Ce chapitre s’intéresse aux marchés mondiaux des produits laitiers : il en décrit l’évolution puis présente des projections à moyen terme pour la période 2025-34. Il passe en revue les évolutions attendues, en matière de prix, de production, de consommation et d’échanges, pour le lait, les produits laitiers frais, le beurre, le fromage, le lait écrémé en poudre et le lait entier en poudre. Il s’achève par un examen des risques et incertitudes notables susceptibles d’avoir une incidence sur les marchés mondiaux des produits laitiers durant les dix prochaines années.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2025‑2034
6. Lait et produits laitiers
Copier le lien de 6. Lait et produits laitiersDescription
6.1. Principaux éléments des projections
Copier le lien de 6.1. Principaux éléments des projectionsLes produits laitiers continuent d’être très appréciés des consommateurs, qui les considèrent comme une composante essentielle d’un régime alimentaire sain, équilibré et nutritif. Les revenus et la population augmentant, les volumes de produits laitiers consommés dans le monde sont appelés à s’amplifier à moyen terme.
L’Asie, et en particulier l’Inde et le Pakistan, restera la région enregistrant la plus forte hausse de la consommation de produits laitiers frais. De nouvelles augmentations de la consommation de fromages sont prévues en Europe et en Amérique du Nord.
La production mondiale de lait devrait continuer de croître régulièrement, principalement en raison de l’amélioration des rendements par animal. La production mondiale de lait (constituée à environ 81 % de lait de vache, à 15 % de lait de bufflonne et à 4 % de lait de chèvre, de brebis et de chamelle) devrait augmenter de 1.8 % par an au cours des dix prochaines années, portée principalement par l’amélioration des rendements par animal, tandis que la croissance du cheptel devrait rester modérée.
L’Inde et le Pakistan devraient représenter plus de la moitié de la croissance de la production laitière mondiale. En revanche, la production de lait dans l’Union européenne, le deuxième producteur le plus important, devrait légèrement baisser.
Les préoccupations environnementales et sanitaires influencent les prévisions pour le secteur laitier. Dans certains pays, la production laitière représente une part importante des émissions totales de gaz à effet de serre (GES), ce qui entraîne la mise en œuvre d’initiatives visant à ajuster la technologie du secteur afin de réduire ces émissions.
Seule une faible part de la production laitière est échangée sur le marché mondial, principalement sous forme de produits laitiers transformés. Bien que la production laitière des trois principaux exportateurs de produits laitiers – la Nouvelle‑Zélande, les États-Unis et l’Union européenne – devrait connaître une augmentation modeste, les exportations de ces pays devraient représenter presque 70 % des exportations mondiales de lait.
L’écart entre les prix du beurre et de lait écrémé en poudre devrait se maintenir tout au long de la période de projection. Ce phénomène s’explique par une demande de matières grasses laitières relativement plus forte que celle d’extrait sec dégraissé de lait sur le marché international. Le ratio entre la matière grasse et l’extrait sec dégraissé du lait ne change que très lentement.
Le secteur laitier fait face à diverses sources d’incertitude. Dans les pays à revenu élevé, l’utilisation de substituts d’origine végétale est en hausse, bien que les niveaux de départ restent faibles. Leur part de marché pourrait croître plus rapidement que ce qui est envisagé dans les Perspectives. Les maladies du bétail ne devraient pas restreindre la production de façon significative. Elles pourraient néanmoins entraîner des perturbations, comme le montre actuellement la transmission de la grippe aviaire aux bovins laitiers.
6.2. Tendances actuelles du marché
Copier le lien de 6.2. Tendances actuelles du marchéLes prix du lait et des produits laitiers ont augmenté en 2024, sous l’effet de la hausse des prix du beurre
En 2024, l’Indice FAO des prix des produits laitiers a augmenté en raison de l’augmentation du prix du beurre, qui a atteint un nouveau record à la mi-2024 et est resté élevé. Cette augmentation a élargi l’écart des prix entre la matière grasse et l’extrait sec dégraissé du lait.
La production mondiale de lait a augmenté de 1.1 % en 2024, pour atteindre environ 950 Mt. La production a progressé de 3 % en Inde et au Pakistan, atteignant respectivement 227 Mt et 66 Mt. Les retombées sur le marché laitier mondial sont toutefois restées minimes, l’Inde ne participant que de façon marginale aux exportations de lait et de produits laitiers. Pour ce qui est des trois principaux exportateurs, la production en 2024 a augmenté en Nouvelle‑Zélande et dans l’Union européenne, mais a diminué aux États‑Unis.
Les échanges mondiaux de produits laitiers ont continué de diminuer en 2024 en raison d’un net affaiblissement de la demande de la République populaire de Chine (ci‑après « la Chine »), notamment en ce qui concerne le lait écrémé et entier en poudre. En revanche, d’autres importateurs clés de produits laitiers, à savoir l’Arabie saoudite, l’Algérie, l’Indonésie et le Mexique, ont augmenté leurs importations. Parmi les grands pays exportateurs, les États-Unis pourraient à l’avenir faire partie des bénéficiaires d’une hausse de la demande d’exportations du fait d’une croissance limitée de la production dans l’Union européenne et en Nouvelle-Zélande.
6.3. Projections relatives au marché
Copier le lien de 6.3. Projections relatives au marché6.3.1. Consommation
La hausse de la consommation mondiale de produits laitiers est portée par la forte demande en Inde et au Pakistan
Bien que le lait soit un produit très périssable qui doit être transformé rapidement après sa collecte, il est consommé principalement sous la forme de produits frais1, qui comprennent les produits fermentés et pasteurisés. La part des produits laitiers frais dans la consommation mondiale devrait augmenter ces dix prochaines années, sous l’effet d’un renforcement de la demande en Inde et au Pakistan, lui-même porté par l’urbanisation et la croissance des revenus et de la population. La consommation mondiale par habitant de produits laitiers frais devrait progresser de 1 % par an au cours des dix prochaines années, essentiellement en raison d’une accélération de la croissance du revenu par habitant.
La consommation de lait par habitant (au regard de l’extrait sec) varie considérablement selon les pays (Graphique 6.1), en raison des disparités de revenu et de préférences régionales. L’augmentation la plus notable devrait être enregistrée en Inde et au Pakistan, où la consommation d’extraits secs de lait devrait être portée à 30 et 46 kg par habitant, respectivement. La consommation moyenne de produits frais par habitant de la Chine est sensiblement inférieure à celle de l’Union européenne et de l’Amérique du Nord, mais elle devrait augmenter considérablement au cours de la prochaine décennie. Dans les pays à revenu faible et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, l’essentiel du lait produit est consommé sous forme de produits frais.
En Europe et en Amérique du Nord, la demande globale de produits laitiers frais par habitant recule, et sa composition évolue depuis quelques années au profit des matières grasses laitières, telles que le lait entier et la crème. Les substituts végétaux gagnent du terrain et concurrencent davantage les produits laitiers frais que les produits laitiers transformés.
La part des produits laitiers transformés, en particulier du fromage, dans la consommation globale de lait (en extrait sec) devrait être étroitement corrélée au revenu, avec des variations dues aux préférences locales, aux contraintes alimentaires et au degré d’urbanisation. Le fromage, deuxième produit laitier le plus consommé, a ses principaux marchés en Europe et en Amérique du Nord, où la consommation par habitant devrait continuer d’augmenter durant la période de projection (Graphique 6.2). La consommation importante de fromage dans les marchés émergents s’explique par la popularité croissante de plats tels que les pizzas et les burgers. La consommation de beurre a repris en Amérique du Nord et en Asie du Sud-Est en raison d’une évolution des préférences. En outre, la consommation de beurre par habitant en Inde et au Pakistan, déjà très élevée, continue d’augmenter, tout particulièrement sous forme de ghee, alors que la consommation de produits laitiers transformés reste faible.
Les poudres de lait, écrémé ou entier, resteront principalement employées par l’industrie agroalimentaire, notamment pour la pâtisserie-confiserie, les laits maternisés et la boulangerie. Une petite partie des produits laitiers est utilisée pour l’alimentation animale, en particulier le lait écrémé en poudre et la poudre de lactosérum. On observe partout dans le monde une montée en puissance des poudres de lactosérum qui sont utilisées pour la fabrication de produits nutritionnels, notamment dans la nutrition clinique et la nutrition des jeunes enfants et des personnes âgées, ainsi que comme produit importé de remplacement pour les produits laitiers frais reconstitués tels que le lait et les yaourts, en particulier en Afrique et dans d’autres régions où la production de lait est limitée.
6.3.2. Production
Des hausses de rendement attendues grâce à une meilleure efficience de la production laitière
La production mondiale de lait devrait progresser de 1.8 % par an ces dix prochaines années (pour atteindre 1 146 Mt en 2034), soit un rythme plus rapide que celui de la plupart des autres grands produits agricoles. D’après les projections, l’augmentation du nombre de vaches sera modérée en Amérique du Nord et en Chine, mais soutenue en Afrique subsaharienne et dans les grands pays producteurs de lait comme l’Inde et le Pakistan, où les rendements sont faibles. Au cours des dix prochaines années, les rendements devraient continuer de croître régulièrement partout dans le monde et contribuer davantage à l’augmentation de la production que l’expansion des cheptels. Cette croissance des rendements sera rendue possible par l’optimisation des systèmes de production laitière, une meilleure santé animale, des gains d’efficience en matière d’alimentation animale et l’amélioration génétique.
L’Inde est le premier producteur de lait et devrait enregistrer une augmentation soutenue et continue de sa production (Graphique 6.3). Celle-ci repose sur de petits exploitants qui travaillent avec des coopératives pour la transformation et la distribution. Cette intégration dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement joue également un rôle important dans la valeur ajoutée de la production laitière du pays. La croissance de la production devrait découler de l’augmentation du nombre de vaches et de bufflonnes laitières et d’une hausse des rendements.
Au sein de l’Union européenne, les projections indiquent une stagnation de la production, en raison d’une réduction du nombre de vaches laitières et d’un ralentissement de la croissance des rendements. Les cheptels laitiers sont nourris à l’herbe et avec des aliments pour animaux. La part du lait biologique ou issu d’autres systèmes non conventionnels devrait augmenter dans la production totale. À l’heure actuelle, plus de 10 % des vaches laitières sont élevées dans des exploitations biologiques en Autriche, au Danemark, en Grèce, en Lettonie et en Suède. L’Allemagne, la France et l’Italie ont aussi enregistré une hausse de leur production laitière biologique. Toutefois, étant donné que les rendements des exploitations biologiques représentent environ 75 % de ceux des exploitations conventionnelles, et que les élevages biologiques entraînent des coûts de production plus importants, il est nécessaire de fixer des prix de vente sensiblement plus élevés pour que l’activité soit rentable.
Le rendement moyen par vache en Amérique du Nord est quatre fois plus élevé que la moyenne mondiale : la production à l’herbe y est très minoritaire et l’alimentation du bétail vise à obtenir des rendements élevés de cheptels laitiers spécialisés. Aux États-Unis et au Canada, les cheptels laitiers devraient demeurer relativement stables, et la croissance de la production serait donc favorisée par de nouvelles hausses des rendements. Alors que la demande intérieure de matières grasses du lait devrait rester prédominante, les États‑Unis continueront de développer leur production de lait écrémé en poudre, en partie destinée à l’exportation.
Bien que la Nouvelle-Zélande ne représente que 2 % de la production mondiale de lait, elle est le pays qui exporte le plus. Après avoir fortement augmenté, la croissance de la production laitière a ralenti depuis quelques années, et devrait progresser de 0.9 % par an au cours de la décennie à venir. Les cheptels laitiers sont nourris principalement à l’herbe et les rendements sont beaucoup plus faibles qu’en Amérique du Nord et en Europe. Cependant, une gestion efficace des prairies permet à la Nouvelle‑Zélande d’être compétitive en raison de l'accent mis sur les rendements laitiers par hectare. Les principaux obstacles à la croissance sont le manque de terres disponibles et les restrictions environnementales grandissantes (loi Neutralité carbone de 2019 portant modification de la loi de 2002 sur la lutte contre le changement climatique). Malgré cela, il est peu probable que le modèle d’alimentation animale évolue vers une production davantage fondée sur les aliments pour animaux.
En Afrique, la production laitière devrait afficher une forte croissance, due principalement à l’expansion des cheptels (Graphique 6.4). Les rendements sont généralement bas, et les laits de chèvre et de brebis occupent une place très importante. La plupart des vaches, des chèvres et des brebis pâturent et sont aussi élevées pour la production de viande, la traction ou comme actif financier (épargne). Les animaux supplémentaires se nourrissent sur les mêmes pacages, entraînant une utilisation plus intensive des sols qui pourrait conduire à des situations de surpâturage en certains endroits. Au cours de la période de projection, environ un cinquième du cheptel mondial de vaches laitières et de bufflonnes devrait se trouver sur le continent africain et fournir environ 5 % de la production mondiale de lait.
Graphique 6.4. Évolution annuelle des effectifs du cheptel laitier et des rendements entre 2025 et 2030
Copier le lien de Graphique 6.4. Évolution annuelle des effectifs du cheptel laitier et des rendements entre 2025 et 2030
Note : la taille des bulles correspond à la production totale de lait de vache durant la période de référence 2022‑24.
Source : OCDE/FAO (2025), « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO », Statistiques agricoles de l’OCDE (base de données), http://data-explorer.oecd.org/s/1hc.
Le secteur laitier affiche des émissions directes de gaz à effet de serre supérieures à la moyenne des autres secteurs agricoles. La Fédération internationale du lait (FIL) contribue au suivi de ces émissions depuis plusieurs années. Afin d’aider le secteur laitier mondial, de la production à la transformation, à disposer d’un référentiel solide pour le calcul de l’empreinte carbone dans le cadre de discussions pré‑concurrentielles, ainsi qu’à réaliser des progrès continus en matière de recherche et d’application de nouvelles technologies visant à réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre, la FIL a élaboré une approche commune de l’empreinte carbone pour le secteur2.
Environ 30 % de la production mondiale de lait devraient être transformés en beurre, fromage, lait écrémé ou entier en poudre, ou poudre de lactosérum au cours de la décennie à venir. Néanmoins, il existe des différences d’une région à l’autre. Dans les pays à revenu élevé, la production de lait est majoritairement transformée en produits laitiers. Le beurre et le fromage représentent actuellement une grande partie de la consommation d’extrait sec du lait en Europe et en Amérique du Nord en raison de l’importance de la demande directe. Le lait en poudre entier ou écrémé est principalement produit pour l’exportation et utilisé dans le secteur agroalimentaire, notamment en pâtisserie-confiserie, pour les laits maternisés et en boulangerie. Dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, l’essentiel du lait produit est consommé sous forme de produits frais.
6.3.3. Échanges
Les échanges laitiers mondiaux portent principalement sur les produits transformés
La majorité des produits laitiers est consommée dans le pays de production. Seule une petite part (moins de 7 %) de la production mondiale de lait fait l’objet d’échanges internationaux, ce qui s’explique principalement par la nature périssable du lait et par sa teneur élevée en eau (plus de 85 %). Environ 50 % de la production mondiale de lait en poudre entier ou écrémé est échangée sur les marchés, car ces poudres sont souvent produites dans le seul but de pouvoir stocker et vendre le lait plus longtemps ou le transporter sur de plus longues distances. Les produits laitiers frais tels que les produits laitiers fermentés s’échangent en petites quantités entre pays voisins (le Canada et les États‑Unis, ou l’Union européenne et la Suisse, par exemple). La seule exception concerne les importations de lait liquide en Chine, en provenance de l’Union européenne et de la Nouvelle-Zélande, ces échanges étant facilités par la capacité des produits laitiers et crémiers pasteurisés à ultra-haute température à être transportés sur de longues distances, mais aussi, dans certains cas, par les tarifs favorables du fret chinois.
Les échanges mondiaux de produits laitiers devraient augmenter au cours de la prochaine décennie pour atteindre 13.8 Mt en 2034, soit 12 % de plus que pendant la période de référence. Cette croissance proviendra surtout des États-Unis, de l’Union européenne et de la Nouvelle-Zélande. Ensemble, ces trois exportateurs devraient réaliser environ 64 % des exportations de fromage, 69 % de celles de lait entier en poudre, 73 % de celles de beurre et 78 % de celles de lait écrémé en poudre en 2034 (Graphique 6.5). L’Australie a perdu des parts de marché, mais reste un gros exportateur de fromage et de lait écrémé en poudre. L’Argentine est elle aussi un important exportateur de lait entier en poudre et devrait compter pour 6 % des exportations mondiales à l’horizon 2034. Ces dernières années, le Bélarus a également acquis une certaine stature en tant qu’exportateur, principalement tourné vers le marché russe en raison de l’embargo contre la Fédération de Russie (ci‑après « la Russie ») qui touche plusieurs grands exportateurs de produits laitiers depuis 2015.
L’Union européenne restera le principal exportateur mondial de fromage, suivie des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande. Le Royaume-Uni, la Russie, le Japon, le Mexique et l’Arabie saoudite devraient être les cinq importateurs de fromage en 2034. Étant donné que les consommateurs apprécient la variété, ces pays sont souvent aussi exportateurs de fromage et leur participation aux échanges commerciaux internationaux devrait se traduire par un choix plus vaste de fromages sur les marchés intérieurs.
La Nouvelle-Zélande reste la principale source de beurre et de lait entier en poudre sur le marché international, et ses parts de marché devraient se situer respectivement autour de 46 % et 59 % d’ici 2034. La Chine est le premier importateur de lait entier en poudre en provenance de Nouvelle-Zélande. La hausse anticipée de la production laitière intérieure en Chine limitera la croissance des importations de lait entier en poudre.
Parmi les grands exportateurs, les États-Unis devraient être le pays le plus dynamique au cours des dix prochaines années et augmenter en particulier ses exportations de lait écrémé en poudre. Pour ce faire, le pays devra investir davantage dans l’augmentation de sa capacité de séchage. Les importations de lait écrémé en poudre sont dispersées à l’échelle mondiale, car il s’agit souvent du produit laitier le plus facile à échanger pour être utilisé par l’industrie agroalimentaire.
Les importations de produits laitiers sont plus largement réparties entre les pays, mais les principales destinations pour tous les produits sont le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, les pays à revenu élevé, l’Asie du Sud-Est et la Chine (Graphique 6.6). La Chine devrait rester le premier importateur mondial de produits laitiers. Ses importations devraient représenter 12 % des importations mondiales en 2034, soit une baisse de 7.5 points de pourcentage par rapport à la période de référence. Les importations de lait entier en poudre de l’Afrique devraient connaître une hausse significative au cours des dix prochaines années. La consommation de produits laitiers par habitant en Chine est relativement modeste par rapport aux marchés traditionnels, mais la demande a notablement augmenté au cours de la dernière décennie, et la croissance devrait se poursuivre. La Chine se procure ses produits laitiers essentiellement auprès des pays d’Océanie, mais elle a néanmoins développé ses achats de beurre et de lait écrémé en poudre auprès de l’Union européenne ces dernières années.
Le marché mondial de la poudre de lactosérum progresse, tiré par l’augmentation de la demande de régimes alimentaires riches en protéines et d’aliments pour animaux. Les échanges de poudre de lactosérum devraient croître à moyen terme, la Chine constituant le principal marché d’importation, majoritairement pour les additifs alimentaires destinés aux animaux. L’Union européenne devrait rester le principal exportateur de poudre de lactosérum. Avec les États-Unis, elle représente plus de 40 % des exportations mondiales.
Si certains pays, comme l’Inde et le Pakistan, sont autosuffisants, dans d’autres régions du monde telles que l’Afrique, l’Asie du Sud-Est, ainsi que le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, la consommation de produits laitiers devrait croître plus rapidement que la production, entraînant une hausse des importations. Le lait liquide coûtant cher à importer et exporter en raison du ratio volume/valeur élevé, la demande supplémentaire devrait être satisfaite par les laits en poudre, auxquels on ajoute de l’eau pour la consommation finale ou la transformation. Les importations du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord devraient provenir essentiellement de l’Union européenne, tandis que les États-Unis et l’Océanie devraient être les principaux fournisseurs de lait en poudre de l’Asie de Sud-Est.
6.3.4. Prix
En valeur nominale, les cours mondiaux des produits laitiers augmenteront légèrement et de manière progressive
Les cours mondiaux des produits laitiers correspondent aux prix des produits transformés des principaux exportateurs d’Océanie et d’Europe. Les deux principaux cours de référence pour les produits laitiers sont ceux du beurre et du lait écrémé en poudre, le premier pour les matières grasses du lait, et le second pour les autres constituants solides du lait. Les matières grasses et les autres constituants solides représentent environ 13 % du poids total du lait, le reste étant constitué d’eau. Depuis 2015, le prix du beurre a augmenté beaucoup plus que celui du lait écrémé en poudre. La demande accrue en matières grasses du lait a créé un écart de prix entre les deux produits et continuera de soutenir le prix du beurre tant qu’elle restera supérieure à la demande pour les autres constituants solides sur le marché international. Cette différence de prix devrait donc persister au cours des dix années à venir.
Le prix du beurre devrait diminuer au cours des deux prochaines années, affichant un recul par rapport aux prix records de 2024. Par la suite, les prix du beurre et du lait écrémé en poudre devraient augmenter légèrement en termes nominaux durant la période de projection, tout en conservant des écarts significatifs (Graphique 6.7). Les prix mondiaux du lait entier en poudre et du fromage devraient être affectés par l’évolution des cours du beurre et du lait écrémé en poudre, selon leur teneur respective en matières grasses et en autres matières sèches.
La forte volatilité des cours internationaux des produits laitiers au fil des années s’explique par le faible pourcentage de ces produits qui est échangé sur les marchés mondiaux, par la prédominance d’un petit nombre d’exportateurs, et par des politiques commerciales très restrictives. La plupart des marchés intérieurs sont relativement déconnectés de ces cours internationaux puisque l’on consomme surtout des produits laitiers frais et que seule une petite partie de la production de lait est transformée, le reste étant fermenté ou pasteurisé.
6.4. Risques et incertitudes
Copier le lien de 6.4. Risques et incertitudesLes préoccupations relatives à la santé et à l’environnement revêtent une importance croissante
Une législation environnementale plus stricte que celle envisagée dans les Perspectives pourrait avoir une incidence significative sur les projections de production laitière. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) dues au secteur laitier représentent une part non négligeable des émissions totales dans certains pays (en Nouvelle‑Zélande et en Irlande, par exemple), et un durcissement des politiques et des initiatives publiques en la matière, comme l’initiative pour la neutralité GES du secteur laitier (Pathways to Dairy Net Zero) lancée en septembre 2021, pourrait avoir une incidence sur le niveau et la nature de la production laitière dans le but de réduire ces émissions. D’autres domaines dans lesquels des changements de politique pourraient avoir une incidence sur la production laitière sont, par exemple, l’accès à l’eau et la gestion des effluents d’élevage, qui s’orientent de plus en plus vers des pratiques durables. Cependant, une législation environnementale plus stricte pourrait aussi conduire à la mise au point de solutions novatrices améliorant la compétitivité de la filière à long terme. Dans l’ensemble, le niveau des émissions mondiales de GES du secteur laitier dépendra en grande partie des gains d’efficacité qui pourront être obtenus en Inde et dans les autres pays ayant des cheptels bovins importants et pratiquant l’élevage extensif. De plus, les phénomènes météorologiques extrêmes, auxquels certains pays et régions sont déjà confrontés, pourraient menacer encore davantage la viabilité de la production laitière dans les pays touchés.
Les substituts végétaux des produits laitiers (boissons à base de soja, d’amande, de riz ou d’avoine, par exemple) ont gagné en importance dans de nombreuses régions du monde, en particulier en Amérique du Nord, en Europe et en Asie de l’Est. L’offre s’en est élargie : outre les options traditionnelles, on trouve désormais des produits dérivés de divers fruits à coque, légumineuses et autres cultures. Cette évolution s’explique principalement par les préoccupations des consommateurs concernant la santé, notamment pour ce qui est de l’intolérance au lactose, et leur prise de conscience des conséquences de la production de lait sur l’environnement. Si les substituts végétaux de produits laitiers affichent des taux de croissance vigoureux, en partant certes de très bas, la réalité de leurs effets sur l’environnement et de leurs relatifs bienfaits pour la santé fait débat. Leur croissance pourrait dépasser les prévisions du présent rapport, mais elle pourrait aussi rester limitée, entraînant une fluctuation de la demande de produits laitiers.
Les échanges de produits laitiers pourraient être influencés par les évolutions de l’environnement commercial et ainsi dévier des projections faites dans les Perspectives. La modification des accords commerciaux en vigueur ou la conclusion de nouveaux accords pourrait entraîner des conséquences sur la demande et les échanges de produits laitiers. En outre, l’Inde et le Pakistan, grands consommateurs de produits laitiers, ne sont pas censés s’intégrer au marché international, puisque la production nationale devrait se développer assez rapidement pour répondre à la demande intérieure en plein essor.
Le risque de flambée épizootique constitue un autre défi pour le secteur. Les récentes épizooties de grippe aviaire chez les bovins laitiers aux États-Unis agissent comme un rappel de cette menace : de mars 2024 à mars 2025, environ 1 000 cas ont été signalés dans 17 États3. Trois cas de fièvre aphteuse, en janvier et mars 2025, sont venus rappeler ce risque dans l’Union européenne également. Dans un monde de plus en plus interconnecté par les échanges commerciaux, notamment les mouvements transfrontaliers d’animaux, les maladies animales pourraient facilement se propager au-delà des frontières et freiner la croissance de l’industrie laitière. Les projections présentées dans les Perspectives, cependant, ne prennent pas en considération ce risque.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les produits laitiers frais comprennent tous les produits laitiers et le lait qui ne sont pas inclus dans les produits transformés (beurre, fromage, lait écrémé en poudre, lait entier en poudre, poudre de lactosérum et, dans quelques cas, caséine). Les quantités sont exprimées en équivalent lait de vache.
← 2. Fédération internationale du lait (2022), The IDF global Carbon Footprint standard for the dairy sector (Bulletin of the IDF n° 520/2022). https://doi.org/10.56169/FKRK7166.
← 3. Cas confirmés de grippe aviaire hautement pathogène (GAHP) parmi le bétail : https://www.aphis.usda.gov/livestock-poultry-disease/avian/avian-influenza/hpai-detections/hpai-confirmed-cases-livestock.