La région Île-de-France ou région parisienne (« la région ») est exposée à un risque croissant de sécheresse. En 2018, la canicule estivale qui a suivi un printemps exceptionnellement sec a obligé les autorités à imposer temporairement des restrictions d’usage de l’eau dans la région. La sécheresse de 2022 a entraîné des déficits en eau records et perturbé l’état des cours d’eau. Le changement climatique est l’une des principales causes des tendances observées. Depuis 1990, les températures moyennes ont progressé de 2 °C et l’humidité moyenne des sols a diminué de 5 %. D’après les projections, la région devrait observer une baisse des précipitations estivales et une amplification de l’évapotranspiration sous l’effet de l’augmentation continue des températures. Ces conditions augmentent la probabilité de survenue de sécheresses sévères.
Outre la modification du climat, le développement socio-économique accentuera le risque de sécheresse à l’avenir. Concentrant près de 20 % de la population et un tiers de la production économique du pays, l’Île-de-France affiche une demande en eau importante. L’agriculture, qui occupe 50 % de sa superficie, a vu ses besoins en eau plus que doubler depuis 2012 et ceux-ci devraient encore accroître de 45 % d’ici à 2050 selon les trajectoires actuelles. L’industrie manufacturière, la navigation fluviale et la production d’énergie aussi sont fortement tributaires des ressources en eau. L’étalement urbain a aggravé le risque de sécheresse en amplifiant l’artificialisation des sols et en faisant obstacle à la recharge des nappes phréatiques et au stockage souterrain. Les efforts de lutte contre les îlots de chaleur urbains, par exemple par la création d’espaces verts, sont également de nature à faire augmenter la demande en eau.
Jusqu’à présent, la région s’est montrée résiliente aux sécheresses. Elle bénéficie d’un solide réseau d’infrastructures fluviales. Quatre lacs réservoirs y jouent un rôle crucial dans le maintien des niveaux d’eau et garantissent l’approvisionnement en eau potable et en eau à usage industriel, agricole et énergétique lorsque les ressources en eau se raréfient. Le réseau d’eau potable de la région affiche un taux de fuites plus faible que toutes les autres villes françaises et les principales villes européennes. Des sources souterraines variées et l’interconnexion d’une partie des réseaux de distribution d’eau confèrent à la région une relative sécurité d’approvisionnement en eau potable.
Néanmoins, un épisode de sécheresse majeur pourrait gravement perturber les activités économiques, engendrant des coûts économiques pouvant atteindre 2.5 milliards EUR. En nous basant sur les sécheresses historiques comme celles de 1921 et 1976, nous modélisons dans ce rapport trois scénarios de la raréfaction future de l’eau sous l’effet de la modification des conditions climatiques. Il en ressort que les répercussions économiques des possibles sécheresses pourraient varier entre 1.4 milliard EUR en 2050 et 2.45 milliards EUR en 2100. Les coûts directs représenteraient 70 % du coût économique total. Les industries manufacturières et l’agriculture seraient en première ligne. Le recul de la production agricole se répercuterait sur le secteur alimentaire et d’autres branches économiques seraient touchées indirectement par la baisse de la production manufacturière. L’Île-de-France étant la première région importatrice et exportatrice du pays, le manque à produire pourrait également avoir un impact économique sur d’autres régions françaises (pouvant atteindre 330 millions EUR) et européennes (pouvant atteindre 170 millions EUR). Il faut y ajouter les dommages causés au bâti par le phénomène de retrait des argiles sous l’effet de la sécheresse, qui sont estimés à environ 300 millions EUR. Outre les incidences économiques, les importations d’eau potable dans la région risquent de provoquer des conflits avec les agriculteurs d’autres régions, tandis que les sécheresses menacent les écosystèmes et le bien-être.