Hansjörg Blöchliger
Yosuke Jin
Hansjörg Blöchliger
Yosuke Jin
L’économie de la Norvège s’est largement redressée depuis la pandémie et la crise du coût de la vie et elle tourne aujourd’hui presque à plein régime, le rythme de l’activité continentale étant supérieur à la croissance globale sur fond de ralentissement dans le secteur pétrolier. Le conflit au Moyen-Orient stimule les recettes pétrolières, mais risque d’alimenter l’inflation et de peser sur les actifs du fonds souverain. Le marché du travail, bien que légèrement en repli, reste résilient. L’inflation perdure et reste supérieure à l’objectif, de plus en plus tirée par des tensions sur les coûts intérieurs. En mai 2026, la Banque de Norvège a relevé son taux d’intérêt à 4.25 %, afin de resserrer sa politique monétaire. La politique budgétaire est modérément expansionniste en raison de l’augmentation des dépenses structurelles et de la poursuite des prélèvements sur le fonds souverain. Compléter le cadre budgétaire fondé sur des règles par un plan de dépenses à moyen terme permettrait de renforcer la discipline au niveau des finances publiques et de conserver une marge de manœuvre budgétaire. Une réforme fiscale complète visant à alléger les charges sur le travail et le capital tout en élargissant la fiscalité sur la consommation, les successions et la propriété immobilière aiderait à réduire les distorsions et à soutenir la croissance. Des réformes structurelles propres à atténuer les déséquilibres sur le marché du travail, notamment un durcissement du système de prestations maladie et invalidité et la mise en place d’incitations au travail plus fortes, contribueraient à améliorer la situation de l’emploi.
L’économie norvégienne a fonctionné à pleine capacité, voire légèrement au-delà, l’année dernière, même si la croissance reste inférieure à celle des autres pays nordiques et à la moyenne de l’OCDE. Avant le conflit au Moyen-Orient, l’activité avait commencé à accélérer, portée par des gains durables de salaire réel. Le marché du travail reste tendu, bien que le taux de chômage ait augmenté légèrement pour approcher les 5 %. L’inflation, qui est restée supérieure à l’objectif pendant plus d’un an, est encore repartie à la hausse au début de 2026. Conjuguée à la forte progression des salaires, cette évolution a incité la banque centrale à relever les taux d’intérêt en mai. Les dépenses publiques sont en hausse, sous l’effet de l’augmentation des dépenses de défense et de l’aide à l’Ukraine, alors même que les taxes sur les combustibles ont été abaissées en réponse aux répercussions du conflit au Moyen-Orient. Le PIB continental a augmenté plus rapidement que le PIB global, sur fond de poursuite du ralentissement dans le secteur pétrolier (Graphique 1.1). Avec la baisse des recettes pétrolières observée jusqu’au déclenchement du conflit au Moyen-Orient, la part du pétrole dans le commerce extérieur était en recul, tandis que les exportations de services liés au secteur manufacturier et au secteur non pétrolier étaient orientées à la hausse. Les projections laissent entrevoir une poursuite de la croissance et un regain d’inflation à mesure que les prix de l’énergie et des importations vont augmenter.
Note : Dans la partie A, la courbe relative aux « pays nordiques » correspond à la moyenne du PIB en volume du Danemark, de la Finlande, de l’Islande, de la Norvège et de la Suède, pondérée par le PIB nominal. Partie B : indices nationaux des prix à la consommation.
Source : OCDE, base de données des Perspectives économiques de l’OCDE ; et OCDE, base de données sur les prix.
En Norvège, de solides fondamentaux économiques et sociaux continuent de favoriser des niveaux de vie élevés et de faibles inégalités de revenu (Graphique 1.2). La compétitivité bénéficie d’un cadre macroéconomique sain, d’une main-d’œuvre qualifiée et productive, et d’un mécanisme de négociation salariale responsable et bien ancré qui recueille un large soutien dans la société. Grâce à la règle budgétaire applicable au fonds souverain, les autorités budgétaires disposent d’orientations à l’appui de la stabilité et de la viabilité des finances publiques. Ces règles ménagent aussi une certaine souplesse en cas de circonstances exceptionnelles, comme on l’a vu pendant la pandémie. Le taux d’activité reste élevé, ce qui, conjugué à l’âge tardif du départ à la retraite, compense les tensions actuelles sur les dépenses liées au vieillissement démographique. Le statut socio-économique a moins d’influence sur les résultats en matière d’éducation et de santé que dans la plupart des pays de l’OCDE. En outre, les Norvégiens jouissent d’une nature sauvage bien préservée et d’une excellente qualité de l’air et de l’eau.
Malgré ces atouts, et au-delà des perspectives à court terme, plusieurs enjeux budgétaires et structurels ont gagné en urgence et vont façonner l’action publique au cours des années à venir. La hausse régulière de la part des dépenses publiques financées par des prélèvements sur le fonds souverain, ajoutée à l’augmentation des risques de chute brutale de la valeur du fonds, a suscité un débat sur la nécessité éventuelle de compléter le cadre budgétaire, notamment des propositions visant à établir une règle de dépenses et à adopter une approche plus prospective de la budgétisation. Les gains de productivité ralentissent, et l’avance de la Norvège par rapport à d’autres pays de l’OCDE s’est réduite au cours des vingt dernières années. Cette évolution s’explique en partie par un environnement réglementaire susceptible de freiner la création et la croissance d’entreprises innovantes. Les compétences de base telles que mesurées par le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) ont diminué dans des proportions inquiétantes, le creusement des écarts de performance menaçant la prospérité et l’équité à l'avenir. Enfin, l’intégration de la Norvège dans les chaînes de valeur mondiales favorise la spécialisation, des niveaux de revenu élevés et des biens de consommation abordables, mais elle accroît l’exposition aux risques liés aux incertitudes entourant la politique commerciale et à ceux qui ont trait à la sécurité économique.
Note : Partie A : moyenne pondérée du PIB réel par habitant pour la moitié supérieure des pays de l’OCDE. La moitié supérieure des pays de l’OCDE est déterminée chaque année en fonction du niveau du PIB par habitant et varie d’une année à l’autre. Partie B : le coefficient de Gini de la distribution des revenus est compris entre 0 (égalité parfaite où tous les individus disposent du même revenu) et 1 (inégalité parfaite où tous les revenus sont aux mains d’une seule personne). Les données relatives à l’Islande proviennent de l’Office statistique d’Islande (Hagstofa Íslands).
Source : OCDE, base de données des comptes nationaux ; et OCDE, base de données de la distribution des revenus.
L’activité économique continentale a augmenté en 2025, portée par l’augmentation rapide du revenu disponible des ménages (Graphique 1.3). Après être devenue positive en 2024, la croissance des salaires réels s’est accélérée fortement l’année dernière, à la faveur du niveau élevé des salaires et de la baisse de l’inflation. Le taux de chômage tel qu’il ressort de l’Enquête sur les forces de travail reste aux alentours de 4.5 % (environ 2 % pour les chômeurs inscrits). L’investissement des entreprises est reparti à la hausse et l’investissement en logements a cessé de diminuer au deuxième semestre de 2025. Les tensions inflationnistes s’accentuent, sur fond de sursaut des prix de l’énergie à la suite du conflit au Moyen-Orient, et la banque centrale a relevé son taux directeur à 4.25 % en mai. L’orientation de la politique budgétaire est modérément expansionniste, notamment en raison de la hausse des dépenses militaires. Les droits d’accise sur les combustibles ont été temporairement abaissés en réponse au conflit au conflit au Moyen-Orient, ce qui a encore assoupli la politique budgétaire. En 2025, les États-Unis ont imposé, sur les biens importés de Norvège, des droits de douane supplémentaires cumulés de 15 %, qui ont ensuite été ramenés à 10 %, mais l’exposition est limitée dans la mesure où les biens concernés ne représentent que 3 % des exportations totales.
Le PIB continental poursuivra son redressement, quoiqu’à un rythme modéré. Le niveau élevé des prix du pétrole et du gaz entraîne une hausse considérable des recettes d’exportation et des recettes publiques, et va sans doute accroître la rentabilité dans les secteurs liés au pétrole, qui jouent un rôle majeur dans la fixation des salaires globaux. L’impact direct de la hausse des prix de l’énergie sur l’inflation sera limité, en grande partie en raison de l’instauration de prix administrés de l’électricité en 2025 et de la baisse des droits d’accise sur les combustibles. L’inflation globale commencera à refluer vers la fin de 2026, mais devrait se maintenir au-dessus de l’objectif de 2 %, principalement du fait des coûts salariaux. La demande des ménages devrait progresser légèrement, tirée par la croissance modérée des salaires réels. Le taux de chômage restera stable. La politique budgétaire reste expansionniste, en particulier à la faveur de plusieurs mesures d’aide prises dans le sillage du conflit au Moyen-Orient.
Note : Dans les parties A et B, le PIB désigne le PIB global. Dans la partie F, un niveau supérieur à 100 indique une confiance en hausse et un niveau inférieur à 100 une confiance en baisse.
Source : OCDE, base de données des comptes nationaux ; OCDE, base de données des indices des prix à la consommation ; OCDE, base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 119 ; Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norway - SSB, Statistisk sentralbyrå) ; et CEIC.
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2022 |
2023 |
2024 |
2025 |
2026 |
2027 |
|---|---|---|---|---|---|---|
|
Prix courants (milliards NOK) |
Variation en pourcentage, en volume (prix de 2022) |
|||||
|
PIB continental aux prix du marché¹ |
3 864.9 |
0.9 |
0.6 |
1.8 |
1.7 |
1.5 |
|
PIB total aux prix du marché |
5 935.0 |
0.4 |
1.4 |
1.1 |
1.3 |
1.2 |
|
Consommation privée |
2 026.3 |
-1.0 |
1.3 |
2.7 |
2.4 |
1.5 |
|
Consommation publique |
1 045.9 |
4.4 |
1.7 |
1.5 |
2.5 |
2.0 |
|
Formation brute de capital fixe |
1 151.5 |
-1.8 |
-1.4 |
1.3 |
1.1 |
2.0 |
|
Demande intérieure finale |
4 223.8 |
0.1 |
0.7 |
2.0 |
2.1 |
1.8 |
|
Variation des stocks² |
94.7 |
-0.5 |
-0.3 |
-1.0 |
-0.4 |
0.0 |
|
Demande intérieure totale |
4 318.5 |
-0.6 |
0.3 |
0.9 |
0.8 |
1.8 |
|
Exportations de biens et de services |
3 180.0 |
0.9 |
5.8 |
2.4 |
1.7 |
1.1 |
|
Importations de biens et de services |
1 563.4 |
-1.2 |
5.0 |
2.6 |
1.3 |
2.8 |
|
Solde extérieur² |
1 616.6 |
0.8 |
1.1 |
0.3 |
0.4 |
-0.4 |
|
Éléments pour mémoire |
||||||
|
Déflateur du PIB |
_ |
-10.9 |
0.0 |
1.4 |
5.0 |
-2.6 |
|
Indice des prix à la consommation |
_ |
5.5 |
3.2 |
3.0 |
3.1 |
2.3 |
|
Inflation sous-jacente³ |
_ |
5.8 |
3.5 |
2.7 |
3.0 |
2.4 |
|
Taux de chômage (% de la population active) |
_ |
3.6 |
4.0 |
4.5 |
4.5 |
4.5 |
|
Taux d’épargne net des ménages (% du revenu disponible) |
_ |
2.2 |
4.2 |
4.3 |
4.2 |
4.2 |
|
Écart de production (% du PIB potentiel) |
_ |
0.5 |
-0.5 |
-0.3 |
0.0 |
0.3 |
|
Dette brute des administrations publiques (% du PIB) |
_ |
49.1 |
60.0 |
62.8 |
56.8 |
55.8 |
|
Solde financier des administrations publiques (% du PIB) |
_ |
15.9 |
12.7 |
10.4 |
11.1 |
9.6 |
1. PIB hors pétrole et transport maritime.
2. Contributions aux variations du PIB réel, montant effectif dans la première colonne.
3. Indice des prix à la consommation hors produits alimentaires et énergie.
Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 119.
Des risques inhabituellement élevés entourent ces projections, en particulier en ce qui concerne l’impact potentiel du conflit au Moyen-Orient sur l’économie norvégienne. Sur fond d’incertitude persistante liée aux politiques commerciales au niveau mondial, la possibilité que les taux de droits de douane puissent être encore relevés et affectent les exportations manufacturières de la Norvège constitue une source majeure de préoccupation. De même, la possibilité de restrictions plus généralisées sur l’exportation de produits critiques comme les terres rares, difficiles à remplacer, pourrait toucher particulièrement les secteurs de l’énergie, de la défense et des transports en Norvège. Les anticipations d’inflation pourraient augmenter encore, ce qui pourrait nécessiter de relever les taux directeurs davantage qu’on ne le suppose actuellement. Toutefois, de bonnes surprises sont également possibles. Par exemple, les investissements liés à l’intelligence artificielle pourraient stimuler la croissance de la productivité à très court terme. On trouvera dans le Tableau 1.2 une liste de quelques événements peu probables, mais à fort retentissement, qui pourraient avoir un impact considérable sur les perspectives.
|
Événement |
Impact économique potentiel |
|---|---|
|
Après une crise financière mondiale et en raison du conflit en cours au Moyen-Orient, diminution considérable et durable de la valeur de marché du fonds pétrolier. |
Nécessité de durcir fortement la politique budgétaire pour pouvoir respecter la règle budgétaire (utilisation maximale de 3 % de la valeur du fonds pour couvrir le déficit budgétaire non pétrolier). Contraction de l’économie. |
|
Effondrement des prix des logements et de l’immobilier entraînant une forte augmentation des prêts non performants. |
Baisse de la consommation des ménages, fortes pertes dans les banques exposées aux entreprises du secteur de l’immobilier commercial et contraction de l’activité et des revenus. |
|
Interruption de la production en raison d’une série d’attentats terroristes contre les infrastructures pétrolières. |
Baisse des recettes d’exportation et des revenus. Contraction de l’économie. |
Les tensions s’atténuent sur le marché du travail, qui reste toutefois globalement robuste (Graphique 1.4). Selon l’Enquête sur les forces de travail, le chômage qui avait diminué rapidement pendant la reprise post-pandémie a augmenté progressivement pour dépasser 3 % au début de 2022 et atteindre environ 4.5 % au début de 2026 (le pourcentage de chômeurs inscrits, soit environ 2 %, a fléchi). Cette évolution s’explique en partie par l’augmentation du chômage des jeunes sur les deux dernières années, essentiellement des jeunes à la recherche d’un emploi à temps partiel pendant leurs études. Sur une note plus positive, les différences entre les hommes et les femmes en matière de chômage, traditionnellement faibles, se sont encore réduites et sont aujourd’hui négligeables. Le taux d’activité oscille autour de 80 %, avec toutefois une légère tendance à la baisse. C’est dans le secteur public, la construction et certains secteurs de services que l’emploi a connu la plus forte hausse au cours de la dernière décennie en même temps qu’il a progressé dans le secteur manufacturier. Depuis son pic de 2022, l’immigration a diminué, en raison à la fois d’un afflux plus faible de réfugiés ukrainiens, de la croissance modeste de l’économie continentale et de l’amélioration des perspectives économiques dans les pays d’origine. Le chômage des immigrés reste relativement faible, ce qui témoigne de la solidité du marché du travail de la Norvège et de la qualité de ses politiques d’intégration (voir ci-après).
Note : Partie C : sont définis comme immigrés les personnes nées à l’étranger.
Source : OCDE, Enquête sur les forces de travail ; Eurostat ; et Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norways - SSB, Statistisk sentralbyrå).
Les pénuries de main-d’œuvre, devenues plus manifestes pendant la reprise qui a suivi la pandémie, vont sans doute persister. Selon l’Enquête sur les forces de travail, le nombre combiné d’emplois vacants et de chômeurs, qui a fortement augmenté en 2021, est resté globalement stable depuis lors. La courbe de Beveridge, qui rend compte de la relation entre le chômage et les emplois vacants, s’est déplacée vers l’extérieur, ce que traduisent des taux d’emplois vacants plus élevés (Graphique 1.5) (cette évolution est beaucoup moins marquée si l’on utilise les données relatives aux chômeurs inscrits). Dans les secteurs de l’aide sociale et de la santé, les ouvertures de poste sont supérieures au nombre de chômeurs, mais c’est l’inverse dans le secteur de la construction. Le phénomène d’inadéquation des compétences explique en partie les déséquilibres du marché du travail, le manque de travailleurs qualifiés se faisant ressentir plus vivement dans certains secteurs. En 2024, environ 70 % des employeurs ont fait état de difficultés à trouver des travailleurs possédant les compétences requises, alors qu’ils n’étaient que 47 % en 2019 (Manpower Group, 2025). La double transition numérique et écologique, ajoutée au vieillissement démographique, va accentuer encore la demande de main-d’œuvre qualifiée. Pour répondre à ces besoins, il faudra coordonner soigneusement les politiques du marché du travail et celles de l’éducation, notamment prendre des mesures pour élargir l’offre de main-d’œuvre qualifiée dans les professions techniques et la santé, comme le recommandait la Commission pour l’emploi en 2021.
Taux de chômage et offres d’emploi, 16-64 ans, moyennes mobiles sur 4 trimestres
Note : Taux de chômage d’après les Statistiques de la population active. Les données relatives aux chômeurs inscrits laissent entrevoir un déplacement vers l’intérieur de la courbe de Beveridge au cours des deux dernières années.
Source : Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norway - SSB, Statistisk sentralbyrå) ; et Eurostat, Statistiques de la population active.
Après avoir baissé pendant une décennie, et malgré un recul récent, le taux d’emploi des jeunes a fortement augmenté au cours des dernières années (Graphique 1.6). La proportion de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation (NEET) est aujourd’hui l’une des plus faibles de l’OCDE. Les taux d’emploi des travailleurs âgés ont également augmenté, reflétant largement la réforme des retraites menée en 2011 qui incite fortement à travailler plus longtemps. En revanche, les taux d’emploi des travailleurs d’âge très actif (25-54 ans) ont progressivement diminué au cours des 15 dernières années, revenant de quelque 86 % à 83 %. Le marché du travail de la Norvège se distingue donc en ceci que l’emploi des travailleurs d’âge très actif est inférieur à la moyenne de l’OCDE, mais que celui des jeunes et des catégories les plus âgées lui est supérieur. Les autorités souhaitent relever le taux d’emploi des 20-64 ans, aujourd’hui d’environ 80 %, pour le porter à 83 % d’ici 2035, des ambitions conformes aux objectifs fixés dans plusieurs pays de l’UE. La baisse à long terme du nombre d’heures travaillées par salarié, qui reflète notamment la part croissante des femmes sur le marché du travail, s’est accélérée après la pandémie, mais a ralenti dernièrement.
Note : La partie B fait apparaître l’écart, en points de pourcentage, entre le taux d’emploi de la Norvège et la moyenne non pondérée des pays suivants : Allemagne, Danemark, Finlande, Islande, Pays-Bas, Suède et Suisse.
Source : OCDE, base de données de l’Enquête sur les forces de travail.
L’une des principales raisons du faible taux d’emploi des travailleurs d’âge très actif tient à la conception du système de prestations, notamment des prestations pour maladie et invalidité (voir aussi la section consacrée aux finances publiques). La Norvège figure parmi les pays de l’OCDE où les taux des arrêts-maladie et des prestations d’invalidité sont le plus élevés, et les deux continuent d’augmenter tendanciellement (Graphique 1.7). Le niveau des prestations est généreux et les critères d’admissibilité, tant pour l’accès aux dispositifs que pour la perception des prestations, sont relativement souples, si bien que les possibilités de sortir de la population active sont importantes. Les jeunes peuvent bénéficier du régime d’invalidité sans avoir préalablement perçu des prestations d’assurance-maladie, ce qui a peut-être contribué au doublement du nombre de jeunes bénéficiaires au cours de la dernière décennie. Les incitations au retour à l’emploi sont faibles, car les taux effectifs marginaux d’imposition (impôt sur le revenu et suppression des prestations liées à l’exercice d’un emploi - Arbeidsavklaringspenger ou AAP) sont élevés. L’action publique a peu évolué ces dernières années, exception faite d’un léger renforcement des politiques actives du marché et d’une extension de l’AAP. Les autorités mènent actuellement un essai contrôlé sur les travailleurs âgés de 20 à 35 ans afin d’évaluer si l’introduction d’un crédit d’impôt sur les revenus d’activité pourrait accroître l’offre de main-d’œuvre. Il faudrait engager une vaste réforme du système d’indemnisation en cas de maladie ou d’invalidité, comme recommandé dans l’Étude de 2024 (OECD, 2024). De telles réformes, ainsi que d’autres, propices à l’emploi et à la productivité, pourraient ajouter jusqu’à 8 % au revenu par habitant de la Norvège (Encadré 1.1).
Note : Dans la partie A, le nombre de jours d’arrêt-maladie est calculé à partir du nombre d’heures d’absence par rapport à la durée hebdomadaire habituelle, multiplié par 52 semaines. Ces estimations sont ensuite multipliées par 2 pour tenir compte d’une sous-déclaration générale de 50 % des absences pour maladie dans les Enquêtes sur les forces de travail par rapport aux dossiers administratifs et aux enquêtes de santé.
Source : OCDE, Statistiques de santé 2025 ; et Agence norvégienne pour l’emploi et la protection sociale (Nye arbeids- og velferdsetaten, NAV).
L’effet de certaines réformes structurelles majeures proposées dans cette Étude est estimé à partir des relations observées par le passé entre réformes et taux de croissance dans les pays de l’OCDE (Tableau 1.3). Ces estimations reposent sur l’hypothèse d’une mise en œuvre rapide et complète des réformes.
|
Domaine d’action |
Mesure |
Effet à 10 ans, en % |
Effet à long terme, en % |
|---|---|---|---|
|
Maladie et invalidité |
Réduire le nombre de bénéficiaires de prestations d’invalidité, en le ramenant de 14 % de la population d’âge actif à 10 %, et réduire la durée des absences pour maladie, en la ramenant de 27 jours environ à 18 jours par salarié à temps plein et par an. |
3.0 |
3.0 |
|
Fiscalité |
Réduire le coin fiscal sur le revenu des personnes physiques pour les familles pour le ramener de 32.2 % à 30 %. Relever les recettes liées à l’imposition de la propriété immobilière pour les porter de 0.3 % à 0.5 % du PIB, en veillant à la stabilité de la fiscalité globale. |
0.7 |
0.8 1.8 |
|
Subventions |
Réduire les subventions d’un cinquième ou de 0.4 point de PIB à taille constante des administrations publiques. |
0.8 |
0.8 |
|
Éducation |
Améliorer durablement de 20 points les scores au PISA |
0.2 |
1.2 à 1.5 |
|
Réglementation |
Renforcer le système d’élaboration des politiques publiques et réduire les charges administratives et réglementaires pesant sur les start-ups, ce qui permettra d’améliorer les scores en matière de réglementation des marchés de produits (RMP) dans ces domaines par rapport à la moyenne de l’OCDE. |
1.6 |
4.2 |
Note : Les effets d’une amélioration des scores à l’enquête PISA sont repris du graphique 6 de Egert, de la Maisonneuve et Turner, 2023. La recommandation portant sur la déductibilité des intérêts d’emprunt hypothécaire a été intégrée dans la quantification budgétaire, mais son impact en termes de croissance ne peut pas être chiffré.
Source : Calculs de l’OCDE d’après Égert and Gal, 2017, Cournède, Fournier et Hoeller, 2018 et Egert, de la Maisonneuve et Turner, 2023.
Avant la détente récente, le marché du travail était relativement tendu, ce qui, ajouté à la forte rentabilité du secteur manufacturier, a alimenté une forte croissance des salaires. De fait, les rémunérations annuelles ont augmenté de 5.6 % en 2024 et de 4.9 % en 2025. La progression des salaires a été supérieure aux résultats des négociations collectives ces dernières années (sauf en 2023). En 2026, la hausse des salaires devrait ralentir et revenir aux alentours de 4 % en raison d’une croissance économique modérée et de la baisse attendue de l’inflation. Avec le recul de la croissance des salaires nominaux et de l’inflation, la progression des salaires réels devrait rester stable, aux alentours de 2 %. La dispersion des salaires est très faible, car le mécanisme de formation des salaires favorise l’égalité salariale entre les secteurs et au sein des entreprises (Encadré 1.2).
En Norvège, le système national de formation des salaires repose sur des négociations collectives très centralisées et coordonnées. Le cadre est similaire à ceux du Danemark et de la Suède. Les négociations salariales dans le secteur manufacturier exposé à la concurrence internationale servent de norme dans le reste de l’économie, y compris dans le secteur privé protégé et dans le secteur public (qui suivent la référence salariale fixée par le secteur manufacturier). Bien que des négociations soient possibles à l’échelon local, certaines entreprises s’écartent parfois, individuellement, de la norme, par exemple en cas de croissance plus forte de la productivité, de pénuries aiguës de main-d’œuvre ou de difficultés de recrutement spécifiques, le secteur manufacturier fixe dans les faits le plafond des augmentations de salaire. Des planchers sont également définis au niveau sectoriel lors de négociations collectives. Il n’existe pas de salaire minimum légal en Norvège, mais les partenaires sociaux peuvent demander aux autorités d’étendre une convention collective à l’ensemble des entreprises d’un secteur.
Cependant, le modèle repose sur les hypothèses implicites d’une répartition des compétences relativement fixe et d’une inélasticité de l’offre de main-d’œuvre. Les travailleurs très qualifiés sont relativement peu rémunérés en Norvège. Une structure salariale compacte conjuguée à des taux marginaux d’imposition élevés peut dissuader les personnes d’investir dans l’éducation et d’acquérir de nouvelles compétences, comme c’est le cas dans d’autres pays nordiques. De plus, le système est de plus en plus mis sous tension par les secteurs et technologies de production émergents (par exemple les processus fondés sur l’IA), par l’évolution des structures professionnelles (notamment le creusement de l’écart entre les segments à faible et à forte qualification) et par l’internationalisation croissante des marchés du travail. Ces évolutions pourraient nécessiter une plus grande flexibilité des salaires relatifs au niveau des entreprises de façon à favoriser un ajustement efficace dans un environnement économique en pleine mutation.
Source : (Calmfors, 2025) (Kolsrud et Nymoen, 2023)
La flambée des prix du pétrole et du gaz consécutive à la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a temporairement stimulé les exportations, mais cette tendance s’est atténuée depuis les événements au Moyen-Orient (Graphique 1.8). L’excédent des paiements courants diminuait parallèlement à la baisse des recettes pétrolières, après avec atteint un pic à près de 30 % du PIB en 2022. Malgré la forte réduction de la part du pétrole et du gaz dans les recettes d’exportation entre 2022 et 2025, ce secteur continue de représenter environ la moitié du total des exportations. Si le conflit au Moyen-Orient risque de modifier temporairement la donne, le rôle du pétrole et du gaz dans l’économie est appelé à diminuer encore au cours des prochaines décennies. Le « pic pétrolier » a probablement été atteint dès 2001, et la Norvège doit se préparer à des scénarios impliquant baisse de la production en volume et diminution des recettes d’exportation au cours des 25 prochaines années (voir la section consacrée aux finances publiques). La tendance à la baisse de la part des exportations manufacturières observée depuis longtemps déjà s’est inversée pour la première fois depuis plus de vingt ans (bien qu’une partie de cette évolution soit mécanique puisque la part du pétrole et du gaz dans le total des exportations a diminué). L’ouverture aux échanges, exprimée par la moyenne des importations et des exportations rapportée au PIB, se maintient.
Note : Dans la partie B, l’ouverture commerciale est mesurée à l’aide de la moyenne des importations et exportations de biens et de services, divisée par le PIB global. Partie D : PIB global pour la Norvège.
Source : OCDE, statistiques de la balance des paiements ; OCDE, base de données sur les comptes nationaux ; Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norway - SSB, Statistisk sentralbyrå) ; et Banque mondiale, statistiques sur le développement dans le monde.
Les échanges avec l’Europe ont augmenté au cours de la dernière décennie, principalement en raison de la hausse des exportations de pétrole et de gaz (Graphique 1.9, partie A). L’origine des importations a peu évolué : la part de l’Europe hors pays nordique a légèrement augmenté, tandis que celle de l’Asie et du continent américain a reculé (Graphique 1.9, partie B). Cela étant, la répartition des échanges bilatéraux masque des changements structurels plus profonds, notamment le rôle croissant de la Norvège dans les chaînes de valeur mondiales (CVM). Ainsi, bien que la part des exportations brutes à destination de l’Europe soit restée globalement stable depuis une vingtaine d’années, la part de la valeur ajoutée norvégienne dans la consommation finale de l’Europe a nettement diminué. De la même façon, la part de la valeur ajoutée importée d’Europe a baissé plus fortement que le total des importations. Si une plus grande intégration dans les chaînes de valeur mondiales apporte d’importants avantages, elle accroît aussi l’exposition aux chocs extérieurs, soulignant la nécessité, pour les pouvoirs publics, de prendre des mesures appropriées (voir le chapitre sur les chaînes de valeur mondiales).
Note : Les échanges de services ne comprennent pas les services financiers. Les pays nordiques sont le Danemark, la Finlande, les Îles Féroé, l’Islande et la Suède.
Source : Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norway - SSB, Statistisk sentralbyrå).
La Norvège est relativement à l’abri des évolutions de la politique commerciale des États-Unis, même si les droits de douane imposés par ce pays ont fortement augmenté en 2025 (Graphique 1.10). De fait, les États-Unis représentent moins de 4 % des exportations totales de la Norvège ; les catégories « machines et matériel de transport », dont les exportations ont bondi ces dernières années, et « produits de la mer » représentent elles deux un peu moins de la moitié de cette proportion, tandis que la part du pétrole et du gaz y est de 19 %. Le saumon occupe une place dominante dans les exportations de produits de la mer, et sa production dépend principalement de facteurs liés à l’offre au niveau intérieur comme les conditions environnementales et les quotas de capture. Les producteurs de produits de la mer peuvent également réorienter leurs exportations vers d’autres marchés, ce qui permet de limiter l’impact, sur la production globale, des évolutions intervenant dans certaines destinations. Plus largement, la Banque de Norvège (Norges Bank) indique que les tensions commerciales internationales n’ont eu à ce jour que peu d’effet sur les projets d’investissement des entreprises norvégiennes (Norges Bank, 2025).
Note : La partie A repose sur les estimations de la Commission du commerce international des États-Unis (USITC, US International Trade Commission) concernant les droits de douane effectifs moyens jusqu’en 2024. Pour l’année 2025, le taux moyen de droits de douane est calculé à partir des catégories de biens (correspondant au SH) affectées par les hausses de droits de douane, et les données ont été rapprochées par l’OCDE de celles du Bureau du recensement des États-Unis (US Census Bureau) pour déterminer, par catégorie de produits, les coefficients de pondération appliqués aux importations de 2024.
Source : OCDE, Perspectives économiques de l’OCDE, n° 117 ; et Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norway - SSB, Statistisk sentralbyrå).
En mai 2026, la Banque de Norvège a relevé son taux directeur de ¼ point de pourcentage pour le porter à 4.25 %, après l’avoir abaissé en deux étapes courant 2025 (Graphique 1.11). La réduction des écarts de taux d’intérêt par rapport aux principaux partenaires commerciaux du pays et l’affaiblissement du dollar américain ont stoppé la dépréciation prolongée de la couronne, et la monnaie s’est même redressée depuis le début de 2026 (Encadré 1.3) Les taux d’intérêt réels (calculés à partir des indicateurs de l’inflation et des anticipations d’inflation) ont augmenté, passant d’environ ‑1 % en 2021 à environ 1.5 % à la fin de 2025, et ils restent sur une trajectoire ascendante. La Banque de Norvège estime que le taux d’intérêt réel neutre (correspondant à un écart de production nul, à une inflation au niveau de l’objectif et à une politique ni expansionniste ni restrictive) se situe entre 0.25 % et 1.5 %, contre ‑0.3 % en 2019 (Almlid and Asshoff, 2025). Par conséquent, compte tenu du taux naturel estimé, la politique monétaire reste quelque peu restrictive.
Note : Partie A : l’inflation sous-jacente correspond à l’IPC national corrigé des variations de la fiscalité hors produits énergétiques (IPC-CFE).
Source : Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norways - SSB, Statistisk sentralbyrå) ; Banque de Norvège ; Banque de réserve fédérale des États-Unis ; Banque d’Angleterre ; Banque centrale européenne.
Les variations du taux de change de la couronne et le mécanisme de transmission de la politique monétaire peuvent se révéler énigmatiques. Ils sont souvent interprétés à travers le prisme de facteurs cycliques, tels que les fluctuations des cours du pétrole et la divergence de la politique monétaire par rapport à celle des principaux partenaires commerciaux du pays. Par exemple, l’orientation relativement modérée de la politique monétaire de la Banque de Norvège ces dernières années a réduit les écarts de taux d’intérêt et a alimenté les pressions à la baisse. Cependant, il est difficile d’établir un rapprochement entre le déclin prolongé de la couronne jusqu’à 2025 et la flambée des cours du pétrole à la suite de la guerre en Ukraine, phénomène normalement associé à une appréciation de la monnaie. Des études donnent à penser que le lien entre les prix du pétrole et le taux de change s’est affaibli après l’effondrement des cours du pétrole en 2015, la couronne s’étant ajustée à un nouvel équilibre après avoir été surévaluée jusque-là. Les chocs pétroliers se caractérisent également par leur nature asymétrique : les baisses des cours ont historiquement provoqué des dépréciations plus marquées que les appréciations engendrées par les hausses des cours, ce qui a progressivement dessiné une trajectoire baissière. Ainsi, il est possible que la poussée actuelle des prix de l’énergie n’exerce qu’un effet modéré sur la couronne. Depuis le milieu des années 2010, les conditions financières mondiales, notamment les variations des prix des actifs et l’aversion pour le risque chez les investisseurs, semblent gagner en importance, ce qui pèse sur les monnaies des petits exportateurs de produits de base. Si tel est le cas, le rôle de la couronne en tant que « valeur refuge » a diminué.
Une analyse plus récente avance des facteurs structurels pour expliquer les mouvements de la couronne sur le long terme. Plus particulièrement, la faible croissance de la productivité de la Norvège au cours de la dernière décennie et la dégradation progressive de sa compétitivité sur le long terme par rapport à ses principaux partenaires commerciaux pourraient exercer une pression à la baisse sur le taux de change réel. Cette tendance est cohérente avec l’effet Balassa‑Samuelson, qui corrèle l’évolution des taux de change aux différences persistantes de croissance de la productivité et des salaires entre les petites économies ouvertes, et aide aussi à expliquer les périodes d’appréciation de la couronne observées par le passé (Graphique 1.12). Si l’on se fie à cette approche, une croissance plus vigoureuse de la productivité favoriserait une certaine appréciation du taux de change et contribuerait à contenir les tensions inflationnistes. La couronne pourrait également subir un ajustement sur le long terme, du fait de la mutation des marchés mondiaux de l’énergie et de la modération des attentes relatives aux recettes futures issues du pétrole. Cependant, des études récentes tendent à montrer que les implications macroéconomiques d’une accélération de la transition écologique pour la Norvège pourraient être relativement maîtrisées, signe que la compétitivité aurait plus d’incidence sur le taux de change que les évolutions du secteur pétrolier.
Taux de change effectif réel et différences de productivité entre la Norvège et une sélection de partenaires commerciaux, moyenne mobile sur 5 ans
Note : Le taux de change effectif réel (TCER) est un indicateur de la compétitivité d’un pays pondéré du commerce et ajusté en fonction des prix. Une valeur plus élevée dénote une appréciation de la monnaie. Écart de productivité par rapport à la croissance moyenne de la productivité pondérée par le PIB de 22 pays de l’UE et de l’OCDE, plus les États-Unis et la Norvège.
Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE.
Source : (Bjørnland, Brubakk et Maffei-Faccioli, 2024) (Ter Ellen, 2016) (Maehlum, 2025) (Risstad et al., 2023) (Cappelen et al., 2024)
Après un net ralentissement de la hausse des prix après la pandémie, la désinflation a marqué le pas en 2025. L’inflation a commencé à repartir à la hausse au début de l’année 2026 et elle a encore plus accéléré après l’envolée des prix de l’énergie engendrée par le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. L’inflation globale comme l’inflation sous-jacente oscillent autour de 3 %, un niveau légèrement supérieur à ceux observés l’année dernière et bien supérieur à la cible de 2 % (Graphique 1.13). Si la poussée d’inflation était, dans un premier temps, le fait de fortes augmentations des prix des produits importés, les tensions sur les prix intérieurs ont progressivement gagné en intensité, ce qui pourrait indiquer l’apparition d’effets de second tour. L’inflation reste généralisée, les biens et services intérieurs étant les principaux facteurs de la hausse des prix. Les récentes baisses appliquées à des prix administrés, tels que les frais de garde et les tarifs de l’électricité, avec le dispositif Norgespris, contribuent à contenir la hausse des prix. D’après la modélisation de la Banque de Norvège, environ 50 % de la contribution à l’indice des prix à la consommation corrigé des variations de la fiscalité hors produits énergétiques (IPC-CFE) provient des coûts unitaires de main-d’œuvre, ce qui s’explique par une forte augmentation des salaires dans le secteur intérieur des services. À l’inverse, le rôle du canal du taux de change est devenu négligeable.
Note : Partie A : Contribution pondérée de chaque poste de dépenses à l’inflation globale.
Source : Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norways - SSB, Statistisk sentralbyrå) ; OCDE, base de données des Perspectives économiques.
Selon les projections de la Banque de Norvège, l’inflation se maintiendra tout au long de 2026 à un niveau largement plus élevé que celui prévu au début de l’année et elle n’atteindra la cible de 2 % qu’après 2027 (Graphique 1.14). De manière plus générale, les attentes relatives au rythme de la désinflation ont considérablement diminué depuis le deuxième semestre de 2025. De ce fait, la Banque de Norvège a relevé ses taux d’intérêt et devrait se tenir prête à resserrer encore sa politique, en particulier s’il existe un risque de désancrage des anticipations. L’introduction du dispositif de prix administrés Norgespris pour l’électricité devrait stabiliser et modérer la composante énergétique de l’IPC, contribuant à lisser le profil de l’inflation à l’avenir. Cependant, le risque existe de voir des tensions inflationnistes apparaître dans d’autres domaines, ce qui pourrait compliquer la politique monétaire par la suite.
Note : Projections de la Banque de Norvège. Partie A : inflation mesurée à l’aide de l’indice des prix à la consommation corrigé des variations de la fiscalité hors produits énergétiques (IPC-CFE) ; partie B : projections du taux du marché monétaire au cours des quatre prochains trimestres corrigées des projections d’inflation mesurée par l’IPC-CFE sur la même période.
Source : Banque de Norvège (Norges Bank), Monetary Policy Report 1/2026.
Des réformes de la réglementation, en particulier lorsqu’elles sont destinées à renforcer la concurrence, pourraient contribuer à atténuer les tensions inflationnistes et soutenir un retour plus rapide de l’inflation vers l’objectif. La concurrence limite le pouvoir de fixation des prix des entreprises et leur capacité à répercuter l’augmentation de leurs coûts sur les consommateurs, contribuant ainsi à contenir la dynamique salaires-prix. Cela est particulièrement pertinent pour le secteur norvégien de la distribution alimentaire, dans lequel un nombre réduit de grands fournisseurs domine le marché et qui suscite depuis longtemps des préoccupations relatives aux niveaux élevés des prix (OCDE, 2024). Le secteur agricole norvégien, qui fournit une part substantielle des intrants au secteur du commerce de détail, échappe en grande partie aux règles de la concurrence et reste grandement protégé de la concurrence étrangère. À l’inverse, les secteurs exposés aux marchés internationaux sont davantage enclins à répercuter les réductions de coûts ou les gains de productivité sur les consommateurs (Andrews, Gal and Witheridge, 2018) (voir aussi le chapitre consacré aux chaînes de valeur mondiales). Dans ce contexte, la stimulation de la concurrence pourrait aider à modérer la hausse des prix et épauler la politique monétaire (voir le chapitre contenant une analyse approfondie de la réglementation).
Le mandat de la Banque de Norvège fait actuellement l’objet d’un examen, comme tous les huit ans. En amont de l’évaluation par le ministère des Finances, la Banque de Norvège a publié un rapport sur le cadre de la politique monétaire (Norges Bank, 2026). Le rapport conclut que le ciblage flexible de l’inflation expérimené par la Norvège a été une expérience globalement positive. Par rapport à d’autres banques centrales, la Banque de Norvège a davantage mis l’accent sur la stabilisation de l’économie réelle, et l’inflation ne devrait pas revenir à l’objectif avant 2029 (Graphique 1.14, partie A). Une période d’inflation aussi longue risque de saper la crédibilité de la banque centrale et de provoquer un désancrage des anticipations d’inflation. Dans ce contexte, le mandat révisé devrait réaffirmer l’objectif d’inflation de 2 % et, si possible, renforcer le ciblage de l’inflation en tant qu’objectif principal de la politique monétaire. Il est essentiel de préserver l’indépendance de la banque centrale dans son fonctionnement pour que le ciblage de l’inflation soit efficace et que les taux directeurs et les autres instruments puissent être ajustés en temps opportun afin d’assurer la stabilité des prix. D’autres stratégies visant à atteindre l’objectif d’inflation, notamment la proposition de s’appuyer uniquement sur les négociations salariales, risquent de ne pas offrir l’agilité nécessaire pour garantir la stabilité des prix. Dans ce contexte, la transparence et la clarté de la communication destinée au grand public autour de la manière dont la banque atteint ses les objectifs d’inflation, des arbitrages y afférents et de la transmission de la politique monétaire demeurent primordiales pour maintenir la responsabilité démocratique et la crédibilité politique, comme cela est montré dans l’Étude économique de la Nouvelle-Zélande de 2026.
Le système financier paraît globalement résilient, les ménages et les entreprises conservant une solide capacité de remboursement. Après un ralentissement marqué au cours de la période de durcissement de la politique monétaire en 2023 et 2024, la croissance du crédit aux entreprises s’est stabilisée en 2025 (Graphique 1.15). Les prêts aux ménages, en particulier les prêts hypothécaires, se sont redressés depuis le milieu de l’année 2024, portés par l’assouplissement des conditions financières. Le nombre de faillites (ou de situations d’insolvabilité) a légèrement diminué après avoir augmenté après la pandémie, ce qui témoigne d’une plus grande robustesse des entreprises. Dans l’ensemble, les ménages et les entreprises présentant une bonne santé financière continuent d’avoir accès au crédit. Cependant, des vulnérabilités persistent et se manifesteraient d’autant plus si les taux d’intérêt venaient à augmenter à la suite du conflit au Moyen-Orient. L’interconnexion grandissante entre les banques et les autres institutions financières accroît la possibilité de voir les conditions financières défavorables et les chocs économiques se propager dans le système (Norges Bank, 2025).
Note : Crédits accordés par les banques, les autres sociétés financières, les sociétés de crédit hypothécaire et les institutions publiques de prêt.
Source : Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norway - SSB, Statistisk sentralbyrå).
Les banques sont rentables et liquides, et les pertes sur crédit, quoiqu’en hausse, restent faibles (Graphique 1.16). La rentabilité est soutenue par le niveau élevé des revenus d’intérêts, lesquels devraient toutefois diminuer avec l’assouplissement de la politique monétaire. Les primes de risque ont quelque peu diminué, les ratios crédits sur dépôts restent stables et les banques respectent largement les exigences de fonds propres et de liquidité, tant réglementaires qu’internes. La faiblesse de l’activité dans le secteur de la construction et le niveau élevé des coûts de financement continuent cependant de peser sur les entreprises du secteur de l’immobilier commercial. Bien que l’exposition des banques au secteur de l’immobiliser commercial demeure une vulnérabilité, les tests de résistance de la Banque de Norvège laissent apparaître que les plus grandes banques seraient en capacité d’absorber d’importantes pertes tout en continuant à prêter aux ménages et aux entreprises (Norges Bank, 2025).
Note : Partie A : rendement des capitaux propres après impôts.
Source : Banque de Norvège (Norges Bank), Financial Stability Report 1/2026 ; FMI, Indicateurs de solidité financière.
La politique macroprudentielle a été légèrement assouplie depuis l’Étude économique 2024. Au début de 2025, le plafond du ratio prêt/valeur pour les crédits hypothécaires a été porté de 85 % à 90 %, à la suite d’une légère diminution des ratios dette/revenu des ménages. Les autres principaux volants macroprudentiels sont restés inchangés : le volant de fonds propres contracyclique a été maintenu à 2.5 % depuis le printemps 2023 et celui pour le risque systémique à 4.5 % depuis le début de 2021. Sachant que la part de la dette des ménages dans le PIB reste élevée et a recommencé à augmenter, il serait injustifié d’assouplir davantage les conditions financières applicables aux ménages. À l’été 2025, la Norvège a mis en œuvre la réglementation européenne relative aux cryptoactifs afin de renforcer la surveillance des cryptomonnaies stables, et ce, même si le secteur intérieur de la fintech conserve une taille modeste.
La Norvège étoffe la résilience de son infrastructure financière face aux cybermenaces, en mettant l’accent sur la préservation du système national de paiement. Les paiements numériques représentent environ 98 % de l’ensemble des transactions et encore davantage en valeur, les espèces étant généralement utilisées pour les petits achats. Les évaluations des menaces font état d’un accroissement du risque de cyberattaques menées à la fois par le crime organisé et par des entités d’État hostiles, si bien que les autorités entendent renforcer les dispositifs de précaution pour le secteur financier (Norges Bank, 2025). Un groupe de travail désigné par le ministère des Finances a récemment formulé des recommandations visant à renforcer la sécurité des paiements numériques. Il s’agit de garantir un contrôle national suffisant sur les fonctions critiques des systèmes de paiement, d’améliorer la robustesse de la plateforme intérieure de paiement, BankAxept, qui peut traiter les paiements sans avoir accès à l’infrastructure financière pendant une semaine, et d’approfondir la coopération avec les homologues nordiques et européens. Dans le cadre des initiatives plus générales à l’appui de l’état de préparation face aux pannes des systèmes numériques, les autorités et la Banque de Norvège recommandent aux ménages de détenir suffisamment d’espèces pour couvrir leurs dépenses essentielles pendant une semaine (Government of Norway, 2024. Le droit d’utiliser des espèces a également été renforcé et les banques sont tenues de maintenir des niveaux suffisants de numéraire pour réagir en cas d’urgence.
Après avoir diminué sous l’effet du resserrement des conditions financières qui a fait suite à la pandémie, les ratios dette/revenu des ménages (en grande majorité déterminés par les prêts hypothécaires) ont recommencé à augmenter. Ils demeurent au-dessus de leurs niveaux antérieurs à la pandémie et restent les plus élevés des pays de l’OCDE (Graphique 1.17, partie A). Les ratios dette/revenu ont toutefois diminué, ce qui réduit la vulnérabilité globale des ménages (Norges Bank, 2025). Les charges d’intérêts et le ratio du service de la dette s’allègent, et la Banque de Norvège considère que les ménages ont été en mesure d’assurer le service de leur dette et d’assumer leurs dépenses courantes en conservant une marge solide. Néanmoins, la demande de logement demeure élevée. La Norvège a récemment dépassé la Suède en tête du classement des pays nordiques où les prix de l’immobilier résidentiel ont le plus augmenté au cours des deux dernières décennies (Graphique 1.17, partie B). Sous l’effet de l’amélioration des revenus réels et du relèvement du plafond du ratio prêt-valeur de 85 % à 90 %, la souscription de nouveaux prêts hypothécaires s’est de nouveau inscrite en hausse. Le régime fiscal préférentiel appliqué aux logements occupés par leurs propriétaires contribue au niveau élevé des prix par un effet de capitalisation (voir la section consacrée au budget).
Note : Partie A : encours total de la dette des ménages (sous la forme de prêts hypothécaires principalement) en pourcentage du revenu brut disponible, les données pour la Norvège portent sur le T2 2023 ; Partie B : ratio de l’indice des prix nominaux des logements sur le déflateur des dépenses de consommation.
Source : OCDE, tableau de bord sur les indicateurs des ménages ; OCDE, base de données analytique sur les prix des logements.
L’offre de logements reste tendue (Graphique 1.18, partie A). Bien que la construction d’immobilier résidentiel semble avoir cessé de chuter, l’activité reste dans l’ensemble atone (Norges Bank, 2025). Entre 2021 et 2024, la formation de ménages a dépassé la croissance de la construction résidentielle dans l’ensemble des régions, l’écart étant particulièrement prononcé dans les plus grandes zones urbaines. Les permis de construire et les livraisons de logements sont en baisse depuis 2022, en dépit d’un léger redressement en 2025. Par conséquent, le coût du logement maintient sa tendance haussière de long terme et fait désormais partie des plus élevés parmi les pays de l’OCDE (Graphique 1.18, partie B).
Note : Partie B : Médiane de la charge du service des prêts hypothécaires (remboursement du principal et paiement des intérêts) ou des loyers (sur le marché locatif privé et social) en pourcentage du revenu disponible.
Source : Bureau central des statistiques de la Norvège (Statistics Norways - SSB, Statistisk sentralbyrå) ; OCDE, base de données sur le logement abordable.
La relative faiblesse de la réactivité de l’offre à la demande indique que la construction de nouveaux logements est soumise à des contraintes structurelles (même si l’augmentation des coûts de construction joue également un rôle). Comme cela a été souligné dans la précédente Étude, les protections rigoureuses des ceintures vertes, les restrictions imposées par le zonage et la priorité donnée aux terres agricoles ont considérablement limité la disponibilité de terrains constructibles (OECD, 2024). Les administrations publiques locales, en particulier dans la région de la capitale, ont commencé à réagir en assouplissant les limites applicables à la hauteur des bâtiments, en favorisant les projets de construction à proximité des plateformes de transport public et en rationalisant les procédures d’urbanisme. Ces initiatives vont dans le bon sens et doivent être maintenues, complétées par un examen des politiques de ceintures vertes et un assouplissement des restrictions applicables à la réaffectation de terres agricoles. LeTableau 1.4 synthétise les recommandations antérieures et les mesures prises pour promouvoir une économie vigoureuse et résiliente.
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RECOMMANDATIONS |
MESURES PRISES |
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Politiques monétaire, financière et budgétaire |
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Conserver une orientation suffisamment restrictive de la politique monétaire pour réduire l’inflation à moyen terme. |
L’orientation de la politique monétaire est restrictive. |
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Réduire la relance budgétaire pour soutenir la politique monétaire, principalement en maîtrisant les dépenses. |
L’orientation de la politique budgétaire est modérément expansionniste. |
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Supprimer progressivement le dispositif de subvention à l’électricité. |
Le dispositif de soutien Norgespris a été étendu. |
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Surveiller les risques pour la stabilité financière liés au niveau élevé d’endettement des ménages, au secteur de l’immobilier commercial et à la cybersécurité, et se tenir prêt à mettre en œuvre des mesures appropriées. |
Les risques pour la stabilité financière font l’objet d’un suivi rapproché par la Banque de Norvège et l’autorité financière. |
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Lever les obstacles à l’expansion de l’offre de logements, notamment dans les zones urbaines, en permettant une densification de l’espace urbain et l’aménagement de sites vierges à proximité de plateformes de transport public. Supprimer progressivement l’avantage fiscal accordé aux propriétaires de logements, par exemple en n’autorisant plus la déduction des intérêts de l’emprunt qui a servi au financement de leur acquisition, ou en taxant les loyers fictifs des logements occupés par leurs propriétaires. |
Le gouvernement travaille sur une réforme destinée à raccourcir le délai de délivrance des autorisations d’urbanisme, à accélérer et dématérialiser les procédures de demande et à réduire la charge de la réglementation. Aucune mesure n’a été prise. |
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Continuer de réduire l’impôt sur le revenu, notamment pour les personnes ayant de faibles revenus d’activité. Augmenter les abattements au titre de l’imposition sur le patrimoine et/ou réduire les taux, en imposant tous les actifs aux prix du marché. |
Un essai de déduction fiscale sur les revenus d’activité a été mis en place pour les jeunes percevant des revenus. Une commission prépare des possibilités pour une réforme de la fiscalité. Les abattements ont été légèrement relevés. |
Le cadre budgétaire de la Norvège est largement structuré par le secteur pétrolier, ce qui permet au pays d’enregistrer d’importants déficits budgétaires pour son économie continentale. Les recettes pétrolières et gazières sont intégralement transférées dans le fonds souverain (le « Fonds »), qui sert de source de financement à l’élaboration du budget. En vertu de la règle budgétaire appliquée, les transferts du Fonds vers le budget doivent, sur la durée, correspondre au rendement réel escompté du Fonds, actuellement estimé à 3 % annuels (4 % avant 2018). Le Fonds poursuit des objectifs de stabilité et de pérennité, ce qui permet d’agir rapidement et vigoureusement au moyen de la politique budgétaire en temps de crise. Cela a été le cas en 2020, lorsque les mesures liées à la pandémie ont exigé de déroger à la norme de long terme. Au cours des 10 dernières années, la valeur du Fonds a fortement augmenté sous l’effet des importantes recettes pétrolières et, de plus en plus, des rendements des actifs. Cependant, la pression grandissante que le financement des dépenses de l’économie continentale fait peser sur le Fonds, la diminution de la contribution des recettes pétrolières et le risque de chutes soudaines et prolongées de la valeur du Fonds ont suscité des débats autour de possibles amendements à apporter au cadre budgétaire. Il est notamment proposé de compléter la règle d’équilibre structurel avec une règle de flux de trésorerie ou d’adopter une règle de dépenses.
Après avoir atteint le niveau record de 25 % du PIB en 2022, l’excédent budgétaire a diminué à 12.7 % en 2024 et à 10.4 % en 2025 (Graphique 1.19). Le déficit structurel hors pétrole est passé de 9.9 % du PIB potentiel de l’économie continentale en 2024 à 11.6 % en 2025, ce qui suppose une orientation expansionniste de la politique budgétaire au cours des deux dernières années. Quelques dérapages budgétaires, principalement attribuables à des dépenses militaires supplémentaires et au soutien financier en faveur de l’Ukraine, ont été enregistrés. La part du total des dépenses financée par des sommes retirées du Fonds a fortement augmenté pour atteindre 24 % en 2025 (contre seulement 3 % en 2001), le taux de retrait atteignant 2.7 %. Ce taux représente un taux de référence jugé compatible avec le respect de la règle des 3 % à long terme. Elle témoigne de l’observation d’une approche prudente visant à s’assurer que les ajustements des dépenses pourront être progressifs en cas de variations importantes de la valeur du Fonds et à se donner la souplesse nécessaire pour accroître sensiblement les dépenses en cas de crise (ministère des Finances, 2025). À la fin de 2025, la valeur totale du Fonds avait atteint 21 500 milliards NOK, soit environ 400 % du PIB ou approximativement 370 000 USD par résident.
Note : Partie A : solde structurel hors pétrole calculé en pourcentage du PIB continental tendanciel.
Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE ; Ministère des Finances, Budget 2026.
Le budget 2026 prévoit une augmentation du déficit structurel hors pétrole à environ 13 % du PIB continental potentiel (Graphique 1.20, partie A). Le taux de retrait du Fonds restera au-dessous du niveau de référence de 3 % fixé par la règle budgétaire, mais légèrement au-dessus du plafond de 2.7 % que les autorités jugent prudent (voir ci-dessus). La croissance modérée des dépenses en 2026 s’explique par le fort effet de report des engagements pris en 2025, notamment l’accord pluriannuel portant sur l’accroissement de l’aide en faveur de l’Ukraine. Dans la mesure où cette aide est essentiellement dépensée à l’étranger, son incidence sur la demande intérieure devrait être limitée. Les dépenses consacrées aux infrastructures, en particulier celles pour les transports, resteront élevées, en dépit du rapport avantages/coûts faible, voire négatif, de nombreux projets. D’après les projections, les dépenses militaires devraient augmenter pour atteindre 3.4 % du PIB, contre moins de 2 % en 2023. Bien que le renforcement de la sécurité et de la préparation aux situations d’urgence justifie un accroissement des dépenses en matière de défense, une expansion rapide pourrait dépasser la capacité d’absorption des forcées armées, avec pour conséquence de faire monter les prix, et de nuire à la maîtrise des coûts et à l’efficacité (Institut norvégien de recherche en matière de défense, 2025). S’agissant des dépenses militaires, il conviendrait donc de s’attacher à une mise en œuvre efficace, de trouver un juste équilibre entre investissements et coûts de fonctionnement, et de renforcer le contrôle des dépenses, comme l’a souligné le Conseil budgétaire (Advisory Council on Fiscal Policy Analysis, 2026). En mars 2026, le parlement a approuvé une série de subventions et de réductions d’impôt destinées à aider les ménages à faire face à la hausse des prix de l’énergie. Le coût budgétaire de ces dispositifs de subventions à l’énergie, dont fait partie le dispositif Norgespris, s’élève à environ 25 milliards de couronnes, soit plus de 1 % du montant total des dépenses publiques en 2026.
Note : Partie A : solde structurel hors pétrole calculé en pourcentage du PIB continental tendanciel.
Source : Ministère des Finances, Budget 2026.
À long terme, les autorités anticipent de grandes difficultés budgétaires. Les projections à long terme laissent apparaître que l’écart budgétaire ou le déficit budgétaire structurel pourrait se creuser d’environ 6 % du PIB continental d’ici à 2060 (Graphique 1.20, partie B). Les dépenses liées au vieillissement de la population et à la santé devraient augmenter d’environ 4 % du PIB, tandis que les recettes devraient diminuer à partir de 2030, en grande partie sous l’effet de la baisse des transferts réalisés depuis le Fonds en raison d’une baisse attendue de sa valeur par rapport au PIB continental. Ces projections sont entourées d’une incertitude considérable, en particulier s’agissant des recettes pétrolières et des rendements du Fonds. Les pouvoirs publics considèrent que l’accélération de la croissance de la productivité, la progression de l’emploi, la meilleure efficience du secteur public ainsi que l’amélioration de la gestion et de la taxation des ressources naturelles de la Norvège sont les principaux leviers à actionner pour remédier aux tensions naissantes sur les finances publiques. Cependant, ils ne quantifient pas les répercussions attendues de ces réformes sur les dépenses, les recettes ou le solde budgétaire. Le Tableau 1.5 synthétise les recommandations antérieures et les mesures prises pour améliorer l’efficacité de la politique budgétaire et des dépenses publiques.
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Recommandation |
Mesures prises |
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Cadre budgétaire |
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Mettre en œuvre une règle de dépenses visant à ce que celles-ci ne dépassent pas un certain pourcentage du PIB. |
Aucune mesure n’a été prise. |
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Mettre en place un cadre budgétaire à moyen terme. |
Les éléments fondamentaux d’un cadre de dépenses à moyen terme (CDMT) ont été mis en place. |
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Élargir le mandat du comité consultatif sur l’analyse de la politique budgétaire. |
Aucune mesure n’a été prise après l’élargissement du mandat en 2021. |
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Entreprendre des examens plus exhaustifs des dépenses et leur donner un rôle important dans le processus de prise de décisions. |
Un examen des dépenses sur la période 2024–25 a analysé les prestations de sécurité sociale liées à la santé. Des travaux sont en cours pour réviser le cadre régissant les examens des dépenses. |
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Politique régionale |
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Élargir l’échelle opérationnelle des petites communes, au moyen de fusions ou de coopérations. |
Aucune mesure n’a été prise. |
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Soins de santé |
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Poursuivre les efforts visant à améliorer la coordination des soins entre les centres de santé municipaux et les hôpitaux. |
Une Commission sur la réforme du secteur de la santé a été chargée d’étudier des mesures permettant de renforcer la coordination entre les services de santé et de soin municipaux et les services de santé spécialisés. |
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Durcir les critères d’admissibilité et augmenter le reste à charge pour les patients afin de freiner la demande, mais conserver des plafonds pour ces paiements. |
Aucune mesure n’a été prise. |
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Poursuivre les efforts engagés pour mettre en œuvre la Stratégie sur la santé numérique, promouvoir la télémédecine, et mieux lier et utiliser les données médicales. |
Les efforts se poursuivent pour dématérialiser les soins de santé. |
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Éducation |
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Mieux cibler le système de bourses. Réduire la pénurie d’enseignants et continuer d’améliorer la qualité de l’enseignement. |
Des efforts sont en cours pour intensifier le recrutement pour les programmes de formation des enseignants. |
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Relever le strict ratio élèves/enseignant et renforcer la coopération entre les communes. |
La Commission des administrations publiques locales a proposé de supprimer la réglementation ou au moins de la transférer du niveau des établissements scolaires au niveau municipal. |
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Améliorer l’environnement scolaire, par exemple en restreignant l’utilisation des téléphones portables, dans le but de relever le niveau d’instruction. Renforcer encore davantage la place des enseignants dans la salle de classe. |
La loi de 2024 sur l’éducation renforce la place des enseignants et des directives strictes sont établies pour interdire l’utilisation des téléphones portables. |
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Investissement dans les infrastructures |
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Le rapport coûts-avantages devrait être mieux pris en considération dans la sélection des projets d’infrastructure. |
Le Plan national des transports 2025–36 réoriente les priorités depuis les grands projets d’investissement vers l’exploitation et l’entretien. En 2026, aucun nouveau projet de grande ampleur n’est en attente d’approbation par le parlement. |
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Exiger plus d’évaluations ex post. |
Aucune mesure n’a été prise. |
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Prestations maladie et invalidité |
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Augmenter la part versée par les employeurs au titre des indemnités de congé maladie de longue durée et envisager de ramener le taux d’indemnisation des congés de maladie au niveau des autres pays nordiques. |
Aucune mesure n’a été prise. |
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Réduire les versements d’indemnités d’incapacité de travail pour les jeunes et pour les personnes vivant chez leurs parents. |
Cette prestation a été réduite en 2020. |
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Renforcer les interventions précoces, en particulier pour les jeunes, afin qu’ils ne soient pas concernés par le régime d’invalidité. |
Les pouvoirs publics ont introduit deux dispositifs pilotes qui fournissent aux jeunes chômeurs une prestation distincte sans justification médicale, mais avec des obligations de travailler renforcées. |
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Ajouter une évaluation médicale indépendante réalisée, par exemple, par un médecin désigné par la sécurité sociale. |
Aucune mesure n’a été prise. |
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Subventions agricoles |
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Abandonner les formes de soutien à l’agriculture les plus génératrices de distorsions économiques et les plus dommageables pour l’environnement, et envisager de réduire les aides d’une manière générale. |
La part des subventions assorties de certaines conditions environnementales a légèrement augmenté. |
De manière générale, le profil budgétaire à long terme de la Norvège est conditionné par la contraction attendue des recettes pétrolières et la diminution de la valeur du Fonds, mesurée en pourcentage du PIB (Graphique 1.21). Dans un scénario de référence du modèle de scénario à long terme de l’OCDE à politiques inchangées, il ressort que le Fonds atteint sa valeur la plus élevée en 2033, avant que celle-ci diminue progressivement aux alentours de 110 % du PIB en 2060. Le déficit budgétaire structurel hors pétrole s’établira à environ 5.6 % de la valeur du Fonds en 2040 (contre 3 % avec la règle budgétaire actuelle). Le scénario consistant à respecter la règle budgétaire de 3 % exigerait de consentir des efforts d’assainissement budgétaire compris entre 0.15 % et 0.4 % du PIB par an, en particulier au cours de la décennie à venir. Dans un scénario supposant une accélération de la transition écologique et une baisse de la demande de pétrole norvégien, la valeur du Fonds diminuera plus rapidement. En revanche, dans un scénario de réformes où les réformes décrites dans leTableau 1.3 sont réalisées, la valeur du Fonds décline plus lentement. L’incidence relativement faible des réformes souligne l’immense rôle du Fonds et des recettes pétrolières dans l’évolution de l’économie norvégienne. Les incidences budgétaires des réformes recommandées sont présentées dans l’Encadré 1.4.
Note : La valeur du Fonds public pour les retraites – Composante étrangère (SPU, Statens pensjonsfond-Utland) augmente chaque année à hauteur des transferts nets de l’État vers le SPU (recettes pétrolières moins déficit budgétaire structurel hors pétrole) et des intérêts et dividendes du Fonds. Les intérêts et dividendes s’élèvent à 3 % de la valeur du Fonds l’année précédente et les effets de valorisation accroissent la valeur du Fonds de 3.1 % par an. Les recettes pétrolières suivent les estimations de l’État jusqu’à 2030 environ, puis évoluent en fonction des prévisions de la demande mondiale établies par l’OCDE. L’exercice intègre les hypothèses de l’OCDE sur les coûts liés au vieillissement de la population, la réforme des retraites de 2024 et les dépenses militaires (3.5 % du PIB sur le long terme, conformément aux engagements pris dans le cadre de l’OTAN). Dans le « scénario zéro émission nette d’ici à 2050 », il est supposé que les recettes pétrolières en Norvège diminueront plus vite que dans le scénario de référence, en raison d’une baisse considérable de la demande mondiale de pétrole (Guillemette et Château, 2023). Dans le « scénario avec réformes structurelles », les réformes décrites dans le Tableau 1.3 sont mises en œuvre, ce qui stimulerait le PIB d’environ 13 % sur le long terme (avec certains effets sur les dépenses publiques). Dans le « scénario de la règle budgétaire », il est supposé que les autorités suivent la règle budgétaire de 3 %.
Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE ; OCDE, modèle de scénario à long terme ; calculs de l’OCDE.
Les estimations ci-dessous donnent un chiffrage approximatif de l’impact sur le budget de certaines recommandations à un horizon de 5 à 10 ans, sur la base de changements simples dans les politiques publiques, retenus à des fins d’illustration (Tableau 1.6). Les effets rapportés ne prennent pas en compte les réponses comportementales, ni les effets sur la croissance.
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Domaine d’action |
Mesure de politique publique |
Impact sur le solde budgétaire, % du PIB |
|---|---|---|
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Logement |
Supprimer la déductibilité des charges d’intérêts des emprunts hypothécaires |
1.5 |
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Maladie et invalidité |
Réduire le nombre de bénéficiaires de prestations d’invalidité, en le ramenant de 14 % de la population d’âge actif à 10 %, et réduire la durée des absences pour maladie, en la ramenant de 27 jours environ à 18 jours par salarié à temps plein et par an. |
2.5 |
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Fiscalité |
Réduire le coin fiscal sur le revenu des personnes physiques pour les familles pour le ramener de 32.2 % à 30 %. Relever les recettes liées à l’imposition de la propriété immobilière de 0.3 % à 0.5 % du PIB. |
-0.6 0.2 |
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Subventions |
Réduire les subventions d’un cinquième ou 0.3 point de PIB. |
0.4 |
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Impact budgétaire total |
4.0 |
Note : La recommandation portant sur l’amélioration des résultats dans le domaine de l’éducation est intégrée dans la quantification structurelle, mais son impact budgétaire ne peut être chiffré. Il en va de même pour l’ensemble des recommandations liées à la réglementation.
Source : Calculs de l’OCDE.
La règle budgétaire de 3 %, qui fixe une limite sur les retraits du Fonds pour couvrir le déficit structurel hors pétrole, est placée au cœur du cadre budgétaire de la Norvège, où elle fait l’objet d’une forte adhésion politique. Grâce à cette règle, la Norvège dispose d’un espace budgétaire qui n’a aucun équivalent dans les autres pays. Cependant, cet espace a été en grande partie mis à profit pour développer des programmes de dépenses plutôt que pour réduire les impôts. Les dépenses publiques en pourcentage du PIB continental ont augmenté de façon pratiquement continue au cours des deux dernières décennies et sont désormais les plus élevées de tous les pays de l’OCDE et bien supérieures aux niveaux observés dans les autres pays nordiques (cette part serait toutefois réduite de 5 points de pourcentage en tenant compte de l’imposition des transferts sociaux) (Graphique 1.22). De plus, la règle incite à utiliser des recettes temporairement élevées en raison de facteurs cycliques, en particulier à la suite de réévaluations des actifs du Fonds, pour financer de nouvelles dépenses structurelles, ce qui contribue à la procyclicité de la politique budgétaire. Le niveau élevé et croissant des dépenses publiques pourrait peser sur la productivité et l’emploi. Il est probable que de nouvelles tensions sur les dépenses apparaissent, notamment en raison de l’augmentation des coûts liés à la défense et au climat ainsi que de l’intensification des dépenses engendrées par le vieillissement démographique. Dans un contexte marqué par le rétrécissement de l’espace budgétaire et les possibilités limitées de lever des recettes supplémentaires, les autorités devraient compléter le cadre budgétaire avec une règle de dépenses structurelles (ou planifier de le faire) pour maîtriser la croissance des dépenses, limiter les dépenses excessives et lisser les dépenses dans la durée. Plusieurs pays voisins nordiques et l’Irlande fournissent des modèles dont la Norvège pourrait s’inspirer pour concevoir les règles en matière de dépenses (Encadré 1.5).
Dépenses totales des administrations publiques, en pourcentage du PIB
Note : PIB continental pour la Norvège.
Source : OCDE, base de données des comptes nationaux.
Les règles budgétaires jouent le rôle d’engagements qui visent à ancrer les anticipations sur l’évolution des finances publiques et à augmenter le coût des écarts. Leur conception doit répondre aux enjeux budgétaires du pays, qu’ils soient liés aux déficits, à la dette, aux dépenses ou à la fiscalité. Les règles de dépenses renforcent la discipline en matière de dépenses en accroissant la responsabilité et la transparence dans la procédure budgétaire, ce qui améliore le contrôle sur les dépenses primaires. Des données empiriques laissent apparaître que les règles de dépenses peuvent réduire considérablement les dépenses publiques. Bien que les règles d’équilibre budgétaire exercent également un effet modérateur sur les dépenses, leur impact est généralement plus faible. Certaines études montrent que les règles de dépenses réduisent principalement la consommation publique et laissent l’investissement public globalement inchangé. En limitant les dépenses pendant les périodes d’embellie, les règles de dépenses peuvent également contribuer à réduire la procyclicité de la politique budgétaire.
Les règles budgétaires doivent être adaptées au contexte spécifique de chaque pays. La plupart des pays de l’OCDE ont recours à des règles limitant les déficits budgétaires réels ou structurels, mais cette approche ne conviendrait pas à la Norvège, du fait de sa dépendance à l’égard de recettes pétrolières importantes, volatiles et incertaines. La règle budgétaire actuelle de la Norvège vise à distribuer les recettes issues des ressources naturelles dans le temps et entre les générations en limitant les retraits du Fonds à son rendement réel escompté à long terme, ce qui préserve sa valeur réelle. Le Conseil budgétaire a suggéré une règle d’équilibre budgétaire adaptée, basée sur la trésorerie du Fonds (dividendes, paiements de coupons ou revenus locatifs, par exemple). Les flux de trésorerie étant moins volatils que les valorisations de marché, cette approche pourrait réduire la volatilité du solde budgétaire d’une année à l’autre. Cependant, en respectant rigoureusement la règle axée sur la trésorerie, l’État pourrait restreindre sa capacité à enregistrer des déficits adéquats pendant les périodes de ralentissement de l’activité économique.
En 2025, l’Islande a adopté une règle de dépenses nettes structurelles (c’est-à-dire en tenant compte des changements de politique fiscale), abandonnant la règle d’équilibre budgétaire adoptée en 2016. L’Irlande, dont les recettes sont aussi volatiles que celles de la Norvège, a mis en œuvre une règle de dépenses efficace qui a en grande partie éliminé les dépenses procycliques. Le Danemark et la Finlande ont instauré des plafonnements des dépenses en termes réels pour l’administration centrale. Le Danemark les établit pour trois ans et la Finlande, pour quatre ans. Dans les deux cas, les charges d’intérêt et les postes de dépenses sensibles aux facteurs cycliques sont exclus, et le plafond appliqué aux dépenses peut être modifié en cas de circonstances exceptionnelles. En Suède, le plafond de dépenses est fixé en termes nominaux pour toutes les dépenses de l’administration centrale, à l’exception des charges d’intérêts, trois ans en amont (Encadré 1.6).
Source : (OECD, 2024) ; (OECD, 2025) ; (Brändle et Elsener, 2023) ; (OECD, 2025)
La Norvège est pratiquement le seul pays de l’OCDE dépourvu de cadre de dépenses à moyen terme (CDMT). Le budget de l’administration centrale est établi uniquement pour l’exercice budgétaire à venir, ce qui limite la prise en compte des implications futures des politiques actuelles et planifiées sur les finances publiques. Les révisions discrétionnaires de certains postes budgétaires et les accords négociés sont fréquents (Advisory Council on Fiscal Policy Analysis, 2026). Cette approche court-termiste est souvent justifiée par le haut degré d’imprévisibilité du budget de la Norvège, compte tenu de sa dépendance à l’égard de recettes pétrolières volatiles. L’inquiétude existe également de voir des trajectoires de dépenses pluriannuelles se transformer en planchers de dépenses, plutôt qu’en plafonds. Toutefois, un horizon limité à un an complique l’évaluation des conséquences que les initiatives stratégiques peuvent avoir sur le long terme. Pour renforcer la planification à moyen terme, les pouvoirs publics ont entrepris d’établir des projections budgétaires à moyen terme pour la période 2027–2025 (Ministry of Finance, 2029). Une budgétisation à moyen terme bien conçue clarifie les priorités des pouvoirs publics dans le respect d’un plafond global de dépenses et garantit la cohérence temporelle entre les décisions prises et les conséquences pour les finances publiques (OECD, 2025). Il améliore donc l’efficacité du cadre budgétaire ainsi que la discipline budgétaire. La Norvège pourrait gagner à adopter une approche similaire à celle de la Suède (Encadré 1.6).
Le cadre budgétaire de la Suède, qui a fait l’objet d’une réforme fondamentale dans les années 90 afin de rétablir la discipline budgétaire, est souvent considéré comme le plus efficace de l’OCDE. Il se matérialise, entre autres, par un ensemble de règles budgétaires et d’objectifs (un objectif d’excédent, un ancrage de la dette pour la dette brute consolidée, un plafond glissant de dépenses publiques en termes nominaux fixé pour une période trois ans et des budgets équilibrés pour les administrations publiques locales) ; par une procédure budgétaire descendante, structurée et disciplinée ; par des règles relatives à la transparence et à la clarté de la législation fiscale ; et par le suivi extérieur de la politique budgétaire par le Conseil de politique budgétaire. Un scénario de référence pluriannuel des dépenses basé sur des politiques inchangées crée un « espace budgétaire automatique », puisque les recettes tendent à croître avec le PIB tandis que les dépenses, y compris les transferts sociaux fondés sur des règles en faveur des ménages, augmentent dans des proportions moindres. Cette référence fournit des informations sur l’espace restant disponible pour de nouvelles initiatives sans dépasser le plafond de dépenses. L’élaboration du budget est séquencée en deux étapes : dans un premier temps, le gouvernement définit une enveloppe globale de dépenses (« budget de printemps »), puis il négocie les affectations avec les ministères sectoriels (« budget d’automne »). L’enveloppe budgétaire comprend les transferts aux administrations publiques locales. Le cadre est révisé tous les huit ans. Le parlement a la possibilité d’ajuster ou de remplacer des affectations budgétaires spécifiques, mais dans le strict respect du plafond global de dépenses adopté dans le « budget de printemps ». Le Conseil de politique budgétaire indépendant étudie les prévisions macroéconomiques et budgétaires du gouvernement, et il détermine si la situation budgétaire s’éloigne de l’objectif du budget (à ce jour, un excédent de 0.33 % du PIB sur le cycle) et si les éventuels écarts sont justifiés.
Source : (OCDE, 2019) (OCDE, 2025) (Gouvernement de la Suède, 2017).
Les examens des dépenses font partie intégrante de la planification budgétaire de la Norvège et ils sont alignés sur la procédure budgétaire. Cependant, leur portée a généralement été trop limitée pour générer des gains d’efficience importants ou contenir les dépenses dans leur ensemble. De plus, il semble que le gouvernement et le parlement n’y donnent suite que de manière limitée. À l’inverse, des pays comme le Royaume-Uni et l’Irlande ont instauré des examens complets des dépenses à quelques années d’intervalle pour détecter les économies réalisées dans l’ensemble du gouvernement et réaffecter les ressources vers les programmes et objectifs prioritaires (OECD, 2024). Dans ce contexte, il est encourageant qu’en 2024/25, le gouvernement norvégien ait procédé à un examen des dépenses liées aux prestations maladie et invalidité (poste de dépenses important) et qu’il se soit montré prêt à mettre en œuvre quelques-unes des principales recommandations formulées. À l’avenir, le gouvernement devrait continuer à réaliser des examens complets des dépenses et à tenir compte des constatations qui en ressortent.
Même si la Norvège est un pays relativement jeune, ce qui tient en partie à un afflux continu de main-d’œuvre immigrée, elle n’est pas épargnée par les pressions économiques et budgétaires liées au vieillissement démographique. L’espérance de vie et l’état de santé autodéclaré font partie des plus élevés de l’OCDE, pour les hommes comme pour les femmes, ce qui s’explique à la fois par des modes de vie sains et par des services de santé de qualité. Pourtant, les dépenses publiques au titre des retraites en pourcentage du PIB se situent aux alentours de la moyenne de l’OCDE et elles sont plus élevées que dans tous les autres pays nordiques (Graphique 1.23, partie A). Dans les années à venir, l’allongement de l’espérance de vie et la baisse du taux de natalité vont faire augmenter le taux de dépendance des personnes âgées dans les décennies à venir, ce qui exercera une pression accrue sur les systèmes de retraite, de santé et de soins de longue durée (Graphique 1.23, partie B). D’après les pouvoirs publics, la diminution de la part des jeunes dans la population et l’augmentation des coûts liés au vieillissement démographique sont les principaux déterminants de l’augmentation des dépenses publiques à long terme à l’horizon 2060 (Ministry of Finance, 2024).
Les pouvoirs publics ont pris d’importantes mesures pour faire face à l’augmentation des coûts liés au vieillissement démographique pour les finances publiques. La réforme des retraites du secteur privé de 2011, suivie par une réforme similaire dans le secteur public en 2018, a renforcé les incitations à rester en activité, ce qui a sensiblement augmenté les taux d’emploi chez les personnes âgées de 62 ans et plus, et a contribué à atténuer les pressions qui s’exerceront sur les dépenses liées au vieillissement démographique (Graphique 1.24). L’âge légal de départ à la retraite étant fixé à 67 ans, la vie active en Norvège est longue par rapport à d’autres pays. En 2023, le gouvernement et les partenaires sociaux ont convenu de supprimer progressivement certains dispositifs de retraite anticipée. Alors que l’espérance de vie continue d’augmenter, le parlement a entériné en 2024 un accord prévoyant un recul de la limite d’âge dans le système de retraite d’un mois par an pour les personnes nées à partir de 1964, ce qui correspond à un ajustement d’environ la moitié du gain d’espérance de vie. La réforme repousse également l’âge maximum de départ à la retraite dans le secteur public de 70 à 72 ans. Le gouvernement prévoit de mettre ces mesures en œuvre en 2030 ou en 2031.
Note : Dans la partie A, les dépenses publiques consacrées aux retraites correspondent aux prestations publiques totales en espèces versées aux personnes âgées et aux veufs ou veuves. PIB continental pour la Norvège. Dans la Partie B, le taux de dépendance des personnes âgées correspond au nombre de personnes âgées de 65 ans et plus par rapport à la population dont l’âge est compris entre 15 et 64 ans.
Source : OCDE, base de données sur les dépenses sociales ; OCDE, base de données historiques sur la population ; OCDE, base de données sur les projections démographiques.
Baisse attendue des dépenses de retraites et augmentation escomptée des recettes fiscales à la suite de la réforme de 2011, en pourcentage du PIB
Note : Les projections du PIB sont basées sur les Perspectives économiques de l’OCDE.
Source : Ministère des Finances ; Administration norvégienne du travail et des affaires sociales (NAV) et Modèle à long terme de l’OCDE.
La part des ressources publiques que la Norvège consacre à l’aide d’État et aux subventions est supérieure à la moyenne, et ces dépenses ont considérablement augmenté ces dernières années, en particulier pour des mesures liées à l’agriculture et au climat (Graphique 1.25). Bien qu’ils partent de bonnes intentions, de nombreux dispositifs produisent des effets secondaires indésirables. La subvention à l’électricité Norgespris, qui protège l’ensemble des ménages contre les prix élevés, affaiblit les incitations à réaliser des économies d’énergie et décourage les investissements consacrés à la production d’électricité à faibles émissions (Advisory Council on Fiscal Policy Analysis, 2026). L’incitation fiscale appliquée aux véhicules électriques contribue aux embouteillages dans les grandes villes et complique la politique d’aménagement du territoire visant à contenir l’étalement urbain et à promouvoir les projets autour des plateformes de transport public (voir la section consacrée au marché du logement). Les aides publiques en faveur des sociétés innovantes sont distribuées par l’intermédiaire de nombreuses agences, souvent sans objectifs clairement définis, sans une défaillance avérée du marché ou sans un suivi systématique. Le gouvernement a commencé à revoir les dispositifs de soutien à l’innovation, à durcir les conditions d’admissibilité, à réduire l’aide globale et à rationaliser le cadre de gouvernance en fusionnant des agences. Il convient de poursuivre ces efforts.
Note : Partie B, PIB continental pour la Norvège. Moyenne pondérée du PIB de l’OCDE.
Source : Ministère des Finances, Budget 2026 ; OCDE, Dépenses annuelles des administrations publiques par fonction (COFOG).
La Norvège présente les niveaux de soutien à l’agriculture les plus élevés de l’OCDE, les transferts aux producteurs s’établissant en moyenne à 47 % des recettes agricoles brutes sur la période 2022–24, contre 69 % au début des années 2000 (Graphique 1.26). Plus de la moitié de ce soutien est liée à la production (en particulier les versements en fonction du nombre de têtes de bétail), tandis que la protection aux frontières et les réglementations des marchés continuent de maintenir les prix intérieurs à des niveaux plus élevés. Prises conjointement, ces mesures font partie de celles qui créent le plus de distorsions économiques, et elles tendent à faire baisser la productivité et à nuire à l’environnement. Elles risquent également d’étouffer la concurrence en aval, notamment dans les secteurs de la distribution alimentaire et du commerce de détail (voir le chapitre contenant une analyse approfondie de la réglementation). Plus récemment, les priorités des pouvoirs publics mettent l’accent sur des dispositifs climatiques et environnementaux plus ciblés, qui représentent désormais près d’un tiers du budget consacré à l’agriculture. Cependant, l’effet redistributif des subventions à l’agriculture reste à prouver, en particulier s’agissant du soutien accordé aux régions isolées et situées dans la partie septentrionale du pays. Dans ce contexte, le gouvernement devrait réduire encore davantage les aides à l’agriculture et mieux les aligner sur des objectifs de productivité et de performances environnementales, comme le recommandait l’Étude de 2024 (OECD, 2024).
Estimation du soutien total en pourcentage des recettes agricoles brutes
Note : Les pays sont classés en fonction de l’EST par rapport à la valeur de la production agricole en 2022-2024.
Source : OCDE, Politique agricole : suivi et évaluation (base de données).
Le niveau élevé, et croissant, des prestations de maladie et d’invalidité est particulièrement problématique pour les finances publiques. Alors que ces dépenses ont diminué dans des pays comparables, elles évoluent dans l’autre sens en Norvège (Graphique 1.27). Les dépenses de maladie et d’invalidité représentent environ 22 % des dépenses publiques totales, et plus de 8 % du PIB continental. Les dispositions relatives aux congés maladie sont très généreuses et prévoient souvent une compensation salariale complète. En plus de peser sur les finances publiques, les absences prolongées augmentent également le risque d’éloignement du marché du travail. Les pouvoirs publics devraient soigneusement examiner le rôle du système de prestations de maladie et d’invalidité dans les incitations au travail. Ils devraient mettre en œuvre des politiques qui réduisent les coûts budgétaires tout en augmentant la participation globale au marché du travail, notamment en ajustant les taux de remplacement, en augmentant la participation des employeurs, et en favorisant les interventions précoces et les évaluations médicales indépendantes, comme cela est recommandé dans la précédente Étude (OECD, 2024).
Dépenses publiques au titre des prestations de maladie et d’invalidité, en pourcentage du PIB
Note : PIB continental pour la Norvège. L’agrégat OCDE correspond à la moyenne simple des pays membres pour lesquels des données sont disponibles.
Source : OCDE, base de données des comptes nationaux.
Les coûts budgétaires de l’adaptation au changement climatique et de l’atténuation de ses effets augmentent, en raison de la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que des tempêtes et des inondations, qui frappent la Norvège. En 2024, à la suite de la tempête Hans et de ses fortes pluies, les indemnités d’assurance liées aux dégâts provoqués par les intempéries ont atteint un niveau record, même si le total des pertes représente encore moins de 1 % du PIB, soit bien au-dessous de la moyenne de l’UE (4 %) (OECD, 2025). Le plan d’action climatique, dont la dernière mise à jour remonte à 2023, prévoit des mesures transversales pour remédier aux risques et aux vulnérabilités, lesquelles sont synthétisées dans la précédente Étude (OECD, 2024). Le budget 2026 continue de donner la priorité aux investissements dans les infrastructures, en particulier l’amélioration de la gestion de l’eau et de la protection contre les inondations, et il apporte des financements à des projets municipaux d’adaptation et d’atténuation, ce qui est bienvenu. Pour réduire les émissions, les subventions versées par le fonds pour le climat et l’énergie (Enova) demeurent importantes, même si elles ont été réduites en 2026. Le soutien au captage et au stockage du carbone (CSC) s’intensifie, comme en témoigne l’ouverture du premier site de stockage au cours de l’été 2025. Cependant, le coût de la tonne de CO2 réduite sur site dépasse actuellement 150 euros, ce qui est largement supérieur au prix d’un certificat d’émission (70-75 euros la tonne en mars 2026) (Cleantechnica, 2025). Dans la mesure où il est onéreux de réduire encore davantage les émissions nationales et où les émissions de carbone par habitant sont passées en dessous de la moyenne de l’OCDE, les pouvoirs publics ont commencé à accroître les dépenses consacrées aux initiatives climatiques internationales telles que l’Initiative Rainforest. Les recommandations antérieures et les mesures prises en matière de politique climatique sont présentées dans le Tableau 1.7.
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RECOMMANDATIONS |
MESURES PRISES |
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Décarboner l’économie |
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Procéder à des analyses coûts-avantages rigoureuses des mesures de réduction des émissions de carbone et donner la priorité à celles qui permettent de réduire les émissions à moindre coût par tonne de carbone. Élargir et relever progressivement la fiscalité du carbone et envisager de taxer le méthane et l’oxyde nitreux. Imputer les réductions d’émissions réalisées dans le cadre de programmes internationaux de réduction des émissions sur les objectifs nationaux, au moins en partie. |
Aucune mesure n’a été prise. Les taux de la taxe carbone ont été relevés d’environ 30 % en 2025-26. L’investissement dans les programmes internationaux de réduction du carbone a été accru. |
Le système fiscal de la Norvège est fortement axé sur les recettes issues de la taxation des ressources naturelles ou des rentes connexes (Graphique 1.28). Plus de la moitié des recettes issues de l’impôt sur les bénéfices des sociétés (IS) proviennent des ressources naturelles. Elles sont générées par le secteur pétrolier (dont les recettes sont affectées au fonds souverain et non au budget de l’État), la production d’électricité à partir de l’énergie éolienne et hydraulique, et l’aquaculture. Le taux normal de l’IS est de 22 %, un niveau inférieur à la moyenne de l’OCDE, ce qui s’explique par l’objectif poursuivi de longue date par les pouvoirs publics, qui est de maintenir la fiscalité des entreprises à un niveau bas au motif que dans une petite économie ouverte, la charge de cet impôt tend à se répercuter sur les salariés. La part des impôts sur la consommation est limitée, ce qui tient en partie à de nombreuses exonérations dans le système de taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Par conséquent, le ratio des recettes de TVA (rapport entre les recettes effectives de TVA et les recettes qui seraient levées si l’ensemble de la consommation était taxée au taux normal et avec une conformité totale) n’est que très légèrement au-dessus de la moyenne de l’OCDE (OECD, 2024). La Norvège est l’un des rares pays à prélever un impôt sur le patrimoine net. Bien qu’ils exercent un effet redistributif considérable, les impôts sur le patrimoine net peuvent décourager l’investissement, en particulier dans les entreprises de petite taille ou détenues par des familles, car la taxation du capital peut se traduire par des rendements après impôts négatifs sur les investissements (OECD, 2018) (voir aussi le chapitre thématique consacré à la réglementation applicable aux entreprises).
Note : Partie A : l’agrégat OCDE-UE correspond à la moyenne non pondérée des 22 pays de l’OCDE qui sont membres de l’UE. Partie B : les « autres impôts » incluent la TVA, les autres impôts sur les biens et les services, et ceux qui n’entrent dans aucune des catégories utilisées.
Source : OCDE, Statistiques mondiales des recettes publiques (base de données).
La taxe carbone a augmenté d’environ 30 % sur les deux derniers exercices budgétaires, ce dont il y a lieu de se féliciter. Depuis mars 2026, les émissions qui sont déjà taxées au titre du système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (SEQE-UE) sont généralement exonérées de la taxe nationale sur le carbone. Pour faire face à la hausse des prix de l’énergie entraînée par le conflit au Moyen-Orient, les pouvoirs publics ont temporairement réduit ou supprimé les taxes sur les combustibles et le carbone, jusqu’à fin août (voir ci-avant).
Le gouvernement prépare une réforme complète du système fiscal de la Norvège. À la fin de 2025, il a chargé une Commission de concevoir une large réforme de la fiscalité visant à faire évoluer les entreprises norvégiennes dans un environnement fiscal compétitif (Government of Norway, 2025). Le mandat souligne que la conception du système fiscal doit être revue de manière à ce qu’elle décourage moins l’investissement et l’emploi. Il est également indiqué que la Commission doit préciser les allègements fiscaux à privilégier. Dans ce contexte, les réformes pourraient prévoir un allègement de la fiscalité du travail et du capital conformément aux recommandations formulées dans l’Étude économique 2024 consacrée à la Norvège (OECD, 2024). Les objectifs redistributifs devront être pris en compte, mais ils pourraient être atteints de manière plus efficace à l’aide d’instruments non fiscaux tels que des prestations sociales ciblées pour les ménages à bas revenu. Une introduction progressive et des dispositifs transitoires pourraient contribuer à rassembler un soutien politique autour de la réforme.
Une réforme complète de la fiscalité doit englober la taxation du logement. La Norvège offre l’un des régimes de taxation du logement les plus généreux de l’OCDE : les intérêts versés sur les emprunts hypothécaires sont déductibles et les revenus locatifs imputés des logements occupés en propriété ne sont pas imposés ; les plus-values sur les résidences principales et les revenus issus de leur location sont exonérés ; et les logements occupés par leur propriétaire et les résidences de vacances bénéficient d’un traitement avantageux dans l’impôt sur le patrimoine net. Dans un contexte d’offre restreinte de logements, comme celui qui prévaut en Norvège, ces avantages sont en grande partie répercutés dans les prix des logements, qui sont plus élevés (voir la section financière). L’expérience acquise au niveau international laisse apparaître que la suppression progressive de la déductibilité des intérêts sur les emprunts hypothécaires peut contribuer à modérer les prix des logements, à améliorer l’accessibilité financière et à élargir l’accès à la propriété (OECD, 2024). Le Danemark, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont tous procédé à une réduction progressive de la déductibilité des intérêts d’emprunts hypothécaires. En 2025, la Suisse a adopté une suppression combinée et progressive sur dix ans de l’imposition des revenus locatifs imputés et de la déductibilité des intérêts sur les emprunts hypothécaires, tout en introduisant une nouvelle taxe sur les résidences secondaires.
Une réforme de la taxation du logement pourrait être complétée par un passage de l’impôt sur le patrimoine net à l’imposition de la propriété immobilière ainsi que par une réintroduction des droits de succession. Les impôts sur la propriété en Norvège restent bien inférieurs à la moyenne de l’OCDE, ce qui s’explique en grande partie par le fait que les municipalités peuvent choisir de les prélever ou pas (Graphique 1.29). Dans la catégorie des impôts sur la propriété immobilière, les impôts fonciers sont particulièrement efficients, car ils créent moins de distorsions économiques, contribuent à l’aménagement du territoire en limitant l’étalement urbain et sont en phase avec le système de taxation des rentes issues des ressources naturelles qui est en place en Norvège (Blöchliger, 2015). Cependant, le passage de l’imposition du patrimoine à l’imposition de la propriété immobilière supposerait d’apporter des ajustements aux accords budgétaires entre les administrations, car les impôts sur le patrimoine sont prélevés au niveau de l’administration centrale alors que l’imposition de la propriété immobilière relève de la responsabilité des municipalités. Les réformes devront également tenir compte du fait que l’imposition de la propriété immobilière est moins redistributive (ou moins progressive) que l’imposition du patrimoine net.
Impôts périodiques récurrents sur la propriété immobilière, en % du PIB, 2024 ou dernières données disponibles
Note : L’agrégat OCDE correspond à la moyenne non pondérée de 38 pays membres.
Source : OCDE, Base de données mondiale des statistiques des recettes publiques.
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PRINCIPALES CONCLUSIONS |
RECOMMANDATIONS (principales recommandations en gras) |
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Politiques monétaire et financière |
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L’inflation reste supérieure à l’objectif. Les prix internationaux de l’énergie se sont envolés après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. |
Continuer à mener une politique monétaire restrictive jusqu’à ce que l’inflation soit durablement ancrée à l’objectif. Relever les taux d’intérêt en cas de risque de désancrage de l’inflation. Renforcer les pressions concurrentielles et faciliter l’entrée de nouveaux arrivants sur le marché afin de contenir la dynamique des prix. |
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Le mandat de la banque de Norvège sera renouvelé en 2026. La banque a publié une évaluation du cadre de la politique monétaire actuelle, qui conclut que le ciblage flexible de l’inflation est une expérience globalement positive. |
Réaffirmer et éventuellement renforcer le ciblage de l’inflation en tant qu’objectif principal de la politique monétaire, tout en préservant l’indépendance opérationnelle de la banque de Norvège. |
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Le système financier paraît résilient et stable. Le crédit aux ménages est en hausse. Le ratio maximum prêt/valeur du bien a été relevé de 85 % à 90 %. |
Maintenir une orientation macroprudentielle prudente et continuer à surveiller les risques liés à l’augmentation de l’endettement des ménages. |
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Les infrastructures financières sont bien protégées, mais des cyberattaques pourraient gravement perturber le système de paiement. |
Renforcer les dispositifs de précaution pour les infrastructures financières critiques. |
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Le marché du logement s’est détendu. Toutefois, les prix des logements restent élevés et l’investissement dans la construction de logements neufs est atone, ce qui laisse penser que l’offre de logements neufs se heurte à des contraintes structurelles. |
Réformer la politique d’aménagement du territoire afin d’augmenter les surfaces constructibles et de favoriser la densification. Continuer de simplifier les procédures de planification et d’autorisation. Assouplir les restrictions relatives à la conversion des terres agricoles à des fins d’aménagement. |
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Politiques budgétaires |
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L’orientation de la politique budgétaire est modérément expansionniste, bien que l’économie fonctionne à pleine capacité, voire au-delà. |
Durcir la politique budgétaire afin de réduire les tensions inflationnistes et de créer des marges de manœuvre budgétaires. Maintenir les aides potentielles pour faire face aux répercussions du conflit au Moyen-Orient de manière ciblée et les supprimer à mesure que la situation se normalise. |
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Les dépenses consacrées à la défense augmentent rapidement, au risque d’excéder la capacité d’absorption des forces armées. Le contrôle des coûts reste lacunaire. |
Renforcer l’intégration des dépenses de défense dans le processus budgétaire à moyen terme, en prévoyant une analyse systématique des besoins et en durcissant l’évaluation de l’efficacité des dépenses. |
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Les dépenses publiques en pourcentage du PIB ont augmenté au cours de la dernière décennie, contrairement à d’autres pays nordiques. Les sommes retirées du fonds souverain financent désormais 27 % des dépenses publiques (contre 3 % en 2001), ce qui aggrave la dépendance de la politique monétaire à l’égard de la valeur du Fonds et expose le budget à un risque important lié au marché financier. |
Adjoindre à la règle budgétaire un plan de dépenses à moyen terme pour limiter la croissance des dépenses, limiter les dépenses excessives et lisser les dépenses dans la durée Prévoir des clauses dérogatoires permettant d’ajuster les dépenses en cas de fluctuations importantes de la valeur du fonds. |
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Les examens des dépenses sont de portée étroite et non systématiques. |
Réaliser des examens plus exhaustifs des dépenses, élargir leur périmètre et appliquer leurs conclusions. |
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Le régime de prestations de maladie et d’invalidité est généreux, ce qui décourage l’emploi et génère des coûts budgétaires élevés. Les taux effectifs d’imposition élevés pénalisent surtout les jeunes. Un essai contrôlé randomisé à grande échelle est actuellement mené pour tester les effets d’un abattement d’impôt lié aux revenus du travail. |
Accroître le taux d'activité et réduire le coût budgétaire du régime de maladie et d’invalidité en ajustant les taux des prestations, augmentant la participation des employeurs et encourageant les interventions précoces et les évaluations médicales indépendantes. Évaluer rigoureusement si un crédit d’impôt sur les revenus d’activité augmente effectivement le taux d’activité. |
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Les subventions sont élevées par rapport au PIB. Le soutien des revenus agricoles est le plus élevé de la zone OCDE. Le dispositif Norgespris, la compensation carbone pour les entreprises grandes consommatrices d’énergie et plusieurs aides financières temporaires en matière d’énergie sont coûteuses et réduisent les incitations à réaliser des économies d’énergie. |
Réduire les subventions génératrices de distorsions économiques et dommageables pour l’environnement et s’employer à les supprimer, notamment dans l’agriculture et la compensation carbone. Supprimer les aides financières temporaires à l’énergie. Évaluer les subventions en faveur de l’innovation comme prévu, et conserver celles qui génèrent d’importantes retombées positives. |
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Le système fiscal fait peser une charge relativement lourde sur le travail et sur le capital professionnel, tandis que la consommation et les logements occupés par leur propriété sont peu taxés par comparaison. Le système de TVA comporte de nombreux taux réduits. |
Engager une réforme fiscale complète en vue de réduire les prélèvements sur le travail et sur le capital, et augmenter les impôts sur les successions et la propriété immobilière. Supprimer les taux réduits de TVA. |
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Marché du travail |
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Les pénuries de main-d’œuvre perdurent. Les transitions écologique et numérique vont accroître la demande de main-d’œuvre qualifiée, surtout dans les professions techniques et de santé. |
Investir dans les compétences, notamment en développant l’enseignement supérieur professionnel. |
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