Ce chapitre examine l’importance d’élargir les retombées positives de l’innovation et la participation à celle-ci de sorte à inclure différents groupes sociaux, régions et secteurs d’activité. Il étudie la façon dont les défis spécifiques auxquels font face les responsables de l’élaboration des politiques STI en 2025, à savoir accélérer le développement des technologies de pointe, renforcer la résilience et améliorer la durabilité, interagissent avec les canaux de distribution des avantages que procure l’innovation. Sa conclusion met en lumière les principales implications de ces dynamiques pour ces acteurs.
Science, technologie et innovation : Perspectives de l'OCDE 2025
3. Élargir les retombées positives des investissements dans la STI
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Messages clés
Copier le lien de Messages clésDes défis de longue date persistent dans des contextes en pleine évolution. Bon nombre des difficultés liées à la diversité et à l’inclusion auxquelles font face les responsables de l’élaboration des politiques STI en 2025, par exemple en matière de sous-représentation, de concentration des opportunités et de diffusion, font écho à des tendances observées tout au long de l’histoire des évolutions technologiques. La nécessité de diversifier la participation n’est pas nouvelle, mais l’évolution du contexte, qui se caractérise par des progrès technologiques rapides, une concurrence géopolitique et des défis sociétaux urgents, accentue l’importance capitale pour les responsables de l’action publique de s’attaquer aux obstacles qui ont persisté au fil des transformations passées.
L’innovation est concentrée par nature, mais l’élargissement de ses retombées positives nécessite de déployer des efforts délibérés pour la diffuser. Les activités d’innovation se concentrent naturellement autour des entreprises, secteurs et régions les plus dynamiques pour des raisons d’économies d’échelle et d’externalités de connaissances. Toutefois, pour que cette concentration de l’innovation se traduise par des gains de productivité et des retombées sociétales positives à l’échelle de l’ensemble de l’économie, il faut mettre en œuvre des politiques dédiées et investir dans des mécanismes de diffusion.
Diversifier la participation est un levier essentiel pour élargir les retombées positives de l’innovation. En plus de diffuser les technologies existantes, le fait d’élargir le cercle des acteurs qui contribuent à créer l’innovation et à déterminer les orientations qu’elle prend peut renforcer à la fois la qualité et la pertinence pour la société des évolutions technologiques, tout en garantissant que les retombées positives profiteront à des groupes de population plus divers.
La concentration régionale et sectorielle détermine les possibilités d’inclusion. Les activités d’innovation se concentrent fortement autour des entreprises, secteurs et régions les plus dynamiques, ce qui fait que les opportunités de participation et les avantages qu’elles génèrent sont inégalement répartis. Les personnes qui travaillent dans des environnements où l’innovation occupe une place importante ont davantage accès à des emplois de qualité et à des opportunités d’avancement professionnel, tandis que les perspectives sont limitées pour celles qui travaillent dans des régions à la traîne.
Les responsables de l’élaboration des politiques STI peuvent être amenés à opérer des arbitrages entre excellence et inclusion. Les politiques publiques promouvant directement la participation peuvent coexister avec celles susceptibles d’avoir pour conséquence involontaire de concentrer les retombées positives lorsque des ressources limitées sont dirigées vers des centres d’excellence déjà établis, pour des raisons d’opportunité. Le défi consiste alors à gérer ces arbitrages en assurant à la fois le progrès de l’innovation de pointe et un accès généralisé aux avantages qu’elle procure.
La concurrence internationale influe sur les dynamiques d’inclusion nationales. Les pressions concurrentielles mondiales peuvent définir quelles trajectoires technologiques resteront viables et où les activités d’innovation se concentreront. Cela souligne la nécessité de concilier compétitivité, diversité technologique et participation au niveau national.
La coordination entre les domaines d’action est essentielle. La persistance d’écarts de participation malgré des interventions ciblées dans le domaine de la STI montre que parvenir à l’inclusion nécessite une action publique coordonnée entre les secteurs de l’éducation, des marchés du travail, de la protection sociale et du développement régional. Les politiques STI ne peuvent à elles seules remédier à des obstacles structurels profondément ancrés et doivent être coordonnées avec d’autres domaines d’action.
Introduction
Copier le lien de IntroductionL’innovation et la diffusion technologiques améliorent considérablement la vie des individus dans la zone OCDE et au-delà. Que ce soit en améliorant la productivité du travail ou la qualité des services médicaux et éducatifs et l’accès à ceux-ci, ou en garantissant un accès stable et abordable à l’énergie, elles peuvent contribuer significativement aux progrès sur les plans économique, sociétal et environnemental. À l’heure où les responsables de l’action publique orientent de plus en plus les investissements dans la STI vers des objectifs stratégiques, comme la compétitivité, la résilience et la durabilité, ce chapitre examine pourquoi et comment il est devenu essentiel de veiller à ce que les retombées positives soient largement partagées pour assurer l’efficacité des politiques publiques.
L’élargissement de la participation à l’innovation et des avantages qu’elle procure sont des thèmes récurrents dans les débats internationaux sur les politiques de la science, de la technologie et de l’innovation (STI), qui ont notamment été abordés dans les éditions 2018 et 2021 des Perspectives STI de l’OCDE (OCDE, 2018[1]) (OCDE, 2021[2]) (Paunov et Planes-Satorra, 2021[3]). Ces discussions soulignent le fait qu’une participation à l’innovation technologique et une diffusion élargies améliorent non seulement les résultats économiques, mais aussi parfois la qualité et la pertinence de l’innovation elle-même pour la société. Si ces éclairages restent valables pour 2025 et au-delà, les responsables de l’action publique font face à de nouveaux défis engendrés par des tendances émergentes dans le domaine de la STI.
La première difficulté réside dans l’intensification, après la crise du COVID, des politiques STI orientées ciblant des impératifs stratégiques tels que la résilience et la compétitivité technologiques (OCDE, 2024[4]) (Paunov et McGuire, 2022[5]). Si ce ciblage stratégique est essentiel pour la compétitivité nationale, la rapidité et l’ampleur de tels investissements peuvent avoir pour conséquence involontaire de renforcer les schémas de concentration existants. Lorsque des ressources publiques limitées sont déployées rapidement en vue de réaliser des avancées technologiques, elles sont souvent dirigées vers des centres d’excellence déjà établis, comme des institutions de recherche de premier plan, des entreprises phares et des pôles d’innovation, qui sont en mesure de produire des résultats rapidement. Cela peut creuser les écarts existants avec d’autres régions et acteurs, à moins que des investissements ne soient réalisés en parallèle dans la diffusion et le renforcement des capacités.
Deuxièmement, la grande majorité des emplois dans les pays de l’OCDE sont dans des secteurs à faible ou moyenne intensité d’innovation, notamment la santé et l’éducation, où la diffusion des technologies pourrait améliorer sensiblement la productivité et les retombées sociales. Il s’agit donc moins d’accroître la contribution de ces secteurs à l’innovation que de veiller à ce que les efforts déployés pour repousser la frontière technologique n’entravent pas ceux visant à accélérer la diffusion des innovations technologiques là où les gains de productivité pourraient être significatifs, aussi bien sur le plan économique que social.
Troisièmement, dans les secteurs manufacturiers à forte intensité d’innovation, progresser sur la voie de l’adoption des technologies numériques tout en répondant aux impératifs de décarbonation peut constituer un défi temporel pour les entreprises et pour les travailleurs et travailleuses en ce qui concerne leur capacité à contribuer à l’innovation technologique et à en tirer profit.
Le quatrième défi à prendre en compte est que la dynamique de concentration des marchés dans certains secteurs à forte intensité d’innovation peut influer sur la répartition des possibilités et des avantages engendrés par l’innovation. Pour comprendre ces dynamiques et leurs implications pour la conception des politiques STI, il faut que les pouvoirs publics se penchent sur la question et, éventuellement, coordonnent ces mesures avec d’autres domaines d’action (OCDE, 2024[6]) (OCDE, 2023[7]).
Ces dynamiques laissent entrevoir plusieurs domaines dans lesquels les responsables de l’élaboration des politiques STI peuvent renforcer la participation à l’innovation et ses retombées positives :
le rôle important que jouent les mesures à l’appui de la diffusion pour améliorer la participation à l’innovation technologique et les avantages qu’elle procure en adaptant les meilleures pratiques tirées des initiatives de diffusion technologiques, régionales et sectorielles au contexte actuel ;
l’importance de mener, durant le processus d’élaboration des politiques, une réflexion stratégique sur la façon dont la définition du programme d’action stratégique en matière de STI peut améliorer la participation à la STI financée sur fonds publics et les avantages qu’elle procure, et sur la façon dont les responsables de l’action publique pourraient tenir compte des implications économiques et sociales de ces retombées dans ce domaine et au-delà ;
une meilleure compréhension de la relation entre la concurrence et l’innovation et la diffusion technologiques, à la fois au sein des économies et entre elles.
Ce chapitre commence par un bref aperçu des effets différenciés, et parfois différés, de l’innovation technologique et de sa diffusion au cours de l’histoire. Il présente ensuite un cadre simplifié pour clarifier le rôle que joue la participation à l’innovation dans l’orientation des progrès technologiques et dans le partage des bénéfices qu’ils procurent. Ensuite, il examine les interactions entre, d’une part, la participation aux innovations technologiques et leur diffusion et, d’autre part, les impératifs auxquels font face les responsables de l’élaboration des politiques STI aujourd’hui, comme la compétitivité et la résilience. La section 3 décrit certains des principaux canaux par lesquels le cadre exposé à la section 2 pourrait éclairer les politiques STI en 2025 et dans les années à venir. Le chapitre se termine par quelques considérations d’ordre général à l’intention des responsables de l’action publique qui s’interrogent sur l’importance de concevoir et mettre en œuvre des politiques STI de façon à diversifier la participation à l’innovation technologique et élargir les avantages qu’elle procure dans les années à venir.
Pourquoi les responsables de l’action publique devraient-ils se pencher sur la nécessité d’élargir la participation à la STI ?
Copier le lien de Pourquoi les responsables de l’action publique devraient-ils se pencher sur la nécessité d’élargir la participation à la STI ?Les changements porteurs de transformations en cours, par exemple les transitions numérique et écologique, partagent des caractéristiques essentielles avec les transformations technologiques intervenues tout au long de l’histoire, en particulier en cela qu’ils engendrent à la fois une concentration des avantages pendant les phases de développement et des modèles de diffusion inégaux pouvant limiter la capacité de tous les groupes de population à en bénéficier. L’analyse historique des grandes transitions technologiques, notamment la première révolution industrielle (1760-1840), révèle des tendances récurrentes : les retombées positives des innovations de rupture se concentrent dans un premier temps parmi les acteurs qui ont accès au capital et à l’infrastructure technologique, tandis que les avantages bénéficiant au reste de la société ne se dégagent que grâce à des mécanismes de diffusion délibérés et, souvent, suite à une intervention sociale et politique de grande ampleur (Acemoglu et Johnson, 2024[8]) (Acemoglu et Johnson, 2023[9]) (Hobsbawm, 1962[10]).
Par exemple, la mécanisation de la production textile en Grande-Bretagne illustre comment le progrès technologique peut simultanément stimuler la productivité et éliminer des catégories entières de travailleurs et travailleuses qualifiés. Ainsi, les tisserands sur métier à main ont vu leurs salaires réels diminuer de plus de moitié entre 1806 et 1820 lorsque les métiers à tisser électriques ont remplacé l’artisanat traditionnel, ce qui illustre la sévérité des effets à court terme du changement technologique sur la redistribution (Feinstein, 1998[11]) (Voth, 2003[12]).
Les transitions numérique et écologique contemporaines se distinguent des révolutions technologiques antérieures non seulement par leur rapidité et leur portée, mais aussi par la reconnaissance du fait que le partage des avantages que procure l’innovation avec l’ensemble de la population n’est ni automatique, ni garanti. Contrairement aux époques où les effets redistributifs étaient souvent considérés comme des conséquences inévitables du progrès, les transitions d’aujourd’hui s’inscrivent dans des cadres d’action qui reconnaissent explicitement la nécessité d’adopter des approches participatives du développement et de la diffusion des technologies.
Les données probantes tirées des transitions historiques donnent à penser qu’en l’absence d’intervention délibérée, le progrès technologique peut créer des inégalités qui persisteront même après des décennies de croissance économique, et que l’amélioration du niveau de vie des individus ayant perdu leur emploi pendant la Révolution industrielle a été minime et n’a pu se concrétiser que grâce à une action sociale et politique durable [voir (Feinstein, 1998[13]) (Allen, 2007[14]) ou (Acemoglu et Johnson, 2024[8])]. Ces enseignements historiques montrent bien pourquoi les débats actuels sur l’action publique concernant les technologies de pointe comme l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et les systèmes énergétiques propres doivent porter à la fois sur la concentration des capacités de développement et sur les mécanismes permettant d’assurer un accès généralisé aux avantages que procure le progrès technologique.
Le cadre évoqué plus loin dans ce chapitre fait fond sur ces enseignements historiques, établissant une distinction entre les dynamiques du développement, qui déterminent qui participe aux processus d’innovation et où se concentrent les capacités d’innovation, et les dynamiques de la diffusion, qui façonnent la manière dont les innovations se diffusent au fil du temps au sein de différentes populations, différentes régions et différents secteurs économiques. Il est essentiel que les responsables de l’action publique aient compris cette distinction pour élaborer les politiques STI contemporaines, car les données disponibles donnent à penser que relever les défis liés à l’inclusion nécessite d’adopter des approches différentes au stade du développement des technologies (lors duquel l’accent doit être mis sur la diversification de la participation à la recherche et à l’innovation de pointe) et au stade de la diffusion (lors duquel il faut plutôt se concentrer sur la nécessité de généraliser leur adoption et de partager leurs avantages entre diverses communautés et régions).
Comment l’innovation technologique influe-t-elle sur la société, et quelles sont les conséquences d’une participation plus large à l’innovation sur la direction que prend l’innovation technologique ?
Deux dimensions clés permettent d’expliquer les interactions entre l’innovation technologique et les résultats socio-économiques. La première consiste à examiner comment le développement et la diffusion des nouvelles technologies influent sur les résultats des différents groupes, ainsi que sur les compétences et les capacités dont ils peuvent avoir besoin pour en bénéficier. La seconde consiste à étudier comment la participation au développement des innovations technologiques influe sur l’orientation et la qualité de cette innovation. Les interactions entre ces deux dimensions ont une incidence sur le caractère inclusif des avantages tirés de l’innovation (par exemple, de meilleurs résultats en matière de santé, un meilleur accès à l’éducation, une productivité plus élevée) et sur l’adéquation de l’innovation au regard des besoins sociaux.
Les résultats désignent les avantages que différents groupes sociaux tirent des nouvelles technologies et des innovations à deux égards :
Effets directs [quadrant A] : Les groupes socio-économiques peuvent tirer des avantages différents des nouvelles technologies et des innovations. L’accès aux retombées positives de l’innovation dépend de plusieurs conditions, notamment le prix, la disponibilité géographique, l’infrastructure requise, les capacités des utilisateurs et utilisatrices (compétences numériques ou techniques, par exemple), ainsi que la finalité même de l’innovation, qui peut être de répondre aux besoins de groupes spécifiques. Les innovations sociales constituent un sous-ensemble spécifique d’innovations visant à répondre à des besoins sociaux non satisfaits, en particulier chez les groupes marginalisés ou défavorisés.
Effets indirects [quadrant B] : Les conséquences économiques et sociales au sens large s’additionnent indirectement en influant sur les rendements du travail et du capital, qui subissent les effets de l’innovation et de la technologie. Les changements opérés dans les processus de production en conséquence de l’innovation, comme l’automatisation et l’utilisation plus générale de l’IA, peuvent influer sur les compétences ou capacités recherchées et sur la demande de différents types d’actifs (capital, terrains, etc.). En outre, les progrès technologiques peuvent faire évoluer les rendements relatifs du travail et du capital [voir l’analyse de (Guellec et Paunov, 2017[15]) et (Autor et al., 2017[16])].
Graphique 3.1. Quatre dimensions clés de la participation à l’innovation et de ses résultats
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La participation désigne les possibilités qu’ont différents groupes sociaux de façonner le progrès technologique à deux égards :
Participation directe [quadrant C] : Les individus peuvent participer directement à la conception et au développement des technologies et de l’innovation quand ils font partie du personnel de la recherche et de l’innovation. Un tel engagement nécessite des compétences et des capacités spécialisées, qui varient en fonction des types d’activités. Au-delà des fonctions qui relèvent de la recherche et de l’innovation en milieu professionnel, il existe pour les citoyens et les citoyennes de nombreuses façons plus générales de s’engager. Elles vont d’un niveau de participation faible, comme fournir des commentaires en tant qu’utilisateur pour influer sur le développement des produits, à une participation plus substantielle, comme contribuer à des projets de science ouverte et citoyenne (OCDE, 2025[17]).
Participation indirecte [quadrant D] : Les individus peuvent aussi contribuer indirectement à orienter l’innovation et le développement technologique i) en prenant part aux processus décisionnels du secteur ou de l’action publique (par exemple en prenant des décisions d’investissement clés ou en orientant le choix d’une institution concernant l’adoption d’une technologie) ; ii) en participant à des consultations publiques, à des évaluations participatives des technologies ou à des exercices visant à définir des programmes de recherche participatifs qui influent sur les orientations des choix publics ou privés en matière d’innovation et de technologie ; et, de façon moins active, iii) en influençant la demande.
La relation entre innovation et inclusion peut donc être étudiée sous l’angle de quatre canaux, comme l’illustre le Graphique 3.1
Quelles sont aujourd’hui les implications pour la politique STI ?
Copier le lien de Quelles sont aujourd’hui les implications pour la politique STI ?Cette section s’appuie sur le contexte et le cadre historiques exposés à la section 2 pour examiner comment les dynamiques de participation interagissent avec les impératifs actuels en matière de politiques STI. Les responsables de l’action publique en 2025 ont notamment pour priorités clés d’accélérer le développement des technologies stratégiques, de gérer les transitions écologique et numérique tout en préservant la compétitivité, de faciliter la diffusion à grande échelle des technologies pour répondre aux besoins de productivité, d’établir un consensus autour des orientations en matière de STI et de faire preuve d’agilité dans un contexte de contraintes budgétaires. Lorsque ces informations sont disponibles, des données relatives à la participation selon le genre, la région et le secteur sont fournies pour illustrer ces dynamiques.
Gérer les enjeux de l’excellence et de l’inclusion à l’ère de la concurrence stratégique
Cette section examine comment la distinction que fait le cadre entre les résultats et la participation, à la fois par des canaux directs et indirects, se manifeste à la frontière des politiques STI. Les investissements dirigés vers les technologies de pointe et les politiques STI « directives » (tels que décrits dans les quadrants A et B) visent à générer des gains économiques et technologiques importants, mais ils risquent de concentrer à la fois les avantages directs (A : qui tire un bénéfice des nouveaux produits STI) et les effets structurels indirects (B : qui bénéficie de l’évolution de la demande de compétences et de capital) parmi les acteurs établis. Les investissements STI dirigés vers les technologies de pointe sont donc confrontés à un défi lié à l’allocation des ressources : orienter des budgets limités vers des centres d’excellence établis, un choix qui peut être tout à fait rationnel pour réaliser des avancées rapidement, peut avoir pour conséquence involontaire de concentrer à la fois les rendements de l’innovation et les avantages structurels chez les acteurs qui disposent déjà de capacités. Cela crée une tension entre l’impératif immédiat de développer les technologies stratégiques et l’objectif plus large de garantir un accès généralisé aux avantages que procure l’innovation, en particulier lorsque les mécanismes de diffusion existants sont déjà mis à rude épreuve.
La rapidité des transitions numérique et écologique, conjuguée à l’intensification de la concurrence géopolitique concernant les technologies de pointe, a fondamentalement modifié le paysage de l’action publique en matière de systèmes STI. Les grandes économies ont lancé d’importants investissements ciblés, allant de l’engagement de 280 milliards USD pris dans le cadre de la loi américaine sur la création d’incitations efficaces à la fabrication de semi-conducteurs et à la production scientifique (« CHIPS and Science Act ») au Règlement européen sur les semi-conducteurs, qui visent à renforcer les capacités dans les domaines de l’IA, de l’informatique quantique, des semi-conducteurs et des technologies énergétiques propres. Ces politiques sont le reflet d’une nouvelle ère où les politiques STI sont de plus en plus « directives », poursuivant des objectifs de mission spécifiques tandis que des arbitrages complexes doivent être opérés entre leadership technologique et participation inclusive (Arnold et al., 2023[18]) (OCDE, 2024[4]) (Mazzucato, 2018[19]) (Larrue, 2021[20]).
Divers indicateurs montrent que l’innovation technologique est déjà fortement concentrée aux niveaux des entreprises, des secteurs et des régions. Concernant les entreprises, les données probantes sur les plus gros investisseurs en R-D montrent que les 100 premières entreprises (en termes d’investissements en R-D) représentaient pas moins d’environ 50 % de la R-D au niveau mondial en 2023 (graphique 3.2). On observe également une concentration importante au sein de ce groupe d’investisseurs : en moyenne, les 10 premières entreprises ont investi plus de deux fois plus que les 50 premières (y compris les 10 en question), et les 50 premières ont investi en moyenne plus de 50 % de plus que les 100 premières. Les principaux investisseurs en R-D comptent également pour une part importante de la R-D nationale.
Graphique 3.2. Investissements moyens en R-D des 2 000 premières entreprises au niveau mondial, 2023
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Note Concentration de la R-D : les 10 premières entreprises ont investi plus du double du montant investi par les 50 premières (y compris les 10 premières). Les 50 premières ont investi en moyenne plus de 50 % de plus que les 100 premières, et ces dernières ont investi 3,2 fois plus que les 500 premières. La part de R-Ddes 100 premières représente environ 50 % du total du tableau de bord, et les 500 premières couvrent 80 %.
Source : European Commission: Joint Research Centre, NINDL, E., NAPOLITANO, L., CONFRARIA, H., RENTOCCHINI, F., FAKO, P., GAVIGAN, J. and TUEBKE, A., The 2024 EU Industrial RandD Investment Scoreboard, Publications Office of the European Union, Luxembourg, 2024, https://data.europa.eu/doi/10.2760/9892018, JRC140129.
L’innovation est également concentrée géographiquement dans un ensemble limité de régions « pionnières de l’innovation » des pays de l’OCDE, notamment l’Allemagne, la Suède, le Danemark, la Finlande et les Pays-Bas, qui réalisent collectivement l’essentiel de la R-D et de la production scientifique nationales. Si une telle concentration peut favoriser les économies d’échelle et les externalités de connaissances, la persistance d’un même groupe de leaders de l’innovation et la baisse des taux d’entrée d’entreprises et de réallocation d’emplois sont le signe d’une augmentation des obstacles à l’entrée de nouveaux acteurs. Toutefois, ce schéma de concentration pourrait être en train d’évoluer dans certaines dimensions du secteur des technologies de pointe : dans des domaines comme l’intelligence artificielle et l’informatique quantique, des entreprises de plus petite taille comme OpenAI, Anthropic et des startups spécialisées dans les technologies quantiques sont à l’origine d’avancées majeures réalisées aux côtés des géants technologiques établis, ce qui laisse penser que les bouleversements technologiques peuvent encore donner aux nouveaux acteurs la possibilité de rebattre les cartes quant aux avantages dont bénéficient les entreprises historiques.
Dans le contexte du soutien des pouvoirs publics au développement des technologies de pointe, la question pour les responsables de l’action publique est de savoir dans quelle mesure la poursuite de l’excellence de la recherche et le soutien aux pôles préexistants dotés de fortes capacités renforcent cette dynamique de la concentration, et quelles sont les implications d’une telle concentration. Lorsque les entreprises, établissements de recherche et régions les plus dynamiques qui disposent déjà de capacités établies reçoivent des ressources limitées de la part des pouvoirs publics, alors ces acteurs peuvent réaliser des avancées technologiques de façon plus efficiente, mais avec le risque que l’écart se creuse avec les acteurs à la traîne (quadrants B et C). Par exemple, si les progrès de l’IA et de l’automatisation peuvent bénéficier à ceux qui possèdent des compétences et des actifs financiers complémentaires, ils peuvent simultanément réduire les rendements des tâches routinières et concentrer les retombées positives dans les régions technologiquement avancées. Le défi pour les responsables de l’action publique consiste à déterminer si une telle concentration est un coût nécessaire à court terme pour favoriser la compétitivité à long terme ou si, au contraire, elle crée des obstacles structurels qui, à terme, compromettent la résilience du système d’innovation.
La concentration des ressources dans le développement de technologies de pointe peut être une stratégie très efficace, en particulier lorsque les entreprises, les secteurs et les établissements de recherche de premier plan, qui sont souvent regroupés dans des régions spécifiques, possèdent déjà des atouts que l’action publique peut exploiter. Dans un environnement mondial concurrentiel, tirer parti de ces capacités existantes peut offrir les meilleures chances de réussite. Si une répartition trop large des ressources part en soi d’une bonne intention, elle peut diluer leur impact, ce qui aboutit à des résultats en définitive inefficaces. En outre, la diffusion des technologies peut se produire au fil du temps grâce aux mécanismes du marché, à la collaboration et à la mobilité des talents. Tout dépend également du caractère temporaire ou durable des effets de la concentration, c’est-à-dire du fait que les progrès des technologies de pointe conduisent ou non, à terme, à une amélioration des résultats, qui se diffuseront plus largement au sein de la société au fil du temps.
Cependant, la contrepartie pourrait être un creusement de l’écart entre les acteurs de premier plan et ceux qui sont déjà à la traîne, ce qui compromettrait également la diffusion plus large des technologies de pointe et, par voie de conséquence, pourrait restreindre les possibilités de les développer plus largement dans les écosystèmes STI nationaux, la demande et l’expérience utilisateur jouant un rôle important dans l’innovation. L’allocation de ressources publiques limitées à des entreprises et des institutions qui disposent déjà de capacités bien établies peut réduire encore les possibilités pour les autres acteurs de participer au développement des technologies de pointe et de bénéficier de leur diffusion.
La tension entre la concentration (qui peut favoriser l’excellence et le développement rapide des technologies) et l’inclusion fait l’objet de nombreux travaux récents de l’OCDE. D’après le cadre de politique industrielle de l’Organisation, l’efficacité des stratégies sectorielles repose sur un équilibre entre croissance de la productivité et réponse aux défis sociétaux, notamment l’inclusion, par des approches coordonnées qui tiennent compte des complémentarités entre les différents instruments d’action (Criscuolo, Gonne et Lalanne, 2022[21]). Une analyse récente de l’OCDE montre que les politiques industrielles ciblent de plus en plus souvent des objectifs sociétaux, les objectifs liés à la transition écologique représentant 18.6 % des stratégies nationales en matière de STI, suivis par l’inclusion sociale et régionale (9.9 %) (Paunov et Einhoff, 2025[22]).
L’impact négatif involontaire que ces politiques STI (et l’action publique susmentionnée en matière de technologies de pointe) pourraient avoir sur la diversification de la participation ne signifie pas qu’elles ne doivent pas être mises en œuvre, car elles répondent à d’autres priorités importantes de l’action publique telles que la compétitivité économique, la résilience et la sécurité nationale. Les stratégies à l’appui du développement des technologies de pointe sont un exemple parmi les nombreuses raisons qui justifient la mise en œuvre des politiques STI. D’un point de vue schumpétérien, les évolutions technologiques impliquent par essence des bouleversements et des renouvellements, et les pays de l’OCDE disposent de cadres d’action sociale bien établis qui peuvent contribuer à atténuer les impacts sociaux et régionaux de ces transitions. L’essentiel est de reconnaître que les choix stratégiques en matière de technologie ne sont pas neutres et qu’ils ont une incidence sur la répartition des richesses, des revenus et des opportunités entre les entreprises, les secteurs et les lieux géographiques (et, en fin de compte, entre les individus) sur le long terme. L’autre enseignement clé est que les politiques STI ont un rôle à jouer pour compléter d’autres efforts visant à façonner la nature des transitions.
Du développement à la diffusion et à l’adoption : la nécessité d’élaborer des politiques différenciées
La relation entre la création de connaissances (quadrants C et D : qui participe au développement et à la gouvernance de la STI et les façonne ?) et l’élargissement de l’adoption des technologies et du partage des avantages qu’elles procurent (quadrants A et B : qui bénéficie directement et indirectement des produits STI et de l’évolution des rendements économiques ?) met en évidence des défis distincts mais interdépendants pour l’action publique. L’efficacité des systèmes STI repose non seulement sur l’excellence en matière de technologies de pointe, mais aussi sur des mécanismes de diffusion robustes et inclusifs, qui garantissent qu’une diversité d’acteurs auront à la fois la capacité et la possibilité de prendre part à l’innovation et d’en tirer parti.
Les politiques STI tournées vers les technologies de pointe sont aujourd’hui investies d’un double mandat : continuer de repousser la frontière technologique et intégrer des mesures à l’appui de la diffusion et de l’adoption. Des données probantes récemment publiées par l’OCDE sur l’adoption de l’IA montrent l’importance d’atteindre ces objectifs : l’adoption de l’IA reste deux fois plus élevée dans les grandes entreprises et les régions avancées que dans les plus petites entreprises et les zones périphériques, en raison des coûts fixes liés à l’échelle, de leurs besoins en données et de leur capacité d’absorption, qui est supérieure dans les grandes entreprises (OCDE, 2024[23]).
L’adoption effective de l’innovation est essentielle pour faire en sorte que les avantages que procurent les nouvelles technologies parviennent à une grande partie de la société et de l’économie, mais elle est entravée par de grandes inégalités dans les activités d’innovation selon les territoires et les secteurs. Les personnes qui travaillent dans des entreprises, secteurs et régions « leaders » obtiennent dans l’ensemble des salaires et des revenus plus élevés, tandis que celles qui travaillent dans des environnements « à la traîne » retirent des gains moins importants. Par exemple, les dépôts de brevets sont très majoritairement concentrés dans les grandes zones urbaines : 90 % des demandes de brevets en proviennent, et les grandes régions urbaines affichent des taux de dépôt de brevets nettement plus élevés que les zones de taille moyenne ou plus petites (OCDE, 2024[24]).
Cette situation reflète à la fois les avantages structurels que présente le regroupement physique des acteurs et les désavantages en cascade auxquels sont confrontées les régions moins connectées ou moins innovantes. En outre, l’enracinement croissant des leaders du marché, dont témoigne la baisse des taux d’entrée d’entreprises et de mobilité professionnelle, limite la diffusion des nouvelles technologies dans les territoires et entreprises à la traîne. Pour relever ces défis, les pouvoirs publics doivent mener des interventions ciblées, par exemple améliorer les infrastructures et la connectivité, faire progresser le développement des compétences dans les domaines peu performants et favoriser l’adoption des technologies dans les PME, de sorte à promouvoir une diffusion et une participation plus larges et plus équitables dans l’ensemble du système d’innovation.
L’incitation à rapprocher compétitivité économique et durabilité pose des problèmes spécifiques en matière de diffusion. L’évolution de la demande de main-d’œuvre et de compétences dans les secteurs émergents, comme dans le cadre du passage à la production de véhicules électriques, exige de nouvelles compétences que les personnes qui travaillent dans les secteurs en déclin ne possèdent pas toujours. Si le développement des compétences et la reconversion ne suivent pas les progrès technologiques, cette transition pourrait finalement ne bénéficier qu’à un nombre restreint de personnes employées dans des régions ou des entreprises spécifiques. Les politiques STI doivent donc soutenir l’innovation de façon à contribuer au développement stratégique de la main-d’œuvre et garantir que les connaissances, les infrastructures et les opportunités offertes sur le marché ne soient pas uniquement accessibles aux leaders historiques de l’innovation, mais plutôt que les acteurs des secteurs et territoires moins favorisés puissent en bénéficier.
La conception des politiques publiques doit faire la distinction entre deux goulets d’étranglement. La diffusion des connaissances détermine quels sont les acteurs pouvant participer au processus d’invention, tandis que l’adoption des technologies détermine quels sont ceux qui peuvent transformer les nouvelles idées en valeur ajoutée aux niveaux social et économique. Parce que les obstacles sont différents, à savoir, d’une part, les compétences et les réseaux de recherche et, d’autre part, l’état de préparation aux données, le financement et le savoir-faire managérial, chaque étape nécessite sa propre panoplie d’outils. Le renforcement des capacités doit simultanément élargir la participation à la création de technologies et donner aux régions, secteurs et communautés divers les moyens d’adopter les innovations à grande échelle.
Les politiques à l’appui de la diffusion, qu’elles soient intégrées aux programmes à la frontière technologique ou déployées en parallèle, sont le principal levier permettant d’élargir les retombées positives de la STI et la participation à celle-ci ; des exemples de mesures pertinentes pour favoriser la diffusion sont présentés dans le tableau 1. Elles ne sont efficaces que lorsque les acteurs possèdent une capacité d’absorption suffisante, c’est-à-dire la capacité d’identifier, d’absorber et d’appliquer des connaissances externes. Il est donc essentiel d’investir dans ces capacités pour partager plus équitablement les gains tirés de l’innovation, y compris par-delà les frontières. Pour les économies en développement, le renforcement de ces capacités est une condition préalable à une participation significative aux systèmes STI mondiaux.
La mise en pratique de cette approche pose un problème de gouvernance : les responsabilités en matière de financement et de prise de décision doivent être judicieusement réparties entre les autorités nationales et infranationales, de sorte que les objectifs stratégiques nationaux soient en phase avec les atouts et opportunités des régions. Plus particulièrement, les responsables de l’action publique à l’échelon régional ont besoin d’outils de diagnostic qui leur permettent de savoir à quel niveau leurs écosystèmes peuvent participer de manière crédible dans des domaines stratégiques en lien avec les technologies de pointe.
Des données d’enquête provenant du G7 et du Brésil (OCDE, 2025[25]) révèlent que les frictions qui entravent la diffusion, comme des pénuries aiguës de compétences, une faible maturité des données et une incertitude quant aux rendements, surpassent désormais les simples lacunes en matière de sensibilisation. Les entreprises jugent les trois réponses suivantes des pouvoirs publics comme étant les plus adaptées :
la modernisation des cadres de qualification, accompagnée de formations pratiques spécifiquement adaptées aux secteurs concernés ;
des données publiques de meilleure qualité et facilement accessibles ;
la rationalisation de la collaboration avec les universités et les organismes spécialisés dans la diffusion.
Bien que les organismes spécialisés dans la diffusion des technologies soient bien considérés, ils ne sont actuellement au service que d’une minorité d’entreprises, ce qui souligne la nécessité de disposer de services d’orientation transposables à grande échelle, de lignes directrices spécialement destinées aux PME concernant la sélection des fournisseurs et de cadres de responsabilité clairs visant à garantir une utilisation sûre de l’IA. Des enquêtes internationales comparables et une évaluation rigoureuse de ces organismes sont cruciales pour identifier et généraliser les mesures efficaces.
Tableau 3.1. Exemples de politiques STI à l’appui de la diffusion
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1 Des politiques régionales en matière de STI et de développement pour les régions à la traîne |
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Définition : Programmes ciblés visant à renforcer les capacités d’innovation des régions dont les performances économiques ou techniques sont plus faibles. Exemples : Dans les pays de l’UE, lesstratégies de spécialisation intelligente (S3) visent à stimuler la transformation économique régionale en soutenant les atouts et les avantages concurrentiels uniques de chaque région. En Allemagne, la loi sur le développement structurel soutient la transition des régions comptant des charbonnages vers des activités économiques plus durables et des emplois de qualité. |
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2 Politiques de diffusion et d’adoption des technologies |
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Définition : Mesures visant à favoriser une adoption généralisée des technologies dans les entreprises ; elles ciblent souvent les PME et les secteurs et régions moins compétitifs. Exemples : Dons ou subventions à l’appui de l’adoption des technologies numériques dans les entreprises, en particulier les PME (comme le programme de soutien aux pôles d’innovation numérique en Espagne) https://en.hamagbicro.hr/ ; politiques agissant sur la demande qui encouragent l’adoption de technologies bas carbone ou créent des incitations à cet effet (comme la proposition d’utiliser des contrats d’écart compensatoire dans lastratégie de l’hydrogène pour une Europe climatiquement neutre, qui peut faciliter l’adoption de technologies et de combustibles bas carbone dans les secteurs difficiles à décarboner et soutenir leur compétitivité future). |
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3 Politiques en faveur de la collaboration et de la co-création entre divers acteurs |
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Définition : Initiatives encourageant divers acteurs à mener des travaux conjoints de recherche et d’innovation tout en réduisant les risques d’une telle collaboration ; elles ciblent notamment les PME, les grandes entreprises, les établissements de recherche et parfois les administrations, et ont pour objectifs le développement conjoint et la commercialisation de nouvelles technologies. Exemples : Le centre Advanced Propulsion Centre (APC) au Royaume-Uni, qui soutient la R-D collaborative pour les technologies de véhicules bas carbone ; la Grappe d’innovation en fabrication de la prochaine génération (NGen) au Canada, qui promeut l’innovation conjointe en fabrication de pointe ; et l’initiative allemande Clusters4Future, qui rassemble toutes les parties prenantes au développement de nouvelles chaînes de valeur. |
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4 Mesures en faveur d’une diffusion à l’échelle internationale |
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Définition : Mesures visant à soutenir la diffusion transfrontières des connaissances et des technologies vers les pays en développement. Elles ont souvent pour objet de soutenir la participation à des réseaux scientifiques internationaux, de fournir une aide publique au développement (APD) axée sur la STI et de faciliter les transferts volontaires de technologies dans des conditions arrêtées d’un commun accord. Exemples : En Corée, le programme d’APD dans le domaine de la science et de la technologie, qui aide les pays en développement et les pays moins développés à renforcer leurs capacités en matière de STI et leur bien-être social, et le programme de coopération internationale dans le domaine de la science et de la technologie, une initiative plus large gérée par la fondation nationale coréenne pour la recherche qui vise à promouvoir la collaboration internationale en matière de STI et le renforcement mutuel des capacités ; et au Japon, le partenariat de recherche scientifique et technologique pour le développement durable (Science and Technology Research Partnership for Sustainable Development, SATREPS) qui promeut la recherche internationale conjointe avec les pays en développement grâce à une approche combinant l’APD avec la science et la technologie pour relever les défis mondiaux, et qui favorise la coopération internationale en matière de STI en renforçant les capacités de R-D autonome, en consolidant les réseaux de recherche et en formant les futurs talents au Japon et dans les pays partenaires. |
Élargir la participation à la recherche et à l’innovation et mieux répartir les avantages qu’elles procurent
Les responsables de l’action publique désireux que les retombées positives du développement et de la diffusion des technologies soient véritablement généralisées et partagées doivent mettre en œuvre des politiques STI qui accélèrent considérablement les efforts visant à remédier aux déséquilibres de participation. Bien que cette sous-section aborde cette problématique sous l’angle dominant de la place des femmes, les défis structurels et systémiques décrits ici s’appliquent aussi, et souvent avec une complexité accrue, à d’autres groupes confrontés à des obstacles, comme les personnes issues de milieux à faible revenu, les groupes minoritaires et les régions qui ont subi une désindustrialisation importante.
Au cours de la dernière décennie, la participation des femmes à la STI a sensiblement augmenté, même si des écarts persistent. Entre 2013 et 2021, à l’échelle mondiale, la part des 25-34 ans diplômées de l’enseignement supérieur est passée de 23 % à 27.5 % et, dans les pays de l’OCDE, de 45.6 % à 53.7 % (OCDE, 2024[26]), dépassant les hommes dans les deux cas. Pourtant, ces progrès masquent des disparités persistantes dans des domaines clés. En 2021, un tiers seulement (32.5 %) des titulaires de diplômes en STIM étaient des femmes, contre 31 % en 2013. La représentation varie fortement selon les disciplines : les femmes sont légèrement majoritaires en sciences naturelles, en mathématiques et en statistiques, où elles comptent pour 53.6 % des titulaires de diplômes, contre seulement 27.8 % en ingénierie et 22.7 % en informatique.
Ces écarts en matière d’éducation se maintiennent dans les carrières de la recherche et de l’innovation. Malgré une augmentation modeste de leur représentation, soit de 34.7 % à 35.6 % entre 2013 et 2021, les femmes comptent encore en moyenne pour à peine plus du tiers du personnel de R-D dans les pays de l’OCDE. La répartition à l’échelle nationale varie considérablement d’un pays à l’autre, certains pays se rapprochant de la parité (Lettonie, Lituanie, Islande) tandis que d’autres continuent d’afficher des parts comparativement faibles malgré des progrès accomplis ces dernières années (Corée, Japon, Tchéquie : ~22 %). En ce qui concerne le dépôt de brevets, la part des inventrices est passée de 13.4 % en 2013 à 11.3 % en 2019 et reste inférieure à 7 % dans certaines économies à forte intensité d’innovation comme l’Autriche, la Nouvelle-Zélande et l’Allemagne.
Renforcer la participation des femmes à la STI est depuis longtemps une priorité stratégique, les responsables de l’action publique mettant en œuvre des dispositifs de financement ciblés, comme des bourses d’études et de recherche, pour encourager les femmes à se former et à prendre part à des activités dans ce domaine. Le tableau 2 présente des exemples spécifiques d’initiatives prises par les pouvoirs publics.
Tableau 3.2. Exemples d’initiatives des pouvoirs publics en faveur de la participation des femmes à la STI
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Initiative |
Précisions |
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Initiatives des pouvoirs publics |
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Alliance pour les femmes travaillant dans le domaine des STIM, Allemagne |
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Women in tech, Luxembourg |
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Programme des ambassadeurs et ambassadrices des STIM, Royaume-Uni |
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Sources : STEM Learning (2025[27]), WISET (2025[28]), MINTvernetzt (2025[29]), Innovative Initiatives Digital Luxembourg (2025[30]), Conseil norvégien de la recherche (2019[31])
Élargir la participation à la gouvernance et au pilotage de la STI
Cette sous-section se penche sur le quadrant D du cadre, à savoir la diversité dans la prise de décision et le leadership en matière de STI, en soulignant que la gouvernance participative devient de plus en plus importante à mesure que les transformations technologiques s’accélèrent. À l’heure où le progrès technologique réorganise en profondeur la société, la capacité d’un éventail de groupes, et non pas des seuls spécialistes techniques, à influer sur l’orientation, les priorités et les normes de l’innovation devient essentielle à la légitimité et à l’équité des politiques STI, ainsi qu’à leur adéquation avec les besoins de la société. Veiller à une participation effective et démocratique à la gouvernance de la STI élève les formes indirectes de participation au rang de priorité de l’action publique et met davantage en évidence les interactions entre les acteurs qui façonnent l’innovation et ceux qui en bénéficient en définitive dans les quatre quadrants.
L’échelle et les implications sociétales des évolutions technologiques porteuses de transformations requièrent des approches participatives de la conception des politiques STI (quadrant D). Comme lors des précédentes révolutions technologiques, les technologies de pointe d’aujourd’hui vont profondément remodeler le travail, la gouvernance et les relations sociales d’une manière que les spécialistes techniques ne peuvent à eux seuls anticiper ou évaluer pleinement ; l’action publique détermine aussi beaucoup plus activement la direction que prennent le développement des technologies et leur diffusion que par le passé.
Le Cadre de l’OCDE relatif à la gouvernance anticipative des technologies émergentes de 2024 met l’accent sur l’importance d’une participation précoce de la société pour mettre en évidence les préoccupations, éclairer les choix de conception et orienter l’innovation vers des résultats plus équitables (OCDE, 2024[32]). Il faut pour cela investir dans le renforcement des capacités, les processus de consultation et les dispositifs institutionnels qui permettent à divers groupes de contribuer de manière significative à déterminer les orientations technologiques.
Il est important de noter que les responsables de l’action publique qui cherchent des solutions aux problématiques d’avenir que sont la participation à la gouvernance et l’établissement d’un programme d’action en matière de STI mènent ces réflexions dans un contexte où des écarts de participation historiques persistent. Les femmes, par exemple, restent sous-représentées dans les fonctions entrepreneuriales et les équipes de direction dans le domaine. Une analyse d’un ensemble de données sur les startups répertoriées dans la base de données Crunchbase, qui couvre les entreprises créées entre 2000 et 2017 dans les pays de l’OCDE et les BRICS, a révélé que les équipes fondatrices exclusivement féminines comptaient pour moins de 6 % de l’ensemble des startups, et que celles comptant au moins une co-fondatrice comptaient pour environ 15 % (Lassébie et al., 2019[33]). Des données probantes sur les startups européennes financées par des fonds de capital-risque, tirées de données provenant de sources privées (Pitchbook et l’initiative European Data Cooperative) et couvrant 39 000 investisseurs et investisseuses ainsi que 85 000 entrepreneurs et entrepreneuses en activité entre 2011 et 2021 en Europe (qui représentent 80 % de l’ensemble des entreprises financées par des fonds de capital-risque, et 52 % des startups), indiquent qu’entre 2011 et 2021, les femmes ne représentaient que 10 % des fondateurs et fondatrices et des PDG de ces startups, tandis que celles dirigées uniquement par des femmes ne représentaient que 2 % du total du financement par le capital-risque. Quant aux personnes prenant les décisions d’investissement en capital-risque de haut niveau, seule une sur sept environ était une femme, et 90 % d’entre elles travaillaient dans des équipes majoritairement masculines (European Investment Fund, 2023[34]).
Ces déséquilibres en matière de participation se retrouvent aux postes de haut niveau dans les différents secteurs qui façonnent l’avenir de la STI. En 2020, moins de 5 % des 150 premières entreprises de la Silicon Valley comptaient des femmes PDG, et les femmes n’occupaient que 26 à 34 % des postes de direction chez Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (European Centre for Women and Technology, 2024[35]). Seulement 17 % des sièges au conseil d’administration des entreprises du secteur pharmaceutique sont occupés par des femmes (ISPE, 2021[36]) ; dans les startups à forte intensité technologique (deep tech), moins d’un quart des équipes fondatrices comptent une femme, et elles ne comptent que pour 14 % des fondateurs dans l’ensemble (Davila et al., 2024[37]). On observe des tendances similaires dans le monde universitaire et l’administration publique : les femmes dirigent 23.6 % des établissements d’enseignement supérieur et occupent 31.1 % des fonctions au sein des conseils d’administration dans l’UE (Commission européenne, 2021[38]).
De même, les femmes sont sous-représentées dans les entités décisionnaires publiques. En août 2023, elles représentaient 33 % des députés et députées dans les parlements nationaux de l’UE. Seuls six parlements nationaux comptaient plus de 40 % de femmes, tandis que sept en comptaient moins de 25 %. Dans le cas des postes de direction au sein des administrations nationales, les disparités entre les genres tendent à être moins marquées et à diminuer au fil du temps, bien que des différences importantes subsistent entre les pays (graphique 3.3) (EIGE, 2024[39]).
Graphique 3.3. Égalité des genres aux postes de direction dans les administrations nationales, 2011 et 2021
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Note: Les organisations concernées sont les administrations centrales, également appelées ministères et/ou départements d'un gouvernement national dirigé par un ministre. Les cadres supérieurs sont l'ensemble des cadres de niveau 1 et de niveau 2. Les cadres de niveau 1 comprennent tous les postes administratifs (non politiques) allant du chef du ministère jusqu'au niveau de chef de direction ou équivalent, une direction étant une section importante au sein du ministère. La catégorie administrateurs de niveau 2 comprend tous les postes situés en dessous du chef de direction jusqu'au niveau de chef de division/département, une division/un département étant le premier niveau de l'organisation en dessous de la direction (c'est-à-dire le deuxième niveau de l'organisation fonctionnelle). Les données se réfèrent aux pays de l'OCDE-UE ainsi qu'à l'Islande, à la Norvège, au Royaume-Uni et à la Türkiye.
Source : OCDE (2023) Panorama des administrations publiques 2023, depuis Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), base de données statistiques https://eige.europa.eu/gender-statistics/dgs consultées le 18 Aout 2025.
Si l’on examine les organismes de financement de la recherche dans l’UE, la représentation des genres au sein de la présidence et des membres des instances dirigeantes supérieures tend à être majoritairement masculine, avec quelques exceptions notables (graphique 3.4).
Graphique 3.4. Représentation des genres au sein des organismes de financement de la recherche : présidence et instances dirigeantes supérieures
Copier le lien de Graphique 3.4. Représentation des genres au sein des organismes de financement de la recherche : présidence et instances dirigeantes supérieuresEn pourcentage du nombre total
Source : Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), https://eige.europa.eu/gender-statistics/dgs/indicator/wmidm_educ__wmid_resfund accès le 18 Aout 2025.
Concentration sectorielle et régionale de l’innovation : la dimension de la politique de la concurrence
Cette sous-section examine comment la concentration des activités d’innovation entre les entreprises, les secteurs et les régions façonne à la fois la distribution des résultats (quadrants A et B) et les possibilités de participation (quadrants C et D) au sein des systèmes STI. Une concentration élevée et croissante des investissements dans la R-D et des capacités d’innovation peut donner lieu à des gains substantiels en matière de progrès technologique, mais risque également d’accentuer les disparités entre les bénéficiaires (A, B) et entre les acteurs en mesure de participer de manière significative au processus d’innovation et à la prise de décision (C, D). Le cadre clarifie un point : ces dynamiques de marché ne sont pas neutres. Elles peuvent renforcer les schémas d’exclusion s’ils ne sont pas activement combattus. Reconnaissant ces risques, des travaux récents de l’OCDE mettent en évidence le rôle essentiel et complémentaire que joue la politique de la concurrence pour maintenir la contestabilité des marchés, préserver les possibilités d’accès pour les nouveaux entrants et faire en sorte que les résultats autant que les opportunités créés par l’innovation soient largement partagés au lieu d’être captés uniquement par une poignée d’acteurs ou de régions de premier plan.
Si la concentration peut stimuler le progrès technologique grâce aux économies d’échelle et de gamme dans la R-D, ce qui est particulièrement critique pour les technologies de pointe comme l’IA, l’informatique quantique et les semi-conducteurs avancés, qui nécessitent des investissements en capital massifs, elle crée également des obstacles importants à la participation des petites entreprises, des régions émergentes et des nouveaux entrants.
Les travaux approfondis de l’OCDE concernant la politique de la concurrence sur les marchés numériques montrent que ces conséquences en matière de concentration ne sont pas simplement fortuites, mais reflètent la dynamique sous-jacente du pouvoir de marché qui peut finir par s’autorenforcer alors que les plateformes de premier plan tirent parti de leur position pour acquérir des talents, des concurrents émergents et des technologies complémentaires (OCDE, 2025[40]) (OCDE, 2024[6]). Relever efficacement ces défis en matière d’inclusion nécessite que les responsables de la politique de la concurrence interviennent de manière coordonnée, étant donné qu’ils disposent des outils d’analyse et des dispositifs d’application nécessaires pour évaluer la contestabilité du marché, prévenir les consolidations anticoncurrentielles et veiller à ce que les écosystèmes d’innovation restent accessibles à des acteurs divers. Le cadre de l’OCDE pour la concurrence et l’innovation souligne que la politique de la concurrence a un rôle essentiel à jouer pour faciliter la diffusion de l’innovation et permettre aux innovations de se propager sur les marchés, en complément des efforts déployés dans le cadre des politiques STI pour élargir la participation tout en préservant la dynamique concurrentielle essentielle à la poursuite du progrès technologique (OCDE, 2023[7]).
La concurrence à l’échelle internationale joue également un rôle décisif dans la détermination des possibilités à saisir dans le domaine des technologies vertes et bas carbone, et de leur limitation. Par exemple, si la domination stratégique de la Chine dans la fabrication des technologies vertes a profondément modifié le paysage concurrentiel mondial, elle a également conduit à un déploiement rapide de technologies qui s’avèrent essentielles à la décarbonation de l’économie (ITIF, 2020[41]). La concentration de la production en Chine a dégradé les capacités de fabrication européennes, et elle pourrait aussi avoir restreint des trajectoires technologiques potentielles sur lesquelles les entreprises européennes auraient pu exceller, comme les technologies avancées reposant sur les couches minces, les tandems pérovskite-silicium et d’autres approches alternatives dans le domaine des technologies photovoltaïques. La dimension internationale de la concurrence dans le domaine des technologies peut donc avoir un impact profond sur la capacité des acteurs de l’innovation locale et des écosystèmes industriels à saisir les opportunités qui peuvent se présenter lors des transitions.
Coordination des mesures à prendre
Cette sous-section relie les quatre quadrants du cadre en soulignant que parvenir à l’élargissement de la participation à l’innovation comme de ses retombées positives nécessite une cohérence de l’action publique au-delà du domaine de la STI lui-même. Si les politiques STI peuvent influer directement sur les acteurs qui participent au développement et à l’utilisation des nouvelles technologies (quadrants C et D) ainsi que sur ceux qui en récoltent les fruits (quadrants A et B), les obstacles à l’inclusion persistants sont souvent ancrés en dehors de leur périmètre traditionnel.
Les données probantes montrent que ces politiques ne peuvent donc pas à elles seules apporter une solution à toutes les problématiques en lien avec la participation à la STI et les avantages qu’elle procure. Il faut donc coordonner sa gouvernance avec l’action menée sur les plans social, éducatif et économique en vue de s’attaquer aux obstacles structurels qui limitent la participation et les retombées positives ; cela n’est bien sûr pas nouveau, mais la rapidité et les implications de l’innovation technologique de pointe font qu’il est d’autant plus important d’agir.
Conclusions
Copier le lien de ConclusionsSi l’innovation technologique peut apporter des avantages substantiels aux Membres de l’OCDE et à leur population, sa diffusion inégale et la course au leadership technologique peuvent renforcer ou creuser les disparités existantes entre les acteurs qui participent au système STI ainsi qu’entre ceux qui en bénéficient. Le cadre à trois quadrants qui a été présenté établit un lien entre la participation directe et indirecte et les retombées directes et indirectes, et propose aux responsables de l’action publique une approche permettant d’évaluer les effets pluridimensionnels du progrès technologique et d’y répondre. Quatre enseignements clés se dégagent pour les responsables de l’élaboration des politiques STI en 2025.
Premièrement, les politiques STI recoupent simultanément plusieurs dimensions liées à la participation et à l’inclusion. Le cadre illustratif montre que les politiques conçues pour faire progresser un quadrant, comme les initiatives axées sur l’excellence ciblant les progrès des technologies de pointe, peuvent avoir des conséquences involontaires sur les autres. Par exemple, si de telles politiques peuvent accélérer l’innovation, elles peuvent aussi concentrer les avantages parmi des régions et des acteurs déjà favorisés. Pour être efficaces, les politiques STI doivent explicitement tenir compte des effets qu’elles auront sur l’ensemble des quadrants et s’accompagner de mesures visant à remédier aux éventuels effets d’exclusion.
Deuxièmement, relever les défis mondiaux exige à la fois excellence et inclusion. La concentration de l’innovation ne permet pas à elle seule d’atteindre l’échelle et le rythme nécessaires pour les transitions numérique et écologique. Les données probantes tirées de l’étude de cas sur la participation en fonction du genre montrent que la sous-représentation d’un groupe à toutes les étapes du processus d’innovation, du niveau de l’éducation à celui des postes de direction, constitue une contrainte fondamentale limitant la capacité d’innovation. Une participation plus large ouvre des perspectives diverses, accélère la diffusion de l’innovation et produit la légitimité sociétale essentielle à la réussite des transitions.
Troisièmement, la concurrence au niveau international façonne les dynamiques d’inclusion nationale, aussi bien de façon positive que négative. Elle oblige les entreprises à innover, à développer de nouvelles technologies et à diffuser leurs innovations. Une difficulté peut survenir pour les entreprises lorsque les règles du jeu en matière d’investissement dans l’innovation ne sont pas équitables à l’échelle internationale, ce qui peut les conduire à sous-investir dans des trajectoires technologiques prometteuses et viables.
Quatrièmement, des politiques d’inclusion efficaces doivent être coordonnées au-delà de la STI. La persistance des écarts de participation, malgré des décennies d’interventions ciblées, montre que les politiques STI ne suffisent pas à elles seules à les combler. Des obstacles structurels exigent une action coordonnée en matière d’éducation, de marché du travail, de protection sociale et de développement régional. Le cadre met l’accent aussi bien sur les trajectoires directes qu’indirectes, soulignant la nécessité d’adopter une telle approche reposant sur une diversité de mesures.
À l’avenir, le cadre montre comment les technologies émergentes et les choix stratégiques influeront sur la participation et sur la répartition des avantages. Les responsables de l’action publique peuvent accompagner le développement de l’intelligence artificielle, des biotechnologies et d’autres technologies de pointe en utilisant ce prisme pour concevoir de manière proactive des systèmes d’innovation qui élargissent les avantages qu’offre celle-ci de sorte à exploiter pleinement le potentiel que présente la participation de différents groupes sociaux tout en progressant vers des objectifs clés à l’échelle nationale et mondiale.
Références
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[40] OCDE (2025), Competition and digital economy, Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd.org/en/topics/sub-issues/competition-and-digital-economy.html.
[17] OCDE (2025), « Embedding citizen science into research policy », OECD Science, Technology and Industry Policy Papers, n° 175, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/a1cfb1a8-en.
[25] OCDE (2025), The Adoption of Artificial Intelligence in Firms: New Evidence for Policymaking, Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd.org/en/publications/the-adoption-of-artificial-intelligence-in-firms_f9ef33c3-en.html#executive-summary.
[32] OCDE (2024), « Cadre relatif à la gouvernance anticipative des technologies émergentes », n° 165, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/a48858ef-fr.
[6] OCDE (2024), Competition Policy in Digital Markets: The combined effect of ex ante and ex post instruments in G7 jurisdictions, Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2024/10/competition-policy-in-digital-markets_554eb7d5/80552a33-en.pdf.
[23] OCDE (2024), Fostering an inclusive digital transformation as AI spreads among firms, Notes de synthèse de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd.org/en/publications/fostering-an-inclusive-digital-transformation-as-ai-spreads-among-firms_5876200c-en.html.
[24] OCDE (2024), OECD Regions and Cities at a Glance 2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/f42db3bf-en.
[26] OCDE (2024), Population with tertiary education, https://data-explorer.oecd.org/vis?lc=en&df[ds]=DisseminateArchiveDMZ&df[id]=DF_DP_LIVE&df[ag]=OECD&df[vs]=&av=true&pd=2005%2C2022&dq=OECD%2BOAVG.EDUTRY...A&to[TIME_PERIOD]=false&vw=tb&ly[cl]=TIME_PERIOD&ly[rw]=SUBJECT&lb=nm.
[4] OCDE (2024), « Programme de l’OCDE en faveur de politiques STI porteuses de transformations », n° 164, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/c0ce0e55-fr.
[7] OCDE (2023), Competition and Innovation: A theoretical perspective, OECD Competition Policy Roundtable Background Note, Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2023/05/competition-and-innovation-a-theoretical-perspective_6e330b82/4632227c-en.pdf.
[2] OCDE (2021), Science, technologie et innovation : Perspectives de l’OCDE 2021 (version abrégée), Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/fr/publications/reports/2021/01/oecd-science-technology-and-innovation-outlook-2021_3f424d14/1a6d0f4c-fr.pdf.
[1] OCDE (2018), Science, technologie et innovation : Perspectives de l’OCDE 2018 (version abrégée) : S’adapter aux bouleversements technologiques et sociétaux, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/sti_in_outlook-2018-fr.
[22] Paunov, C. et J. Einhoff (2025), Innovation Policy Transformed? Unveiling a New Paradigm through Natural Language Processing, Documents de travail de l’OCDE sur la science, la technologie et l’industrie, n° 2025/21, Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2025/06/innovation-policy-transformed_a41c1db5/5ee60cb5-en.pdf.
[5] Paunov, C. et H. McGuire (2022), Towards a new vision of innovation through COVID-19? A comparative reading of 11 countries’ strategies, OECD Science, Technology and Industry Policy Papers, Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2022/08/towards-a-new-vision-of-innovation-through-covid-19_f4b62064/15475840-en.pdf.
[3] Paunov, C. et S. Planes-Satorra (2021), « What future for science, technology and innovation after COVID-19? », OECD Science, Technology and Industry Policy Papers, n° 107, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/de9eb127-en.
[27] STEM learning (2025), https://www.stem.org.uk/stem-ambassadors.
[31] The Research Council of Norway (2019), https://www.forskningsradet.no/contentassets/19527ed7d0b149d6b9b310f8bb354ce9/nfr_gender_policy_orig-1.pdf.
[12] Voth, H. (2003), « Living Standards During the Industrial Revolution: An Economist’s Guide », American Economic Review, vol. 93/2, pp. 221-226, https://doi.org/10.1257/000282803321947083.