Les tensions géopolitiques croissantes et la concurrence soutenue dans le domaine des technologies critiques émergentes remodèlent la coopération internationale en matière de science, de technologie et d’innovation (STI). Les politiques et stratégies nationales récentes en matière de STI tiennent compte de cette évolution en accordant une attention grandissante aux questions de sécurité. Le présent chapitre, qui porte sur les systèmes publics de recherche, décrit la manière dont les pouvoirs publics cherchent à renforcer les capacités nationales scientifiques et technologiques en vue de tendre vers une autonomie stratégique accrue qui contribue à la sécurité économique et nationale. Cela se traduit notamment par un intérêt croissant pour la STI à double usage, ainsi que par des mesures en faveur de la sécurité de la recherche afin de lutter contre la fuite des connaissances et les pressions provenant de l’étranger. Les pouvoirs publics adoptent également une approche plus stratégique des liens STI à l’échelle internationale, y compris des mesures de diplomatie scientifique, en vue de défendre leurs intérêts nationaux. Ce chapitre présente les différents risques et opportunités liés à ces politiques et propose que les pouvoirs publics mettent en place des politiques de « sécurisation » de la STI qui soient proportionnées, ciblées de manière précise, et fondées sur des partenariats solides avec des scientifiques et des entreprises, ainsi qu’à l’échelle de l’administration.
Science, technologie et innovation : Perspectives de l'OCDE 2025
2. Repenser la coopération scientifique dans un environnement géopolitique en mutation
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Messages clés
Copier le lien de Messages clésLa montée des tensions géopolitiques, alliée à une intensification de la concurrence stratégique autour des technologies critiques émergentes, pousse les pouvoirs publics à accorder une importance croissante aux considérations de sécurité dans le domaine de la science, de la technologie et de l’innovation (STI). Cela concerne notamment les systèmes publics de recherche, sur lesquels le présent chapitre est essentiellement centré.
Les pouvoirs publics appliquent une panoplie de mesures qui contribuent à cette prise en compte accrue des problématiques de sécurité. Tout d’abord, ils mettent de plus en plus souvent en œuvre des mesures de promotion qui orientent le financement de la R-D vers le renforcement de la sécurité économique et nationale, ce qui comprend entre autres les programmes de recherche à double usage visant à favoriser l’établissement de liens mutuellement bénéfiques entre la recherche civile et celle menée dans le domaine de la défense.
Ensuite, ils ont recours à des mesures de protection qui imposent des restrictions au partage des résultats de la recherche susceptible de se prêter à un double usage, et ont pris récemment des mesures pour renforcer la sécurité de la recherche de manière plus générale, afin d’éviter d’exposer les travaux de recherche à caractère sensible à des risques qui, en fin de compte, compromettraient la sécurité et la confiance.
Enfin, ils mettent en œuvre des mesures de projection qui donnent une orientation stratégique aux relations internationales dans le domaine de la STI, y compris des initiatives de diplomatie scientifique qui soutiennent la coopération scientifique avec des pays partageant les mêmes valeurs et des concurrents stratégiques.
Ces mesures impliquent une certaine reconfiguration des relations dans le domaine de la recherche à l’échelle internationale. Ainsi, les mesures visant à promouvoir la sécurité économique et nationale pourraient se traduire par une mutualisation des ressources affectées à la recherche avec des pays partageant les mêmes valeurs, tandis que les mesures relatives à la sécurité de la recherche pourraient exclure ou décourager la collaboration avec des pays qui ne sont pas considérés comme des partenaires sûrs pour la coopération internationale.
Compte tenu des retombées positives de la coopération et de la mobilité internationales dans le domaine de la recherche, les mesures de sécurisation qui les restreignent pourraient, en cas d’application trop zélée, nuire à la qualité de la recherche, aux performances en matière d’innovation et à la compétitivité économique. Les mesures de « sécurisation » pourraient également entraîner une fragmentation des liens STI à l’échelle internationale et, ce faisant, compromettre la coopération en matière de gestion des défis mondiaux.
Si les mesures de sécurisation de la STI font intervenir différentes composantes de l’administration publique, elles sont étroitement liées et devraient faire l’objet d’une orientation et d’une coordination stratégiques. Afin d’améliorer la coordination et d’éviter une sécurisation excessive, les responsables publics devraient adopter des principes directeurs pour concevoir et mettre en œuvre des panoplies de mesures de sécurisation de la STI équilibrées qui soient (i) proportionnées aux risques et aux opportunités qui se présentent, (ii) élaborées et mises en œuvre en partenariat avec des scientifiques, des entreprises et les différents niveaux de l’administration, et (iii) ciblées de manière précise et souple.
Introduction
Copier le lien de IntroductionLes découvertes scientifiques et l’innovation technologique interviennent dans un écosystème mondial interdépendant qui puise dans un vivier commun de connaissances, de talents, de ressources et d’infrastructures. Chaque pays bénéficie de ces liens internationaux qui contribuent à sa compétitivité et au bien-être de la société. Ils sont également essentiels pour affronter les défis et gérer les risques qui se présentent au niveau mondial, tels que la préparation aux pandémies, la bonne gestion de l’environnement et la sécurité alimentaire, qui nécessitent une coopération multilatérale dans les domaines de la science, de la technologie et de l’innovation (STI).
La montée des tensions géopolitiques, alliée à une intensification de la concurrence stratégique autour des technologies critiques émergentes, remodèle les cadres de coopération STI internationale qui avaient été mis en place au cours des trente dernières années. Ces tensions et cette concurrence limitent les possibilités d’échanges de connaissances d’un pays à l’autre, de projets collaboratifs dans le domaine de la STI et de transferts de technologies, tandis que les intérêts nationaux sont régulièrement présentés comme étant incompatibles avec les priorités mondiales. Cette évolution touche tous les aspects, de la collaboration scientifique internationale aux échanges et investissements internationaux dans le domaine des produits et des installations de haute technologie.
L’édition 2023 des Perspectives STI a introduit la notion de « sécurisation » de la STI1 pour examiner ces tendances (OCDE, 2023[1]). Le présent chapitre s’inscrit dans le prolongement de l’édition antérieure, en se penchant principalement sur les aspects des systèmes STI liés à la recherche et sur les répercussions que la sécurisation croissante a sur les liens noués dans le domaine de la recherche à l’échelle internationale. Il s’articule autour trois grandes parties. La première présente une sélection de statistiques sur les liens établis dans le domaine de la recherche à l’échelle internationale, mesurés à l’aune de la collaboration scientifique internationale, de la mobilité des chercheurs et des contributions scientifiques des différents pays à l’appui de la gestion des défis mondiaux, afin d’en montrer l’évolution au cours de ces dernières années.
La deuxième partie du chapitre décrit l’attention croissante accordée aux considérations de sécurité dans le cadre de la politique STI, en se concentrant en particulier sur (i) les efforts intenses que les pouvoirs publics déploient dernièrement pour maîtriser les domaines scientifiques et technologiques émergents à l’appui des objectifs de sécurité économique et nationale, ainsi que pour renforcer leur autonomie stratégique en la matière ; (ii) le recours croissant à des mesures relatives à la sécurité de la recherche afin de se prémunir contre la fuite de connaissances ; et (iii) l’importance grandissante des intérêts nationaux dans la diplomatie scientifique internationale.
Ces trois ensembles de mesures relatives aux considérations de sécurité dans le cadre de la STI sont étroitement liés et supposent une reconfiguration des liens noués dans le domaine de la recherche à l’échelle internationale. Par conséquent, la troisième partie du chapitre propose un ensemble de principes directeurs que les responsables publics pourraient adopter pour concevoir et mettre en œuvre des panoplies de mesures de « sécurisation » de la STI équilibrées qui soient (i) proportionnées aux risques et aux opportunités qui se présentent, (ii) élaborées et mises en œuvre en partenariat avec des scientifiques, des entreprises et les différents niveaux de l’administration, et (iii) ciblées de manière précise et souple.
Évolutions récentes de la coopération STI internationale2
Copier le lien de Évolutions récentes de la coopération STI internationale<a id="back-endnote5e13199ae13" href="/content/oecd/fr/publications/science-technologie-et-innovation-perspectives-de-l-ocde-2025_a7207a31-fr/full-report/reconfiguring-scientific-co-operation-in-a-changing-geopolitical-environment_73f32116.html#endnote5e13199ae13" style="vertical-align: top;font-size: 0.8em;">2</a>Les liens établis dans le domaine de la STI à l’échelle internationale se sont fortement développés depuis les années 90, au bénéfice de la recherche, de l’innovation et du développement économique. Parmi ces liens figure la coopération scientifique internationale, qui a des retombées positives sur la qualité de la recherche, laquelle contribue à son tour à la compétitivité économique grâce à la production de nouvelles connaissances et au développement de compétences plus pointues. La coopération scientifique internationale permet également une diffusion plus large des résultats de la recherche, contribue à la gestion des défis mondiaux et peut favoriser la compréhension interculturelle.
En cette période de tensions géopolitiques exacerbées, il est important d’en saisir les incidences sur les liens dans le domaine de la recherche à l’échelle internationale. La présente section contient une sélection de statistiques sur la collaboration scientifique internationale, la mobilité des chercheurs et les contributions scientifiques des différents pays à l’appui de la gestion des défis mondiaux, afin de montrer l’évolution, au cours des dernières années, des liens noués dans le domaine de la recherche à l’échelle internationale.
La collaboration scientifique internationale marque le pas
La recherche collaborative est d’une importance essentielle pour une communauté scientifique mondiale interconnectée. Les données sur le co-autorat de publications scientifiques associant des auteurs rattachés à des établissements situés dans différents pays donnent une indication de la collaboration scientifique internationale3. Si seulement 2 % des articles scientifiques étaient rédigés par des auteurs provenant de plus d’un pays en 1970 (Olechnicka, Ploszaj et Celinska-Janowicz, 2019[2]), leur part s’élevait à 27 % de l’ensemble des publications dans les pays de l’OCDE en 2023, contre 22 % en 2013 (Graphique 2.1). Parmi les 15 économies enregistrant le plus de publications scientifiques, c’est au Royaume‑Uni que l’intensité de collaboration est la plus forte, suivi de l’Australie et de la France, tandis que dans les principales économies asiatiques, la collaboration internationale est inférieure à la moyenne. L’Australie, le Brésil, l’Inde et le Royaume‑Uni affichent la plus forte progression de l’intensité de collaboration au cours de la période 2013-23.
Graphique 2.1. Intensité de la collaboration scientifique internationale dans une sélection d’économies, 2013 et 2023
Copier le lien de Graphique 2.1. Intensité de la collaboration scientifique internationale dans une sélection d’économies, 2013 et 2023En pourcentage des publications dont l’un des auteurs est affilié à un établissement du pays, comptages fractionnaires
Source: Calculs de l’OCDE, d’après Scopus Custom Data, Elsevier, version 1.2025, avril 2025.
Il ressort toutefois de données plus récentes que la tendance à l’intensification de la collaboration internationale faiblit, et pourrait même dans certains cas fléchir (Graphique 2.2). Le pourcentage de collaborations externes est resté pratiquement stable depuis 2018 aux États‑Unis et dans l’UE-27, tandis que l’intensité de la collaboration internationale a nettement diminué entre 2020 et 2023 en Chine, qui a été doublée par l’Inde en 2021. Le système de recherche de la Chine ayant pris de l’ampleur et progressé, les possibilités de collaboration, sur le territoire national, avec des groupes de recherche de premier plan sont plus nombreuses que jamais, ce qui pourrait réduire les incitations à la collaboration internationale4. Cependant, comme le montre le Graphique 2.3, cette diminution est due en grande partie à une forte baisse de la collaboration avec les États-Unis. Celle-ci concerne la plupart des domaines de recherche et est particulièrement prononcée dans les sciences naturelles et l’ingénierie, comme on le voit dans le Graphique 2.4. Des données similaires sur la collaboration de la Chine avec d’autres pays montrent une baisse de la collaboration dans quelques domaines avec le Royaume-Uni et le Japon, mais une progression régulière des liens avec l’UE-27. Malgré ces diminutions, l’intensité de la collaboration scientifique de la Chine restait, en 2023, nettement plus élevée avec les États-Unis qu’avec les autres pays susmentionnés.
Graphique 2.2. Évolution de la collaboration scientifique internationale dans une sélection de pays, 2013-23
Copier le lien de Graphique 2.2. Évolution de la collaboration scientifique internationale dans une sélection de pays, 2013-23Pourcentage de publications scientifiques résultant d’une collaboration internationale, comptages fractionnaires
Source: Calculs de l’OCDE, d’après Scopus Custom Data, Elsevier, version 1.2025, avril 2025.
Graphique 2.3. Évolution de l’intensité de collaboration bilatérale en matière de publications scientifiques, 1996-2023
Copier le lien de Graphique 2.3. Évolution de l’intensité de collaboration bilatérale en matière de publications scientifiques, 1996-2023Collaboration normalisée, comptage simple
Note : L’indicateur de l’intensité de collaboration bilatérale entre deux pays est obtenu en divisant le nombre de publications scientifiques d’auteurs rattachés à des établissements dans les deux économies (comptage simple) par la racine carrée du produit des publications pour chacune des deux économies (comptage simple). Il est donc normalisé par rapport à la production de publications. On entend par « publications » l’ensemble des documents publiés (articles, recensions et actes de conférences) pouvant être cités.
Source : Calculs de l’OCDE, d’après Scopus Custom Data, Elsevier, version 1.2025, avril 2025.
Graphique 2.4. Évolution de la collaboration entre les États-Unis et la Chine, 2019-23
Copier le lien de Graphique 2.4. Évolution de la collaboration entre les États-Unis et la Chine, 2019-23Évolution en pourcentage pour chaque année considérée par rapport aux données de référence de 2019
Note: La collaboration entre la Chine et les États-Unis correspond au nombre de publications corédigées par des auteurs des deux pays (comptage simple). On entend par « publications » l’ensemble des documents publiés (articles, recensions et actes de conférences) pouvant être cités. Le graphique donne à voir l’évolution des collaborations chaque année par rapport à l’année précédente, en pourcentage des collaborations comptabilisées en 2019.
Source: Calculs de l’OCDE, d’après Scopus Custom Data, Elsevier, version 1.2025, avril 2025.
Les systèmes scientifiques des pays de l’OCDE sont tributaires de l’offre disponible de chercheurs en mobilité internationale
La mobilité internationale des chercheurs a également augmenté au cours des dernières décennies et plusieurs grands exécutants de la recherche dans les pays de l’OCDE sont fortement tributaires, pour leur personnel, des chercheurs doctoraux et postdoctoraux nés à l’étranger. Aux États‑Unis, par exemple, environ 45 % des titulaires d’un doctorat occupant un poste dans la science et l’ingénierie en 2021 étaient nés à l’étranger, les informaticiens et les mathématiciens affichant les taux les plus élevés. En 2021, parmi les personnes travaillant aux États‑Unis, nées à l’étranger et ayant obtenu leur diplôme le plus élevé dans le domaine des sciences ou de l’ingénierie, plus de la moitié était originaire d’Asie, notamment d’Inde (29 %) et de Chine (13 %) (National Science Board, National Science Foundation, 2024[3]).
Les chercheurs en début de carrière mènent une grande partie des travaux de recherche effectués dans les laboratoires des pays de l’OCDE. Bien qu’il soit difficile d’obtenir des statistiques comparables à l’échelle internationale5, un grand nombre de ces chercheurs sont en mobilité internationale. Ils partent à l’étranger pour améliorer leurs qualifications, avoir accès à des installations de recherche de premier ordre et disposer de meilleures perspectives de carrière6. D’après les statistiques de l’OCDE sur l’éducation, le Luxembourg, la Suisse, la Nouvelle-Zélande, la Belgique, le Royaume‑Uni, l’Australie et l’Autriche affichent des pourcentages particulièrement élevés de doctorants diplômés étrangers – au moins 40 % du nombre total de doctorants diplômés – car leurs universités attirent des talents du monde entier grâce à des bourses d’études, des possibilités de recherche et de solides réseaux universitaires (Graphique 2.5).
Graphique 2.5. Part des titulaires de doctorat en mobilité dans une sélection de pays en 2015 et 2023
Copier le lien de Graphique 2.5. Part des titulaires de doctorat en mobilité dans une sélection de pays en 2015 et 2023En pourcentage du nombre total de titulaires d’un doctorat
Note : Les doctorants en mobilité correspondent aux étudiants en doctorat (niveau 8 de la CITE) inscrits dans un pays différent de celui où ils ont obtenu leur diplôme précédent, y compris ceux de retour dans leur pays d’origine.
Source : Statistiques de l’OCDE sur l’éducation (bases de données), consultées le 24 septembre 2025.
De plus, ces pourcentages ont nettement augmenté entre 2015 et 2022, sauf aux États‑Unis, au Royaume‑Uni et au Luxembourg, où ils sont restés stables. Dans certains pays, la forte proportion de doctorants étrangers témoigne également d’un désintérêt des étudiants du pays pour les programmes doctoraux (OCDE, 2025[4]). En France, par exemple, des facteurs tels que la durée des études, des perspectives de carrière incertaines et des débouchés plus prometteurs dans le secteur privé auraient réduit l’attrait des études doctorales auprès des candidats nationaux7.
Comme le montre le Graphique 2.5, une part importante des titulaires de doctorat en mobilité vient de Chine, notamment dans les pays anglophones (on ne dispose pas de données harmonisées au niveau international pour les États-Unis) ainsi que dans les pays voisins que sont le Japon et la Corée. Les restrictions à la mobilité internationale découlant du renforcement des mesures de sécurisation pourraient limiter cette source importante de chercheurs et contraindre les pays à chercher ailleurs des talents à attirer.
Les pays de l’OCDE doivent faire appel à des connaissances disséminées pour affronter les défis mondiaux
La collaboration scientifique internationale est particulièrement importante dans la recherche utile à la sécurité énergétique et à la durabilité environnementale.8 Les activités de recherche sont plus collaboratives dans les domaines de la durabilité et de l’énergie que dans tout autre domaine scientifique. En outre, la collaboration internationale a progressé au fil du temps dans la quasi-totalité des pays (Graphique 2.6).
Graphique 2.6. Intensité de la collaboration internationale dans la production scientifique afférente aux ODD liés à l’énergie et à l’environnement dans une sélection d’économies, 2012 et 2022
Copier le lien de Graphique 2.6. Intensité de la collaboration internationale dans la production scientifique afférente aux ODD liés à l’énergie et à l’environnement dans une sélection d’économies, 2012 et 2022En pourcentage des publications dont l’un des auteurs est affilié à un établissement du pays, comptages fractionnaires
Note : La collaboration internationale désigne les publications corédigées par des auteurs affiliés à des établissements situés dans différents pays. Les estimations sont calculées pour chaque pays en comptabilisant les documents pour lesquels les affiliations répertoriées comprennent au moins une adresse dans le pays en question et une adresse en dehors de celui-ci. Les publications émanant d’un auteur unique affilié à plusieurs établissements situés dans différents pays sont comptabilisées au titre de la collaboration internationale entre établissements. Une publication est considérée comme afférente à la durabilité environnementale et à l’énergie si elle présente la plus forte probabilité agrégée pour les objectifs de développement durable (ODD) relevant de l’enjeu transversal « planète » (ODD 6, 12, 13, 14 et 15) et pour l’ODD 7.
Source : Calculs de l’OCDE d’après Scopus Custom Data, Elsevier, version 1.2024.
Parallèlement, la contribution des plus grandes économies mondiales aux résultats de la recherche intéressant l’énergie et l’environnement a considérablement évolué. Les États‑Unis et l’Union européenne ont enregistré une forte baisse de la part de leurs publications dans ces domaines, tandis que le pourcentage des publications de la Chine a augmenté rapidement et que celui de l’Inde a connu une hausse régulière (Graphique 2.7). Il en résulte une réduction de la contribution relative globale des économies de l’OCDE à la production scientifique dans ces domaines, au-delà de l’évolution générale observée pour les publications scientifiques (OCDE, à paraître[5])9. Cela souligne également l’importance de l’ouverture et des échanges internationaux qui permettent aux pays de l’OCDE d’exploiter des connaissances réparties à plus large échelle.
Graphique 2.7. Évolution des principaux contributeurs aux publications scientifiques afférentes aux ODD liés à l’énergie et à l’écologie, 2008-22
Copier le lien de Graphique 2.7. Évolution des principaux contributeurs aux publications scientifiques afférentes aux ODD liés à l’énergie et à l’écologie, 2008-22En pourcentage du nombre total, au niveau mondial, de documents relatifs aux ODD liés à l’énergie et à l’écologie
Note: Une publication est considérée comme afférente à la durabilité environnementale et à l’énergie si elle présente la plus forte probabilité agrégée pour les objectifs de développement durable (ODD) relevant de l’enjeu transversal « planète » (ODD 6, 12, 13, 14 et 15, et ODD 7.
Source: Calculs de l’OCDE d’après l’outil de l’OCDE de classification en fonction des cibles associées aux ODD (Aristodemou et al., 2025) et Scopus Custom Data, Elsevier, Version 1.2024.
La « sécurisation » croissante de la STI
Copier le lien de La « sécurisation » croissante de la STIDes notions telles que l’« autonomie stratégique » et la « souveraineté technologique » sont devenues des éléments de plus en plus importants pour l’action publique en matière de STI (OCDE, 2023[1]) (Edler, 2023[6]))10. Cette évolution va au-delà de la technologie et concerne également la recherche : ainsi, les inquiétudes croissantes quant à la préservation de la sécurité économique et nationale et à la protection de la liberté d’enquête ont mené de nombreux pays de l’OCDE à élaborer des lignes directrices et des listes de vérification pour sensibiliser les universitaires à la sécurité et à l’intégrité de la recherche et fournir des orientations en la matière. Les pays optent aussi pour un partage plus sélectif des connaissances à l’échelle internationale, renforçant la coopération avec les États dont les valeurs et les intérêts politiques sont semblables aux leurs, notamment dans les domaines STI qui ont des conséquences sur la sécurité nationale.
L’attention croissante portée aux considérations de sécurité dans le cadre de la politique STI a été examinée en détail dans l’édition 2023 des Perspectives STI de l’OCDE11. Un cadre comportant trois volets – correspondant respectivement aux mesures de promotion, de protection et de projection – a été mis en place pour cartographier les mesures prises par l’Union européenne, les États-Unis et la Chine face à la montée des tensions géopolitiques et à l’intensification de la concurrence technologique (OCDE, 2023[1]). Ce cadre, tiré des publications sur l’analyse des politiques (par exemple (Helwig, Sinkkonen et Sinkkonen, 2021[7] ; 03 et Schieferdecker, 2021[8] ; Goodman et Robert, 2021[9])), a récemment été adopté par les responsables de l’action publique de l’Union européenne, qui l’ont utilisé pour structurer la stratégie de l’Union européenne en matière de sécurité économique (Commission européenne, 2023[10]), ainsi que par le gouvernement japonais, qui s’en est servi pour articuler ses mesures en matière de sécurité économique (METI, 2024[11]). Ces différentes politiques sont décrites plus en détail ci-après. Le cadre présente l’avantage de brosser un tableau complet des considérations de sécurité, auquel les responsables publics peuvent se référer pour concevoir et mettre en œuvre des politiques plus coordonnées et mieux harmonisées dans un certain nombre de domaines.
Graphique 2.8. Cadre en trois volets des mesures de « sécurisation » de la STI
Copier le lien de Graphique 2.8. Cadre en trois volets des mesures de « sécurisation » de la STILe chapitre porte principalement sur la partie amont, à savoir la recherche.
Sur la base de ce cadre en trois volets, le chapitre examine les évolutions de la politique STI axées principalement sur le système de recherche (Graphique 2.8)12 :
1. Les mesures de promotion, comme le financement ciblé de la R-D et des politiques industrielles plus vastes visant à renforcer la sécurité économique et nationale, comprennent entre autres les programmes de recherche à double usage visant à favoriser l’établissement de liens mutuellement bénéfiques entre recherche civile et recherche militaire.
2. Les mesures de protection comprennent les restrictions au partage des résultats des travaux de recherche qui peuvent avoir un double usage et les mesures prises dernièrement pour renforcer la sécurité de la recherche de manière plus générale.
3. Les mesures de projection recouvrent quant à elles la coopération internationale stratégique en matière de recherche permettant d’aller plus loin dans la protection et la promotion, ainsi que les initiatives de diplomatie scientifique qui soutiennent la coopération scientifique avec un éventail plus large de pays, y compris des concurrents stratégiques.
Chaque type de mesures est examiné plus en détail dans les sections qui suivent.
Mettre à profit le système de recherche civile pour renforcer la sécurité économique et nationale
L’hégémonie technologique sous-tend de longue date la prospérité économique et la sécurité des pays de l’OCDE et, dans un contexte de montée des tensions géopolitiques, les pouvoirs publics privilégient la maîtrise des technologies et l’autonomie stratégique dans le cadre de leurs politiques plus générales de sécurité économique et nationale (OCDE, 2023[1]). Le premier type de mesures en faveur de la « sécurisation » de la STI concerne donc la promotion des capacités liées à la recherche et aux technologies critiques, au moyen par exemple de financements ciblés de la R-D qui répondent aux besoins en matière de sécurité économique et nationale.
De même, on observe ces dernières années une multiplication des stratégies nationales axées sur le développement de quelques technologies critiques, principalement en vue de tirer parti des avantages économiques qu’elles apportent. Ainsi, les sciences et technologies quantiques promettent de transformer radicalement l’informatique, la communication et la résolution de problèmes (OCDE, 2025[12]), et dans le monde entier, les pouvoirs publics, les établissements de recherche de premier plan et quelques-unes des entreprises technologiques les plus connues investissent des milliards de dollars dans la recherche quantique (Encadré 2.1).
Encadré 2.1. Politiques et stratégiques nationales dans le domaine quantique
Copier le lien de Encadré 2.1. Politiques et stratégiques nationales dans le domaine quantiqueLes technologies quantiques sont devenues un sujet de discorde géopolitique, comme cela a été le cas d’autres technologies émergentes à double usage, telles que l’IA et les semi-conducteurs. Leurs applications dans le secteur civil et la défense en font aussi des technologies à double usage. Plus de 30 pays ont élaboré d’importantes politiques à l’appui du développement des technologies quantiques, dont 14 pays de l’OCDE qui ont adopté des stratégies globales et engagé des investissements publics substantiels dans la R-D quantique.
Les établissements du domaine de la défense ont joué un rôle central dans l’élaboration des politiques relatives aux technologies quantiques. Par conséquent, la « course quantique » ne vise pas uniquement la suprématie technologique, mais revêt également une dimension cruciale liée à la sécurité et la puissance à l’échelle mondiale. Parallèlement, les impératifs économiques se sont conjugués aux préoccupations en matière de sécurité pour stimuler l’élaboration de stratégies quantiques, compte tenu notamment des limites physiques de l’informatique classique.
L’appréhension que suscite la dépendance à l’égard d’acteurs extérieurs pour les composants essentiels a conduit à la formulation d’exigences explicites quant à la mise en place de chaînes d’approvisionnement nationales, à la protection de la propriété intellectuelle et au développement de compétences spécialisées en interne. La volonté d’exploiter le potentiel de transformation des technologies quantiques sous-tend les efforts stratégiques déployés pour favoriser des écosystèmes d’innovation variés. Ces efforts associent une approche descendante (avec par exemple des programmes de financement et des feuilles de route élaborés au niveau national) et la mise en place d’écosystèmes sur le terrain (avec des incubateurs, des consortiums et des bancs d’essai). Les stratégies s’accompagnent souvent d’investissements considérables dans les établissements de recherche, les infrastructures et les pôles interdisciplinaires.
Source : OCDE, rapport à paraître sur les politiques et stratégies nationales dans le domaine quantique.
Le renforcement de la sécurité économique et nationale devient progressivement un objectif essentiel de la politique STI
Les pouvoirs publics adoptent également des politiques industrielles globales plus ambitieuses (Dechezlepretre, Diaz et Lalanne, 2025[13])13 dans lesquelles la politique STI joue un rôle de premier plan. Ces politiques visent de plus en plus à développer des écosystèmes qui vont au-delà des secteurs industriels et des domaines de connaissances traditionnels (voir chapitre 6)14. Cependant, les initiatives les plus récentes se distinguent de celles prises il y a quelques années seulement par leur approche résolument axée sur la sécurité et l’autonomie stratégique. Si différentes dimensions de la sécurité – y compris la sécurité énergétique, sanitaire et alimentaire – font l’objet d’une attention croissante, le renforcement de la sécurité nationale, en lien de plus en plus étroit avec la sécurité économique, devient l’un des principaux objectifs de la politique STI. L’Encadré 2.2 présente les mesures prises récemment par l’Union européenne en la matière, qui s’inscrivent largement dans le cadre de la stratégie européenne de 2023 en matière de sécurité économique15.
Encadré 2.2. La stratégie européenne en matière de sécurité économique
Copier le lien de Encadré 2.2. La stratégie européenne en matière de sécurité économiquePubliée en 2023, la stratégie européenne en matière de sécurité économique (Commission européenne, 2023[10]) vise à fournir un cadre d’évaluation et de gestion solides des risques pour la sécurité économique au niveau de l’Union européenne, au niveau national et au niveau des entreprises, à un moment où ces risques évoluent rapidement et se fondent avec les préoccupations en matière de sécurité nationale. Elle mentionne, à titre d’exemple, la rapidité avec laquelle émergent de nouvelles technologies critiques, qui brouillent les frontières entre les secteurs civil et militaire.
La stratégie européenne en matière de sécurité économique s’appuie sur le cadre dit des « trois P » (3P) pour proposer un arsenal de mesures comprenant (i) des mesures de promotion à l’appui de la base scientifique et industrielle dans des domaines stratégiques tels que les semi-conducteurs avancés, l’informatique quantique, la biotechnologie, les industries à zéro émission nette, les énergies propres ou les matières premières critiques ; (ii) des mesures de protection destinées à prévenir les fuites de technologies émergentes sensibles, ainsi que d’autres produits à double usage, vers des destinations qui suscitent des inquiétudes et où des stratégies de fusionnement des secteurs civil et militaire sont à l’œuvre; et (iii) des mesures de projection consistant à « conclure des partenariats » avec des pays partageant des préoccupations communes en matière de sécurité économique, ainsi qu’à investir dans le développement durable et à établir des liens sûrs dans le monde entier dans le cadre de la stratégie « Global Gateway ».
Les risques liés à la sécurité des technologies et aux fuites de technologies sont évalués en s’appuyant sur une liste recensant les technologies stratégiques critiques pour la sécurité économique. Parallèlement – devant la dualité de la problématique des technologies à double usage, vue à la fois sous l’angle de la protection et celui de la promotion –, les solutions envisageables pour renforcer le soutien ciblé à la R-D dans le domaine des technologies à double usage ont été présentées dans un livre blanc de 2024 (Commission européenne, 2024[14]). Cela montre que les technologies utilisées dans le cadre des capacités de sécurité et de défense trouvent de plus en plus souvent leur origine dans le domaine civil, là où les investissements du secteur privé sont plus élevés, où les coûts indirects sont plus faibles et où les cycles de R-D sont plus rapides.
Revenant sur ce sujet, le « rapport Draghi » sur l’avenir de la compétitivité européenne soutient que trop peu de programmes à double usage sont en place dans l’Union européenne1, en dépit du potentiel qu’ils présentent pour renforcer la collaboration entre le secteur civil et celui de la défense, stimuler une innovation technique poussée qui réponde également aux besoins militaires, et atténuer les risques en tirant parti de technologies communes dans différentes utilisations finales (Commission européenne, 2024[15]). Le « rapport Niinistö » sur le renforcement de la préparation civile et militaire de l’Europe, également publié en 2024, souligne que l’Europe doit mieux mettre à profit les cycles d’innovation beaucoup plus rapides dans le domaine civil pour les technologies susceptibles de se prêter à un double usage, afin de conserver sa compétitivité et de renforcer ses capacités militaires (Commission européenne, 2024[16]). Les deux rapports tirent des conclusions défavorables de la comparaison des dépenses de l’Union européenne dans la R-D dans le domaine de la défense et des investissements similaires réalisés par les États-Unis.
En mars 2025, la Commission européenne a publié un nouveau Livre blanc pour une défense européenne – Préparation à l’horizon 2030, selon lequel la technologie sera le principal élément de concurrence dans le nouvel environnement géopolitique. On y propose de créer de nouveaux écosystèmes et chaînes de valeur pour les technologies de pointe, comme l’intelligence artificielle et l’informatique quantique, qui serviront à des applications tant civiles que militaires. Le livre blanc souligne que la frontière entre recherche civile et recherche militaire est floue, en particulier dans le domaine des technologies de rupture (« deep tech »), et affirme que les résultats pertinents de la recherche civile devraient jouer un rôle capital dans le renforcement de capacités militaires de pointe (Commission européenne, 2025[17])2.
En juillet 2025, la Commission européenne a publié ses propositions initiales concernant le 10e programme-cadre pluriannuel (PC10) (2028-34), dans lequel figure, pour la première fois et d’un bout à l’autre ou presque, un « modèle de double usage dès la conception » (Commission européenne, 2025[18])3. L’une des priorités est de réduire les dépendances critiques à l’égard de technologies ne provenant pas de l’Union européenne et de mettre l’accent sur les technologies à double usage qui peuvent profiter aux applications tant dans le secteur civil que dans celui de la défense. La Commission européenne propose d’articuler d’importantes parties du PC10 autour des quatre « volets » d’action du Fonds européen pour la compétitivité, dont l’un est consacré à « la résilience et la sécurité, l’industrie de la défense et l’espace ».
1. Ce sujet n’est pas nouveau pour la Commission européenne, qui considère qu’il est essentiel d’investir dans l’innovation et de mieux utiliser la technologie civile dans le domaine de la défense pour renforcer la souveraineté technologique de l’Europe et réduire ses dépendances stratégiques. La Commission européenne a publié en 2021 un « plan d’action sur les synergies entre les industries civile, spatiale et de la défense », qui vise à renforcer la complémentarité entre les programmes et instruments de l’Union européenne dans les domaines civil et de la défense, à faire en sorte que la R-D dans les domaines spatial et de la défense ait des retombées positives pour les applications dans le domaine civil, et faciliter l’utilisation des résultats de l’innovation axée sur le secteur civil dans le cadre des projets européens de coopération en matière de défense. À la suite de ce plan d’action, elle a publié en 2022 sa « feuille de route sur les technologies critiques pour la sécurité et la défense ». Créé en 2021 et doté d’un budget de 8 milliards EUR sur une période de sept ans, le Fonds européen de la défense favorise la coopération en matière de R-D entre le secteur de la recherche publique (généralement les organismes de recherche et de technologie plutôt que les universités) et les entreprises. Il soutient des projets compétitifs et collaboratifs tout au long du cycle de R-D, y compris lors de la conception, du prototypage et des essais.
2. Figure également, dans ce livre blanc, une série de mesures à prendre immédiatement, telles que l’application de la clause dérogatoire nationale par les États membres, l’adoption du règlement établissant l’instrument « Agir pour la sécurité de l’Europe » (instrument SAFE), l’ouverture du dialogue stratégique avec le secteur de la défense et l’élaboration d’une feuille de route technologique sur l’armement européen préconisant d’investir dans les capacités technologiques de pointe à double usage en 2025.
3. La Commission européenne a également publié, en juin 2025, deux rapports d’experts indépendants sur la recherche et l’innovation (R-I) à double usage afin d’étayer la prise de décision afférente à la prochaine génération de programmes de financement de l’Union européenne. Le premier rapport est une note de synthèse préparée par le groupe d’experts sur les incidences de la recherche et de l’innovation sur l’économie et la société. Il met en évidence le rôle stratégique que joue le financement de la R-I à double usage en faveur de la sécurité, de l’autonomie stratégique, de la compétitivité et de la durabilité, et recommande d’adopter une démarche prévoyant le double usage dès la conception dans les futurs programmes de financement de l’Union européenne (Commission européenne, 2025[22]). Le deuxième rapport, élaboré par un petit groupe d’experts issus des milieux de la R-I tant du secteur civil que de celui de la défense, propose des exemples concrets et des études de cas sur la manière dont la R-I à double usage peut fonctionner dans la pratique (Commission européenne, 2025[23]).
Un autre exemple, celui de la promotion de certaines technologies critiques prévue dans la loi japonaise visant à promouvoir la sécurité économique (2022), va dans le même sens (Encadré 2.3).
Encadré 2.3. La politique de sécurité économique du Japon
Copier le lien de Encadré 2.3. La politique de sécurité économique du JaponLe Japon est à l’avant-garde en matière de politique de sécurité économique, le but étant de réduire autant que possible sa vulnérabilité à la coercition économique. L’élément principal de cette politique est la loi de 2022 visant à promouvoir la sécurité économique, qui entend à la fois renforcer l’autonomie stratégique du Japon et parvenir à une « indispensabilité stratégique » grâce à des technologies supérieures produites au Japon dont le reste du monde dépend. La loi établit quatre axes d’action, à savoir la résilience des chaînes d’approvisionnement, la protection des infrastructures essentielles, le développement de technologies critiques de pointe et la non-divulgation des brevets. Le Secrétariat de la sécurité nationale (NSS) coordonne ces efforts et un Bureau de promotion de la sécurité économique a été créé au sein du Bureau du Cabinet pour contribuer à l’homogénéisation des politiques de sécurité économique et assurer leur cohérence à l’échelle des différents ministères et organismes publics.
À ces initiatives prises à l’échelle de l’ensemble de l’administration s’ajoutent les efforts déployés à titre individuel par les ministères en vue d’accroître la sécurité économique. Ainsi, en 2023, le METI a publié son Plan d’action pour la sécurité économique, axé sur les « 3P », qui correspondent au Japon (comme dans l’Union européenne) à la promotion, la protection et les partenariats. Le METI a également mis en place un Bureau de la sécurité commerciale et économique afin d’élaborer et de promouvoir l’action publique liée à la sécurité économique dans son domaine de compétences. Le Plan d’action a été mis à jour en 2024 puis en mai 2025 (METI, 2025[19]), la version la plus récente soulignant la nécessité pour le Japon de s’adapter aux évolutions du système international survenues depuis l’édition précédente1. L’édition 2025 présente quatre ensembles de mesures :
Poursuivre l’intégration et la mise à jour des « 3P » pour renforcer l'appareil industriel et technologique du Japon. Les mesures annoncées comprennent une liste élargie de technologies critiques mises en avant, qui couvrent de nouveaux matériaux et technologies critiques pour la sécurité économique et nationale ; une nouvelle approche des chaînes de valeur industrielles qui vise à renforcer encore les mesures à chaque niveau de la chaîne de valeur dans son ensemble, y compris la R-D, l’approvisionnement, la production et la vente ; et une méthode plus stratégique pour attirer et retenir les talents étrangers hautement qualifiés afin de soutenir l’autonomie et l’indispensabilité stratégiques du Japon, et d’éviter la fuite involontaire de technologies.
Avancer vers la reconstruction d’un ordre économique international fondé sur des règles en tant que bien public mondial. Il s’agit notamment de promouvoir le programme « Run Faster Partnership » (Partenariat pour aller plus vite), qui comprend des mesures de promotion et de protection du secteur industriel afin de créer des centres industriels et technologiques conjointement avec des pays partageant les mêmes valeurs (l’accent étant initialement mis sur la région indopacifique) ; et de jouer un rôle plus proactif dans l’élaboration de règles et la normalisation revêtant un caractère stratégique à l’échelle internationale.
Favoriser le dialogue public-privé. Il s’agit entre autres de créer un mécanisme de dialogue public-privé à plusieurs niveaux, d’élaborer des codes de conduite et des lignes directrices destinés à guider les entreprises qui contribuent à la sécurité économique du Japon et d’aider les entreprises à mettre en place des systèmes de sécurité de l’information.
Renforcer le système de renseignement économique. En plus de l’analyse de scénarios, des exercices de simulation, de l’analyse de la chaîne d’approvisionnement et de l’analyse des technologies qu’il réalise déjà, le METI recrutera des spécialistes externes dotés de connaissances pointues, par exemple dans des domaines industriels et technologiques précis ; il mettra en place une plateforme de dialogue stratégique entre les groupes de réflexion du secteur privé et l’administration ; enfin, avec le NSS et le Bureau du Cabinet, il créera un centre de sécurité économique pour renforcer les capacités de l’administration en matière de renseignement économique.
1. Le Plan d’action mis à jour en 2025 attire l’attention sur quatre « changements tectoniques », à savoir l’érosion de l’ordre économique international libéral, l’intensification de la concurrence entre la Chine et les États-Unis en vue d’exercer l’hégémonie technologique (axée sur l’IA), l’importance croissante de la sécurité énergétique et la concurrence plus rude que se livrent les grandes puissances ainsi que les puissances émergentes en ce qui concerne la prochaine génération de domaines stratégiques (comme l’espace, les océans et les aéronefs sans pilote) essentiels à la sécurité nationale.
Sources : NSS (2022[20]), METI (2024[11]), METI (2025[19]), Suzuki (2023[21]).
Parmi les principaux éléments relevés dans cette loi figurent les capacités technologiques du Japon, présentées comme des mesures économiques liées aux moyens d’assurer la sécurité nationale. En revanche, le « Programme K » (programme de développement des technologies essentielles à la sécurité économique), nouveau programme de R-D fondé sur ladite loi, constitue une rupture nette par rapport au passé. Il s’agit d’une initiative conjointe du Bureau du Cabinet, du ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, de la Science et de la Technologie (MEXT) et du ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) qui est centrée sur les technologies contribuant à la sécurité économique nationale dans des champs tels que le domaine maritime, l’aérospatial et le cyberespace. Le Programme K dispose actuellement d’un budget pouvant aller jusqu’à 500 milliards JPY (3 milliards EUR) sur dix ans (NSS, 2022[20] ; Suzuki, 2023[21])16.
On observe un regain d’intérêt pour la promotion de la recherche à double usage à l’heure où les liens se resserrent entre les programmes économiques et de sécurité nationale
Ces exposés succincts des nouvelles politiques de sécurité économique mises en place en Europe et au Japon mettent en évidence les vastes conséquences de technologies émergentes telles que l’IA et l’informatique quantique, notamment sur la sécurité nationale, que les pouvoirs publics entrevoient. 17 Ils montrent également le regain d’intérêt que les gouvernements portent à la promotion de la recherche et de l’innovation à double usage – destinées à la fois au secteur civil et à la défense – pour renforcer la sécurité économique et nationale. Comme évoqué dans le chapitre 1, les pouvoirs publics s’emploient à exploiter les synergies entre les objectifs de l’action publique, notamment ceux afférents à la sécurité et la compétitivité économique, pour optimiser le rendement et l’efficience des investissements dans la STI. Alors que les budgets de la défense augmentent considérablement dans de nombreux pays de l’OCDE, y compris ceux consacrés aux activités de R-D (voir le chapitre 1), ils cherchent en outre à mettre à profit ces nouvelles dépenses à des fins civiles. Par ailleurs, il semble probable que certaines activités de R-D civile soient considérées en partie comme contribuant à la défense et la sécurité, à l’heure où les pays entendent atteindre des objectifs ambitieux en matière de dépenses de défense au cours des dix prochaines années. Ces deux phénomènes favorisent l’émergence de programmes axés plus explicitement sur le double usage.
Si les ambitions en matière de double usage peuvent être concrétisées par différents canaux, deux axes prioritaires se dégagent. Le premier concerne les moyens de mieux anticiper les besoins civils et de défense lors de la réalisation de travaux de recherche à faible niveau de maturité technologique (NMT) liés à des technologies génériques telles que l’IA et l’informatique quantique, même lorsque le domaine d’application n’est pas encore connu. De nombreuses technologies génériques se prêtent par nature à un double usage, et une approche intégrant un « modèle de double usage dès la conception » comme celle qui est à l’étude dans le contexte du prochain programme-cadre de l’UE (voir l’Encadré 2.4), viserait à sensibiliser les chercheurs, les administrateurs et les bailleurs de fonds aux utilisations finales possibles de leurs travaux de recherche et à nourrir leur réflexion sur le sujet. Ces efforts de sensibilisation et de réflexion auraient pour but de promouvoir la détection, à un stade précoce, du potentiel des résultats scientifiques en termes de double usage, en vue d’améliorer la compréhension des risques et des opportunités (Commission européenne, 2025[22]). Il s’agirait en outre de favoriser le respect concomitant des exigences civiles et de défense et, partant, de minimiser les modifications nécessaires pour assurer la conformité d’une technologie donnée aux normes applicables dans les deux domaines au moment de cibler les marchés respectifs (Commission européenne, 2025[23]).
Le deuxième axe intéressant les pouvoirs publics concerne le renforcement du transfert de technologies entre les applications civiles et de défense à des niveaux de maturité technologique supérieurs. Si de nombreux pays favorisent de longue date les liens bidirectionnels entre les systèmes de recherche et d’innovation dans le secteur civil et la défense, les évolutions technologiques rapides et radicales à l’œuvre dans le secteur civil ont incité les pouvoirs publics à accorder une attention croissante au potentiel qu’elles recèlent pour le secteur de la défense. En conséquence, les programmes de financement de la recherche dans le secteur de la défense s’ouvrent progressivement et des travaux sont commandés aux systèmes de recherche civile.
Depuis longtemps, les liens entre la recherche dans le secteur civil et dans la défense sont plus étroits dans certains pays que dans d’autres. Aux États-Unis, par exemple, ils font partie intégrante des politiques en matière de sécurité nationale et de science. Le ministère de la Défense est un important bailleur de fonds de la recherche fondamentale réalisée dans les universités et soutient des programmes doctoraux dans divers domaines. Des organisations comme la DARPA ont financé des travaux de recherche novateurs et facilité la mise en place de nouveaux réseaux scientifiques, confiant à des scientifiques universitaires de premier plan les fonctions de responsables ou de chercheurs dans le cadre des programmes (voir le chapitre 1)18. À l’inverse, l’Allemagne et le Japon ont de tout temps veillé à maintenir une séparation stricte entre la recherche menée dans le secteur civil et celle réalisée dans le secteur de la défense. Par exemple, en Allemagne, la « clause civile » exclut la plupart des universités publiques des activités de recherche liées à la défense. Une révision est en cours, le ministère fédéral de la Recherche, de la Technologie et de l’Espace ayant engagé des discussions avec d’autres bailleurs de fonds pour déterminer dans quelle mesure les incitations peuvent être utilisées pour renforcer la coopération entre la recherche civile et la recherche militaire dans des domaines appropriés19. Dans d’autres pays, comme la France, l’Australie et le Royaume-Uni, bien que des universités et des établissements publics de recherche civile travaillent de longue date avec le secteur de la défense, les liens sont moins développés et systémiques qu’aux États-Unis.
Malgré ces liens historiques, les systèmes de recherche dans les domaines civil et de la défense restent relativement distincts et indépendants, chacun disposant par exemple de ses propres ministères de tutelle, organes et programmes de financement, centres et infrastructures de recherche, et règles et réglementations sur les connaissances pouvant ou non être librement partagées. Les écosystèmes de recherche et d’innovation de la défense restent relativement fermés par rapport à leurs équivalents dans le secteur civil, et sont encore organisés essentiellement au niveau national. Toutefois, à mesure que les programmes dans les domaines de l’économie et de la sécurité nationale deviennent de plus en plus étroitement liés, on observe une convergence croissante de la conception des financements et d’autres interventions des pouvoirs publics en faveur du développement technologique et scientifique civil et militaire. Cela pourrait annoncer la naissance d’un système de recherche et d’innovation plus intégré qui verrait les organismes de recherche et les chercheurs du secteur civil contribuer davantage à la recherche dans les domaines de la défense et la sécurité, et la mettre à profit.
La recherche à double usage soulève plusieurs questions pratiques plus fondamentales pour les systèmes et les politiques de recherche civile
La recherche et l’innovation à double usage peuvent faire l’objet de mesures de conformité aux contrôles des exportations à la fois vastes et complexes, notamment à des réglementations relatives au contrôle des exportations de biens à double usage, qui occasionnent des frais administratifs supplémentaires, allongent considérablement les cycles de développement et donnent lieu à des coûts plus élevés. Il peut également s’avérer nécessaire de mettre en place des environnements de développement sécurisés, avec des zones à haute sécurité et un accès limité, ce qui suppose d’apporter des changements, entre autres, à l’organisation du campus, aux équipes de recherche, à la gestion des données et aux systèmes informatiques. Or la recherche fondamentale universitaire a jusqu’à présent été exemptée de nombre de ces restrictions. Aux États-Unis, par exemple, le ministère de la Défense finance des volumes considérables de travaux de recherche des universités qui sont certes à double usage, mais aussi non classifiés. C’est souvent au niveau des applications que la distinction se fait entre les utilisations civiles et militaires, et des séparations sont mises en place pour protéger le secret du côté de la défense. Cette distinction pourrait s’estomper si les programmes de financement de la R-D qui sont théoriquement civils deviennent « à double usage dès la conception » et ciblent des travaux de recherche à faible niveau de maturité technologique qui doivent d’emblée prendre en considération divers usages, y compris militaires.
À cela s’ajoute une autre difficulté notable : les contraintes liées aux talents – de fait, les professionnels disposant à la fois des connaissances techniques et des habilitations de sécurité requises sont rares dans de nombreux pays de l’OCDE. Les grandes universités comptent un personnel international et les doctorants et postdoctorants étrangers jouent des rôles clés dans de nombreux systèmes. Le processus d’obtention des habilitations de sécurité peut être long et fastidieux pour le recrutement de chercheurs et de doctorants étrangers, et des nationalités sont susceptibles d’être exclues dans certains contextes. La qualification « sensibles » ou « classifiées » des connaissances en limite également la libre diffusion, ce qui pourrait décourager les chercheurs en début de carrière qui dépendent des publications ouvertes pour leur progression (voir le chapitre 4). Enfin, les considérations éthiques pourraient avoir des incidences sur la disponibilité des chercheurs et le fait qu’ils acceptent de participer à des travaux susceptibles d’avoir des applications militaires (Commission européenne, 2025[23]).
Dans le même temps, la concurrence internationale pour attirer les scientifiques de premier plan s’est intensifiée
Malgré les possibles restrictions à l’embauche de certains chercheurs étrangers dans des domaines particuliers, nombre de pays s’emploient à attirer des talents internationaux, y compris d’éminents chercheurs, pour renforcer les capacités scientifiques et techniques qui sous-tendent leur sécurité économique et nationale, et ceux qui ne se lancent pas dans la compétition mondiale pour les migrants hautement qualifiés risquent de prendre du retard (OCDE, 2023[24]). Pour attirer des chercheurs étrangers de premier plan, les pays de l’OCDE recourent à différents types de mesures d’incitation, qu’il s’agisse de bourses, de subventions, d’allègements fiscaux, de visas spéciaux ou de possibilités de transfert des droits à la retraite20. À cela s’ajoutent les programmes d’acquisition de talents, qui proposent à d’éminents chercheurs étrangers des incitations financières et une aide à l’entrée et à l’installation. Ces programmes, qui rencontrent un succès croissant depuis quelques années, ciblent souvent des domaines scientifiques et technologiques spécifiques dans lesquels les pays cherchent à développer leurs capacités. Des exemples d’initiatives récentes sont exposés dans l’Encadré 2.4.
Encadré 2.4. Exemples de programmes d’acquisition de talents récents
Copier le lien de Encadré 2.4. Exemples de programmes d’acquisition de talents récentsL’UE et ses États membres proposent diverses possibilités de financement aux chercheurs exerçant en dehors de l’Europe. En mai 2025, la Commission européenne a annoncé un dispositif d’un montant de 500 millions EUR sur la période 2025-27 pour attirer et conserver des chercheurs installés en dehors de l’UE. Il comprend l’initiative « Choose Europe for Science » (Choisir l’Europe pour la science), qui a été lancée en 2025 et vise à attirer et fidéliser d’éminents scientifiques du monde entier. En font également partie les bourses European Research Council Advanced Grant, destinées à fournir une aide supplémentaire aux chercheurs venant de pays non membres de l’UE, qui peuvent solliciter une enveloppe additionnelle de 2 millions EUR pour couvrir les coûts de démarrage éligibles (Commission européenne, 2025[25]).
Au niveau des États membres de l’UE, l’agence espagnole de recherche (Agencia Estatal de Investigación) a créé en 2023 le programme ATRAE, qui octroie des subventions pour le recrutement de chercheurs confirmés bénéficiant d’une renommée internationale (figurant parmi les 10 % de chercheurs les plus éminents dans leur domaine de spécialisation au niveau mondial) et ayant passé une période notable de leur vie professionnelle récente à l’étranger. L’enveloppe pour 2025 s’élève à 40 millions EUR et les subventions individuelles peuvent aller jusqu’à 1.2 million EUR. L’objectif est de favoriser la mise en place d’un système espagnol de science, de technologie et d’innovation (SECTI) plus compétitif aux niveaux national et international1.
En Allemagne, le ministère fédéral de la Recherche, de la Technologie et de l’Espace (BMFTR) a lancé en 2025 la « Global Minds Initiative » destinée aux chercheurs internationaux d’excellence. L’initiative s’appuie sur les programmes de la Fondation Alexander von Humboldt et de la Fondation allemande pour la recherche et vise à promouvoir une culture de l’accueil en Allemagne et offrir un havre de liberté scientifique. Le financement repose sur l’excellence scientifique et tous les thèmes sont éligibles2.
En 2025, la France a lancé la plateforme « Choisir la France pour la Science » (« Choose France for Science ») au titre de son engagement à accueillir des chercheurs internationaux désireux de travailler dans un environnement favorisant la liberté universitaire. La plateforme, opérée par l’Agence nationale de la recherche, permet aux universités, écoles et organismes de recherche de solliciter un cofinancement de l’État pouvant aller jusqu’à 50 % de l’enveloppe totale, pour accueillir des chercheurs3.
Toujours en 2025, le Conseil suédois de la recherche a lancé un appel à subventions pour un montant de 2 millions SEK de manière à permettre aux établissements d’enseignement supérieur suédois et à d’autres organismes de recherche de recruter d’éminents chercheurs menant des activités en dehors de l’Europe. Les subventions ont vocation à couvrir les dépenses liées au recrutement et au versement des salaires de chercheurs employés en Suède pendant une durée limitée4.
Le programme « Science Hub Denmark » est une initiative coordonnée à l’échelle nationale destinée à améliorer la visibilité mondiale de la recherche danoise et les perspectives de carrière dans les sciences naturelles, l’ingénierie et les sciences de la vie. Il vise à faire du Danemark une destination de choix pour les chercheurs internationaux de premier plan, en mettant l’accent sur l’excellence, l’impact sociétal et la qualité de vie5.
En dehors de l’Europe, la Corée a lancé en 2025 le « K-Tech Pass » en vue d’attirer des talents du monde entier dans des secteurs de pointe tels que ceux des semi-conducteurs, des piles rechargeables, des écrans, de la biotechnologie, de la robotique et de la défense. Le dispositif fournit une aide à l’entrée et à l’installation aux personnes étrangères qui disposent de connaissances spécialisées dans les technologies de pointe et ont signé un contrat de travail avec une entreprise coréenne opérant dans un secteur de haute technologie6.
La Chine a mis en place de nombreux programmes d’acquisition de talents aux niveaux national, régional et municipal. Ils visent principalement à inciter les étudiants et les professionnels de la diaspora chinoise à revenir dans le pays. Le programme « Thousand Talents Programme » est probablement le plus connu et l’un des plus importants ; il a été mené de 2008 à 2023 et aurait attiré entre 7 000 et 8 000 participants. La version « temps partiel » du programme a fait l’objet d’un examen minutieux des gouvernements de plusieurs pays membres de l’OCDE car les participants faisaient des allers-retours et ont souvent créé en Chine un laboratoire semblable au laboratoire de recherche où ils exerçaient dans la zone OCDE, favorisant par là même les transferts réguliers de connaissances et de technologies (National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine, 2024[26]). Il a toutefois suscité des préoccupations croissantes en termes de sécurité de la recherche dans les pays de l’OCDE7, qui se sont inquiétés en particulier des conflits d’intérêt et d’engagement auxquels pouvaient être exposés les participants.
1. Pour de plus amples informations, voir https://www.aei.gob.es/en/node/5066.
2. Pour de plus amples informations, voir https://www.bmftr.bund.de/EN/Research/ScienceSystem/global-minds-initiative-germany/global-minds-initiative-germany.html?nn=1102680.
3. Pour de plus amples informations, voir https://france2030.agencerecherche.fr/ChooseFranceForScience-2025/accueil.php?link=identification&lang=FR.
4. Pour de plus amples informations, voir https://www.vr.se/english/just-now/news/news-archive/2025-04-02-new-grant-for-recruiting-researchers-active-outside-europe.html.
5. Pour de plus amples informations, voir https://research.state-of-denmark.com/about.
6. Pour de plus amples informations, voir https://www.kotra.or.kr/gtc_eng/subList/41000060003.
7. Par exemple, la loi de 2022 dénommée « CHIPS and Science Act » interdit aux chercheurs basés aux États‑Unis qui bénéficient d’un financement fédéral de participer à des programmes de recrutement de talents étrangers parrainés par la Chine ou la Russie.
Protection par le biais de mesures en faveur de la sécurité de la recherche
Beaucoup s’inquiètent de constater que la collaboration scientifique internationale est mise à mal par des acteurs hostiles qui cherchent à acquérir illégalement des travaux de recherche et des connaissances pour accélérer le développement de leurs capacités technologiques dans des domaines essentiels à la sécurité nationale et économique. Faute d’attention et en l’absence d’une gestion efficace, on craint que ces menaces n’aient des incidences sur la sécurité nationale, la compétitivité économique et l’intégrité de la collaboration scientifique (James et al., 2025[27]). De nombreux pays de l’OCDE considèrent désormais le transfert non autorisé d’informations et l’ingérence étrangère dans la recherche publique comme un risque grave pour la sécurité nationale et économique, et la sécurité de la recherche, y compris la lutte contre l’ingérence étrangère étatique ou non étatique dans la recherche scientifique fondamentale et appliquée, est devenue une priorité importante des politiques STI (OCDE, 2022[28]).
Si les pays disposent de systèmes de contrôle des exportations bien réglementés pour la recherche sur les technologies chimiques, biologiques, radiologiques, nucléaires et explosives, il est moins facile de contrôler les transferts immatériels de données, d’informations et de savoir-faire issus de la recherche scientifique menée sans but pratique spécifique. Tel est le cas de la recherche fondamentale, qui a été jusqu’à présent exemptée du contrôle des exportations. Dans le même temps, il est entendu que les connaissances dans de nombreux domaines de la recherche fondamentale pourraient être considérées comme susceptibles de se prêter à un double usage et, comme évoqué plus haut, les décideurs étudient désormais les moyens de sensibiliser les chercheurs et les organismes de financement afin qu’ils tiennent compte de cet élément dans le cadre de la recherche à faible niveau de maturité technologique. Une attention particulière a donc été portée aux collaborations scientifiques internationales et aux pratiques de publication qui étaient jusque-là libérales, des domaines scientifiques entiers, tels que l’IA et l’informatique quantique, étant progressivement classifiés comme « critiques », « sensibles » ou « intéressant la sécurité » afin de leur garantir une protection contre l’espionnage et l’influence étrangère et de préserver les avantages concurrentiels y afférents (Joint Committee of DFG and Leopoldina on the Handling of Security-Relevant Research, 2024[29]).
La protection des données, des informations et des savoir-faire est une gageure à l’ère de l’internet, et les restrictions d’accès peuvent aller à l’encontre des principes en matière d’intégrité de la recherche et de la science ouverte (OCDE, 2022[28]). La recherche scientifique s’inscrit dans un écosystème mondial de recherche qui repose sur l’autonomie, l’ouverture et le libre-échange pour fonctionner de manière efficace21. L’application sans nuance de mesures de sécurité strictes poserait un risque direct ou indirect pour la qualité, la productivité, l’intégrité et, partant, la valeur sociétale et économique du système national de recherche (James et al., 2025[27]). Par conséquent, le développement des capacités d’identifier et de gérer les véritables risques de sécurité, tout en préservant l’intégrité de l’écosystème mondial de recherche, est devenu une priorité pour de nombreux pays.
Les menaces qui pèsent sur la sécurité de la recherche peuvent être liées à des activités hostiles d’acteurs malveillants ou à de mauvaises pratiques de gestion des risques des organisations qui mènent des activités de recherche ou de chercheurs individuels. En 2022, l’OCDE a publié un document d’orientation intitulé Intégrité et sécurité dans l’écosystème mondial de la recherche, qui énonce des recommandations sur la façon dont différents acteurs – y compris les gouvernements nationaux, les organismes de financement de la recherche, les établissements de recherche, les universités, les associations universitaires et les organisations intergouvernementales – devraient aborder la sécurité de la recherche et décrit les efforts déjà déployés. On y préconise notamment d’intégrer les questions relatives à la sécurité de la recherche dans les cadres nationaux et institutionnels en matière d’intégrité de la recherche ; de favoriser l’adoption d’une approche proportionnée et systématique de la gestion des risques dans le cadre de la recherche ; et d’œuvrer à l’échelle des différents secteurs et établissements pour élaborer des politiques plus intégrées et efficaces (OCDE, 2022[28]).
Ces thèmes sont étudiés plus en détail ci-après, mais depuis la publication du rapport, les mesures en matière de sécurité de la recherche ont continué de gagner du terrain partout dans le monde, sous l’effet d’une prise de conscience accrue et de l’évolution de la nature des menaces. On observe une forte augmentation à la fois du nombre d’initiatives publiques centrées sur la sécurité de la recherche et du nombre de pays qui les mettent en œuvre. En 2018, seules 27 initiatives nationales étaient recensées dans la base de données STIP Compass22. En 2025, on en dénombrait plus de 260, soit près de dix fois plus. L’intérêt porté à la sécurité de la recherche a partout progressé, le nombre de pays disposant de politiques dédiées ayant plus que triplé au cours de la même période, passant de 12 en 2018 à 41 en 2025.
Coupler sécurité et intégrité de la recherche
Si les pouvoirs publics instaurent des mesures pour améliorer la sécurité de la recherche, ils mettent également l’accent sur l’intégrité de la recherche, qui fait référence aux valeurs, normes et principes constituant de bonnes pratiques scientifiques (liberté de la recherche scientifique, ouverture, honnêteté, éthique, intégrité, responsabilité, etc.) et régissant la collaboration scientifique internationale (réciprocité, équité, non-discrimination, etc.). L’intégrité de la recherche s’applique non seulement au comportement des scientifiques, mais aussi aux écosystèmes de recherche et met en particulier l’accent sur la lutte contre les menaces pesant sur la sécurité nationale et économique et l’ingérence étrangère. Alors que la collaboration internationale se généralise et que la répartition géographique de la production scientifique évolue, la limitation des transferts d’informations non autorisés et de l’ingérence étrangère doit faire partie des considérations inhérentes à l’intégrité de la recherche. L’amélioration de la transparence, la communication des éventuels conflits d’intérêt et d’engagement et la gestion des risques visent à renforcer l’intégrité et la sécurité de la recherche et sont considérées comme essentielles pour promouvoir la confiance dans la science (OCDE, 2022[28]).
Le soutien des pouvoirs publics est de plus en plus axé sur les mesures de mise en œuvre de la sécurité de la recherche
Si par le passé de nombreuses initiatives publiques étaient axées sur la sensibilisation à la sécurité de la recherche en tant que problématique et visaient à développer le renseignement sur l’action publique, notamment les évaluations des risques propres aux pays, les plus récentes mettent l’accent sur l’élaboration de stratégies, de programmes et de plans et sur l’appui à leur mise en œuvre. À cela s’ajoute depuis 2020 un recours croissant à la réglementation, aux normes juridiques non contraignantes et à la surveillance. Cette évolution montre que les pays intensifient leurs efforts en matière de sécurité de la recherche, passant des simples activités de sensibilisation et de collecte de renseignement à une planification et une mise en œuvre plus concrètes. Ces efforts ciblent principalement les organisations qui mènent des travaux de recherche et les organismes de financement. Le nombre d’initiatives centrées sur la mise en œuvre reflète à la fois l’étendue du soutien dont ces acteurs ont besoin pour évoluer dans un environnement en mutation, et l’ampleur des bouleversements que cet environnement apporte aux pratiques établies. L’élaboration de lignes directrices, les outils en libre-service et les services de conseil sont les types d’appui à la mise en œuvre les plus couramment adoptés dans le cadre des initiatives publiques récentes (Encadré 2.5). Les pouvoirs publics, les organismes de financement et les organisations qui mènent des activités de recherche créent également des structures organisationnelles chargées spécifiquement de promouvoir la sécurité de la recherche23.
Encadré 2.5. Nouveaux types de soutien à la mise en œuvre de la sécurité de la recherche
Copier le lien de Encadré 2.5. Nouveaux types de soutien à la mise en œuvre de la sécurité de la rechercheFormulation de lignes directrices
Des documents d’orientation récents définissent des cadres pour la mise en œuvre des stratégies ou directives nouvellement adoptées ou apportent des détails à des lignes directrices existantes. L’objectif est non seulement d’aider les établissements à s’adapter à l’évolution du paysage de la sécurité de la recherche, mais aussi de contribuer à insuffler une culture de la responsabilité. Par exemple, la Direction norvégienne de l’enseignement supérieur et des compétences a publié, en collaboration avec le Conseil norvégien de la recherche, des lignes directrices et des outils à l’appui d’une coopération internationale responsable en matière de connaissances (Norwegian Directorate for Higher Education and Skills, 2023[30]). Aux États‑Unis, le Bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison blanche a publié des Lignes directrices pour les programmes de sécurité de la recherche des établissements couverts (Guidelines for Research Security Programs at Covered Institutions). Elles décrivent les attentes auxquelles les programmes doivent satisfaire dans les domaines suivants : la cybersécurité ; l’établissement de rapports sur la sécurité des déplacements à l’étranger ; la formation à la sécurité de la recherche ; et la formation au contrôle des exportations (White House Office of Science and Technology Policy, 2024[31]). En Autriche, le ministère de l’Innovation, de la Mobilité et de l’Infrastructure soutient la sécurité dans le secteur de la recherche appliquée. Plusieurs mesures ont été prises, dont l’élaboration de lignes directrices visant à aider les personnes déposant des demandes de financement à évaluer par elles-mêmes les risques inhérents à des projets conjoints et des partenaires en posant les bonnes questions, la formulation de conseils sur les moyens de repérer les signaux d’alerte et la communication d’informations générales sur la sécurité de la recherche.
Outils en libre-service
Face à la complexité croissante des réglementations et des directives en matière de sécurité de la recherche, des initiatives lancées récemment proposent des outils pratiques destinés à aider les universités et les établissements de recherche à les appliquer dans le cadre de leurs activités quotidiennes. Au Royaume-Uni, par exemple, l’Autorité nationale chargée de la sécurité et le Centre national de cybersécurité ont publié un outil d’auto-évaluation de la maturité en matière de sécurité de la recherche, dénommé Trusted Research Evaluation Framework. Ce cadre, qui vient compléter les lignes directrices existantes sur la recherche dans des conditions de confiance, vise à aider les établissements universitaires à différents stades de leur parcours en matière de sécurité de la recherche à comprendre ce qu’est une « bonne sécurité » dans sept domaines d’activité. Il définit les éléments caractéristiques de capacités de base, intermédiaires et développées pour diverses dimensions d’évaluation (National Protective Service Authority, 2024[32]).
Services de conseil
La mise en place d’organes consultatifs est devenue une pierre angulaire des efforts déployés récemment dans le domaine de la sécurité de la recherche et témoigne de la nécessité pour les établissements de recherche de s’appuyer sur des connaissances spécialisées pour répondre aux exigences connexes, évaluer les risques inhérents aux projets et étudier de possibles collaborations. Le Danemark, par exemple, a créé en 2023 le Centre pour la sécurité de l’innovation et des connaissances au sein du Service danois de la sécurité et du renseignement (PET, Politiets Efterretningstjeneste en danois), lui donnant pour mission de conseiller proactivement les établissements de recherche sur la gestion des menaces émanant d’États étrangers. Le Centre est chargé de gérer les risques croissants d’espionnage, de vol de propriété intellectuelle et d’ingérence étrangère dans la recherche1. Au Royaume-Uni, l’approche de la sécurité de la recherche dans le cadre des partenariats associe les universités par le biais de l’équipe Research Collaboration Advice Team (RCAT), dans le but d’aider le secteur de la recherche à prendre des décisions éclairées en matière de collaborations scientifiques2.
1. Pour de plus amples informations, voir https://pet.dk/en/our-tasks/security-advisory-services/the-objective.
2. Pour de plus amples informations, voir https://www.gov.uk/government/groups/research-collaboration-advice-team-rcat.
Valider les collaborations scientifiques internationales grâce à des approches fondées sur des projets ou sur des listes
Différentes autorités imposent des restrictions plus ou moins strictes à la collaboration avec des organismes de recherche ou des pays particuliers. Dans certains cas, elles sont liées à des domaines de recherche identifiés en tenant compte de considérations de sécurité géopolitiques et économiques. Au Canada, par exemple, la Politique sur la recherche en technologies sensibles et sur les affiliations préoccupantes est entrée en vigueur en 2024 et stipule que toute demande de subvention et de financement de recherche dans un domaine de recherche en technologies sensibles figurant sur une liste établie à cet effet ne seront pas financées si l’un des chercheurs participant aux activités financées par la subvention reçoit du financement ou une contribution en nature d’un organisme de recherche rattaché à des organisations militaires, de défense nationale ou de sécurité d’État qui pourraient présenter un risque pour la sécurité nationale du Canada (Gouvernement du Canada, Innovation, Sciences et Développement économique, 2024[33])24.
D’autres pays mettent en place des approches fondées sur les projets pour identifier les collaborations scientifiques sensibles, plutôt que d’opter pour des restrictions applicables à des domaines ou des affiliations particuliers. En 2023, le gouvernement fédéral allemand a publié une Stratégie sur la Chine qui définit un cadre à l’appui d’une coopération sûre avec la Chine dans un contexte de rivalité systémique (Federal Foreign Office, 2025[34]). La Fondation allemande pour la recherche (DFG), le Conseil allemand pour la science et les sciences humaines (Wissenschaftsrat, WR), le Service allemand d’échanges universitaires (DAAD) et la Société Max Plank (MPG) ont ensuite publié des recommandations pour aider les scientifiques, les établissements de recherche et les universités à faire face à ce nouveau contexte. Ils s’abstiennent délibérément d’imposer des limites sur des pays, des établissements partenaires ou des thèmes de recherche particuliers, préférant appuyer des évaluations au cas par cas25.
De même, une étude de 2024 du groupe JASON, intitulée Safeguarding the Research Enterprise et commandée par la Fondation nationale pour la science (NSF) des États-Unis, préconise d’identifier les activités de recherche sensibles et les risques liés à la collaboration au niveau des projets lors de l’évaluation des propositions de recherche. On y expose une solution de remplacement aux restrictions globales visant l’ensemble des collaborations dans des domaines à haut risque répertoriés sur une liste. Cette approche fondée sur les processus a été adoptée pour le cadre TRUST (Trusted Research Using Safeguards and Transparency) de la NSF26. S’inspirant de cet exemple, l’agence japonaise de science et de technologie (JST) a mis en place récemment un dispositif pilote, dénommé JST-TRUST, qu’elle applique à ses appels à propositions portant sur la recherche dans les domaines de la science quantique et des semi-conducteurs. Le dispositif prévoit l’examen des propositions par des experts, qui demandent aux chercheurs principaux comment ils procèdent aux vérifications préalables dans le cadre de leurs projets. À partir de ces éléments, ils réfléchissent à des mesures d’atténuation des risques qui seront définies par l’agence, le cas échéant. Le programme JST-TRUST aide également au suivi et à la formulation de conseils sur les résultats de la recherche et leur publication27.
Repenser la diplomatie scientifique pour atteindre les objectifs nationaux et multilatéraux
Le troisième type de d’intervention des pouvoirs publics en faveur de l’intégration des considérations de sécurité dans la STI trouve son origine dans la projection des intérêts nationaux dans les réglementations, les normes, les standards et les alliances internationaux. À cet égard, la diplomatie scientifique, qui désigne l’utilisation de la science à des fins de politique étrangère, est devenue un instrument de plus en plus important non seulement pour atteindre les objectifs multilatéraux, mais aussi pour servir les intérêts nationaux. Si certains partisans de la diplomatie scientifique continuent de mettre en avant ses aspects liés aux biens publics mondiaux28, on reconnaît aujourd’hui largement que la science est de plus en plus souvent utilisée comme un outil stratégique pour préserver les intérêts et la puissance nationaux et pour peser dans les rivalités entre États. Cette dualité n’est certes pas nouvelle, mais alors que la concurrence stratégique joue un rôle croissant dans l’environnement géopolitique actuel, la perception de la diplomatie scientifique a évolué et elle s’est davantage imposée comme un outil externe de politique étrangère.
Dans la même veine, la version révisée de 2025 du cadre de diplomatie scientifique de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS) et de la Royal Society britannique reconnaît qu’une nouvelle ère de bouleversements est à l’œuvre et que la version actualisée du rapport est « plus sombre, plus réaliste et plus incisive que la précédente », qui datait de 2010 (Royal Society et AAAS, 2025[35]). Le rapport de la Commission européenne intitulé A European framework for science diplomacy (Un cadre européen pour la diplomatie scientifique), également publié en 2025, formule des observations similaires, reconnaissant que « la science et la technologie sont des pièces de l’échiquier géopolitique mondial » (traduction libre) (Commission européenne, DG Recherche et innovation, 2025[36]). Les deux rapports, qui devraient influencer les politiques en matière de diplomatie scientifique, sont décrits brièvement dans l’Encadré 2.6.
Encadré 2.6. Nouveaux cadres majeurs en matière de diplomatie scientifique en 2025
Copier le lien de Encadré 2.6. Nouveaux cadres majeurs en matière de diplomatie scientifique en 2025Science diplomacy in an era of disruption (AAAS et Royal Society)
Ce rapport est une version actualisée du cadre de 2010 relatif à la diplomatie scientifique publié par l’AAAS et la Royal Society. Il fait valoir qu’un monde plus fragmenté et dangereux, touché par des défis mondiaux et des bouleversements technologiques, appelle une approche actualisée des interactions entre la science et la diplomatie. Il propose un cadre bidimensionnel simplifié : l’influence de la science sur la diplomatie (les différentes manières dont la science interagit avec les objectifs diplomatiques) et l’influence de la diplomatie sur la science (les façons dont la diplomatie interagit et dialogue avec l’entreprise scientifique).
Les consultations qui ont nourri ce rapport ont mis en évidence plusieurs messages clés. Par exemple, alors que les mécanismes de conseil scientifique sont de plus en plus intégrés aux institutions nationales et multilatérales – ce qui témoigne du rôle plus central que jamais de la science dans la politique étrangère –, il se pourrait que les intérêts scientifiques et diplomatiques ne coïncident pas toujours. Les traités régissant les communs mondiaux vont parfois à l’encontre des intérêts nationaux souverains, ce qui oblige à réexaminer les valeurs scientifiques jadis considérées comme universelles et leurs incidences sur la collaboration scientifique internationale. Le rapport souligne également l’influence grandissante des acteurs non étatiques tels que les grandes entreprises et les organisations philanthropiques dans le paysage en mutation de la diplomatie scientifique.
A European framework for science diplomacy (Commission européenne)
Alors que la science et la technologie deviennent progressivement une monnaie géopolitique, l’UE est arrivée à la conclusion que la diplomatie scientifique peut l’aider à projeter un pouvoir de persuasion et servir ses intérêts économiques et ses valeurs fondamentales avec plus d’efficacité. De là est né le rapport A European Framework for Science Diplomacy, publié en 2025, qui devrait être suivi d’une stratégie en matière de diplomatie scientifique plus tard dans l’année. Il fait état de changements de paradigme dans la diplomatie scientifique, sous l’effet des évolutions géopolitiques et technologiques à l’œuvre. Il propose une approche de la diplomatie scientifique à l’échelle de l’Europe qui préserve les espaces d’échanges, favorise une responsabilité partagée de la gestion des défis communs et de la protection des biens publics mondiaux, et défend les intérêts stratégiques de l’Europe. Il souligne en particulier la nécessité d’une utilisation stratégique de la diplomatie scientifique dans le contexte géopolitique actuel, en s’appuyant sur des capacités de renseignement stratégique améliorées (grâce au recours à la prospective, par exemple) et une diplomatie scientifique renforcée dans les délégations et les ambassades. Il énonce des recommandations et des mesures concrètes sur les moyens d’asseoir le rôle de premier plan de l’Europe dans la diplomatie scientifique grâce à des instruments stratégiques, opérationnels et de soutien1.
1. Plus précisément : (1) les instruments stratégiques pour la diplomatie scientifique européenne ont pour objet de définir des priorités claires et d’améliorer la visibilité de la diplomatie scientifique, de trouver le juste équilibre entre l’ouverture et la restrictivité dans le cadre de la coopération scientifique internationale, et de s’appuyer sur la diplomatie scientifique pour affronter les défis mondiaux et assurer une gestion durable des biens publics et des biens communs mondiaux, notamment par le biais de partenariats avec des pays du Sud ; (2) les instruments opérationnels visent à mettre en place les structures nécessaires pour asseoir le rôle de premier plan de l’UE dans la diplomatie scientifique, promouvoir la science au service de la politique et les écosystèmes de prospective pour améliorer les politiques étrangères et de sécurité, et renforcer le rôle de la science et de la technologie au sein des représentations diplomatiques ; (3) les instruments de soutien visent à créer et mettre en relation les communautés de diplomatie scientifique, former et autonomiser les professionnels de la diplomatie scientifique actuels et futurs de l’Europe, et repousser les frontières de la diplomatie scientifique par le biais de la recherche et de l’élaboration d’approches innovantes pour renforcer les capacités et l’expertise globales dans ce domaine.
Théoriciens et praticiens ont débattu des moyens de définir, de classer et de délimiter les différentes formes que peut prendre la diplomatie scientifique (Turekian, 2018[37])29. Ce chapitre n’a pas vocation à créer un cadre supplémentaire, mais recense trois aspects essentiels à prendre en considération :
La nature coopérative de la diplomatie scientifique : la diplomatie scientifique au service des biens publics mondiaux et du développement.
La nature concurrentielle de la diplomatie scientifique : la diplomatie scientifique au service des intérêts nationaux.
La nature hybride de la diplomatie scientifique : acteurs non étatiques et diplomatie parallèle.
Chacune de ces formes de diplomatie est décrite plus en détail ci-après.
La diplomatie scientifique coopérative au service des biens publics mondiaux et du développement
Cette forme de diplomatie scientifique a pris son essor dans les années 90 et fait intervenir à la fois des responsables de la politique étrangère et des scientifiques, souvent réunis dans le cadre de forums internationaux pour traiter de défis mondiaux tels que le changement climatique, le déclin de la biodiversité, les questions de sécurité sanitaire, etc. L’Accord de Paris sur le changement climatique en est un exemple. Dans certains cas, des communautés de diplomatie scientifique se sont formées autour du domaine scientifique ou de la ressource naturelle concernés : ainsi sont nées la diplomatie de l’eau, la diplomatie sanitaire, ou encore la cyberdiplomatie. Certains pensent que c’est la forme de diplomatie scientifique la plus menacée par la montée des tensions géopolitiques et les politiques de sécurité nationale. À titre d’exemple, l’Encadré 2.7 décrit la diplomatie des sciences océaniques et son rôle récent lors de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan, qui s’est tenue à Nice.
Encadré 2.7. Des données à la diplomatie : comment les sciences océaniques façonnent l’action publique et la confiance
Copier le lien de Encadré 2.7. Des données à la diplomatie : comment les sciences océaniques façonnent l’action publique et la confianceLes océans jouent un rôle vital dans les économies et la subsistance de centaines de millions de personnes. Si c’était un pays, l’économie maritime aurait occupé le cinquième rang mondial en 2019 ; elle a produit 3 à 4 % de la valeur ajoutée brute mondiale entre 1995 et 2020 et emploie quelque 133 millions de personnes en équivalent temps plein (OCDE, 2025[38]). Or, les océans subissent de nombreuses pressions qui menacent non seulement leur santé mais aussi l’avenir de l’économie maritime.
Des travaux scientifiques soumis à un examen critique énoncent des critères objectifs permettant de faire concorder les ambitions économiques et les impératifs environnementaux mondiaux en matière de gouvernance et de gestion des océans. En s’appuyant sur des données, le dialogue entre pairs et des objectifs communs, les scientifiques de différents pays peuvent bâtir une coopération et une confiance là où la diplomatie traditionnelle chancelle parfois, avec à la clé des résultats tangibles et une prise de décision éclairée. L’importance de la diplomatie des sciences océaniques est apparue clairement lors de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (qui s’est tenue du 9 au 13 juin 2025), au cours de laquelle la prise en compte des derniers résultats scientifiques en date sur l’état des océans a contribué à façonner des engagements étayés par des données probantes partagées.
Par exemple, face à la nécessité de définir des aires marines protégées en se fondant sur des données scientifiques – dans le but de conserver 30 % des océans d’ici à 2030 –, les pays se sont engagés à mener des missions conjointes d’exploration des océans et à renforcer la transparence dans des zones de haute mer hors de leur juridiction nationale. Plus de 20 pays ont ratifié le « Traité sur la haute mer », l’un des résultats diplomatiques majeurs de la Conférence. Lorsqu’il entrera en vigueur, peut-être dès 2026, l’accord établira un nouveau cadre juridique régissant la haute mer, qui contribuera à la conservation et au développement durable de la biodiversité marine. Les indicateurs de science et les observations de données sur la durabilité des océans – sur les conditions météorologiques, la biodiversité, les cycles du carbone et la pêche – fourniront une base factuelle commune qui guidera l’action publique et permettra des négociations fondées sur la science.
Source : OCDE (2025), L’économie de la mer à l’horizon 2050, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/66051cab-fr.
À cela s’ajoute une dimension connexe : la participation des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire à ces efforts de coordination internationale. Par exemple, dans la mesure où ces pays devraient être à l’origine d’une grande partie de la croissance des émissions mondiales de carbone jusqu’en 2050, il importera que la communauté internationale soutienne les collaborations STI multilatérales et fondées sur des clubs, auxquelles des représentants des pays du Sud participeront, ou qu’ils dirigeront30. La coopération STI internationale peut aider à renforcer les capacités STI nationales des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, leur permettant de mieux participer à la collaboration et la prise de décision STI à l’échelle internationale et favorisant leur développement économique global.
La diplomatie scientifique concurrentielle au service des intérêts nationaux
La vision de la science comme une force purement collaborative, objective et fédératrice, capable de surmonter de profondes divisions politiques, est mise à mal par son instrumentalisation fréquente à des fins politiques, qui brouille les frontières entre sa nature a priori apolitique et son rôle dans les dynamiques de pouvoir (Runguis et Flink, 2020[39]). Les pouvoirs publics exploitent de manière stratégique les connaissances scientifiques et la collaboration internationale pour renforcer l’influence géopolitique, la compétitivité économique et les objectifs de sécurité de leur pays, ce qui les oblige souvent à chercher à concilier l’ouverture et les mesures de restriction pour préserver leurs intérêts souverains.
De même, de nombreux pays renforcent les capacités scientifiques de leurs ministères des affaires étrangères et des missions à l’étranger. Certains affichent par exemple une large représentation de conseillers ou d’attachés spécialisés dans la diplomatie scientifique et technologique dans le cadre des missions à l’étranger. Tel est le cas du Royaume-Uni, qui dispose d’un réseau bien établi d’environ 130 personnes réparties sur plus de 65 sites à travers le monde, qui nouent des collaborations destinées à maintenir la base scientifique du pays, soutenir l’avantage concurrentiel de ses entreprises innovantes et gérer les opportunités et les menaces communes. Les travaux menés avec les organisations locales œuvrant dans les domaines de la science et de l’innovation pour mettre en avant l’excellence et le rôle de premier plan du Royaume-Uni en matière de STI, contribuent à bâtir et favoriser une STI de valeur pour le Royaume‑Uni et à fournir des éclairages et du renseignement. Si l’axe thématique varie d’un pays à l’autre, les priorités vont aux possibilités et risques liés aux technologies critiques et émergentes, à la lutte contre le changement climatique et le déclin de la biodiversité, et à la sécurité sanitaire31. D’autres pays du G7 et la Chine mènent des activités similaires, mais certains pays de plus petite taille œuvrent aussi en ce sens. Par exemple, la Hongrie dispose d’un réseau international d’attachés à la science et la technologie en poste sur 15 sites clés dans les principaux pays avec lesquels elle a noué des partenariats STI et des grands centres de compétitivité et d’innovation (Asia-Europe Foundation, 2025[40]).
Diplomatie scientifique hybride impliquant des acteurs non étatiques et diplomatie parallèle
La diplomatie scientifique repose de plus en plus souvent sur une approche hybride, conjuguant et imbriquant la diplomatie officielle (menée principalement par des diplomates et d’autres acteurs étatiques) et la diplomatie parallèle (qui implique des acteurs non gouvernementaux et un dialogue informel) (Ruffini, 2020[41]) (Turekian et Gluckman, 2024[42]). Si la diplomatie officielle a pour objet de servir directement les intérêts de l’État par des canaux officiels et est utilisée pour la négociation de traités internationaux et d’accords officiels, la diplomatie parallèle est considérée comme un moyen pour les acteurs non étatiques, en particulier les universitaires et les organisations scientifiques, d’apporter des idées et des relations nouvelles au processus diplomatique officiel en favorisant la participation d’éminents penseurs qui ne sont pas issus des structures gouvernementales. Grâce au pouvoir de persuasion de la science, ils peuvent bâtir des réseaux scientifiques personnels pour renforcer la confiance là où les relations diplomatiques officielles sont ténues ou inexistantes. Des exemples couramment cités sont proposés dans l’Encadré 2.8.
Encadré 2.8. Exemples de diplomatie scientifique parallèle
Copier le lien de Encadré 2.8. Exemples de diplomatie scientifique parallèleSi les pouvoirs peuvent donner officiellement leur aval à la diplomatie parallèle, elle peut également être motivée par les intérêts professionnels des scientifiques. Les liens noués pendant la Guerre froide entre l’Occident et l’Union soviétique sont souvent cités en exemple, notamment le mouvement Pugwash, qui a rassemblé des scientifiques des deux blocs et joué un rôle important en coulisses, en étayant les débats sur le contrôle des armes et en jetant les bases d’importantes mesures en la matière1. Plus récemment, des scientifiques américains et cubains ont noué des liens en vue de partager des données météorologiques, ce qui a débouché sur un accord formel portant sur l’installation, à Cuba, d’équipements partagés de surveillance par GPS2 ; des experts en santé publique iraniens ont collaboré avec leurs homologues américains pour reproduire le système de soins primaires iranien dans le Mississipi3 4 ; et au Moyen-Orient, une collaboration a été nouée entre l’Institut Arava d’études environnementales et l’organisation Damour for Community Development, qui organisent depuis 2016 le Track II Forum for Environmental Diplomacy pour permettre aux principales organisations de la société civile et à des représentants d’acteurs étatiques et non étatiques de débattre et d’élaborer des stratégies transfrontières en vue de faciliter la conclusion d’accords environnementaux formels et informels entre Israël, l’Autorité palestinienne et la Jordanie5.
1. Pour de plus amples informations, voir https://www.nobelprize.org/prizes/peace/1995/pugwash/speedread/.
2. Pour de plus amples informations, voir American Meteorological Society, « How meteorological partnership between US, Cuba was created over 20 years », ScienceDaily, 22 mai 2015, consultable à l’adresse : www.sciencedaily.com/releases/2015/05/150522131609.htm.
3. Pour de plus amples informations, voir https://era.ideasoneurope.eu/2022/07/13/learning-from-rivals-the-role-of-science-diplomacy/.
4. Pour de plus amples informations, voir https://www.stimson.org/2025/health-and-science-diplomacy-could-pave-the-way-to-new-us-iran-relations/.
5. Pour de plus amples informations, voir https://arava.org/initiatives-working-groups/.
Parmi les acteurs non étatiques, le secteur privé joue un rôle de plus en plus essentiel et complexe dans la diplomatie scientifique et exerce une influence scientifique, économique et politique notable qui peut parfois rivaliser avec celle de certains pays. Nombre de grandes entreprises, en particulier les entreprises technologiques d’envergure internationale, sont d’importants bailleurs de fonds de la R-D, leurs dépenses annuelles étant souvent comparables voire supérieures aux enveloppes des programmes nationaux de recherche publique. Certaines participent directement aux efforts diplomatiques, cultivant des liens avec des gouvernements étrangers et des organes internationaux comme les Nations Unies et l’UE32, et dialoguant directement avec eux sur des sujets tels que les technologies émergentes, souvent sans passer par les diplomates nationaux de leur pays d’origine. Ce sont également des parties essentielles aux partenariats public-privé noués en vue de mettre en place de vastes infrastructures de recherche, comme le centre SESAME et le laboratoire d’innovation du CERN, et elles ont montré leur rôle crucial, pendant la pandémie de COVID-19, dans la mise au point et la distribution mondiale des vaccins. De plus, le secteur privé est au cœur de l’élaboration des normes techniques internationales pour le commerce mondial et l’échange de connaissances.
De telles évolutions ont conduit à la naissance de la diplomatie technologique et de la diplomatie de l’innovation (Leijten, 2017[43]), qui consistent à conjuguer les connaissances issues de trois domaines traditionnellement distincts – la technologie, les entreprises, et la politique étrangère – en vue de promouvoir les intérêts nationaux. Ces dernières années, certains pays ont établi une présence diplomatique près de pôles d’innovation comme la Silicon Valley. Le Danemark a montré la voie en 2017 en ouvrant une ambassade « tech » à Palo Alto33 ; l’UE lui a emboîté le pas en créant un Bureau dans la Silicon Valley34. Autre exemple, la Suisse a créé son réseau mondial Swissnex destiné à asseoir sa position en tant que pôle d’innovation de premier plan. Le réseau dispose de bureaux dans six régions réputées pour les activités d’innovation qui y sont menées, et s’appuie sur quelque 20 conseillers basés dans des ambassades suisses du monde entier. L’une de ses grandes caractéristiques tient à la participation d’acteurs publics et privés des milieux suisses et locaux de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation, qui couvrent au moins deux tiers des coûts des activités de Swissnex35.
Principes relatifs à la gouvernance des considérations de sécurité dans la science, la technologie et l’innovation
Copier le lien de Principes relatifs à la gouvernance des considérations de sécurité dans la science, la technologie et l’innovationCes trois axes de la politique de sécurisation – promotion des technologies critiques, sécurité de la recherche et diplomatie scientifique – sont étroitement liés et posent plusieurs difficultés de gouvernance aux responsables de l’action publique. Trois aspects de la gouvernance des politiques STI se démarquent : la définition du champ d’application et de l’axe des politiques de sécurisation, la mobilisation des principales parties prenantes en vue de leur conception conjointe et de leur mise en œuvre, et la constitution d’une base de connaissances et de données factuelles afin d’éclairer les choix politiques et la stratégie.
i. Premièrement, concernant le champ d’application et l’axe des mesures en faveur de la sécurisation de la STI, l’une des considérations clés tient à leur proportionnalité par rapport au niveau de risque et aux opportunités attendus. Les pouvoirs publics doivent trouver un équilibre au sein de plusieurs axes et à différents niveaux des politiques, en particulier pour ce qui est de l’ouverture au plan international.
ii. Deuxièmement, les activités de recherche et d’innovation que ces politiques visent à influencer sont menées par des chercheurs semi-autonomes et des entreprises privées. Pour que les politiques portent leurs fruits, les pouvoirs publics doivent nouer des partenariats avec ces groupes et les mobiliser. Compte tenu de la nature transversale des politiques de sécurisation, ils doivent également coordonner les activités à l’échelle des différents secteurs de l’administration.
iii. Enfin, les mesures STI liées à la sécurité devraient être précises et souples lorsqu’elles ciblent les domaines scientifiques, technologiques et industriels pour la promotion, la protection et la projection. Il est par conséquent nécessaire de développer les capacités en matière d’évaluation des risques et d’analyse des incertitudes liés à l’action publique, en s’appuyant sur un renseignement stratégique exploitable. Par ailleurs, les politiques de sécurisation devraient faire l’objet d’un suivi et d’évaluations afin de pouvoir prendre des mesures correctives et de promouvoir la responsabilisation.
La proportionnalité, les partenariats et la précision représentent dès lors un nouvel ensemble de « 3P » qui se superposent aux 3P d’origine liés à la sécurité, à savoir la promotion, la protection et la projection (Graphique 2.9)36. Ils constituent des principes de gouvernance des politiques de sécurisation en vue d’atténuer les risques et de favoriser la coordination stratégique. Le reste de cette section décrit brièvement chacun d’eux.
Graphique 2.9. Principes de gouvernance des considérations de sécurité de la STI favorisant la proportionnalité, les partenariats et la précision
Copier le lien de Graphique 2.9. Principes de gouvernance des considérations de sécurité de la STI favorisant la proportionnalité, les partenariats et la précision
Proportionnalité : cadrage de politiques de « sécurisation » de la STI qui concilient des valeurs, des objectifs et des intérêts différents
Les politiques relatives aux considérations de sécurité de la STI doivent par nature concilier des valeurs, des objectifs et des intérêts divers selon différents axes et à plusieurs niveaux. Les mesures de sécurisation décrites dans ce chapitre sont toutes axées sur la défense des intérêts nationaux, en particulier la compétitivité économique et la sécurité nationale, qui sont mises à mal par la nécessité de maintenir un certain degré d’ouverture internationale et d’autonomie de la recherche, lesquelles contribuent à la valeur des activités de recherche et d’innovation. La réussite de chaque mesure dépend de celle des autres et elles doivent être mises en œuvre ensemble pour garantir une approche équilibrée de la sécurisation. L’élaboration et l’application des politiques relatives aux considérations de sécurité de la STI devraient par conséquent être envisagées dans le cadre d’une stratégie de sécurisation de la STI plus large et équilibrée (tout en gardant à l’esprit que ce chapitre porte principalement sur le système public de recherche, et que plusieurs autres politiques intéressant la sécurisation de la STI et couvrant l’ensemble de la chaîne d’innovation devraient également être prises en considération).
Cette section traite avant tout des moyens de concilier la sécurité de la recherche et l’ouverture internationale, mais les responsables de l’élaboration des politiques devraient également se pencher sur d’autres dilemmes importants. Par exemple, les courses technologiques devraient être assorties de garde-fous pour gérer les risques d’évolution défavorable et combler les fractures technologiques mondiales. À cet égard, les principes et lignes directrices peuvent offrir aux acteurs internationaux, transnationaux et/ou mondiaux un moyen intéressant de prendre des engagements moraux et politiques tout en conservant une certaine souplesse et en tenant compte des différences et de l’évolution des conditions (OCDE, 2024[44]). De même, des lignes directrices claires en matière d’éthique devraient être formulées pour les activités de recherche et les technologies susceptibles de se prêter à un double usage, afin de s’assurer qu’elles ne compromettent pas le respect des droits humains ou le bien-être sociétal (Commission européenne, 2025[22]).
Concilier sécurité et ouverture de la recherche, et incidences sur la collaboration internationale
Les mesures en matière de sécurité de la recherche soulèvent des questions significatives sur la collaboration scientifique internationale, qui est un aspect important de l’ouverture scientifique. Les pays s’efforcent de trouver un juste équilibre entre la protection de leur sécurité nationale et économique, la préservation de la liberté universitaire, la promotion de la coopération scientifique internationale et le respect des principes d’ouverture et de non-discrimination. La mise en œuvre de pratiques de sécurité trop larges ou extrêmes peut nuire à la liberté universitaire, brider l’innovation et perturber des partenariats mondiaux fructueux. D’un autre côté, une sécurité insuffisante peut exposer les activités de recherche à caractère sensible ou les collaborations universitaires à des risques et, partant, compromettre la sécurité et saper la confiance.
Les décideurs s’accordent à penser que la sécurité de la recherche et la science ouverte ne doivent pas nécessairement être mises en opposition, mais peuvent se révéler complémentaires : par exemple, les mesures de sécurité de la recherche peuvent favoriser des pratiques de recherche ouverte en protégeant la liberté universitaire contre les abus commis par des acteurs étatiques malveillants ; en outre, elles sont souvent synonymes d’une transparence accrue sur les affiliations des chercheurs et les sources de financement. Elles contribuent ainsi à l’adoption de bonnes pratiques scientifiques, mais peuvent aussi faire l’objet d’une application trop zélée. L’important est de trouver une solution qui protège les travaux utiles sans compromettre les principes mêmes de la liberté universitaire ni les avantages socio-économiques de la participation à une collaboration scientifique internationale ouverte (Shih, 2025[45]) (OCDE, 2022[28]). Le principe général qui sous-tend cet équilibre complexe consiste à faire en sorte que la collaboration scientifique reste « aussi ouverte que possible et aussi sûre que nécessaire »37. À cela s’ajoute le concept connexe de défense sélective et agressive (« small yard, high fence » en anglais), qui consiste à mettre en place des contrôles stricts et robustes pour protéger des domaines scientifiques et technologiques restreints et ciblés considérés comme critiques pour la sécurité nationale et économique. Toutefois, l’accent qui tend à être mis sur la recherche à double usage pourrait modifier les calculs des pays et entraîner l’adoption de restrictions supplémentaires à la collaboration scientifique internationale (Commission européenne, 2025[22]).
Les mesures liées aux considérations de sécurité de la STI risquent par ailleurs d’ouvrir la voie à une fragmentation accrue du paysage mondial de la recherche et de l’innovation qui n’est pas équipé pour affronter les défis mondiaux. Les mesures prises dans un pays donné peuvent facilement déclencher ailleurs des contre-mesures malvenues et avoir un effet dissuasif sur la collaboration internationale à l’appui de la gestion des défis mondiaux communs. Par exemple, les domaines de recherche liés à la santé – tels que la préparation aux pandémies et la résistance aux antimicrobiens – sont concernés par le dilemme entre ouverture et sécurité. Ils traitent de défis mondiaux qui dépendent de la collaboration scientifique ouverte et du partage de données pour améliorer l’état de préparation, la reprise et la résilience. Dans le même temps, l’ouverture dans des domaines aussi sensibles peut aggraver le risque de mauvaise utilisation ou de comportement fautif, d’où une nécessaire vigilance. Pour préserver l’intégrité de la recherche et faire en sorte que la collaboration internationale en matière de recherche médicale puisse se poursuivre dans des conditions de confiance et conserver ses effets positifs, il est essentiel de reconnaître et de gérer cette tension de manière responsable.
L’attention accrue portée à la sécurité de la recherche a involontairement eu un effet dissuasif sur la collaboration scientifique internationale et, plus largement, sur la mobilité des universitaires. Les organisations menant des activités de recherche sont de plus en plus réticentes à s’engager dans des collaborations scientifiques internationales dont il est avéré qu’elles présentent des risques de sécurité. Cela tient en partie à l’asymétrie des connaissances, les organisations qui mènent des activités de recherche se plaignant souvent de recevoir de la part des services de sécurité des informations insuffisantes pour porter un jugement éclairé (James et al., 2025[27]). Elles font également état de diverses ambiguïtés et de signaux parfois contradictoires. À cela s’ajoutent les risques que les chercheurs se sentent poussés à s’autocensurer ou évitent de mener des travaux dans des domaines présentant des risques élevés mais néanmoins importants, ce qui nuirait à la recherche et l’innovation (Shih, 2025[45]). De plus, les approches de l’évaluation des risques, qu’elles soient fondées sur des listes ou sur des processus, peuvent comporter des risques de préjudice, de biais culturels et de discrimination involontaire à l’égard de certains groupes de population. Il s’agit là d’une préoccupation majeure pour le monde universitaire et d’un domaine qui appelle un suivi étroit, compte tenu de la généralisation des politiques imposant des restrictions sur les collaborations.
Si les organisations menant des travaux de recherche sont tenues d’agir de manière responsable dans le cadre de leurs activités internationales, ni les chercheurs ni les universités, à titre individuel, devraient avoir à assumer seuls l’évaluation de conflits d’objectifs complexes ; les pouvoirs publics et les organismes de financement sont quant à eux tenus de définir des lignes directrices nationales (Swedish Council for Higher Education, 2024[46]). Il est possible d’appréhender la coopération internationale comme pleinement compatible avec la sécurité nationale plutôt que comme un élément extérieur qui la menace38. Pour ce faire, il est essentiel d’adopter une approche fondée sur l’« intentionnalité », qui exige une compréhension approfondie des motivations des partenaires qui s’engagent dans la collaboration, de leurs réseaux et de leurs intentions ultimes concernant les résultats de la recherche. Il importe également de mettre l’accent sur la réciprocité afin de s’assurer que les parties tirent des avantages mutuels des collaborations et d’éviter les échanges non réciproques susceptibles d’aggraver les préoccupations liées à la sécurisation (Dawes, Salt et Smith, 2024[47]).
Dans le même temps, les organisations menant des activités de recherche doivent développer leurs propres capacités internes de sécurité, ce qui implique d’élaborer des politiques institutionnelles, de mettre en place des processus de gestion du risque et de diligence raisonnable, et de recruter des personnes chargées spécifiquement de veiller à la sécurité de la recherche. Elles doivent également continuer de sensibiliser à la fois les chercheurs et le personnel administratif à la sécurité de la recherche. Le développement de ces capacités est une gageure. De fait, les établissements disposent pour ce faire de financements limités et les ressources possédant ces compétences spécialisées sont rares sur un marché du travail concurrentiel. Les pouvoirs publics se heurtent eux aussi à ces contraintes de capacités, puisque les besoins croissants en termes de sécurité de la recherche mettent à rude épreuve les ministères et les agences de sécurité (James et al., 2025[27]).
Une approche stratégique en deux volets se fait jour, qui allie d’une part une collaboration intensive autour des technologies de pointe avec des pays partageant une communauté de vues, et d’autre part une coopération plus large avec des pays divers pour gérer les défis mondiaux communs (Asano et Arimoto, 2024[48]) (Turekian et Gluckman, 2024[42]). Les cadres d’action doivent définir clairement des « lignes rouges » pour les collaborations qui enfreignent de manière flagrante les normes établies (dumping éthique grave, usage militaire direct par des institutions militaires, transfert illicite de technologies, ou violations graves des droits humains, par exemple). Dans le même temps, il importe de gérer activement les « zones grises » au sein desquelles différents contextes nationaux et institutionnels créent des difficultés, afin d’éviter des transgressions, en adhérant aux principes d’intégrité, d’éthique et d’« internationalisation responsable » de la recherche (Shih, 2024[49]). Pour prendre des décisions efficaces, un large éventail de questions doivent être examinées, telles que l’ouverture, les progrès scientifiques, les défis mondiaux, la sécurité nationale, la sécurité économique, l’éthique, les droits humains et la démocratie. Combiner ces différentes préoccupations au sein d’une approche unique et cohérente est difficile mais essentiel pour veiller à la proportionnalité des mesures relatives aux considérations de sécurité dans la STI (Schwaag Serger et Shih, 2024[50]).
Partenariats : coopération avec les scientifiques et les entreprises et à l’échelle de l’administration
Une panoplie exhaustive de mesures visant à tenir compte des considérations de sécurité dans la STI doit prévoir des moyens d’inviter à la table des discussions un large éventail de parties prenantes représentant administration, entreprises et universités et, dans le même temps, établir des mécanismes de gouvernance robustes, essentiels si l’on veut pouvoir intégrer un ensemble de priorités et de valeurs. Cette démarche advient dans un contexte où les entreprises et les organisations publiques menant des activités de recherche jouissent d’une autonomie considérable, ce qui pose des problèmes en termes de coordination et de mobilisation, en particulier lorsque les valeurs et les intérêts risquent de ne pas concorder. Les mesures de promotion, de protection et de projection nécessitent également une coordination interministérielle, mais c’est notoirement difficile, les différents ministères et organismes appliquant chacun leurs propres procédures opérationnelles, cadres et modèles mentaux, et servant leurs propres intérêts collectifs.
Coopération avec les entreprises
Dans les économies à forte intensité technologique, la majeure partie de la R-D est menée dans les entreprises, où les restrictions aux échanges et à l’investissement ainsi que les nouvelles mesures de politique industrielle se font le plus durement sentir. Il est donc indispensable d’associer les entreprises à la formulation et à la mise en œuvre des politiques relatives aux considérations de sécurité de la STI. C’est peut-être d’autant plus vrai dans le cas des mesures de promotion puisque, par exemple, la nouvelle vague de politiques industrielles repose en grande partie sur des partenariats public-privé. Dans de tels contextes, la définition des priorités et la formulation des politiques font généralement intervenir des entreprises, souvent engagées dans des processus de prospective stratégique et d’évaluation technologique, dans la formulation et la conception de règles, et dans de la R-D en collaboration avec des organisations publiques menant des activités de recherche. Les entreprises bénéficient également d’incitations publiques destinées à attirer des talents internationaux, à la conception desquelles elles sont généralement associées.
Ce chapitre s’est concentré sur les mesures en faveur de la sécurité de la recherche qui concernent les organisations publiques menant des activités de recherche, mais les entreprises sont également soumises à des restrictions, par exemple sous la forme de contrôles des exportations et de filtrage des investissements dans le cadre de mesures économiques et de sécurité nationale. Elles sont également la cible de cyberattaques et d’actes d’espionnage industriel. Certains pays proposent des lignes directrices sur les mesures à prendre pour lutter contre les fuites de technologie dans le contexte de l’expansion à l’étranger d’installations de production. À titre d’exemple, la Stratégie européenne en matière de sécurité économique (voir l’Encadré 2.2) et le Plan d’action du Japon pour la sécurité économique (voir l’Encadré 2.3) contiennent des dispositions sur les risques de sécurité liés aux investissements sortants.
Ce chapitre a aussi mis en avant l’importance croissante de grandes entreprises technologiques de premier plan dans la diplomatie technologique, attendu qu’elles cherchent à exercer une influence sur les normes internationales et les programmes politiques. Ces entreprises exercent un contrôle considérable sur des technologies critiques, ce qui soulève des questions essentielles en matière de responsabilité, d’équité et de gouvernance, a fortiori puisque le développement de ces technologies échappe largement au contrôle des États, et que les intérêts des entreprises peuvent diverger des intérêts nationaux (Geneva Science and Diplomacy Anticipator Foundation, 2025[51]). Les cadres de la diplomatie scientifique et technologique, qui font intervenir entreprises et autorités publiques, ont été mis à jour de manière à reconnaître explicitement les acteurs non étatiques comme des participants à part entière, ce qui marque l’abandon de l’approche axée uniquement sur l’État.
Coopération avec les scientifiques et les organismes menant des activités de recherche
Pour réussir, les programmes de recherche ciblés orientés vers des objectifs stratégiques tels que la sécurité économique et nationale doivent mobiliser les scientifiques et les organisations menant des activités de recherche. Les pouvoirs publics ont généralement recours à des programmes de financement encadré et à d’autres incitations à cet effet (voir le chapitre 1), mais ils doivent aussi encourager le renforcement des liens avec d’autres acteurs du système d’innovation, notamment les entreprises, pour promouvoir l’innovation et la compétitivité nationale. Comme on l’a vu, l’attention croissante portée par les pouvoirs publics à la recherche et au développement technologique à double usage pourrait avoir des conséquences pour la recherche civile, en ce qui concerne l’environnement physique, par exemple avec des zones à haute sécurité ou à accès restreint, mais aussi les façons de conduire et de diffuser les recherches. Il faudra des formations et des aides ciblées pour aider le personnel de recherche à mieux appréhender les complexités de la recherche à double usage, et notamment ses risques et ses possibilités (Commission européenne, 2025[22]). Mais il faudra aussi que scientifiques et universités soient systématiquement associés à la coconception de tout nouveau dispositif.
Cette tendance s’observe déjà en matière de sécurité de la recherche. La responsabilité première de la mise en œuvre de la sécurité de la recherche incombe aux organisations menant des activités de recherche et, en particulier, aux universités, étant donné que leur autonomie est garantie dans de nombreux pays39. À l’époque du rapport OCDE-FMS (OCDE, 2022[28]), les mesures en faveur de la sécurité de la recherche étaient régulièrement critiquées par la communauté de la recherche au motif qu’elles étaient opaques ou trop éloignées des réalités du terrain des instituts de recherche. Les initiatives plus récentes donnent à voir une nette amélioration des modalités de collaboration des pouvoirs publics avec les instituts de recherche pour ce qui concerne l’élaboration et la mise en œuvre de ce type de mesures. Par exemple, la recommandation énoncée dans l’étude JASON de 2024, qui préconise d’opter pour une approche fondée sur les processus, plutôt que sur une liste, pour identifier les recherches sensibles a été élaborée à l’issue de discussions avec un éventail d’instances publiques, d’universités et de spécialistes des questions relatives à la sécurité de la recherche (JASON, 2024[52]). À différents niveaux de l’administration, les universités et les instituts de recherche semblent être régulièrement associés en tant que partenaires actifs du processus d’élaboration de politiques relatives à la sécurité de la recherche ; la quasi-totalité des nouvelles initiatives publiques prévoient d’ailleurs de recueillir les contributions des parties prenantes de la recherche40.
Dans le même temps, diverses initiatives lancées par des équipes de recherche ont vu le jour pour promouvoir les échanges entre communautés scientifique et diplomatique, dont beaucoup à l’échelle transnationale. Par exemple, en 2008, l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS) a créé le Centre de la diplomatie scientifique, dont la mission est de renforcer les interactions et les partenariats entre les deux communautés, et de développer le cadre intellectuel et la formation à l’appui de la pratique de la diplomatie scientifique41. En Europe, l’Alliance européenne pour la diplomatie scientifique a été lancée en 2021 pour faciliter les interactions et le dialogue, développer des formations, renforcer les capacités institutionnelles et coordonner la recherche de subventions ou l’utilisation de financements conjoints42. De même, DiploCientífica a mis en place un réseau collaboratif réunissant scientifiques, responsables de l’action publique et diplomates de la région Amérique latine et Caraïbes, en vue d’œuvrer au service du développement des capacités et de la production de connaissances constructives43. Enfin, en Afrique du Sud, l’initiative Science Diplomacy Capital for Africa vise à faciliter la collaboration transnationale entre les institutions scientifiques africaines et les partenaires mondiaux, en particulier les communautés diplomatiques et les organismes régionaux44.
Promouvoir la cohérence interministérielle des politiques
Les ministères chargés de la recherche et de l’innovation ainsi que les organismes de financement jouent un rôle actif dans la sécurisation progressive de la STI même si, jusqu’à présent, celle-ci était le plus souvent du ressort d’autres portefeuilles tels que le commerce, les affaires étrangères, la défense et l’industrie. Les liens entre les politiques STI et d’autres domaines d’action restent fragiles dans la plupart des pays, c’est pourquoi il convient de les renforcer pour mieux orchestrer l’action publique axée sur les mesures de protection, de promotion et de projection (OCDE, 2023[1]).
La recherche à orientation stratégique, par exemple dans le cadre de nouvelles politiques industrielles, suppose nécessairement une coopération interministérielle, en particulier pour aider à organiser des actions de soutien tout au long de la chaîne d’innovation, de l’étape de la recherche fondamentale jusqu’à celle de la commercialisation et de la diffusion des technologies. La meilleure illustration en est peut-être la popularité récente des politiques d’innovation à orientation précise, qui tendent à réunir plusieurs ministères et organismes pour qu’ils coordonnent ensemble des actions visant à atteindre des objectifs communs spécifiques et délimités dans le temps (voir le chapitre 1). La promotion de la recherche et des technologies à double usage exige également une coopération renforcée entre les ministères et organismes chargés de la STI et leurs homologues du secteur de la défense aux fins d’accélérer l’innovation et de soutenir un développement technologique sûr et responsable (Commission européenne, 2025[22]).
Pour appliquer une stratégie intégrée en faveur de la sécurité de la recherche, il faut aussi renforcer les collaborations intergouvernementales entre les organisations chargées de la science et celles qui s’occupent de la sécurité. De telles collaborations sont nécessaires pour établir une compréhension mutuelle des avantages et des risques des collaborations internationales en matière de recherche et pour aider à élaborer des stratégies d’atténuation adaptées aux risques. L’un des objectifs des collaborations de ce type est de faire en sorte que les instances publiques responsables de la science et de la sécurité aient une connaissance partagée des risques auxquels le secteur de la recherche est confronté et, partant, d’accroître l’adhésion aux mesures prises en matière de sécurité de la recherche45. Plus largement, à mesure que les politiques de sécurité de la recherche multiplient, il faudra sans doute des mesures pour rationaliser et harmoniser les lignes directrices, les normes et les responsabilités organisationnelles qui se recoupent. L’établissement de nouvelles structures et de nouvelles exigences en matière de sécurité de la recherche peut nécessiter de mobiliser des coûts et des efforts considérables. Les institutions de financement et les administrations nationales sont d’ailleurs déjà confrontées au besoin de clarifier les rôles et les responsabilités organisationnels à leur propre niveau de gouvernance46. Un intérêt croissant pour des bureaux d’information et des forums d’apprentissage et de discussion pourrait signaler une demande d’amélioration de la cohérence des politiques. Cela contribuerait non seulement à faciliter une mise en œuvre plus cohérente des politiques de sécurité de la recherche dans le monde, mais aussi à réduire la charge pesant sur les équipes de recherche. Le point de contact national néerlandais pour la sécurité du savoir est souvent présenté comme un bon exemple : il s’agit d’une collaboration interministérielle destinée à soutenir toute personne liée à une institution du savoir qui se pose des questions concernant les possibilités, les risques et les aspects pratiques d’une coopération internationale en matière de recherche47.
Les collaborations interministérielles visent également à favoriser des procédures plus rapides et plus efficaces d’identification des risques et d’atténuation des menaces potentielles. Par exemple, le ministère coréen de la Science et des TIC a entrepris d’élaborer une nouvelle classification de sécurité pour les projets nationaux de recherche-développement, afin de permettre un meilleur suivi de ces projets en fonction de leur niveau de risque. Cette classification définit une nouvelle catégorie intitulée « recherche sensible » entre les catégories conventionnelles de la recherche classifiée et de la recherche non classifiée. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un Plan global de renforcement du système de sécurité de la recherche au service de l’établissement d’un écosystème de recherche digne de confiance, qui est le fruit d’une collaboration entre neuf ministères et agences. Ce partenariat mène également des consultations sur les fuites d’actifs de recherche et s’attache à élaborer un guide sur le thème de la sécurité de la recherche pour soutenir les établissements de recherche.
Pour être efficace, la diplomatie scientifique a également besoin d’une coordination interministérielle renforcée, d’où le fait que l’interface entre les services diplomatiques, les ministères de la Science et les communautés de la recherche revête une importance croissante. Les pouvoirs publics sont préoccupés par le renforcement des capacités institutionnelles et des compétences du personnel, tout en cherchant à favoriser une vision plus stratégique au service de la poursuite de divers moyens et objectifs.
Précision : développer les capacités de renseignement stratégique et d’évaluation des risques
Pour que les mesures relatives aux considérations de sécurité soient proportionnées, elles doivent être fondées sur un recensement et une évaluation solides des risques et des opportunités, qui reposent sur des connaissances et des données probantes sur les évolutions actuelles et futures des nouvelles STI et leurs possibles incidences sur l’économie et la société. Ce renseignement stratégique s’appuie sur un large éventail de méthodes, dont l’analyse comparative statistique, la prévision et la modélisation, la prospective, l’évaluation des technologies, la cartographie des systèmes et des trajectoires, le suivi et l’évaluation des technologies. Le chapitre 7 décrit plusieurs types de pratiques en matière de renseignement stratégique qui pourraient se révéler utiles, telles que l’analyse prospective et la surveillance des technologies ; l’analyse de situation ; l’évaluation prospective des technologies ; la prospective adaptative ; la participation multipartite ; et l’évaluation formative (en temps réel). Ces efforts devraient également combiner et intégrer différentes disciplines, par exemple d’une part des connaissances sur les systèmes et les dynamiques de recherche, de science et d’enseignement supérieur, et d’autre part des connaissances sur les pays concernés et sur la sécurité nationale et économique. Une telle approche pluridisciplinaire est nécessaire pour éviter d’accorder une importance excessive aux considérations de sécurité (Schwaag Serger et Shih, 2024[50]).
Différentes chaînes d’approvisionnement des technologies présentent des risques de vulnérabilité divers, et il en va de même de la collaboration scientifique internationale : le potentiel de double usage varie selon les technologies critiques et les pays ne disposent pas tous des mêmes capacités pour les exploiter. D’où la nécessité de privilégier une approche ciblée de l’action publique, qui repose sur des évaluations de la gestion des risques étayées par les meilleures données disponibles, et sur des analyses prospectives lorsque les incertitudes mettent en échec les analyses traditionnelles fondées sur les risques (OCDE, 2023[1]). Plusieurs initiatives ont été lancées pour bâtir ce socle de connaissances, mais il faut aller plus loin. L’examen des politiques de sécurité économique mises en place dans l’UE et au Japon a mis en évidence ce type d’activités (voir l’Encadré 2.2 et l’Encadré 2.3)48, tandis que l’Encadré 2.9 donne un aperçu de la manière dont la Finlande développe ses capacités d’évaluation des technologies au niveau interministériel pour étayer l’élaboration des politiques en matière de sécurité économique, et scientifique et technologique.
Encadré 2.9. Le renseignement stratégique au service de la sécurité économique et scientifique en Finlande
Copier le lien de Encadré 2.9. Le renseignement stratégique au service de la sécurité économique et scientifique en FinlandeLa Finlande étant une petite économie à la pointe de la technologie, elle a tiré parti d’une coopération internationale ouverte en matière de recherche et d’innovation qui a guidé sa réflexion sur la politique STI tout au long de la période qui a suivi la Guerre froide. Face à la sensibilisation grandissante à la sécurité de la recherche, le pays doit réexaminer ses atouts technologiques et commerciaux et s’attacher à développer les possibilités de croissance et les entreprises internationales à forte valeur ajoutée. Outre sa collaboration étroite dans le domaine de la STI au sein de l’UE, son adhésion à l’OTAN influe également sur sa coopération STI avec les partenaires et ouvre la voie à des possibilités d’exportation, notamment pour le secteur de la défense.
Les industries de haute technologie représentent une part conséquente des exportations de la Finlande, notamment des exportations de produits et de services, et dépendent de quantités importantes de matières premières et de produits intermédiaires provenant de l’étranger. Fin 2024, le ministère de l’Économie et de l’Emploi a créé une unité chargée de la politique technologique afin d’améliorer la coordination de l’action publique, de repérer les possibilités de croissance offertes par les technologies et de renforcer les capacités d’analyse de la Finlande dans ce domaine, dans le cadre d’une activité globale liée à la feuille de route technologique. Il s’agit notamment de développer les capacités de production de renseignement stratégique afin de mieux comprendre les défis et les possibilités inhérentes à la recherche et aux nouvelles technologies.
Pour améliorer la coordination interministérielle, le ministère a également créé un groupe de travail sur la politique technologique afin de favoriser des échanges de vues réguliers et d’assurer la coordination avec les ministères et les organismes concernés. Ce groupe s’attachera à recenser et examiner les questions de fond appelant une coopération et une coordination à l’échelle nationale (y compris les questions ayant trait à la sécurité de la recherche et des technologies), améliorer l’anticipation technologique axée sur les objectifs et les capacités d’analyse, et produire des connaissances à même d’aider à l’orientation des politiques STI et industrielles.
Source : D’après des échanges entre le Secrétariat de l’OCDE et les ministères finlandais de l’Économie et de l’Emploi, et de l’Éducation, de la Science et de la Culture.
Dans le domaine de la sécurité de la recherche, plusieurs pays et établissements ont défini des orientations relatives à l’évaluation et à l’évitement des risques49, mais on s’est moins intéressé à ce que l’atténuation et la gestion proportionnées des risques signifient dans différents contextes. Il n’est pas possible de recenser l’intégralité des risques et certaines vulnérabilités systémiques doivent être prises en compte, notamment celles liées aux systèmes informatiques et aux processus d’examen par les pairs. La proportionnalité dépend des priorités, des ressources et du contexte. Par exemple, certains pays ont établi des listes noires de domaines dans lesquels toute collaboration scientifique avec des pays ou des établissements particuliers est interdite. D’autres lient l’identification et la gestion des risques aux niveaux de maturité technologique. La détermination des avantages et des inconvénients de différentes approches en fonction du contexte est un domaine dans lequel les pays et les établissements pourraient apprendre les uns des autres.
À mesure que le domaine de la sécurité de la recherche continue d’évoluer, il apparaît nécessaire de favoriser l’apprentissage continu pour garder une longueur d’avance sur les risques et les défis qui se font jour. Il s’agit notamment de comprendre à la fois les nouveaux mécanismes d’ingérence étrangère et les stratégies efficaces pour limiter les risques. Pour ce faire, plusieurs acteurs du monde de la recherche s’emploient à formaliser les processus d’apprentissage continu, sous la forme d’une évaluation des politiques et des pratiques. Ce processus d’évaluation est essentiel pour améliorer les politiques existantes et faire en sorte qu’elles restent cohérentes avec les objectifs plus larges en matière de recherche et d’innovation50. De plus, pour faciliter le partage de bonnes pratiques liées à la sécurité de la recherche, les organisations à différents niveaux accordent une attention croissante aux moyens de favoriser l’apprentissage mutuel, notamment par le biais de forums de discussion et de bureaux centraux fournissant des informations vérifiées et actualisées et des ressources sur les menaces et les stratégies d’atténuation51.
Les mesures liées à la diplomatie scientifique gagneraient également à s’appuyer davantage sur le renseignement stratégique. C’est ainsi que la Fondation Geneva Science and Diplomacy Anticipator (GESDA) a proposé le Cadre relatif à la diplomatie scientifique anticipatoire afin de favoriser une gouvernance proactive et le déploiement des progrès scientifiques avant qu’ils ne créent des bouleversements ou des inégalités, en s’assurant que la science serve l’humanité tout en affrontant la concurrence géopolitique. Pour ce faire, il fournit aux acteurs concernés des éclairages précoces sur la science d’avant-garde – en identifiant et en jaugeant les grandes avancées scientifiques les plus susceptibles de transformer l’humanité et la planète –, laissant ainsi suffisamment de temps pour évaluer et examiner leurs implications à long terme à l’échelle mondiale, et éviter de passer à côté des opportunités en façonnant de manière anticipée les trajectoires d’innovation avant que les crises ne surviennent (Geneva Science and Diplomacy Anticipator Foundation, 2025[51]). Le Cadre relatif à la gouvernance anticipative des technologies émergentes publié en 2024 par l’OCDE fournit également des orientations structurées sur la manière dont les pouvoirs publics peuvent intégrer l’anticipation aux cycles de l’action publique, à la participation des parties prenantes et aux stratégies d’innovation, y compris au niveau international (OCDE, 2024[44]).
Conclusions
Copier le lien de ConclusionsParmi les nombreux types de liens STI qui existent à l’échelle internationale, ce chapitre s’est intéressé à ceux qui concernent la recherche internationale et, plus particulièrement, à l’attention croissante accordée aux considérations de sécurité dans le cadre des politiques STI, qui jouent désormais un rôle déterminant dans leur élaboration. L’entrée dans une nouvelle ère marquée par des rivalités géopolitiques croissantes et une intensification de la concurrence entre les États autour des technologies émergentes entraîne une reconfiguration des dispositifs de coopération STI internationale mis en place après la Guerre froide. On observe déjà les signes d’un système de recherche international moins ouvert : le co-autorat international de publications scientifiques, dont la progression a été, pendant les 30 dernières années, au cœur d’une communauté de recherche mondiale plus intégrée, manque aujourd’hui de dynamisme, voire décline.
Si ces évolutions font naître de nouvelles difficultés et des incertitudes considérables, les responsables de l’élaboration des politiques STI peuvent influer sur les contours d’un nouveau paysage des liens internationaux en matière de STI. S’appuyant sur le cadre des « 3P » (promotion, protection et projection) présenté dans l’édition 2023 des Perspectives STI, ce chapitre a montré comment les pouvoirs publics tendent de plus en plus à cibler les technologies critiques pour promouvoir la sécurité économique et nationale ; à mettre en œuvre des mesures liées à la sécurité de la recherche pour lutter contre la fuite de connaissances et la coercition ; et à utiliser les politiques en matière de diplomatie scientifique pour promouvoir leurs intérêts nationaux et gérer de manière plus stratégique l’ouverture internationale de leurs systèmes de recherche.
Ces politiques s’accompagnent de risques et de possibilités divers, et les décideurs devraient adopter des politiques de « sécurisation » de la STI équilibrées qui sont proportionnées aux risques encourus, précises sur les domaines qu’elles ciblent, et fondées sur des partenariats avec des scientifiques et des entreprises, ainsi qu’à l’échelle de l’ensemble de l’administration. Par exemple, les politiques relatives aux considérations de sécurité devraient mettre en balance les éventuelles restrictions et les avantages de la science et de l’innovation ouvertes ; elles devraient se fonder sur des données probantes et mettre à profit des estimations des risques, des analyses axées sur l’avenir telles des exercices prospectifs et évaluations des technologies (voir le chapitre 7), et des conclusions d’évaluations ; et elles devraient mobiliser un ensemble varié de parties prenantes – notamment des scientifiques et des entreprises innovantes qui acceptent de mieux en mieux la nécessité de prendre des mesures de sécurisation – afin d’accroître leurs chances de réussite.
La plupart des compétences et des capacités organisationnelles dont les pouvoirs publics ont besoin pour mettre en place des politiques de sécurisation équilibrées dans le domaine de la STI demeurent insuffisantes. De nouveaux établissements, cadres d’action et dispositifs de gouvernance seront également nécessaires, mais leur mise en place prendra du temps et se fera parfois par tâtonnements. Les politiques qui favorisent la recherche à double usage, la sécurité de la recherche et la diplomatie scientifique sont souvent gérées par différents ministères et organismes alors qu’elles sont étroitement liées. Les pouvoirs publics doivent mettre au point des outils et des cadres d’évaluation offrant une vision systémique et une compréhension de leur portefeuille de mesures de sécurisation dans le domaine STI et au-delà, afin d’en évaluer les synergies et les dissonances et de promouvoir des interventions concertées. Malgré les sensibilités qui caractérisent ce domaine d’action, les pouvoirs publics devraient également favoriser l’apprentissage mutuel à l’échelle internationale et l’analyse comparative des bonnes pratiques qui se font jour dans les pays partageant les mêmes aspirations afin de coordonner et d’accélérer l’élaboration de leurs plans nationaux de développement et l’avancement de leur mise en œuvre. Il reste encore beaucoup à apprendre, le partage d’informations sur les politiques et les pratiques devra se poursuivre et les politiques devront continuer d’être affinées dans un environnement en rapide mutation.
Références
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[18] Commission européenne (2025), Proposal for a Regulation of the European Parliament and of the Council on establishing the European Competitiveness Fund (’ECF’), including the specific programme for defence research and innovation activities, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:52025PC0555.
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[1] OCDE (2023), STI Outlook 2023.
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[31] White House Office of Science and Technology Policy (2024), White House Office of Science and Technology Policy Releases Guidelines for Research Security Programs at Covered Institutions, https://www.whitehouse.gov/ostp/news-updates/2024/07/09/white-house-office-of-science-and-technology-policy-releases-guidelines-for-research-security-programs-at-covered-institutions/.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Dans l’édition 2023 des Perspectives STI, la « sécurisation » est définie comme le fait de reconsidérer les problématiques habituelles, telles que le changement climatique, les migrations et les technologies émergentes, par le prisme de la « sécurité ». Le terme anglais, « securitisation », est plus fréquemment utilisé dans une acception différente dans le domaine de la finance et se traduit alors par « titrisation » en français.
← 2. Les liens en matière de STI à l’échelle internationale sont très divers. Par exemple, les chercheurs universitaires participent régulièrement à des coopérations et à des échanges par-delà les frontières pour faire progresser des intérêts scientifiques communs. De nombreux chercheurs sont également en mobilité internationale. Dans le secteur privé, des entreprises innovantes réalisent, à l’échelle internationale, des échanges et des investissements liés à la production de biens et la fourniture de services de haute technologie. Si les liens STI à l’échelle internationale peuvent être tissés à l’initiative des États, ils sont plus souvent noués sur le terrain, entre scientifiques, établissements de recherche ou entreprises. Le présent chapitre porte principalement sur la collaboration scientifique et la mobilité internationale des chercheurs.
← 3. L’intensité de la collaboration internationale peut être mesurée en observant le nombre de documents publiés sur un territoire de référence pour lesquels les affiliations répertoriées comprennent au moins une affiliation à l’étranger, en pourcentage du nombre total de publications attribuées à ce territoire.
← 4. Les capacités croissantes de recherche de la Chine ont transformé la géographie de la collaboration scientifique internationale au cours des 20 dernières années. La Chine, dont les dépenses de R-D n’ont été dépassées que par celles des États-Unis en 2023, compte le personnel de R-D le plus nombreux au monde et est à l’avant-garde dans de multiples domaines de la science et de la technologie.
← 5. Les chercheurs en début de carrière – doctoraux et post-doctoraux – sont souvent en mobilité internationale, mais il peut être difficile de suivre leur parcours, surtout s’ils cessent de publier et n’apparaissent donc plus dans les données bibliométriques. Le manque de données complètes sur les parcours professionnels est un problème non seulement pour les responsables publics, mais également pour les chercheurs en début de carrière qui souhaitent faire des choix éclairés en la matière. L’Observatoire des carrières de la recherche et de l’innovation (ReICO) est une initiative conjointe de l’OCDE et de la Commission européenne. Il a pour vocation de devenir la principale source de données et d’informations fiables sur les carrières de la recherche et l’innovation. Ce projet vise à constituer une plateforme d’information dynamique qui suit et analyse l’évolution des talents, des parcours professionnels et de la mobilité dans les domaines de la recherche et de l’innovation dans les pays de l’OCDE et de l’Union européenne, ainsi que dans d’autres économies.
La mobilité des talents est l’un des grands piliers du ReICO. Ce thème est centré sur la circulation des talents de la recherche et de l’innovation entre institutions, entre secteurs et par-delà les frontières. Il s’agit d’étudier les transitions professionnelles et le rôle de la mobilité dans des systèmes d’innovation dynamiques et interconnectés. L’Observatoire vise à améliorer la comparabilité internationale des données sur la mobilité des chercheurs en collaborant étroitement avec les points de contact nationaux par le biais de collectes de données annuelles coordonnées. Ces données proviennent d’enquêtes et de registres administratifs nationaux, ainsi que de sources internationales complémentaires telles que la base de données sur les immigrés dans les pays de l’OCDE. En outre, l’Observatoire lancera une enquête ReICO sur le personnel de la recherche et de l’innovation, qui ciblera les travailleurs à titre individuel, pour apporter de nouveaux éclairages. Le ReICO mettra ainsi en lumière les schémas et la dynamique de la mobilité des talents et fournira des éléments pour opérer une distinction entre la fuite, les gains et la circulation des cerveaux. Pour de plus amples informations, voir www.oecd.org/en/about/project/reico.
← 6. Dans les pays de l’OCDE, la part des étudiants en mobilité internationale croît avec le niveau d’enseignement supérieur. S’ils représentent en moyenne 5 % des étudiants en licence, leur pourcentage atteint 15 % des étudiants en master et 25 % dans les cursus doctoraux (OCDE, 2025[4]).
← 7. Voir Mérat, V. (2022), « Précarité, harcèlement, manque d’attractivité : à l’université, la baisse du nombre de doctorants inquiète », Le Figaro étudiant, https://etudiant.lefigaro.fr/article/ precarite-harcelement-manque-d-attractivite-a-l-universite-la-baisse-du-nombre-dedoctorants-inquiete_55a41c50-37fa-11ed-9733-eb8453767bff/.
← 8. Cette section s’inspire en grande partie de (OCDE, à paraître[5]).
← 9. Les objectifs de développement durable liés à l’énergie et à l’environnement représentent, ensemble, près de 28 % de la production scientifique. La part des publications scientifiques jugées les plus susceptibles de contribuer à la transition énergétique et écologique est restée stable pendant la période 2008-18. Alors que le nombre total de publications scientifiques indexées a augmenté régulièrement tout au long de la période considérée, la part de publications relatives à la transition écologique a stagné en 2018 et a légèrement baissé ensuite (OCDE, à paraître[5]).
← 10. En citant la littérature universitaire, l’édition 2023 des Perspectives STI (OCDE, 2023[1]) définissait la « souveraineté technologique » comme la capacité d’une entité politique à agir de manière stratégique et autonome en période d’intensification de la concurrence mondiale fondée sur les technologies. Une notion connexe, l’« autonomie stratégique », est plus vaste et désigne la capacité d’une entité politique à agir de manière indépendante dans les domaines d’action revêtant une importance stratégique. Cela n’implique pas de s’isoler ou de se dissocier du reste du monde, mais décrit plutôt la capacité d’une entité politique à développer et à gérer les relations internationales de manière indépendante. Cette notion est liée à celle de souveraineté technologique dans la mesure où celle-ci crée des possibilités de rivaliser aux frontières technologiques, avec à la clé des retombées positives sur la capacité de l’entité politique à influer sur les affaires internationales. La capacité des pays à développer, intégrer et employer avec succès des technologies émergentes et de rupture pour des applications militaires sert habituellement à mesurer leur autonomie stratégique, mais cette capacité vaut aussi pour de nombreuses technologies commerciales, en particulier celles susceptibles de se prêter à un double usage.
← 11. Le chapitre attire l’attention sur quatre dimensions de la sécurité et leurs implications pour les liens STI à l’échelle internationale. La dimension la plus vaste est la sécurité mondiale, qui comprend la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire et la sécurité environnementale, autant de domaines dans lesquels la STI joue un rôle central. Cela recouvre de nombreux défis bien connus de portée mondiale, notamment les pandémies, la résistance croissante aux antimicrobiens, le déclin de la biodiversité, l’érosion des sols et le changement climatique. La sécurité nationale est traditionnellement associée à l’armée et aux autres forces de sécurité, bien que des définitions plus larges puissent aussi englober différents types de questions liées à la sécurité mondiale, comme la préparation aux pandémies. La sécurité nationale liée à la défense dépend étroitement de technologies de pointe, dont beaucoup sont de plus en plus souvent mises au point dans le secteur civil. La sécurité économique renvoie aux risques liés à la résilience des chaînes d’approvisionnement, à la sécurité physique et la cybersécurité des infrastructures critiques, ainsi qu’à l’instrumentalisation des dépendances économiques ou la coercition économique (Commission européenne, 2023[10] ; OCDE, 2025[54]). Les fuites de technologies entrent également dans son champ. Pour finir, le chapitre fait en outre référence à la sécurité de la recherche, qui a pour objet de prévenir toute ingérence étrangère indésirable d’un État ou d’un acteur non étatique dans la recherche (OCDE, 2022[28]). Ces quatre dimensions de la sécurité sont souvent complémentaires, mais elles peuvent aussi être antagoniques et donner lieu à des arbitrages, notamment en ce qui concerne les liens STI à l’échelle internationale.
← 12. L’accent mis sur le système de recherche dans ce chapitre contraste avec le prisme plus large de l’édition 2023 des Perspectives STI (OCDE, 2023[1]), qui porte aussi sur les problématiques « en aval », telles que les subventions à l’industrie (promotion), les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement (protection) et les alliances stratégiques et les normes techniques (projection). En 2023, l’objectif était de donner une vue d’ensemble générale de l’attention croissante portée aux considérations de sécurité dans le cadre de la politique STI, alors qu’il s’agit aujourd’hui d’étudier de plus près les relations entre différentes politiques au sein essentiellement d’une partie de la chaîne d’innovation (le système de recherche), leurs conséquences sur les liens noués dans le domaine de la recherche à l’échelle internationale et les mesures que les pouvoirs publics pourraient prendre pour s’assurer que les politiques soient proportionnées aux risques et aux opportunités, élaborées en partenariat avec les principales parties prenantes, et fondées sur un ensemble de connaissances et de données factuelles.
← 13. L’OCDE rassemble des données disponibles publiquement et mesure les stratégies industrielles des différents pays de l’OCDE à partir de données harmonisées sur les dépenses afférentes aux politiques industrielles, leur composition, leur mode de mise en œuvre et les caractéristiques de leurs bénéficiaires. Pour de plus amples informations, voir https://www.oecd.org/fr/themes/quantifier-les-strategies-industrielles.html.
← 14. Les politiques d’innovation à orientation précise ont une perspective écosystémique similaire, mais se concentrent plus étroitement sur l’exécution d’une mission particulière, y compris une mission technologique (Larrue, Tõnurist et Jonason, 2024[53]).
← 15. Les mesures de ce type ne concernent pas uniquement les pays de l’OCDE. En Chine, par exemple, le 14e plan quinquennal de développement économique et social national (2021-25) et la stratégie de double circulation sur laquelle il s’appuie visent à parvenir à l’autosuffisance dans le domaine des technologies fondamentales et à réduire la dépendance du pays à l’égard des technologies étrangères, comme dans le domaine des semi-conducteurs avancés, dans lequel la Chine est confrontée à des dépendances critiques (OCDE, 2023[1]).
← 16. Les fonds sont distribués par l’intermédiaire de l’Agence japonaise de science et de technologie (JST) et de l’Organisation pour le développement des énergies nouvelles et des technologies industrielles (NEDO). La loi instaure également un conseil de coopération public-privé qui soutient activement la R-D dans le cadre du Programme K en partageant des informations précieuses et parfois sensibles concernant les besoins des secteurs public et privé et les solutions technologiques. Il peut notamment s’agir d’informations sur des incidents de sécurité impliquant des entreprises privées, détenues par les administrations compétentes et qui n’avaient normalement pas été partagées avec des chercheurs en raison des obligations de confidentialité découlant de la loi sur le service public national.
← 17. Cette section fait largement fond sur un exposé prononcé par M. Andrew James, de l’université de Manchester, lors de la 125e session du CPST, le 6 novembre 2024.
← 18. S’inspirant en partie de l’exemple des États-Unis, où des relations productives ont été tissées entre les écosystèmes des technologies civiles et militaires, la Chine mène depuis plusieurs années un programme de Fusion militaire-civile. L’objectif est de créer et d’exploiter des synergies entre le développement économique et la modernisation militaire et d’encourager les entreprises commerciales et de défense à collaborer et synchroniser leurs efforts en partageant les talents, les ressources et les innovations (OCDE, 2023[1]).
← 19. Si le gouvernement fédéral allemand souhaite exploiter les synergies entre la recherche militaire et la recherche civile, il est conscient de la nécessité d’adopter une approche globale de la sécurité consistant à promouvoir les deux types de recherche de manière plus complémentaire.
← 20. La plateforme STIP Compass mise au point par la Commission européenne et l’OCDE rassemble des informations générales sur près de 400 initiatives publiques recensées dans 60 pays et liées à la mobilité internationale des ressources humaines. Voir https://stip.oecd.org/stip/interactive-dashboards/themes/TH55.
← 21. Qui plus est, plusieurs pays ont adopté des dispositions constitutionnelles ou juridiques relatives à la liberté universitaire et l’autonomie institutionnelle des universités.
← 22. Le portail thématique sur la sécurité de la recherche de la plateforme CE-OCDE STIP Compass donne un aperçu unique des initiatives en la matière mises en place à l’échelle mondiale. Le portail favorise l’apprentissage mutuel entre les pays ; il donne à voir les types d’instruments d’action déployés par les pays et les questions de fond particulières qu’ils entendent traiter. En 2025, il contenait des informations sur 261 initiatives publiques liées à la sécurité de la recherche menées dans 41 pays. Suivant la taxonomie des politiques de la plateforme STIP Compass, les trois principaux instruments d’action que les pays ont indiqué utiliser sont des campagnes de sensibilisation du public et d’autres activités de vulgarisation ; des stratégies, programmes et plans ; et des réglementations et normes juridiques non contraignantes dans les domaines de la science et de la technologie.
← 23. Ces initiatives prévoient souvent la création de bureaux ou d’unités dédiés ayant pour mission de superviser la politique relative à la sécurité de la recherche. Ils centralisent la responsabilité et l’expertise en la matière, ce qui peut favoriser une approche plus cohérente de l’élaboration et du contrôle de l’application des politiques. Par exemple, le Bureau du Directeur de la Fondation nationale pour la science (National Science Foundation, NSF) a créé en 2023 le nouveau Bureau du Chef de la stratégie et de la politique de sécurité de la recherche, qui est chargé de coordonner l’ensemble des politiques de sécurité de la recherche de la NSF. Il assume les responsabilités suivantes : recenser et traiter les risques qui pèsent sur l’activité de recherche ; mettre en place la politique et les bonnes pratiques ; mener des activités de sensibilisation et d’éducation ; diffuser les exigences en termes d’établissement de rapports et de divulgation ; élaborer des politiques pour assurer la conformité ; et, surtout, procéder à des vérifications préalables sur les demandes de financement déposées auprès de la NSF (U.S. Senate Committee on Commerce, Science, & Transportation, 2022[59]). Des organisations dotées de missions similaires sont également créées dans des universités et des établissements de recherche, aux États‑Unis et ailleurs. Par exemple, d’après une enquête sur la sécurité de la recherche menée en 2023 par le ministère coréen de la Science et des TIC, près de la moitié des plus de 90 établissements coréens de recherche qui ont répondu ont indiqué disposer d’un organe dédié à la sécurité de la recherche (Presidential Advisory Council on Science and Technology, 2023[60]).
← 24. Cette approche axée sur des listes est complétée par une approche plus large de l’évaluation des risques qui exige de procéder à des vérifications préalables générales sur les projets de recherche (y compris au-delà du périmètre de la liste), comme le prévoit la politique complémentaire intitulée Lignes directrices sur la sécurité nationale pour les partenariats de recherche. Il convient également de souligner que la politique canadienne ne mentionne pas des pays particuliers, mais se concentre plutôt sur le profil de risque des organismes de recherche, interdisant seulement les affiliations à ceux dont l’évaluation a montré qu’ils posent les risques les plus élevés pour la sécurité nationale du Canada (Gouvernement du Canada, Innovation, Sciences et Développement économique, 2024[33]).
← 25. La DFG souligne que les candidats individuels et institutionnels souhaitant engager une coopération avec des partenaires internationaux doivent expliquer les risques et les avantages qu’elle peut induire, des justifications plus détaillées étant généralement exigées pour les projets présentant des risques plus élevés, avérés ou apparents (German Research Foundation, 2023[61]). Le WR a publié une note de position sur « La science et la sécurité en période de bouleversements politiques mondiaux » (traduction libre) (German Science and Humanities Council, 2025[55]), dans laquelle il formule des recommandations pour gérer les risques liés aux connaissances en vue de bâtir une société résiliente et de la protéger. Si les recommandations du WR et de la DFG ne ciblent pas des pays particuliers, la MPG et le DAAD ont publié des documents spécifiques concernant les interactions avec la Chine. La MPG met l’accent sur la nécessité d’une compréhension mutuelle et d’une approche tenant compte des différences culturelles pour prendre des décisions avisées et instaurer une coopération équilibrée avec la Chine (Max Planck Society, 2023[57]). Selon les recommandations du DAAD, les interactions avec les partenaires chinois devraient être axées sur les intérêts, tenir compte des risques et être fondées sur les compétences (German Academic Exchange Service, 2024[58]).
← 26. Le cadre TRUST s’appuie sur un arbre de décision pour évaluer les propositions de recherche et les projets pour ce qui est des nominations de personnel et de l’appui à la recherche, du non-respect des exigences de divulgation et autres, et des risques pour la sécurité nationale. Voir : National Science Foundation (2024), NSF-backed SECURE Center will support research security, international collaboration, consultable à l’adresse : https://new.nsf.gov/news/nsf-backed-secure-center-will-support-research.
← 27. Pour de plus amples informations, voir https://www.jst.go.jp/osirase/research_security/index_e.html. Plus largement, le débat de fond sur la sécurité de la recherche au Japon a vu le jour en 2024 dans le cadre des discussions sur la politique relative à la sécurité économique (avec par exemple le panel d’experts du NSS sur les mesures de lutte contre la fuite de technologies critiques). Le MEXT a ensuite publié en décembre 2024 son Rapport sur une approche à l’appui de la sécurité de la recherche dans les universités. En avril 2025, le panel d’experts du Secrétariat du CSTI a engagé une discussion en vue d’élaborer des lignes directrices sur la sécurité de la recherche.
← 28. La page web de l’UNESCO sur la diplomatie scientifique cite plusieurs exemples [https://www.unesco.org/en/scientific-research-cooperation-why-collaborate-science-benefits-and-examples], dont ceux du CERN en Suisse, du Centre international de physique théorique en Italie, et du centre SESAME en Jordanie.
← 29. En gagnant en popularité, le concept de diplomatie scientifique a quelque peu perdu de son sens. Comme évoqué dans (Geneva Science and Diplomacy Anticipator Foundation, 2025[51]), son caractère transdisciplinaire a poussé les milieux universitaires et diplomatiques et les pouvoirs publics à s’y intéresser, mais l’expression tend aussi à être utilisée pour qualifier toute initiative impliquant une collaboration scientifique internationale, même en l’absence d’intention stratégique ou d’impact démontrable sur la politique étrangère ou la gouvernance internationale. L’usage galvaudé du concept de diplomatie scientifique risque d’occulter cette distinction importante. D’où la nécessité de définir des cadres plus clairs pour faire en sorte qu’elle continue d’être axée sur des objectifs, cohérente et utile.
← 30. La répartition inégale des capacités en termes d’infrastructures de recherche au niveau mondial n’a pas permis un accès équitable aux ressources et aux données dans de nombreuses régions du monde pendant la pandémie de COVID-19, et a contribué à un décalage entre les besoins et les ressources. Les bailleurs de fonds de la recherche des pays de l’OCDE ont reconnu le problème et affecté environ 200 millions USD à l’échelle mondiale aux projets liés au COVID-19 qui visaient à renforcer les capacités de recherche dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, dont la plupart visaient à renforcer les capacités des laboratoires. Ce développement des capacités de recherche peut contribuer à améliorer l’état de préparation aux crises sanitaires, mais doit être étendu pour permettre une action mondiale efficace face à d’autres défis actuels et futurs (OCDE, 2023[1]).
← 31. Pour de plus amples informations, voir https://www.gov.uk/world/organisations/uk-science-and-innovation-network.
← 32. Pour de plus amples informations, par exemple, sur les travaux que Microsoft mène avec les Nations Unies et les organisations internationales, voir : https://www.microsoft.com/en-us/corporate-responsibility/united-nations.
← 33. Pour en savoir plus, voir le site du Bureau de l’Ambassadrice du Danemark pour la technologie : https://techamb.um.dk/the-techplomacy-approach.
← 34. Pour de plus amples informations, voir https://www.eeas.europa.eu/delegations/united-states-america/san-francisco_en?s=253.
← 35. Pour de plus amples informations, voir https://swissnex.org/about-us/mission-and-organization/.
← 36. Il convient de souligner que la Stratégie européenne en matière de sécurité économique (voir l’Encadré 2.2) désigne également la proportionnalité et la précision comme des principes fondamentaux de toute mesure de sécurité économique (Commission européenne, 2023[10]).
← 37. La science ouverte est une priorité d’action dans tous les pays de l’OCDE. La base de données CE-OCDE STIP Compass donne un aperçu des solutions que les différents pays adoptent au niveau des politiques nationales pour promouvoir la science ouverte. Son portail des politiques STI au service de la science ouverte fournit des informations sur près de 700 initiatives prises par les pouvoirs publics dans plus de 60 pays et par l’UE, et est mis à jour à intervalles réguliers. Si les informations ne sont certainement pas exhaustives pour tous les pays, le portail donne une vue d’ensemble des domaines dans lesquels ils concentrent leurs efforts et, au niveau des différentes initiatives, fournit des informations synthétiques et des liens qui constituent un point de départ utile aux personnes qui souhaitent approfondir leurs connaissances. Il donne également accès aux rapports et aux articles ayant trait à la politique en matière de science, publiés par l’OCDE, d’autres organisations internationales et dans des référentiels publics pertinents.
← 38. De nouveaux cadres mettent en avant des pistes envisageables pour favoriser les complémentarités entre la sécurité de la recherche et la science ouverte. Par exemple, dans son plan d’amélioration du système de sécurité de la recherche de 2023, la Corée souligne la nécessité de continuer de promouvoir la coopération internationale pour stimuler l’innovation, malgré l’adoption de stratégies de gestion de la sécurité de la recherche. Un rapport de 2024 du groupe JASON formalise cette intuition en laissant entendre que la maturité technologique – mesurée à l’aide du cadre relatif au niveau de maturité technologique – peut guider les décisions des établissements sur le moment où la mise en place de contrôles supplémentaires, plutôt que le maintien de l’ouverture, est le plus susceptible de servir la sécurité nationale (en en donnant une définition large pour inclure la sécurité économique). Les auteurs du rapport sont d’avis que bien que les problèmes potentiels de sécurité nationale puissent apparaître dès les stades de la recherche fondamentale (niveaux de maturité 1 et 2), ce n’est que lorsque les technologies atteignent les phases des essais pilote et de démonstration (passage des niveaux de maturité 5 à 6) que leur importance réelle pour la sécurité nationale peut être mise en évidence et justifier des efforts d’atténuation substantiels (JASON, 2024[52]).
← 39. Par exemple, la Constitution de la Finlande garantit l’autonomie des universités. Lorsqu’il s’agit d’assurer la sécurité de la recherche, le droit du chercheur ou de la chercheuse de choisir son sujet et ses méthodes de recherche ne peut être restreint. Cela signifie que les personnes qui candidatent pour obtenir un financement du Conseil finlandais de la recherche doivent présenter une demande de financement qui tient compte de la sécurité de la recherche. Pour cette raison, la loi sur le Conseil finlandais de la recherche a été modifiée en mai 2025 pour inclure un paragraphe sur la sécurité de la recherche. L’objectif est d’encourager les organisations menant des activités de recherche à identifier en amont les éventuels risques et menaces de sécurité. Le Conseil de la recherche a pour mission de veiller à ce que la sécurité de la recherche et les risques associés soient dûment pris en compte dans les projets de recherche, la coopération en matière de recherche et l’utilisation des résultats de la recherche.
← 40. Par exemple, au niveau multilatéral, la Recommandation du Conseil sur le renforcement de la sécurité de la recherche de l’Union européenne, adoptée en mai 2024, a été élaborée avec la participation active de parties prenantes des sphères de la recherche et de l’innovation. De ce fait, le texte a reçu un accueil très positif de la part d’associations phares telles que la Ligue des universités de recherche européennes (LERU), qui réunit 24 universités européennes de premier plan à forte intensité de recherche (voir https://www.leru.org/news/leru-welcomes-proposals-for-more-secure-research-in-the-future). À l’échelon national, les récents efforts mobilisés par la Corée pour élaborer son Plan global de renforcement du système de sécurité de la recherche au service de l’établissement d’un écosystème de recherche digne de confiance ont non seulement mobilisé 14 universités dans le cadre de coopérations entre entreprises et universités (ministère de la Science et des TIC, 2023), mais aussi fait intervenir le Comité consultatif sur la sécurité de la recherche, composé de spécialistes de la recherche et de la sécurité (voir https://www.msit.go.kr/bbs/view.do?sCode=user&mId=113&mPid=238&bbsSeqNo=94&nttSeqNo=3183414).
← 41. Pour de plus amples informations, voir https://www.aaas.org/programs/center-science-diplomacy/about.
← 42. Pour de plus amples informations, voir https://www.science-diplomacy.eu/.
← 43. Pour de plus amples informations, voir https://diplomaciacientifica.org/.
← 44. Pour de plus amples informations, voir https://www.africasciencediplomacy.org/.
← 45. Par exemple, l’Allemagne travaille actuellement à l’élaboration d’une stratégie qui ferait le lien entre la liberté de la science, protégée par la constitution, et les intérêts économiques et de sécurité du pays, tout en maintenant une culture de coopération internationale réciproque en matière de recherche avec des partenaires fiables. Le ministère fédéral allemand de l’Éducation et de la Recherche (depuis mai 2025, le ministère fédéral allemand de la Recherche, de la Technologie et de l’Espace) a lancé un processus national réunissant des parties prenantes de la communauté scientifique, des ministères fédéraux et des gouvernements des Länder, des acteurs de l’industrie et des services de renseignement. L’objectif de ce processus est le développement d’une compréhension commune de la sécurité de la recherche et des mesures essentielles pour améliorer le statu quo.
← 46. Par exemple, en Australie, l’audit interne sur l’ingérence étrangère et le risque de sécurité du Conseil australien de la recherche a mis au jour le fait que l’une des lacunes de la plus haute priorité est l’absence d’un cadre global clarifiant les rôles et responsabilités des différents acteurs (réf.).
← 47. Pour de plus amples informations, consulter la page du point de contact national néerlandais pour la sécurité du savoir, du ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sciences (Ministerie van Onderwijs, Cultuur en Wetenschap), à l’adresse : https://english.loketkennisveiligheid.nl/.
← 48. Par exemple, la Commission européenne a publié en 2023 une recommandation sur les domaines technologiques critiques pour la sécurité économique de l’UE (Commission européenne, 2023[56]). Elle a aussi mis en place un Observatoire des technologies critiques qui vise à repérer, surveiller et évaluer les technologies critiques pour l’industrie spatiale, la défense et les secteurs civils connexes, leur application potentielle et les chaînes de valeur et d’approvisionnement correspondantes. Il a également vocation à surveiller et analyser les lacunes technologiques existantes et prévisibles, les causes profondes des dépendances stratégiques et les vulnérabilités. À partir de ces données, la Commission prépare tous les deux ans un rapport classifié à l’intention des États membres sur les technologies critiques et les risques associés aux dépendances stratégiques affectant la sécurité, l’espace et la défense. Ces rapports servent ensuite à l’élaboration de feuilles de route sur les technologies comprenant des mesures d’atténuation destinées à stimuler la recherche et l’innovation et réduire les dépendances stratégiques touchant la sécurité et la défense (Commission européenne, 2025[62]).
← 49. Par exemple, le Bureau du Chef de la stratégie et de la politique de sécurité de la recherche (Office of the Chief of Research Security Strategy and Policy, OCRSSP) de la NSF a publié en 2023 des Lignes directrices pour l’analyse de la sécurité de la recherche, destinées à aider à la mise en œuvre du mandat que lui a confié le Congrès. À ce titre, il réalise des évaluations des risques inhérents aux propositions et financements de projets de la NSF en utilisant des outils d’analyse pour évaluer les informations obligatoires qui n’ont pas été communiquées. Ces lignes directrices donnent notamment une répartition des agents à même de mener des activités liées à la sécurité de la recherche, et indiquent quelles activités de surveillance sont autorisées et avec quelles ressources, comment les informations seront validées pour en garantir l’exactitude, et dans quelles conditions elles peuvent être partagées au sein et en dehors de la NSF. Ce niveau de précision contribue non seulement à clarifier les rôles au sein de la NSF, mais aussi à établir une norme relative aux responsabilités dans le cadre de la sécurité de la recherche.
← 50. Par exemple, aux États-Unis, la NSF a lancé le Programme de recherche sur la sécurité de la recherche en vue d’évaluer les méthodes visant à repérer les risques inhérents à la sécurité de la recherche et les stratégies pour les prévenir et les atténuer. Le programme doit aider à mieux comprendre la nature, la portée, les défis et le potentiel de ce domaine – y compris des sujets critiques de la cybersécurité, des déplacements à l’étranger, de la formation à la sécurité de la recherche et de la formation au contrôle des exportations – dans le but d’étayer les bonnes pratiques et les orientations à l’intention des acteurs de la recherche. Pour de plus amples informations, voir https://new.nsf.gov/news/nsf-announces-research-research-security-program.
← 51. La NSF a également annoncé un investissement de 67 millions USD sur cinq ans pour la mise en place d’un bureau central d’information : le centre SECURE (Safeguarding the Entire Community of the U.S. Research Ecosystem). Le centre diffusera des informations et des rapports sur les risques d’ingérence étrangère, fournira des formations à la sécurité de la recherche aux acteurs concernés, et fera office de passerelle entre les acteurs de la recherche et les organismes publics de financement sur les questions liées à la sécurité. Pour de plus amples informations, voir https://new.nsf.gov/news/nsf-backed-secure-center-will-support-research.