Après une décennie de hausse, l’aide publique au développement (APD) bilatérale ventilable comportant des objectifs d’égalité des genres a diminué de 13 % entre 2023 et 2024. Alors que l’APD globale devrait encore reculer, des programmes essentiels ainsi que les organisations de défense des droits des femmes sont menacés. Pour préserver les acquis durement obtenus, l’APD restante en faveur de l’égalité des genres doit cibler des domaines clés. Le renforcement des partenariats et l’utilisation stratégique d’instruments financiers diversifiés peuvent contribuer à maintenir et optimiser les financements dédiés à l’égalité des genres.
L’égalité des genres n’est pas seulement un droit humain fondamental ; elle est également bénéfique pour l’économie, en stimulant l’emploi, la productivité et la croissance à long terme, au bénéfice de l’ensemble de la société. C’est pourquoi les nouvelles données de l’OCDE sur l’APD destinée à promouvoir l’égalité des genres indiquent un risque de crise majeure pour le développement dans son ensemble.
Les évolutions récentes au niveau mondial et la modification des priorités ont affecté l’APD des membres du Comité d’aide au développement (CAD), entraînant une baisse globale de 8,3 % entre 2023 et 2024. L’APD bilatérale ventilable intégrant des objectifs d’égalité des genres a été particulièrement touchée, enregistrant une diminution de 13 %. Il s’agit de son niveau le plus bas depuis 2021. En outre, la part de l’aide bilatérale ventilable intégrant des objectifs d’égalité des genres a également reculé. Le tableau de bord de l’OCDE sur le financement du développement pour l’égalité des genres suit et visualise l’évolution des financements par membre du CAD, par secteur et au fil du temps.
Comme l’APD devrait continuer de diminuer dans les prochaines années, et compte tenu du recul de la priorité accordée à l’égalité de genre par certains partenaires majeurs du développement, l’APD comportant des objectifs d’égalité de genre devrait être encore plus affectée.
Quels sont les secteurs les plus exposés ?
Du secteur de la gouvernance à celui des infrastructures, tous les secteurs sont concernés par la baisse des financements, mais certains sont particulièrement vulnérables.
Le secteur « population et santé reproductive » est essentiel pour atteindre l’égalité des genres et la couverture sanitaire universelle. Pourtant, les projections de l’OCDE indiquent que les financements de ce secteur pourraient baisser de 35 à 53 % en 2025. Une telle réduction entraînerait une diminution drastique de l’accès aux services de santé fondamentaux, compromettant ainsi la santé des femmes et les droits humains.
Les organisations de défense des droits des femmes sont également sous pression. Malgré leur rôle essentiel dans la promotion de rapports de pouvoir égalitaires et la lutte contre les normes sociales discriminatoires, elles reçoivent depuis longtemps moins de 1 % de l’APD en faveur de l’égalité des genres. Ce montant, déjà faible, a diminué de 28 %, passant de 799 millions USD en 2023 à 578 millions USD en 2024. Les projections de l’OCDE indiquent que cette tendance à la baisse devrait se poursuivre.
Autre sujet de préoccupation : alors que l’APD visant à mettre fin aux violences faites aux femmes et aux filles augmentait régulièrement, elle devrait désormais chuter de 17 à 20 % en 2025. Près d’une femme sur trois (en anglais) subit des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie : une telle diminution des financements compromettrait sérieusement leur sécurité.
Enfin, bien que le volume de l’aide humanitaire bilatérale ait augmenté au cours de la dernière décennie, seuls 21 % de ces financements intégraient des objectifs d’égalité des genres (en anglais) en 2024. Cette faible intégration est particulièrement marquée dans l’aide alimentaire d’urgence. Or, cet appui n’est pas neutre du point de vue du genre : les femmes et les filles disposent souvent de moins d’opportunités éducatives, d’un accès limité aux services financiers et aux documents nécessaires pour obtenir l’aide alimentaire, en plus d’être davantage exposées aux violences de genre lorsqu’elles collectent l’aide.
Renforcer l’égalité de genre dans le secteur de l’énergie
Des signaux encourageants apparaissent dans le secteur de l’énergie. En 2014, seulement 4 % de l’APD allouée à l’énergie comportait des objectifs d’égalité des genres. Ce chiffre a atteint 49 % en 2024, avec un accent plus marqué sur l’égalité des genres dans les programmes liés à l’énergie propre (en anglais). Parmi les exemples prometteurs figurent les programmes visant à renforcer la participation des femmes au marché du travail dans le secteur de l’énergie, à développer leurs capacités et à promouvoir leur leadership dans la gouvernance, les politiques et la planification du secteur.
Que faire pour protéger l’égalité des genres ?
Face à la baisse de l’APD pour l’égalité des genres, plusieurs actions s’imposent :
- Maintenir un ciblage renforcé des financements restants dans les domaines clés liés à l’égalité des genres et aux droits des femmes, afin d’éviter un recul des progrès réalisés. Ces domaines incluent : la santé reproductive ; le soutien aux organisations de défense des droits des femmes ; la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.
- Mobiliser l’expertise technique, l’influence politique dans le cadre de partenariats, et les financements concessionnels pour encourager et sécuriser les investissements supplémentaires d’autres acteurs. Cette approche permet de combler les manques de financement via des sources complémentaires.
- Fonder les décisions d’investissement sur des données fiables et prioriser les domaines les plus à risque. Un reporting financier robuste – notamment via le marqueur Égalité des genres du CAD de l’OCDE – est essentiel pour assurer le suivi des engagements, la redevabilité et la mobilisation des ressources.
- Maintenir la priorité accordée à l’égalité des genres et à l’autonomisation des femmes et des filles dans les dialogues politiques avec l’ensemble des partenaires et acteurs du développement.
Pour toute question, veuillez contacter dcd.gendernet@oecd.org