Ce chapitre examine comment l’incidence combinée des progrès technologiques, des impératifs de durabilité et des effets persistants de la pandémie de COVID-19 transforme en profondeur le monde du travail ainsi que d’autres de nos interactions sociales. Les évolutions technologiques redéfinissent ainsi la nature même du travail, notamment l’équilibre entre notre vie professionnelle et les autres sphères de notre existence, nombre d’entre nous étant en quête de plus de flexibilité, mais aussi de sens. En outre, les évolutions du marché de l’emploi liées aux transitions verte et numérique, bien qu’encore modestes dans l’ensemble, se concentrent dans certaines régions, perturbant les marchés du travail locaux et s’accompagnant d’une problématique d’inadéquation des compétences. Tout en offrant des possibilités de changements sectoriels et systémiques durables, ces transformations, si elles ne sont pas bien gérées, peuvent aussi exacerber et aggraver les inégalités existantes sur le plan social, démographique et économique. Les évolutions observées n’ont par ailleurs rien de linéaires, celles en matière d’égalité des sexes et de comportements durables offrant par exemple un bilan mitigé, fait de progrès et de revers. Ces dynamiques mettent dès lors les systèmes éducatifs au défi de trouver de nouveaux moyens de favoriser la résilience et l’adaptabilité dans un monde marqué par l’incertitude, afin de soutenir chacun dans sa quête d’accomplissement personnel, tout en veillant à ce que tout le monde soit doté des compétences pertinentes pour demain et à ce que personne ne soit laissé sur le bord du chemin.
Les grandes mutations qui transforment l’éducation 2025
3. Travail et progrès
Copier le lien de 3. Travail et progrèsInfographie 3.1. Travail et progrès – Points forts du chapitre
Copier le lien de Infographie 3.1. Travail et progrès – Points forts du chapitre
Pleins feux sur les compétences : maîtriser la double transition
Copier le lien de Pleins feux sur les compétences : maîtriser la double transitionLes marchés du travail mondiaux connaissent d’importantes transformations sous l’effet conjugué des avancées technologiques et des impératifs de durabilité : la double transition. La diffusion de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle (IA) devrait ainsi permettre l’automatisation de nombreuses tâches et la création de nouvelles, tout en nécessitant des compétences d’un nouveau type. De même, la demande d’emplois verts est en hausse, mais une inadéquation des compétences pourrait ralentir la transition verte et perturber les marchés du travail locaux. Comment l’éducation (quel qu’en soit le niveau) peut-elle alors accompagner la transition des compétences afin de ne laisser personne sur le bord du chemin ?
Graphique 3.1. Les compétences en IA sont plus répandues et la demande de main-d’œuvre dans ce domaine augmente, à un niveau qui reste toutefois modeste
Copier le lien de Graphique 3.1. Les compétences en IA sont plus répandues et la demande de main-d’œuvre dans ce domaine augmente, à un niveau qui reste toutefois modestePart des utilisateurs LinkedIn talents en IA dans 30 pays, par sexe ; part des offres d’emploi requérant des compétences en IA dans 14 pays (2016-23)
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : Maslej et al. (2024), The AI Index 2024 Annual Report, https://aiindex.stanford.edu/report/.
Le monde du travail est en pleine mutation, l’adoption de l’IA et d’autres technologies de pointe transformant notamment le marché de l’emploi. Le nombre d’offres de postes et de talents dans le domaine de l’IA augmente, certes, mais reste pour l’heure modeste. Ainsi, en moins d’une décennie, la part de la main-d’œuvre IA – le sous-ensemble de travailleurs dotés des compétences nécessaires au développement et à la maintenance des systèmes d’IA (statistiques, informatique et apprentissage automatique, notamment) – a presque triplé dans l’emploi total, mais le manque de compétences en IA reste un obstacle, avec de grandes disparités entre les pays et les sexes. Les progrès des recrutements IA sont donc plus lents qu’escompté1.
L’IA devrait néanmoins avoir des répercussions considérables dans d’autres secteurs, remodelant en profondeur les tâches et les rôles. Elle pourrait ainsi améliorer la qualité du travail et la productivité (surtout dans les pays riches et les industries à forte intensité de connaissances), combler les déficits de compétences, et renforcer l’engagement et la sécurité des travailleurs. Mais elle risque aussi de mettre en péril des dimensions fondamentales comme le bien-être, la vie privée et l’autonomie. En attestent les réactions contrastées suscitées par la vitesse d’adoption sans précédent de certaines IA génératives, comme ChatGPT : plus de la moitié des jeunes craignent ainsi la suppression d’emplois à cause de l’IA, tandis que de nombreux autres estiment qu’elle rendra leur travail moins fastidieux et plus en phase avec leur vie privée2. Bien que peu d’éléments attestent pour l’heure d’effets majeurs sur l’emploi, de nombreux travailleurs devraient bientôt avoir besoin de se former3.
Dans le même temps, la quête de durabilité entraîne le recul des emplois dans les secteurs à fortes émissions et la création de nouvelles opportunités dans les secteurs verts, tandis que les besoins en compétences évoluent également dans les secteurs ni verts ni polluants. Les professions portées par la transition écologique (celles affectées, même indirectement, par la transition vers le neutralité carbone) emploient environ un cinquième de la main-d’œuvre de l’OCDE, principalement dans les secteurs de l’industrie manufacturière, des services d’intérêt public, de l’exploitation minière, de la construction et des transports. Bien que la part de l’ensemble des professions portées par la transition écologique dans l’emploi total n’ait progressé que de 2 % dans les pays européens de la zone OCDE et aux États-Unis, la sous-catégorie des professions « nouvelles et émergentes » (14 % des professions portées par la transition écologique), généralement des emplois hautement qualifiés (directeurs, cadres de direction et gérants, professions intellectuelles et scientifiques, professions intermédiaires), a elle enregistré la croissance la plus rapide ces dix dernières années4.
L’essor de la demande de nouveaux emplois et de nouvelles compétences s’accompagne d’autant de nouveaux défis pour y répondre. Or, les politiques de développement des compétences ne suivent pas le rythme : en moyenne, dans les pays de l’OCDE, seuls quatre adultes sur dix environ suivent ainsi une formation, formelle ou non formelle, pour des raisons liées à l’emploi5. Il sera pourtant indispensable d’améliorer les compétences des travailleurs et de les aider à trouver des possibilités d’emploi adéquates pour qu’aucun ne soit laissé sur le bord du chemin. Mais le secteur de l’éducation et de la formation est-il prêt à relever ce défi ?
Graphique 3.2. Essor des nouvelles professions vertes et recul des professions polluantes
Copier le lien de Graphique 3.2. Essor des nouvelles professions vertes et recul des professions polluantesÉvolution en pourcentage de la part des professions vertes nouvelles et émergentes et des professions à forte intensité d’émissions de GES dans l’emploi total, en Europe et aux États-Unis (2011-22)
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : OCDE (2024), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2024 : Transition vers la neutralité carbone et marché du travail, https://doi.org/10.1787/a859bbac-fr.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Comment actualiser les cursus, qualifications et programmes pour répondre aux besoins en compétences de la double transition ? Comment l’éducation peut-elle doter tous les apprenants de compétences de base en IA, et certains d’entre eux, de compétences spécialisées dans ce domaine ? L’IA elle-même peut-elle y contribuer, en personnalisant par exemple les apprentissages ?
Comment les gouvernements peuvent-ils anticiper au mieux les besoins futurs en matière de compétences et dans quelle mesure doivent-ils orienter les prestataires de services éducatifs ou les élèves/étudiants vers des voies spécifiques en fonction des besoins du marché du travail (par exemple, à l’aide de quotas ou d’incitations) ? Comment les services d’orientation doivent-ils s’adapter ?
Comment les systèmes d’éducation et de formation peuvent-ils diversifier les parcours post-secondaires pour s’adapter à la demande croissante de travailleurs hautement qualifiés, mais aussi de perfectionnement et de requalification tout au long de la vie ? Comment peuvent-ils répondre aux besoins des étudiants conjuguant études et travail, par exemple grâce aux micro-certifications, à l’apprentissage en ligne et à l’IA ? Et comment peuvent-ils adapter la formation des enseignants et l’apprentissage professionnel ?
Les évolutions technologiques pourraient réduire considérablement le besoin de main-d’œuvre humaine. Quelles en seraient alors les implications pour les systèmes éducatifs, notamment sur le plan de leur rôle social, culturel et identitaire ?
Une question d’équilibre : les jeunes adultes face aux évolutions de la société
Copier le lien de Une question d’équilibre : les jeunes adultes face aux évolutions de la sociétéLes jeunes générations adaptent leurs choix de consommation, de travail et de mode de vie en fonction des nécessités économiques tout comme de l’évolution des valeurs. Les contraintes financières poussent ainsi nombre d’entre eux à vivre plus longtemps chez leurs parents ou à prendre un deuxième emploi. Dans le même temps, leurs priorités évoluant, ils cherchent souvent à conjuguer travail présentiel et distanciel, ou à réduire leur temps de travail. Des choix qui reflètent l’importance croissante qu’ils accordent à l’équilibre entre vie professionnelle et privée, dans le droit fil des tendances sociétales plus générales, ainsi que leur désir d’épanouissement personnel. L’éducation peut-elle, dès lors, favoriser leur indépendance et leur résilience ?
Graphique 3.3. D’éternels Tanguy ? Une proportion croissante de jeunes vivent encore au domicile de leurs parents
Copier le lien de Graphique 3.3. D’éternels Tanguy ? Une proportion croissante de jeunes vivent encore au domicile de leurs parentsProportion de jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans vivant chez leurs parents, moyenne de l’OCDE et pays sélectionnés (2006, 2022)
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : OCDE (2024), Panorama de la société 2024 : Les indicateurs sociaux de l’OCDE, https://doi.org/10.1787/6af21682-fr.
Dans la plupart des pays de l’OCDE, plus de la moitié des personnes interrogées pensent que les enfants d’aujourd’hui seront, à l’âge adulte, moins bien lotis que leurs parents. Ce sentiment, qui s’est renforcé ces dix dernières années, est corroboré par des données pointant le recul de la mobilité intergénérationnelle des revenus dans certains pays6. Les retombées économiques de la pandémie, conjuguées à la crise actuelle du coût de la vie, ont frappé les jeunes de plein fouet7. Soumis à de fortes pressions économiques, plus de la moitié des moins de 40 ans interrogés dans 44 pays à travers le monde déclarent ainsi vivre d’un salaire à l’autre, avec peu ou pas d’économies pour les urgences, les périodes de chômage ou leur logement. Les jeunes se disent ainsi de plus en plus inquiets pour l’avenir : plus de la moitié de ceux interrogés pensent qu’il leur sera plus difficile, voire impossible, de fonder une famille ou de devenir propriétaire8.
Parmi les mécanismes d’adaptation figure ce qu’on appelle le « phénomène Tanguy » : les jeunes vivant généralement dans des logements locatifs et les prix des loyers augmentant plus vite que l’inflation, nombre d’entre eux font alors le choix de rester au domicile familial. La proportion de jeunes adultes vivant chez leurs parents est ainsi en hausse dans plus de 20 pays de l’OCDE depuis 20069, signant le recul de leur indépendance financière. De nombreux jeunes prennent également un deuxième emploi, achètent leurs vêtements d’occasion ou choisissent de ne pas conduire de voiture10. Certains de ces choix vont aussi dans le sens d’une prise de conscience croissante, chez les jeunes générations, des enjeux environnementaux et témoignent de leur résilience et de leur adaptabilité face à un monde en profonde mutation.
Les jeunes accordent en outre de plus en plus d’importance à l’équilibre entre vie professionnelle et privée, ainsi qu’à la flexibilité. Des modalités de travail moins stables ne les freineraient donc probablement pas. Ainsi, dans 44 pays, la plupart des jeunes interrogés occupant des postes à distance ou hybrides préféreraient changer d’emploi si on leur demandait de travailler en présentiel à temps plein. Près de la moitié des jeunes de la génération Z (nés entre 1995 et 2005) préféreraient en outre être au chômage plutôt que de rester dans un emploi qu’ils n’aiment pas, et plus des trois quarts des moins de 40 ans recherchent un travail plus flexible ou une amplitude horaire de travail plus faible11. Ces préférences s’inscrivent dans la tendance générale à la réduction du temps de travail dans l’ensemble de la zone OCDE, où l’on a travaillé en moyenne 146 heures de moins en 2023 qu’en 1988. Un temps libéré pouvant alors être consacré à d’autres activités.
De même, les grandes amplitudes horaires de travail deviennent moins courantes dans tous les groupes d’âge12. Les transitions d’un emploi à un autre sont par ailleurs en augmentation dans tous les groupes d’âge des pays de l’OCDE et plus fréquentes chez les jeunes. Si ces changements fréquents de postes peuvent être le signe d’une instabilité professionnelle, ils peuvent aussi permettre l’obtention de salaires plus élevés et une meilleure adéquation entre compétences et emploi, ou encore témoigner d’une priorisation de l’autonomie individuelle et de l’épanouissement personnel13. Constat encourageant, les jeunes étaient plus nombreux à se dire satisfaits de leur équilibre vie professionnelle-vie privée en 2024 qu’en 201914. L’éducation peut-elle contribuer à préparer les apprenants à ce monde de plus en plus incertain où il faut toujours faire preuve de plus de dynamisme et de responsabilité ?
Graphique 3.4. En quête d’harmonie : l’équilibre entre vie professionnelle et privée s’améliore globalement
Copier le lien de Graphique 3.4. En quête d’harmonie : l’équilibre entre vie professionnelle et privée s’améliore globalementNombre annuel moyen d’heures travaillées par personne occupant un emploi (axe de gauche) ; proportion d’actifs occupés travaillant 50 heures par semaine ou plus, par groupe d’âge (axe de droite), moyenne de l’OCDE, 1988-2023
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : OCDE (2024), « Nombre annuel moyen d’heures travaillées par personne occupant un emploi » et « Incidence de l'emploi selon les longues heures hebdomadaires habituelles travaillées », Indicateurs de l’emploi, https://data-explorer.oecd.org/.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?L’éducation peut-elle favoriser la compréhension, la solidarité et l’équité entre les générations ? Peut-elle soutenir les jeunes dans leur quête de flexibilité et d’épanouissement personnel ?
Dans un monde et un marché du travail de plus en plus incertains, savoir s’adapter est essentiel. Comment l’éducation peut-elle alors doter les apprenants des compétences socio-émotionnelles indispensables à leur résilience, leur adaptabilité et leur indépendance ?
La profession d’enseignant est-elle attractive pour les jeunes d’aujourd’hui ? Comment les politiques éducatives peuvent-elles répondre au souhait des enseignants d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et privée et d’une plus grande flexibilité dans leur travail et leur vie ?
Les priorités des jeunes ont évolué : pour nombre d’entre eux, le travail n’est plus une composante essentielle de leur identité et la réussite ne se résume pas à une augmentation de revenus. Comment l’éducation peut-elle préparer les jeunes aux différentes facettes de la vie en société ? Comment peut-elle les aider à développer leur motivation et leur sens de l’objectif et de l’initiative personnelle ?
À tout homme qui a, l’on donnera : le péril des inégalités économiques
Copier le lien de À tout homme qui a, l’on donnera : le péril des inégalités économiquesLes inégalités de revenus qui prévalaient de longue date entre pays ont diminué depuis les années 1980, avec une croissance des économies émergentes plus forte que celle des économies avancées, qui a permis à beaucoup de gens de sortir de la pauvreté. Pourtant, les inégalités économiques au sein des pays sont, elles, en hausse au niveau mondial, signe de l’inégalité de la répartition des bénéfices de la croissance économique. Dans les pays de l’OCDE, les revenus réels des personnes à revenu faible ou moyen ont ainsi augmenté plus lentement que ceux des personnes à revenu élevé, reflet de l’accroissement des inégalités sociales et menace pour la cohésion et la stabilité de la société. Les envolées récentes des prix de l’énergie et des denrées alimentaires affectent en outre de manière disproportionnée les ménages à faibles revenus. Que peuvent faire les systèmes éducatifs pour atténuer ces inégalités croissantes et y remédier ?
Graphique 3.5. Un monde sous le signe de la convergence, des sociétés sous celui des inégalités
Copier le lien de Graphique 3.5. Un monde sous le signe de la convergence, des sociétés sous celui des inégalitésInégalités de revenus, au sein des pays et entre eux, à l’échelle mondiale (1820-2020)
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : Chancel et al. (2022), World Inequality Report 2022, World Inequality Lab, http://wir2022.wid.world.
Bien qu’en baisse, les inégalités de revenus entre pays restent élevées à l’échelle mondiale. Au sein des pays, l’écart entre les revenus des 10 % les mieux rémunérés et ceux des 50 % les moins bien rémunérés a, quant à lui, presque doublé depuis les années 1980. Les inégalités de richesse au niveau mondial sont, elles, encore plus marquées, la moitié la plus pauvre de la population ne possédant que 2 % de la richesse totale, tandis que les 10 % les plus riches en détiennent 76 %15. Des inégalités qui rappellent que malgré la forte croissance économique des économies émergentes, de nombreuses sociétés restent profondément inégalitaires. Pourtant, la variation de ces niveaux d’inégalités d’un pays à l’autre montre aussi que l’action politique peut permettre de les éviter.
Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, les revenus faibles et moyens ont augmenté plus lentement que ceux plus élevés, les plus bas salaires se trouvant les plus durement touchés par la crise financière mondiale16. La polarisation accrue du marché du travail a entraîné un creusement des inégalités de revenus, tandis que l’inflation a fait grimper les coûts, en particulier de l’alimentation et de l’énergie, pour de nombreuses familles. Avec pour conséquence un ressentiment de plus en plus exacerbé face à ces trop grandes disparités17. Les inégalités économiques peuvent ainsi entraîner une fragmentation de la société et une montée des polarisations, les disparités de richesse et d’opportunités clivant les communautés et érodant la confiance dans les institutions. Un constat qui nous invite donc à réfléchir à la manière dont l’éducation peut favoriser au mieux la cohésion sociale et la résilience, tout en veillant à ce que chacun, quel que soit son milieu socio-économique, ait accès aux compétences nécessaires pour trouver sa place sur des marchés du travail en pleine mutation. Face aux écarts toujours plus criants de revenus et de richesse au sein des sociétés et entre générations, l’éducation peut-elle jouer ce rôle de grand égalisateur ?
Lutter contre les inégalités requiert des ressources, mais la capacité de redistribution de nombreux États s’est affaiblie. L’augmentation de la dette publique dans le sillage de la pandémie de COVID-19 limite encore davantage la capacité des gouvernements à investir dans les services sociaux et les infrastructures publiques, notamment l’éducation. Or, aux côtés de politiques transversales plus larges de lutte contre les inégalités, l’éducation peut favoriser la solidarité et améliorer les perspectives des élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés. Fait-elle tout ce qui est en pouvoir ?
Graphique 3.6. Les revenus faibles et moyens augmentent nettement moins vite que ceux plus élevés
Copier le lien de Graphique 3.6. Les revenus faibles et moyens augmentent nettement moins vite que ceux plus élevésCroissance du revenu réel selon la situation relative du revenu, moyenne OCDE-20 (1995-2021)
Note : 1995 = 100 %. Calculs effectués à partir de la Base de données de l’OCDE sur la distribution des revenus.
Source : OCDE (2024), Panorama de la société 2024 : Les indicateurs sociaux de l’OCDE, https://doi.org/10.1787/6af21682-fr.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Comment les gouvernements peuvent-ils maintenir une éducation de qualité malgré des ressources publiques limitées ? Les systèmes éducatifs peuvent-ils mettre à profit la recherche pour améliorer leur rapport coût-efficacité ? Comment les sociétés peuvent-elles créer un consensus autour de l’idée d’une éducation qui soit un investissement plutôt qu’un coût ? Comment les programmes peuvent-ils favoriser la compréhension des liens entre politiques économiques, bien-être et force des institutions démocratiques ?
Quelles politiques pourraient contribuer à réduire les charges financières pesant sur les familles et à accroître l’offre éducative et son accessibilité à tous, en particulier pour l’éducation et l’accueil des jeunes enfants, l’enseignement supérieur et l’éducation non formelle ?
L’éducation peut-elle aider à répondre au mécontentement suscité par les disparités croissantes de richesse ? Quel rôle peuvent jouer les programmes et les enseignants dans la promotion d’une réflexion éthique et de valeurs de solidarité et de cohésion sociale ?
Comment l’école peut-elle répondre à la fois à la nécessité d’améliorer les niveaux de compétences de base et à sa mission plus large de transmettre d’autres compétences, valeurs et perspectives ?
Oui, nous le pouvons : un objectif à l’épreuve des inégalités de perception, de participation et de droit entre les sexes
Copier le lien de Oui, nous le pouvons : un objectif à l’épreuve des inégalités de perception, de participation et de droit entre les sexesL’évolution des mentalités sur les questions liées au genre est loin d’être linéaire. Les uns se font les tenants d’encore plus d’égalité, tandis que d’autres prônent, au contraire, un retour au conservatisme, une divergence de vision qui se retrouve d’ailleurs au sein des jeunes générations. Les progrès des femmes sur le marché du travail sont, eux aussi, mitigés et si l’acceptation des droits des personnes LGBTI s’améliore, d’importantes disparités subsistent toutefois. Comment l’éducation peut-elle alors promouvoir un environnement où chacun, quel que soit son genre ou son orientation sexuelle, se sente valorisé et respecté ?
Graphique 3.7. L’évolution des mentalités concernant le rôle des femmes est faite d’avancées et de reculs
Copier le lien de Graphique 3.7. L’évolution des mentalités concernant le rôle des femmes est faite d’avancées et de reculsÉvolution des mentalités dans 36-37 pays entre 2014 et 2022
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : OCDE (2023), SIGI 2023 Global Report: Gender Equality in Times of Crisis, https://doi.org/10.1787/4607b7c7-en.
À l’école, les disparités de résultats entre les sexes offrent un tableau complexe, tandis que les indicateurs du marché du travail mettent en évidence la lenteur de la réduction de l’écart salarial entre femmes et hommes à l’échelle mondiale et la fluctuation des écarts de participation au marché du travail depuis 2009, les pays de l’OCDE affichant toutefois des signes d’amélioration ces dix dernières années18. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, les filles obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les garçons dans de nombreuses disciplines et sont ensuite nettement plus nombreuses qu’eux à obtenir des diplômes de haut niveau. Cet avantage sur le plan scolaire ne s’est toutefois pas encore traduit par une réduction des disparités en matière d’emploi19. Une égalité sur le marché du travail qui pourrait s’avérer difficile à atteindre tant que l’attitude de la société envers les femmes leur reste défavorable.
Si certaines opinions discriminatoires à l’égard des femmes se sont atténuées ces dix dernières années, d’autres ont au contraire gagné du terrain, par exemple celle jugeant problématique qu’une femme gagne plus que son mari20. Différentes enquêtes mettent en évidence la prévalence de plus en plus forte d’opinions du même ordre, comme celle qui voudrait qu’un homme restant à la maison s’occuper de ses enfants soit « moins viril », un point de vue partagé par près d’un quart des adultes de 31 pays (principalement des hommes) en 2024. Fait intéressant, ces positions conservatrices sont plus répandues chez les jeunes générations que chez leurs aînés. Pour autant, près de la moitié des moins de 40 ans se définissent comme féministes (principalement des femmes), soit bien plus que dans les générations antérieures21, témoignant des clivages de la jeunesse autour de ces enjeux. Très complexes, les raisons de ces tendances régressives dans certains domaines varient en outre d’un pays à l’autre.
Le tableau est également mitigé sur le plan de l’inclusion des diverses orientations sexuelles et identités de genre. Dans certains pays de l’OCDE, la proportion d’adultes s’identifiant comme LGBTI est en hausse, un phénomène porté par les jeunes générations, qui pourrait aussi être lié à une sous-déclaration au cours des décennies passées. En moyenne, l’acceptation sociale de l’homosexualité a progressé dans 34 pays, en particulier dans les économies avancées, parmi les jeunes générations, les femmes, les personnes les plus diplômées et celles les moins religieuses22. Ces 20 dernières années, tous les pays de l’OCDE ont légèrement amélioré les droits des personnes LGBTI, mais nombre d’entre elles ne disposent toujours pas des protections juridiques essentielles. Bien que de plus en plus de pays autorisent désormais les changements légaux des marqueurs de genre, les personnes transgenres sont confrontées à l’augmentation des violences transphobes, à des législations restrictives et à des discriminations sur le marché du travail dans certains pays23. Quel rôle doit alors jouer l’éducation dans la promotion de l’inclusion et de l’égalité, tant sur le plan théorique que pratique ?
Graphique 3.8. L’acceptation sociale de l’homosexualité s’améliore globalement
Copier le lien de Graphique 3.8. L’acceptation sociale de l’homosexualité s’améliore globalementPerception de la légitimité de l’homosexualité, pays de l’OCDE (1981-2000 ; 2001-2022)
Note : L’acceptation de l’homosexualité est mesurée à partir des réponses des personnes interrogées sur une échelle de 1 à 10, 1 signifiant que l'homosexualité n’est jamais légitime et 10, qu’elle l’est toujours. Calculs de l’OCDE à partir de l’Enquête mondiale sur les valeurs (World Value Survey [WVS]) et de l’Enquête européenne sur les valeurs (European Value Survey [EVS]).
Source : OCDE (à paraître), Over the Rainbow? The Road to LGBTI Inclusion II.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Les filles continuent de pâtir de progrès très irréguliers en matière d’égalité et de participation, tandis que les garçons sont à la traîne dans de nombreuses matières scolaires et qu’une variation des écarts entre les sexes s’observe entre les groupes socio-économiques. Comment l’éducation peut-elle alors mettre en œuvre des stratégies nuancées et globales afin d’offrir à chacun des chances équitables ?
Comment les établissements d’enseignement peuvent-ils promouvoir l’inclusion et le respect de la diversité ? Comment peuvent-ils progresser dans l’éducation à l’égalité et faire de l’école un lieu sûr pour tous ? Faut-il former les enseignants à la déconstruction des stéréotypes discriminatoires dans les contextes polarisés et les soutenir dans cette démarche ? L’éducation peut-elle remettre en question les rôles et aspirations traditionnellement dévolus à chaque sexe, à l’aide notamment de modèles d’identification ?
Comment améliorer l’offre et la qualité de l’éducation et de l’accueil des jeunes enfants, au bénéfice de ceux-ci, mais aussi de la participation des femmes au marché du travail ? La montée des valeurs conservatrices pourrait-elle freiner les investissements futurs dans l’éducation préscolaire ?
Chez nous et partout : la place du numérique dans notre vie personnelle et professionnelle
Copier le lien de Chez nous et partout : la place du numérique dans notre vie personnelle et professionnelleL’essor des technologies numériques (données, communication et IA, notamment) transforme en profondeur nos dynamiques de travail et notre vie privée. Nous dépendons ainsi de plus en plus de ces outils pour nos relations sociales, notre travail, notre santé, nos loisirs, nos achats, nos apprentissages et nos interactions avec les services publics. La généralisation du télétravail révolutionne également les dynamiques des ménages. Or, si nombre de ces innovations permettent de précieux gains de temps et d’efficacité, certaines comportent aussi des risques ou ne sont pas accessibles à tous. Comment l’éducation peut-elle alors préparer chacun à un avenir numérique sûr et productif, sans pour autant le faire au détriment de l’interaction humaine ?
Graphique 3.9. Les gens sont de plus en plus nombreux à utiliser les services administratifs en ligne
Copier le lien de Graphique 3.9. Les gens sont de plus en plus nombreux à utiliser les services administratifs en ligneProportion de particuliers ayant utilisé Internet pour des tâches administratives en ligne au cours des 12 derniers mois, UE-27 (2008-21)
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : Adapté d’Eurostat (2024), « E-government activities of individuals via websites », https://doi.org/10.2908/ISOC_CIEGI_AC.
L’utilisation des technologies numériques est désormais omniprésente. Pour leurs relations interpersonnelles, les gens sont ainsi de plus en plus nombreux à utiliser les médias sociaux, plus longtemps. Dans le domaine du bien-être et de la santé, également, le secteur des applications de bien-être connaît une croissance soutenue, de plus en plus de personnes se tournent vers Internet pour obtenir des informations de santé et le marché de la téléconsultation enregistre une forte augmentation de son volume financier24.
Avec la plus grande accessibilité des services en ligne, l’utilisation mondiale des plateformes numériques pour les interactions avec les administrations publiques est en hausse. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, environ 3 personnes sur 4 recourent ainsi aux services administratifs en ligne (soit un peu moins que pour les services bancaires en ligne), une proportion qui varie toutefois considérablement d’un pays à l’autre25. En Europe, l’utilisation des services administratifs en ligne n’a cessé de croître depuis 2008. Cependant, des écarts subsistent, souvent liés à des disparités de niveau d’éducation et de compétences en technologies de l’information et de la communication (TIC), mais aussi de ressources, les faibles revenus tendant à être corrélés à une plus faible utilisation de ces services. La fracture numérique n’est donc plus seulement une question de connexion, mais aussi de capacité d’utiliser à bon escient les informations et les services en ligne26. Les pouvoirs publics doivent dès lors trouver le juste équilibre entre un investissement solide dans les compétences numériques, via l’école et l’apprentissage tout au long de la vie, et l’offre d’un accompagnement hors ligne adéquat. L’IA pourrait ici être d’une aide précieuse, mais l’accès reste un défi.
La façon dont nous travaillons évolue également rapidement. Si le COVID-19 a imposé le travail en distanciel, cette tendance, désormais dissociée de la pandémie, semble s’inscrire dans la durée. Dans les pays de l’OCDE, la part du télétravail déclaré continue ainsi d’augmenter et deux ou trois jours de télétravail par semaine sont désormais habituels dans les emplois qui le permettent. Toutefois, les travailleurs les mieux payés et les plus diplômés sont plus susceptibles d’y avoir accès, avec donc des inégalités d’opportunités. Le télétravail présente de nombreux avantages : il réduit notamment les temps de trajet, accroît la flexibilité et permet aux travailleurs non mobiles d’exercer une activité rémunérée. Mais il peut aussi nuire à l’équilibre entre vie professionnelle et privée, et accentuer l’isolement. Et si employés et employeurs semblent s’accorder sur le fait qu’un certain degré de télétravail est positif, son effet sur la productivité reste controversé27. Parallèlement, l’essor du télétravail a aussi entraîné une multiplication des espaces de co-working, ce qui pourrait dynamiser les économies locales et améliorer l’inclusivité des marchés du travail locaux. Pour tirer pleinement profit de cette transformation numérique, tant dans la vie professionnelle que privée, il est toutefois nécessaire d’avoir des compétences en TIC et de savoir s’adapter à un environnement en constante évolution. L’école et l’apprentissage tout au long de la vie peuvent-ils alors aider chacun à suivre le rythme de ces changements ?
Graphique 3.10. Le télétravail est entré dans les mœurs
Copier le lien de Graphique 3.10. Le télétravail est entré dans les mœursProportion d’offres d’emploi en distanciel/hybride et restrictions imposées par les pouvoirs publics durant la pandémie de COVID-19, moyenne de 20 pays de l’OCDE (janv. 2019 - déc. 2023)
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : Adrjan et al. (2024), « Working from Home after COVID-19: What Do Job Postings Tell Us?”, SSRN Electronic Journal, https://doi.org/10.2139/ssrn.4064191.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?L’éducation peut-elle, en intégrant les compétences numériques dans les programmes d’enseignement et la formation initiale et continue des enseignants, préparer chacun à un avenir de plus en plus placé sous le signe du digital ? Compte tenu de la rapidité des changements, comment peut-elle favoriser les compétences métacognitives indispensables pour permettre à chacun de s’inscrire dans une dynamique d’apprentissage tout au long de la vie ?
Bien que le travail en distanciel soit de plus en plus répandu, le présentiel reste de mise dans de nombreuses fonctions, notamment celles requérant des compétences spécialisées et une expérience pratique (soins de santé, métiers et emplois techniques, hôtellerie, industrie manufacturière, par exemple). L’amélioration du prestige et de la qualité de ces fonctions peut-elle les rendre plus attrayantes ? Comment l’enseignement et la formation professionnels peuvent-ils contribuer à la préparation d’une main-d’œuvre polyvalente et adaptable ?
À l’heure où notre temps d’interaction directe avec les autres réduit comme peau de chagrin, le rôle socio-émotionnel de l’éducation ne revêt-il pas plus d’importance que jamais ? Peut-il contribuer au maintien d’un sens du collectif ?
Repenser nos habitudes : vers un mode de vie plus durable
Copier le lien de Repenser nos habitudes : vers un mode de vie plus durableCes dernières années, les répercussions dramatiques des changements climatiques à travers le monde rappellent avec force l’impératif absolu de réduire nos émissions. Pour être efficaces, toutefois, ces efforts doivent s’inscrire dans une démarche globale, et s’attaquer à la fois aux facteurs liés à l’offre et à ceux liés à la demande. L’évolution de nos comportements s’avère ici cruciale, quelle que soit la trajectoire choisie vers la neutralité carbone. Or, les tendances récentes de consommation font ressortir un tableau mitigé. La consommation de viande poursuit ainsi sa hausse, en particulier dans les pays riches, tandis que la demande de SUV (à fortes émissions) explose dans le monde entier, malgré la progression des véhicules électriques. Quel rôle peut alors jouer l’éducation dans l’évolution de nos modes de consommation et de nos comportements pour ouvrir la voie d’un avenir plus durable ?
Graphique 3.11. La consommation de viande est globalement en hausse
Copier le lien de Graphique 3.11. La consommation de viande est globalement en hausseApprovisionnement en viande par habitant, à l’échelle mondiale, selon le niveau de revenu des pays (1961-2021)
Note : Consulter le StatLink pour de plus amples informations.
Source : Adapté d’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) - Our World in Data (2023), « Per capita consumption of meat » (base de données), https://ourworldindata.org/grapher/meat-supply-per-person.
Les émissions nettes de gaz à effet de serre (GES) ont progressivement diminué dans les pays de l’OCDE depuis 2007, en partie grâce aux politiques climatiques et au ralentissement économique dans le sillage de la crise de 2008. Ces progrès varient toutefois considérablement d’un pays à l’autre. En outre, alors que les pays de l’OCDE devraient réduire légèrement leurs émissions d’ici à 2030, celles mondiales devraient en revanche continuer d’augmenter28. Si les nouvelles technologies peuvent certes laisser espérer une baisse de ces émissions, la réalisation des objectifs de neutralité carbone passera néanmoins par la mise en place de stratégies globales – amélioration de l’efficacité énergétique, adoption de sources d’énergie renouvelables, réduction de la consommation, et diminution des émissions liées aux transports et à l’industrie – qui nécessitent des changements politiques et structurels plus larges. Il apparaît cependant tout aussi essentiel de modifier nos comportements. Vivre sans voiture, réduire nos déplacements en avion, adopter une alimentation plus végétale et utiliser de l’électricité renouvelable, comptent par exemple au nombre des changements comportementaux au plus fort potentiel d’atténuation29.
Pour l’heure, la réalité est cependant tout autre : la consommation mondiale de viande n’a par exemple cessé d’augmenter, en particulier dans les pays les plus riches. Les hausses les plus fortes s’observent ainsi pour la volaille et le porc, la production totale de viande représentant plus de la moitié des émissions liées à l’alimentation. Même si l’impact de la consommation de viande sur les émissions devrait ralentir en raison de la plus forte prévalence de la volaille (dont l’empreinte carbone est plus faible) et des progrès technologiques qui permettent la réduction des émissions de méthane, la consommation de viande reste un facteur majeur d’émissions30.
Les ventes de voitures particulières affichent également des tendances mitigées. Elles ont globalement rebondi après la pandémie, signe de l’insuffisance du développement des transports publics et des options de micro-mobilité. Les ventes de véhicules électriques ont néanmoins grimpé en flèche et, dans certains pays comme la Norvège, ceux entièrement électriques se vendent désormais mieux que les autres. L’explosion des ventes de SUV à travers le monde compromet toutefois ces progrès. Ils représentaient ainsi 48 % des ventes mondiales de voitures en 2023, témoignant de la préférence des consommateurs pour des véhicules plus grands et prestigieux. Or, la plupart des SUV vendus ont une motorisation classique et produisent environ 20 % plus d’émissions de CO2 que des voitures de taille moyenne. Des tendances qui font donc bien ressortir les profondes divergences de choix des consommateurs31.
Parallèlement, l’essor, ces dix dernières années, des plateformes de co-voiturage et de partage de véhicules laisse entrevoir une évolution vers une mobilité plus durable, qui pourrait réduire le nombre de voitures par habitant. L’éducation joue un rôle crucial dans la promotion de la durabilité et de modes de vie plus sains et respectueux de l’environnement. Peut-elle également contribuer à modifier nos attitudes vis-à-vis de la consommation, du matérialisme et du partage ?
Graphique 3.12. L’explosion des ventes de SUV annule les bénéfices environnementaux associés à l’augmentation des ventes de voitures électriques
Copier le lien de Graphique 3.12. L’explosion des ventes de SUV annule les bénéfices environnementaux associés à l’augmentation des ventes de voitures électriquesNouvelles immatriculations de véhicules, selon leur taille et leur type de motorisation, à l’échelle mondiale (2010-23)
Source : AIE (2024), « SUVs are setting new sales records each year – and so are their emissions », https://www.iea.org/commentaries/suvs-are-setting-new-sales-records-each-year-and-so-are-their-emissions.
Quelles conséquences pour l’éducation ?
Copier le lien de Quelles conséquences pour l’éducation ?Comment l’éducation peut-elle rendre possibles les changements socio-comportementaux à l’échelle et au rythme nécessaires à l’atténuation des changements climatiques ? Comment peut-elle promouvoir les approches interdisciplinaires et une réflexion systémique, en aidant chacun à situer ses propres actions dans le cadre des évolutions sectorielles et systémiques plus larges qui s’imposent ?
Comment l’éducation peut-elle répondre à la nécessité de modifier nos modes de production et de consommation ? Quelles stratégies les établissements d’enseignement peuvent-ils eux-mêmes mettre en place pour contrôler et réduire leur empreinte carbone ? L’adoption d’approches plus localisées peut-elle renforcer la capacité d’action des apprenants et des communautés ?
La lutte contre les changements climatiques requiert des compétences transversales et des compétences en matière de durabilité chez les jeunes, certes, mais aussi – point crucial – chez leurs aînés. Comment y répondre dans le cadre de l’éducation et de la formation formelles, non formelles et informelles ? Et comment l’éducation et la formation peuvent-elles tous nous sensibiliser aux grands enjeux environnementaux, tout en dotant ceux plus investis dans ce domaine des compétences spécialisées dont ils ont besoin ?
Travail et progrès : à quoi ressemblera demain ?
Copier le lien de Travail et progrès : à quoi ressemblera demain ?Le monde du travail est en pleine mutation. Double transition, travail en distanciel, évolution des dynamiques de postes et de la demande de compétences, parité hommes-femmes, sont autant de grands changements qui en rebattent les cartes. Le creusement des inégalités économiques menace, de son côté, la cohésion sociale. Ces grandes tendances sont-elles amenées à s’inscrire sous le signe de la continuité, de la transformation ou de la rupture ? Quelle incidence pourraient-elles avoir sur l’avenir de l’éducation dans chacune de ces éventualités ? Pour tenter d’y répondre, cette section présente plusieurs hypothèses d’avenir sous la forme de trois scénarios. Ceux-ci s’accompagnent de témoignages fictifs de différentes catégories d’acteurs de l’éducation mettant en lumière les opportunités, défis et tensions qu’ils rencontrent dans chacun d’eux. Les scénarios présentés ici n’ont pas valeur de prédiction ; ils se veulent une invitation à une réflexion sur l’avenir afin de permettre une action en conscience, dès à présent.
De la réflexion à l’action
Notes et sources
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Copier le lien de Notes← 1. Maslej, N. et al. (2024), The AI Index 2024 Annual Report, AI Index Steering Committee, Institute for Human-Centered AI, Stanford University, https://aiindex.stanford.edu/report/ ; Green, A. et L. Lamby (2023), « The supply, demand and characteristics of the AI workforce across OECD countries », Documents de travail de l'OCDE sur les questions sociales, l'emploi et les migrations, n° 287, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/bb17314a-en ; OCDE (2024), Perspectives de l’économie numérique de l’OCDE 2024 (Volume 1) : Cap sur la frontière technologique, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/e34abd55-fr, 54, 89 ; OCDE (2023), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2023 : Intelligence artificielle et marché du travail, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/aae5dba0-fr.
← 2. Sur les craintes de suppressions d’emplois par l’IA dans 44 pays, voir Deloitte (2024), 2024 Gen Z and Millennial Survey - Living and working with purpose in a transforming world, https://www.deloitte.com/global/en/issues/work/content/genz-millennialsurvey.html, 20 ; sur l’optimisme concernant la technologie et le travail, voir les résultats pour les pays de l’OCDE dans OCDE (2024), Risks that matter for young people: Concerns, perceived vulnerabilities and policy preferences, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/62b44423-en.
← 3. Lane, M. (2024), « Who will be the workers most affected by AI?: A closer look at the impact of AI on women, low-skilled workers and other groups », OECD Artificial Intelligence Papers, n° 26, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/14dc6f89-en ; OCDE (2024), Megatrends and the Future of Social Protection, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6c9202e8-en.
← 4. OCDE (2024), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2024 : Transition vers la neutralité carbone et marché du travail, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/a859bbac-fr ; OCDE (2023), Job Creation and Local Economic Development 2023: Bridging the Great Green Divide, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/21db61c1-en.
← 5. OCDE (2021), Perspectives de l'OCDE sur les compétences 2021 : Se former pour la vie, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/fc97e6d3-fr ; OCDE (2023), Perspectives de l'OCDE sur les compétences 2023 : Les compétences au service d’une transition écologique et numérique résiliente, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/fe76e556-fr.
← 6. OCDE (2024), Panorama de la société 2024 : Les indicateurs sociaux de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6af21682-fr, 27 ; Social Mobility Commission UK (2022), State of the Nation 2022: A fresh approach to social mobility, https://doi.org/E02761182, 46.
← 7. Forum économique mondial (2023), The Future of Jobs Report 2023, https://www3.weforum.org/docs/WEF_Future_of_Jobs_2023.pdf, 12.
← 8. Résultats d’enquête dans 44 pays du monde : Deloitte (2023), 2023 Gen Z and Millennial Survey - Waves of change: acknowledging progress, confronting setbacks, https://www2.deloitte.com/cn/en/pages/about-deloitte/articles/genzmillennialsurvey-2023.html.
← 9. OCDE (2024), Panorama de la société 2024 : Les indicateurs sociaux de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6af21682-fr.
← 10. Résultats d’enquête dans 44 pays du monde : Deloitte (2023), 2023 Gen Z and Millennial Survey - Waves of change: acknowledging progress, confronting setbacks, https://www2.deloitte.com/cn/en/pages/about-deloitte/articles/genzmillennialsurvey-2023.html. Voir d’autres résultats pour les pays de l’OCDE dans OCDE (2024), Risks that matter for young people: Concerns, perceived vulnerabilities and policy preferences, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/62b44423-en.
← 11. Résultats d’enquête dans 44 pays du monde : Deloitte (2023), 2023 Gen Z and Millennial Survey - Waves of change: acknowledging progress, confronting setbacks, https://www2.deloitte.com/cn/en/pages/about-deloitte/articles/genzmillennialsurvey-2023.html ; Deloitte (2024), 2024 Gen Z and Millennial Survey - Living and working with purpose in a transforming world, https://www.deloitte.com/global/en/issues/work/content/genz-millennialsurvey.html.
← 12. OCDE (2024), « Average annual hours actually worked per worker » et « Incidence of employment by long usual weekly hours worked », Indicateurs de l’emploi, https://data-explorer.oecd.org/.
← 13. OCDE (2024), « Employment by job tenure intervals - average job tenure », https://data-explorer.oecd.org ; OCDE (2023), Retaining Talent at All Ages, Ageing and Employment Policies, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/00dbdd06-en ; Organisation internationale du travail (2024), Emploi et questions sociales dans le monde : Tendances 2024, https://doi.org/10.54394/BTBG2047.
← 14. Résultats d’enquête dans 44 pays du monde : Deloitte (2023), 2023 Gen Z and Millennial Survey - Waves of change: acknowledging progress, confronting setbacks, https://www2.deloitte.com/cn/en/pages/about-deloitte/articles/genzmillennialsurvey-2023.html ; Deloitte (2024), 2024 Gen Z and Millennial Survey - Living and working with purpose in a transforming world, https://www.deloitte.com/global/en/issues/work/content/genz-millennialsurvey.html.
← 15. Chancel, L. et al. (2022), World Inequality Report 2022, World Inequality Lab, http://wir2022.wid.world.
← 16. OCDE (2024), Panorama de la société 2024 : Les indicateurs sociaux de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6af21682-fr ; OCDE (2019), Sous pression : la classe moyenne en perte de vitesse, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2b47d7a4-fr.
← 17. OCDE (2021), Les inégalités comptent-elles ? : Comment les gens perçoivent les disparités économiques et la mobilité sociale, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/0fa43215-fr, 20 ; OCDE (2024), Panorama de la société 2024 : Les indicateurs sociaux de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6af21682-fr, 86.
← 18. Forum économique mondial (2024), Global Gender Gap 2024: Insight Report, https://www3.weforum.org/docs/WEF_GGGR_2024.pdf ; Forum économique mondial (2023), Global Gender Gap Report 2023, https://www3.weforum.org/docs/WEF_GGGR_2023.pdf ; OCDE (2024) « Emploi, entrepreneuriat et commerce », Tableau de bord de l'OCDE sur les écarts entre les genres, https://www.oecd.org/fr/data/dashboards/gender-dashboard.html (consulté le 8 décembre 2024).
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← 21. Ipsos (2024), International Women’s Day 2024: Global attitudes towards women’s leadership, https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2024-03/International-Womens-day-2024-report.pdf.
← 22. Pew Research Center (2020), The Global Divide on Homosexuality Persists: But increasing acceptance in many countries over past two decades, Jacob Poushter et Nicholas O. Kent, https://www.pewresearch.org/global/wp-content/uploads/sites/2/2020/06/PG_2020.06.25_Global-Views-Homosexuality_FINAL.pdf.
← 23. OCDE (2020), Hors d’atteinte ? La route vers l’intégration des personnes LGBTI, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/a3f24097-fr ; OCDE (2024), The Economic Case for Greater LGBTI+ Equality in the United States, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/5adfe3a5-en ; ACLU (2024), « The Impacts Of Anti-Transgender Laws And Policies: Evidence From Empirical Research », ACLU Research Brief, https://assets.aclu.org/live/uploads/2024/08/Impact-AntiTrans-Law-Research-Brief-FINAL.pdf ; Wirtz, A. L. et al. (2020), « Gender-Based Violence Against Transgender People in the United States: A Call for Research and Programming », Trauma, Violence, & Abuse, 21(2), 227-241, https://doi.org/10.1177/1524838018757749 ; Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Commission sur l’égalité et la non-discrimination (2021), Lutte contre la recrudescence de la haine à l’encontre des personnes LGBTI en Europe, https://pace.coe.int/fr/files/29712/html ; Herre, B. et P. Arriagada (2024), « LGBT+ rights have become more protected in dozens of countries, but are not recognized across most of the world », OurWorldinData.org, https://ourworldindata.org/progress-lgbt-rights.
← 24. OCDE (2023), The COVID-19 Pandemic and the Future of Telemedicine, Études de l'OCDE sur les politiques de santé, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ac8b0a27-en.
← 25. OCDE (2024), Perspectives de l’économie numérique de l’OCDE 2024 (Volume 1) : Cap sur la frontière technologique, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/e34abd55-fr.
← 26. Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (2024), UN E-Government Survey 2024 - Accelerating Digital Transformation for Sustainable Development, https://desapublications.un.org/sites/default/files/publications/2024-09/%28Web%20version%29%20E-Government%20Survey%202024%201392024.pdf.
← 27. Adrjan, P. et al. (2024), « Working from Home after COVID-19: What Do Job Postings Tell Us?”, SSRN Electronic Journal, https://doi.org/10.2139/ssrn.4064191 ; OCDE (2024), Perspectives de l’économie numérique de l’OCDE 2024 (Volume 1) : Cap sur la frontière technologique, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/e34abd55-fr.
← 28. OCDE (2023), L'Observateur de l'action climatique 2023 : Information sur le chemin parcouru vers la neutralité carbone, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/c9afa06c-fr.
← 29. Ivanova, D. et al. (2020), « Quantifying the potential for climate change mitigation of consumption options », Environmental Research Letters, vol. 15/9, p. 093001, https://doi.org/10.1088/1748-9326/ab8589.
← 30. Ritchie, H., P. Rosado et M. Roser (2019), « Meat and Dairy Production », OurWorldinData.org https://ourworldindata.org/meat-production (consulté le 1er octobre 2024) ; Ritchie, H., P. Rosado et M. Roser (2022), « Environmental Impacts of Food Production », OurWorldinData.org, https://ourworldindata.org/environmental-impacts-of-food.
← 31. AIE (Agence internationale de l’énergie) (2024), SUVs are setting new sales records each year – and so are their emissions, https://www.iea.org/commentaries/suvs-are-setting-new-sales-records-each-year-and-so-are-their-emissions (consulté le 17 octobre 2024).