Ce chapitre présente les principaux résultats de l’évaluation des risques et des politiques mises en œuvre en Ile-de-France pour faire face aux risques de raréfaction de l’eau induits par les sécheresses favorisées par le changement climatique. L’évaluation réalisée par l’OCDE identifie 22 recommandations pour aider la région parisienne à renforcer sa résilience.
Adapter l’Île-de‑France aux risques de raréfaction de l’eau
1. Évaluation et recommandations
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1.1. La sécheresse en Île-de-France dans le contexte du changement climatique : vers un risque de raréfaction de l’eau
Copier le lien de 1.1. La sécheresse en Île-de-France dans le contexte du changement climatique : vers un risque de raréfaction de l’eau1.1.1. Le risque de sécheresse a augmenté en Île-de-France
Les sécheresses sont un phénomène connu en région parisienne. Des exemples sont recensés depuis le XVIe siècle. L’une des pires sécheresses est celle de 1921, au cours de laquelle la rivière principale dans la région, la Seine (Encadré 1.1), a connu un débit estival réduit de moitié et la région a vécu 12 mois de sols secs. Il a été estimé qu’en cas de sécheresse aussi grave dans le contexte actuel, des restrictions d’irrigation, de navigation et d’usage de l’eau dans l’industrie devraient être imposées pendant plus de 150 jours pour préserver les usages critiques comme l’approvisionnement en eau potable (EPTB Seine Grands Lacs, 2021[1]). D’autres sécheresses importantes ont été enregistrées en 1959, 1976 et 1991, ainsi qu’en 2003, où près 40 % du territoire de la région a connu une période prolongée de sécheresse des sols (Météo France, 2022[2]). Plus récemment, en 2019, des mesures de restriction des prélèvements d’eau à usage agricole ont été prises dans près de la moitié de la région en raison de la canicule estivale et des précipitations printanières inférieures à la moyenne. En 2022, à la suite d’un hiver particulièrement sec, marqué par des déficits de précipitations allant jusqu’à 41 % par rapport à la moyenne 1981-2010, la région a subi une sécheresse remarquable tant par sa durée – un an – que par son intensité : 23 % des cours d’eau de la région étaient en situation de crise du fait de leurs faibles débits, et aucun débit n’était visible dans 10 % des cours d’eau en dehors de Paris (DRIEAT, 2023[3]).
Graphique 1.1. Les sécheresses sont un phénomène connu en région parisienne
Copier le lien de Graphique 1.1. Les sécheresses sont un phénomène connu en région parisiennePrécipitations moyennes annuelles en Île-de-France au cours de la période 1901-2021
Source : travaux des auteurs, d’après des données de la Banque mondiale.
Les répercussions des sécheresses dans la région ont surtout pris la forme de pertes de récoltes et de dommages aux bâtiments. Les sécheresses agricoles historiques de 1976 et 2003 ont amputé les rendements des cultures de plein champ d’environ un tiers pour la première et 60 % pour la seconde (Kapsambelis, 2018[4]). Au cours de la période 1995-2019, les dégâts causés par le phénomène de retrait-gonflement des argiles au bâti, en particulier aux maisons individuelles, ont représenté un coût global de près de 2 milliards EUR (DRIEAT, 2023[5]), et un coût annuel moyen 1.5 fois supérieur à celui occasionné par les inondations (Caisse Centrale de Réassurance, 2020[6]). En 2022, la région a également connu des restrictions de navigation fluviale sur des canaux via le regroupement de bateaux, ainsi que des restrictions d’usage de l’eau pour l’arrosage des jardins, installations sportives et potagers, pour le lavage des voitures ou encore pour l’irrigation. En cas d’épisode de manque d’eau plus sévère, les restrictions peuvent être élargies au fret et au tourisme fluviaux, de même qu’aux prélèvements liés aux usages industriels et agricoles et à la production d’énergie et d’eau potable.
L’expansion économique de la région est à l’origine d’une forte demande en eau. La région Île-de-France est à l’origine d’un tiers du produit intérieur brut (PIB) de la France. La moitié de sa superficie est consacrée à la production agricole, laquelle recourt de plus en plus à l’irrigation (Encadré 1.1). Les prélèvements d’eau à usage agricole ont plus que doublé sur la période 2012-19 (Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, 2020[7]). Pour l’industrie manufacturière, qui représente 6 % du PIB de la région, l’eau est un facteur de production et un moyen de refroidissement indispensables (Institut Paris Région ; INSEE ; CCI, 2021[8]). La Seine est une ressource en eau particulièrement importante pour l’économie de la région, où plus de 8 millions de touristes l’empruntent chaque année (Haropa Port, 2023[9]). En outre, le volume de fret transporté sur le fleuve est en hausse et représentait 40 % du transport fluvial de marchandises en France en 2022 (Voies Navigables de France, 2022[10]). Enfin, l’eau de la Seine sert aussi à la production d’énergie dans le cadre de certains réseaux de chauffage et de climatisation qui revêtent une importance capitale pour les populations les plus vulnérables et l’offre de soins. L’eau potable représente 62 % des usages de l’eau dans la région, contre 28 % pour les activités économiques (dont l’industrie manufacturière) et l’énergie. La part des prélèvements destinés à l’irrigation est peu importante (Graphique 1.2).
Graphique 1.2. Usages de l’eau dans la région Île-de-France
Copier le lien de Graphique 1.2. Usages de l’eau dans la région Île-de-FrancePrélèvements d’eau annuels moyens 2018-22
Note : Tous les prélèvements ont été pris en compte hormis ceux des barrages, qui constitueraient 95 % des usages s’ils étaient comptabilisés, mais sont quasiment neutres en termes de consommation.
Source : Auteurs, d’après les données de la banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau (BNPE).
L’évolution démographique et l’urbanisation qu’elle a entraînée ont contribué à une baisse des volumes d’eau stockés dans les nappes souterraines. L’Île-de-France est la région française la plus densément peuplée et urbanisée. Elle abrite près de 19 % de la population du pays et sa densité démographique est dix fois supérieure à la moyenne nationale (INSEE, 2022[11]). L’accroissement démographique dans la région s’est accompagné d’un important étalement urbain en dehors des centres-villes (Institut Paris Région, 2021[12]), qui a favorisé l’artificialisation des sols et la diminution de leur perméabilité, perturbant la recharge des nappes phréatiques et l’écoulement naturel des eaux pluviales vers les cours d’eau. Le taux d’artificialisation des sols s’établit à 21 % à l’échelle de la région et atteint 84 % à Paris. Par comparaison, la moyenne nationale est de 9 % (Agreste, 2021[13]) (Graphique 1.3). Dans ces conditions, seuls 30 % des eaux pluviales s’infiltrent dans les sols, moins que dans les autres bassins hydrographiques français.1
Encadré 1.1. Ressources en eau de la région Île-de-France
Copier le lien de Encadré 1.1. Ressources en eau de la région Île-de-FranceLa région tire ses ressources en eau du bassin Seine-Normandie, qui s’étend sur 18 % du territoire métropolitain de la France et se compose de la Seine, de ses affluents (Yonne, Marne et Oise) et d’autres cours d’eau plus petits. La Seine prend sa source à environ 300 kilomètres de Paris, à une altitude de 446 mètres. Elle s’écoule sur 776 km en direction du nord-ouest pour se jeter dans la Manche. La Seine a joué un rôle central dans l’aménagement du territoire, le commerce et les activités industrielles et agricoles, et des industries de transformation (la pétrochimie, par exemple) et manufacturières (l’automobile, l’aéronautique, par exemple) se sont implantées le long de son cours. La région Île-de-France abrite 65 % de la population du bassin. Elle est constituée à 2.8 % de zones humides, qui jouent un rôle clé dans la régulation et la purification de l’eau.
Graphique 1.3. Occupation des sols et implantation des activités agricoles, industrielles et énergétiques tributaires de ressources en eau, ainsi que des usines de production d’eau potable
Copier le lien de Graphique 1.3. Occupation des sols et implantation des activités agricoles, industrielles et énergétiques tributaires de ressources en eau, ainsi que des usines de production d’eau potable
Source : Travaux des auteurs, d’après les données de la banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau (BNPE) et de la base de données CORINE Land Cover 2018.
Les masses d’eau du bassin Seine-Normandie sont soumises à des pressions significatives. Dans ce bassin, les ressources superficielles par habitant sont en moyenne moindres que dans les autres bassins hydrographiques français. Par conséquent, même si les prélèvements par habitant y sont généralement plus faibles que dans ces autres bassins (Tableau 1.1), les activités humaines y exercent une pression plus importante.
Tableau 1.1. Caractéristiques des bassins hydrographiques français et pression exercée sur les ressources en eau de surface
Copier le lien de Tableau 1.1. Caractéristiques des bassins hydrographiques français et pression exercée sur les ressources en eau de surfaceBassins Seine-Normandie, Adour-Garonne, Rhône Méditerranée et Loire-Bretagne (2020)
|
Bassin |
Seine-Normandie (région Île-de-France) |
Adour-Garonne |
Rhône-Méditerranée |
Loire-Bretagne |
|---|---|---|---|---|
|
Superficie (km2) |
94 500 |
117 650 |
130 000 |
155 000 |
|
Cours d’eau principal |
Seine |
Garonne |
Rhône |
Loire |
|
Débit moyen du cours d’eau principal (m3/second) |
480 |
830 |
1700 |
900 |
|
Pluviométrie moyenne (mm/an) |
800 |
750 |
850 |
900 |
|
Ruissellement moyen |
30 % |
38 % |
50 % |
n.d. |
|
Densité démographique (habitants/km2) |
199 (>800) |
75 |
112 |
83 |
|
Total des prélèvements (Mm3) |
2.7 |
1.85 |
4.4 |
1.87 |
|
Prélèvements par habitant (Mm3/habitant) |
0.13 |
0.26 |
0.28 |
0.14 |
|
Débit moyen par habitant (Mm3/s/habitant) |
26.3 |
118.6 |
109.7 |
69.2 |
Note : Dans le bassin Seine-Normandie, les ressources moyennes par habitant sont plus de quatre fois plus faibles que dans les bassins Adour-Garonne et Rhône-Méditerranée. Par conséquent, bien que le volume des prélèvements par habitant y soit moins élevé de moitié, les pressions exercées par les activités humaines y sont plus fortes.
Source : Auteurs, d’après les données de la banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau (BNPE) et des documents officiels relatifs aux bassins.
1.1.2. Le changement climatique augmentera le risque de sécheresses futures
La modification du climat a contribué à une hausse du risque de sécheresses dans la région. Si la pluviométrie annuelle moyenne a légèrement augmenté, la région se caractérise par une importante variabilité interannuelle des précipitations. En outre, depuis 1990, la température moyenne annuelle a progressé de plus de 2 °C, ce qui a favorisé une hausse de l’évapotranspiration et une baisse de 5 % de l’humidité moyenne des sols. La région a également connu 110 jours de sécheresse des sols par an en moyenne au cours de la période 1991-2020, soit plus de 20 % de plus que durant les trois décennies précédentes (Météo France, 2022[2]).
Si la région n’a plus connu de sécheresse aussi grave que celle de 1921, un tel événement deviendra probable à l’horizon 2050, et plus encore à l’horizon 2100, sous l’effet du changement climatique. Les projections relatives à l’évolution du climat francilien laissent entrevoir une baisse des précipitations en période estivale et une augmentation de l’évapotranspiration sous l’effet de la hausse des températures (Graphique 1.4). La plus forte variabilité du climat anticipée pourrait se traduire par des épisodes de précipitations plus intenses mais plus courts tout au long de l’année, lesquels sont moins propices à la recharge des nappes souterraines (Boé et al., 2018[14]). L’évapotranspiration, qui favorise l’assèchement des sols, devrait progresser de 16 % d’ici à 2050 et de 23 % d’ici à 2100 par rapport aux moyennes journalières de la période 1970-2000 (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2023[15]). Les effets conjugués du changement climatique entraîneront une diminution du débit des cours d’eau, de l’humidité des sols et du niveau des nappes phréatiques dans la région.
Graphique 1.4. Projections des écarts de température annuelle
Copier le lien de Graphique 1.4. Projections des écarts de température annuelleÉvolution par rapport à la période 1970-2010
Source : Auteurs, d’après les données de Météo France relatives aux scénarios climatiques RCP 4.5 et 8.5.
1.1.3. Les niveaux de sécheresse et les besoins en eau anticipés menacent la résilience de la région à la raréfaction de l’eau
L’Île-de-France jouit d’un approvisionnement en eau remarquablement résilient au climat. Dans le passé, les répercussions défavorables des sécheresses lui ont été épargnées grâce aux multiples infrastructures en place. Elle bénéficie de quatre grands lacs réservoirs qui assurent des débits suffisants en période de faibles précipitations. Lors de la sécheresse de 2022, ils ont ainsi assuré jusqu’à 50 % du débit de la Seine. Alors que le transport fluvial a été interrompu sur d’autres grands fleuves européens comme le Rhin, la navigation s’est poursuivie sur la Seine. En outre, une partie de la région bénéficie d’un réseau d’approvisionnement souterrain interconnecté alimenté par différentes sources superficielles et souterraines, qui assure la continuité de la distribution d’eau potable en cas d’incident ou d’interruption de la production d’origine naturelle ou humaine dans une ou plusieurs usines d’eau potable.
Toutefois, le développement socio-économique de la région Île-de-France pourrait s’accompagner d’une augmentation de la demande en eau. La région Île-de-France devrait connaître un accroissement de sa population de 5 % d’ici à 2050 par rapport à 2020 (INSEE, 2022[16]), de sorte que la demande en eau potable devrait augmenter. Dans l’agriculture, les besoins en eau pour l’irrigation devraient progresser de 45 % d’ici à 2050 pour permettre au secteur de faire face aux étés plus chauds et plus secs et d’assurer une production stable de fruits et légumes destinés à la consommation locale. Le développement de la production de froid via l’eau de Seine comme solution de climatisation pourrait également amplifier les pressions sur les ressources en eau. Parallèlement, le transport fluvial dans la région devrait doubler, voire tripler d’ici à 2050, et il sera d’autant plus important de maintenir les niveaux et débits d’eau nécessaires.
Alors que la région est susceptible de connaître des sécheresses plus sévères, le risque qu’elle ne puisse pas maintenir son niveau actuel de résilience à ces épisodes suscite des préoccupations grandissantes. Il a été estimé que, si une sécheresse équivalente à celle de 1921 devait se produire, les lacs ne se rechargeraient qu’à hauteur de 28 % de leur capacité (EPTB Seine Grands Lacs, 2021[1]). De plus, il serait nécessaire d’irriguer davantage les cultures en raison des niveaux potentiellement critiques d’humidité des sols, alors même que des restrictions frapperaient l’irrigation. La plupart des activités tributaires des cours d’eau seraient affectées, et jusqu’à 60 jours de restrictions pourraient être décrétés. De même, dans l’hypothèse où les tendances actuelles à l’épuisement des nappes souterraines se poursuivraient jusqu’en 2050 et 2100, des restrictions d’eau sévères pourraient s’appliquer jusqu’à une année entière durant aux activités qui dépendent de ces ressources. Ainsi, confrontée à la fois à de graves sécheresses et à une hausse de la demande en eau, la région pourrait ne plus avoir accès à des ressources en eau suffisantes et se retrouver en situation de raréfaction d’eau.
1.1.4. Les épisodes futurs de sécheresse peuvent entraîner d’importantes pertes économiques pour la région
Une sécheresse équivalente à celle de 1921 provoquerait d’importantes pénuries d’eau. Sur la base de la sécheresse de 1921, ce rapport propose trois scénarios de sécheresse induits par le changement climatique, caractérisés par les débits des cours d’eau, l’humidité des sols, la température des eaux de surface et le niveau des nappes souterraines dans la région (Tableau 1.2). Dans le scénario de base, les débits des cours d’eau correspondent à ceux de la sécheresse de 1921. Le scénario médian reflète la concomitance d’une sécheresse et d’une vague de chaleur en intégrant un facteur de température de l’eau élevée. Enfin, anticipant une aggravation du risque de sécheresses et de canicules à l’horizon 2100, le scénario défavorable table sur des débits des cours d’eau inférieurs de 20 % à ceux de 1921 et sur une hausse de 2 °C de la température de l’eau. En ce qui concerne l’humidité des sols, en l’absence de données pour 1921, il prend pour référence les valeurs enregistrées lors de la sécheresse agricole de 1976. Des projections du niveau des nappes souterraines ont été établies à 2050 pour les scénarios de base et médian, et à 2100 pour le scénario défavorable. Les répercussions économiques directes de ces trois scénarios de raréfaction de l’eau sont calculées pour les secteurs suivants : production d’énergie, transport fluvial, production et traitement de l’eau, agriculture, industrie et cadre bâti. Ces coûts directs sont ensuite entrés dans un modèle macroéconomique représentant les liens économiques entre les secteurs et les régions pour évaluer la propagation des répercussions économiques directes dans la chaîne de valeur économique.
Tableau 1.2. Caractéristiques des scénarios de sécheresse
Copier le lien de Tableau 1.2. Caractéristiques des scénarios de sécheresse|
Facteurs de raréfaction |
Scénario de base |
Scénario médian |
Scénario défavorable |
|---|---|---|---|
|
Débit des cours d’eau |
Sécheresse 1921 |
Sécheresse 1921 |
Débit réduit de 20 % par rapport à 1921 |
|
Humidité des sols |
Sécheresse 1976 |
Sécheresse 1976 |
Sécheresse 1976 |
|
Température de l’eau |
Médiane températures 2050 |
Dépassement de 25 °C pendant 2 mois |
Dépassement de 25 °C pendant 3 mois |
|
Niveau des nappes phréatiques |
Diminution de 6 % du niveau |
Diminution de 6 % du niveau |
Diminution de 12 % du niveau |
Note : Les scénarios ont été définis de façon à rendre compte d’éventuels épisodes extrêmes d’ici à 2050 et 2100 (scénario défavorable). La sécheresse de 2021 a été choisie comme référence pour le débit des cours d’eau parce que c’est l’un des épisodes extrêmes qui a été jugé plausible en 2050/2100 par (Boé et al., 2018[14]) dans les deux scénarios RCP 4.5 et RCP 8.5. En outre, c’est l’un des seuls scénarios pour lesquels on dispose de données prenant en considération les lacs réservoirs. Comme il n’existe pas de données sur l’humidité des sols dans ce scénario, des estimations des niveaux extrêmes d'humidité du sol ont été utilisées sur la base des niveaux observés lors de la sécheresse de 1976. Enfin, le niveau des nappes souterraines est modélisé à l’horizon 2050 comme l’extrapolation des tendances de diminution de niveau observées entre 2020 et 2022 (dernières données disponibles), soit une diminution de 6 % par rapport à 2020. La température des eaux de surface est définie comme le profil de température médian issu d’une modélisation pluriannuelle de température d’eau de Seine dans un scénario RCP8.5 à l’horizon 2050. Le deuxième scénario vise à isoler l’effet de la température de l’eau. Le scénario défavorable correspond à une aggravation des tendances à la raréfaction de l’eau dans le temps.
Source : travaux des auteurs, d’après les modélisations de (Boé et al., 2018[14]) et de la Caisse centrale de réassurance (CCR).
Sur la base de ces scénarios, il ressort de l’évaluation de l’impact économique présentée dans ce rapport qu’une sécheresse sévère survenant dans la région Île-de-France à l’horizon 2100 pourrait coûter jusqu’à 2.5 milliards EUR. Les coûts directs – découlant des restrictions d’usage de l’eau appliquées pour cause de faible débit des cours d’eau et de bas niveau des nappes phréatiques, ainsi que des pertes dues à la faible humidité des sols – s’échelonneraient de 966 à 1446 millions EUR et représenteraient jusqu’à 70 % du coût total pour la région (Tableau 1.3). Dans chacun des scénarios, près de la moitié des coûts seraient supportés par les industries manufacturières du fait des restrictions d’usage de l’eau faisant suite à l’épisode de sécheresse. Les coûts estimés pour le secteur agricole pourraient atteindre 220 millions EUR sous l’effet des restrictions d’irrigation et 146 millions EUR sous celui de la sécheresse des sols, les deux étant synonymes de manque à produire. La perturbation de la production d’énergie pour cause de réchauffement de l’eau représente un coût de 24 millions EUR en 2050 et 50 millions EUR en 2100. Enfin, au-delà des restrictions d’usage, la sécheresse des sols est à l’origine du phénomène de retrait des argiles, qui est responsable de dégâts structurels au cadre bâti estimés à environ 300 millions EUR dans chacun des scénarios. Pour des raisons qui tiennent aux données et à la méthodologie, l’impact de la raréfaction de l’eau sur la santé et la viabilité des écosystèmes n’est pas analysé. Dans le scénario de base, le coût est comparable à celui des dégâts occasionnés par les importantes inondations qui ont frappé la France en 2016 [1.4 milliard EUR (Fédération française de l'assurance, 2017[17])] et sont considérées comme les pires depuis 1982. Dans le scénario défavorable, le coût total pour la région est comparable à celui de la tempête Xynthia de 2010 (2.5 millions EUR (Association française de l'assurance, 2011[18])), l’une des pires catastrophes naturelles ayant frappé le pays au cours des dernières décennies.
Les modifications de la production et de la demande provoquées par les sécheresses se répercutent sur l’ensemble des chaînes de valeur économiques. Certaines activités économiques comme le transport routier, la distribution de biens et les banques ne sont pas forcément touchées directement par les situations de sécheresse, mais subissent indirectement un préjudice économique du fait de la baisse d’activité de leurs fournisseurs ou clients. Dans le même ordre d’idées, en se propageant le long de la chaîne de valeur, les perturbations économiques atteignent des acteurs extérieurs à l’Île-de-France et peuvent se faire ressentir dans les autres régions de France et d’Europe. En l’occurrence, on estime que ces coûts économiques supplémentaires varient entre 200 et 330 millions EUR dans les autres régions françaises et peuvent atteindre 170 millions EUR ailleurs dans l’UE.
Tableau 1.3. Répercussions économiques estimées d’une sécheresse majeure dans la région Île-de-France
Copier le lien de Tableau 1.3. Répercussions économiques estimées d’une sécheresse majeure dans la région Île-de-FranceMillions EUR
|
Scénarios de sécheresse |
|||
|---|---|---|---|
|
Scénario de base |
Scénario médian |
Scénario défavorable |
|
|
Coût économique total pour la région Île-de-France |
1 416 |
1 438 |
2 449 |
|
Coûts directs pour la région Île-de-France |
966 |
990 |
1 446 |
|
Coût total pour la France |
1 618 |
1 639 |
2 781 |
|
Coût total pour l’UE (hors France) |
102 |
101 |
172 |
Note : Les coûts représentent les pertes en valeur ajoutée exprimées en EUR de 2020. Le coût total comprend les coûts directs et indirects.
Source : Auteurs.
Les sécheresses ont également des répercussions sociales et environnementales, qui vont bien au-delà de leurs conséquences économiques. Les restrictions imposées aux usages domestiques et récréatifs de l’eau rejaillissent sur le bien-être des citoyens. En outre, les sécheresses réduisent la dilution des substances chimiques (par exemple, l’azote et le phosphore d’origine agricole et provenant des rejets d’eaux usées) et des composés organiques dans les masses d’eau, ce qui menace la santé des écosystèmes. L’augmentation de la pollution ou de la température des masses d’eau du fait de la baisse de leur niveau peut entraîner un manque d’oxygène et une toxicité accrue de l’eau. Cela met en péril le bon état écologique des masses d’eau et leur biodiversité aquatique, et risque de les rendre impropres à la production d’eau potable et aux usages récréatifs (baignade, par exemple). Les sécheresses peuvent en outre provoquer une dégradation des infrastructures vertes urbaines comme les parcs et jardins, qui jouent un rôle crucial dans la lutte contre les îlots de chaleur et dans la régulation des eaux pluviales, et qui contribuent à la santé publique. L’allocation des ressources en période de rareté de l’eau peut également être un motif de tensions avec les usagers de bassins extérieurs à la région Île-de-France ou entre les usagers urbains et les autres usagers du bassin, comme les agriculteurs, d’autant que la ville de Paris puise une partie de son eau potable en dehors de la région.
1.2. Cadre stratégique pour la gestion du risque de raréfaction de l’eau dans la région Île-de-France
Copier le lien de 1.2. Cadre stratégique pour la gestion du risque de raréfaction de l’eau dans la région Île-de-France1.2.1. Les stratégies de lutte contre les risques de raréfaction de l’eau résultant des sécheresses ont été sensiblement améliorées
Tous les principaux plans stratégiques nationaux considèrent la sécheresse comme un risque stratégique et une priorité d’action. Le risque de sécheresse a été largement reconnu dans les premiers plans nationaux d’adaptation de la France, donnant lieu à la première évaluation nationale du risque de sécheresse (Explore 2070). Le deuxième plan national d’adaptation, publié en 2018, a conduit à l’élaboration de la première stratégie nationale d’adaptation des ressources en eau au changement climatique (Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, 2018[19]), un accord multipartite visant à optimiser l’utilisation des ressources en eau grâce à une meilleure préservation et une utilisation plus rationnelle de l’eau, une meilleure allocation de l’eau, la mobilisation de ressources non conventionnelles et une eau de meilleure qualité. Celle-ci met en avant la nécessité de coordonner l’aménagement urbain et les schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux des bassins versants. De même, le plan Eau, élaboré au niveau national en 2023 préconise une réduction de 10 % des prélèvements d’eau à l’horizon 2030, en prônant la prise de mesures préventives comme la préservation de l’eau, l’utilisation rationnelle des ressources et le recours à des ressources en eau non conventionnelles (comme les eaux de pluie récupérées).
Au niveau régional, les documents stratégiques reconnaissent l’importance de la gestion des risques de sécheresse. La stratégie d’adaptation au changement climatique du bassin Seine-Normandie inclut des projections hydrologiques témoignant de possibles épisodes de sécheresse sévères et présente un ensemble de mesures préventives visant à renforcer la résilience face à la raréfaction de l’eau. Dans cette logique, la région Île-de-France a publié en 2022 un plan d’adaptation au changement climatique (Région Île-de-France, 2022[20]) qui reconnaît que la sécheresse constitue un risque pour les actifs construits et les écosystèmes de la région. La prévention des risques de sécheresse est une composante centrale de cette stratégie. De même, la Métropole du Grand Paris a élaboré son Plan Climat Air Énergie en 2018, qui met en lumière la vulnérabilité aux sécheresses des logements individuels due au retrait-gonflement des argiles, et prévoit de renforcer les connaissances relatives aux répercussions des sécheresses sur les écosystèmes et les actifs au niveau de la métropole (Métropole du Grand Paris, 2018[21]). Si la stratégie de résilience de la Ville de Paris désignait déjà la sécheresse comme un risque majeur, son prochain plan pour le climat (2024-30) accorde une importance prépondérante aux risques de raréfaction de l’eau, fixant des objectifs ambitieux en matière d’atténuation de ces risques et de réduction de la vulnérabilité face à ceux-ci. Le plan propose de réduire de 15 % les prélèvements d’eau à des fins de production d’eau potable d’ici à 2030 et d’optimiser la gestion des ressources en eau non conventionnelles comme les eaux de pluie, voire les eaux de piscines (Ville de Paris, 2023[22]).
1.2.2. Les stratégies existantes ne traduisent pas de vision à long terme fondée sur l’évaluation des risques de sécheresse
Il manque à toutes les stratégies une vision stratégique à long terme, ce qui est le reflet d’un manque de connaissances sur les risques de sécheresse. Les investissements et les changements comportementaux nécessaires en matière d’utilisation et de gestion des ressources en eau dans le contexte du changement climatique appellent une planification et une vision à long terme. Or, aucune stratégie ne se projette au-delà de l’horizon 2030. Cela s’explique en partie par l’absence de scénarios concernant le changement climatique dans les évaluations des risques de sécheresse. À ce jour, aucune évaluation n’a été réalisée pour déterminer si l’approvisionnement futur en eau sera suffisant pour répondre à la demande d’eau à long terme. Par conséquent, les compagnies des eaux, l’organisme chargé de gérer les cours d’eau ou toute institution tributaire des ressources en eau ignorent si elles seront exposées ou vulnérables aux sécheresses à l’avenir et dans quelle mesure. Pour établir ce type de pronostic, il faut disposer d’informations quantitatives, spatiales et temporelles sur la demande en eau. Des efforts sont déployés pour renforcer les connaissances sur les risques de sécheresse découlant du climat, un nouveau programme (Explore2) ayant été lancé en vue de fournir des données actualisées sur les projections hydrologiques afin d’effectuer des évaluations des risques.
Les stratégies pourraient être insuffisantes pour assurer la résilience au risque de raréfaction de l’eau. Au niveau national et du bassin versant, les objectifs fixés pour assurer la résilience à la raréfaction de l’eau sont la réduction de 10 % des prélèvements d’eau, l’optimisation des ressources et l’amélioration de la qualité de l’eau. Bien qu’il existe des normes de qualité de l’eau, il n’est pas certain qu’elles seront suffisantes pour assurer l’usage de l’eau en cas de diminution de la capacité de dilution des milieux aquatiques lors des sécheresses. En outre, si des stratégies visant à préserver la qualité de l’eau sont mises en œuvre depuis des décennies, la qualité de l’eau n’a pas connu l’amélioration escomptée (Agence de l'eau Seine Normandie, 2019[23]), ce qui soulève des doutes concernant les mesures proposées. De même, si la réduction de 10 % des prélèvements d’eau au niveau du bassin versant permet de réduire la vulnérabilité aux sécheresses, cet objectif n’est pas dérivé d’une évaluation des risques et ne correspond à aucun niveau de résilience précis. Par conséquent, malgré une réduction de cette ampleur des prélèvements d’eau, la région pourrait encore être soumise à des restrictions d’usage de l’eau dans le cas d’une sécheresse comparable à celle de 1921. Par ailleurs, si l’on examine des scénarios de statu quo tels que ceux utilisés pour l’évaluation des coûts économiques mentionnés ci-avant, l’objectif de réduction des prélèvements fixé dans les stratégies paraît extrêmement difficile à atteindre. La mesure dans laquelle les parties prenantes nationales et régionales sont disposées à accepter des restrictions liées à la sécheresse, c’est-à-dire les coûts sociaux et économiques que la région accepte d’encourir dans le cadre de différents scénarios de sécheresse, n’est pas abordée dans les différents plans et stratégies décrits ci-dessus.
1.2.3. Malgré une gouvernance intégrée robuste, une coordination sectorielle plus poussée est nécessaire pour favoriser l’alignement des politiques
Malgré une gouvernance intersectorielle, permettant la représentation de tous les acteurs de la société dans la gestion des ressources en eau, la prise en compte des enjeux liés à l’eau dans les politiques sectorielles reste un défi. La gouvernance de l’eau qui prévaut en France est de nature à favoriser la résilience face à la raréfaction de l’eau. Elle reconnaît le rôle de tous les secteurs et de toutes les parties prenantes en matière de gestion de l’eau, tous intéressés à la préservation des ressources. Néanmoins, le secteur agricole, par exemple, néglige largement la question de la raréfaction de l’eau, allant même jusqu’à promouvoir des pratiques contradictoires avec la préservation de l’eau (Cour des comptes européenne, 2021[24]). Au niveau régional, les politiques agricoles et l’ambition affichée de renforcer la sécurité alimentaire (Région Île-de-France, 2021[25]) pourraient entraîner une augmentation de 45 % des besoins en eau destinée à l’irrigation d’ici à 2050. Si la région Île-de-France, ainsi que la Ville de Paris, envisagent de mettre en place des stratégies en faveur de la mobilité verte et des énergies propres, elles ne semblent pas évaluer adéquatement les risques de raréfaction de l’eau. Par exemple, le renforcement des réseaux de froid comme source propre d’air conditionné pourrait ne pas être compatible avec la lutte contre la raréfaction future de l’eau. Aujourd’hui, les réseaux de froid de la Ville de Paris dépendent à 70 % de ressources provenant de la Seine (Ville de Paris, 2019[26]).
En outre, la région tirerait parti d’une plus grande coordination amont-aval, en particulier entre les zones urbaines et périurbaines du bassin Seine-Normandie. L’ensemble des stratégies et des plans régionaux ont l’ambition de renforcer la prévention de la raréfaction de l’eau exprimée dans le plan Eau défini au niveau national, mais ils diffèrent en termes de mesures selon le mandat des parties prenantes régionales. Par exemple, les administrations régionales supervisent les politiques environnementales et de développement économique et axent donc davantage leurs efforts sur la protection de la biodiversité que sur l’approvisionnement en eau, dont la gestion est assurée au niveau municipal. Étant donné que toutes les autorités locales ont la charge de la planification urbaine, il est important que les objectifs de gestion de l’eau fixés au niveau du bassin soient intégrés de manière coordonnée. À titre d’exemple, l’amélioration de la qualité de l’eau fait partie des objectifs à propos desquels les décisions prises par les municipalités en amont ont une incidence sur celles en aval, quels que soient leurs plans respectifs. De même, les stratégies aux niveaux national et du bassin versant visent une réduction de 10 % des prélèvements d’eau, ce qui nécessite une coordination afin de déterminer comment chaque municipalité doit contribuer à cet objectif tout en tenant compte de la solidarité amont-aval. À ce jour, aucun mécanisme de coordination ne permet d’assurer la complémentarité des documents stratégiques dans la région, de préserver la cohérence de la planification urbaine, de faciliter la coopération amont-aval et de hiérarchiser les actions menées au sein de la région.
1.3. Renforcer la résilience future aux sécheresses en adaptant la demande d’eau, l’approvisionnement en eau, et la qualité de l’eau
Copier le lien de 1.3. Renforcer la résilience future aux sécheresses en adaptant la demande d’eau, l’approvisionnement en eau, et la qualité de l’eauPour renforcer la résilience à la raréfaction de l’eau induite par la sécheresse, il faut combiner des mesures visant à gérer à la fois la demande et l’offre d’eau, ainsi qu’à améliorer la qualité de l’eau. Les mesures en rapport avec la demande d’eau visent à préserver l’eau ou à en rationaliser son utilisation (il peut s’agir de campagnes de sensibilisation visant à promouvoir des changements dans les modes d’utilisation de l’eau ou de mécanismes d’allocation de l’eau). Les mesures relatives à l’approvisionnement en eau visent à améliorer l’efficacité des usages existants ou à apporter des ressources supplémentaires, autres que les prélèvements. Enfin, améliorer la qualité de l’eau contribue à atténuer les risques de raréfaction de l’eau liés à une diminution de la capacité de dilution du milieu aquatique, qui pourrait entraîner des problèmes de pollution rendant difficile la pratique d’activités comme la baignade, la production d’eau potable ou la reproduction d’espèces de poissons, pour ne citer que celles-ci.
1.3.1. La réduction des prélèvements d’eau réduit les risques de raréfaction de l’eau découlant de la sécheresse
Par le passé, la région est parvenue à réduire les prélèvements d’eau. Les volumes totaux de prélèvements d’eau ont diminué de 14 % depuis 2012 (Graphique 1.5). La demande d’eau potable a diminué de 8 % entre 1998 et 2008, des écarts importants étant observés entre Paris (-32 %) et les territoires plus ruraux de la région, dont la consommation a augmenté (Agreste, 2011[27]). La consommation d’eau des ménages d’Île-de-France, qui est de 123 litres par personne et par jour, est désormais inférieure à la moyenne française et est relativement faible par rapport à celle des autres pays de l’OCDE. Le déclin des grandes industries sidérurgiques et chimiques de la région (Chevrot et al., 2018[28]) a entraîné une diminution annuelle moyenne de 14 % des prélèvements d’eau industriels entre 2015 et 2022. À l’inverse, l’augmentation des surfaces irriguées (7 %) (Agreste, 2022[29]) s’est traduite par un doublement des prélèvements destinés à l’irrigation entre 2012 et 2020.
Graphique 1.5. Tendances des prélèvements d’eau en Île-de-France
Copier le lien de Graphique 1.5. Tendances des prélèvements d’eau en Île-de-FranceVolumes prélevés chaque année entre 2012 et 2020 (en m3)
Source : Auteurs, d’après la banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau (BNPE).
Les objectifs du « Plan Eau » national visant à réduire encore les prélèvements d’eau pourraient s’avérer particulièrement ambitieux, étant donné les modes de consommation actuels. Pour traduire l’objectif de réduire de 10 % les prélèvements d’eau fixé par le plan national de l’eau en objectifs sectoriels, il faut réduire les prélèvements d’eau potable de 14 % d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2022, un taux qui dépasse largement les tendances historiques (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2023[15]). Les prélèvements d’eau industriels devraient diminuer de 4 %, alors que la France a l’ambition de réindustrialiser le pays. Enfin, les prélèvements d’eau à des fins d’irrigation doivent se maintenir à un niveau constant, ce qui s’apparent à un défi alors que les politiques relatives au changement climatique et à la sécurité alimentaire devraient entraîner une augmentation des besoins dans un secteur où la consommation d’eau est aujourd’hui marginale (Graphique 1.6).
Graphique 1.6. Tendances des prélèvements d’eau agricoles à des fins d’irrigation dans la région Île-de-France
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Note : La part des prélèvements à des fins d’irrigation exclut les usages liés à l’énergie et aux canaux.
Source : Auteurs, d’après les données de la banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau (BNPE).
1.3.2. Les mesures axées sur la gestion de la demande ont contribué à réduire les prélèvements d’eau, mais leur potentiel pourrait être davantage exploité
Les mesures de sensibilisation pourraient être renforcées
Les mesures de sensibilisation devraient être axées sur la réduction à long terme de la consommation d’eau. Des services de suivi des risques de sécheresse, comme VigiEau,2 ont été créés en vue de renforcer la préparation des citoyens en cas de sécheresse et de communiquer sur les mesures et risques associés. Le ministère de l’Environnement a élaboré une campagne de communication intitulée « Chaque geste compte, préservons nos ressources » afin d’aider les parties prenantes locales et les compagnies des eaux dans leurs efforts de sensibilisation aux risques de sécheresse et d’approfondir les connaissances sur les moyens de réduire la consommation d’eau.3 Néanmoins, ces mesures ont été axées sur l’anticipation et la gestion des crises. D’autres mesures, telles que les labels relatifs aux économies d’eau attribués aux appareils ménagers, devraient être renforcées afin de permettre aux consommateurs de faire des choix informés. Cette mesure pourrait permettre de réduire de 22 % (Ademe, 2021[30]) la consommation d’eau des ménages dans la région et favoriser davantage l’innovation en matière de conception des produits. Les mesures visant à former les agriculteurs à l’utilisation de cultures économes en eau, comme le plan « Enseigner à produire autrement », constituent des pistes prometteuses en vue de réduire encore les prélèvements d’eau dans l’avenir.
Les prix de l’eau n’en reflètent pas la rareté, mais leur augmentation pourrait ne pas être efficace et s’avérer difficile.
Les prix de l’eau potable dans la région Île-de-France sont peu élevés et n’en reflètent pas la rareté. De manière générale, en France la part du budget de consommation des ménages consacrée à l’eau est relativement modeste, et moitié moindre que dans de nombreux pays européens (Graphique 1.7). Le coût de l’eau potable varie à travers la région, les prix étant particulièrement bas dans le centre de Paris et supérieurs à la moyenne nationale dans d’autres villes de la région. Les prix actuels de l’eau potable pour les consommateurs sont établis de manière à couvrir les coûts des compagnies des eaux, mais n’ont pas été fixés de manière à refléter la rareté de l’eau.
Graphique 1.7. Dépenses de consommation des ménages consacrées à l’approvisionnement en eau en proportion des dépenses de consommation totales des ménages dans une sélection de pays européens et partenaires
Copier le lien de Graphique 1.7. Dépenses de consommation des ménages consacrées à l’approvisionnement en eau en proportion des dépenses de consommation totales des ménages dans une sélection de pays européens et partenairesMoyenne en % sur la période 2018-22
Source : Auteurs, d’après des données d’Eurostat. Le total des dépenses des ménages couvre 12 catégories de dépenses comme les loisirs, les transports, la santé, l’éducation, l’ameublement, le logement (eau et énergies comprises) et les boissons, entre autres.
Bien que les prix de l’eau potable soient relativement bas, il est peu probable que leur augmentation entraîne des économies d’eau. Étant donné que la région se caractérise par une population essentiellement urbaine dont les niveaux de consommation d’eau sont déjà inférieurs à la moyenne, la hausse des prix de l’eau pourrait ne pas être une mesure efficace pour réduire la demande d’eau potable. En outre, les tarifs de l’eau sont les plus faibles dans les départements les plus riches de la région. Par conséquent, là où il est possible d’augmenter les prix de manière significative, c’est là aussi que l’élasticité des prix est en théorie la plus faible (Graphique 1.8). Enfin, l’installation de compteurs, qui pourrait permettre aux ménages de mieux comprendre leur consommation individuelle et ainsi être incités à réduire leur consommation dans un souci d’économies financières, reste rare dans la région.
Graphique 1.8. Tarifs de l’eau pour les différents groupes de revenu et départements de la région parisienne et de France
Copier le lien de Graphique 1.8. Tarifs de l’eau pour les différents groupes de revenu et départements de la région parisienne et de France
Note : Chaque point représente un département de la région Île-de-France.
Source : Auteurs, d’après les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et du système d’information des services publics d’eaux et d’assainissement (SISPEA).
Les prix de l’eau pour l’agriculture et l’industrie manufacturière ne reflètent pas non plus la rareté de l’eau, mais les augmenter serait complexe. Le prix de l’eau servant à l’irrigation est plus élevé dans la région Île-de-France que dans d’autres bassins versants de France (Graphique 1.9), excepté pour l’irrigation par gravité, qui est très peu pratiquée dans la région. Néanmoins, les prix de l’eau restent trop bas pour inciter les agriculteurs à se tourner vers des cultures moins gourmandes en eau ou à réduire la superficie des surfaces irriguées. Dans le secteur manufacturier, les prix ne sont pas fixés de manière à favoriser la préservation de l’eau ou son utilisation rationnelle. Néanmoins, pour que les augmentations de prix dans le secteur agricole aient une incidence sur la demande d’eau, il faudrait qu’elles soient significatives (jusqu’à un décuplement des prix) et poseraient des problèmes d’acceptabilité.
Graphique 1.9. Prix de l’eau pour les secteurs agricole et de l’industrie manufacturière en Île-de-France par rapport aux autres bassins versants de France
Copier le lien de Graphique 1.9. Prix de l’eau pour les secteurs agricole et de l’industrie manufacturière en Île-de-France par rapport aux autres bassins versants de France0.01 EUR/m3, 2022
Source : Auteurs, d’après des données des différentes agences de l’eau.
Les mécanismes d’allocation de l’eau ont été utilisés pour limiter l’utilisation de l’eau uniquement lors de la gestion de sécheresses.
Le régime d’allocation de l’eau en vigueur dans la région Île-de-France ne restreint que très peu les prélèvements, sauf en cas de sécheresse. En règle générale, l’allocation de l’eau dans le bassin de la Seine-Normandie s’effectue sur de longues périodes, sans restriction, si l’utilisateur peut démontrer, sur la base d’une évaluation environnementale, qu’il n’y aura pas d’incidences négatives sur les ressources et les écosystèmes.4 Des restrictions ne sont appliquées qu’en cas de sécheresse. Les arrêtés départementaux liés à la sécheresse (Ministère de la Transition Ecologique et de la Cohésion des Territoires, 2023[31]) réglementent ensuite l’allocation de l’eau en fonction des utilisations prioritaires. Ils établissent un système de restrictions progressives allant de la sensibilisation aux interdictions de prélèvement, en vue d’éviter une pénurie d’eau potable et la dégradation des écosystèmes. En vertu de ces restrictions, le secteur agricole, par exemple, pourrait être invité à réduire jusqu’à 50 % ses prélèvements afin d’économiser l’eau, tandis que les particuliers ne subiraient aucune restriction en matière d’utilisation de l’eau potable.
Des initiatives prometteuses visant à réduire à long terme les prélèvements d’eau sont en cours aux niveaux régional et national. À titre d’exemple, l’association Aqui'brie gère un aquifère qui fournit de l’eau potable à près de 10 % des habitants de la région, ainsi que de l’eau destinée à l’irrigation et à l’industrie. Alors que le niveau de l’aquifère diminuait, cette association a été créée pour assurer une gestion conjointe et durable des prélèvements, s’appuyant sur des modèles scientifiques et rassemblant les utilisateurs des services des eaux, ainsi que les secteurs de l’agriculture et de l’industrie, afin de réduire les prélèvements d’eau collectivement et de manière constante au fil du temps. Au niveau national, de nouvelles dispositions réglementaires ont été adoptées pour inciter les entreprises à réduire leur consommation d’eau en assouplissant les restrictions d’eau auxquelles elles sont soumises en période de sécheresse. Enfin, une initiative nationale favorise les mécanismes de partage de l’eau par l’intermédiaire d’associations d’agriculteurs (organismes uniques de gestion collective) ou, plus récemment, de projets territoriaux collaboratifs (projets de territoire de gestion de l’eau). Les associations d’agriculteurs peuvent distribuer des droits de prélèvements d’eau en se fondant sur leurs propres critères d’allocation (Cinotti, Galtier and Granger, 2020[32]). Dans le cas des projets territoriaux, les usagers de l’eau doivent apporter la preuve qu’ils prennent en compte les effets du changement climatique dans leurs trajectoires de consommation d’eau.
Compte tenu du caractère ambitieux des objectifs fixés pour l’irrigation, il est nécessaire de déployer des efforts considérables pour allouer de manière durable les permis d’utilisation de l’eau existants dans le secteur agricole. Bien que le secteur devrait maintenir à niveau les volumes d’eau utilisée à des fins d’irrigation, la région Île-de-France entend renforcer la sécurité alimentaire (Région Île-de-France, 2021[25]), laissant penser que les besoins en eau d’irrigation augmenteront. En outre, si les conditions climatiques s’aggravaient, cela pourrait faire également augmenter les besoins d’irrigation. Par conséquent, lorsque les permis de prélèvement d’eau sont répartis entre les agriculteurs par le biais d’une association d’agriculteurs, celle-ci pourrait promouvoir un système qui récompense ceux qui adoptent des pratiques propices à la préservation de l’eau et à l’optimisation des ressources ou qui favorisent la réduction à long terme des prélèvements d’eau. De même, l’inclusion de trajectoires de préservation de l’eau à long terme dans les demandes de permis d’utilisation d’eau pourrait devenir obligatoire. Enfin, les restrictions liées à la sécheresse peuvent être encore modifiées pour inciter les usagers à réduire leur consommation d’eau. Cela suppose de passer d’un modèle statique d’allocation de l’eau à un modèle qui encourage les comportements vertueux, favorisant ainsi une culture de l’innovation et de la résilience au sein du secteur agricole.
Il est possible d’accroître le taux d’adoption des dispositifs domestiques permettant d’économiser de l’eau
Malgré les avantages potentiels des technologies permettant d’économiser l’eau, leur adoption reste limitée dans la région Île-de-France. Par exemple, des initiatives comme la distribution de kits d’économie d’eau visent à réduire la consommation d’eau potable (comme celle provenant des robinets) sans que cela nuise au confort des usagers. Bien que ces technologies permettent de réaliser des économies d’eau estimées à 10 % en moyenne (Ville de Paris, 2013[33]), leur adoption reste limitée dans la région. L’une des raisons invoquées est le manque de durabilité de ces solutions, car les usagers sont susceptibles ne pas remplacer leur équipement, voire simplement de ne pas installer les solutions. Il semble donc nécessaire de mieux faire connaître ces technologies et de mettre en place des incitations financières ou réglementaires pour promouvoir leur adoption.
1.3.3. La poursuite des investissements dans les mesures relatives à l’approvisionnement en eau sera un élément important de la résilience face aux sécheresses
Si les infrastructures fluviales ont contribué de manière significative à la résilience de la région, leur efficacité pourrait être compromise par la sévérité des sécheresses futures
L’Île-de-France est dotée d’un réseau solide d’infrastructures fluviales, qui joue un rôle crucial en veillant à ce que le débit et le niveau d’eau des principaux cours d’eau soient adéquats. La région dispose de quatre lacs-réservoirs qui offrent une importante capacité de stockage de l’eau. En régulant les débits et les niveaux d’eau, ils contribuent à garantir l’approvisionnement en eau potable et en eau à usage industriel, agricole et énergétique pendant les périodes de rareté de l’eau. Ils jouent également un rôle important dans la gestion des risques d’inondation (OCDE, 2014[34]). La capacité volumétrique des lacs est équivalente à 71 % des prélèvements annuels d’eau dans la région Île-de-France. L’eau stockée est libérée chaque année du mois de juin à la fin du mois d’octobre, et peut contribuer à hauteur de 70 % aux débits fluviaux pendant l’été (AESN ; DRIEE, 2016[35]). Les barrages mobiles installés le long des cours d’eau permettent de réguler les niveaux d’eau tout au long de l’année, garantissant ainsi la navigabilité sur les cours d’eau tout en permettant de gérer les risques d’inondation pendant les périodes de fortes pluies. D’après les scénarios de l’OCDE, y compris dans le scénario défavorable de raréfaction de l’eau, les débits seront suffisants pour maintenir les niveaux d’eau nécessaires à la navigation sur la Seine, ce qui donne à penser que le secteur du transport fluvial est particulièrement résilient à la raréfaction de l’eau.
Il est difficile d’utiliser les lacs-réservoirs pour gérer à la fois la raréfaction accrue de l’eau et le risque prononcé d’inondations. Jusqu’à une date récente, les lacs-réservoirs étaient essentiellement utilisés pour gérer les risques d’inondation tout au long de l’année, selon une stratégie consistant à libérer l’excédent d’eau de manière ponctuelle et à utiliser la capacité de stockage pour atténuer les risques d’inondation en cas de fortes pluies. L’organisme assurant la gestion des réservoirs (l’« Établissement public territorial du bassin (EPTB) ») est de plus en plus conscient de la nécessité de gérer ces lacs de manière à accroître la capacité de stockage de l’eau afin de faire face aux sécheresses. Toutefois, compte tenu de l’augmentation du risque d’inondation en hiver, permettre le stockage de l’eau à plus long terme afin de contribuer à lutter contre la sécheresse estivale suppose un arbitrage important. La création de nouvelles infrastructures lacustres pour augmenter la capacité de stockage n’est pas considérée comme une initiative efficace en matière de gestion de la sécheresse, notamment en raison des inquiétudes existantes liées à la possibilité de remplir les réservoirs déjà existants à l’avenir.
L’approvisionnement en eau potable repose sur des réseaux et des stratégies de distribution robustes
Les infrastructures d’eau potable sont résilientes à la raréfaction de l’eau. Dans la région, les pertes moyennes d’eau du réseau s’élèvent à environ 10 % (SISPEA, 2021[36]), ce qui est bien au-dessus des moyennes nationale (20 %) et européenne (23 %) (EurEau, 2021[37]). Les opérateurs d’eau sont fermement déterminés à entretenir et à améliorer cette performance et réalisent des investissements importants à cette fin. En outre, certains d’entre eux ont mis en place des interconnexions pour s’assurer un soutien mutuel en période de raréfaction de l’eau (Aquavesc, SEDIF, Sénéo, Ville de Paris, 2020[38]). Parmi eux, la régie de la ville de Paris (Eau de Paris) dispose de diverses ressources en eau souterraines situées en dehors de la région, et stocke au total deux fois les besoins en eau potable de Paris.
Si les performances des réseaux publics de distribution d’eau sont généralement excellentes, il existe des disparités entre les communes et davantage pourrait être fait sur les réseaux privés. Les systèmes d’alerte fuites mis en place sur les réseaux privés de la région par les opérateurs d’eau ont apporté la preuve qu’il était possible de faire des économies d’eau considérables. La généralisation de ces efforts pourrait permettre de réaliser des économies d’eau importantes et de réduire les factures d’eau des ménages, des entreprises ou des administrations publiques. Par ailleurs, si les performances des réseaux publics sont généralement excellentes, il existe des disparités entre les communes, certaines zones rurales étant équipées de réseaux de canalisation plus anciens et moins bien entretenus. Par conséquent, bien que les quatre réseaux de distribution situés dans la zone interconnectée affichent un ratio de performance supérieur à 90 %, 25 % des réseaux communaux dans la région ont un ratio de performance inférieur à 77 % et donc à la moyenne nationale (Graphique 1.10). Améliorer de 10 % les performances de ces réseaux peut contribuer à la réalisation d’économies d’eau significatives (près de 12 % des économies d’eau requises par le plan national de l’eau).
Graphique 1.10. Performance des réseaux de distribution d’eau des communes de la région Île-de-France
Copier le lien de Graphique 1.10. Performance des réseaux de distribution d’eau des communes de la région Île-de-FranceRatio des volumes consommés par rapport aux volumes distribués dans les communes de la région, de France et pour les pays européens en 2021
Note : La performance moyenne des réseaux de distribution municipaux de la région est inférieure à la performance moyenne de la région. Cet écart s’explique par la méthode de calcul employée, la performance moyenne de la région correspondant au ratio des volumes totaux consommés dans la région par rapport aux volumes totaux distribués. Les données fournies dans ce graphique accordent le même poids aux réseaux de distribution des zones rurales de petite taille et à ceux de la zone interconnectée, ce qui explique que la performance moyenne des réseaux de distribution municipaux de la région soit plus faible.
Source : Auteurs, d’après des données du SISPEA.
Les solutions fondées sur la nature progressent, mais leur adoption nécessite des connaissances plus approfondies
Des solutions fondées sur la nature contribuant à la rétention d’eau sont progressivement mises en œuvre dans la région Île-de-France. La protection des zones humides et des zones forestières peut accroître la capacité de stockage de l’eau en améliorant l’humidité des sols et la recharge des nappes phréatiques et peut éviter le ruissellement de l’eau (Office français pour la biodiversité, 2012[39]). Dans les villes, la végétalisation et la désimperméabilisation peuvent réduire considérablement l’effet d’îlot de chaleur urbain et limiter ainsi l’augmentation de la consommation d’eau potable observée pendant les vagues de chaleur. La restauration de la biodiversité, y compris la protection des zones humides, le boisement et les infrastructures urbaines vertes font partie des mesures prioritaires mises en œuvre par l’agence de l’eau Seine-Normandie (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2022[40]). Un programme prévoit de protéger 1000 hectares de terrains urbains abandonnés d’ici 2025 et de soutenir la plantation de 2 millions d’arbres à l’horizon 2030 (Région Île-de-France, 2022[41]). De même, la Métropole du Grand Paris a créé un fonds pour la biodiversité aux objectifs ambitieux afin de financer les opérations de plantation d’arbres, le comblement des lacunes écologiques, ainsi que la désimperméabilisation et la végétalisation des espaces. Par le biais d’appels à projets, la Métropole du Grand Paris promeut également des solutions innovantes afin de les intégrer dans la planification urbaine. Enfin, la ville de Paris a élaboré une stratégie en faveur de la biodiversité visant à réduire les taux d’évaporation de l’eau et les besoins en eau de la végétation en procédant à une sélection cohérente des espèces. Cette stratégie met également en avant l’importance de la désimperméabilisation (Ville de Paris, 2018[42]).
Pour exploiter pleinement le potentiel des solutions fondées sur la nature, il faut cartographier les écosystèmes et leurs services. Des études ont été réalisées afin d’évaluer le potentiel de désimperméabilisation des espaces publics dans la ville de Paris en vue d’accroître la capacité naturelle de stockage des eaux souterraines (APUR, 2023[43]). Compte tenu des coûts que représente la désimperméabilisation, la priorité devrait être donnée aux zones où le stockage permettra d’atténuer efficacement les risques de raréfaction de l’eau, c’est-à-dire aux endroits où l’infiltration peut effectivement conduire à une augmentation du stockage. Des études similaires sont actuellement menées pour évaluer les possibilités de végétaliser des cours d’eau et des zones humides. Néanmoins, à peine 10 % des zones humides sont actuellement cartographiées et remplissent donc les conditions requises pour bénéficier d’une protection (DRIEAT, 2020[44]). Connaître l’état des zones tampons permettrait d’identifier les zones qui disposent de la plus grande capacité de stockage d’eau et donc de soutien pendant les périodes de faible débit en été, et qui doivent être préservées en priorité. Une analyse à l’échelle du bassin versant pourrait aider à recenser les zones où investir stratégiquement dans des solutions fondées sur la nature pour générer des avantages en matière de sécurité hydrique.
Le recours aux ressources en eau non conventionnelles pourrait grandement contribuer améliorer l’efficacité d’utilisation de l’eau.
La réutilisation de l’eau est envisagée de plus en plus sérieusement dans la région. L’agence de l’eau Seine-Normandie finance des projets de réutilisation des eaux usées en circuit fermé afin de réduire les prélèvements d’eau industriels ou pour répondre aux besoins énergétiques des infrastructures. Compte tenu de la poussée actuelle en faveur de la réindustrialisation du pays, la réutilisation de l’eau sera particulièrement importante. De même, dans la région, l’utilisation de l’eau de pluie est autorisée pour toutes les activités extérieures, les chasses d’eau, le lavage des sols et la lessive. Pour les particuliers, la région Île-de-France subventionne à hauteur de 50 % l’installation de collecteurs d’eau en vue d’un usage sanitaire ou de l’arrosage d’un jardin (Région Île-de-France, 2022[45]). La Ville de Paris sensibilise les habitants à la possibilité de récupérer l’eau de pluie, notamment en vue de l’arrosage des jardins partagés ou de la végétation. Elle oblige également les promoteurs immobiliers à installer des collecteurs d’eau de pluie pour l’arrosage des espaces associés aux bâtiments et à des fins sanitaires. En outre, des projets de réutilisation des eaux de drainage et des eaux des piscines ont été lancés dans la région et font actuellement l’objet d’études approfondies. Le volume potentiel de l’eau des piscines parisiennes pourrait représenter à lui seul 16 % des volumes d’eau non potable utilisés par la ville (APUR, 2022[46]). En revanche, la région ne dispose pas d’infrastructures de récupération des eaux usées ou grises.
La réutilisation de l’eau pourrait constituer une piste intéressante pour les nouveaux bâtiments, en fonction de son rapport coût-efficacité. L’installation dans les bâtiments existants de systèmes de collecte des eaux pluviales afin de stocker et de réutiliser ces ressources peut être complexe et coûteuse, ce qui a entravé leur adoption. Dans les nouvelles constructions, en particulier dans les zones moins denses, la collecte de l’eau de pluie peut être facilement intégrée aux infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement. En ce qui concerne les eaux des piscines et d’exhaure, les rapports coûts-bénéfices varient en fonction des utilisations finales et le déploiement des infrastructures nécessaires à l’utilisation de ces ressources nécessite une analyse au cas par cas, comme celle fournie par l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) (APUR, 2013[47]). Enfin, si les eaux usées traitées ne sont pas adaptées à une réutilisation par les ménages, elles pourraient être utilisées pour l’irrigation.
Lever les obstacles réglementaires peut favoriser la mise en œuvre de mesures de réutilisation de l’eau. La réglementation en vigueur, en particulier en ce qui concerne la réutilisation des eaux grises, entrave les investissements dans l’amélioration des technologies connexes. La réutilisation des eaux grises est actuellement soumise à la réglementation sur les eaux usées traitées, ce qui limite leur utilisation à l’irrigation et à l’arrosage des espaces verts après qu’elles ont fait l’objet d’un traitement adéquat, principalement pour des raisons sanitaires. Par conséquent, malgré les exemples provenant d’Espagne et du Japon qui démontrent le potentiel des eaux grises en matière de préservation de l’eau domestique traditionnellement utilisée pour l’assainissement, elles ne peuvent actuellement pas être intégrées dans des projets de construction privés. Ces restrictions s’appliquent également à la réutilisation des eaux de pluie, les cadres réglementaires en vigueur ne fournissant que des orientations ou une assistance minimale. En 2022, la législation a été modifiée afin de rationaliser les procédures et de faciliter la réutilisation des eaux usées en éliminant les obstacles réglementaires tels que les évaluations, les processus d’autorisation et des normes spécifiques de qualité des eaux usées, sous certaines conditions. Des efforts supplémentaires doivent être déployés pour favoriser une adoption à plus grande échelle des pratiques de réutilisation de l’eau.
Lors de la mise en œuvre des mesures de réutilisation de l’eau, il est essentiel d’éviter de créer par inadvertance une maladaptation. Les infrastructures grises visant à favoriser la réutilisation de l’eau sont souvent présentées comme un moyen efficace d’atténuer les risques de raréfaction de l’eau et s’inspirent de pratiques en vigueur dans le monde entier. Toutefois, la réutilisation de l’eau pourrait avoir un impact négatif sur les débits de la Seine, car le déversement des eaux usées traitées peut contribuer à hauteur de 70 % au débit du fleuve pendant les périodes où le niveau de l’eau est bas. Par conséquent, détourner cette eau pour la réutiliser pourrait réduire considérablement le débit du fleuve.
Outre la réutilisation de l’eau, d’autres ressources non conventionnelles peuvent être envisagées, qui présentent un toutefois un risque important de maladaptation. Si les réservoirs d’eau sont considérés comme un moyen d’atténuer la raréfaction de l’eau, ils peuvent également avoir des répercussions négatives sur les ressources en eau et l’environnement en réduisant les débits fluviaux et les débits d’étiage (Carluer N., 2017[48]). L’agence de l’eau Seine-Normandie adopte une approche prudente, ne donnant son aval concernant ce type d’infrastructure que dans des cas spécifiques et que lorsque la réduction à long terme des prélèvements d’eau peut être démontrée. Cette stratégie prudente contribue à éviter une plus grande dépendance à l’égard de l’eau et, une vulnérabilité accrue à la raréfaction de l’eau, ainsi qu’à toute maladaptation potentielle. Les transferts d’eau entre bassins versants s’accompagnent de risques semblables.
1.3.4. Les mesures liées à la qualité de l’eau n’ont pas atteint leurs objectifs
Garantir la qualité de l’eau est un élément essentiel de l’adaptation aux sécheresses futures. La qualité des ressources en eau de l’agglomération parisienne est dégradée par les pollutions diffuses d’origine agricole (azote, phosphore, pesticides) et par les pollutions d’origine urbaine. Des mesures comme la réglementation des niveaux de pollution de l’eau ou des incitations financières en faveur des pratiques agricoles durables sont essentielles pour éviter la raréfaction de l’eau induite par une moindre capacité de dilution en cas de sécheresse. Toutefois, même sans tenir compte des répercussions du changement climatique, les mesures existantes se sont avérées insuffisantes pour garantir la qualité de l’eau sur le bassin versant, 41 % des eaux de surface et 30 % des ressources en eau souterraines ayant été jugées de bonne qualité en 2019 (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2022[40]), les résultats étant encore plus mauvais dans la région Île-de-France (Graphique 1.11).
Graphique 1.11. Qualité de l’eau des cours d’eau du bassin Seine-Normandie et de la région Île-de-France en 2019
Copier le lien de Graphique 1.11. Qualité de l’eau des cours d’eau du bassin Seine-Normandie et de la région Île-de-France en 20192019
1.3.5. Les mesures de résilience à la raréfaction de l’eau doivent être adaptées aux types d’usagers
Il est important de comprendre le profil des usagers de l’eau pour concevoir des mesures adaptées et efficaces de résilience à la raréfaction de l’eau. Compte tenu de l’objectif ambitieux de réduction de consommation d’eau pour la région, tous les types d’usagers de l’eau devront contribuer proportionnellement à leurs capacités. Pour que les mesures soient adoptées efficacement, il est donc important d’évaluer précisément le niveau d’effort que l’on peut attendre de chaque usager, qui dépend notamment des efforts de réduction de la consommation d’eau déjà consentis par le passé, mais aussi de ses besoins et de sa consommation actuelle. Par exemple, face à l’accroissement des besoins induit par les conditions climatiques et les stratégies alimentaires mises en place dans la région, le secteur agricole pourrait ne pas être en mesure de maintenir les prélèvements pour l’irrigation à un niveau constant d’ici 2030, comme prescrit par l’agence de l’eau Seine-Normandie. Pour faire face à la demande future d’eau dans le secteur tout en maintenant les prélèvements d’eau à un niveau constant par rapport à ceux de 2022, il se peut que le secteur agricole doive recourir à la réutilisation de l’eau pour satisfaire une partie de ses besoins d’irrigation, utiliser des équipements économes en eau et envisager de changer de type de culture ou de réduire la superficie des surfaces irriguées afin d’économiser de l’eau.
Toutefois, la région ne dispose que d’une connaissance limitée des modes de consommation d’eau de chaque type d’usager. Il n’existe actuellement pas de données sur la consommation d’eau de chaque type d’usager, car il n’existe peu de compteurs individuels dans la région. La plupart des études réalisées portent sur un périmètre très spécifique d’usagers domestiques et ne rendent pas compte de la diversité des usages de l’eau potable (par exemple : les usages des administrations, des entreprises, des hôtels, des habitants des zones rurales ou des zones urbaines, etc.). Si les volumes annuels consommés sont connus, il n’existe pas de données granulaires permettant d’évaluer les utilisations effectives faites par les secteurs de l’agriculture et de l’industrie. Enfin, en dessous d’un certain volume, les prélèvements d’eau ne font l’objet d’aucune déclaration.
1.4. Financement des mesures de réduction des risques de raréfaction de l’eau dans un contexte de changement climatique
Copier le lien de 1.4. Financement des mesures de réduction des risques de raréfaction de l’eau dans un contexte de changement climatiqueLa région n’est pas dotée d’une stratégie de financement reposant sur une évaluation des besoins en vue de renforcer la résilience face à la raréfaction de l’eau. En l’absence d’objectif de résilience précis, il est difficile de déterminer avec précision quels sont les besoins financiers. Toutefois, le plan d’action figurant dans le plan Eau fait état de la nécessité d’accroître les financements publics, ainsi que les efforts déployés visant à attirer les investissements privés, mettant ainsi en évidence qu’un effort financier collectif est indispensable. En outre, si la réduction de la consommation d’eau est bénéfique à sa préservation, elle met en péril la stabilité financière des opérateurs d’eau qui dépendent de la tarification de l’eau. Ces recettes sont essentielles au financement de la modernisation des infrastructures et aux initiatives en faveur de la résilience. De même, les systèmes de compensation financière tels que l’assurance nationale contre les catastrophes naturelles (CatNat), qui couvrent les dommages causés aux bâtiments liés au phénomène de retrait-gonflement des argiles, sont confrontés à des problèmes de soutenabilité financière.
Compte tenu des besoins financiers, il est essentiel d’identifier des sources de financements. Ces sources pourraient provenir de fonds existants ou de nouveaux canaux. Premièrement, intégrer les risques de raréfaction de l’eau dans les fonds existants, comme le Fonds de prévention des risques naturels majeurs et le Fonds vert, pourrait renforcer les synergies entre les efforts de prévention des inondations et ceux visant l’amélioration de la résilience à la raréfaction de l’eau, avec à la clé d’importantes retombées bénéfiques. En effet, le financement de mesures de résilience à la raréfaction de l’eau pourrait contribuer à atténuer les risques d’inondation. Par ailleurs, l’alignement des instruments financiers comme les fonds européens agricoles sur des pratiques en matière d’eau durables pourrait permettre d’allouer efficacement des ressources pour renforcer la résilience à la raréfaction de l’eau. Enfin, explorer de nouvelles sources de revenus, comme les paiements pour services écosystémiques, l’augmentation de la tarification volumétrique de l’eau, l’introduction de charges fixes au service du renforcement de la résilience ou l’imposition de redevances au titre de la pollution de l’eau, pourrait renforcer la résilience financière face aux risques de raréfaction de l’eau. En outre, en complément de ces ressources supplémentaires, il est essentiel d’encourager les investissements du secteur privé dans la résilience à la raréfaction de l’eau et de favoriser une culture de la gestion des risques liés à l’eau.
Encadré 1.2. Recommandations
Copier le lien de Encadré 1.2. RecommandationsÉvaluation du risque de sécheresse
Améliorer la connaissance des usages de l’eau et le suivi des prélèvements par usager dans la région pour comprendre l’impact cumulé des prélèvements sur les ressources et leur disponibilité.
Actualiser les projections hydrologiques pour évaluer la disponibilité des ressources en eau au niveau régional en intégrant les projections climatiques les plus récentes.
Établir des projections de la demande d’eau dans différents scénarios socio-économiques.
Au niveau régional, recenser les activités économiques et non économiques exposées au risque de sécheresse tenant compte des projections climatiques et évaluer leur vulnérabilité (p. ex. : débit fluvial en dessous duquel le transport fluvial est menacé, niveau d’humidité des sols entraînant des pertes des récoltes, etc.).
En se fondant sur l’analyse des vulnérabilités, définir un niveau de risque acceptable (par exemple, débit minimal pour garantir le fonctionnement des écosystèmes ou l’accès à l’eau potable, etc.).
Informer le public des résultats de l’évaluation des risques de sécheresse afin d’améliorer la sensibilisation.
Cadre stratégique
Renforcer les plans et les stratégies pour accroître la résilience aux sécheresses en adoptant une vision intersectorielle à long terme reposant sur une évaluation approfondie des risques de sécheresse qui tienne compte de l’incertitude et reste flexible, pour réorienter l’action menée en fonction des trajectoires climatiques.
Renforcer la coordination entre les municipalités afin d’harmoniser les mesures de gestion de l’eau et d’assurer la solidarité amont-aval et la coordination entre les zones urbaines et périurbaines.
Renforcer la cohérence entre les objectifs de gestion de l’eau et les politiques relatives au développement économique régional, à la planification urbaine, au changement climatique, à l’industrie et à l’agriculture.
Mobiliser les parties prenantes dans tous les secteurs et définir les responsabilités de chacune et les actions qu’elles doivent entreprendre dans le cadre des plans de résilience à la sécheresse.
Mesures de gestion de la demande
Poursuivre les efforts d’information et de sensibilisation du public qui favorisent des économies d’eau pour tous les types d’usagers, comme le recours à des cultures économes en eau dans le secteur agricole ou un changement de comportement des ménages, y compris en dehors des périodes de sécheresse.
Promouvoir l’utilisation de technologies économes en eau, comme les kits d’économie d’eau destinés aux ménages ou les équipements d’irrigation efficace en eau.
Utiliser les mécanismes existants d’allocation de l’eau, comme les autorisations de prélèvement ou les dérogations aux restrictions d’usage de l’eau en cas de sécheresses, pour favoriser une réduction à long terme des prélèvements d’eau.
Promouvoir les initiatives de collaboration, comme Aqui'brie ou les associations d’agriculteurs, pour réduire les prélèvements d’eau à long terme.
Mesures relatives à l’approvisionnement en eau
Pour optimiser la sélection des mesures relatives à l’approvisionnement en eau, réaliser un diagnostic de la consommation d’eau afin d’évaluer la nécessité de compléter les efforts de préservation de l’eau par des mesures d’approvisionnement en eau.
Poursuivre les efforts visant à améliorer l’efficience du réseau d’eau, en particulier au niveau municipal.
Assurer une surveillance systématique des fuites dans les réseaux privés afin d’encourager les ménages, les administrations ou les entreprises à économiser l’eau.
En ce qui concerne la réutilisation des eaux grises, envisager l’adoption de dispositions réglementaires en la matière de même que l’inclusion de la réutilisation des eaux grises dans la réglementation existante.
Favoriser, s’il y a lieu, la réutilisation des eaux de pluie dans le secteur de la construction.
Intensifier les efforts déployés pour cartographier les services écosystémiques afin d’identifier les zones où il est prioritaire de déployer des solutions fondées sur la nature pour accroître la capacité naturelle de stockage des eaux souterraines.
Financement de la résilience à la raréfaction de l’eau
Élaborer une stratégie de financement qui évalue les coûts des investissements publics nécessaires pour mettre en œuvre les mesures préconisées au niveau du bassin versant, de la région et des municipalités, ainsi que les sources de financement pour renforcer la résilience à la raréfaction de l’eau.
Mieux aligner les investissements publics sur la résilience à la sécheresse pour renforcer l’efficacité des fonds existants, comme le Fonds national de prévention des risques naturels majeurs et le Fonds vert, ou ceux des exploitants d’infrastructures publiques.
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Notes
Copier le lien de Notes← 1. https://www.eau-seine-normandie.fr/NL16/55000
← 2. La plateforme VigiEau est accessible au public sur vigieau.gouv.fr.
← 3. Cette plateforme contient des messages et des outils destinés à aider les acteurs locaux à sensibiliser le public à la sécheresse et aux mesures d’économie d’eau : https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/secheresse-france.
← 4. L’évaluation environnementale s’inscrit dans le cadre d’une procédure normalisée prévue par la loi sur l’eau et décrite sur le site web de la région Île-de-France. (Dossiers loi sur l’eau : mode d’emploi | DRIEAT Île-de-France (developpement-durable.gouv.fr))