L’OCDE définit la fragilité comme la conjonction d’une exposition à des risques et d’une capacité insuffisante d’un État, d’un système et/ou d’une communauté à gérer, absorber ou atténuer ces risques. L’OCDE a introduit son cadre multidimensionnel sur la fragilité dans l’édition 2016 du rapport États de fragilité. Il mesure la fragilité selon son degré d’intensité à travers six dimensions : économie, environnement, politique, capital humain (introduite en 2022), sécurité et société.
Fragilité multidimensionnelle : tableau de bord
Le cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité analyse l’exposition aux risques et les capacités d’adaptation permettant d’y faire face. L’OCDE mesure l’intensité de la fragilité dans 177 pays et territoires grâce à cet outil. Il permet également de suivre l’aide publique au développement (APD) et d’autres flux financiers internationaux afin d’évaluer le soutien apporté aux pays qui en ont le plus besoin.
Lien essentiel
Qu’est-ce que la fragilité ?
Aperçu du processus
La méthodologie combine des approches quantitatives pour mesurer l’intensité de la fragilité, ainsi qu’une description qualitative. Elle comprend quatre étapes :
- collecte des données
- une première analyse en composantes principales (ACP)
- une classification hiérarchique afin de regrouper les contextes selon des caractéristiques communes, et
- une seconde ACP pour agréger les scores de fragilité pour 177 contextes
Selection des indicateurs
56 indicateurs couvrant les six dimensions de la fragilité ont été sélectionnés selon des critères alignés sur le concept de l’OCDE d’exposition élevée aux risques et de faibles capacités d’adaptation, à partir de sources publiques. Les critères de sélection incluaient :
- Actualité et fréquence de mises à jour
- Couverture géographique
- Qualité et fréquence de citation dans la littérature académique
- Caractère de cause ou de conséquence de la fragilité pour l’indicateur
Les sous-onglets relatifs aux indicateurs fournissent des informations complémentaires sur la relation entre la fragilité et chaque indicateur. Plus précisément, les indicateurs peuvent soit accroître les risques, soit renforcer la résilience.
Première analyse en composantes principales (ACP)
La première étape d’ACP calcule des scores de fragilité pour chaque dimension à l’aide de 8 à 10 indicateurs, en les classant selon les risques ou les capacités d’adaptation.
L’ACP identifie les structures statistiques sous-jacentes au sein d’un ensemble d’indicateurs corrélés et les recombine en un nombre plus restreint de composantes principales (CP). Chaque CP capte une part distincte et sans recouvrement de la variance totale des données. La première CP explique la plus grande part de variance, la deuxième la part suivante, et ainsi de suite. La valeur de chaque contexte sur la première CP constitue son score de fragilité pour la dimension considérée. Les deux premières CP, qui expliquent la majeure partie de la variance des indicateurs d’origine, alimentent ensuite les étapes de classification et de seconde ACP.
Si cette méthode permet de gérer la complexité de la fragilité, les outils quantitatifs doivent être complétés par une analyse qualitative approfondie afin d’apporter nuance et contextualisation.
Classification hiérarchique
Le regroupement par grappe constitue une autre méthode pour identifier des structures dans les données. Les 177 contextes sont regroupés en six grappes sur la base des valeurs de leurs deux premières composantes principales (CP) issues de la première étape. Les clusters sont définis à l’aide d’un test de comparaison de moyennes de type ANOVA de Tukey. Un critère de significativité statistique permet d’identifier les indicateurs dont la moyenne, dans un cluster donné, diffère significativement (avec un niveau de confiance de 95 %) d’au moins quatre des cinq autres clusters.
Un groupe d’experts a été consulté afin de classer les clusters selon leur degré de gravité. Les experts se sont appuyés sur une connaissance contextuelle qualitative pour compléter la base quantitative. Ces consultations ont abouti à cinq catégories d’intensité de la fragilité : sévère, élevée, modérée, faible et mineure.
Le clustering occupe une place importante dans les travaux récents sur la fragilité. Cette littérature reflète les efforts visant à élaborer des typologies de contextes conciliant la complexité de la fragilité avec le besoin de simplicité et d’approches guidées pour aider les décideurs à traiter la fragilité et ses facteurs déterminants.
Seconde ACP
Une seconde ACP utilise les deux premières composantes principales (CP) de chacune des six dimensions pour produire un score agrégé de fragilité pour chaque contexte. Alors que la première étape analysait la fragilité au sein de chaque dimension, la seconde permet de saisir comment la fragilité résulte de l’interaction entre les risques et la résilience à travers les différentes dimensions. La première CP de cette seconde étape constitue le score agrégé de fragilité.
Les seuils de classification sont définis à partir de ruptures naturelles dans les données. Cela signifie qu’ils peuvent légèrement varier d’une édition des États de fragilité à l’autre. Les contextes obtenant un score inférieur ou égal à −1,18 sont classés comme exposés à une fragilité élevée, et ceux ayant un score inférieur ou égal à −2,7 comme confrontés à une fragilité extrême. Tous les autres contextes sont considérés comme relevant d’une fragilité moyenne à faible. Dans États de fragilité 2025, cette approche conduit à identifier 61 contextes exposés à une fragilité extrême (18) ou élevée (43).
Couverture des données
L’analyse couvre 177 contextes pour lesquels des données sont disponibles pour au moins 70 % des 56 indicateurs. Les principaux paramètres des données incluent :
- Valeurs des indicateurs fondées sur les données les plus récentes disponibles (2023 ou antérieures), avec un seuil plancher fixé à 2012 afin d’éviter le recours à des données trop anciennes.
- Les données manquantes sont imputées à l’aide d’une méthode des k plus proches voisins, basée sur les 15 contextes les plus similaires pour chaque point de données.
Le code complet de réplication, les données brutes sous-jacentes ainsi que les résultats par dimension sont disponibles sur demande en envoyant un courriel à INCAF.Secretariat@oecd.org.
Foire Aux Questions
Comment citer ce tableau de bord ?
OCDE (2026), Tableau de bord de la fragilité multidimensionnelle, https://www.oecd.org/fr/data/dashboards/multidimensional-fragility
En cas d’utilisation d’indicateurs spécifiques, veuillez citer la source de données sous-jacente et vous référer aux conditions générales d’utilisation de l’OCDE.
Quand les données sont-elles mises à jour ?
Les données relatives aux flux financiers sont mises à jour chaque année, à la suite de la publication des statistiques de financement du développement de l’OCDE. Le cadre de fragilité est, quant à lui, actualisé tous les deux ans afin de donner le temps nécessaire à la mise à jour des indicateurs sous-jacents.
Où trouver davantage d’informations sur les données relatives aux flux financiers ?
Pour les statistiques de l’APD, consultez la FAQ de l'OCDE. Pour les envois de fonds et les investissements directs étrangers, reportez-vous aux Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale. Pour les données fiscales, consultez UNU-WIDER. Pour les données relatives à la dette, reportez-vous aux Perspectives de l’économie mondiale du FMI.
Pourquoi les chiffres de l’APD diffèrent-ils entre la carte des flux financiers et les profils des donneurs ?
La carte présente les valeurs d’APD et d’IDE en termes nets. Les profils, en revanche, présentent l’APD en termes bruts afin de permettre des comparaisons cohérentes entre secteurs et relatif à l’articulation humanitaire-développement-paix, les données sectorielles n’étant pas disponibles en termes nets.
Où trouver des informations sur le cadre de fragilité ?
Les données pour 2025 sont disponibles sur demande. Veuillez envoyer un courriel à INCAF.Secretariat@oecd.org.
Comment comparer les indicateurs provenant de sources et d’unités différentes ?
Toutes les données brutes des indicateurs sont mises à l’échelle (standardisées) avant l’ACP.
Pourquoi seuls 61 des 177 contextes sont-ils mis en avant ?
177 contextes disposaient de données suffisantes pour être inclus dans l’analyse. Parmi eux, 61 ont été identifiés comme exposés à une fragilité élevée ou extrême en 2025, selon la méthodologie de l’OCDE décrite ci-dessus.
Comment les catégories des graphiques nexus humanitaire-développement-paix sont-elles définies ?
Elles sont définies à partir des codes sectoriels du Système de notification des pays créanciers (SNPC) du CAD de l’OCDE : Humanitaire (code 700), Paix (16 codes d’objet allant de 15110 à 15261), Développement (tous les autres codes).
Quelle est la différence entre la paix « principale » et la paix « secondaire » ?
L’APD visant des objectifs principaux en matière de paix relève du code secteur 152 (« Conflits, paix et sécurité »), tandis que les « objectifs de paix secondaires» mobilisent 12 des 18 codes d’objet relevant du code secteur 151 (« Gouvernement et société civile, général »).
Les travaux États de fragilité sont pilotés par l’unité Développement, Paix et Résilience de l’OCDE. Cette équipe répond aux priorités définies par le CAD au travers des travaux du Réseau international sur les conflits et la fragilité (INCAF), un organe subsidiaire du CAD.