Dans les pays de l’OCDE, l’agriculture gagne en efficacité. Entre 1990 et 2023, la production agricole a augmenté de 33 %, tandis que la superficie des terres agricoles a diminué de près de 11 %.
Il s’agit d’un réel progrès, mais ce n’est pas tout. De nouvelles données de l’OCDE dressent un tableau plus nuancé : si les pays produisent davantage avec moins de ressources, les tendances agro-environnementales restent contrastées.
Ces dernières années, les émissions d’ammoniac d’origine agricole ont diminué dans la plupart des pays. Des améliorations ont été observées pour plusieurs indicateurs, notamment l’intensité médiane des émissions de gaz à effet de serre (GES) et les excédents médians d’azote et de phosphore. Parallèlement, ces tendances positives ont coexisté avec des niveaux globaux d’émissions de GES stables et des tendances à la baisse, telles que le déclin des populations d’oiseaux des milieux agricoles.
La performance environnementale de l’agriculture dépend de nombreux facteurs, notamment les caractéristiques propres à chaque pays, les progrès technologiques à long terme, les politiques mises en œuvre et les pratiques agricoles. Elle est de plus en plus influencée par des chocs, tels que les crises économiques, des perturbations comme la pandémie de COVID‑19, les flambées des prix de l’énergie, les tensions géopolitiques et les pressions sur les chaînes d’approvisionnement.
Mais comment ces chocs affectent-ils la performance environnementale de l’agriculture ? Des exemples récents montrent que l’utilisation de certains intrants, comme les engrais, peut être réduite rapidement. Cependant, une baisse motivée par les prix n'équivaut pas à une amélioration environnementale durable.
Comment les chocs sur les prix des engrais influencent l’utilisation des nutriments et l’impact environnemental
Les prix des engrais constituent l’un des principaux vecteurs par lesquels les chocs mondiaux influencent la performance environnementale de l’agriculture.
Les engrais fournissent des nutriments essentiels tels que l’azote et le phosphore, favorisant ainsi les rendements des cultures et la fertilité des sols. Mais une utilisation accrue d’engrais peut également accroître les excédents de nutriments, polluer les eaux et dégrader les sols.
Lorsque les prix des engrais augmentent fortement, les agriculteurs peuvent en utiliser moins. Si cela peut temporairement réduire les excédents de nutriments et alléger la pression sur les sols et l’eau, de tels changements peuvent refléter des contraintes de production à court terme ou un report de l’épandage d’engrais, plutôt qu’un changement durable dans l’utilisation des engrais.
Hausse des prix des engrais et baisse des bilans nutritifs
La baisse des bilans nutritifs à la suite de périodes de prix élevés des engrais n’est pas un phénomène nouveau. À la suite de la hausse des prix des engrais de 2007‑2008, les bilans d’azote et de phosphore ont diminué dans de nombreux pays. Plus récemment, les excédents azotés médians ont diminué en 2022 et 2023, reflétant probablement les hausses des prix des engrais liée à la perturbation du marché suite au début de la guerre d’agression menée par de la Russie contre l’Ukraine.
Une utilisation moindre des engrais peut favoriser la durabilité environnementale de l’agriculture lorsqu’elle résulte d’une meilleure gestion des nutriments. Cependant, lorsqu’elle est provoquée par des chocs de prix, ces réductions peuvent être temporaires et entraîner des répercussions sur la sécurité alimentaire.
Les implications productives et environnementales des engrais, ainsi que leur vulnérabilité aux chocs et aux perturbations commerciales, expliquent pourquoi ils sont devenus un enjeu politique stratégique dans de nombreux pays.
Le rôle des politiques et des données pour transformer les chocs en progrès environnementaux durables
Comme le dit l’adage, « ce qui est mesuré est géré ». Des données telles que les indicateurs agro-environnementaux de l’OCDE sont essentielles pour distinguer les réponses temporaires aux chocs des progrès structurels à long terme, et pour évaluer si les gains d’efficacité s’accompagnent également d’une amélioration des résultats environnementaux globaux.
Si les données aident à identifier les tendances et les facteurs déterminants, ce sont les politiques qui déterminent si les changements à court terme se conduisent à des améliorations durables.
Les politiques qui encouragent des mesures ciblées visant à réduire les émissions et à améliorer la gestion des engrais et des effluents d’élevage contribuent à transformer des réactions temporaires en progrès à long terme, en veillant à ce que la croissance de la productivité soit compatible avec une réduction des impacts environnementaux.
Dans l’ensemble, le message est clair : l’agriculture est devenue plus efficace, mais l’efficacité seule pourrait ne pas suffire à améliorer les performances pour tous les indicateurs agro-environnementaux. Pour obtenir des améliorations durables et minimiser les compromis entre la production alimentaire et l’environnement, il faut des cadres politiques solides et cohérents, étayés par des données robustes permettant de suivre leurs effets.
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