Dans les pays démocratiques, les pouvoirs publics encadrent les marchés, soutiennent la croissance et servent la prospérité par les décisions qu’ils prennent et, en se plaçant à l’écoute des citoyens et des entreprises, veillent à ce que ces décisions s’adaptent à l’évolution des besoins économiques et sociétaux. C’est en raison de ce processus constant d’auto-évaluation et d’amélioration que, dans leur Déclaration sur l’instauration de la confiance et le renforcement de la démocratie, les ministres de l’OCDE ont réaffirmé que la démocratie constituait le régime le mieux à même d’assurer la prospérité des sociétés.
Toutefois, tenir cette promesse implique de suivre le rythme face aux évolutions rapides à l’œuvre dans le monde. Or, les pouvoirs publics des pays de l’OCDE sont aux prises avec une période de changements et de perturbations importants, qu’il s’agisse de l’accroissement des attentes des citoyens, de la rapidité des évolutions technologiques, de l’instabilité géopolitique ou des pressions environnementales. De plus, la confiance reste à un niveau obstinément bas, la population ayant l’impression de ne pas avoir son mot à dire dans la prise de décision et croyant peu à l’aptitude des pouvoirs publics à faire face à des enjeux stratégiques complexes et de long terme. De plus en plus, malgré les nombreuses réformes en cours, l’action publique apparaît donc comme « bridée », les pouvoirs publics peinant à dialoguer avec la population, à s’adapter et à remplir leur mission au rythme et à l’échelle nécessaires. Relever ce défi historique sera important non seulement pour assurer l’efficacité des pouvoirs publics, mais aussi pour renforcer la confiance dans la gouvernance démocratique en elle-même.
Le présent rapport correspond à une nouvelle phase de l’initiative « Renforcer la démocratie » de l’OCDE. Il fixe un cap d’action pour « débrider l’action publique ». Il décrit aussi les pratiques essentielles que les démocraties sont en train d’adopter pour suivre ce cap et propose un programme visant à créer des outils de mesure pour aider les pouvoirs publics à comprendre dans quelle mesure ce cap est tenu. L’analyse présentée dans le présent rapport s’appuie sur les travaux menés au sein du Comité de la gouvernance publique, du Comité des hauts responsables du budget et du Comité de la politique de la réglementation de l’OCDE, ainsi que sur des données comparatives tirées de l’édition 2026 de l’Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques ainsi que d’une nouvelle enquête spécifique menée auprès de 40 pays sur le thème « Débrider l’action publique ».
Les pratiques et les données présentées tout au long de ce rapport montrent que les pouvoirs publics des pays de l’OCDE ne sont pas restés passifs. Tous sont en train de se doter d’infrastructures numériques mutualisées, de tester de nouvelles formes de communication et d’association des citoyens, de réformer leur système réglementaire et d’investir dans les aptitudes de leurs agents publics. Pourtant, ces progrès restent souvent épars. Le défi n’est plus de mettre en place les bonnes composantes, mais de veiller à ce qu’elles soient utilisées, interconnectées et maintenues à une échelle permettant de transformer la façon dont les pouvoirs publics travaillent, avec les citoyens et à leur service.
La période actuelle offre une occasion rare de passer de réformes éparses à une transformation fondamentale de la manière dont les administrations fonctionnent et produisent de la valeur publique. Les progrès de l’intelligence artificielle (IA) ouvrent des possibilités de refondre les méthodes de travail des acteurs publics. En parallèle, l’important mouvement de départs à la retraite en cours dans les fonctions publiques des pays de l’OCDE leur offre des possibilités de renouveler leur main d’œuvre. Les tensions budgétaires elles-mêmes, si elles entraînent des contraintes, renforcent aussi la nécessité impérative de traiter comme une priorité et d’accélérer la mise en place de méthodes plus efficaces pour servir les citoyens et l’économie. Avec son programme d’action « Débrider l’action publique », l’OCDE propose une boussole initiale pour le chantier au long cours qui nous attend, et qui vise à rétablir la confiance en veillant à ce que les régimes démocratiques continuent de servir la prospérité en dialoguant avec les citoyens, en étant à leur écoute et en remplissant leur mission, dans un monde en pleine mutation. Les travaux à venir dans les différents domaines de l’action publique continueront à raffiner et faire évoluer cette boussole.