Ce chapitre donne un aperçu des mesures mises en place dans la région pour faire face aux sécheresses futures et évalue leur robustesse. L’ensemble des mesures considérées recouvre les mesures de gestion de la demande en eau ou sobriété (e. g, sensibilisation, régimes d’allocation, prix), les mesures de gestion de l’offre en eau ou d’optimisation des ressources (e. g, infrastructures, recours aux eaux non conventionnelles).
Adapter l’Île-de‑France aux risques de raréfaction de l’eau
4. Mesures pour accroître la résilience de l’Ile-de-France aux sécheresses induites par le changement climatique
Copier le lien de 4. Mesures pour accroître la résilience de l’Ile-de-France aux sécheresses induites par le changement climatiqueDescription
4.1. Introduction
Copier le lien de 4.1. IntroductionLes mesures de résilience requises pour faire face aux risques induits par les sécheresses s’appuient sur une gestion de l’offre et de la demande en eau. La sensibilisation des citoyens au risque de raréfaction et au potentiel des économies d’eau joue un rôle important sur la demande d’eau. Le recours à des technologies telles que les kits d’économie d’eau permettent de réduire les consommations d’eau. De même, la tarification de l’eau ou les régimes d’allocation permettent d’inciter les consommateurs à repenser leurs usages dans certains cas. Les mesures d’optimisation des ressources agissent sur l’offre d’eau à l’instar des mesures qui facilitent la recharge des nappes et accroissent les stocks d’eau disponibles en prévision des sécheresses. Les infrastructures permettent également de mobiliser des ressources dites non conventionnelles (eaux pluviales, grises ou usées) et contribuent à réduire les prélèvements en rivières ou dans les nappes en réutilisant des ressources existantes.
Ce chapitre évalue la robustesse des mesures de résilience actuelles et les ajustements nécessaires pour garantir la résilience future de la région au risque de raréfaction de l’eau induit par les sécheresses. Il aborde la nécessité et l’utilité de déterminer un objectif de résilience (4.2). Il propose ensuite un aperçu et une discussion sur les mesures en place aujourd'hui pour faire face au risque de raréfaction de l'eau dans la région parisienne. Les mesures sont présentées en fonction de leur action sur la demande (4.3) et l’offre (4.4) en eau. Si les enjeux de qualité sont cruciaux pour faire face à la moindre dilution des milieux lors des étiages, ce chapitre se concentrera en priorité sur les mesures permettant d’agir sur la quantité des ressources. En effet, les mesures liées à la qualité de l’eau sont nécessaires indépendamment du changement climatique et des objectifs mesurables et clairement identifiés par les agences de l’eau existent déjà. Néanmoins, il n’existe pas de projections fiables permettant d’évaluer les concentrations de polluants d’ici 2050 et de sélectionner des mesures cohérentes.
4.2. Sélectionner des mesures cohérentes avec le contexte régional
Copier le lien de 4.2. Sélectionner des mesures cohérentes avec le contexte régional4.2.1. Sélectionner les mesures en fonction d’un objectif précis
Le choix des mesures de résilience doit être proportionné à l’objectif de performance souhaité ou objectif de résilience. Définir l’objectif de résilience à atteindre permet de définir le niveau d’effort à fournir et donc le type de mesures à mettre en place. Par exemple, le Royaume-Uni a pour objectif de résilience d’éviter de déclencher le niveau de crise défini correspondant à leur régime de gestion des sécheresses, comparable au régime français (Encadré 4.1) dans le cas d’une sécheresse de temps de retour 500 ans (GOV UK, 2023[1]). En considérant que ce type de sécheresse est un cas sévère tel qu’étudié au chapitre 2, cela signifierait pour la région Ile-de-France qu’elle ne tolérerait aucune restriction de navigation fluviale, d’irrigation, des prélèvements industriels et de l’arrosage des espaces verts urbains et équipements sportifs. Aujourd’hui si ce type de sécheresse se produisait, de telles restrictions seraient appliquées jusqu’à 166 jours1 (Chapitre 2). Elle tolèrerait en revanche des limitations horaires d’arrosage ou d’irrigation telles que requises par le niveau d’alerte renforcée du dispositif d’arrêté sécheresse.
Encadré 4.1. Arrêté sécheresse en France : Une mesure de gestion des sécheresses
Copier le lien de Encadré 4.1. Arrêté sécheresse en France : Une mesure de gestion des sécheressesLes arrêtés sécheresse définissent un système de restrictions graduelles allant d’une sensibilisation à des interdictions de prélèvement, c’est-à-dire la raréfaction de l’eau pour l’usager affecté. Ces restrictions reflètent le dépassement de seuils ou niveaux de débits ou de nappes fixés pour différentes stations situées sur les rivières et nappes. La gradation permet d’anticiper le risque en mobilisant les usagers dès les premiers signes d’étiage. Il s’agit de mesures progressives visant à réduire les prélèvements d’eau pour préserver la ressource existante. Il existe 4 seuils de risque :
Vigilance : Informer et inciter les usagers à économiser l’eau
Alerte et Alerte Renforcée : Réduire les prélèvements jusqu’à 50% d’économie d’eau
Crise : Interdictions pour préserver les usages prioritaires
À l’échelle nationale, il existe un objectif de réduction des prélèvements supposé renforcer la résilience des bassins versants. Le Plan Eau élaboré par le gouvernement français propose un ensemble d’objectifs, tels que la réduction des prélèvements d’eau de 10% d’ici 2030 et un nombre de projets de réutilisation des eaux non conventionnelles d’ici 2027. Ces objectifs doivent être ensuite traduits à l’échelle des bassins versants pour refléter les enjeux spécifiques à chacun.
Cet objectif ne traduit néanmoins pas un niveau de résilience ou de risque acceptable à l’échelle nationale comme locale et pourrait s’avérer insuffisant. Si une réduction des prélèvements, ainsi que la protection et mobilisation de ressources sont des objectifs permettant d’accroître la résilience des territoires français, ils ne reflètent pas une évaluation précise du risque ni un niveau de protection spécifique. En réduisant de 10% les prélèvements actuels, la région pourrait toujours connaître des restrictions d’usage de l’eau telles que définies par le régime de crise d’arrêté sécheresse actuelle. De plus, ces objectifs ne tiennent pas compte des enjeux à long terme du changement climatique sur les ressources.
La définition d’un objectif de résilience est un compromis entre les coûts d’adaptation et les coûts induits par l’inaction, tous deux complexes à évaluer. Selon le niveau de risque de raréfaction accepté, les objectifs de réduction de volumes de prélèvements peuvent varier significativement. Par exemple, un objectif consistant à éviter d’atteindre le niveau de crise des arrêtés sécheresse induit des ambitions moindres en termes de réduction des prélèvements que s’il s’agissait de ne jamais dépasser le seuil de vigilance. De même, définir les volumes de réduction nécessaires dépend de l’approche poursuivie. Ces volumes peuvent être calculés comme étant le déficit d’eau observé en cas de dépassement du seuil de crise ou de vigilance, et qu’il faudrait mobiliser en amont. Une autre approche, plus systémique mais aussi plus conservatrice, consiste à intégrer les enjeux de dynamique hydrologique à long-terme, tels que la recharge des nappes, et d’envisager une réduction des prélèvements homogènes au cours de l’année. Le choix de l’approche mérite une discussion approfondie avec l’agence de l’eau.
4.2.2. Identifier une combinaison de mesures adaptées aux acteurs et au territoire
La stratégie d’adaptation au changement climatique du bassin versant Seine Normandie définit une hiérarchie des mesures de résilience pertinente pour réduire les prélèvements sur le bassin (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2023[2]). Pour réduire les pressions anthropiques sur les ressources en eau et par conséquent les prélèvements d’eau, la stratégie d’adaptation du bassin donne priorité aux mesures visant à accroître la sobriété des usagers. En réduisant les consommations d’eau, ces mesures réduisent la dépendance des usagers à l’eau et donc leur vulnérabilité en cas de sécheresse. De plus, cela permet de protéger les ressources en amont en réduisant ainsi le risque de raréfaction de l’eau. La stratégie de résilience du bassin encourage ensuite le recours aux mesures de gestion de l’offre en eau. Les solutions fondées sur la nature sont ainsi le deuxième axe à privilégier en raison de leurs bénéfices multiples et car il s’agit de solutions « sans regret ». Enfin, l’usage de technologies peut être envisagé si nécessaire.
L’agence de l’eau Seine-Normandie propose une trajectoire de réduction des prélèvements par acteur, qui donne une indication de l’effort attendu par chaque acteur. L’agence de l’eau Seine-Normandie a retranscrit les objectifs d’une réduction des prélèvements d’eau de 10% d’ici 2030 en trajectoires de réductions pour les prélèvements d’eau potable, industriels et d’irrigation. Face aux progrès réalisés par les usagers d’eau potable et industriels, l’agence préconise ainsi de réduire les prélèvements de ces deux secteurs respectivement de 14% et 4% (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2023[2]). Consciente de la marginalité des prélèvements agricoles, et des besoins croissants anticipés pour faire face au changement climatique, l’agence de l’eau prévoit de maintenir les prélèvements pour irrigation à leurs niveaux actuels. Il s’agit d’un défi lorsqu’on compare cet objectif à la tendance d’augmentation des prélèvements actuelle qui conduirait à une augmentation de 45% de ceux-ci d’ici 2050 (Chapitre 2).
Afin de privilégier les mesures de sobriété, il est nécessaire de connaître de façon précise les profils de consommation et efforts déjà fournis par les usagers. Le Syndicat des Eaux d’Ile-de-France (SEDIF) a évalué les consommations de certaines collectivités desservies et a réalisé que certains équipements tels que les gymnases scolaires ou les écoles étaient victimes de fuites importantes et surconsommaient inutilement de l’eau. A l’inverse, le SEDIF a récemment réévalué la consommation d’eau des ménages sur son périmètre. Cette consommation serait de 100 litres par personne, par jour (INSEE, 2023[3]), avec de fortes disparités selon le niveau de vie ou la commune (de 78 à 138 litres par personne par jour). Ainsi, la marge de manœuvre pour réduire la consommation d’eau domestique des foyers pourrait être limitée selon les usagers. Dans la suite de ce rapport, en l’absence de données sur l’Ile-de-France, la répartition d’eau potable s’inspirera de celle évaluée pour la Ville de Paris, c’est-à-dire 60% pour le résidentiel, 9.1% pour les activités économiques telles que les bureaux, commerces ou tourisme et 1.1% pour les hôpitaux par exemple (APUR, 2022[4]). Enfin, si le recours à l’irrigation peut être justifié face aux effets du changement climatique, des efforts variables pourront être consentis selon le type d’exploitation ou de cultures.
Il n’existe pas de diagnostic des consommations existantes permettant de préciser les efforts de sobriété à fournir selon le type d’usagers. À l’exception de l’étude de l’INSEE sur le périmètre du SEDIF, ou celle de l’Agence d’urbanisme de Paris qui infère des consommations d’eau potable à l’échelle de Paris (APUR, 2022[4]), peu d’études sont conduites pour adapter les politiques de sobriété aux usagers. Cela s’explique par l’absence de compteurs individuels permettant de suivre les consommations d’eau dans la majorité des habitats de la région. De même, un diagnostic des consommations permettrait de différencier les entreprises déjà vertueuses de celles qui peuvent réduire leur utilisation de l’eau. Enfin, une politique claire permettant de soutenir certaines cultures pour l’irrigation et une allocation des ressources en eau adaptée est nécessaire pour atteindre une cible de prélèvements constants pour l’irrigation.
Toutefois, même sans ce diagnostic, il s’avère que les mesures de sobriété pourraient ne pas suffire à réduire les prélèvements d’eau envisagés par l’agence de l’eau. La consommation d’eau potable résidentielle de la région est en-dessous de la moyenne française de 148 litres,2 et relativement basse comparativement aux autres pays de l’OCDE (Chapitre 2). L’Organisation Mondiale de la Santé considère qu’une consommation d’eau potable décente se situe entre 50 et 100 litres d’eau par jour et par personne (Nations Unies, s.d.[5]). Par conséquent, pour les foyers, la réduction des consommations pourra s’effectuer dans ces limites. Pour d’autres usagers, tels que les municipalités en charge du nettoyage des voiries, la réduction des consommations est probablement davantage limitée car les besoins de nettoyage ne sont pas amenés à diminuer. Alors que la France poursuit une politique de réindustrialisation, réduire les prélèvements d’eau par le biais de politiques de sobriété uniquement pourrait également s’avérer complexe. Enfin, alors que la région Ile-de-France poursuit une logique d’amélioration de sa souveraineté alimentaire, via par exemple le développement de cultures maraichères, la trajectoire de réduction des prélèvements agricoles pourrait s’avérer complexe sans mesure de gestion de l’offre en eau.
Accroître la résilience de la région nécessite une combinaison stratégique de mesures de gestion de l’offre et de la demande en eau. Face à la marge de manœuvre limitée en matière de sobriété des industriels, agriculteurs et certains usagers d’eau potable, les collectivités de la région Ile-de-France considèrent des mesures complémentaires pour mobiliser des ressources supplémentaires telles que les eaux pluviales ou de piscine, mais aussi les solutions fondées sur la nature.
Toutefois, ces mesures doivent être adaptées au contexte. Certaines zones de la région sont par exemple plus vulnérables comme en atteste l’hétérogénéité spatiale des mesures de restrictions d’eau lors de la sécheresse 2019 (Graphique 4.1). La nature des sols définit la capacité d’infiltration de l’eau et conditionne une recharge efficace des nappes. Le pouvoir de rétention en eau des sols augmente par exemple avec la teneur en matière organique des sols (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2023[2]). Ainsi, des mesures davantage ciblées sur les pratiques agricoles dans les territoires ruraux est probablement une priorité au vu des niveaux de prélèvements relativement plus faibles. A l’inverse, en territoire urbain, une des priorités pourrait être de lutter contre l’artificialisation des sols. De même, le profil des consommations d’eau varie fortement entre les territoires marqués par l’habitat dense collectif (e. g Paris) et ceux marqués par les résidences individuelles (e. g territoires ruraux).
Graphique 4.1. Vulnérabilité géographique de la région Ile-de-France : Exemple de la sécheresse 2019
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Source : Auteurs d’après les données Propluvia.
Une évaluation coût-efficacité des différentes mesures peut se révéler utile pour identifier des mesures prioritaires. Des exemples de sélection de mesures sont proposés dans l’Encadré 4.2.
Encadré 4.2. Exemples de sélection de mesures au Royaume-Uni et aux Pays-Bas
Copier le lien de Encadré 4.2. Exemples de sélection de mesures au Royaume-Uni et aux Pays-BasRoyaume-Uni, Région du Sud-Est
Dans le Sud-Est du Royaume-Uni, une alliance de six opérateurs d’eau (Water Resources South East) a conçu un programme de mesures prioritaires pour atteindre les objectifs de résilience de la région. Ce programme identifie des mesures à implémenter de façon progressive, pour différents scénarios démographiques et climatiques. Pour chaque scénario prospectif, une quantité d’eau à assurer a été déterminée pour atteindre les objectifs de résilience fixés au niveau national. 1400 mesures sont évaluées pour définir quelles combinaisons d’options sont les plus intéressantes en termes de coût-efficacité. Les opérateurs privilégient dans un premier temps des mesures de gestion de la demande en eau et des mesures sans regret. Par exemple, Thames Water, opérateur de Londres prévoit de réduire les prélèvements d’eau dans certaines rivières d’ici 2025, réduire les fuites sur 700km du réseau d’eau grâce à des technologies de pointe, ou réaliser 400 000 audits de consommation d’eau tout en poursuivant les efforts de sensibilisation des populations. En parallèle, avant 2030, Thames Water prévoit de mobiliser de nouvelles ressources, via de la recharge d’aquifères, de la réutilisation des eaux usées traitées et des transferts interbassins. Ces mesures seront renforcées après 2030 en poursuivant les efforts entrepris et en créant de nouveaux réservoirs d’eau.
Pays-Bas
L’élaboration du plan Delta pour l’approvisionnement en eau douce, une étude économique coût-bénéfices a analysé 150 mesures pour différents scénarios climatiques et socio-économiques. L’objectif était d’évaluer l’impact de ces mesures sur le risque de sécheresse, c’est-à-dire de comparer les coûts subis en cas de sécheresse probable en 2050 en tenant compte du changement climatique avec et sans mesure d’adaptation. Ce coût est comparé au coût des mesures d’adaptation. Cette étude a permis de choisir les mesures les plus appropriées d’un point de vue économique dans chaque scénario. Par exemple, dans un scénario dit « modéré », cette étude a montré que certaines mesures avaient des effets positifs sur la réduction des pertes agricoles, sans impact suffisant sur les ressources en eau comparativement au coût des mesures. Elles ne seront pas financées par l’État, mais pourront l’être par les agriculteurs. A l’inverse, certaines mesures sont jugées prioritaires en raison de leur impact positif, à l’instar de la protection du lac Ijsselmeer, l’un des principaux réservoirs d’eau douce du pays qui est victime d’intrusion saline.
4.3. Mesures de gestion de la demande en eau
Copier le lien de 4.3. Mesures de gestion de la demande en eauCette section explore les mesures de gestion de la demande qui contribuent à réduire la vulnérabilité des acteurs. Parmi ces mesures, les mesures de sensibilisation ou les technologies permettant d’augmenter l’efficacité des usages peuvent être particulièrement efficace en termes de volumes d’eau économisés. D’autres mesures, tels que le tarif de l’eau pourrait s’avérer davantage intéressantes pour les acteurs économiques que pour les foyers. Enfin, s’il est plus complexe d’estimer l’impact de mesures d’encadrement telles que les régimes d’allocation, il s’agit de mesures importantes pour inciter des usages plus vertueux, améliorer le partage des ressources et prévenir de futurs conflits d’usage (Tableau 4.1). Dans cette section, les mesures sont étudiées sous l’angle de la réduction des consommations. Toutefois, ces mesures peuvent également inciter les usagers à recourir à des ressources non conventionnelles (i.e. eaux pluviales, grises, usées…) pour réduire les prélèvements d’eau en limitant la réduction des consommations d’eau. L’utilisation de mesures dans ce cadre est détaillée dans la section suivante.
Tableau 4.1. Exemples de volumes annuels économisés pour différentes mesures d’adaptation
Copier le lien de Tableau 4.1. Exemples de volumes annuels économisés pour différentes mesures d’adaptationPotentiel de réduction des mesures pour l’usager concerné et contribution à l’objectif de réduction de 10% des prélèvements ou aux objectifs sectoriels fixés à l’échelle du bassin versant
|
Objectif |
Potentiel de réduction |
Contribution à l’objectif de réduction de prélèvements 10% |
Contribution à l’objectif sectoriel |
|---|---|---|---|
|
Déploiement de kits hydro-économes pour 30% des habitations |
4-20% par foyer |
3-15%. |
8-43% |
|
Augmentation du prix de l’eau potable domestique de 10% |
1-10% |
2.5-25% |
7.1-71% |
|
Campagnes de sensibilisation |
-9.5% à 32.5% |
0-100% |
0-100% |
|
Efficacité de l’irrigation (ex-goutte-à-goutte vs aspersion) |
15-20% |
3-4% |
33-44% |
|
Augmentation du prix de l’eau pour l’industrie de 10% |
1-24.2% |
3-80% |
25-100% |
|
Labels et standards |
6-10% |
5-8% |
13-36% |
Note : La colonne « Contribution à l’objectif de réduction des prélèvements de 10% pour la région » indique le gain réalisé par la mesure pour atteindre l’objectif final de réduction des prélèvements de 10% fixé par le Plan Eau. La colonne « Contribution à l’objectif sectoriel » permet de qualifier l’efficacité de la mesure pour atteindre l’objectif de réduction imposé à chaque acteur. Par exemple, dans le cas du déploiement des kits hydro-économes, les économies réalisées permettent d’atteindre 47.1% de l’objectif de réduction de prélèvements d’eau potable (i.e. 14%). Ce gain contribue à 16.8% des économies totales qu’il faudrait réaliser pour une réduction des prélèvements de 10%. On considère ici qu’une réduction de la consommation de 1% se traduit par une réduction des prélèvements de 1%, sans tenir compte des pertes d’eau sur les réseaux. Cette approche ne rend pas compte des volumes d’eau restitués par les consommateurs et qui seront prélevés en aval du bassin versant. Toutefois, dans une logique comptable des prélèvements, cette approximation apparait cohérente. L’impact des campagnes de sensibilisation et labels, ainsi que de l’augmentation des prix s’appuie sur une revue de littérature.
Source : Calculs OCDE. (Climate Adapt, 2023[9]) (Ehret et al., 2021[10]) (DRIAAF, 2019[11]).
4.3.1. Sensibilisation et accompagnement des usagers
La sensibilisation au risque de raréfaction permet d’inciter les divers usagers du bassin versant Seine-Normandie à réduire leur consommation d’eau et à orienter consommations et production vers davantage d’efficacité des usages de l’eau. Agir sur la consommation des ménages permet par exemple de faire évoluer les activités de production (industrie et agriculture). Sensibiliser et former le secteur agricole est également important dans la mesure où l’eau est un facteur de production direct.
Campagnes d’information des citoyens
Les campagnes de sensibilisation permettent d’informer sur le risque de sécheresses et d’inciter à davantage de sobriété. Une campagne de sensibilisation peut s’appuyer sur des sources de motivation ou de transformation pour atteindre des objectifs précis de consommation. Ces campagnes peuvent être conduites à l’échelle nationale ou locale, en intégrant des normes sociales ou des messages identitaires misant sur l’appartenance à une ville, une communauté, les avantages financiers liés à une réduction de la consommation d’eau ou tout simplement sur la présumée conscience environnementale. Ce type de campagnes s’est révélé particulièrement efficace pour opérer des changements de comportement en Europe, Australie ou aux États-Unis par exemple (Encadré 4.3).
En France et dans la région Ile-de-France, la sensibilisation s’oriente progressivement vers la prévention du risque mais reste ancrée dans la gestion de crise. Il existe une série d’outils pour communiquer sur les mesures à prendre en cas de crise sécheresse tels que l’interface web Propluvia (Propluvia, s.d.[12]) qui permet de visualiser les départements faisant l’objet d’un arrêté sécheresse, ou des campagnes de communication dès les premiers signaux de risque. Pour compléter ces outils, le gouvernement a lancé en 2023 un nouvel outil, VigiEau pour donner accès aux usagers à des informations personnalisées des risques et suggestions pour réduire sa consommation. En parallèle, les collectivités relaient des messages d’information, qui listent une quantité de gestes simples pour économiser l’eau. L’agence de l’eau Seine Normandie finance également des programmes de formation pour sensibiliser les citoyens et élus aux risques de dégradation de la ressource et aux enjeux de préservation (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2021[13]).
Si la sensibilisation est un axe essentiel pour mobiliser les usagers et réduire leur consommation, il convient toutefois de relativiser l’efficacité de ces mesures. En effet, le potentiel de ces mesures dépend du niveau de consommations initial, du type d’environnement (i.e., zone urbaine marquée par un habitat dense collectif ou individuel, zone rurale), de la performance des réseaux d’eau potable ou encore de la disponibilité des ressources (i.e. territoire habitué au stress hydrique ou aux ressources abondantes). Les efforts poursuivis à l’échelle de la France et de la région sont ainsi importants pour impliquer davantage les usagers, mais pourraient s’avérer insuffisants pour atteindre l’objectif de réduction des prélèvements fixés par l’agence de l’eau Seine-Normandie. Il est important de noter que ces campagnes encouragent également le recours à des ressources alternatives, limitant de fait les prélèvements dans les ressources disponibles (Section 4.3).
Encadré 4.3. Efficacité des campagnes de sensibilisation
Copier le lien de Encadré 4.3. Efficacité des campagnes de sensibilisationMelbourne
La campagne Target 155 encourage les citoyens de Melbourne à baisser leur consommation moyenne pour atteindre les 155 litres par jour afin d’absorber les besoins liés à l’augmentation de la population. Cet objectif a été atteint grâce au ciblage des 10% des ménages qui consomment le plus d’eau via l’envoi de questionnaires pour comprendre quels sont leurs postes de consommation et la promotion de mesures de sauvegarde adaptés à leurs usages. Un suivi de la mise en œuvre a été mené.
Atlanta
À Atlanta, aux États-Unis, une expérience a ainsi comparé l’efficacité de 2 campagnes de sensibilisation. La première consistait à envoyer aux usagers des services d’eau une comparaison entre leur consommation et celle de leurs voisins. La deuxième campagne sollicitait l’aide des usagers pour préserver la ressource de la ville. Les usagers du premier groupe ont réduit leur consommation de 4.2% par rapport au deuxième groupe, mettant en avant l’efficacité d’une communication impliquant des normes sociales.
Berlin, Copenhague, Tallin et Saragosse
Une étude s’est intéressée à quatre villes européennes ayant de faibles consommations d’eau résidentielle et des habitats collectifs afin d’évaluer l’efficacité d’un ensemble de mesures de gestion de la demande d’eau sur les niveaux de consommation d’eau domestiques. S’appuyant sur une enquête réalisée auprès des gestionnaires des réseaux d’eau potable, cette étude a permis d’identifier les mesures les plus efficaces permettant d’expliquer la réduction des consommations sur vingt ans. L’étude compare mesures tarifaires, campagnes de sensibilisation aux économies d’eau et campagnes permettant le déploiement de technologies améliorant l’efficacité des usages. À l’exception de Berlin, les campagnes de sensibilisation ont été identifiées comme parmi les mesures les plus efficaces avec les campagnes incitant au déploiement de technologies d’efficacité des usages. Dans le cas de Berlin, la rénovation des réseaux était la mesure la plus efficace, suggérant des enjeux différents.
Les labels et standards contribuent également à la sensibilisation des usagers à leur consommation d’eau. Selon L'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME), un équipement électroménager économe en eau peut économiser jusqu’à 5 fois les volumes d’eau consommés. En considérant que les usages de l’eau pour le lave-linge et lave-vaisselle représentent 22% des usages d’eau domestique, c’est près de 18 litres d’eau qui peuvent être économisés par jour par foyer. La consommation d’eau peut également figurer dans les normes des bâtiments par exemple, comme le suggère le plan d’action des Assises de l’Eau qui veut intégrer les mesures d’économie d’eau à tout nouveau bâtiment à partir de 2022. De même, l’empreinte eau est un label qui permet de prendre conscience des volumes d’eau nécessaires à la production d’un bien (agricole, industriel ou service) (Encadré 4.4).
La France intègre déjà des informations liées à l’eau dans les labels liés à l’électroménager et envisage la mise en place de l’empreinte eau pour poursuivre cet effort. La France a mis en place une étiquette énergie réglementaire pour les gros appareils électroménagers qui intègrent également la consommation d’eau (Ademe, 2021[15]). Le Plan Eau prévoit également l’affichage de l’empreinte eau d’ici 2024.
Encadré 4.4. Labels et standards : Intégrer les enjeux d’eau aux choix du consommateur
Copier le lien de Encadré 4.4. Labels et standards : Intégrer les enjeux d’eau aux choix du consommateurAustralie: Water Efficiency Labelling and Standards
Le programme Water Efficiency Labelling and Standards permet d’attribuer à des produits tels que les robinets, toilettes ou douches, un score d’efficacité de la consommation d’eau. Entre 2017 et 2018, ce programme a permis d’économiser 112 milliards de litres d’eau, soit 6% de la consommation domestique et 0.8% de la consommation totale du pays.
Empreinte Eau
En 2002, l’UNESCO propose un indicateur d’empreinte eau des biens produits et consommés. Cet indicateur a vocation à sensibiliser les producteurs et consommateurs aux impacts de l’activité humaine sur la ressource en eau. Ci-dessous figurent quelques indices d’empreinte eau pour la production de biens agricoles. Il s’agit de moyennes mondiales, et des disparités fortes existent selon les régions en raison des pratiques d’irrigation et nature des sols. L’empreinte eau peut contribuer à réorienter les choix de production locale vers des ressources davantage économes en eau, sous l’effet d’une demande accrue pour ce type de produits. Cela est particulièrement le cas pour la région Ile-de-France qui exporte ou transforme une partie de sa production en France et à l’international.
Graphique 4.2. Consommation d'eau moyenne mondiale (litres) pour 1 kg produit
Copier le lien de Graphique 4.2. Consommation d'eau moyenne mondiale (litres) pour 1 kg produitPotentiel de l’empreinte eau
En Grèce, une étude a montré que les jeunes consommateurs ne sont pas tout à fait conscients des défis environnementaux liés à l'eau mais seraient favorables à une étiquette quantifiée concernant la consommation d'eau, quel que soit leur niveau d'éducation. Ils se sont même déclarés prêts à payer un supplément pour des produits respectueux de l'eau, même lorsqu’ils ont un emploi instable.
Formation du secteur agricole
La formation à des pratiques résilientes permet de sensibiliser les usagers à des pratiques moins dépendantes de l’eau et donc moins consommatrices. Par exemple, la mise en place de nouvelles cultures ou nouvelles pratiques agricoles moins consommatrices d’eau est un axe de réduction des consommations d’eau. De même, la conversion de couverts végétaux sensibles aux sécheresses à des espèces plus résilientes permet de renforcer la résilience de la région. La formation est l’un des 3 axes à renforcer en priorité selon le questionnaire de l’OCDE.
La formation du secteur agricole pour faire évoluer les consommations d’eau fait partie des missions poursuivies par le ministère de l’agriculture. Le ministère a notamment élaboré un plan de formation « Enseigner à produire autrement ». Sa première version (2014-2018), a été déclinée dans chaque établissement d’enseignement agricole avec le soutien de la DRIAAF. Ce type de formation permet de sensibiliser les futurs agriculteurs aux enjeux d’adaptation à la raréfaction de l’eau induite par le changement climatique. Ce plan de formation a été actualisé en 2019 pour intégrer les transitions et l’agroécologie.
Les tendances observées en Ile-de-France laissent suggérer un changement à la marge sur la part de cultures économes en eau. Les surfaces occupées par les cultures de de sorgho et tournesol, a priori peu consommatrices d’eau, ont augmenté légèrement entre 2010 et 2022 (Graphique 4.3). Cependant, les surfaces utilisées pour la culture de maïs, de pommes de terre ou de betterave conservent une surface importante. Ces cultures ont recours à l’irrigation sur une partie conséquente de la surface utilisée (7.1% pour le maïs,18.8% pour la betterave, et 69.1% pour les pommes de terre en 2020 (Agreste, 2024[21])). En parallèle, les cultures maraichères qui constituent une part marginale de la surface agricole régionale, pourraient se développer (Région Île-de-France, 2023[22]). Ces cultures sont très dépendantes de l’irrigation (75.4% des surfaces sont irriguées).
Graphique 4.3. Évolution de la surface de cultures emblématiques de la région Ile-de-France
Copier le lien de Graphique 4.3. Évolution de la surface de cultures emblématiques de la région Ile-de-France
Note : Les proportions correspondent à la surface agricole utile d’une culture donnée ramenée à la surface agricole utile de la région, hors prairies, surfaces en herbes et vergers personnels.
Source : Auteurs, d’après les données Agreste 2012-2022.
Des efforts sont réalisés au niveau local pour accompagner le secteur agricole à faire face aux impacts du changement climatique sur les ressources en eau. La région s’est engagée à faciliter l’accès aux cultures locales via des plateformes d’approvisionnement pour les restaurants scolaires ou le déploiement de boîtes repas « Paris-Région ». Ce type de mesures permet de valoriser les cultures locales en leur assurant un marché en cas de transformation des pratiques. La consommation d’eau n’est toutefois pas encore un enjeu identifié par cette démarche. La Chambre d’agriculture d’Ile-de-France soutient les agriculteurs en les informant et les aidant à accéder aux aides telles que celles proposées par le plan France Relance pour l’agroécologie. La DRIAAF observe d’ailleurs une transformation du profil des agriculteurs qui laisse entrevoir des opportunités pour davantage d’agroécologie ou d’adaptation au changement climatique. Toutefois, elle ne considère pas qu’un scénario de rupture soit plausible, d’autant que la part d’irrigation est encore marginale et les demandes nationale et internationale significatives.
Si l’intégration des enjeux climatiques à la formation agricole est essentielle pour faire évoluer les pratiques, celle-ci doit être adaptée aux enjeux futurs du territoire. Aujourd’hui, la surface irriguée de maïs est par exemple limitée (7.1% en 2020 (Agreste, 2024[21])). Toutefois les conditions climatiques de la région pourraient la rapprocher de régions irrigant davantage, telles que la région Val-de-Loire dont 19.1% des surfaces de maïs sont irriguées aujourd’hui (Agreste, 2023[23]). De plus, le développement de l’activité maraichère souhaitée à l’échelle de la région laisse suggérer une augmentation des prélèvements pour irrigation. Comprendre comment les cultures irrigables pourraient voir leurs besoins évoluer avec le changement climatique et évaluer les besoins d’irrigation liés au développement de la production maraichère régionale sont une première étape pour accompagner la transformation du secteur agricole. Dans une logique de maintien des prélèvements pour irrigation, informer sur les risques et enjeux futurs permet de convaincre de l’importance de réduire les consommations d’eau en prévision des conditions futures. Cela permet également de quantifier la part de réduction des prélèvements qui peut être atteinte par des mesures de sobriété uniquement, ou s’il est nécessaire de compléter ces mesures.
Les actions de formation de la profession agricole à des usages économes peuvent également constituer un accompagnement vers des pratiques moins polluantes, permettant des co-bénéfices intéressants. Face à des ressources en diminution, préserver la capacité de dilution des milieux est nécessaire pour éviter la fermeture de captages, des coûts de traitement trop importants voire assurer la disponibilité de la ressource pour l’eau potable. Au niveau de la région parisienne, la régie de la Ville de Paris est également très investie dans l’accompagnement de la profession agricole. Eau de Paris, avec le soutien de l’agence de l’eau Seine-Normandie conduit une série d’actions visant à améliorer la résilience du système d’alimentation en eau potable, réduire les prélèvements, préserver la qualité des ressources en eau, améliorer la connaissance et le suivi des ressources. Pour ce faire, Eau de Paris accompagne des agriculteurs pour réduire, voire supprimer l’usage d’engrais et de pesticides, adopter des modes de culture durables ou à cultiver davantage de prairies. Pour ce faire, Eau de Paris fournit conseil technique, aides financières et met en place des circuits courts permettant d’assurer des marchés aux agriculteurs qui s’engageraient dans ces voies. Si ces projets vont au-delà d’une réduction des prélèvements d’eau, ils contribuent également à la résilience de la région en protégeant les aires de captage et en limitant les risques liés à une moindre dilution des polluants dans l’eau lors des sécheresses.
4.3.2. Technologies
Eau potable
Des technologies simples à mettre en œuvre permettent de réduire les consommations d’eau potable superflues. C’est le cas du matériel hydro-économe comme les mousseurs ou réducteurs de débit. Ces différentes technologies peuvent d’ailleurs être réunies dans des kits d’économie d’eau, distribués par les collectivités ou les opérateurs d’eau. Selon les cas, ce type de kit peut engendrer entre 4% et 20% de baisse des consommations globales du foyer sans altérer le confort des citoyens (SMEREG, 2023[24]) (Ville de Paris, 2023[25]) (Agence Locale de l'Energie Montpellier, 2017[26]). Le potentiel varie toutefois entre les zones urbaines densément peuplées et les communes rurales comme mis en avant par l’expérience réalisée en Gironde entre 2013 et 2015 et qui a permis d’observer une baisse de 4% de la consommation en agglomération contre 12% en moyenne dans des communes de moins de 1000 habitants (SMEREG, 2023[24]).
Le déploiement de kits hydro-économes reste une pratique peu courante en France et dans la région Ile-de-France. L’agglomération de Brive, plusieurs collectivités de Gironde ou le syndicat Eau du bassin rennais3 ont ainsi subventionné kits d’économies d’eau pour leurs abonnés. En Ile-de-France, le SEDIF peut distribuer sur demande des kits aux usagers les plus vulnérables économiquement (Chambre régionale des comptes Île-de-France, 2022[27]). A Paris, la Ville de Paris et sa régie ont signé une charte avec des bailleurs sociaux et des acteurs de l’habitat privé pour favoriser la mise en place de kits d’économiseurs d’eau et ont observé des économies d’eau de 8% en moyenne pour les foyers (Ville de Paris, 2013[28]). Ces kits ne sont plus distribués.
L’installation de tels kits pourrait néanmoins conduire à des économies d’eau en région parisienne. Selon l’ADEME, 39% de la consommation d’eau est destinée à l’hygiène et 20% au sanitaire. Ainsi, la simple installation de ce type de kits permettrait de diminuer la consommation d’eau d’un francilien relative à ces deux activités de 4.2 à 21 litres par jour. Cela suffirait à atteindre une diminution de la consommation d’eau potable des ménages non équipés de ces technologies de 3.4 à 17%. Cette estimation de la consommation domestique pourrait être revue à la suite du projet de recherche national « Dynamique de consommation et référentiels de l'eau » auquel participe Eau de Paris,4 régie de la Ville de Paris et qui vise à mieux comprendre les usages de l’eau domestique pour adapter les politiques d’économies d’eau. Les gains potentiels de ces kits restent néanmoins intéressants au vu de l’effort mineur requis.
Le déploiement de ces technologies requiert de sensibiliser les usagers à l’impact de leur utilisation sur la raréfaction de l’eau. Les collectivités peuvent communiquer sur les bénéfices de telles solutions pour sensibiliser les usagers aux économies potentielles en cas d’installation de kits. En effet, le SEDIF indiquait que certains usagers disposaient de kits mais ne l’installaient pas nécessairement, suggérant un enjeu de sensibilisation important. Par ailleurs, la Ville de Paris a indiqué qu’en cas de mousseur devenu inefficace, les particuliers n’en changeaient pas nécessairement, fragilisant l’efficacité d’une politique de distributions de kits sur le long terme.
Il est également possible de déployer des technologies qui permettent d’éviter tout simplement l’utilisation de l’eau. C’est le cas du projet de séparation des urines à la source porté par la Ville de Paris dans l’écoquartier de Saint Vincent de Paul.5 Le stockage de l’urine est un mode de traitement qui peut intervenir dès la cuvette ou des urinoirs sans chasse d’eau. Ce type de pratiques existe depuis les années 1990 dans les pays scandinaves et reflète une logique d’économie circulaire (Encadré 4.5). Sur le plan de l’assainissement, elle permet des économies d’eau, d’énergie et de réactifs, et favorise la protection des milieux, notamment aquatiques.
Encadré 4.5. Exemple de projet de collecte sélective des urines en Suède
Copier le lien de Encadré 4.5. Exemple de projet de collecte sélective des urines en SuèdeL’écovillage suédois de Understenshöjden, est l'un des précurseurs de la collecte sélective des urines. Il abrite 44 logements avec 160 résidents formant une association de propriétaires et locataires. Les résidents ont choisi de mettre en place un système de toilettes à séparation reliées à un réseau de collecte des urines. Ces urines sont stockées dans deux citernes de 40 m3 chacune, et lorsqu'une citerne est pleine, l'urine est dirigée vers l'autre. Un agriculteur se charge de collecter ces urines chaque année pour les utiliser comme engrais pour les cultures céréalières.
Source : (Arc'Eau, 2021[29]).
Ce type d’approches semble davantage adaptée à l’habitat peu dense (Arc'Eau, 2021[29]) et nécessite un système de stockage ou traitement adapté, ce qui présente des coûts importants. De plus, au vu des infrastructures de séparation nécessaires, les bénéfices pourraient s’avérer trop faibles aux regards des coûts de mise en œuvre dans le bâti existant.
Agriculture
Dans le secteur agricole, des incitations financières peuvent faciliter l’adoption de technologies augmentant l’efficacité des usages de l’eau (e. g goutte-à-goutte, sondes d’humidité des sols). C’est par exemple ce qu’a fait le bassin Murray Darling en Australie en finançant l’amélioration des infrastructures d’irrigation pour permettre une réallocation des volumes d’eau utilisés jusqu’alors pour l’agriculture à d’autres usages (Wheeler et al., 2020[30]).
Toutefois, améliorer l’efficacité des usages de l’eau requiert d’encadrer l’usage des volumes ainsi économisés. Les incitations financières permettant un gain d’efficacité peuvent en effet conduire à des effets rebonds, à l’instar de ce qui a été observé en Australie où les irrigants ayant bénéficié de subventions ont vu leurs prélèvements augmenter de 21 à 28%.
4.3.3. Régimes d’allocation de l’eau
Les régimes d’allocation d’eau peuvent contribuer à réduire les consommations d’eau en allouant des volumes d’eau adaptés aux ressources disponibles. Un régime d’allocation de l’eau recouvre « l’ensemble des politiques, mécanismes et modes de gouvernance (par exemple, des droits, autorisations, ou permis) utilisés pour déterminer qui est autorisé à prélever de l’eau, en quelle quantité et quand » (OCDE, 2021[31]). Les régimes d’allocation peuvent intégrer les enjeux climatiques et encadrer les prélèvements futurs pour anticiper une réduction de la ressource. 57% des pays de l’OCDE, y compris la France, n’intègrent pas le changement climatique à leur régime d’allocation (OCDE, 2015[32]).
Aujourd’hui, l’intégration des enjeux climatiques au régime d’allocation de l’eau français est intrinsèquement liée à son régime d’arrêté sécheresse et donc à la gestion de crise (Encadré 4.1). En effet, bien que la gestion de l’eau française soit guidée par l’objectif de bon état écologique des masses d’eau, le préfet de département autorise tout prélèvement dès lors qu’il n’affecte pas les milieux. Ainsi, hors zones de tension quantitative, les seules mesures prises pour encadrer l’allocation des usages pour faire face au risque de raréfaction de l’eau sont les mesures prises en cas de sécheresse.
Les arrêtés sécheresse peuvent s’avérer contre-productifs dans une logique de résilience au changement climatique. Les arrêtés supposent en effet l’acceptation d’une gestion du risque par restrictions ponctuelles. De plus, l’approche poursuivie par les arrêtés sécheresses est une approche de court-terme qui ne permet donc pas une réduction des consommations structurelle. De plus, les arrêtés sont souvent perçus comme injustes par les usagers car ils ne prennent pas en compte les capacités des différents acteurs ou la répartition de l’effort.
La répétition des arrêtés depuis le début du XXIème siècle interroge sur l’efficacité de cette approche comme seul régime d’allocation de l’eau. En effet, la répétition des arrêtés, supposés être exceptionnels, suggère que les quantités d’eau disponibles ne sont plus suffisantes pour les usages de la région et que ces derniers doivent être adaptés (Graphique 4.4). De plus, il n’existe aujourd’hui aucune mesure de l’évaluation de l’efficacité de ces arrêtés, qu’il s’agisse de leur respect ou de leur impact sur la protection des milieux (IGEDD ; IGA ; CGAAER, 2023[33]). Si le dispositif de gestion de crise est nécessaire, la répétition des épisodes de sécheresse observée depuis 2003 suggère donc de renforcer les mesures de prévention et d’anticiper davantage ce phénomène.
Le régime d’arrêté sécheresse évolue cependant pour intégrer des enjeux de long terme. Ainsi, la loi française (France, 2023[34]) prévoit désormais d’exempter de restrictions un ensemble d’entreprises ayant des impacts potentiels sur l’environnement, les Installations Classées Protection de l’Environnement (ICPE) à condition qu’elles réduisent leur consommation d’eau de façon pérenne. Cette approche peut inciter les usagers à réduire leur consommation car l’allocation de l’eau en période de crise leur serait défavorable.
Toutefois, la région parisienne manque d’une compréhension des risques liés aux prélèvements lui permettant de repenser l’allocation de l’eau en dehors des nappes en tension quantitative. Un régime d’allocation d’eau contribuant à la résilience de la région parisienne requiert une compréhension des risques liés aux impacts cumulés des prélèvements. Les études de volumes prélevables permettent de déterminer le volume maximum qu’il est possible de prélever dans un territoire précis, huit années sur dix tout en garantissant le bon état des milieux aquatiques. Elles sont requises par la circulaire du 30 juin 2008 (Gouvernement, 2008[35]) dans les zones de répartition des eaux pour éviter de réguler les ressources en eau par le biais d’arrêtés sécheresse et mieux anticiper les risques. Ce type d’études permet d’anticiper la raréfaction de l’eau et d’allouer les ressources en tenant compte de l’impact cumulatif des prélèvements. Par exemple, il pourrait être envisagé une réduction progressive au cours du temps des prélèvements autorisés pour inciter à une meilleure efficacité des usages pour faire face aux enjeux du changement climatique.
Graphique 4.4. Évolution de la durée et fréquence des arrêtés en Ile-de-France
Copier le lien de Graphique 4.4. Évolution de la durée et fréquence des arrêtés en Ile-de-FranceNombre de jours maximum passé dans un niveau d’arrêté pour les grandes rivières d’Ile-de-France (Seine, Marne et Oise)
Note : Les grands fleuves sont moins sujets aux arrêtés que les petites rivières qui connaissent de façon plus régulière des arrêtés de crise.
Source : Auteurs d’après les données hydrométriques Hydro portail et les seuils d’arrêtés définis dans les différents arrêtés cadres.
Les approches participatives à l’échelle locale peuvent également améliorer l’allocation de l’eau pour la rendre davantage résiliente au changement climatique. En France, les organismes uniques de gestion collective et les projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) envisagent une gestion concertée entre agriculteurs, voire entre tous les usagers d’eau d’un même territoire. Plus localement, face à la vulnérabilité de la nappe du Champigny en région Ile-de-France, l’association Aqui’Brie a organisé des concertations afin de définir des seuils d’allocation pour chaque usager en s’appuyant sur la détermination d’un volume de prélèvement maximal et des principes d’allocation de l’eau dynamiques et flexibles (Encadré 4.6). Cette gestion a permis d’éviter la mise en place d’arrêtés de prélèvement sur la nappe depuis 2013.
Encadré 4.6. Vers une allocation de l’eau flexible
Copier le lien de Encadré 4.6. Vers une allocation de l’eau flexibleOrganisme unique de gestion collective (OUGC)
L’OUGC est une « structure qui a en charge la gestion et la répartition des volumes prélevés à un usage agricole sur un territoire déterminé ». Le rôle de l’OUGC est de déposer une demande d’autorisation de prélèvement unique pluriannuel (AUP) auprès de la DRIEAT. Si cette autorisation est approuvée, l’OUGC détient l’autorisation de prélèvements de l’ensemble des irrigants sur son périmètre de gestion, pour l’eau de surface, nappe, plan d’eau, réserves ou barrages. Puis, l’OUGC répartit l’eau à sa disposition entre les irrigants du périmètre qu’il couvre, et établit des règles pour adapter cette répartition en cas de limitation ou suspension provisoire des usages. Le plan de répartition est approuvé par le préfet. L’OUGC doit également obligatoirement remettre à ce dernier un rapport annuel faisant le bilan des consommations de la saison d’irrigation, ainsi qu’une estimation des besoins de prélèvements à venir. En cas de déficit de la ressource, l’OUGC est chargé de définir des règles de limitation de prélèvement.
Projet de territoire de gestion de l’eau (PTGE)
Les PTGE sont une « démarche permettant d’atteindre, dans la durée, un équilibre entre les besoins et les ressources au niveau local, et, lorsque cela est techniquement et économiquement pertinent, la construction d’ouvrages de stockage d’eau ». Le PTGE est donc un outil de concertation locale entre les différents usagers (eau potable, agriculture, industries, navigation, énergie…), afin de prévenir les conflits d’usage. Ils promeuvent une sobriété des usages sans exclure la possibilité de stocker l’eau ou de la transférer depuis des zones excédentaires en cas de déficit de la ressource en période d’étiage. L’élaboration des PTGE est censée s’appuyer sur une approche prospective, en intégrant les conséquences du changement climatique sur la disponibilité de la ressource en eau.
Aqui’Brie
La nappe du Champigny est une source d’eau majeure pour l’approvisionnement en eau potable des communes de Seine-et-Marne et d’une partie de l’agglomération parisienne. 87% des volumes prélevés sont pour l’alimentation en eau potable (à l’ouest) et 7% pour l’irrigation (à l’est et au centre), provoquant ainsi des disparités territoriales. Dans les années 1990, face à la dégradation qualitative et quantitative de la nappe du Champigny, l’association Aqui’brie, qui regroupe les services de l’État, collectivités territoriales, départements, mairies, l’Agence de l’eau, usagers agricoles et industriels, producteurs d’eau, associations et scientifiques a été créée afin de gérer la nappe de façon concertée. Aqui’brie a proposé une approche de gestion de la nappe fondée sur l’analyse des niveaux de la nappe, la pluviométrie, le débit des rivières et autres données de qualité. Ainsi, sur la base des modèles d’Aqui’Brie, les pouvoirs publics ont par exemple acté une baisse des autorisations de prélèvements de 164 000 m3/jr à 140 000 m3/jr en 2004.
Ces approches participatives sont encore peu développées en région parisienne et n'ont pas permis d’améliorer la résilience de la région. La Chambre d’agriculture suggère que les critères requis pour la mise en place de PTGE sont trop contraignants et complexes (Chambre d'agriculture Ile-de-France, 2023[36]) et réfléchit à des concertations multi-usagers en remplacement. Ce constat semble partagé par l’examen d’une quinzaine de PTGE à l’échelle nationale, mettant en évidence les défis de concertation, d’analyses coût-bénéfice et de procédures nécessaires à leur élaboration (CGEDD&CGAER, 2022[37]). En effet, les PTGE nécessitent d’évaluer qualitativement et quantitativement la ressource en eau, de comprendre les impacts des prélèvements en eau sur les milieux mais aussi socio-économiques. Les défis d’évaluation des volumes prélevables pour faire face aux enjeux futurs constituent un frein à une allocation et gestion efficace des ressources via ces PTGE. De même, si les OUGC se sont développés, ces initiatives ne prévoient pas légalement ou stratégiquement un changement d’allocation des ressources reflétant les enjeux climatiques. Par exemple, sur la nappe de la Beauce, 118 irrigants bénéficient d’une autorisation de prélèvement depuis 2017 dont la gestion a été confiée à la chambre d’agriculture d’Ile-de-France. Cette autorisation est donnée pour quinze ans, et les volumes autorisés sont largement supérieurs aux volumes réellement prélevés, sans incitation à la réduction des consommations ou l’anticipation des évènements climatiques.
Faciliter la concertation pour encourager une allocation plus flexible et qui intègre les enjeux climatiques requiert un accompagnement important. L’expérience d’Aqui’Brie a mis en avant l’importance du rôle d’animation dans une démarche de concertation autour de l’eau. L’association s’appuie sur des animateurs spécialisés pour chaque type d’usagers et un responsable de la concertation. Le rôle du préfet ou des services déconcentrés de l’État est d’ailleurs mis en avant par les rapports d’inspection commandés par le gouvernement pour initier les démarches préalables au PTGE (CGEDD&CGAER, 2022[37]).
Il existe en France des mécanismes de concertation qui ont permis d’intégrer les enjeux des sécheresses favorisées par le changement climatique et révèlent le rôle crucial des acteurs locaux. Dans le bassin Adour-Garonne, des coefficients de réduction de la demande sont appliqués lorsque les demandes de prélèvements excèdent les volumes autorisés. De même, en Ariège, un OUGC a mis en place un système d’allocation d’eau adapté aux cultures et types de sols. Ces exemples restent exceptionnels à l’échelle du pays, et le bilan dressé par le ministère de l’Agriculture est mitigé en raison de leur statut réglementaire parfois insuffisamment clair ou d’opinions divergentes sur le constat posé d’une rareté de l’eau, créant un sentiment d’injustice chez certains acteurs agricoles mis à contribution (CGEDD&CGAER, 2020[38]). Toutefois, lorsque ce type d’initiatives existe, le rôle crucial des acteurs locaux a été mis en avant pour piloter la connaissance et faire émerger des régimes d’allocation flexibles et adaptés aux impacts du changement climatique.
L’accompagnement des acteurs locaux requiert également la mise à disposition de moyens. Face aux enjeux du changement climatique, les syndicats de rivière et syndicats d’étude qui peuvent élaborer des plans d’action de gestion d’eau pour leur rivière ont indiqué leur volonté de travailler davantage sur la question de la gestion quantitative des ressources. Néanmoins, certains syndicats avancent un manque de capacités humaines.
4.3.4. Le signal prix
Les politiques de signal prix sont supposées inciter les usagers à consommer l’eau de façon efficace et contribuer ainsi à l’objectif de sobriété. En augmentant le prix de l’eau, l’objectif est d’orienter et modifier la consommation des usagers qui prennent conscience de sa rareté ou de leur impact sur les ressources en eau. Ces politiques recouvrent à la fois les redevances payées par les usagers au titre des prélèvements d’eau et le tarif pratiqué par les distributeurs d’eau potable auprès des foyers.
La mise en œuvre d’une politique de signal-prix dépend beaucoup de l’usager et de l’objectif fixé (ex. foyer, industrie, agriculture). En effet, pour la consommation d’eau potable des ménages, des méta-analyses évoquent des élasticités comprises entre -0.1 et -1. Cela signifie que la demande en eau diminue généralement de moins 0.1% à 1% pour une augmentation des prix de 1% (Reynaud et Romano, 2018[39]), (Sebri, 2013[40]), (Nauges et Thomas, 2003[41]). Dans le secteur agricole, l’élasticité varie selon le type de cultures. Par exemple, dans le cas de cultures maraîchères à forte valeur ajoutée, le prix de l’eau représente une part faible (2 à 4%) des charges d’exploitation et l’élasticité au prix de l’eau sera très faible (Montginoul et Rieu, 1996[42]). En revanche, la demande d’eau pour l’industrie est élastique au prix de l’eau dans certains cas. Une étude a ainsi montré qu’en France cette élasticité pouvait varier entre -0.1 et -0.79 lorsqu’on considère les prélèvements d’eau brute ou la consommation d’eau traitée. Cette élasticité augmente pour les industries nécessitant une eau traitée, telle que l’industrie agroalimentaire ou chimique. Dans ce dernier cas, l’élasticité pouvait atteindre -2.42.
Tarification de l’eau potable
Des politiques de signal prix pour la consommation d’eau potable existent déjà en France et dans la région Ile-de-France. Certaines villes comme Dunkerque, Rouen ou Montpellier ont d’ailleurs expérimenté la tarification progressive pour sensibiliser les habitants aux objectifs de préservation des ressources. En Ile-de-France, le SEDIF et Sénéo ont déjà mis en place un tarif à deux tranches qui permet de valoriser les comportements économes. La première tranche considère un tarif préférentiel pour les foyers, calculé sur la base de la consommation d’une famille de 4 personnes ayant chacune une consommation moyenne de 123 litres par jour (Chambre régionale des comptes Île-de-France, 2022[27]).
Les prix pratiqués dans la région parisienne varient significativement selon les villes, indépendamment du niveau de vie. En France, le tarif pratiqué pour les services d’eau potable est plutôt avantageux en comparaison des pays européens voisins (Graphique 4.5). En 2023, le prix moyen, toutes taxes comprises, s’élevait à 2.35€/m3 avec de fortes disparités selon les régions qui s’expliquent par la densité de population, les dimensions du réseau ou le choix des communes et clauses des contrats de délégation des services d’eau. En Ile-de-France, toujours en 2023, ce prix varie selon les départements et Paris bénéficie par exemple de prix particulièrement avantageux (1.8€/m3) tandis que les habitants de Seine et Marne paient davantage que la moyenne nationale et européenne (3.03€/m3 en moyenne)6 malgré un niveau de vie médian inférieur de 17% (INSEE, 2021[43]). Le prix moyen de la région est l’un des plus élevés en France.
Graphique 4.5. Prix de l’eau moyen pour un panel de pays européens
Copier le lien de Graphique 4.5. Prix de l’eau moyen pour un panel de pays européensPrix de l’eau (euros/m3), 2022
Source : Auteurs, d’après les données IBNET.
Note : Afin de comparer les prix entre pays, la base considérée est celle de 15m3 par mois. La moyenne par pays est obtenue en pondérant les prix pratiqués par opérateurs par la population desservie. Le prix pour la France n’est donc pas la moyenne des prix pratiqués en France.
L’impact des politiques tarifaires n’est pas homogène à l’échelle de la France et semble peu concluant en Ile-de-France. Dans le cas de Dunkerque, les gros consommateurs d’eau, à l’inverse des petits, ont en effet réduit leur consommation avec la tarification progressive (Mayol et Porcher, 2019[44]). Pour le SEDIF, l’écart entre les deux tranches de prix a été augmenté entre 2011 et 2020 sans diminution évidente de la consommation d’eau. Selon le SEDIF, ses usagers ont néanmoins peu de marge de réduction des consommations domestiques (peu de jardins, appartements…) et l’usager est peu sensibilisé au tarif de l’eau souvent mentionné comme l’une des charges locatives.
Au-delà de ces exemples, il apparaît que l’élasticité de la demande domestique au prix varie selon un ensemble de facteurs tels que la composition et le revenu d’un foyer, la durée sur laquelle les effets sont observés, ou le type d’usage visé (Reynaud et Romano, 2018[39]). Par exemple, une méta analyse a montré que la consommation d’eau pour les besoins essentiels tels que la cuisine ou l’hygiène étaient en effet inélastiques au signal prix. A l’inverse, les usages récréatifs tels que le jardinage ou le remplissage des piscines étaient plus réactifs. De même, dans les pays développés, les ménages les plus modestes réagiraient davantage au prix que les ménages aisés. Enfin, le signal prix serait moins efficace en Europe qu’aux États-Unis et même aux États-Unis, ce type de politiques serait plus efficace dans des zones arides que dans le reste du pays (Nauges et Thomas, 2003[41]). Or, la population francilienne est une population urbaine qui dispose moins de piscines et de jardins que les régions voisines. De plus, la région est peu aride et consomme déjà relativement peu d’eau. Enfin, l’Ile-de-France est la région où le niveau de vie médian est le plus élevé de France (INSEE, 2023[3]).
Étant donné le niveau plutôt faible de la consommation d’eau potable résidentielle en Ile-de-France, les mesures de sensibilisation, d’efficacité des usages et d’allocation pourraient être davantage efficaces pour réduire les consommations d’eau potable. En effet, pour obtenir des effets significatifs de réduction de la consommation d’eau potable 5%, il faudrait augmenter le prix de l’eau au minimum de 5 à 50% en supposant une élasticité de -0.1 à -1. Une telle augmentation pourrait être pénalisante pour les ménages les plus modestes.
Agriculture
Le montant des redevances agricoles n’est pas pensé pour inciter un comportement sobre en eau. Le montant des redevances est fixé par les lois de finances qui détermine un plafond annuel de redevances encaissées par les agences de l’eau (Ministère des Finances, 2021[45]). Ce plafond détermine l’assiette de financements disponibles pour mettre en œuvre le programme de mesures de l’agence de l’eau, tel que défini par le SDAGE. Le montant des redevances est déterminé à partir de l’assiette de prélèvements, indépendamment de l’utilisation finale de la ressource. Il ne s’agit donc pas d’un instrument économique mais d’une variable d’ajustement pour la mise en œuvre du programme du bassin.
Le montant des redevances pour prélèvements agricoles pratiqué en région parisienne n’est d’ailleurs pas incitatif. Bien que plus élevées que sur d’autres bassins versants français pour les prélèvements pour irrigation non gravitaire, les redevances restent particulièrement faibles (INRAE, 2022[46]). La notion de rareté de l’eau est uniquement reconnue via un montant de redevances plus élevé en zone de répartition des eaux. Un prix reflétant la valeur de l’eau dans le rendement des cultures pourrait être jusqu’à 30 fois plus élevé en Europe (Encadré 4.7). La sous-évaluation de la valeur de l’eau est à l’origine de pertes d’eau importantes dans le secteur agricole (Albiac et al., 2020[47]). Ces redevances ont en effet été conçues dans un contexte de ressources abondantes, sans réfléchir aux enjeux d’allocation en cas de raréfaction (Rey et al., 2019[48]).
Encadré 4.7. Le prix virtuel de l’eau : Donner une valeur à l’eau
Copier le lien de Encadré 4.7. Le prix virtuel de l’eau : Donner une valeur à l’eauPlusieurs études ont évalué le prix virtuel (shadow price) de l’eau qui devrait être payé pour l’irrigation pour tenir compte de la valeur réelle de l’eau. Il s’agit du rapport entre le rendement net de la production et la quantité totale d’eau utilisée pour l’irrigation. En Europe, le prix de l’eau est généralement beaucoup moins élevé (jusqu’à 30 fois moins) que ce prix virtuel, qu’il s’agisse de la redevance seule ou du prix total tenant compte des services d’irrigation.
C’est également le cas sur le bassin de la Seine et dans la région Ile-de-France où les redevances pour les prélèvements d’irrigation sont en moyenne de 0.015 €/m3. Le prix de l’eau pour l’irrigation est environ de 0.19€/m3. À titre indicatif, une étude a calculé le prix virtuel pour certaines cultures en Espagne. Bien que la situation soit différente, les ordres de grandeur permettent d’apprécier l’écart entre le prix de l’eau et ce prix virtuel. Par exemple, on considère que le prix virtuel des cultures de céréales est de 0.15€/m3, de 0.4€/m3 pour les arbres fruitiers et 0.9€/m3 pour des légumes.
L’augmentation du prix de l’eau peut inciter les agriculteurs à changer de pratique sur le long terme. La demande en eau agricole serait élastique au prix lorsque l’agriculteur peut adapter son activité en se tournant vers des cultures moins gourmandes en eau ou en diminuant sa surface irriguée. Cette efficacité s’observe sur le long terme et nécessite l’existence de marchés pour ces nouvelles cultures (OCDE, 2022[51]). Le prix doit néanmoins être augmenté de façon très importante, ce qui pose des questions d’acceptabilité et requiert un accompagnement des Chambres d’agriculture et de l’État. Des pays voisins ont d’ailleurs choisi d’adapter leurs politiques tarifaires en les conditionnant à des objectifs d’efficacité (Encadré 4.8). Une tarification progressive ou en plusieurs tranches peut alors s’avérer une solution utile (Montginoul et Rieu, 1996[42]) selon l’objectif recherché.
Encadré 4.8. Exemples de politiques économiques pour l’agriculture
Copier le lien de Encadré 4.8. Exemples de politiques économiques pour l’agricultureL’Italie (Émilie-Romagne) a mis en place un système dans lequel le prix de l'eau varie en fonction de l'efficacité du système d’irrigation.
La Bulgarie facture davantage l'eau utilisée au-delà du volume déterminé pour une culture donnée.
Source : (Cour des Comptes européenne, 2021[52]).
Cette mesure a été identifiée par le gouvernement mais apparaît complexe à mettre en œuvre. Une réforme des redevances de l’eau est ainsi en préparation depuis 2018 afin de valoriser davantage le principe « pollueur-payeur » mais aussi mieux intégrer la notion de prélèvement quantitatif. Le projet de loi de finances 2024 prévoyait une augmentation de la redevance pour pollutions diffuses de 20% et une augmentation des redevances pour prélèvements d’irrigation permettant de mobiliser 10 millions de budget supplémentaire pour les agences de l’eau et la mise en œuvre du Plan Eau. Ces mesures ont été annulées7 afin de réfléchir à une trajectoire pluriannuelle à partir de 2025, en raison des enjeux d’acceptabilité dans un contexte marqué par l’inflation et la hausse des prix de l’énergie.
Industrie
Selon l’objectif fixé, les politiques de signal prix sont pertinentes pour le secteur industriel. Étant donné l’élasticité de l’industrie au prix de l’eau, ce type de politiques pourrait inciter le secteur à réduire encore sa consommation d’eau. Une étude a montré qu’en France cette élasticité pouvait varier entre -0.1 et -0.79 lorsqu’on considère les prélèvements d’eau brute ou la consommation d’eau traitée. Cette élasticité augmente pour les industries nécessitant une eau traitée, telle que l’industrie agroalimentaire ou chimique. Dans ce dernier cas, l’élasticité pouvait atteindre -2.42 (Reynaud, 2003[53]). Ainsi, pour réduire les prélèvements de l’industrie chimique par exemple de 4% (cible fixée par l’agence de l’eau pour l’industrie (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2023[2])), une augmentation de 2% des redevances serait suffisante.
Bien que le prix permette une réduction des consommations ou prélèvements d’eau, il ne s’agit pas uniquement de sobriété au sens de réduction des besoins en eau. En effet, si l’efficacité des procédés industriels peut s’améliorer, l’agence de l’eau Seine-Normandie relève un ensemble d’exemples de réutilisation de l’eau en circuit fermé permettant in fine une réduction des prélèvements, sans réduire la consommation d’eau nécessaire à l’activité industrielle. Le signal prix incite donc en effet à une réduction de la demande en eau primaire, par optimisation à la fois de la consommation d’eau et de l’offre en eau.
4.3.5. Conclusion sur la gestion de la demande
Face aux objectifs de réduction des prélèvements d’eau, les acteurs de la région et du bassin versant ont déjà identifié les mesures à mettre en œuvre. Ainsi, les collectivités et l’agence de l’eau ont entamé des actions de sensibilisation appropriées à la gestion de crise. De nouveau outils tels que Vigi’Eau et peut-être bientôt l’empreinte eau complètent ce dispositif. En revanche, l’allocation de l’eau reste trop statique, ce qui pourrait ne pas être adapté aux enjeux d’adaptation au changement climatique. Des technologies permettant d’améliorer l’efficacité des usages sont distribuées aux personnes vulnérables mais ne sont pas systématiquement déployées en dépit de gains potentiellement importants d’économies d’eau. Par ailleurs, des expériences de tarification de l’eau potable ont été entreprises, avec des résultats peu concluants du fait de la faible élasticité du prix de l’eau potable dans la région. Enfin, bien que le prix de l’eau reste soit trop bas pour le secteur agricole, il faudrait une augmentation probablement trop importante pour obtenir des effets sur le long terme, ce qui pose des enjeux d’acceptabilité. Une augmentation raisonnable des tarifs de l’eau pour signaler sa rareté tout en comprenant l’éventuelle perte de revenus des opérateurs d’eau potable ou de l’agence de l’eau Seine Normandie reste toutefois une piste à approfondir.
Une connaissance insuffisante des prélèvements et des consommations empêche de définir l’effort attendu de la part de chaque usager. Les efforts attendus des foyers, bureaux, municipalités, irrigants ou industries ne s’appuient pas sur un diagnostic précis des consommations actuelles, ni sur les besoins futurs. Il est donc complexe de quantifier la part de réduction des prélèvements qui peut être obtenue par des mesures de sobriété. De même, la région manque de connaissances sur les effets cumulés des prélèvements sur les milieux et sur le risque de raréfaction, rendant complexe l’idée d’une allocation de l’eau adaptée aux enjeux climatiques.
4.4. Mesures de résilience de gestion de l’offre en eau
Copier le lien de 4.4. Mesures de résilience de gestion de l’offre en eauLes mesures de gestion de l’offre en eau reposent essentiellement sur des infrastructures. Aujourd’hui, l’offre en eau est assurée par des lacs réservoirs et un réseau d’eau potable performant. Des projets de réutilisation d’eau non conventionnelles telles que les eaux d’exhaure et de piscine sont également en cours dans la région Ile-de-France, et s’avèrent particulièrement efficaces pour réduire la consommation d’eau potable d’acteurs tels que les municipalités. La région promeut également le déploiement des solutions fondées sur la nature qui permettent de retenir l’eau dans les sols et réduire la vulnérabilité d’usagers tels que ceux du secteur agricole.
Face aux délais de construction des infrastructures, la planification est essentielle. Des projets d’infrastructure réalisés aujourd’hui conditionnent la résilience de la région dans 30 à 50 ans, d’autant plus dans des environnements urbains où des modifications ou modernisations peuvent être coûteuses et complexes à mettre en œuvre. Ainsi, des solutions qui peuvent paraître superflues aujourd’hui, telles que la réutilisation des eaux grises, méritent d’être considérées à l’aune du changement climatique en tenant compte de leur potentielle efficacité (Tableau 4.2). De plus, face au recours à des ressources multiples telles que les eaux pluviales, eaux grises, eaux d’exhaure ou autres eaux non potables, comprendre l’impact de l’utilisation de ces ressources sur d’autres systèmes tels que l’assainissement et les bénéfices retirés de ces infrastructures permettent de calibrer les besoins d’infrastructure de façon cohérente.
Cette section évalue la robustesse des infrastructures existantes et propose des pistes nouvelles pour renforcer la résilience de la région parisienne.
Tableau 4.2. Exemples de volumes annuels économisés pour différentes mesures d’adaptation
Copier le lien de Tableau 4.2. Exemples de volumes annuels économisés pour différentes mesures d’adaptation|
Objectif |
Potentiel de réduction (millions de m3) |
Contribution à l’objectif de réduction de 10% de prélèvements |
Contribution à l’objectif de l’usager |
|---|---|---|---|
|
Réutilisation de 1% des eaux usées traitées (2.625 millions m3 traités par jour par le SIAAP) |
57.5 |
44.2% |
100% |
|
Réduction des fuites (10% de réduction sur les réseaux de distribution et pour tout l’habitat collectif) |
20 |
15.3% |
26% |
|
Réutilisation des eaux de pluie dans 20% du bâti |
28.6 |
22% |
37.1% |
|
Réutilisation des eaux de pluie pour l’irrigation |
4.1 |
3.1% |
16% |
|
Réutilisation des eaux grises dans 20% du bâti |
52-139 |
40% |
67.4 – 100% |
|
Réutilisation des eaux d’exhaure et de piscine |
40-62.5 |
30.7-48% |
100% |
Note : Les données du SIAAP (SIAAP, s.d.[54]) ont été utilisées pour la réutilisation des eaux traitées en faisant l’hypothèse d’une augmentation de 5% des volumes traités par le SIAAP. Pour la réutilisation des eaux de pluie, une réduction des usages de 26% des foyers, permettant d’économiser les volumes d’eau sanitaires (20% des usages domestiques) et de lavage des voitures et jardins (6%) ont été considérés. Pour la réutilisation des eaux grises, une revue de littérature indique des gains allant de 30 à 80% des consommations domestiques (Van de Walle et al., 2023[55]). Enfin, l’impact pour les fuites a été estimé en transposant des chiffres du SEDIF et Eau de Paris, transposés à la région parisienne.
Source : Auteurs à partir de (Climate Adapt, 2023[9]) (Ehret et al., 2021[10]) (DRIAAF, 2019[11]).
4.4.1. Améliorer l’efficacité des infrastructures existantes
Les lacs réservoirs pour tous les usages des fleuves
Le bassin de la Seine bénéficie de quatre lacs réservoirs qui contribuent à assurer des débits suffisants sur une partie des fleuves de la région en cas d’étiage. Les lacs réservoirs sont créés dans le but de réguler le débit du fleuve et de ses affluents, ce qui permet de répondre aux besoins en eau potable, industriels, en irrigation, en production d'énergie lors des étiages, mais aussi de limiter les risques d'inondations. La capacité de stockage de ces lacs est de 800 millions de m3 (équivalent à 71% des prélèvements réalisés dans la région parisienne) (Graphique 4.6).
Le soutien des lacs pourrait être drastiquement réduit en cas de sécheresse extrême. Comme évoqué au Chapitre 2.3, cela affecterait l’activité industrielle, la plaisance et l’irrigation ainsi que la production des réseaux de chaleur et froid en raison d’un soutien d'étiage insuffisant. Une étude met d’ailleurs en avant des difficultés pour l’approvisionnement en eau potable de la région parisienne en cas d’un niveau de remplissage des lacs de 50%, ce qui est plus élevé que les niveaux qui pourraient être atteints dans le cas d’une sécheresse similaire à celle décrite dans le scénario 1, chapitre 2. (Aquavesc, SEDIF, Sénéo, Ville de Paris, 2020[56]).
La gestion actuelle des lacs pourrait nécessiter des ajustements. L’ajustement des règles de gestion est un enjeu récurrent de l’établissement gestionnaire des lacs qui observe que les objectifs de remplissage des lacs réglementaires sont très rarement atteints à 100%, témoin de la variabilité hydrologique et du risque potentiel de ne pas pouvoir remplir les lacs en cas de sécheresse. Lorsque le remplissage est important, la fonction d’écrêtement des crues des lacs peut devenir complexe comme en atteste la crue de juillet 2021. A l’inverse, la tranche de réserve des lacs, prévue pour soutenir les débits d’étiage exceptionnels survenant entre le 31 octobre et le 31 décembre, est régulièrement sollicitée. L’établissement réunit d’ailleurs régulièrement usagers et décideurs publics pour évaluer les besoins de soutien d’étiage à venir et adapter ses règles de gestion en cas de déficit hydrique anticipé.
Une gestion davantage flexible est envisagée. Dans une étude récente (EPTB Seine Grands Lacs, 2022[57]), il est par exemple proposé d’adapter le volume de la tranche de réserve en fonction du volume total obtenu en fin de période de remplissage, pour tenir compte du risque d’étiage tardif. Au-delà du dimensionnement des tranches de réserve, l’établissement gestionnaire réfléchit également à adapter la courbe de déstockage en tenant compte des besoins des divers usagers du bassin. Il apparait toutefois complexe d’évaluer comment les lacs contribuent spécifiquement aux besoins des usagers.
Toutefois, face au double objectif de soutien d’étiage et d’écrêtement des crues, le remplissage des lacs pourrait rester un défi, fragilisant l’efficacité des lacs. L’objectif d’écrêtement des crues suggère une vidange annuelle des lacs, et donc un remplissage hivernal, cohérent avec les projections climatiques d’augmentation des cumuls de précipitations hivernaux (Météo France, 2023[58]). En reprenant l’étiage utilisé dans l’évaluation des impacts économiques au chapitre 2, il apparaît que cet étiage est le résultat d’un hiver particulièrement sec, ayant conduit à un faible remplissage des lacs. Une gestion sans vidange des lacs aurait ainsi probablement permis de limiter les impacts calculés au chapitre 2. Toutefois, face au risque croissant d’inondations, une telle gestion paraît peu pertinente. D’autres mesures sont donc nécessaires pour compléter l’action des lacs.
Graphique 4.6. Les lacs réservoirs sur le bassin Seine-Normandie
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Source : Auteurs d’après EPTB Seine Grands lacs.
Le déploiement de nouveaux réservoirs ou retenues d’eau pour compléter l’action des lacs requiert une approche prudente pour éviter un risque de maladaptation. Au-delà des lacs, les retenues d’eau permettent de stocker de l’eau en prévision des épisodes de sécheresse qui recouvrent toutes les installations ou ouvrages permettant de stocker de l’eau quel que soit leur mode d’alimentation (par un cours d’eau, une nappe, …) et quelle que soit leur finalité (agricole, eau potable, …). Selon leur conception, les retenues d’eau peuvent aggraver les conditions de sécheresse. Les retenues pourraient d’ailleurs réduire considérablement le débit annuel des rivières (de 7 à 35 %) et diminuer les débits d’étiage, en particulier pendant les années sèches (Association Rivière Rhône Alpes Auvergne, 2020[59]). Ces effets dépendent du climat (par exemple, l’évaporation de l’eau stockée), de l’emplacement dans le bassin hydrographique et du type de prélèvement d’eau (par exemple, le moment, le détournement de la rivière, etc.). De plus, les réservoirs peuvent accroître la dépendance des utilisateurs aux ressources en eau et accroître la vulnérabilité aux pénuries d’eau (Graphique 4.7). Dans le nord-ouest de la France, le développement de petits réservoirs a entraîné une diminution des débits fluviaux et une diminution de l’efficacité du remplissage des réservoirs (Habets et al., 2014[60]).
La prudence adoptée par le bassin Seine-Normandie en matière de développement de réservoirs semble appropriée au vu des défis futurs posés par la sécheresse. Les projets de retenue doivent s’accompagner d’un objectif de réduction des prélèvements et intégrer les impacts du changement climatique, ou d’autres effets qui ne se manifestent que sur des dizaines d’années tel le transfert de sédiments. Par ailleurs, pour bénéficier de financements de l’Agence de l’eau Seine-Normandie, le projet doit être réalisé en zone vulnérable, adossé à un PTGE, porté par un organisme collectif, ne pas entraîner d’augmentation des volumes d’irrigation et les eaux stockées doivent provenir uniquement des eaux de surface ou de drainage sans possibilité avérée d’infiltration avant la rivière. Ces précautions sont judicieuses pour ne pas créer de vulnérabilités supplémentaires.
Graphique 4.7. Impacts possibles des retenues d’eau sur la demande en eau
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Note : Le cycle offre-demande traduit un impact croissant sur la demande d’eau liée à une offre nouvelle, en l’occurrence liée aux retenues.
Source : Adapté de (Di Baldassarre et al., 2018[61]).
Gestion des niveaux d’eau pour le transport fluvial
Les fleuves du bassin bénéficient d’infrastructures robustes au changement climatique qui permettent d’assurer la résilience du transport fluvial. En effet, des barrages mobiles installés le long des cours d’eau permettent de réguler les niveaux d’eau tout au long de l’année sur les fleuves. Ces barrages permettent de retenir l’eau en étiage à des niveaux compatibles avec les usages du fleuve et à l’inverse laissent passer l’eau lors des crues. Selon une estimation de l’OCDE (Annexe B), un débit minimal de 15.5 m3/s serait suffisant pour assurer le trafic fluvial sur la Seine (à titre de comparaison, le débit moyen annuel sur la Seine est de 310m3/s (Agence de l'Eau Seine Normandie, s.d.[62])). Or, dans la pire situation d’étiage envisagée d’ici 2100, en considérant les difficultés de remplissage des lacs, et en s’appuyant sur les données fournies par VNF et l’EPTB Seine Grands Lacs, le débit moyen attendu serait de 26m3/s (Annexe B) sur la Seine. Lors de la rédaction de ce rapport, VNF et l’EPTB Seine Grands Lacs finalisaient d’ailleurs une convention pour assurer une cohérence de gestion de leurs infrastructures respectives en cas d’étiage.
Réseau d’eau potable
Le réseau d’eau potable s’appuie sur une stratégie d’alimentation et des infrastructures robustes. La stratégie d’alimentation en eau potable permet de diversifier les sources et donc les risques liés au changement climatique. Un système d’interconnexions de secours permet à différents opérateurs d’assurer l’accès à l’eau potable de zones géographiques potentiellement affectées par une raréfaction de l’eau. Enfin, les mesures permettant de lutter contre les fuites sur les réseaux d’eau permettent d’optimiser les prélèvements pour eau potable en évitant des pertes. Pour lutter contre les fuites, les opérateurs mettent en place une surveillance du réseau (e. g capteurs acoustiques) pour localiser les fuites et les réparer. Ils peuvent également renouveler le réseau.
Schéma d’alimentation d’eau potable
L’alimentation en eau potable de la région s’appuie sur une grande variété de ressources de façon à être résiliente à des chocs climatiques ou pollutions sur les ressources en eau. La Ville de Paris s’appuie à moitié sur des ressources souterraines variées en nature et en nombre, parfois situées jusqu’à 150 km de Paris (Eau de Paris, s.d.[63]). Les caractéristiques des nappes sont variées, permettant de diversifier les risques de son opérateur dans l’éventualité où l’une des nappes utilisées n’auraient pas eu le temps de se recharger convenablement. L’autre moitié des ressources de Paris provient des eaux de surface de la Seine et de la Marne, à l’instar de la région Ile-de-France qui puise l’essentiel de ses ressources dans les trois rivières principales du bassin versant (Aquavesc, SEDIF, Sénéo, Ville de Paris, 2020[56]). Enfin, l’Ile-de-France dispose d’un aquifère de plus de 100 000 km2, la nappe de l’Albien, qui est une ressource stratégique très encadrée (car non renouvelable) afin de pouvoir porter secours aux franciliens en cas de raréfaction de l’eau (Eau de Paris, 2022[64]) liée à une crise externe paralysant le réseau de distribution d’eau potable.
Si ce schéma d’alimentation est vecteur de résilience, il pourrait nécessiter des ajustements face aux enjeux climatiques. A Paris, le recours à des ressources souterraines dans des territoires lointains où d’autres usages entrent en concurrence pourrait devenir davantage controversé dans un contexte de ressources rares. Alors que la région Ile-de-France s’attend à une plus grande variabilité climatique alternant inondations et sécheresses, l’opérateur de la Ville de Paris (Eau de Paris) pourrait adapter ses prélèvements pour faciliter la recharge des nappes en période de hautes eaux par exemple. C’est l’une des pistes avancées plus largement par l’agence de l’eau pour gérer de façon plus flexible les ressources en tenant compte des dynamiques nappes-rivières. De même, les 32 communes de l’Ouest parisien desservies par Aquavesc bénéficient de ressources souterraines, en partie alimentées par la Seine par une technique de réalimentation artificielle permettant le stockage souterrain et l’amélioration de la qualité de l’eau de la nappe. Ce type d’approches peut s’adapter à d’autres territoires de la région, essentiellement dépendants des ressources de surface.
Interconnexions de secours
Le réseau d’eau potable s’appuie sur des interconnexions de secours qui permettent d’assurer la résilience d’une partie de la région en cas de sécheresse. Quatre autorités organisatrices de l’eau (Aquavesc, Seneo, Eau de Paris et SEDIF) représentant 71 % des volumes d’eau potable en distribution ont mis en place des interconnexions de secours afin d’assurer la continuité de service en cas d’arrêt de la production de l’un des opérateurs. Les opérateurs ont testé la résilience de la zone interconnectée en cas de risques critiques tels qu’une pollution intense, une rupture d’approvisionnement électrique, une inondation majeure ou une sécheresse sévère qui affecterait la production unitaire d’un opérateur (Aquavesc, SEDIF, Sénéo, Ville de Paris, 2020[56]). Ce test a révélé une robustesse de la zone interconnectée en cas de sécheresse qui pourrait néanmoins être remise en cause selon le niveau de remplissage des lacs.
Les autorités organisatrices réfléchissent à améliorer la gestion de la zone interconnectée en favorisant davantage de concertations. Des conventions entre autorités organisatrices et leurs opérateurs permettent au moins un échange annuel pour définir la programmation des travaux de l’année à venir et garantir un secours mutuel. Afin d’optimiser la gestion des ressources en cas de crise, des échanges plus réguliers pour maximiser les marges de sécurité sur les capacités de production sont envisagés. De même, les autorités organisatrices prévoient un partage des inventaires des moyens de secours, de sauvegarde et de lutte contre les inondations et les pollutions.
Efficacité du réseau et lutte contre les fuites
Le réseau d’eau potable de la région parisienne est particulièrement efficace en termes de rendement. La loi prévoit un rendement des réseaux d’eau potable de 85% pour limiter les pertes d’eau et ainsi accroître la résilience des usagers au risque de raréfaction de l’eau (Gouvernement, 2012[65]). Grâce à un réseau très dense et assez maillé, permettant d’intervenir facilement et d’assurer la continuité de services en cas de fuite sur une partie du réseau, l’Ile-de-France bénéficie de rendements bien supérieurs à ce seuil (89.6% (SISPEA, 2021[66]) en moyenne). À titre de comparaison, le taux de fuites à Londres est de 24% (Thames Water, 2020[67]) et la moyenne européenne de 25% (Graphique 4.8). Des disparités existent cependant selon les municipalités, avec des rendements pouvant atteindre 50% pour certains réseaux de Seine et Marne.
Graphique 4.8. Pourcentage d’eau potable perdue sur les réseaux en Europe
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Note : BE : Belgique ; BG : Bulgarie ; CH : Suisse ; CY : Chypre ; CZ : République Tchèque ; DE : Allemagne ; DK : Danemark ; EE : Estonie ; EL : Grèce ; ES : Espagne ; FI : Finlande ; FR : France ; HU : Hongrie ; IE : Irlande ; IT : Italie ; MT : Malte ; NL : Pays-Bas ; NO : Norvège ; PL : Pologne ; PT : Portugal ; RO : Roumanie SI : Slovénie ; SE : Suède ; SK : Slovaquie ; UK : Royaume Uni.
Source : (EurEau, 2021[68]).
Les opérateurs d’eau de la région sont très impliqués dans l’amélioration continue des performances du réseau. Cette performance s’améliore chaque année. Ainsi, grâce à son programme Eau et Climat, l’agence de l’eau Seine Normandie a également contribué à économiser près de 4.08 millions de m3 (soit 0.1% des prélèvements du bassin) grâce à la réduction de fuites sur les réseaux. À l’échelle du SEDIF, le taux de renouvellement du réseau est par exemple de 1.19% par an (Chambre régionale des comptes Île-de-France, 2022[27]), bien supérieur à la moyenne française de 0.67% (SISPEA, 2020[69]) et à l’objectif de 1% de renouvellement des réseaux fixé lors des Assises de l’Eau pour les zones rurales. Entre 2021 et 2022, Eau de Paris a par exemple déployé 2 750 capteurs acoustiques pour détecter et localiser des fuites, soit un capteur tous les 700 mètres environ. Les volumes de pertes de réseaux devraient ainsi diminuer de 4.3 millions de m3 par an pour Eau de Paris (2.3% de l’eau produite annuellement par la régie) (Eau de Paris, 2022[70]). L’objectif poursuivi est d’atteindre un taux de rendement du réseau de 92% contre 90.5% en 2021.
Poursuivre l’amélioration du réseau est une stratégie sans regret pour les opérateurs d’eau tant que le coût reste absorbable face aux bénéfices environnementaux et économiques. Atteindre 100% de rendement n’est pas réaliste. Tout d’abord, le réseau se dégrade en partie à cause de son vieillissement, mais aussi d’évènements tels que les déformations de terrains ou phénomènes climatiques qui affectent les canalisations. À moins de renouveler l’intégralité du réseau dans les prochaines années, l’objectif zéro fuite n’est donc pas envisageable. Lorsque le réseau d’eau potable est enterré (SEDIF, 2021[71]), une intervention sur le réseau requiert des travaux sur la voirie. Ce n’est pas le cas du réseau de distribution d’Eau de Paris qui est à 90% situé en égout et galeries visitables et dont les coûts seront a priori moindres. Cependant, ce n’est pas parce qu’une fuite aura été réparée sur une partie du réseau, qu’une nouvelle n’apparaîtra pas le lendemain. Ainsi, l’objectif « zéro fuite » suggère des interventions répétées qui posent des questions d’acceptabilité, de coordination et de coût qui se répercute sur les consommateurs. Les services d’eau pourront néanmoins poursuivre leurs efforts pour améliorer sensiblement le rendement de leur réseau lorsque celui-ci est peu élevé, voire le maintenir aux niveaux actuels lorsqu’il est excellent, en combinant détection de fuites et renouvellement à coût abordable.
Des mesures ciblées sur les réseaux privés semblent davantage prometteuses. C’est par exemple le cas des dispositifs d’alerte fuite déployés par le SEDIF ou Aqua’vesc (Aviz’eau). Ces dispositifs permettent d’avertir les usagers d’anomalies sur leurs consommations. En 2020, un million de m3 d’eau ont été économisés en habitat collectif lors du test de ce dispositif (Chambre régionale des comptes Île-de-France, 2022[27]). Ce type de mesures prometteuse réduit les pertes d’eau superflues et permet des économies importantes, tant économiques pour les foyers qu’en consommation d’eau potable.
Solutions fondées sur la nature pour faciliter la recharge des nappes et préserver la qualité de l’eau
Les solutions fondées sur la nature contribuent à la rétention d’eau et la préservation des écosystèmes permettant de prévenir les épisodes de sécheresse. En milieu naturel, la protection des zones humides, enherbées et boisées (zones tampons) permettent par exemple d’épurer l’eau en piégeant les polluants et particules fines. Elles sont souvent comparées à des éponges, grâce à leurs capacités à stocker d’importantes quantités d’eau (certaines zones humides peuvent stocker jusqu’à 15 000 m3 d’eau/hectare (Office français pour la biodiversité, 2012[50])) et ainsi alimenter les eaux souterraines. En période de sécheresses, elles restituent de l’eau et soutiennent ainsi les débits des cours d’eau. À l’échelle de la ville, les solutions fondées sur la nature telles que la végétalisation permettent de réduire fortement le rejet des eaux pluviales vers les réseaux d’assainissement en cas de forte pluie et peuvent être réutilisées pour certaines consommations. Une étude dans le quartier de République à Paris a d’ailleurs montré qu’il était possible d’installer des toitures végétalisées sur 13% des toits d’un quartier. Ces toits permettraient d’absorber les pluies et éventuellement de les récupérer pour les sanitaires (APUR, 2015[72]). Plus généralement, les solutions fondées sur la nature en ville permettent de lutter contre les îlots de chaleur, avec des effets indirects sur la consommation d’eau et la lutte contre les inondations en cas de réseaux d’assainissement unitaires générant un risque de pollution de l’eau et la rendant ainsi indisponible.
Les solutions fondées sur la nature permettent également des co-bénéfices intéressants en faisant le lien entre les risques d’inondation et de sécheresse. Par exemple, les solutions fondées sur la nature telles que la végétalisation des toitures, ou la désimperméabilisation qui permettent de limiter le ruissellement et le risque d’inondations mais aussi une meilleure recharge des nappes. De même, une sécheresse des sols ou raréfaction de l’eau pour l’agriculture et la biodiversité favorisent les inondations en cas de précipitations en empêchant l’infiltration de l’eau dans les sols.
Les solutions fondées sur la nature sont mises en œuvre progressivement en région parisienne. La Région a par exemple créé Ile-de-France Nature qui contribuera à protéger 1000 hectares de friches urbaines d’ici 2025, accompagner la plantation de 2 millions d’arbres d’ici 2030 ou créera un fonds francilien de 1 million d’euros pour l’adaptation des forêts au changement climatique (Région Île-de-France, 2022[73]). De la même façon, la Métropole du Grand Paris a créé un fonds biodiversité pour financer des opérations de plantations d’arbres, de résorptions de coupures écologiques et de désimperméabilisation et renaturation d’espaces avec des objectifs ambitieux. La désimperméabilisation et la renaturation devraient couvrir au moins 10 hectares, 20 mares devraient être créées ou restaurées et 100 000 arbres plantés pour favoriser l’émergence de forêts urbaines (Métropole du Grand Paris, 2023[74]). La Métropole promeut également des solutions innovantes pour l'intégration de ces solutions à l'urbanisme à travers les appels à projet « Inventons la Métropole du Grand Paris ». La Ville de Paris a également élaboré un plan biodiversité (Ville de Paris, 2018[75]) qui prévoit une trentaine d’actions, dont des projets de nature en ville pour créer des trames vertes et bleues. La Ville est aussi impliquée dans les projets de cours Oasis dont l’objectif est de déminéraliser les cours d’école et les végétaliser pour ramener la nature en ville et créer des ilots de fraicheur (Ville de Paris, 2023[25]).
Définir des stratégies de protection des milieux aquatiques et de leurs écosystèmes nécessite un recensement précis des écosystèmes présents sur le territoire aujourd’hui insuffisant. L’Agence Parisienne d’Urbanisme (APUR) a étudié le potentiel de désimperméabilisation de l’espace public parisien (APUR, 2022[76]) et conduit une étude pour favoriser la végétalisation et le rafraichissement d’une partie du territoire métropolitain (APUR, 2023[77]). L’Institut Paris Région recense des réservoirs de biodiversité d’importance nationale en Ile de France (262 000 ha au total en 2018) (Institut Paris Région, 2022[78]). La Métropole du grand Paris conduit également une étude des potentialités pour identifier les secteurs à enjeu et les opportunités de renaturation de ses cours d'eau et zones humides. Enfin, la Métropole du Grand Paris conduit une étude visant à caractériser les cours d’eau de son territoire ainsi que leur potentiel de restauration. Cette étude aboutira à la production d’une cartographie complète des cours d’eau qui servira d’outil d’aide à la décision pour définir les interventions à mener en priorité pour la reconquête des milieux aquatiques. Cette étude doit aussi permettre d’identifier les marges de recul nécessaires à la restauration écologique des petits cours d’eau afin de les inscrire dans les documents d’urbanisme (PLU et PLUi) et de pouvoir bâtir une stratégie foncière visant à redonner de la place aux milieux aquatiques. Toutefois, à peine 1/10 des zones humides sont cartographiées, et donc susceptibles d’être protégées. En effet, la DRIEAT fait état de 250 000 hectares de zones humides potentielles en Ile-de-France, pour 23 000 hectares de zones humides délimitées et caractérisées (DRIEAT, 2020[79]). Les zones humides non cartographiées ne peuvent faire l’objet de mesures de protection ou restauration. Or connaître l’état des zones tampons permettrait d’identifier les endroits prioritaires à préserver car ayant le plus de capacité de stockage de l’eau et donc de soutien d’étiage en période estivale.
Le rôle des gouvernements nationaux et supranationaux est également crucial pour inciter les collectivités à investir dans les solutions fondées sur la nature. Tout d’abord, le cadre légal encadrant la mise en œuvre de ces solutions peut faciliter leur déploiement et permet de superviser leur mise en œuvre. Par exemple, la directive cadre sur l’eau propose un cadre règlementaire commun pour l’utilisation durable de l’eau et la protection des écosystèmes et milieux aquatiques. De même, la stratégie de l’Union Européenne pour la biodiversité reconnaît l’intégration des services écosystémiques dans la prise de décisions et encourage son recours. Des pays, tels que le Pérou, ont également adopté des lois permettant d’encourager le recours aux solutions fondées sur la nature. Ainsi, en 2014, le Pérou a introduit une loi sur les mécanismes de compensation pour les services écosystémiques (Banque Mondiale, 2023[80]). Cette loi vise à promouvoir, réguler et surveiller les mécanismes de rémunération des services écosystémiques pour garantir la pérennité des avantages générés par les écosystèmes. En vertu de cette loi, les gestionnaires des services écosystémiques reçoivent une rémunération en fonction de la mise en œuvre de mesures de conservation, de réhabilitation et d'utilisation durable des sources de services écosystémiques. Ces mesures peuvent inclure la conservation d'aires naturelles, la réhabilitation de zones endommagées, ou des actions visant à assurer une utilisation durable des sources de services écosystémiques.
Gestion à la source des eaux pluviales
Le zonage pluvial contribue à faciliter l’infiltration de l’eau dans les sols pour accroître la résilience de la région parisienne. Cette infiltration se met en place au plus tôt dans le processus d’aménagement urbain en limitant l’imperméabilisation des sols ou en désimperméabilisant les ouvrages existants. Cela permet par exemple de favoriser la rétention d’eau dans les sols pour les arbres et plantes pour refroidir la ville et indirectement diminuer les consommations d’eau estivales. Cela permet également de limiter les rejets dans les réseaux d’assainissement unitaires (majorité des réseaux à Paris (Ville de Paris, s.d.[81]), et très représentés dans la petite couronne8 (SISPEA, 2021[82])) pour éviter les risques de débordement et de pollution (APUR, 2022[4]).
La gestion à la source des eaux de pluie est un objectif national et local qui permet de limiter les risques d’indisponibilité de la ressource liée à une pollution intense. Elle fait l’objet d’un plan d’actions national pour une gestion durable des eaux pluviales depuis 2021 et constitue l’une des priorités de la stratégie d’adaptation au changement climatique du bassin Seine-Normandie. Il s’agit également d’une priorité des collectivités, notamment pour les enjeux de qualité d’eau induits par la saturation des réseaux d’assainissement. La gestion des eaux pluviales était d’ailleurs centrale dans l’objectif des Jeux Olympiques de 2024 qui prévoit des épreuves de baignade dans la Seine. La région prévoit de financer la désimperméabilisation de 5000 hectares d’ici 2030 le SDRIF mentionne la gestion des eaux pluviales intégrée à l’aménagement urbain par le biais de toitures végétalisées, récupération des eaux de pluie ou noues. L’infiltration et la rétention d’eau à la source sont privilégiées. À l’échelle de Paris, un zonage pluvial attaché au plan local d’urbanisme permet l’intégration des eaux pluviales à l’aménagement urbain. La Ville a également élaboré un règlement de zonage d’assainissement au titre de son plan Paris Pluie. Ce règlement s’applique à tous les porteurs de projets d’infrastructures et prévoit l’obligation de concevoir un mode de gestion des eaux pluviales, limitant les débits de rejets d’assainissement.
L’agence de l’eau Seine-Normandie poursuit ses efforts pour aligner davantage plans d’urbanisme et les objectifs de gestion fixés à l’échelle du bassin versant Seine-Normandie. Par exemple, bien que le zonage pluvial mette en avant des zones plus ou moins vulnérables au risque de ruissellement, il ne semble pas que cette évaluation soit retranscrite en plan d’actions à l’échelle de la région. De même, l’agence de l’eau indiquait que les objectifs liés à l’artificialisation des sols ne sont pas atteints. Le manque de compréhension des enjeux liés à l’imperméabilisation et la perception d’effets négatifs liés à la présence d’eau dans la ville sont des freins à cette gestion des eaux pluviales. L’agence de l’eau Seine-Normandie a développé un portail d’informations pour soutenir les collectivités à renforcer la prise en compte des eaux pluviales dans les plans d’urbanisme.
4.4.2. Considérer davantage les ressources non conventionnelles
Mobiliser des ressources non conventionnelles permet de compléter efficacement les infrastructures et technologies existantes. Les ressources non conventionnelles sont des ressources en eau présentes sur le territoire mais qui ne sont pas utilisées, telles que les eaux pluviales ou les eaux usées (e.g, eaux grises, eaux de piscine…). Ces ressources représentent un potentiel inexploité pour réduire les prélèvements d’eau en se substituant aux eaux de surface ou souterraine. Elles permettent ainsi d’optimiser la gestion de l’eau.
Réutilisation des eaux pluviales
La collecte et la réutilisation des eaux pluviales permettent la mobilisation de ressources insuffisamment exploitées. En remplaçant des ressources traditionnelles par d’autres habituellement perdues, la réutilisation des eaux pluviales peut contribuer à assurer la résilience de la région. La récupération de l’eau de pluie peut être réalisée à l’échelle de l’habitation mais aussi de façon collective via des cuves de stockages pour un immeuble ou un quartier. Des études suggèrent que la collecte de l’eau de pluie pourrait subvenir à 50% de la demande en eau d’un foyer, voire dans certains cas 80 à 90% de la consommation des ménages (GhaffarianHoseini et al., 2015[83]). Au-delà des besoins domestiques, les eaux pluviales peuvent par exemple compléter les ressources distribuées sur le réseau d’eau non potable de la Ville de Paris pour raccorder davantage d’espaces végétalisés à ce réseau (APUR, 2021[84]). De même, 16% des besoins d’irrigation pourraient être couverts par des systèmes de collecte des eaux de pluie (Raimondi et al., 2023[85]). Dans certaines régions telles que le sud de l’Australie ou les zones semi-arides des États-Unis, l’eau de pluie est même une des principales ressources d’eau.
En France, la réutilisation des eaux de pluie est encadrée depuis 2008 (France, 2008[86]). La loi définit les usages autorisés, les procédures de déclaration et d’entretien et les responsabilités des usagers. Ainsi, l’utilisation d’eau de pluie peut être autorisée pour tout usage extérieur mais se limite à la chasse d’eau, le lavage des sols et le lavage du linge sous condition en intérieur. Les usages autorisés reflètent des exigences sanitaires prévues pour pallier les risques de contamination de l’eau ayant circulé sur toits ou autres matériaux comportant des produits chimiques.
La région parisienne est un territoire adapté à ce genre d’approches en raison de sa densité de population importante et de son hydrologie. En effet, avec un double objectif de limitation du ruissellement et d’optimisation des ressources, les cuves de stockage d’eau doivent pouvoir se vider régulièrement. Un bâti dense permet une utilisation constante des cuves et l’installation de petites cuves mutualisées à plusieurs usagers. Enfin, la région Ile-de-France devrait connaître des volumes de précipitation plutôt stables, avec des épisodes de pluies intenses mais brefs, permettant de s’appuyer sur la collecte des eaux pluviales (APUR, 2018[87]). Au-delà de l’eau potable, la collecte d’eaux pluviales peut s’avérer intéressante pour accompagner le secteur agricole dans une logique de maintien des volumes d’irrigation aux niveaux actuels.
La collecte et réutilisation des eaux de pluie requièrent des incitations financières ou une réglementation forte. L’installation de récupérateurs d’eau de pluie peut être complexe et coûteuse pour le bâti existant ce qui peut constituer un frein à leur déploiement (Parsons et al., 2010[88]). Tout d’abord, le raccordement des cuves d’eau pluviales aux étages d’immeubles, en particulier anciens, est compliqué techniquement. De plus, ce type d’installation peut être coûteux en raison de la longueur des linéaires de réseaux nécessaires. Il nécessite également la pose de compteurs d’eaux pluviales afin d’adapter la taxe d’assainissement. Enfin, la réutilisation d’eau de pluie peut également s’avérer coûteuse pour les opérateurs d’eau potable qui feraient face à une baisse des consommations, donc de revenus et pourrait nécessiter une compensation financière s’appuyant par exemple sur les gains en termes d’assainissement par exemple (Tableau 4.3).
Tableau 4.3. Exemples internationaux de mesures de soutien à la collecte des eaux pluviales
Copier le lien de Tableau 4.3. Exemples internationaux de mesures de soutien à la collecte des eaux pluviales|
Lieu |
Type de politiques publiques |
Description |
|---|---|---|
|
Allemagne |
Fiscale |
En Allemagne, la redevance pour les eaux usées reflète la surface imperméable des propriétés, et donc indirectement la quantité d’eau dirigée vers les réseaux d’égouts publics. En effet, la collecte de l’eau de pluie par les particuliers contribue à réduire les volumes d’eau de pluie à traiter par les stations d’épuration et donc les coûts de traitements des eaux usées incombant aux propriétaires. Le développement de cette approche a été soutenu par les länder et les municipalités, sous la forme de programmes de subventions. À Berlin, le quartier de Potzdamer est souvent cité en exemple pour la gestion des eaux pluviales. Les eaux pluviales des voiries et toitures sont recueillies à la fois dans des cuves souterraines et dans des bassines à surface libre. Les bassins permettent de rafraichir l’air et jouent donc le rôle d’évaporateurs géants. Les cuves servent également de réserves pour l’arrosage des espaces verts, les chasses d’eau de certains immeubles et la réalimentation des bassins paysagers. Un système de secours alimente en eau les immeubles en cas de pénurie d’eau. |
|
Nouvelle-Zélande |
Réglementation |
Obligation de collecte des eaux |
|
Tucson (États-Unis) |
Réglementation |
Obligation de collecte des eaux de pluie |
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Région de Flandres (Belgique) |
Réglementation |
Toute nouvelle construction ou projet de rénovation dont les toits ont une surface de plus de 75m2 et sur une parcelle de plus de 300m2 doit installer d’une citerne d’eau de pluie. Les dimensions de la citerne et l’utilisation de l’eau, qui doit a minima servir pour les chasses d’eau, sont aussi encadrées. |
|
Barcelone (Espagne) |
Réglementation et subventions |
Pour les bâtiments déjà construits, des subventions sont proposées pour inciter les particuliers à investir dans leur propre système de collecte. La règlementation locale autorise l’usage des eaux de pluie pour l’irrigation des jardins, mais également pour la chasse d’eau ou les lessives. Cette règlementation a récemment évolué puisque désormais, toute nouvelle construction ou réhabilitation d’infrastructures doivent être dotées d’un récupérateur d’eau de pluie et d’eaux grises (à partir de 20 appartements dans les nouveaux bâtiments et 30 dans les bâtiments réhabilités). Cette règlementation ne s’applique pour le moment qu’à certains quartiers de la ville de Barcelone. |
La Région Ile-de-France soutient la réutilisation des eaux pluviales. La Région propose de soutenir à 50% les particuliers qui souhaiteraient installer des récupérateurs d’eau pour un usage sanitaire ou l’arrosage de leurs jardins (Région Île-de-France, 2022[93]). A Paris, le plan Paris Pluie informe les citoyens de la possibilité de récupération des eaux de pluie notamment pour l’arrosage des jardins partagés ou la végétation. La Ville s’implique également dans des projets d’aménagement judicieux, à l’instar du quartier de la gare de Rungis qui permet de réduire les consommations d’eau de bureaux, arroser des jardins et lutter contre les inondations. Les promoteurs du quartier sont obligés par la Ville d’installer des collecteurs d’eau de pluie qui sont utilisées pour arroser les espaces associés aux bâtiments et pour les sanitaires. En cas de pluie excessive, les eaux sont redirigées vers un jardin et un bassin pour réguler le niveau d’eau. Ce programme de récupération permettra une économie de l’eau consommée pouvant atteindre jusqu’à 30%.
Le recours à de telles infrastructures peut s’appuyer sur des études coût-efficacité sur le long terme. Par exemple, pour les infrastructures existantes dont le déploiement peut être coûteux au regard du bâti existant, d’autres solutions sont probablement préférables. Dans une perspective de plus long terme, il apparaît judicieux d’intégrer les infrastructures de réutilisation des eaux pluviales le plus tôt possible pour éviter des coûts de modernisation futurs. À ce jour, aucune étude n’a permis d’évaluer l’impact de la stratégie mise en œuvre sur la consommation d’eau. Aucune étude ne permet non plus de mesurer l’impact de la stratégie actuelle sur le risque de raréfaction de l’eau à venir.
Ce type de mesures comporte néanmoins des risques qui n’ont pas été évalués dans le contexte du changement climatique. La réutilisation des eaux pluviales reste pour l’instant une mesure marginale à l’échelle de la région en termes de volumes mobilisés. Toutefois, dans l’éventualité d’une collecte à large échelle, ces eaux ne seraient pas restituées aux milieux naturellement et pourraient perturber le cycle de l’eau avec des impacts encore inconnus. Par ailleurs, dans l’éventualité de périodes estivales marquées par des volumes de précipitations plus faibles, cette ressource pourrait s’avérer insuffisante alors qu’il s’agit des périodes où les ressources non conventionnelles seront les plus importantes. S’appuyer uniquement sur ces ressources pourrait donc créer davantage de vulnérabilité, en particulier dans le secteur agricole. Il pourrait alors être nécessaire de la compléter par d’autres ressources non conventionnelles et de les intégrer avant tout dans une démarche visant à par exemple réduire les prélèvements souterrains en période de hautes eaux ou de fortes précipitations pour préserver ces stocks d’eau souterraines en prévision des périodes estivales.
La réutilisation des eaux usées traitées
La réutilisation des eaux usées traitées est une mesure permettant de réduire les pressions anthropiques sur l’eau. Cela consiste à récupérer les eaux usées après traitement par une station d’épuration, pour employer à nouveau cette eau. Recycler les eaux usées permet donc une double économie : économie de l’eau en amont en réutilisant l’eau et diminution du volume des rejets pollués. Par exemple, à Melbourne, les habitations équipées d’un système permettant la réutilisation des eaux usées utilisent 30% moins d’eau que les habitations « conventionnelles » (van Leeuwen, 2015[94]). Ces systèmes, aussi appelés « troisièmes tuyaux » sont un réseau de distribution parallèle, alimentées en eaux non conventionnelles pour des usages tels que le sanitaire ou l’arrosage des jardins. Plus généralement, la réutilisation des eaux utilisées traitées au maximum de ses capacités permettrait de réduire la consommation d’eau primaire de 26 à 48% tous usages confondus (Bauer, Linke et Wagner, 2020[95]).
La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) n’est pas encore très développée en France, et encore moins sur le bassin Seine Normandie. La REUT permet l’irrigation ou le refroidissement industriel et parfois la réalimentation des nappes. La réutilisation des eaux usées en zone urbaine a également un fort potentiel pour l’arrosage des parcs, eaux des sanitaires, lavage de voirie, climatisation ou réservoirs anti-incendie. À Tokyo, l’eau usée est par exemple recyclée pour les sanitaires, l’irrigation des jardins, mais aussi pour préserver la biodiversité (Takeuchi et Tanaka, 2020[96]). Pourtant, en France, environ 0,2% des eaux usées sont recyclées, contre 14% en Espagne et 90% en Israël ou Singapour (CIeau, s.d.[97]). En Europe, Barcelone s’est engagé dans la REUT dès 2002, avec comme objectif de produire 50 hm3/an d’eau recyclée pour différents usages. L’avance de ces pays s’explique par des tensions plus importantes sur leurs ressources en eau.
La France mise beaucoup sur la réutilisation des eaux traitées. En 2019, les Assises de l’eau ont fixé́ un objectif de triplement de la REUT à l’horizon 2025. Cet objectif de réutilisation des eaux usées a été confirmé par le plan Eau qui prévoit 1000 projets de REUT d’ici 2027. Faisant suite à une étude mettant en avant les freins liés à la complexité de la procédure réglementaire en vigueur (CEREMA, 2020[98]) (France, 2023[99]), la loi a été revue pour simplifier les démarches en supprimant des obligations réglementaires de bilan, de procédure d’autorisation mais aussi de qualité des eaux usées dans certains cas. Pourtant, si les eaux usées traitées ne peuvent être utilisées dans les habitations, elles sont une solution intéressante pour l’arrosage des voiries, des jardins, l’irrigation ou certains procédés industriels (France, 2022[100]).
La mise en place la REUT est toutefois relativement coûteuse et nécessite sensibilisation et incitations en raison d’une perception négative des eaux usées traitées. L’idée de réutiliser des eaux usées peut avoir un impact psychologique négatif sur la population (Institut national de l'économie circulaire, 2018[101]). Il apparait donc important de bien informer la population des avantages et risques de la REUT. De plus, la REUT ne pourrait être utilisée à l’intérieur des habitations, ce qui limite les usages et incitations à s’équiper d’infrastructures permettant leur utilisation. Elle nécessiterait en effet un réseau d’eau double, à l’instar du réseau d’eau non potable de la ville de Paris.
De plus, la REUT peut conduire à un risque de maladaptation dans la région parisienne. En effet, les rejets des stations d’épurations contribuent au soutien d’étiage des rivières. Sur la Seine, l’agence de l’eau considère que la restitution des eaux usées traitées peut contribuer jusqu’à 70% au débit d’un cours d’eau en étiage (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2022[102]). Leur réutilisation peut donc avoir un impact considérable en termes d’assèchement d’un cours d’eau, et pénaliser des usages en aval. De même, le SIAAP indiquait qu’un débit d’entrée de 100m3/s était nécessaire afin d’assurer un traitement efficace des rejets d’assainissement. Ce type d’approches semble davantage adapté aux zones côtières où les rejets des stations d’épuration sont de toute façon perdus. En raison des freins existants et du risque de maladaptation, la réutilisation des eaux usées semble davantage adaptée à la réutilisation d’eau en circuit fermé pour l’industrie et au cas par cas pour d’autres usages tels que l’irrigation.
Eaux grises
La réutilisation des eaux grises recouvre une partie des eaux usées qui peuvent être utilisées pour limiter la consommation d’eau primaire. L'utilisation des eaux grises fait référence à la collecte et à l'utilisation des eaux provenant des activités ménagères, telles que la douche ou le lavabo. Sont en général exclues les eaux des sanitaires et de cuisine qui sont des eaux usées. Elles représentent 30 à 80% de la consommation d’eau potable d’un foyer (Van de Walle et al., 2023[55]), ce qui en fait une ressource intéressante pour réduire la consommation d’eau primaire et ainsi prévenir le risque de raréfaction de l’eau. L’utilisation de ces ressources est d’ailleurs commune dans certains états américains, en Australie, au Japon et en Espagne. La Californie est ainsi le premier état à avoir normalisé l’utilisation des eaux grises (Encadré 4.9). Au Japon, leur utilisation est obligatoire dans les immeubles de plus de 30 000m2 ou si le volume potentiel d’eaux grises est supérieur à 100m3/j (Domènech et Saurí, 2010[103]).
En France, les eaux grises sont considérées comme des eaux traitées et leur réutilisation n’est pas autorisée pour des usages domestiques (ANSES, 2015[104]). En pratique, il n’y a pas d’interdiction formelle mais une obligation de rejeter les eaux usées vers un réseau d’assainissement. Ainsi, la réutilisation des eaux grises est encadrée de la même façon que la réutilisation des eaux usées traitées qui limite leur usage à l’irrigation et l’arrosage des espaces verts, sous condition de traitement suffisant (Gouvernement, 2022[105]). Ce rejet des eaux grises reflète avant tout une politique sanitaire de protection des populations. L’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a d’ailleurs recommandé de limiter cet usage aux seules régions affectées durablement et de façon répétée par des pénuries d’eau en raison de risques sanitaires importants.
Les eaux grises nécessitent un traitement adapté pour éviter tout risque sanitaire ou environnemental. Contenant a priori moins de pathogènes que les eaux usées puisqu’elles excluent les eaux des toilettes et de cuisine, la concentration de détergents et autres agents de lavage dans les eaux grises peuvent s’avérer néfastes. Les produits ménagers augmentent par exemple la salinité de l’eau et sont concentrés en métaux qui peuvent se retrouver en trop grande quantité dans les sols. Sans traitement adapté, une contamination microbienne peut également survenir (Van de Walle et al., 2023[55]). Bien que des standards de qualité d’eau non potable apparaissent, les technologies de filtration et traitement des eaux grises sont encore insuffisamment développées. Cela est dû notamment au faible engouement pour cette pratique à l’exception de certains pays (Van de Walle et al., 2023[55]). L’absence de standards de qualité des eaux grises et d’encadrement de cette pratique freine le développement des technologies permettant de faciliter leur utilisation.
Une perception négative des usagers soulève également l’importance de mesures de sensibilisation. Un programme de déploiement des systèmes de réutilisation des eaux grises aux Émirats Arabes Unis a par exemple mis en avant le scepticisme des habitants face à ce procédé pourtant devenu obligatoire (Shanableh et al., 2021[106]). L’éducation et la sensibilisation ont été primordiales pour que les usagers adhèrent à ce programme et utilisent les eaux grises. En effet, il semblerait que les consommateurs confondent eaux grises et eaux usées et doutent de la qualité de ces ressources pour leur usage. La notion de contact avec ces eaux grises est aussi rédhibitoire pour certains. De plus, la maintenance de ces systèmes nécessite des compétences techniques et était perçue comme un fardeau. Le déploiement de la réutilisation des eaux grises dans certains pays a mis en évidence que les impacts économiques d’une réduction de la consommation d’eau potable étaient en revanche un argument auquel les usagers pouvaient être sensibles (Van de Walle et al., 2023[55]). Sensibiliser aux gains environnementaux et économiques apparaît donc essentiel pour mobiliser ce type de ressources.
Enfin, le coût d’installation des infrastructures de réutilisation des eaux grises constitue également un frein à leur déploiement pour le bâti existant. L’utilisation des eaux grises requiert l’installation d’infrastructures qui peuvent être complexes à installer dans des immeubles anciens, notamment un double réseau pour distinguer les canalisations transportant eaux grises et eau potable. Des incitations réglementaires pourraient être envisagées à l’instar de la ville de Barcelone (Encadré 4.9).
La réutilisation des eaux grises paraît néanmoins être une piste prometteuse en complément de la réutilisation des eaux pluviales à l’échelle de l’habitat. La réutilisation des eaux grises pourrait permettre d’importantes économies d’eau dans des secteurs tels que l’hôtellerie ou la restauration (mars et Gorostiza, 2023[107]), qui sont de gros consommateurs d’eau potable. De même, alors que les nouvelles constructions pourraient intégrer des systèmes de gestion des eaux pluviales, il pourrait être intéressant de réfléchir en amont au sujet des eaux grises pour éviter des coûts futurs d’installation de systèmes permettant d’intégrer les deux types de ressources aux habitations. En effet, si la collecte des eaux pluviales permet une prévention du risque de raréfaction, l’absence de pluie en période de sécheresse pourrait être compensée par les eaux grises. De plus, certaines habitations dont la surface des toits ou le système de gouttières ne permettrait pas l’installation de cuve de récupération des eaux pluviales, pourraient bénéficier de ce système.
Le déploiement d’infrastructures de réutilisation des eaux grises requiert une meilleure compréhension des risques et bénéfices liés à ces mesures. En dépit d’exemples internationaux de réutilisation des eaux grises, il n’existe pas d’étude permettant de comprendre de façon quantifiée les gains environnementaux, sociaux et économiques de ces mesures, mais aussi l’efficacité des différentes solutions apportées pour faire face aux risques sanitaires. Ce type d’étude permettrait de considérer à nouveau le déploiement d’une telle pratique et faciliterait des investissements dans des technologies de traitement de ces eaux innovantes en vue de leur réutilisation.
Encadré 4.9. Faciliter le déploiement de la réutilisation des eaux grises
Copier le lien de Encadré 4.9. Faciliter le déploiement de la réutilisation des eaux grisesCalifornie
Le Sud de la Californie est l’une des régions des États Unis les plus exposées aux sécheresses. L’État a mis en place un certain nombre de mesures pour s’adapter à la raréfaction de l’eau et mise en partie sur l’utilisation des eaux grises. En 2010, la Commission des normes de construction californienne a ainsi adopté les principes techniques de développement des systèmes d’utilisation des eaux grises pour intégration aux normes de plomberie qui permettent désormais l’installation des infrastructures requises pour leur utilisation dans les maisons. Depuis 2019, une loi permet également des crédits d’impôts pour tout contribuable qui souhaiterait installer un dispositif de réutilisation des eaux grises.
Barcelone
En 2002, des ordonnances municipales rendant obligatoires les systèmes de collecte des eaux de pluie et de réutilisation des eaux grises apparaissent. En 2023, le bilan est toutefois mitigé car seules cinq municipalités de la métropole de Barcelone incluent la réutilisation des eaux grises dans leur plan d’économie d’eau. En dépit d’économies d’eau avérées (près de 22 litres par habitant par jour pour un habitant de Barcelone soit 20% de réduction), il existe des doutes sur le déploiement de ces solutions, au profit d’autres mesures telles que la sobriété ou la réutilisation des eaux usées traitées.
Source : (État de Californie, 2018[108]),Central Coast Greywater Alliance ; (mars et Gorostiza, 2023[107]) ; (Saurí, March et Gorostiza, 2015[109]).
Autres ressources non conventionnelles : Eaux de piscine et eaux d’exhaure
Parmi les ressources non conventionnelles, existent également les eaux d'exhaure et de piscine, qui représentent des volumes conséquents. À l’échelle de Paris, il est ainsi estimé que les volumes d’eau de piscine représentent un quart des volumes d’eau non potable utilisée aujourd’hui par la Ville de Paris provenant des canaux via des prélèvements dans la Marne (APUR, 2013[110]). La régie autonome des transports parisiens (RATP) a lancé des projets pilotes dans certaines de ses stations pour évaluer les bénéfices potentiels de l’utilisation des eaux d’exhaure, c’est-à-dire des eaux claires, considérées comme impropres, telles que les infiltrations fluviales dans les stations de métro. Le volume d’eaux d’exhaure potentiel pourrait représenter 16% des volumes d’eau non potable utilisés par la Ville de Paris (Encadré 4.10).
Encadré 4.10. Le réseau d'eau non potable de la Ville de Paris : un atout exposé à la raréfaction
Copier le lien de Encadré 4.10. Le réseau d'eau non potable de la Ville de Paris : un atout exposé à la raréfactionLa Ville de Paris est la seule à posséder un réseau d’eau non potable en France. Ce réseau d’eau non potable, est alimenté par le canal de l’Ourcq, et des prélèvements dans la Marne et la Seine. Près de 78 millions de mètres cubes d’eau ont été produits en 2019 (42% de la production d’eau potable la même année). Le linéaire du réseau est comparable à celui du réseau de distribution d’eau potable de la Ville de Paris (1700 km contre 2000 km pour le réseau d’eau potable).
Cette eau non traitée est utilisée pour assurer le fonctionnement optimal du réseau d’assainissement de la ville, le lavage des rues, l'arrosage des espaces verts et mares, étangs, lacs, rivières et fontaines ornementales. Le réseau d’eau devrait également être utilisé pour ses propriétés de fluide caloporteur, pour le chauffage du futur écoquartier Saint Vincent de Paul. Enfin, le réseau d’eau potable est également utilisé par les sapeurs-pompiers.
Toutefois, les ressources du réseau d’eau non potable pourraient également être limitées en cas d’étiage important sur les axes alimentant les principaux réservoirs. Des travaux ont été menés par l’Agence Parisienne d’Urbanisme (APUR) afin d’évaluer le potentiel d’une combinaison de ressources d’eau pouvant, entre autres, alimenter le réseau d’eau non potable. Cette étude a notamment contribué à alimenter les échanges qui ont conduit à l’élaboration du Schéma Directeur 2022-2034 du réseau d’eau non potable de la Ville de Paris. Il apparaît que l’intégration de nouvelles ressources pourrait s’avérer très coûteuse face aux volumes mobilisés. Une approche au cas par cas est ainsi recommandée.
Source : Eau de Paris ; (APUR, 2022[111]).
Recourir à ces ressources est pertinent pour atteindre les objectifs de réduction de prélèvements nécessaires pour accroître la résilience de la région parisienne. Les eaux de piscine, plutôt que d'être simplement rejetées dans l'environnement ou dans les réseaux d’assainissement, offrent une précieuse ressource pour divers usages tels que le nettoyage des espaces publics, l'irrigation des jardins, l'alimentation des réseaux de chauffage et de climatisation, ainsi que le lavage des véhicules et des articles textiles dans les blanchisseries. Sur le périmètre du SEDIF, ces eaux permettraient d’assurer environ un tiers des besoins totaux en eau potable au titre des usages non domestiques (INSEE, 2023[112]). Certaines villes, telles qu’Orly, utilisent d’ailleurs exclusivement les eaux de piscine pour l’arrosage de leur voirie (Agence de l'Eau Seine Normandie, 2023[2]). De même, les eaux d’exhaure sont aujourd’hui pompées, stockées puis renvoyées aux réseaux d’assainissement alors qu’elles pourraient alimenter le réseau d’eau non potable.
Mobiliser ces ressources nécessite une approche au cas par cas. Concernant les eaux de piscine, la régie d’eau de la Ville de Paris (Eau de Paris), également responsable du réseau d’eau non potable de la ville a ainsi évoqué des coûts importants face à une ressource qui ne représenterait que 1% du réseau d’eau non potable actuel. Concernant les eaux d’exhaure, Eau de Paris alerte sur le risque de corrosion du réseau d’eau non potable en cas de raccordement et préconise une approche au cas par cas (APUR, 2022[111]). Hormis le raccordement au réseau d’eau non potable qui permettrait de pallier des déficits quantitatifs éventuels des ressources d’eau non potable, ces eaux peuvent être utilisées hors réseau d’eau non potable. Elles deviennent ainsi des ressources intéressantes pour des municipalités ne disposant pas de tels réseaux, ou pour des institutions qui peuvent considérer un double réseau, à l’instar du musée du Quai Branly (APUR, 2013[113]). Dans ce dernier cas, le réseau n’est pourtant pas utilisé, par mesure de précaution face à l’absence de réglementation sur ce sujet.
4.4.3. Investissement dans d’autres projets d’infrastructure à large échelle
Le transfert de ressources en eau entre bassins versants
Les transferts de ressources en eau entre bassins versants permettent un soutien entre régions affectées et préservées en cas de sécheresse qui est coûteuse et source de conflits. Des transferts au sein d’un même bassin existent dans plusieurs pays tels que l’Espagne ou le Royaume-Uni. Les transferts ont néanmoins un coût élevé lié à la construction d’infrastructures et peuvent se révéler sensibles au changement climatique (Sénat, 2023[114]). De plus, les transferts entre bassins reposent sur le principe de solidarité entre des régions plus riches en eau et les régions plus pauvres et plus déficitaires en eau au sein d'un pays. Lorsque les ressources sont rares, la compétition pour les ressources crée un risque de conflit (Encadré 4.11).
Ce type d’approche n’est pour l’instant pas envisagée sur le bassin de la Seine et ne semble pas prioritaire en raison des risques attendus sur les autres bassins français et des dommages possibles pour l’environnement.
Encadré 4.11. Conflits liés à des projets de transferts d’eau en Corée sans compensation
Copier le lien de Encadré 4.11. Conflits liés à des projets de transferts d’eau en Corée sans compensationLa ville de Busan en Corée, avec 3,5 millions d'habitants, dépend principalement de la rivière Nakdong pour son approvisionnement en eau potable. Cependant, la qualité de l'eau de la Nakdong a souffert de la pollution due aux eaux usées industrielles et domestiques mal traitées, notamment la contamination au phénol d'un complexe industriel de Gumi. Pour pallier cette situation, Busan a exploré des transferts d'eau interrégionaux depuis d'autres régions depuis les années 1990. En 1996, un plan de transfert d'eau interrégional depuis la rivière Hwang à Hapcheon a été élaboré, mais il a été annulé en raison de l'opposition des habitants. La croissance de la population et de l'urbanisation a créé des problèmes de qualité et de pénurie d'eau, incitant Busan à chercher de l'eau propre auprès du barrage de la rivière Nam à Jinju en 2018. Ce plan a également suscité une forte opposition en raison de l'augmentation du risque de raréfaction de l'eau pendant la saison sèche et du risque d'inondation pendant la saison des pluies. Busan a finalement annulé ce projet de transfert d'eau en 2019, cherchant d'autres solutions alternatives.
Source : (OCDE, 2022[115]).
4.4.4. Conclusion sur la gestion de l’offre
Les infrastructures qui ont permis d’assurer la résilience de la région en optimisant l’offre en eau pourraient s’avérer insuffisantes pour faire face au risque de raréfaction induit par le changement climatique. Les lacs réservoirs pourraient rencontrer des difficultés à se remplir, et les interconnexions de secours pourraient en souffrir. De même, le déploiement de solutions fondées sur la nature est positif mais reste insuffisamment stratégique pour assurer la résilience de la région.
Cette perspective suggère non seulement de renforcer les infrastructures existantes, d’accentuer le déploiement des solutions fondées sur la nature en priorité, mais également de considérer de nouvelles mesures de gestion de l’offre en eau. En effet, face aux délais de construction des infrastructures et à la densité du bâti francilien, planifier les infrastructures qui permettront de faire face au risque de raréfaction de l’eau à moyen-long terme est indispensable. Dans cette perspective, des solutions permettant de récupérer les eaux pluviales, de piscine, d’exhaure et grises semblent davantage prometteuses que la réutilisation des eaux usées traitées qui présente un risque de maladaptation. Toutefois, ce type d’approche doit être envisagé au cas par cas :
Eau potable et usages municipaux d’eau non potable : Si la Ville de Paris bénéficie d’un réseau d’eau non potable, les usagers municipaux et non résidentiels d’autres municipalités pourraient bénéficier directement de l’utilisation des eaux non conventionnelles. C’est le cas de commerces tels que le lavage de voitures, les blanchisseries, l’arrosage d’installations sportives ou encore le nettoyage des voiries. De plus, face à la réduction des ressources disponibles pour le réseau d’eau non potable de Paris, de nouvelles ressources peuvent être considérées pour alimenter ce réseau et répondre aux enjeux de rafraichissement et de végétalisation de la ville. Par ailleurs, la perspective d’une ressource en diminution à plus long terme (2100) et la marge potentiellement restreinte de foyers dont la consommation est déjà très raisonnable (INSEE, 2023[112]), rendent les eaux non conventionnelles intéressantes à considérer dans de nouvelles constructions ou via des aménagements peu coûteux (e. g bacs de récupération des eaux pluviales).
Agriculture : Face au défi du maintien des volumes de prélèvements pour irrigation, la mobilisation de ressources non conventionnelles parait pertinente. La réutilisation des eaux pluviales présente par exemple un potentiel intéressant, avec près de 16% des besoins d’irrigation pouvant être atteints ainsi. Des études de faisabilité, intégrant les enjeux climatiques et prévoyant des efforts de sobriété indispensables en parallèle sont nécessaires pour calibrer ces mesures et éviter la maladaptation. En effet, miser sur cette seule ressource peut s’avérer risqué dans un contexte de sécheresses plus fréquentes. Un des risques pour le secteur est ainsi d’opter pour des solutions qui ne seraient pas robustes au changement climatique.
Industrie : Les industries du bassin versant Seine-Normandie ont déjà commencé à mobiliser des ressources non conventionnelles via la mise en place de circuits fermés permettant de réutiliser des eaux usées ou des eaux de pluie. Ces approches sont très efficaces pour réduire les prélèvements d’eau.
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[55] Van de Walle, A. et al. (2023), « Greywater reuse as a key enabler for improving urban wastewater management », Environmental Science and Ecotechnology, vol. 16, p. 100277, https://doi.org/10.1016/j.ese.2023.100277.
[94] van Leeuwen, C. (2015), « Water governance and the quality of water services in the city of Melbourne », Urban Water Journal, vol. 14/3, pp. 247-254, https://doi.org/10.1080/1573062x.2015.1086008.
[25] Ville de Paris (2023), Cours Oasis, https://www.paris.fr/pages/les-cours-oasis-7389.
[75] Ville de Paris (2018), Plan Biodiversité 2018-24.
[28] Ville de Paris (2013), Rapport annuel 2013 sur le prix et la qualité des services publics d’eau potable et d’assainissement, https://cdn.paris.fr/paris/2019/07/24/7408eea1a73c088b675cdbf55996576c.pdf.
[81] Ville de Paris (s.d.), Schémas des réseaux d’eau et d’assainissement et systèmes d’élimination des déchets, http://pluenligne.paris.fr/plu/sites-plu/site_statique_1/documents/1_Plan_Local_d_Urbanisme_de_Par/24_Annexes_du_PLU/C_ANN2-V01.pdf.
[19] Water Services Association of Australia (2019), Water Efficient Australia, https://www.wsaa.asn.au/publication/water-efficient-australia (consulté le 17 août 2023).
[30] Wheeler, S. et al. (2020), « The rebound effect on water extraction from subsidising irrigation infrastructure in Australia », Resources, Conservation and Recycling, vol. 159, p. 104755, https://doi.org/10.1016/j.resconrec.2020.104755.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Scénario OCDE de sécheresse 2050 tel qu’utilisé au chapitre 2
← 2. Données communiquées par le gouvernement sur la plateforme Vigi Eau : https://vigieau.gouv.fr/
← 3. Dispositif Ecodo : https://www.eaudubassinrennais-collectivite.fr/votre-eau/comment-economiser-eau/documentation-ecodo/
← 4. https://www.smegreg.org/index.php?option=com_content&view=article&id=219:elaborer-un-referentiel-des-consommations-domestiques-d-eau-potable-par-usage&catid=11&acm=_73
← 5. Informations sur la collecte des urines pour l’écoquartier de Saint-Vincent de Paul : https://www.blog-saintvincentdepaul-leprojet.fr/blog/68/la-collecte-des-urines-un-sujet-serieux
← 6. Données de l’Observatoire National des Services d’Eau et Assainissement 2024
← 8. La petite couronne désigne l’ensemble formé par Paris et les trois départements les plus proches (Seine-Saint Denis, Hauts de Seine et Val de Marne, cf Chapitre 3)