Les termes « licence » et « permis » ont divers synonymes, parmi lesquels « permission », « approbation », « autorisation », « accord » ou « consentement », et leur définition varie en fonction du pays ou territoire considéré. Dans le présent rapport, on entend par « licences et permis » (L&P) un ensemble d’outils et de processus réglementaires permettant d’octroyer à des particuliers ou à des entreprises qui envisagent de se lancer dans une activité donnée, l’autorisation officielle ex ante (c’est‑à‑dire avant le démarrage de l’activité en question) de s’y livrer. Il peut s’agir d’une activité ponctuelle, comme la construction ou l’installation d’une infrastructure, ou permanente, comme la vente de boissons alcoolisées, la production d’énergie bas carbone, l’exploitation d’une installation de conditionnement de viande ou l’utilisation de machines spécialisées. Bien que dans certains pays, « licence » et « permis » soient deux termes distincts, ils sont utilisés indifféremment tout au long de ce document.
En tant qu’intervention ex ante, la délivrance ou le refus d’octroi d’une licence ou d’un permis consiste à donner ou non un « feu vert ». C’est pourquoi il convient d’y recourir avec prudence et retenue. Le processus lié aux L&P diffère des autres outils réglementaires en ce qu’il se concentre sur la prévention des risques préalablement au lancement d’une activité, en bloquant ou en autorisant l’accès à un marché ou le démarrage de travaux, plutôt qu’en régulant des opérations en cours ou en remédiant à des problèmes après leur survenue. Cette approche vise à atténuer les risques potentiels dès le départ mais peut aussi avoir des effets néfastes non négligeables sur les plans économique et social (Kleiner, 2017[1]). D’autres instruments réglementaires, comme la mise en application de la réglementation ainsi que les inspections, sont généralement utilisés à des stades ultérieurs (OCDE, 2014[2]) (OCDE, 2019[3]).
Selon le pays ou le territoire, les L&P peuvent jouer un rôle dans un large éventail d’activités, de l’obtention d’un permis de conduire à la création d’une entreprise, en passant par la construction d’un bâtiment ou la gestion de matières dangereuses. L’autorisation de projets tels que le développement d’une infrastructure, l’exploitation d’une installation minière ou l’exercice d’une activité de pêche commerciale s’inscrit également dans le cadre de la délivrance de L&P. Ces derniers peuvent être accordés par des entités publiques diverses, notamment l’administration nationale ou les collectivités locales, ainsi que des organismes ou autorités publics spécialisés.
Les demandeurs de L&P peuvent être des particuliers (permis de conduire ou permis de construire une extension de maison, par exemple) et des entreprises (qui exploitent une mine ou une pêcherie, par exemple). Pour les particuliers, le processus est généralement plus simple, puisqu’il met l’accent sur les qualifications personnelles ou le respect des réglementations locales, comme les lois sur la sécurité et les lois d’urbanisme. En revanche, les entreprises sont généralement confrontées à un processus plus complexe qui peut comporter de multiples niveaux d’examen de la réglementation, d’évaluation environnementale et de suivi permanent afin de garantir la conformité avec les normes sectorielles, le respect de la sécurité publique et l’adéquation avec les objectifs de durabilité. Compte tenu de la multitude d’organismes publics intervenant dans le processus, les entreprises doivent souvent se tenir en rapport avec plusieurs d’entre eux et fournir des plans opérationnels détaillés, des garanties financières et des stratégies d’atténuation des risques.
Des L&P peuvent être nécessaires dans diverses situations, en fonction de l’activité et du demandeur, comme lorsqu’un citoyen demande une autorisation professionnelle ou qu’une entreprise récemment créée cherche à s’implanter sur le marché dans un secteur réglementé tel que celui des produits pharmaceutiques ou de la finance, par exemple. C’est également le cas lorsqu’une entreprise existante se développe dans un secteur réglementé (production d’énergie, exploitation de réseaux et prestation de services dans le domaine des communications électroniques, etc.) ou lorsqu’un secteur auparavant non réglementé, comme celui des cryptomonnaies ou des drones, devient un secteur réglementé, ce qui oblige les entreprises à satisfaire à de nouvelles exigences en matière de L&P. En outre, les L&P jouent un rôle lorsque les entreprises modifient leurs activités, par exemple en ajoutant de nouvelles gammes de produits, en changeant leurs processus de fabrication ou en s’étendant à d’autres zones géographiques. Dans beaucoup de pays et territoires, des obligations générales d’obtention d’une licence ou d’un permis – telle une autorisation professionnelle ou d’exploitation d’une usine – sont imposées pour un large éventail d’activités, parfois sans justification précise en termes de prévention des risques.
Les L&P peuvent également faire office de mécanisme de gestion de ressources limitées ou rares, telles que les fréquences radioélectriques, l’eau ou la terre. Dans ces cas-là, on accorde souvent les autorisations pour une période limitée afin de garantir un réexamen ou une réattribution périodiques. Bien que de telles autorisations puissent être adaptées à certaines situations, un recours excessif à cette solution peut engendrer des risques – d’abus ou de corruption, ou de réduction des incitations à l’investissement à long terme – et créer une charge inutile. Dans la plupart des cas, il est plus efficace de garantir la conformité et de remédier aux problèmes en la matière par le biais d’inspections et de mécanismes de mise en application de la réglementation. On peut toujours demander aux titulaires d’autorisations de prendre les mesures nécessaires pour gérer les risques sans qu’il faille prescrire des renouvellements périodiques de ces autorisations.