gestionnaires de capital-risque, fondés sur une expérience avérée et sur la capacité à lever des capitaux privés.
L’expérience internationale laisse à penser que des mécanismes structurés de libération de capitaux, liés aux performances obtenues, peuvent contribuer à renforcer les programmes des fonds de fonds. Les travaux de l’OCDE montrent que, à l’étranger, de nombreux organismes publics de capital-risque ont recours à des déblocages par tranches, assortis d’une échéance et déclenchés par la réalisation d’étapes prédéfinies, afin de renforcer la discipline commerciale et d’harmoniser les mesures incitatives avec celles des partenaires privés (Berger et al., 2024). Si Elevate dispose déjà d’un cadre solide et applique des procédures de diligence raisonnable et d’appel de capitaux conformes à celles du secteur privé, un examen périodique pourrait être utile pour vérifier si l’approche actuelle permet de tendre le plus possible vers les performances recherchées. Cela permettrait en outre d’apprécier si certains éléments des dispositifs de financement par tranches utilisés ailleurs sont susceptibles de renforcer davantage l’efficacité d’Elevate au fil du temps.
Elevate pourrait aussi s’employer plus activement à attirer des sociétés de capital-risque d’envergure mondiale, dans l’optique de créer des fonds domiciliés en Nouvelle-Zélande. Cette démarche a contribué au succès notable du programme israélien Yozma, qui a amorcé un développement durable du marché du capital-risque et a permis de décupler la taille de ce marché en l’espace d’une décennie. Cela pourrait passer par la promotion de fonds thématiques néo-zélandais de capital-risque dans des domaines tels que l’agro-technologie, où la Nouvelle-Zélande possède un avantage comparatif reconnu, ainsi que par une meilleure coordination avec d’autres domaines d’action publique, par exemple en facilitant, comme indiqué plus loin, l’activité en Nouvelle-Zélande des investisseurs étrangers en capital-risque et des créateurs d’entreprise étrangers grâce aux visas « talent ».
Elevate pourrait aussi recourir davantage à des mécanismes de partage des pertes (Berger et al., 2024 ; Habbel et al., 2021), comme la protection contre les premières pertes, qui pourrait rendre les co-investissements plus attractifs pour les fonds KiwiSaver. L’exigence de contreparties en capitaux privés offre déjà une certaine protection, mais ce mécanisme pourrait être renforcé en plafonnant cette protection contre les premières pertes et en la limitant dans le temps. Des mécanismes de rendement asymétrique, qui procurent aux investisseurs privés une participation accrue aux gains en cas de succès, ont été utilisés avec succès au Royaume-Uni pour attirer des investissements en capital-risque au stade du démarrage et ils pourraient aider à attirer des sociétés de capital-risque d’envergure mondiale.
En Nouvelle‑Zélande, les dépenses de R-D des entreprises demeurent faibles par rapport à celles des économies les plus innovantes. Au-delà de la mobilisation du capital-risque privé, poursuivre l’accroissement du stock d’entreprises innovantes financées par le capital-risque nécessite également une hausse de la R-D des entreprises et l’existence d’un vivier entrepreneurial solide, capable de transformer la R-D en produits et services commercialisables (Graphique 4.9). Les travaux de l’OCDE, qui portent sur neuf pays, dont Israël et les États-Unis, montrent qu’une forte croissance du volume du capital-risque requiert non seulement des dépenses de R-D élevées, mais aussi des systèmes d’innovation solides (OCDE, 2025d), comprenant des entreprises qui sont intégrées à des réseaux axés sur l’innovation (OCDE, 2023b). Les effets à l’œuvre opèrent dans les deux sens. L’augmentation des fonds de capital-risque amplifie les effets de la R-D (Paik et Woo, 2017), et l’intensification de la R-D contribue à étoffer le vivier d’entreprises porteuses d’idées innovantes, évolutives et attractives pour les sociétés de capital-risque (Sahaym et al., 2010), en particulier lorsque les capacités entrepreneuriales sont solides (Romain et van Pottelsberghe, 2003).
Note : Pays de l’OCDE Le Canada, l’Estonie et Israël ont été exclus.
Source : OCDE (base de données PIST) et OCDE, Financement de l’entrepreneuriat (base de données).
Les investisseurs en capital-risque, qu’ils soient privés ou soutenus par l’État, recherchent des idées évolutives, défendables et étayées par des droits de propriété intellectuelle (PI) (Berger et al., 2024). De ce fait, le renforcement du système d’innovation complète grandement la politique relative aux marchés de capitaux. Le régime de propriété intellectuelle présente de nombreux atouts, mais le fait que les bureaux de transfert de technologie des universités restent détenteurs de la propriété intellectuelle a réduit les incitations des chercheurs à commercialiser leurs travaux. Les pouvoirs publics devraient mettre en œuvre les réformes qu’ils ont proposées visant à céder les droits de propriété intellectuelle aux chercheurs, comme au Canada et en Finlande. Ensemble, le programme de doctorat industriel, le fonds à forte intensité technologique, les réformes visant à recentrer davantage la PI entre les mains des chercheurs, ainsi que le Conseil consultatif du Premier ministre chargé d’améliorer la coordination, contribueront à rapprocher le système d’innovation néo-zélandais des bonnes pratiques observées à l’échelle internationale, notamment en Finlande. Le système d’innovation doit toutefois gagner en ampleur pour induire un étoffement sensible du vivier de projets d’entreprise susceptibles d’intéresser le capital-risque.
Depuis le début de 2025, les pouvoirs publics ont remanié le système d’innovation : dissolution de l’agence pour l’innovation Callaghan Innovation, redistribution de ses fonctions entre le ministère des Entreprises, de l’Innovation et de l’Emploi (MBIE) et de nouveaux organismes publics de recherche, et mise en place d’une stratégie nationale en matière de propriété intellectuelle. Un nouveau Conseil consultatif du Premier ministre pour la science, l’innovation et la technologie vise à remédier aux lacunes de longue date en matière de coordination, tandis qu’un programme de doctorat appliqué renforcera le transfert de connaissances des universités vers les entreprises (OECD, 2019b). Les initiatives de commercialisation des technologies avancées financées par l’État suivent globalement les meilleures pratiques internationales (OECD, 2024b), mais restent à très petite échelle, avec environ 10 millions NZD de subventions annuelles. L’Australie investit environ 150 millions AUD (180 millions NZD) par an dans des programmes comparables, ce qui donne à penser que la Nouvelle-Zélande n’investit pas à la hauteur de ses ambitions. La poursuite de l’expansion des aides publiques destinées à constituer une réserve d’entreprises dans lesquelles il est possible d’investir devrait tenir compte du fait que les incitations fiscales sont mieux adaptées aux projets proches du marché, tandis que les recherches à un stade précoce, à haut risque ou stratégiques bénéficient davantage de subventions directes, d’instruments de passation de marchés et de programmes à orientation précise (Galindo Rueda et al., 2020). Pour des secteurs prioritaires comme l’agro-technologie, l’aérospatiale et le sport automobile, des aides directes ciblées, telles que des subventions liées aux difficultés rencontrées ou des projets de démonstration, seraient plus efficaces que des incitations fiscales ciblées.
L’élargissement du soutien public en faveur de la R-D scientifique liée aux entreprises est bienvenu, mais il devrait être financé par la réduction d’autres dépenses (chapitre 1). Une fois les réformes mises en œuvre, les financements accrus en faveur de la recherche scientifique et technologique seront en partie financés par l’exclusion des sciences humaines du Marsden Fund, principale source néo-zélandaise de financement de la recherche fondamentale initiée par les chercheurs. Cela risque d’affaiblir le système d’innovation scientifique, dans la mesure où les recherches en sciences humaines sous-tendent des institutions telles que l’état de droit et une administration publique compétente, dont dépend la recherche scientifique. Les recherches en sciences humaines aident aussi la société à faire face aux défis culturels, distributifs, environnementaux, éthiques et juridiques liés à l’accélération du changement technologique, tel que la révolution de l’IA dans le domaine de la santé (chapitre 3).
L’extension du système d’innovation lié à la R-D des entreprises se heurte aux limites du vivier de chercheurs et de talents dans les domaines de l’ingénierie et des sciences. Les pays dotés d’écosystèmes de commercialisation performants (comme le Danemark) affichent un taux d’emploi en R-D par habitant plus élevé et des réseaux de recherche denses. Les programmes de visas « talent », évoqués plus loin, peuvent contribuer à attirer davantage de profils étrangers, mais des talents nationaux resteront toujours nécessaires pour s’associer avec les migrants. Or, ce vivier est limité par le trop faible nombre de Néo-Zélandais qui s’orientent vers les filières des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM), en raison de résultats scolaires plus faibles en mathématiques et en sciences (OCDE, 2022, 2024b). Cela souligne l’importance des réformes d’envergure bienvenues engagées par les pouvoirs publics, conformément aux bonnes pratiques internationales, pour améliorer l’enseignement obligatoire.
La réforme de l’enseignement est essentielle pour reconstituer le réservoir de capital humain nécessaire aux entreprises innovantes et au développement à long terme du marché des capitaux. Les Études de l’OCDE (2022, 2024) font état d’une baisse durable des compétences en compréhension de l’écrit, en calcul et en sciences, qui rend moins accessibles les études dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) et réduit le vivier de talents dont disposent les start‑ups (OECD, 2024a). Des différences marquées entre les établissements scolaires, un programme trop vaste et un apprentissage fragmenté conduisant au Certificat national d’acquis scolaire (NCEA, National Certificate of Education Achievement) ont limité la maîtrise des STIM chez les élèves. Les réformes du gouvernement visent à inverser ces tendances avec un programme riche en connaissances, l’apprentissage structuré de la lecture et de l’écriture, un enseignement quotidien des matières fondamentales, l’interdiction des smartphones, l’établissement de rapports semestriels et des modifications importantes du NCEA. Le système de formation et de développement professionnels s’est fortement développé et des ressources à hauteur de 1.1 million ont été affectées aux mathématiques. Les premiers indicateurs sont positifs : les enseignants et les parents font état d’améliorations, et la confiance des enseignants dans l’apprentissage structuré de la lecture et de l’écriture a augmenté (ERO, 2025). Des lacunes subsistent, en particulier dans l’enseignement des mathématiques et des sciences. Le renforcement de la supervision du Conseil pédagogique (Teaching Council) vise à améliorer la formation initiale des enseignants. Parmi les priorités figurent l’approfondissement des contenus en STIM, le renforcement de la formation et du développement professionnels, le rétablissement des conseillers spécialisés et le renforcement du soutien pédagogique régional (OECD, 2024a). Ces mesures sont nécessaires pour garantir des gains durables dans les compétences essentielles à une croissance tirée par l’innovation.
Pour que le capital-risque trouve en Nouvelle-Zélande un modèle économique suffisamment attractif, les innovations doivent également pouvoir être déployées sans délai à l’international, le marché intérieur étant souvent trop étroit. De ce fait, des dispositifs publics bien conçus de soutien aux exportateurs et les politiques commerciales jouent un rôle tout aussi essentiel en venant compléter les politiques relatives aux marchés de capitaux, et un rôle plus important que dans les grandes – voire les petites – économies de l’Union européenne (chapitre 1). Les créateurs d’entreprise et les investisseurs en capital-risque disposant des capitaux, des connaissances et des relations internationales nécessaires pour accéder aux marchés étrangers sont eux aussi des acteurs déterminants. Il s’agit généralement de personnes nées en Nouvelle-Zélande ou de ressortissants étrangers ayant des liens avec la Nouvelle-Zélande, qui possèdent des actifs et une expérience à l’étranger ; il conviendrait donc de réduire les obstacles à leur retour ou à leur migration vers la Nouvelle-Zélande. Comme évoqué plus haut, les réformes ciblées engagées par les pouvoirs publics pour assouplir les restrictions pesant sur l’accession à la propriété par les investisseurs étrangers et pour réformer les règles fiscales applicables aux revenus de source étrangère y contribueront.
Il est possible d’aller plus loin pour élargir le vivier de talents et aider les entreprises à changer d’échelle. Les pouvoirs publics pourraient notamment faciliter et rendre plus attractive la migration vers la Nouvelle-Zélande pour les entrepreneurs en série, les innovateurs et les chercheurs diplômés, qui ne disposent pas nécessairement des actifs requis pour bénéficier d’un visa Investisseur actif plus (Active Investor Plus, AIP), mais qui ont des connaissances scientifiques, une ambition commerciale, ou encore un accès à des réseaux internationaux et une connaissance des technologies et/ou des marchés étrangers leur permettant de créer une entreprise en Nouvelle-Zélande ou de s’associer à des créateurs d’entreprise néo-zélandais.
Lancé en novembre 2025, le Business Investor Work Visa offre une voie d’accès simplifiée aux investisseurs axés sur l’apport de capitaux. Il constitue un volet important de la stratégie néo-zélandaise d’attraction de l’investissement. Toutefois, il ne cible pas directement les fondateurs dont l’apport tient avant tout à leurs compétences, les entrepreneurs scientifiques, les spécialistes de la commercialisation de la recherche ou les opérateurs ayant accès à des réseaux mondiaux, qui contribuent à la performance des jeunes pousses par leurs compétences, leurs réseaux et leur capacité d’exécution, et non par le seul apport de capitaux. En complément du visa AIP, il serait utile de réintroduire un visa de type Global Impact (talent) (Global Impact Visa, GIV), expérimenté en partenariat avec la bourse Edmund Hillary Fellowship (EHF), qui a permis de mobiliser 550 millions NZD en faveur d’entreprises néo-zélandaises et de lancer plus de 200 nouvelles entreprises en l’espace de deux ans. Le succès du GIV semble tenir pour l’essentiel à un processus de sélection des candidats fondé sur l’évaluation par un jury d’experts (plutôt que sur l’approche habituelle reposant sur des critères prédéfinis), associé à une voie d’accès à la résidence permanente fondée sur un système de points (entreprises créées, capitaux levés) et, surtout, à un accompagnement après l’arrivée pour faciliter l’intégration. Dans plusieurs pays de l’OCDE, dont l’Australie, le Canada et la France, on attribue à ce type de visas axés sur les talents un rôle dans l’attraction de talents innovants dans l’écosystème des jeunes pousses. Ainsi, le French Tech Visa a contribué à faire de Paris un pôle européen pour les jeunes pousses, attirant de nombreux fondateurs et investisseurs non ressortissants de l’Union européenne (European Startup Nations Alliance, 2025). Le succès de ces programmes tient notamment à la simplification du traitement des demandes de visa, à l’existence d’une voie d’accès à la résidence permanente et à une approche inclusive de l’attribution des visas, ouverte aux salariés, chercheurs, fondateurs et investisseurs qui participent tous à l’écosystème des jeunes pousses innovantes et en expansion.
À l’instar d’autres pays de l’OCDE, la Nouvelle-Zélande doit faire un bien meilleur usage de son propre vivier de talents, notamment des femmes entrepreneures. En 2024, les jeunes pousses exclusivement féminines n’ont reçu que 3 % des fonds de capital-risque levés (un pourcentage similaire à celui de 2 % constaté en Australie et aux États-Unis), tandis que 61 % de ces fonds ont été dirigés vers des équipes exclusivement masculines et les 36 % restants vers des équipes mixtes (Gender Investment Gap, 2024). Les données internationales donnent à penser que cette répartition déséquilibrée des investissements a un coût. Des données portant sur 350 entreprises implantées aux États-Unis montrent que le rendement de l’investissement dans les entreprises dirigées ou codirigées par des femmes s’élevait à 78 cents, contre 31 cents pour les entreprises fondées par des hommes – avec une nuance, toutefois, puisqu’il existait un échantillon relativement restreint de 92 entreprises codirigées par des femmes, de sorte que les résultats peuvent être biaisés par des valeurs aberrantes (Abouzahr et al., 2018). Cette allocation sous-optimale du capital semble tenir à plusieurs facteurs, notamment au fait que les sociétés de capital-risque, à dominante masculine, tendent à investir dans des profils qui leur ressemblent, que les femmes se heurtent à davantage de résistance, en particulier en ce qui concerne la valeur technique de leur argumentaire de projet, et que les hommes ont davantage tendance que les femmes à survendre leur dossier.
Les sociétés de capital-risque doivent être mieux sensibilisées à ce biais et mettre en place des procédures permettant d’y remédier. Cela devrait notamment passer par une présence accrue des femmes aux postes de direction et au sein des comités d’investissement. Il est d’ailleurs encourageant de constater que certaines sociétés de capital-risque commencent à évoluer dans ce sens. Les pouvoirs publics pourraient également imposer, par voie réglementaire, que les candidatures initiales et la présélection des projets soient « neutres du point de vue du genre », c’est-à-dire qu’aucune information indiquant si le fondateur ou le dirigeant de l’entreprise est un homme ou une femme ne devrait être exigée à ce stade. Les données issues des marchés du travail indiquent qu’un tel instrument peut contribuer à réduire les biais défavorables aux femmes (Goldin et Rouse, 2000), mais son efficacité sera renforcée si les femmes sont formées aux techniques de présentation des projets (Kolev et al., 2019).
Seulement 7 % des entreprises financées par Elevate sont dirigées par des femmes (MBIE, 2025). Les pouvoirs publics pourraient influer sur les pratiques du secteur du capital-risque en exigeant de New Zealand Growth Capital Partners, gestionnaire des fonds Elevate, qu’il montre l’exemple dans la mise en place de procédures visant à corriger les biais défavorables aux femmes entrepreneures et qu’il soutienne activement les dispositifs de mise en réseau et de mentorat destinés à ces dernières, notamment sur la manière de présenter un projet avec succès dans un environnement marqué par ces biais. Par ailleurs, de nombreux pays de l’OCDE régissent des fonds spécifiquement destinés aux femmes fondatrices, reconnaissant la difficulté de surmonter les obstacles structurels et les effets de réseau sans instruments ciblés. L’introduction d’un mécanisme analogue en Nouvelle-Zélande, tel qu’un fonds de co-investissement pour les femmes fondatrices ou une enveloppe spécifique au sein d’Elevate, pourrait accroître leur participation de manière significative. Dès l’école primaire, le système éducatif a lui aussi un rôle important à jouer en encourageant une plus forte participation des filles aux mathématiques et aux sciences (OCDE, 2024b). Il s’agit là de préalables indispensables pour pouvoir ensuite s’orienter vers des filières de l’enseignement supérieur telles que l’économie, l’ingénierie, la finance, les sciences de la santé et les technologies de l’information – filières cruciales pour se faire une place dans l’écosystème du capital-risque, que ce soit en tant qu’investisseur ou en tant que créateur d’entreprise.
L’existence de voies de sortie viables, notamment par la vente à des fonds de capital-développement privés, est essentielle au bon fonctionnement des écosystèmes de capital-risque (Berger, 2025). En Nouvelle-Zélande, sur le marché des capitaux privés, aucune tendance nette à l’expansion ne se dégage au-delà des apports de capital-risque en phase de démarrage. La catégorie suivante a connu de fortes fluctuations entre 2015 et 2024, s’établissant en moyenne 0.15 % du PIB, soit un niveau sensiblement inférieur à celui des pays baltes et nordiques (New Zealand Capital Monitor, 2025 ; Graphique 4.10). La base néo-zélandaise de jeunes pousses a connu une croissance rapide, mais elle demeure de taille plus modeste que dans plusieurs autres pays de l’OCDE, ce qui implique des réservoirs de capitaux nationaux plus limités aux phases ultérieures et une dépendance accrue à l’égard des investisseurs étrangers lorsque les entreprises commencent à se développer à l’international.
1. Moyenne des pays européens présentés dans la partie A.
Source : Invest Europe et EY (2025).
On observe un déficit persistant de financements en fonds propres de taille intermédiaire entre les levées initiales de fonds de capital-risque et les grandes opérations de rachat par des fonds de capital-investissement. Les estimations varient quant à la fourchette dans laquelle ce déficit est le plus marqué, mais il semble se situer entre 2 et 20 millions NZD environ. En effet, dans cette tranche, de nombreuses entreprises prêtes à se développer recherchent des apports minoritaires de capitaux de croissance pour accroître leur production, entrer sur des marchés d’exportation ou professionnaliser leur gouvernance (Capital Markets Steering Committee, 2019 ; MBIE, 2021). De fait, entre 2023 et 2024, le nombre d’opérations sur capitaux privés correspondant à la catégorie du capital-investissement intermédiaire – comprise entre 10 et 50 millions NZD –, a reculé, tandis que la taille moyenne de ces opérations a augmenté pour s’établir à 19 millions NZD (New Zealand Capital Monitor, 2025). Comme indiqué plus haut, Elevate NZ cible les stades des séries A et B, et le Budget 2025 a augmenté ses fonds de 100 millions NZD pour les porter à 400 millions NZD, ce qui est bienvenu pour les entreprises en expansion dans les secteurs des technologies et des technologies de la santé. Les acteurs du secteur signalent néanmoins que de nombreuses entreprises à ce stade continuent de rechercher des financements à l’étranger, en raison de réseaux d’investisseurs spécialisés plus étoffés et de fonds de plus grande taille en dehors de la Nouvelle-Zélande, ce qui corrobore les données plus générales sur l’écosystème néo-zélandais qui ressort bien connecté à l’international, mais de taille plus réduite.
La composition des capitaux disponibles aux phases ultérieures est un paramètre important. Dans une petite économie ouverte comme celle de la Nouvelle-Zélande, il est réaliste de s’attendre à ce que le capital-risque et le capital-investissement internationaux dominent la plupart des tours de financement postérieurs à la série B, ainsi qu’une grande partie des sorties. Les marchés de capitaux nationaux pourraient jouer un rôle plus marquant sous réserve de : 1) fournir des apports minoritaires de capitaux de croissance de l’ordre de 5 à 50 millions NZD aux PME non technologiques et industrielles qui présentent des perspectives de croissance crédibles ; et 2) participer, en qualité de commanditaires, aux côtés d’investisseurs privés qui fournissent des capitaux sans exercer de contrôle de gestion, à des fonds de capital-risque et de capital-risque de croissance afin de les aider à atteindre une taille viable. Cela pourrait notamment passer par de petites « poches » d’allocation (parts déterminées de portefeuilles KiwiSaver, d’assureurs, de fonds de capital-investissement ou d’autres investisseurs institutionnels, réservées à une stratégie spécifique, telle que le capital-risque de croissance). L’expérience du Royaume-Uni montre qu’un modèle reposant sur un commanditaire de référence – dans lequel un investisseur de grande taille intervient tôt dans un fonds pour lui permettre d’atteindre une première clôture (c’est-à-dire le moment où le fonds sécurise juridiquement des engagements et peut commencer à investir) – peut accroître la taille du fonds et attirer d’autres investisseurs institutionnels. En Nouvelle-Zélande, une approche similaire pourrait être mise en œuvre au moyen de consortiums pilotés par des acteurs privés (gestionnaires KiwiSaver , investisseurs iwi, assureurs), sans nécessiter de dépenses budgétaires initiales conséquentes.
La mobilisation de capitaux institutionnels nationaux peut jouer un rôle important s’agissant de combler ce déficit. Le Royaume-Uni a mis en place différents fonds, notamment l’Enterprise Capital Fund et le Patient Capital Fund, adaptés aux besoins de financement des entreprises depuis le bas de la fourchette du déficit de fonds propres (2 millions GBP), jusqu’aux levées de capitaux à des phases ultérieures (Encadré 4.4) Dans ce pays, ces instruments ont contribué à l’essor global du financement par capitaux privés et, dans certains secteurs, à réduire l’écart avec les États-Unis (British Business Bank, 2023). Au Royaume-Uni, le programme « Patient Capital » visait explicitement à inciter des investisseurs de long terme – notamment les fonds de pension – à consacrer des poches d’allocation au capital-risque et aux capitaux de croissance, le Trésor et la British Business Bank fournissant le cadre d’action et le signal nécessaires ; le nouveau dispositif British Growth Partnership est conçu pour faire entrer les fonds de pension britanniques dans le capital-risque et les capitaux de croissance selon une logique pleinement commerciale, parallèlement à un engagement public en tant que référence. Transposer cette logique à la Nouvelle-Zélande, au moyen d’orientations et d’analyses comparatives incitant KiwiSaver et les assureurs à consacrer de petites poches d’allocation diversifiées à des fonds de capital-développement et de capital-risque de croissance, pourrait aider à atténuer les contraintes de taille.
La British Business Bank a lancé plusieurs initiatives pour combler le déficit de financement entre le capital-risque en phase initiale et les opérations de rachat par le capital-investissement à des stades plus avancés, en ciblant en particulier des segments mal desservis de l’économie britannique. Lancé en 2006, le programme Enterprise Capital Funds (ECF) vise les jeunes entreprises britanniques présentant un potentiel de croissance à long terme et qui peinent à lever des fonds propres dans une fourchette de 2 à 5 millions GBP, souvent désignée comme le « bas de la fourchette du déficit de fonds propres ». Il associe capitaux publics et privés afin de soutenir les nouveaux gestionnaires de fonds de capital-risque et a appuyé plus de 675 entreprises dans des secteurs tels que l’IA et la santé, avec une capacité totale d’investissement de 2.5 milliards GBP. Le programme ECF est conçu pour abaisser les barrières à l’entrée pour les gestionnaires de fonds et attirer des capitaux privés, la British Business Bank investissant alors selon des modalités qui améliorent les résultats pour les investisseurs privés.
Dans la phase ultérieure, British Patient Capital (BPC), créé en 2018, a pour mission de combler le déficit de financement des entreprises en plein développement, en investissant dans des fonds de capital-risque de croissance et en co-investissant directement dans des entreprises britanniques prometteuses. Doté d’un mandat de 2.5 milliards GBP sur dix ans, BPC met l’accent sur l’apport de capital patient de long terme afin d’aider les entreprises à poursuivre leur changement d’échelle au-delà des séries B et C. Ce fonds a contribué à mobiliser plusieurs milliards de livres d’investissements privés, à améliorer la valorisation des entreprises et à soutenir l’innovation ainsi que la création d’emplois, notamment dans des secteurs tels que les sciences de la vie, les secteurs à forte intensité technologique et les services financiers.
Au Royaume-Uni, la Couronne (par l’intermédiaire de la British Business Bank) joue un rôle clé en tant qu’associé commanditaire dans les fonds de capital-risque de croissance et les fonds de capital patient. Une solution moins risquée sur le plan budgétaire pour la Nouvelle-Zélande consisterait à réunir un fonds de fonds privé commercial avec un investisseur privé, sans que la Couronne soit un associé commanditaire essentiel, afin de fournir aux gestionnaires de fonds de capital-risque et de croissance les capitaux dont ils ont besoin. Un tel véhicule pourrait accélérer la clôture des levées de fonds, améliorer l’échelle et attirer des capitaux institutionnels, tout en fonctionnant sur une base pleinement commerciale et en limitant les engagements budgétaires directs. Ce schéma s’inspire du modèle de British Patient Capital : un fonds qui joue un rôle de référence auprès de fonds de capital-risque et de capital-risque de croissance, les aidant à atteindre une taille viable et à boucler plus rapidement leurs levées de fonds. L’expérience britannique montre qu’une démarche de ce type permet d’accroître l’offre de capitaux et d’augmenter la taille des fonds, tout en fonctionnant sur une base commerciale, sans fausser les incitations privées.
Toutefois, l’expérience internationale montre également que les investissements publics de base minoritaires peuvent sensiblement accroître l’efficacité, en particulier sur les petits marchés où les défaillances en matière de coordination, les contraintes d’échelle et le risque de l’investisseur précurseur dissuadent les associés commanditaires privés. Au Royaume-Uni, en Australie et au Canada, les capitaux publics minoritaires ont contribué à établir une échelle de fonds crédible, à allonger les horizons d’investissement et à catalyser la participation privée, tout en restant gérés selon des critères strictement commerciaux. Les investissements minoritaires de la Couronne impliquent des coûts budgétaires explicites et une exposition du bilan qui n’existent pas lorsque la Couronne joue seulement un rôle de fédérateur d’investisseurs, mais ils fournissent également un signal plus fort et permettent une formation plus rapide du marché et des effets d’attraction plus fiables.
Si les pouvoirs publics souhaitent s’attaquer plus activement au déficit de fonds propres de 5 à 50 millions NZD pour les entreprises prêtes à se développer, les véhicules de type Business Growth Fund (BGF), qui associent des capitaux publics minoritaires à ceux d’investisseurs privés, constituent un modèle éprouvé. D’autres pays de l’OCDE, dont l’Australie, le Canada, l’Irlande et le Royaume-Uni, ont mis en place des BGF financés par des fonds publics et opérant en partenariat avec le secteur privé. En 2022, la Nouvelle-Zélande a elle aussi envisagé de créer un Business Growth Fund inspiré du dispositif australien, sans toutefois concrétiser son lancement. Certains éléments de conception – notamment le choix des grandes banques de détail comme partenaires, qui avait bien fonctionné en Australie – n’ont pas produit les mêmes résultats en Nouvelle-Zélande. Cela pourrait s’expliquer par le fait que, même s’il a finalement été ramené à 250 %, comme en Australie, le coefficient de pondération du risque en capital avait été initialement fixé à 400 %, ce qui a freiné l’enthousiasme des banques. En outre, contrairement à l’Australie ou au Royaume-Uni, il n’était pas prévu qu’un gestionnaire de fonds indépendant – à l’image de NZ Growth Capital Partners pour Elevate –, soit chargé de l’allocation des fonds, et les banques de détail devaient assurer elles-mêmes la sélection des PME. Le fonds semblait également avoir ciblé trop largement la plupart des PME se situant dans une tranche de chiffre d’affaires donnée.
L’expérience internationale montre que les BGF peuvent s’appuyer sur des partenaires autres que les banques. Le Canadian Business Growth Fund (CBGF) est soutenu par des banques et des compagnies d’assurance ; il fonctionne de manière indépendante et fournit des apports de capitaux de croissance minoritaires et patients à des entreprises de taille intermédiaire. En Irlande, BGF Ireland associe des banques au fonds souverain Ireland Strategic Investment Fund (ISIF). En Australie, l’Australian Business Growth Fund (ABGF) repose sur un partenariat public-privé entre le Commonwealth et six grandes banques et, dans les premiers travaux d’élaboration, il était envisagé d’associer, aux côtés des banques, des investisseurs issus des fonds de pension et du secteur de l’assurance. Ces différentes variantes montrent que la structure du capital et la combinaison des partenaires apportant des capitaux peuvent être étendues au-delà des seules banques de détail pour inclure aussi des assureurs, des fonds souverains et l’État.
Parmi les facteurs de réussite des fonds de croissance des entreprises en Australie et au Royaume-Uni figurent les apports minoritaires, par les pouvoirs publics, de capital patient, la mise en place d’un gestionnaire de fonds indépendant et, dans certains cas, un accompagnement sous forme de mentorat à l’intention des conseils d’administration des entreprises. L’expérience acquise et l’intérêt manifesté par les gestionnaires de fonds de pension pour une diversification en faveur des capitaux privés indiquent que, plutôt que de s’appuyer sur les banques de détail, une stratégie axée sur des partenariats avec des acteurs du capital-investissement et d’autres gestionnaires de fonds et de fonds de pension aurait davantage de chances de succès, avec l’appui de conseillers financiers intervenant sur les marchés de gros et des orientations du très performant NZ Super Fund. Comme indiqué plus haut, la participation d’investisseurs maoris en tant que partenaires confère à la Nouvelle-Zélande un avantage unique s’agissant d’accompagner le changement d’échelle d’entreprises intervenant dans les secteurs de l’énergie et des ressources naturelles, fortes d’une assise régionale, qui disposent de solides perspectives de croissance.
Il serait également utile d’approfondir les voies d’accès aux marchés publics pour les émetteurs de plus petite taille. La Nouvelle-Zélande dispose désormais de Catalist comme option de transition entre le financement privé et une cotation complète sur le NZX. Comme indiqué plus loin, le Catalist Public Market est un marché agréé, conçu comme une « étape de transition ». Il permet aux PME de lever jusqu’à 20 millions NZD par le biais d’enchères périodiques et en se conformant aux obligations d’information périodiques (plutôt que continues), soit des coûts et une complexité moindres par rapport à une cotation traditionnelle, tout en maintenant des protections réglementaires pour les investisseurs. Réduire davantage les coûts fixes des transactions et fluidifier les voies de sortie pourrait accroître la viabilité des levées de fonds de 5 à 50 millions NZD. Des modèles standardisés de diligence raisonnable, ainsi qu’une information « allégée » pour les émetteurs récurrents sur les marchés agréés permettraient de réduire le coût unitaire des opérations. Des parcours de transition plus lisibles (par exemple de Catalist vers le NZX) pourraient améliorer la liquidité du marché secondaire et les possibilités de cession de titres par les fondateurs et les salariés, tout en assurant la protection des investisseurs. Des ajustements calibrés des paramètres de levée de capitaux et de la liquidité des échanges sur le marché secondaire de Catalist pourraient également réduire les coûts fixes par opération de levée de fonds et élargir les possibilités d’émission dans la fourchette de 5 à 50 millions NZD.
En Nouvelle-Zélande, la chaîne de financement en fonds propres des entreprises se heurte à un important goulet d’étranglement au stade de l’accès aux marchés boursiers, limitant l’essor d’une nouvelle vague d’acteurs innovants dans les secteurs émergents dont le pays a besoin pour stimuler la croissance de la productivité. La clé pour lever cet obstacle consiste à développer un compartiment de croissance secondaire beaucoup plus dynamique au sein de la Bourse de Nouvelle-Zélande (NZX). Le marché des actions néo-zélandais est de petite taille au regard des standards internationaux et concentré sur un nombre limité de secteurs, les soins de santé, l’industrie et les services d’utilité publique représentant environ les deux tiers de l’indice S&P/NZX 50. Néanmoins, avec un cadre réglementaire et institutionnel approprié, même les petites économies peuvent se doter de marchés très dynamiques et performants. En termes de comparaison internationale, les coûts de cotation en Nouvelle-Zélande sont relativement élevés, en particulier pour les petits émetteurs.
Les marchés boursiers se sont contractés au cours de la dernière décennie, le nombre d’entreprises domestiques cotées sur le NZX passant d’environ 170 en 2015 à environ 110 en 2024. Cette contraction a suivi la tendance mondiale. Depuis 2005, plus de 35 000 entreprises ont quitté la cote dans le monde, et depuis 2021, l’activité des introductions en bourse a chuté en Australie, au Royaume-Uni ainsi que sur d’autres grands marchés, ce qui suggère que le déclin est en partie attribuable à des forces globales (Graphique 4.11). Ce déclin international s’explique notamment par la hausse des coûts réglementaires et de conformité, et par l’expansion des marchés privés, en particulier le capital-investissement et le capital-risque, qui ont pu réduire les incitations des entreprises de petite et moyenne taille à s’introduire en bourse.
Capitaux levés par les introductions en bourse
Source : Calculs basés sur les données de LSEG.
La chute des introductions en bourse a été particulièrement marquée en Nouvelle-Zélande (Graphique 4.12). Il n’y a pas eu d’introduction en bourse majeure depuis Winton Land Ltd. fin 2021. Il convient de noter que Locate Technologies a été radiée de la cote ASX et réinscrite sur la cote NZX en décembre 2025. En conséquence, le nombre d’entreprises cotées sur le NZX n’a cessé de diminuer. Les entreprises en phase d’expansion optent souvent pour une cession à des fonds de capital-investissement australiens ou pour une cotation directe sur l’Australian Securities Exchange (ASX), où les pools de capitaux sont plus profonds, la couverture par les analystes plus étendue et la liquidité du marché secondaire plus élevée. Cette tendance s’explique non seulement par des considérations financières, mais également par les contraintes réputationnelles et administratives qu’implique une cotation sur un marché boursier de petite taille et peu liquide.
En dehors d’une poignée de grands émetteurs, le NZX présente une faible profondeur. La liquidité réduite décourage les investisseurs institutionnels, tels que les gestionnaires du KiwiSaver, dont les mandats d’investissement limitent généralement leur exposition aux actions de petite taille ou peu liquides. Les faibles flottants restreignent encore davantage la participation aux indices, et le peu de couverture analytique limite les informations disponibles pour les investisseurs, ce qui accroît les primes de risque exigées et pèse sur les valorisations. Les tentatives visant à développer des segments de croissance pour les PME n’ont pas abouti, tandis que le marché secondaire reste peu actif, les échanges se concentrant sur quelques grandes valeurs. Compte tenu des faibles valorisations et de la faible liquidité, la cotation en bourse attire moins d’entreprises, ce qui freine à son tour la production d’informations, la participation au marché et l’engagement des investisseurs.
Source : Calculs basés sur les données de LSEG.
Les résultats du marché renforcent ces préoccupations structurelles. Au cours de la dernière décennie, les entreprises cotées sur le NZX ont affiché des performances relativement plus faibles que leurs homologues sur les principales bourses étrangères, avec une croissance de leurs bénéfices inférieure à celle des sociétés cotées sur l’ASX ou sur la Bourse de Londres (FTSE) (Graphique 4.13). Ce résultat est cohérent avec l’absence de nouveaux entrants à forte croissance et la faible profondeur des marchés secondaires. La couverture analytique limitée et les faibles volumes de transactions pourraient amplifier cet effet. Les ratios de distribution de dividendes sont comparativement élevés, en particulier dans le secteur de l’énergie, en cohérence avec un profil d’entreprises matures génératrices de trésorerie et aux réinvestissements limités. Sur les petits marchés illiquides, un processus moins efficace de détermination des prix affaiblit les signaux de valorisation, accroît le coût des fonds propres des entreprises et freine les incitations à investir. Dans le temps, cette situation peut entraver la croissance de la productivité en ralentissant la réallocation du capital vers des entreprises plus dynamiques, même si des marchés publics efficaces peuvent générer des externalités positives que le capital-investissement et les cessions privées ne peuvent à eux seuls reproduire.
Une précédente vague d’introductions en bourse a montré que des offres publiques bien structurées peuvent renforcer la capacité du marché. Au début des années 2010, l’État a partiellement introduit en bourse trois producteurs et distributeurs d’électricité publics – Meridian Energy, Genesis Energy et Mighty River Power – selon un modèle d’actionnariat mixte. Des participations minoritaires ont été vendues, tandis que le gouvernement a conservé la majorité du capital. Ces introductions ont accru la capitalisation boursière du NZX, élargi sa composition sectorielle et attiré de nouveaux investisseurs nationaux.
Des évaluations indépendantes ont montré que, dans les premières années suivant leur admission à la cote, ces entreprises à actionnariat mixte ont enregistré de meilleures performances financières et profité d’une utilisation plus efficace du capital (TDB Advisory, 2018), avec des bénéfices plus élevés, des rendements améliorés des actifs et des bilans renforcés, à la faveur d’une plus grande discipline commerciale et d’une plus grande transparence. Elles se sont également imposées comme des composantes majeures des indices de référence, contribuant à améliorer la liquidité du NZX. Cependant, l’élan ne s’est pas poursuivi. Après les introductions dans le secteur de l’électricité, peu d’autres grandes entreprises se sont cotées sur le marché domestique, et le NZX n’a plus connu de transactions comparables susceptibles de consolider la profondeur du marché. En 2025, Fonterra a préféré céder l’intégralité de son activité de marques grand public plutôt que d’envisager une cotation, ne serait-ce que partielle, en bourse, ce qui souligne à quel point le NZX peine à se revitaliser.
Taux de croissance annuelle composé moyen, 2016-25
Note : Calculs basés sur les données disponibles pour les entreprises composant le NZX50, l’OMX30, l’ASX50 et les trente entreprises les mieux valorisées du FTSE.
Source : Calculs de l’OCDE d’après les données de LSEG.
Les contraintes liées à la petite taille du marché néo-zélandais ont conduit certains observateurs à estimer qu’une cotation sur l’ASX constitue la seule voie viable. Cependant, s’appuyer exclusivement sur une cotation à l’étranger comporte des risques. L’expérience montre que les petites entreprises néo-zélandaises cotées uniquement sur l’ASX ne sont que peu suivies par les analystes et attirent peu l’attention des investisseurs, ce qui pèse sur la liquidité de leurs actions et sur leurs valorisations. Un marché domestique crédible, même étroitement intégré à l’ASX, a donc un rôle complémentaire à jouer, en fournissant une plateforme accessible aux entreprises de taille intermédiaire pour se développer et en permettant aux investisseurs nationaux de participer à la croissance du pays.
Les bénéfices économiques et sociaux du maintien d’un marché boursier domestique justifient des interventions ciblées visant à rendre la cotation en Nouvelle-Zélande plus attractive et à renforcer la profondeur du marché. Il est important de souligner que le développement du marché du capital-risque et l’ampleur croissante des fonds du KiwiSaver constituent une opportunité majeure : même de modestes réallocations au sein des portefeuilles institutionnels pourraient générer une ligne de financement beaucoup plus importante que l’activité récente des introductions en bourse.
Plusieurs facteurs structurels ont freiné les nouvelles introductions sur le NZX. Les coûts fixes de préparation d’une introduction en bourse sont élevés au regard de la taille des entreprises dans la petite économie du pays. Par exemple, le seul coût de l’élaboration de l’information financière prospective (IFP) est estimé entre 150 000 et 500 000 NZD, tandis que les frais totaux de cotation – incluant les commissions de garantie de placement, les honoraires juridiques et les frais de conseil – peuvent représenter plusieurs pour cent des fonds levés. Les obligations déclaratives relatives au climat représentent des coûts supplémentaires pouvant atteindre jusqu’à 300 000 NZD, même si les réformes récemment adoptées pour relever le seuil de capitalisation boursière à partir duquel ces déclarations sont obligatoires, de 60 millions NZD à 1 milliard NZD, devraient réduire ces coûts pour les petites entités cotées une fois que la législation aura été mise en œuvre. Les obligations permanentes d’information, d’audit et de gouvernance imposent en outre une lourde charge administrative et engendrent des coûts annuels compris entre 0.5 et 1.1 million NZD. Ces coûts de conformité pèsent particulièrement sur les petites et moyennes entreprises, réduisant l’intérêt relatif d’une introduction en bourse. Même les entreprises capables de supporter ces coûts n’y trouvent souvent qu’un intérêt limité, les marchés boursiers offrant peu d’avantages par rapport au capital privé en termes de rapidité, de certitude et de confidentialité. Ces coûts sont comparables à ceux observés au Royaume-Uni, où le nombre d’introductions en bourse a également fortement chuté, mais ils sont plus élevés qu’au Canada et nettement supérieurs à ceux supportés par les entreprises suédoises (Tableau 4.5). En Suède, les conseils d’administration sont plus restreints, avec des rémunérations plus faibles et des obligations d’information moins nombreuses.
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Marché |
Fourchette convertie (NZD) |
|---|---|
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Nasdaq First North (Suède) |
195 000 – 390 000 |
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TSX Venture (Canada) |
363 000 – 847 000 |
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NZX (Nouvelle‑Zélande) |
475 500 – 1 081 000 |
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LSE AIM (Royaume-Uni) |
517 500 – 1 035 000 |
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ASX (Australie) |
648 000 – 1 296 000 |
Source : Nasdaq First North Price List ; Nasdaq Going Public Guide ; Nasdaq First North Rulebook ; District Metals Nasdaq Compliance ; TSXV Listing Cost Guide ; Baker McKenzie TSVX Fee Guide ; ISED Canada SME Compliance Guide Cost Study ; NZX Issuer Fee Schedule ; NZX Listing Fees ; AIM Fee Calculator ; Baker McKenzie AIM Guide ; One Advisory on AIM Reporting ; Oxford Economics Compliance Cost Study ; ASX Listing Fees ;ASX Issuer Services ; Australian Investor Relations Association COBL Report ; ASIC Regulatory Costs ; ASX Compliance Updates.
Le manque d’informations pour l’évaluation constitue un autre obstacle. Peu de sociétés de courtage et de cabinets d’analyse domestiques couvrent les petites capitalisations, et les investisseurs disposent de peu de données sur lesquelles fonder leurs valorisations. Ce manque accroît le risque perçu et les primes d’illiquidité, ce qui pèse sur les cours des actions et réduit encore les incitations à s’introduire en bourse. À l’inverse, les entreprises qui se cotent simultanément sur l’ASX peuvent compter sur un écosystème d’analystes plus développé et une base d’investisseurs plus large. Les faibles flottants sur le NZX accentuent le problème en limitant l’inclusion dans les indices et en décourageant les investisseurs institutionnels qui ont besoin d’une taille critique, ce qui maintient des volumes d’échange faibles et des écarts acheteur-vendeur élevés. Les tentatives visant à créer des segments de marché axés sur les PME n’ont pas abouti, laissant aux petites entreprises peu d’options liquides sur le marché secondaire en cas de cotation.
Les préoccupations liées aux obligations en matière de gouvernance et à la responsabilité des administrateurs viennent s’ajouter à ces facteurs dissuasifs. Les administrateurs des sociétés cotées sont soumis à des obligations légales plus strictes et à une exposition réputationnelle accrue, ce qui peut dissuader des profils expérimentés de rejoindre les conseils d’administration des entreprises nouvellement cotées. Pour les fondateurs, passer d’une propriété concentrée à un actionnariat dispersé peut également représenter un défi à la fois culturel et opérationnel. Si la Nouvelle‑Zélande n’impose pas de désincitations fiscales explicites à la cotation, elle ne prévoit pas non plus de mesures incitatives ciblées ni de processus réglementaires simplifiés pour compenser les coûts initiaux élevés et les risques liés à la mise en œuvre d’une introduction en bourse.
La composition de la base d’investisseurs nationaux renforce ces obstacles. Les mandats institutionnels, en particulier pour les produits d’épargne-retraite par défaut tels que le KiwiSaver, tendent à privilégier les expositions mondiales peu coûteuses et à forte liquidité plutôt que les actions domestiques à faible capitalisation. Bien que la participation des investisseurs particuliers s’élargisse progressivement, elle part d’un niveau faible et reste fragmentée. Ainsi, seul un nombre restreint d’investisseurs détermine les prix pour les nouvelles cotations, ce qui limite la demande et compromet le soutien à la valorisation pour les émetteurs potentiels. Néanmoins, certains fonds du KiwiSaver ont récemment manifesté un intérêt accru pour des actifs privés moins liquides mais à rendement plus élevé, et pourraient également étendre cet appétit à des valeurs cotées de petites et moyennes capitalisations.
La taille sous-jacente du marché limite également le vivier d’entreprises pouvant envisager une cotation de manière réaliste. De nombreuses entreprises prometteuses sont rachetées par des fonds de capital-investissement australiens ou se redomicilient à l’étranger plutôt que de chercher à se coter sur le marché national, ce qui réduit le vivier d’émetteurs potentiels. Les attitudes culturelles peuvent renforcer cette tendance, certains fondateurs préférant la discrétion et le contrôle offerts par les marchés privés et restant prudents au regard des coûts et de la surveillance associés à une cotation en bourse.
Le cas suédois, qui montre que de petites économies peuvent développer des marchés boursiers dynamiques en permettant une entrée plus précoce des petites entreprises, en adaptant les obligations à la taille avec des coûts de cotation modestes (Tableau 4.6) et en encourageant une participation active des investisseurs particuliers, constitue un bon exemple pour la Nouvelle‑Zélande. En 2024, la Suède a enregistré plus d’introductions en bourse que toute autre économie européenne, dont certaines de taille largement supérieure. La Nouvelle‑Zélande a déjà expérimenté des plateformes de marché secondaire par le passé, notamment le NZAX puis le NXT, qui n’ont connu qu’un succès limité et ont finalement été fermées. Plus récemment, une bourse orientée croissance, baptisée Catalist, a été créée pour soutenir les petites entreprises, bien que l’activité de cotation y soit jusqu’à présent restée modeste. Identifier les facteurs à l’origine de ces résultats sera essentiel pour concevoir des segments de marché efficaces à l’avenir. Cela suggère que la conception réglementaire doit être complétée par une profondeur de marché suffisante, une capacité d’intermédiation adéquate et une participation active des investisseurs. Un programme gouvernemental ciblé pour la Nouvelle‑Zélande – combinant des règles de cotation plus claires et proportionnées et des incitations fiscales favorisant une meilleure production d’informations et une liquidité accrue, un élargissement de la base d’investisseurs nationaux, des introductions périodiques de grandes capitalisations et un renforcement des liens trans‑tasmaniens – pourrait contribuer à relancer la dynamique de la cotation. Les bénéfices iraient au-delà du simple nombre d’introductions en bourse, dans la mesure où des marchés d’actions plus transparents et plus liquides réduisent le coût du capital, améliorent le processus de détermination des prix et soutiennent la croissance de la productivité.
Réduire les coûts fixes de cotation et de conformité continue contribuerait à rendre les marchés boursiers plus accessibles, en particulier pour les petites entreprises. Les exigences actuelles en matière de publication d’informations, d’audit et de gouvernance sont largement conçues pour de grands émetteurs et peuvent s’avérer disproportionnées pour une entreprise de taille moyenne. Les récentes modifications réglementaires rendant l’information financière prospective (IFP) facultative pour les introductions en bourse constituent un pas positif dans cette direction, contribuant à réduire les coûts de préparation et à aligner les règles de la Nouvelle‑Zélande sur celles de ses homologues internationaux. La mise en place d’un cadre de cotation plus gradué sur le NZX, à l’instar de celui en vigueur en Suède, avec un marché secondaire de croissance rationalisé tel que le Nasdaq First North et des règles simplifiées en matière de publication d’informations, pourrait réduire les coûts d’entrée tout en maintenant des garde-fous appropriés (Tableau 4.6). Cette plus grande souplesse a favorisé l’émergence de marchés dynamiques pour les petites capitalisations en Suède. Un alignement des processus et des délais réglementaires, afin d’apporter davantage de certitude quant aux approbations, permettrait également de réduire le risque d’exécution pour les émetteurs potentiels. L’établissement d’un standard clair de service pour les examens réglementaires pourrait encore renforcer la prévisibilité. Si la Nouvelle‑Zélande dispose déjà de plateformes de marché alternatives aux exigences allégées, telles que Catalist, leur taille limitée à ce jour suggère que la conception réglementaire seule peut ne pas suffire à soutenir des marchés de croissance dynamiques.
Des mesures visant à renforcer la production d’informations et la liquidité sont également nécessaires. L’élargissement de la couverture analytique pourrait être encouragé par un soutien ciblé à la recherche sur les actions de petites capitalisations par les courtiers, par exemple via un financement public de contrepartie ou des crédits d’impôt. Dans plusieurs pays de l’OCDE, tels que la Suède, le Royaume-Uni et le Canada, des dégrèvements fiscaux ciblés et des mécanismes de compensation des coûts ont été utilisés pour aider les petites entreprises à accéder aux marchés boursiers. Conformément aux pratiques internationales, la Nouvelle‑Zélande pourrait également envisager un dégrèvement fiscal pour les entreprises réalisant un chiffre d’affaires inférieur à un certain seuil et s’introduisant en bourse, afin de compenser les coûts initiaux de conseil et de conformité liés à la cotation. Une telle mesure incitative, combinée à des conditions proportionnées d’admission à la cote, rendrait les marchés boursiers plus accessibles aux entreprises de taille intermédiaire tout en préservant la discipline budgétaire et l’équité. Certains acteurs relèvent que le recentrage d’une partie du secteur du courtage vers des activités de gestion de patrimoine pourrait avoir réduit la couverture analytique et la visibilité des petites sociétés cotées.
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Catégorie |
Coût NZX (NZD) |
Coût Nasdaq First North (NZD) |
Notes Nouvelle‑Zélande |
|---|---|---|---|
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Frais annuels de cotation |
15 000 – 75 000 |
10 000 – 20 000 |
Fonction de la capitalisation boursière et du type d’émetteur |
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Rémunération du conseil d’administration |
250 000 – 350 000 |
50 000 – 100 000 |
Président et 2 administrateurs indépendants pour les PME |
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Reporting climatique |
100 000 – 300 000 |
5 000 – 15 000 |
Frais de préparation, de certification et de dépôt |
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Reporting financier et audit |
50 000 – 150 000 |
20 000 – 50 000 |
Frais d’audit et préparation des états financiers |
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Reporting ESG et gouvernance |
20 000 – 80 000 |
5 000 – 15 000 |
Stratégie ESG, évaluations du conseil et reporting |
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Conseil juridique et conformité |
30 000 – 100 000 |
10 000 – 30 000 |
Services de conseil juridique, fiscal et en matière de conformité |
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Formation du représentant autorisé |
500 – 1 000 |
s.o. |
Formation du représentant agréé principal NZX |
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Assurance responsabilité civile des dirigeants |
10 000 – 25 000 |
5 000 – 10 000 |
Prime annuelle pour les PME cotées |
Source : NZX Issuer Fee Schedule ; NZX Listing Fees ;. Institute of Directors NZ Director Fees ; MBIE Climate Disclosures ; Chartered Accountants ANZ Audit Fees ; NZX Regulation and Governance Rules on ESG ; NZX Compliance Guide ; Nasdaq First North Price List ; Nasdaq First North Rulebook ; Nasdaq Going Public Guide ; Merit 500 Nordic Board Remuneration; Allshares Nordic Governance ; District Metals Nasdaq Compliance.
Faciliter les dispositifs de tenue de marché et encourager des flottants initiaux plus importants contribuerait à accroître la liquidité des valeurs admises et à favoriser l’inclusion dans les indices. Cet objectif pourrait être soutenu, par exemple, par des réductions temporaires de frais pour les teneurs de marché désignés. Cette approche serait conforme à la pratique du marché suédois du Nasdaq First North, où des coûts de cotation plus faibles et des dispositifs de soutien de la liquidité, notamment des incitations destinées aux teneurs de marché pour qu’ils assurent une cotation acheteur-vendeur continue, ont permis d’accroître la liquidité et de maintenir un écosystème dynamique de petites capitalisations. Accroître la visibilité du segment des petites capitalisations, notamment par des campagnes de sensibilisation auprès des investisseurs particuliers, contribuerait également à réduire les primes de risque perçues et à améliorer les valorisations. La mise à disposition de services structurés après l’introduction en bourse, tels que des formations en relations investisseurs et un accompagnement réglementaire pour les émetteurs de moindre taille, aiderait à maintenir la participation au marché.
Les préoccupations relatives à la responsabilité des administrateurs et aux obligations en matière de gouvernance pourraient être traitées en clarifiant, et le cas échéant en adaptant, ces cadres pour les petites entreprises cotées. Cela pourrait passer par la fixation de seuils de proportionnalité plus clairs – par exemple en distinguant les exigences en matière de gouvernance et de publication selon la taille de l’entreprise, son chiffre d’affaires ou le marché sur lequel elle est cotée – afin de garantir que les obligations restent proportionnées à l’échelle et au risque. Par exemple, le Nasdaq First North en Suède applique des normes proportionnées en matière de gouvernance et de publication d’informations. Les entreprises présentes sur ces marchés ne sont pas soumises à l’intégralité du code national de gouvernance d’entreprise ni à l’obligation de publier leurs états financiers selon les normes IFRS, et fonctionnent généralement avec des conseils d’administration plus restreints et des obligations de publication simplifiées. Ce cadre contribue à réduire la charge de la conformité pour les émetteurs de plus petite taille, en préservant la confiance des investisseurs. Des programmes complémentaires de formation ou de mentorat destinés aux fondateurs souhaitant s’introduire en bourse pourraient par ailleurs atténuer les défis culturels et opérationnels. La mise en avant d’exemples de réussite de sociétés cotées contribuerait à faire évoluer les perceptions culturelles en incitant les fondateurs à envisager l’entrée en bourse comme un levier de croissance efficace. Autoriser les structures d’actions à double classe, comme c’est le cas dans d’autres petites économies avancées comparables, pourrait également réduire les préoccupations des fondateurs concernant la perte de contrôle de leur entreprise et favoriser un recours plus important aux introductions en bourse.
L’élargissement de la base d’investisseurs nationaux figure également parmi les priorités. Les mandats institutionnels, en particulier pour les produits d’épargne-retraite par défaut, tels que le KiwiSaver, pourraient être réexaminés afin de s’assurer qu’ils ne découragent pas indûment l’exposition aux actions nationales. Faciliter le développement de véhicules d’investissement axés sur les petites capitalisations contribuerait à élargir la base des investisseurs qui déterminent les prix. Une participation accrue des investisseurs particuliers pourrait être encouragée par des mesures visant à améliorer l’accès au marché, la transparence et la confiance des investisseurs, parallèlement à des efforts continus pour renforcer la culture financière. Inciter les investisseurs institutionnels nationaux à soutenir les introductions en bourse de sociétés locales à forte croissance contribuerait également à renforcer le vivier d’entreprises demeurant en Nouvelle‑Zélande plutôt que de se relocaliser à l’étranger.
Un renforcement de la connectivité internationale pourrait améliorer la taille et la profondeur du marché. Une coopération est déjà en place entre le NZX et l’ASX, permettant des cotations doubles et un partage de l’information dans le cadre du dispositif de reconnaissance mutuelle des offres de titres trans‑tasmaniennes (MRSO). Cette coopération a permis aux entreprises néo‑zélandaises d’accéder à une base d’investisseurs plus large, mais le différentiel en matière de frais de cotation, de liquidité et de suivi par les analystes continue de favoriser l’ASX. Des efforts supplémentaires pourraient être déployés pour renforcer les liens opérationnels entre le NZX et l’ASX, notamment en harmonisant les modèles de publication d’informations, en coordonnant les horaires de négociation et en explorant des mécanismes de compensation ou de règlement inter‑marchés, dans le cadre du programme du Marché économique unique, afin de permettre aux entreprises néo‑zélandaises d’accéder à une base plus large d’analystes et d’investisseurs tout en conservant une présence nationale.
Le développement de liens plus étroits avec d’autres bourses régionales, comme le Singapore Exchange (SGX), pourrait également contribuer à élargir l’accès au capital. La coopération existante, comme les initiatives conjointes entre le NZX et le SGX sur les marchés de produits dérivés, illustre le potentiel de liens plus étroits entre bourses. Le cadre juridique de common law de Singapour, son environnement anglophone et son statut de pôle financier de premier plan dans la région en font un partenaire naturel pour attirer les investisseurs régionaux et faciliter la cotation transfrontière. De tels liens pourraient ouvrir de nouveaux canaux de financement pour les entreprises néo‑zélandaises cherchant à se développer sur les marchés à fort potentiel d’Asie du Sud-Est, tout en renforçant la crédibilité de l’architecture du marché néo‑zélandais. Parallèlement, les autorités centrales et territoriales pourraient envisager, de manière sélective, des introductions partielles de grandes entreprises publiques afin de consolider la profondeur du marché, en s’inspirant de l’expérience des introductions en bourse des compagnies d’électricité au début des années 2010.
L’un des piliers du succès du marché boursier suédois, où les petites entreprises accèdent aux marchés de capitaux bien plus facilement que dans des pays de plus grande taille, est son compte d’épargne-investissement en actions (compte ISK) (Encadré 4.5). Le compte ISK a considérablement accru la participation des investisseurs particuliers aux marchés des capitaux, notamment celle des jeunes et des nouveaux investisseurs. En effet, plus de 4 millions de comptes ISK ont été créés en 2024 et la moitié de la population adulte est titulaire d’un tel compte. L’ISK contribue à orienter l’épargne des ménages vers les actions cotées en bourse (OCDE, 2025a).
La Suède a mis en place l’un des marchés boursiers les plus dynamiques et les plus inclusifs d’Europe et de l’OCDE compte tenu de la taille de son économie. Bien qu’il s’agisse d’une petite économie ouverte, la Suède surpasse régulièrement des marchés bien plus importants, tant par le nombre d’introductions en bourse que par le nombre de sociétés cotées. L’un des principaux moteurs de ce succès est le Nasdaq First North Growth Market. Lancé en 2006 en tant que marché secondaire rattaché à la bourse principale Nasdaq Stockholm, il est devenu une plateforme d’accès majeure pour les entreprises à forte croissance.
On dénombre quelque 640 entreprises cotées sur le First North et d’autres marchés de croissance, contre environ 390 en France et 120 en Allemagne (Tableau 4.7). Le nombre de cotations par habitant est l’un des plus élevés d’Europe et rivalise avantageusement avec les chiffres affichés par les leaders mondiaux en la matière sur les marchés de croissance, tels que l’Australie et le Canada. Le succès du First North s’explique par d’importants afflux de capitaux provenant des particuliers, favorisés par le compte d’épargne-actions suédois (ISK), des obligations de publication et de gouvernance proportionnées, des frais de cotation réduits et des exigences de conformité courantes moins contraignantes que sur le marché principal, le tout accompagné d’une transparence suffisante pour renforcer la confiance des investisseurs.
|
Pays |
Bourse(s) prise(s) en compte |
Sociétés cotées |
Capitalisation boursière médiane (Mio USD, 2023) |
Capitalisation boursière totale (Mio USD, 2023) (% du PIB) |
|---|---|---|---|---|
|
Australie |
National Stock Exchange of Australia |
55 |
10 |
3 167 (0.2) |
|
Canada |
Bourse des valeurs canadiennes (CSE), Bourse de croissance TSX |
2 418 |
10 |
62 459 (2.5) |
|
Suède |
Nasdaq First North Growth Market, Nordic Growth Market, Spotlight Stock Market |
642 |
44 |
27 578 (3.8) |
|
États-Unis |
New York Stock Exchange American, Nasdaq Capital Market |
1 376 |
79 |
338 585 (1.2) |
|
Royaume-Uni |
London Stock Exchange AIM (Alternative Investment Market), Aquis Stock Exchange |
787 |
37 |
93 867 (2.3) |
|
France |
Euronext Growth et Access Paris |
393 |
31 |
31 671 (0.8) |
|
Allemagne |
Frankfurt Stock Exchange Scale |
118 |
62 |
20 808 (0.3) |
Source : OCDE (2025), Equity Markets for Growth Companies, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/bbffd4f7-en. (Voir tableau A. A.1).
Ces caractéristiques ont permis aux entreprises d’accéder aux marchés boursiers à un stade plus précoce de leur croissance. Le nombre de sociétés cotées en Suède a plus que doublé depuis le début des années 2000 ; la majeure partie de ces introductions en bourse se sont faites sur le First North. La liquidité s’est également améliorée, soutenue par une base active d’investisseurs particuliers nationaux et un écosystème dense d’analystes, de courtiers et de fonds à petite capitalisation spécialisés dans les valeurs de croissance. Cela fait de la Suède l’un des leaders mondiaux de la mise en relation des PME avec les marchés boursiers.
La facilité d’accès au compte ISK et le remplacement de l’impôt sur les plus-values par une simple taxe annuelle sur la valeur du compte ont incité les investisseurs particuliers à multiplier les transactions et à investir, même modestement, dans des petites entreprises en croissance. De fait, les courtiers suédois ont intégré les comptes ISK, offrant ainsi un accès aux cotations des marchés secondaires, et assurent souvent la promotion des introductions en bourse de petites entreprises, ce qui facilite la participation des investisseurs particuliers. Cela a contribué à stimuler la liquidité des petites capitalisations qui, en Nouvelle-Zélande, souffrent souvent de faibles volumes de transactions.
Afin de soutenir le développement des marchés de capitaux, en particulier pour les petites entreprises et les cotations sur les marchés de croissance, et pour encourager la participation des particuliers aux introductions en bourse et à l’actionnariat dans les sociétés néo-zélandaises, il faudrait envisager la mise en place d’un compte d’épargne-actions néo-zélandais (NZESA) non lié à la retraite. Comme indiqué précédemment, Catalist, le marché des actions de croissance, ne s’est guère développé. D’après l’expérience acquise à l’échelon international, cela s’explique, du moins en partie, par le fait que les sources de financement existantes sont canalisées de préférence vers d’autres types d’actifs, tels que le capital-investissement, les cessions privées ou les grandes valeurs très liquides. À l’instar de l’ISK, le NZESA pourrait être réservé aux titres de créance et de capital cotés ; les produits dérivés, le capital-investissement, les matières premières et les crypto-actifs en seraient alors exclus. À l’image de l’ISK, le NZESA pourrait être un simple compte d’épargne-actions pour les particuliers, destiné à combler le déficit de financement des petites entreprises cotées, innovantes et en forte croissance. Sa fiscalité, spécifiquement adaptée à la Nouvelle-Zélande, permettrait de s’attaquer à un problème fiscal structurel du pays : le biais majeur en faveur de l’immobilier.
Ce compte NZESA pourrait constituer un instrument d’épargne utile à court et moyen terme en complément du KiwiSaver et d’autres sources de financement. Il pourrait servir de source de financement individuel pour une nouvelle vague d’introductions de petites entreprises sur les marchés secondaires. En effet, toutes les autres sources de financement actuelles, du KiwiSaver au fonds souverain NZ Super, en passant par les investisseurs étrangers, semblent se heurter à des contraintes globalement justifiées, telles que les risques et règles de liquidité, les impératifs de diversification ou une méconnaissance du marché, qui limitent leurs apports sur les marchés boursiers de croissance néo-Zélandais. Si les fonds KiwiSaver peuvent également constituer une source de financement importante pour les petites entreprises – en intervenant, par exemple, en qualité d’associé commanditaire au sein d’un fonds de fonds – leur participation risque d’être limitée car les gestionnaires de ces fonds privilégient la liquidité, la diversification et le maintien d’une exposition au risque raisonnable compte tenu de la vocation du KiwiSaver : l’épargne-retraite. Le NZESA pourrait compléter le KiwiSaver ; il raviverait l’intérêt des particuliers pour les marchés boursiers et attirerait les capitaux au détriment des dépôts bancaires ou liquidités à faible rendement et de la spéculation immobilière. Par exemple, en Suède, seuls 10 % des actifs financiers des ménages sont affectés aux dépôts et aux liquidités (ce qui représente la part la plus faible d’Europe) contre 20 % en Nouvelle-Zélande. Le NZESA pourrait également offrir aux investisseurs particuliers un moyen simple et transparent d’investir dans des petites entreprises cotées en bourse, liquides et à forte croissance. Il aiderait les plateformes d’investissement grand public existantes, telles que Sharesies, à « redémocratiser » l’investissement en actions tout en assurant la protection des investisseurs. Contrairement aux actions cotées en bourse, le capital-investissement demeure hors de portée des ménages au patrimoine modeste. Les particuliers fortunés sont assimilés à des investisseurs professionnels et ne bénéficient donc que d’une protection très limitée lorsqu’ils investissent dans des entités de capital-investissement non cotées. La fiabilité et les performances de ces placements varient considérablement d’un conseiller à l’autre sur le marché de gros.
L’expérience suédoise du compte ISK montre qu’un régime d’imposition simple, adapté au système fiscal global du pays, est essentiel pour encourager les investisseurs particuliers (OCDE, 2025a). La Suède applique un impôt plus large sur les plus-values réalisées. Le taux d’imposition très faible sur l’encours des actifs du compte ISK s’est donc avéré particulièrement attractif pour les Suédois. Les ménages néo-zélandais, en revanche, sont rarement imposés sur les plus-values réalisées lors de la vente d’actions. Cependant, comme indiqué plus haut, la Nouvelle-Zélande applique une fiscalité nettement plus favorable aux investissements immobiliers qu’aux actifs financiers. Pour accroître l’attractivité du compte NZESA auprès des ménages, sa fiscalité – dans le cadre d’une réforme globale de l’imposition de l’épargne incluant le KiwiSaver – pourrait passer du régime standard TTE à une taxation uniquement lors des retraits, c’est-à-dire un régime EET. En plus de rendre le compte NZESA attractif pour les investisseurs, cela contribuerait à réduire les distorsions fiscales globales dans l’économie en atténuant le biais en faveur de l’investissement immobilier, ce qui permettrait de désengager les capitaux de ce secteur.
Une simple taxe sur la valeur des actifs détenus dans le compte NZESA, dispensée de toute déclaration des transactions auprès de l’administration fiscale, permettrait d’éviter des calculs de revenus complexes basés sur la localisation des actifs. Cela encouragerait un volume de transactions plus soutenu en éliminant la crainte de se voir attribuer le statut de trader professionnel et, à ce titre, d’être assujetti à l’impôt sur les plus-values. Le compte ISK est réservé aux titres de créance et de capital cotés en bourse ainsi qu’aux produits dérivés ; en revanche, le capital-investissement, les matières premières et les crypto-actifs en sont exclus. La transparence, le contrôle et le recouvrement de l’impôt pourraient être facilités par l’obligation de déclarer les comptes NZESA à l’administration fiscale néo-zélandaise (Inland Revenue Department).
La disponibilité immédiate des fonds dans un compte NZESA présenterait un risque majeur : celui d’un désengagement des investisseurs vis-à-vis du KiwiSaver. Ce risque de détournement pourrait être atténué si le KiwiSaver était obligatoire. Toutefois, comme mentionné précédemment, certaines données suggèrent que les paramètres par défaut constituent le principal levier du niveau des cotisations au sein des régimes de retraite à adhésion automatique. Le KiwiSaver présente également l’avantage majeur de bénéficier des cotisations versées par l’employeur et, dans certains cas, des contributions de l’État. Enfin, en vertu des règles de liquidité actuelles du KiwiSaver, le NZESA viendrait compléter ce dernier en offrant un accès à une gamme d’actifs plus large, notamment aux petites entreprises cotées sur le marché des actions de croissance néo-zélandais. Ce dispositif présenterait toutefois un rapport risque/rendement plus élevé que le KiwiSaver, lequel conserverait sa position de référence et de principal outil d’épargne-retraite privée. Ces facteurs devraient aider les investisseurs avertis à choisir eux-mêmes entre le KiwiSaver et le KiwiSaver plus le NZESA.
La Suède détient le record mondial du taux de détention d’actions par les particuliers. La facilité d’accès aux comptes ISK sur les plateformes d’investissement grand public, telles qu’Avanza et Nordnet, a joué un rôle important dans la démocratisation de l’ISK et a permis de connecter les investisseurs particuliers titulaires d’un compte ISK à de nouvelles opportunités d’investissement, notamment dans les petites entreprises cotées. En Nouvelle-Zélande, la plateforme Sharesies destinée aux investisseurs particuliers, lancée en 2017, pourrait jouer un rôle similaire, aux côtés d’autres prestataires potentiels, dans la mise en œuvre d’un éventuel dispositif NZESA, que ce soit sous la forme d’un compte supplémentaire pour les investisseurs ou d’un compte intégré dans ceux déjà présents sur la plateforme. Sharesies présente de nombreux atouts, notamment la possibilité d’acquérir des fractions d’actions et l’accès aux bourses NZX, ASX, NYSE et Nasdaq, ainsi qu’aux ETF. La plateforme a déjà réussi à développer l’actionnariat individuel, comptant 860 000 titulaires de compte en Nouvelle-Zélande et en Australie, et a enregistré un volume de transactions de 3.1 milliards NZD au quatrième trimestre 2024.
L’expérience suédoise suggère que simplifier encore le respect des obligations fiscales lorsque c’est pertinent, par exemple en chargeant la plateforme destinée aux investisseurs particuliers d’effectuer directement et de façon automatisée la déclaration et le paiement des impôts à l’administration fiscale (Inland Revenue Department), permettrait également de réduire la charge administrative des investisseurs. Une taxe forfaitaire simple sur la valeur des actifs du compte NZESA, telle qu’évoquée précédemment, faciliterait cette démarche en permettant à la plateforme d’investissement de calculer et de régler l’impôt en toute simplicité pour le compte de l’investisseur. Les plateformes destinées aux investisseurs particuliers, telles que Sharesies, pourraient également favoriser l’accès au capital des PME et aux introductions en bourse en élargissant ou en systématisant la participation des titulaires de comptes aux introductions en bourse ainsi qu’aux sociétés cotées sur le marché des actions de croissance, nouvelles ou en phase de relance.
Le marché obligataire de la Nouvelle-Zélande — où sont regroupées les obligations d’État et les obligations d’entreprises — est comparativement restreint à l’échelle internationale, mais il réunit les conditions qui sont susceptibles d’en favoriser l’expansion. L’Office de gestion de la dette de la Nouvelle-Zélande (NZDMO, New Zealand Debt Management Office) a mis en place un marché obligataire de l’administration centrale qui est profond et liquide, qui maintient une courbe des rendements à 30 ans et qui utilise des obligations indexées selon l’inflation. Ces facteurs constituent une assise solide pour l’expansion du marché, plus restreint, de la dette d’entreprise (Tableau 4.8). Plusieurs autres atouts créent des conditions favorables à la croissance du financement par emprunt sur les marchés financiers pour les entreprises présentant un fort potentiel de croissance. Ce sont notamment les suivants : des dispositifs efficaces de regroupement de la dette des administrations locales par l’Agence de financement des administrations locales (LGFA, Local Government Funding Agency), l’approche innovante de l’Autorité des marchés financiers (FMA, Financial Markets Authority) en matière de réglementation financière, la présence d’un secteur émergent des technologies financières (FinTech) et l’intérêt croissant des fonds KiwiSaver pour les investissements dans une plus large palette d’actifs.
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Valeur, NZD |
Rendement ou écart de rendement par rapport au taux de l’administration centrale |
Cotation S&P |
Notes |
|
|---|---|---|---|---|
|
Administration centrale |
195 milliards |
4.2-4.4 % sur les obligations à 10 ans |
AAA, monnaie localeAA+, devise étrangèreStable |
Courbe des rendements complète à 30 ans |
|
Agence de financement des administrations locales (LGFA) |
19 milliards |
Écart de 50-60 points de base |
AA+, autonome (standalone), stable |
|
|
Dette cotée sur le marché de la dette, NZX |
56 milliards |
« Non coté » à AA+ |
||
|
Partie de cette dette qui est de catégorie investissement (catégories A et plus) (catégorie investissement) |
34 milliards |
Catégorie AA+ : presque aucun écart ; catégories A- et A : 30-130 points de base |
A à AA+ |
Certaines des plus importantes entreprises non financières emprunteuses qui sont inscrites : Aéroport d’Auckland, Fonterra, Chorus (Réseau de fibre optique) et Infratil (Infrastructures et Centres de données) |
|
Cotes BBB et moins et « non cotés » |
12 milliards |
Jusqu’à 450 points de base |
« Non coté » à BBB |
Fiducies, investissement dans l’immobilier, et construction |
Note : Données tirées de sources concernant les mois de juin à septembre 2025.
Source : Ministère des Finances de Nouvelle-Zélande, Agence de financement des administrations locales (LGFA) et NZX.
Une expansion du marché de la dette d’entreprise pourrait jouer un rôle clé dans l’élimination d’importants obstacles à l’accès des entreprises à des sources externes de financement par emprunt, obstacles attribuables à une trop grande dépendance à l’égard de l’octroi de prêts par quelques banques de dépôt, lesquelles sont principalement centrées sur les prêts hypothécaires au logement. En effet, les entreprises à forte croissance n’ont qu’un accès limité à des sources externes de financement par emprunt, et elles dépendent largement de fonds personnels et de bénéfices non distribués. La plupart des entreprises à forte croissance sont des PME. Or les crédits consentis aux entreprises par les banques tendent à être à court terme et procycliques, et les PME n’ont qu’un accès limité au financement contracyclique (NZ Treasury, 2025). Les prêts accordés aux PME ont fortement diminué en 2023 et 2024, alors que l’économie s’affaiblissait, et les financements de moindre ampleur et de plus brève durée sont devenus plus courants, évinçant les prêts à long terme pour investissement. En outre, le crédit bancaire repose sur les actifs, et les entreprises doivent respecter des exigences rigoureuses en matière de garanties (OECD, 2025e). Ces facteurs limitent les octrois de prêts aux entreprises technologiques à forte croissance et à d’autres entreprises qui ont des actifs incorporels, ce qui impose une lourde contrainte à l’innovation et à la croissance de la productivité (IMF, 2025). Les PME, dont les entreprises à forte croissance, n’ont souvent ni l’envergure ni la documentation nécessaires pour respecter les critères traditionnels de l’octroi de prêts bancaires (MBIE, 2021), ce qui donne lieu à des taux de refus des demandes de crédit qui sont supérieurs à la moyenne de l’OCDE (Graphique 4.14).
2023 ou dernière année connue
Lorsque les prêts sont accordés, ils se révèlent très coûteux (Graphique 4.15). L’écart des taux d’intérêt sur les prêts entre les petites et les grandes entreprises correspond à environ 450 points de base, soit l’un des écarts les plus élevés dans la zone OCDE. En 2022, le resserrement de la politique monétaire a contribué à la hausse des taux d’intérêt moyens appliqués aux PME, qui sont passés de 8.5 % à 11.2 % (OECD, 2024e).
Différence entre les taux d’intérêt appliqués aux grandes entreprises et aux PME, 2023¹
1. Données de 2022 pour le Canada et données de 2016 pour la Nouvelle-Zélande.
Source : OECD (2024), Financing SMEs and Entrepreneurs 2024: An OECD Scoreboard.
La faible concurrence entre les principales banques de dépôt contribue aussi au coût élevé du crédit bancaire (Encadré 4.6). Les banques de dépôt axent leur activité sur les prêts hypothécaires résidentiels, et la réduction de la proportion de leurs prêts octroyés aux entreprises contribue à la faiblesse de la pression concurrentielle sur le marché du crédit privé, où les fonds de crédit privé et d’autres investisseurs institutionnels offrent un financement par emprunt aux entreprises. La concurrence est également entravée par le caractère restreint du marché privé, ce qui attiédit l’intérêt des fonds de la dette privée extraterritoriaux pour les marchés du crédit privé de la Nouvelle-Zélande. Il s’ensuit que les entreprises à forte croissance se voient souvent appliquer des taux d’intérêt de 10 % et plus, pouvant même atteindre 15 %, pour le crédit privé.
Le secteur bancaire néo-zélandais est fortement concentré. Quatre grandes banques possédées par des intérêts australiens accaparent environ 90 % des actifs bancaires totaux et génèrent des profits qui équivalent à environ 3 % du PIB, pourcentage qui figure parmi les plus élevés au sein de l’OCDE (OECD, 2024 ; Charles, 2024). Leurs modèles d’affaires similaires, le peu de différenciation entre elles et la faible volatilité de leurs rendements mettent en lumière la faiblesse des pressions concurrentielles. La forte rentabilité et les marges d’intérêt élevées reflètent dans une large mesure le caractère prédominant des prêts hypothécaires ainsi que la contestabilité limitée dans le segment des prêts aux entreprises.
Une telle concentration freine l’innovation et limite la disponibilité du crédit pour les plus petites entreprises. Le crédit total octroyé aux entreprises non financières correspondait à environ 70 % du PIB au quatrième trimestre de 2024, en baisse par rapport aux près de 80 % du trimestre correspondant en 2019 (Graphique 4.16). Cette proportion se situe bien en deçà des niveaux observés dans de nombreuses économies avancées, dont la Suède (166 %) et le Canada (117 %), bien qu’elle ne soit que légèrement supérieure à celle de l’Australie (61 %). Même si l’on prend en compte l’ensemble du crédit au secteur privé (soit environ 160 % du PIB en 2024), le ratio de la Nouvelle-Zélande reste modéré et la majeure partie des prêts demeure consacrée au logement et aux emprunts des ménages. Les crédits bancaires au secteur privé, à environ 132 % du PIB, sont similaires à ceux de l’Australie, mais reflètent aussi la prédominance des prêts hypothécaires.
Crédit consenti au secteur des entreprises et au secteur privé, % du PIB
Note : Les données correspondent aux valeurs du T4 de chaque année.
Source : Banque des règlements internationaux (BRI).
De récentes initiatives des pouvoirs publics visant à remédier à ces contraintes structurelles de longue date sont les bienvenues. En décembre 2024, le gouvernement a annoncé des mesures destinées à stimuler la concurrence en renforçant Kiwibank en tant que concurrente détenue par des intérêts nationaux face aux quatre grandes banques australiennes et en donnant instruction à la Banque de réserve de Nouvelle-Zélande (RBNZ, Reserve Bank of New Zealand) de mettre davantage l’accent sur la concurrence dans son champ de compétence en matière de politique monétaire. Il était prévu de donner accès à Kiwibank à des capitaux supplémentaires — potentiellement par le biais d’investissements institutionnels privés — et de réviser les seuils de capital et les obstacles à l’entrée pour les nouveaux prêteurs. Kiwibank a annoncé en décembre 2025 que la réduction des exigences de la RBNZ concernant les capitaux propres de base, en conjugaison avec un placement de titres subordonnés (Tier 2) de 400 millions NZD, lui procurait une marge de capitaux suffisante pour continuer à se développer sans qu’il lui faille accroître les fonds propres. En mai 2025, le gouvernement a pris des mesures supplémentaires pour désigner le secteur bancaire sous le régime de la nouvelle Loi relative aux données des clients et des produits (Customer and Product Data Act), ce qui ouvrait la voie à la mise en place d’un secteur bancaire ouvert d’ici la fin de 2025. Ce cadre permettra aux entreprises FinTech d’avoir accès aux données des clients (avec leur consentement), ainsi que d’encourager l’innovation, d’accélérer les transferts et de réduire les coûts d’emprunt. En parallèle, la consultation effectuée par la RBNZ en septembre 2025 sur l’utilisation du terme bank (banque) au titre de la loi sur les institutions de dépôt (Deposit Takers Act) vise à moderniser le cadre réglementaire et à faire en sorte que tous les établissements de dépôt agréés, y compris les petites institutions, puissent livrer une concurrence selon des règles du jeu plus équitables. Ensemble, ces réformes en cours devraient rendre le système bancaire plus contestable, améliorer les choix pour les consommateurs et rééquilibrer progressivement le crédit vers une fonction plus productive des prêts aux entreprises.
Il manque à la Nouvelle-Zélande un système d’information sur les crédits aux PME qui soit unifié et obligatoire. Les données sur les crédits aux PME sont fragmentées entre les banques et les prêteurs non bancaires et ne sont pas mises en commun d’une manière normalisée, ce qui limite la concurrence et renforce l’octroi de prêts contre des nantissements considérables, tout en entravant la titrisation les prêts aux PME. Les acteurs du secteur privé ne peuvent pas de leur propre chef imposer la communication de données ni la mise en place de normes communes relatives aux données. Les systèmes d’information sur le crédit peuvent jouer un rôle important en accroissant l’accès des PME au financement par emprunt sur les marchés financiers, et des notations de la solvabilité publiques peuvent réduire les coûts de transaction (Thomson et al., 2018 ; OECD, 2025e). L’expérience internationale indique que l’existence d’une agence nationale ou d’un secteur officiel national de notation de crédit qui fournit des notations pour des emprunts des PME (par exemple, le système FIBEN de la Banque de France, Creditreform en Allemagne ou Cerved en Italie) réduit les asymétries dans les informations, soutient les évaluations du risque des banques et facilite l’accès des PME à des prêts sur les marchés financiers (les « mini-obligations » italiennes, par exemple) (Galindo and Miller, 2001; OECD, 2024e; World Bank, 2019; Iannamorelli et al., 2023; Tableau 4.9).
La Nouvelle-Zélande devrait créer un registre national central des crédits axé sur les petites entreprises à forte croissance. Un registre néo-zélandais impliquerait des coûts liés au respect de la réglementation et des garanties relatives à la vie privée, mais les observations effectuées en Europe montrent que ces coûts sont contrebalancés par de faibles primes de risque, une plus grande contestabilité des prêts et une participation accrue des PME aux marchés financiers. Le registre devrait être axé sur les PME, et notamment sur le crédit aux entreprises à forte croissance, et non les PME ou ménages ordinaires. L’alignement sur l’utilisation des marchés est essentiel. Les modèles de données devraient être interopérables avec les exigences de cotation et les placements privés du NZDX, de manière à appuyer l’émission d’obligations, la titrisation et le financement sur entrepôt. Il pourrait être calqué, par exemple, sur le système FIBEN de la Banque de France, avec adaptation aux conditions néo-zélandaises. La mise en place d’un registre impliquerait d’obliger les banques et les prêteurs non bancaires à communiquer les données sur les crédits aux PME. Les notations pourraient être établies d’après les données financières, les antécédents de paiement et des évaluations qualitatives. Les cotes du FIBEN sont aussi utilisées dans les calculs réglementaires des fonds propres, avec réduction des charges de fonds propres pour les emprunts des PME à cote élevée (Banque de France, 2023). Pour faire en sorte que le registre facilite le développement des marchés obligataires, il importerait également d’aligner les exigences de déclaration sur les règles du NZDX, en vue de permettre l’utilisation des cotes dans les émissions d’obligations, la titrisation et les placements privés, comme écrit ci-dessous, tout en veillant à ce que ces exigences soient proportionnées à la taille des entreprises.
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Fonctionnalités |
FIBEN (France) |
Creditreform (Allemagne) |
Cerved (Italie) |
|---|---|---|---|
|
Établissement |
Banque de France |
Creditreform AG (coopérative privée) |
Agence de notation Cerved (privée, réglementée par l’AEMF) |
|
Statut juridique |
Système officiel public de notation de la solvabilité |
Agence de notation et bureau de crédit privé |
Agence de notation privée, reconnue comme organisme externe d’évaluation du crédit (OEEC) en vertu des lois de l’UE |
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Couverture |
Toutes les entreprises non financières de France |
Plus de 3.6 millions d’entreprises allemandes |
~160 000 PME italiennes (via Confindustria-Cerved) |
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Type de cotation |
Notation officielle du crédit (horizon de 3 ans), utilisée par la BCE |
Notation des cotes de crédit et des risques d’insolvabilité |
Cotes de crédit sollicitées et non sollicitées, cotes ESG |
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Méthodologie |
Combinaison de données financières, juridiques et qualitatives, fondées sur des avis d’experts |
Notations algorithmiques, comportements de paiement, informations financières |
Modèles quantitatifs + interventions d’analystes ; modèles spécifiques aux secteurs |
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Recours à la réglementation |
Admissibilité des garanties, BCE ; organisme externe d’évaluation du crédit (OEEC) en vertu du Règlement sur les exigences de fonds propres (CRR) |
Utilisé par les banques, non reconnu par la BCE |
OECC en vertu du CRR |
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Accès par les PME |
Gratuit via le portail i-FIBEN |
Rapports payés ; formule d’abonnement |
Cotations payées ; certains rapports publics via Confindustria |
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Impact sur le financement des PME |
Améliore les conditions des prêts bancaires, facilite l’utilisation des garanties BCE, normalise les évaluations du risque |
Accroît la transparence du crédit, soutient les décisions d’affacturage et de crédit d’échange |
Soutient l’émission d’obligations par les PME (par ex., mini-obligations), accroît la confiance des investisseurs |
Source : Banque de France (2023) ; OECD (2020) ; Cerved Rating Agency (consulté le 6 octobre 2025).
Les exigences rigoureuses liées aux fonds propres semblent avoir contribué à la faiblesse des prêts aux entreprises comparativement à la situation en Australie, et des réformes visant à les atténuer seraient probablement utiles (chapitre 1). Cependant, la forte rentabilité des prêts hypothécaires résidentiels et le caractère restreint du marché des fonds propres en Nouvelle-Zélande, en comparaison du contexte australien, signifient que les principales banques de dépôt possédées par des intérêts australiens sont peu susceptibles de diriger à elles seules l’expansion du financement de la dette des entreprises en Nouvelle-Zélande, où les PME représentent 98.8 % de toutes les entreprises (OECD, 2024e). Les grandes entreprises lancent déjà des émissions à l’étranger et utilisent les avances d’actionnaires ou les placements privés, mais les PME n’ont pas l’envergure qui leur permettrait d’avoir accès à ces mécanismes. Les obligations étrangères et les avances d’actionnaires jouent un rôle important pour les grands émetteurs, mais les PME n’ont ni l’échelle, ni les cotes, ni les capacités de documentation nécessaires pour avoir accès de manière efficace à ces modalités. Comme examiné ci-dessous, un écosystème national amélioré consistant en un registre des crédits, des modèles de documents plus uniformisés, une entité à vocation spéciale (EVS) regroupée pour les emprunts des PME et en particulier des entreprises à forte croissance, ainsi qu’un processus simplifié pour les placements privés sont autant de facteurs qui contribueraient à réduire les coûts des emprunts à terme des entreprises en croissance. De concert avec les mesures relatives aux fonds propres indiquées ci-dessus, cet ensemble de facteurs pourrait contribuer à combler le déficit de financement des entreprises dans la gamme des 5 à 50 millions NZD.
Il existe 145 instruments de dette cotés sur le marché de la dette de Nouvelle-Zélande (NZDX, New Zealand Debt Market), représentant une valeur de marché de 55 milliards NZD. Les emprunts de catégorie investissement (cotes A et plus de S&P) correspondent à environ 60 % des emprunts cotés. Les grandes sociétés emprunteuses (banques, services d’utilité publique, entreprises du secteur des infrastructures et entreprises d’État) bénéficient d’un bon accès aux marchés obligataires en Nouvelle-Zélande et à l’étranger, avec des écarts serrés par rapport au rendement des obligations souveraines dont le terme est similaire. En outre, l’appartenance à des intérêts étrangers aide les grandes entreprises à avoir accès aux marchés obligataires extraterritoriaux. Il y a de la profondeur dans ces segments du marché national, qui présentent une liquidité raisonnable et des écarts serrés entre les cours vendeurs et acheteurs. Cependant, dans l’ensemble, le marché est fragmenté et le taux d’émission d’obligations d’entreprises est l’un des plus faibles des pays de l’OCDE (Graphique 4.17). L’accès des PME au marché des obligations d’entreprises est rare en raison de leur petite envergure, des coûts d’émission élevés et de la complexité de la réglementation (OECD, 2025e). Un dosage ciblé des politiques publiques devrait réduire les coûts fixes et élargir l’accès aux investisseurs, tout en maintenant des modalités de divulgation proportionnées.
2024
OCDE (2025), Rapport sur la dette mondiale 2025 : Financer la croissance dans un environnement de marché de la dette difficile, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/e334697f-fr.
La titrisation existe déjà en Nouvelle-Zélande, concernant notamment les titres de créance adossés à des prêts immobiliers résidentiels (RMBS, residential mortgage-backed securities), ainsi qu’une structure de titres adossés à des actifs, mais le volume des émissions est faible. Le tableau de bord relatif à la Nouvelle-Zélande du Forum australien sur la titrisation (Australian Securitisation Forum) confirme que les émissions néo-zélandaises se poursuivent (mais sont limitées), et les guides juridiques et de pratique décrivent un cadre éprouvé (entités à vocation spéciale [EVS] reposant sur des relations de confiance, financement sur entrepôt, options de cotation). Les principales contraintes sont le manque d’envergure, la normalisation et la transparence au niveau spécifique des prêts. La Nouvelle-Zélande pourrait instituer une EVS regroupée et des modèles normalisés, selon les systèmes largement utilisés dans des pays de l’OCDE, notamment les États-Unis, la France, l’Irlande, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. L’EVS regrouperait les prêts octroyés aux PME par les banques et par les initiateurs non bancaires (dont les prêteurs numériques), émettrait des billets subdivisés en tranches aux investisseurs institutionnels et publierait des données au niveau des prêts. Cela requiert des couches de rehaussement de la qualité (fonds propres/mezzanine/premier rang) et des comptes rendus normalisés, et non pas des garanties générales. L’objectif consisterait à réduire le risque de crédit et à rendre les crédits aux PME de catégorie institution disponibles pour investissement à grande échelle.
L’expérience à l’échelle internationale indique qu’un instrument de dette regroupé pour les emprunts des PME, adapté en fonction de l’environnement financier de la Nouvelle-Zélande, pourrait accroître considérablement l’accès des PME à des sources externes de financement par emprunt (Tableau 4.10). Le regroupement permettrait aux banques de dépôt et aux autres initiateurs de prêts parmi les FinTech de transférer le risque de crédit aux marchés financiers et de libérer des fonds pour l’octroi de prêts supplémentaires aux PME. Cela réduirait les emprunts des PME tout en offrant aux investisseurs la possibilité de se diversifier en accédant au domaine du risque de crédit (OECD, 2015b).
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Fonctionnalités |
NZL - EVS éventuelle pour les emprunts des PME |
É.-U. - titrisation pour les PME |
AUS – titres de créance adossés à des actifs (ABS) et obligations des PME |
Cadre intégré renforcé (CIR) – titrisation pour les PME au sein de l’UE |
R.-U. – titrisation par des FinTech |
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Forme juridique |
Émission de billets structurés par l’EVS |
Titres de créance adossés à des actifs (ABS) |
ABS via des EVS pour les financements sur entrepôt ; obligations des PME |
ABS via des agrégateurs nationaux |
ABS émis par des plateformes FinTech |
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Réglementation |
Légère (acte de fiducie, NZDX avec des règles légères de cotation) |
Lourde (Reg. AB II de la Securities and Exchange Commission) |
Modérée (Australian Securities and Investment Commission, normes de l’Australian Standards Framework—ASF) |
Modérée à élevée (réglementation de l’UE, prospectus) |
Modérée (surveillance de la Financial Conduct Authority; soutien du « bac à sable ») |
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Clientèle d’investisseurs |
Institutionnels + investisseurs d’impact |
Institutionnels (pensions, gestionnaires d’actifs) |
Institutionnels + fonds de retraite autogérés + crédit privé |
Institutionnels (banques, assureurs, fonds de pension) |
Institutionnels + investisseurs d’impact |
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Rehaussement du crédit |
Couches fonds propres, mezzanine, fonds de réserve |
Subdivision en tranches, réserves, surnantissement |
Subdivision en tranches, comptes de réserve, garanties |
Garanties publiques, subdivision en tranches, comptes de réserve |
Rétention de la tranche de première perte, subdivision en tranches, garanties par plateformes |
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Transparence |
Élevée, par ex. Cadre intégré renforcé |
Élevée (données au niveau des prêts, tableaux de bord) |
Modérée (modèles de l’ASF, données d’analyse risques-avantages) |
Élevée (tableaux de bord au niveau des prêts, déclarations à l’UE) |
Élevée (suivi de la performance en temps réel) |
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Marché secondaire |
Cotation sur le NZDX |
Marché actif des ABS |
Marché actif, titres de créance adossés à des prêts immobiliers résidentiels/ABS, obligations des PME, de gré à gré |
Marché secondaire actif (ABS cotés) |
Marché secondaire limité (placements privés) |
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Rôle des pouvoirs publics |
EVS du NZ Growth Fund et « bac à sable » réglementaire de la Financial Markets Authority - FMA |
Garanties des SBA, établissements fédéraux |
ABSF, soutien des analyses risques-avantages, examens du ministère des Finances |
Garanties du CIR, alignement sur les politiques de l’UE |
« Bac à sable » réglementaire, soutien de la British Business Bank |
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Utilisation de la technologie |
Élevée (initiateurs, FinTech + banques) |
Élevée (services numériques, analytique) |
Élevée (montage des dossiers de prêt par des FinTech, notation de crédit) |
Élevée (services numériques, montage normalisé des dossiers de prêt) |
Élevée (montage numérique des dossiers de prêt, analytique) |
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Taille typique |
50 millions – 200 millions NZD |
50 millions – 1 milliard USD |
10 millions – 500 millions AUD |
50 millions – 500 millions EUR |
20 millions – 300 millions GBP |
Source : Secrétariat de l’OCDE. NZX Listing Debt ; Mayne Wetherall Structured Finance ; United States Securities and Exchange Commission Asset-Backed Securities ; United States Small Business Administration SBA Guide ; Australian Office of Financial Management ; Twenty Four ; EIF Guarantees and Securitisation ; EIB SME Initiative ; ECB Loan-Level Requirements ; British Business Bank FinTech; British Business Bank Partnership ; Tech Funding News.
Un solide rehaussement du crédit au moyen de couches d’absorption des pertes pourrait déboucher sur la limitation ou l’absence des garanties des pouvoirs publics. En Australie, le rôle des pouvoirs publics a généralement consisté à intervenir comme acheteur temporaire sur le marché en période de tension (par exemple, durant la pandémie de COVID-19), ainsi que par l’intermédiaire d’un fonds de titrisation à l’intention des PME (l’Australian Business Securitisation Fund, ou ABSF), et non pas comme un garant permanent. Les engagements dans le cadre du fonds de soutien aux instruments financiers structurés (SFSF, Structured Finance Support Fund) ont pris fin, laissant place à un système privé.
Une EVS peut aussi aider à séparer les actifs de prêts des PME du bilan des initiateurs de prêts, et protéger ainsi les investisseurs en cas de défaillance des initiateurs. Si les banques de dépôt de la Nouvelle-Zélande possèdent de fortes capacités de montage de dossiers de prêts et devraient demeurer des participants centraux, leur réticence à octroyer des prêts aux entreprises fait du montage de dossiers de prêt par des FinTech (prêteurs numériques aux PME) une option complémentaire particulièrement attrayante. Ces prêteurs exercent déjà leur activité en Nouvelle-Zélande et peuvent réduire les frais de montage des dossiers de prêts, améliorer la rapidité et toucher des PME mal desservies ne possédant que des garanties limitées (OECD, 2022c).
Les FinTech utilisent la notation automatisée de crédit et des données autres (des logiciels comptables et des plateformes de commerce électronique, par exemple) pour évaluer la solvabilité et, ainsi, accélèrent les approbations et peuvent toucher des PME mal desservies. L’expérience du Royaume-Uni, chef de file mondial dans le domaine des FinTech, montre que les plateformes de FinTech, travaillant avec la British Business Bank, ont fourni des prêts rapidement et à un plus large éventail de PME durant la pandémie de COVID-19 (OECD, 2022c). La cotation publique des billets des EVS, d’une manière semblable au modèle des titres de créance adossés à des actifs au sein du Cadre intégré renforcé de l’UE, améliorerait la liquidité, le processus de détermination du prix et la confiance des investisseurs en conduisant à de meilleures options de sortie pour les investisseurs institutionnels.
Les nouveaux outils d’innovation, tels qu’un « bac à sable » réglementaire, pourraient fournir un cadre d’action propice pour le développement d’instruments de crédit en faveur des PME. Dans le contexte du « bac à sable », les prêteurs et les émetteurs peuvent mettre à l’essai des modèles automatisés de notation de crédit, l’utilisation de sources autres de données, des approches simplifiées de divulgation pour les investisseurs professionnels, ainsi que des modèles normalisés de déclaration se prêtant à la titrisation ou aux structures des EVS regroupées. Ces outils aident à réduire les charges fixes liées au respect de la réglementation, soutiennent l’expérimentation en matière de montage numérique des dossiers de prêt et accroissent la transparence au niveau des prêts, créant ainsi une sécurité juridique tant pour les FinTech que pour les institutions traditionnelles, et créant des conditions propices à la mise en place de marchés des crédits modulables à différentes échelles pour les PME.
Pour que les PME puissent avoir accès à des financements externes à un coût raisonnable, il faut mettre à effet un ensemble diversifié d’instruments ne se limitant pas aux prêts bancaires et à la titrisation, mais comportant également des options bilatérales souples (OECD, 2022d; OECD, 2025f). Les placements privés, axés sur les investisseurs professionnels sous le régime de la Loi régissant les pratiques sur les marchés financiers (Financial Markets Conduct Act), offrent une solution de remplacement qui est moins coûteuse et qui implique une divulgation moindre que les obligations cotées. Un instrument de style Schuldschein, structuré sous la forme d’un prêt bilatéral attesté par un billet à ordre, pourrait être facilement mis en œuvre en vertu des lois néo-zélandaises. Une documentation normalisée et un flux de travail simple pour les placements permettraient des émissions répétées de documents et faciliteraient les transferts secondaires parmi les investisseurs institutionnels.
Ces instruments sont largement utilisés en Allemagne par les entreprises du Mittelstand (PME spécialisées à vaste rayonnement) et leur adoption s’accroît en Autriche, en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suisse. Leur attrait réside dans une combinaison de flexibilité pour les émetteurs, avec des normes de documentation prévisibles, et d’accès à une large base d’investisseurs professionnels. Pour les moyennes entreprises néo-zélandaises — se situant souvent dans la gamme des 5 à 50 millions NZD et trop petites pour les obligations cotées, mais trop grandes ou croissant trop rapidement pour les prêts bancaires traditionnels —, les placements privés peuvent offrir une voie pratique vers l’obtention de financements à plus long terme à des taux concurrentiels.
Il est possible d’utiliser les outils d’innovation de la FMA pour mettre à l’essai, à l’échelle pilote, une documentation normalisée, des comptes rendus au niveau des prêts et une divulgation rationalisée concernant les placements privés par les investisseurs professionnels. Ces améliorations contribueraient à réduire les coûts de transaction fixes, favoriseraient les transferts secondaires des placements privés d’emprunts des PME et faciliteraient le processus de détermination du prix. Un canal de crédit privé plus liquide et transparent rendrait ces instruments plus attrayants aux yeux des investisseurs institutionnels, y compris les prestataires de KiwiSaver, et aiderait à combler le déficit de financement des moyennes entreprises de Nouvelle-Zélande.
Les investissements des administrations publiques de Nouvelle-Zélande ont atteint environ 4.9 % du PIB en 2025, pourcentage figurant parmi les plus élevés de l’OCDE, ce qui reflétait une période prolongée de sous-investissement et la nécessité d’un renouvellement considérable dans l’ensemble des réseaux centraux (NZIC, 2021). Une forte proportion des dépenses est axée sur les infrastructures sociales, la santé, l’éducation et le logement, ce qui concorde avec le vaste rôle de prestation de services de l’administration centrale. Il reste d’importants défis à relever dans les domaines de l’eau, des infrastructures sociales et de la connectivité numérique inégale dans les régions rurales. Assurer un approvisionnement sûr en électricité à faibles émissions exigera également de nouveaux investissements substantiels (chapitre 3).
Le transport représente un goulet d’étranglement majeur en milieu urbain. De multiples évaluations confirment qu’Auckland présente certains des niveaux les plus élevés de congestion en Australasie, avec 29 millions d’heures perdues par année et des vitesses tombant au-dessous de 25 km/h aux heures de pointe ; cette ville se classe au 77e rang, sur un nombre total de 500 grandes agglomérations, au chapitre de la congestion (EY-ARUP, 2025). Des outils fiscaux (tels que les péages de congestion) et des investissements ciblés peuvent contribuer à atténuer ces problèmes (chapitre 1), mais ils ne peuvent pas éliminer ces pressions liées à la congestion. La Stratégie relative aux infrastructures de la Nouvelle-Zélande (New Zealand Infrastructure Strategy) et le Plan national concernant les infrastructures (NIP, National Infrastructure Plan) font ressortir que la demande future de capitaux pour le transport terrestre devrait diminuer par rapport aux niveaux passés et qu’une importance plus grande devrait être accordée à l’entretien, à la résilience et à des améliorations ciblées, en lieu et place d’une expansion majeure du réseau (NZIC, 2022 ; NZIC, 2026).
En raison des contraintes budgétaires, les capitaux privés peuvent venir compléter le financement public dans les cas où les projets génèrent des flux de recettes durables ou des économies à long terme mesurables. Le financement des marchés financiers est le plus approprié pour les secteurs dont les flux de trésorerie sont stables, par exemple la production énergétique, les réseaux, les télécommunications et les services d’eau menant leurs activités selon des modèles de conclusion de contrats à long terme, ainsi que les corridors de transport gérés en fonction de la demande, ou à péage là où la loi autorise la perception de redevances. La mobilisation des financements privés peut soutenir une évaluation commerciale plus rigoureuse, des analyses coûts-avantages plus solides et des incitations plus claires à la performance, tout en maintenant la surveillance publique (OECD, 2021 ; OECD, 2024f ; IMF, 2020 ; World Bank, 2012). Cependant, le financement privé ne peut pas remplacer le financement public lorsqu’il n’existe aucun modèle de recettes, et il peut créer un risque budgétaire supplémentaire s’il est mal structuré.
De récentes réformes institutionnelles ont renforcé l’environnement propice aux capitaux privés. Le sommet sur l’investissement de 2025 mettait en vedette des projets à l’intention des investisseurs internationaux, tandis que la création d’une entreprise nationale de financement en amont et en aval des infrastructures (NIFF, National Infrastructure Funding and Financing Ltd.) en décembre 2024 a institué une entité spécialisée pour la structuration des partenariats public-privé (PPP) et l’évaluation de leur optimisation des ressources. Le cadre révisé concernant les PPP vise à accroître la certitude du programme et à améliorer la répartition du risque, en conformité avec les directives de l’OCDE. La plupart des importants arrangements de financement privé en Nouvelle-Zélande repose sur des modèles disponibilités-paiement qui figurent dans les bilans des pouvoirs publics, ce qui met en lumière l’importance d’une gestion budgétaire robuste.
Malgré ces atouts institutionnels, les sommes qu’affectent les investisseurs institutionnels aux infrastructures, particulièrement via KiwiSaver, demeurent faibles comparativement aux investisseurs correspondants au niveau international. La part des fonds KiwiSaver qui est allouée aux infrastructures correspond à moins de 3 % du total, quoique les données soient une combinaison d’actifs nationaux et internationaux et ne soient pas directement comparables aux vastes fonds de retraite étrangers qui sont confrontés à moins de pressions en matière de liquidités et à moins de transferts de la part des membres (MBIE, 2024b). Ainsi, la contrainte fondamentale n’est pas un déficit de financement, mais bien un déficit de projets générant des recettes qui sont en quête d’investissements.
Il y a trois principaux obstacles à surmonter. En premier lieu, les parties prenantes du secteur du financement signalent une capacité insuffisante de préparation de dossiers argumentaires de catégorie investissement, en particulier au niveau des administrations locales. Deuxièmement, la fragmentation des projets et les conduites limitées dans des secteurs commercialement viables réduisent tant l’envergure que la visibilité des investisseurs. Troisièmement, les contraintes de plafond des recettes et des dettes auxquelles se heurtent les administrations locales limitent la capacité des conseils locaux à réaliser des investissements peu importe la source de financement, qu’il s’agisse de l’Agence de financement des administrations locales (LGFA, Local Government Funding Agency), de l’agence prospère d’emprunts regroupés néo-zélandaise ou des marchés privés (NZIC, 2024). La plupart des actifs des administrations locales (eaux pluviales, routes locales, parcs et installations communautaires) ne génèrent pas de recettes commerciales et les conseils évitent généralement les financements privés à coût plus élevé, où les taux de la LGFA sont plus bas, mais les engagements sont contraignants.
Une amélioration de la capacité des administrations locales à élaborer les dossiers argumentaires, au moyen d’évaluations plus robustes, de bases factuelles plus claires et de méthodologies plus cohérentes, pourra rehausser la qualité des investissements, mais ne pourra pas résoudre les contraintes structurelles des emprunts. Les outils créés sous le régime de la Loi sur les financements en amont et en aval des infrastructures (Infrastructure Funding and Financing Act) permettent des financements hors bilan via la NIFF, mais l’adhésion s’est avérée limitée en raison des frais d’intérêt plus élevés, de la complexité administrative et des longs délais d’exécution des transactions. Des solutions plus durables résident dans l’élargissement des capacités de génération de recettes des administrations locales, par le truchement d’outils adaptables en fonction de la croissance, de taux ciblés ou de redevances perçues des utilisateurs, afin d’atténuer les ratios dettes/recettes et d’accroître la marge d’emprunt. Le ministère des Finances offre des orientations poussées concernant les analyses de rentabilisation, des outils d’analyse coûts-avantages et des examens optionnels d’assurance qualité selon le système Gateway, mais les conseils ne sont pas tenus de mettre ces outils en pratique et le recours à ceux-ci varie.
L’expérience au niveau international indique que le regroupement de projets plus petits ou axés sur une même région peut contribuer à créer des potentialités d’investissement pour les investisseurs institutionnels. Des plateformes d’investissement réunissant de nombreux conseils locaux, comme celles en usage aux Pays‑Bas, peuvent regrouper des projets concernant l’eau, les déchets, le numérique ou la résilience en portefeuilles dotés de modalités claires en matière de gouvernance, de structuration du crédit et de comptes rendus. Les cadres axés sur l’ESG, tel l’élargissement de la portée du programme d’obligations durables de la LGFA, peuvent aider à attirer des investisseurs spécialisés en ESG dans les cas où les coûts de conformité sont proportionnés et les projets concordent avec la demande authentique des investisseurs. Les éléments relatifs à l’ESG devraient demeurer facultatifs et n’être appliqués que lorsqu’il existe une claire justification commerciale ou stratégique.
Les capitaux privés afflueront le plus aisément vers les secteurs dotés de flux de recettes prévisibles ou de mécanismes de perception consacrés par la loi. De récentes modifications apportées à la Loi sur la gestion du transport terrestre (Land Transport Management Act) élargissent les possibilités d’institution de péages dans certaines parties du réseau de routes nationales ; cependant, des pouvoirs équivalents de mise en œuvre de péages ne sont pas accordés pour les routes locales. De nouvelles dispositions relatives aux péages liés à la congestion pourraient également impulser des investissements commercialement structurés. La Loi de 2025 sur les services relatifs à l’eau (Water Services Act 2025) autorise des contrats à long terme avec des entités privées tout en maintenant la propriété des pouvoirs publics et le pouvoir d’établissement des prix. La mobilisation d’investissements supplémentaires dépendra donc moins de nouveaux instruments financiers, et plus de l’expansion et de la stabilisation des cadres de recettes dans les secteurs où des rendements commerciaux peuvent réalistement être atteints.
À la suite de l’effondrement du secteur financier local non bancaire collectant des dépôts (2006‑12) et de la crise financière mondiale (2007‑09), une profonde réforme de la réglementation des marchés de capitaux a été engagée par les autorités néo-zélandaises. Les efforts se poursuivent. Le régime réglementaire actuel présente de nombreux points forts, assurant notamment un niveau élevé de protection des investisseurs, une transparence renforcée et un alignement global solide sur les principes de régulation des marchés financiers de l’OICV et de l’OCDE. Toutefois, des contraintes structurelles, telles que la faible profondeur des marchés, la fragmentation des agréments, la taille limitée du secteur de la FinTech et des boucles de rétroaction politique‑régulateur inégales, continuent de peser sur le développement des marchés de capitaux (Graphique 4.18). La correction de ces contraintes s’inscrit dans la réponse 2024-25 du gouvernement aux conclusions de l’enquête du Finance and Expenditure Committee sur la concurrence bancaire, qui souligne la nécessité d’une plus grande cohérence réglementaire et d’un renforcement de la surveillance de la conduite.
Le modèle réglementaire néo‑zélandais s’inspire globalement des cadres « twin peaks » (avec des régulateurs distincts pour la conduite et le prudentiel) de ces grands marchés financiers que sont l’Australie et le Royaume‑Uni, bien qu’il fonctionne à plus petite échelle et que la répartition des responsabilités y soit plus complexe. La séparation entre élaboration de la politique et régulation de la conduite est maintenue, cette dernière étant répartie entre plusieurs organes. Le Ministère des Entreprises, de l’Innovation et de l’Emploi (MBIE) est chargé de la définition de la politique, tandis que l’Autorité des marchés financiers (FMA) assure la régulation indépendante de la conduite, que la Banque de réserve de Nouvelle‑Zélande (RBNZ) s’occupe de la régulation prudentielle, et que la Commission du commerce est historiquement l’organe chargé de la régulation du crédit. Les réformes en cours simplifieront cette architecture. Le projet de loi portant modification de la législation sur les contrats de crédit et les services financiers aux consommateurs transfère la compétence de la réglementation du crédit de la Commission du commerce à la FMA, tandis que le projet de loi portant modification de la législation relative aux pratiques sur les marchés financiers regroupe les systèmes d’agrément en un régime unique. La coordination est assurée par le Conseil des régulateurs financiers (CoFR), qui a adopté en décembre 2025 un modèle opérationnel révisé, allégé et plus stratégique. Bien que des défis de coordination subsistent, ils n’appellent pas d’intégration structurelle. La structure de surveillance en matière de LBC/FT est également en cours de simplification dans le cadre du projet de loi d’amendement intitulé Anti-Money Laundering and Countering Financing of Terrorism (Supervisor, Levy, and Other Matters) Amendment Bill, qui instaure une autorité de surveillance unique pour la lutte contre le blanchiment de capitaux et rationalise les processus de conformité pour certaines catégories d’entités déclarantes.
Réglementation financière, organes, et agréments en Nouvelle‑Zélande
Note : Chaque bulle représente un organe, les lignes continues indiquent des chevauchements : les lignes pointillées indiquent une coordination et les lignes rouges en pointillés les liens entre élaboration de la politique et réglementation de la conduite. Ministère des Entreprises, de l’Innovation et de l’Emploi (MBIE) ; Commission du commerce (ComCom) ; Banque de réserve de Nouvelle‑Zélande (RBNZ) ; Autorité des marchés financiers (FMA) ; Conseil des régulateurs financiers (CoFR) ; Registre des prestataires de services financiers (FSPR).
Source : Secrétariat de l’OCDE.
Les normes prudentielles minimales mondiales (principes fondamentaux de Bâle) génèrent des coûts réglementaires et de surveillance de base, mais le système réglementaire néo-zélandais demeure fragmenté (Graphique 4.18). Historiquement, le chevauchement des activités de surveillance des pratiques et la multiplication des autorisations y afférentes ont accru les coûts de mise en conformité. Par exemple, une banque offrant une gamme complète de services peut être tenue de détenir des agréments FAP (Financial Advice Provider), MIS (Managed Investment Scheme), CoFI (Conduct of Financial Institutions) et CCCFA (Credit Contracts and Consumer Finance Act), ainsi que d’être inscrite au dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Les principes de gouvernance de l’OCDE préconisent une séparation entre l’élaboration de la politique et l’application de la réglementation ; autrement dit, l’élaboration des politiques publiques doit rester du ressort du ministère des Entreprises, de l’Innovation et de l’Emploi et du ministère du Trésor, tandis que les autorités de réglementation exercent quant à elles un rôle d’assistance consultative structurée (OCDE, 2014). Sur un marché de petite taille et peu profond, cette séparation renforce l’importance de mécanismes de coordination efficaces pour garantir que les paramètres retenus soient bien adaptés aux besoins du secteur.
Il convient que le gouvernement mette en œuvre les réformes qu’il propose afin de simplifier cette structure, notamment en instaurant un agrément unique en matière de conduite, conformément aux pratiques observées dans de petites économies de l’UE telles que l’Estonie, la Finlande et la Suède, et en transférant la surveillance au titre du CCCFA à la FMA (Encadré 4.7). Au-delà, il reste possible de renforcer la coordination et l’efficacité de la politique. Contrairement à certaines petites économies qui intègrent l’élaboration de la politique et la réglementation de la conduite, la Nouvelle-Zélande devrait maintenir une séparation claire, conformément aux principes de gouvernance de l’OCDE, et mettre en place des canaux plus structurés permettant de recueillir les avis des autorités de réglementation et des entreprises. Certains dispositifs existent déjà : la Loi régissant les pratiques sur les marchés financiers (Financial Markets Conduct Act), par exemple, exige la consultation de la FMA avant l’adoption d’un texte réglementaire (article 549). Toutefois, ils pourraient être renforcés par des dispositifs plus systématiques, comme des programmes de travail conjoints permanents, des phases formelles d’élaboration des politiques avec les observations préliminaires des autorités de réglementation, et des tables rondes sectorielles régulières coordonnées par le Conseil des régulateurs financiers. La mise en place de programmes de travail conjoints plus ciblés pour le Conseil des régulateurs financiers, à l’instar des travaux en cours sur l’accessibilité financière de l’assurance et les réformes des systèmes de paiement, permettrait d’améliorer le calibrage des cadres réglementaires tout en préservant des rôles institutionnels clairement définis. L’expérience internationale montre que les petits marchés tirent profit de programmes de travail conjoints plus approfondis et plus formalisés, notamment dans des domaines tels que la FinTech, l’accès des PME aux capitaux et le régime KiwiSaver, où les cadres réglementaires sont très techniques et où l’action publique doit suivre de près l’innovation du marché. Des programmes de travail conjoints renforcés contribuent également à maintenir l’expertise sectorielle au sein des organes chargés de la politique, réduisant ainsi les risques associés à la petite taille du marché, à la rotation du personnel et aux technologies en évolution rapide, telles que l’IA, la tokenisation et les nouvelles formes de conseil numérique. L’intégration de mécanismes de collaboration structurés accroît donc l’efficacité des politiques.
L’expérience de petites juridictions ayant adopté un régime d’agrément unique en matière de conduite (notamment l’Estonie, la Finlande, l’Irlande, Malte et le Luxembourg) délivre des enseignements utiles pour la transition. La mise en œuvre initiale crée généralement des goulots d’étranglement temporaires dans le traitement des agréments, avec l’afflux d’entreprises qui migrent vers le nouveau régime. Ces pays ont atténué les retards initiaux en déployant un processus de transition par phases, en mettant en place des unités de mise en œuvre dédiées et en publiant de manière anticipée des lignes directrices visant à faciliter la transition, y compris des outils expliquant la transposition des autorisations antérieures dans le nouveau régime d’agrément unique. Une publication transparente des délais de traitement des agréments, combinée à des processus de contrôle de la qualité, a également contribué à assurer la cohérence des premières décisions de surveillance.
Les pays qui ont réussi leur transition ont également veillé au renforcement des capacités des équipes en charge, en procédant à des détachements entre agences et en mobilisant l’expertise du secteur pour combler les lacunes techniques. Les petites entreprises se sont adaptées plus facilement lorsqu’un soutien ciblé a été mis en place par les régulateurs, avec par exemple des permanences de conseil, des modèles types et des lignes directrices simplifiées. Au cours des deux premières années de mise en œuvre, les autorités ont généralement suivi un ensemble restreint d’indicateurs : les délais de traitement des agréments, la réduction des obligations redondantes, la cohérence des décisions de surveillance et l’impact sur les coûts de conformité, en particulier pour les petits prestataires. Ces données initiales ont aidé à entretenir la dynamique, tandis que les effets à plus long terme sur l’approfondissement du marché se sont manifestés plus progressivement.
Le régime réglementaire est novateur dans son intention, mais limité dans sa portée. L’introduction par la FMA d’un bac à sable réglementaire en 2025 pour soutenir l’expérimentation dans la FinTech s’inscrit dans la lignée des meilleures pratiques internationales. Les données internationales montrent que ces bacs à sable sont les plus efficaces lorsqu’ils sont intégrés dans un écosystème d’innovation plus large, comprenant le financement en phase de démarrage, les partenariats universitaires, les programmes de soutien aux entreprises et l’accès aux actifs de données appropriés. Inscrits dans un tel écosystème, les bacs à sable pourront soutenir des innovations à même de combler les lacunes de financement des PME, de fournir des mécanismes alternatifs de financement par capitaux propres et de favoriser la participation des Maoris aux marchés des capitaux.
La Nouvelle‑Zélande pourrait accélérer la croissance de son secteur émergent de la FinTech en élargissant de manière sélective ses outils de soutien à l’innovation, tout en maintenant des coûts proportionnés et en se concentrant sur les domaines où les contraintes de taille limitent le développement du marché, tels que l’accès des PME aux marchés de capitaux et l’accès des investisseurs particuliers à des produits d’investissement diversifiés. Il pourrait s’agir de renforcer le rôle du pôle d’innovation et, comme au Royaume‑Uni, d’offrir un soutien dédié aux entreprises développant de nouveaux modèles d’affaires, tel qu’un point de contact unique pour les innovateurs et des orientations préalables à la soumission des demandes. Le développement d’environnements de test numériques alignés sur le cadre du Consumer Data Right pourrait contribuer à soutenir l’expérimentation et l’entrée de nouveaux acteurs. Des défis d’innovation ciblés ou des « Techsprints » sur des thématiques telles que l’accès des PME aux marchés d’actions pourraient venir compléter ces initiatives.
La FMA adopte une approche fondée sur les principes pour ses orientations réglementaires, complétée par des outils pratiques, mais la couverture reste inégale. Elle propose déjà plusieurs de ces outils, dont des études de cas, des FAQ et des orientations co‑élaborées, comme son guide « Reasonable Grounds for Financial Advice », et a mis en place un Financial Advice Regulatory Panel afin de renforcer le dialogue avec les conseillers et les experts du secteur. Les principes réglementaires de l’OCDE préconisent la fourniture d’orientations claires, proportionnées et accessibles. Les intéressés identifient la possibilité d’appliquer ces outils de manière plus cohérente dans tous les domaines réglementaires. Les parties prenantes soulignent que, si la FMA fournit des orientations pratiques détaillées dans certains domaines, celles-ci sont plus succinctes ou plus conceptuelles dans d’autres, ce qui entraîne une interprétation inégale des obligations. Les petits prestataires rapportent qu’en l’absence d’études de cas ou d’exemples, la mise en œuvre des normes fondées sur les principes peut nécessiter davantage de ressources. L’utilisation plus systématique d’exemples concrets et de modèles types aiderait les petits prestataires à interpréter les obligations, réduirait les coûts de conformité et renforcerait l’intensité concurrentielle.
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CONCLUSIONS |
RECOMMANDATIONS (principales recommandations en gras) |
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Accroître l’épargne privée sous forme d’actifs financiers |
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La part des actifs financiers des ménages consacrés aux pensions privées est modeste. Les taux de cotisations au régime de retraite privé KiwiSaver sont inférieurs à ceux de l’Australie, et la période d’accumulation est plus courte. |
Continuer à relever progressivement les taux des cotisations patronales par défaut et des cotisations salariales minimales au régime KiwiSaver pour aider à assurer l’adéquation des revenus à la retraite. |
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La hausse des retraits anticipés réduit les soldes à long terme KiwiSaver, tout en offrant des avantages limités aux groupes à faible revenu qui ont généralement des soldes moins élevés et qui sont susceptibles de se heurter à des obstacles non financiers pour acheter un logement. |
Durcir les règles relatives aux retraits pour l’achat d’un premier logement en les limitant aux cotisations volontaires et créer un dispositif distinct et ciblé d’aide à l’apport, par exemple des modèles de propriété partagée combinés à un accompagnement en matière de culture financière. |
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Les règles de liquidité limitent la capacité des fonds KiwiSaver à investir dans des catégories d’actifs plus rentables mais illiquides, comme le capital-investissement et le capital-risque. |
Mettre en place, dans le cadre du régime KiwiSaver, un fonds de type « actifs privés », strictement réglementé et assorti de plafonds d’allocation prudents. |
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Le système néo-zélandais dit « Tax-Tax-Exempt » ou TTE (taxation des versements, taxation des revenus de placement et exonération des retraits de fonds), peu courant, a pour effet de réduire l’accumulation d’actifs de retraite par rapport à un système de type « Exempt-Exempt-Tax » ou EET (exonération des versements, exonération des placements et taxation des retraits), qui est le plus répandu dans les pays de l’OCDE. |
Développer l’épargne-retraite et favoriser le financement sur les marchés financiers tout en maîtrisant les coûts budgétaires immédiats, en réduisant progressivement la fiscalité sur les versements et les rendements et en augmentant les prélèvements sur les retraits. |
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Développer le rôle des investisseurs institutionnels et étrangers |
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Malgré des réformes récentes, la Nouvelle-Zélande conserve l’un des régimes d’IDE les plus restrictifs de l’OCDE, avec un mécanisme de filtrage très étendu. |
Continuer de simplifier le système de filtrage de l’IDE en limitant son champ d’application aux actifs véritablement sensibles et en adoptant une approche davantage fondée sur les risques, tout en préservant les intérêts nationaux. |
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Accroître la participation des Maoris aux marchés de capitaux et les avantages qu’ils en retirent |
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Certains organismes de placement collectif maoris affichent une gouvernance et des résultats solides, ce qui leur a permis de gagner en envergure et en crédibilité dans leurs investissements. |
Renforcer les intermédiaires financiers dédiés aux communautés maories et les gestionnaires de fonds dirigés par des iwi en diffusant les meilleures pratiques pour concilier rendements financiers et retombées sociales, et en favorisant les partenariats de co-investissement avec des investisseurs non maoris et étrangers. |
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Le manque de données fiables sur les entreprises maories, la rareté des produits financiers adaptés à leur culture et les programmes de culture financière continuent d’entraver la participation des Maoris aux marchés de capitaux. |
Élargir la collecte de données et renforcer les programmes de culture financière et d’éducation bilingue afin de donner aux PME et aux ménages maoris les moyens de participer plus pleinement aux marchés financiers. |
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Développer le capital-risque et combler le déficit de financement par capitaux propres |
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La Nouvelle-Zélande est confrontée à une pénurie de fonds propres destinés aux entreprises en croissance, estimée entre 5 à 50 millions NZD, et de nombreuses entreprises sont contraintes de se tourner vers les places étrangères plus tôt qu’il ne l’aurait fallu dans l’idéal pour pouvoir lever des capitaux. |
Envisager que l’État prenne des participations minoritaires dans un Business Growth Fund ou de créer un fonds de fonds d’actions de croissance ou de capital-risque. Inciter les établissements proposant des produits KiwiSaver et d’autres investisseurs institutionnels à y placer une petite fraction de leurs portefeuilles. |
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Catalist offre un marché tremplin agréé pour les petites entreprises souhaitant accéder à la NZX, mais il n’est pas encore suffisamment profond ni liquide pour soutenir de manière régulière des levées de capitaux de taille intermédiaire. |
Réduire les coûts de transaction, ajuster les paramètres de levée de capitaux de Catalist et clarifier les voies de progression entre Catalist et la NZX. |
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Redynamiser les marchés boursiers |
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Il n’y a pas eu d’introduction en bourse importante depuis 2021. Les coûts d’introduction en bourse et de cotation sont élevés, et les études de bourse consacrées aux petites entreprises sont insuffisantes. En Suède, grâce à des obligations allégées, le compartiment « croissance » constitue une importante plateforme boursière pour les entreprises en forte croissance. |
Lancer un marché d’actions prévoyant des règles allégées et proportionnelles en matière de gouvernance de la cotation et de diffusion d’informations, des allègements fiscaux sur les coûts d’introduction en bourse et de cotation des petites entreprises, des aides à la réalisation d’études de bourse portant sur de petites capitalisations et la possibilité d’émettre des actions à droits de vote différenciés pour répondre aux craintes de perte de contrôle. |
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Les volumes d’échanges des petites capitalisations sont faibles, l’élargissement des écarts entre les cours acheteur et vendeur dissuadant la participation. |
Envisager des réductions temporaires des frais pour certains teneurs de marché, sensibiliser les investisseurs individuels et proposer un accompagnement après cotation. |
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Lorsque des entreprises sont cotées, leurs administrateurs doivent respecter des obligations juridiques plus lourdes et encourent des risques d’atteinte à la réputation plus grands, ce qui a un effet dissuasif sur les candidats expérimentés. |
Fixer des règles plus claires et abaisser, proportionnellement à la taille des entreprises, les seuils fixés en matière de publication d’informations, d’obligations des administrateurs et de composition du conseil d’administration. |
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De nombreuses entreprises néo-zélandaises prometteuses sont rachetées par des fonds de capital-investissement australiens ou se redomicilient à l’étranger plutôt que de se coter sur le marché national, ce qui réduit le vivier d’émetteurs. |
Faciliter les cotations doubles en renforçant les liens opérationnels entre le NZX, l’ASX et Singapour, par exemple en harmonisant les modèles de déclaration et le système de règlement. |
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Les marchés financiers néo-zélandais manquent de la profondeur nécessaire et les petits porteurs n’y sont pas en nombre suffisant pour accompagner les entreprises cotées de petite taille et en phase de croissance. |
Mettre en place un compte d’épargne en actions néo-zélandaises sans lien avec la retraite pour accroître le nombre d’investisseurs individuels dans les entreprises nationales cotées. |
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Tirer davantage parti des marchés de la dette pour les PME et les infrastructures |
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Le marché de la dette des PME est limité non par un manque de capitaux, mais par des obstacles structurels comme la petite taille des entreprises, le niveau élevé des coûts d’émission fixes, la fragmentation de la documentation et une transparence limitée sur le niveau des prêts. |
Mettre en place une plateforme collective de titrisation des prêts aux PME prévoyant une documentation normalisée, la communication de données sur les niveaux de prêt et la constitution d’un registre de crédit. |
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La capacité de mobilisation de capitaux privés en faveur des infrastructures est limitée par une pénurie de projets commercialement viables, générateurs de recettes. |
Accroître le nombre de projets d’infrastructures de nature à attirer les investissements en renforçant les cadres de recettes, par exemple au moyen de redevances d’utilisation ciblées. |
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Améliorer la réglementation des marchés de capitaux |
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Le cadre néo-zélandais de réglementation des marchés de capitaux est solide mais reste fragmenté, ce qui se traduit par des exigences redondantes en matière d’agrément et rend essentielle la coordination entre les décideurs publics et les autorités de réglementation. |
Mener à bien la transition vers un régime simplifié d’agrément unique et renforcer les programmes de travail conjoints structurés du Conseil des régulateurs financiers. |
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