Les institutions supérieures de contrôle (ISC) jouent un rôle central dans la surveillance de l’utilisation des ressources publiques et dans la responsabilisation des gouvernements. Leur efficacité dépend de leur capacité à fonctionner en toute indépendance, à l’abri de toute influence indue, et à fournir des analyses crédibles, fondées sur des données factuelles.
Les données recueillies dans des pays de toutes les régions, par le biais de consultations avec diverses parties prenantes, d’enquêtes et d’analyses de données (rapport mondial 2023 de l’INTOSAI sur la situation des institutions supérieures de contrôle des finances publiques (GSR’), mécanisme de plaidoyer rapide pour l’indépendance des ISC), indiquent que l’indépendance des ISC est de plus en plus menacée, le GSR faisant état d’un recul pour le troisième cycle consécutif. Si les cadres juridiques garantissent souvent formellement l’indépendance, leur mise en œuvre dans la pratique est inégale. Les restrictions en matière d’autonomie budgétaire, l’accès limité à l’information et diverses formes d’ingérence continuent d’affecter une part importante des ISC. Parallèlement, l’évolution des dynamiques politiques, la polarisation du débat public et la prédominance croissante d’un discours fondé sur des récits plutôt que sur une analyse factuelle ont rendu le contexte opérationnel des institutions de contrôle indépendantes plus complexe.
Les garanties formelles ne suffisent pas à elles seules. L’indépendance ne dépend pas seulement des lois et des réglementations, mais aussi de facteurs informels tels que les relations institutionnelles, les normes professionnelles, les incitations politiques et la perception du public. Ces dynamiques informelles peuvent soit renforcer, soit compromettre les protections formelles. Dans de nombreux contextes, les résultats d’enquêtes menées auprès des parties prenantes indiquent que les facteurs informels jouent un rôle particulièrement important dans la manière dont l’indépendance s’exerce concrètement. Par exemple, parmi les ISC interrogées, 58 % des principaux facteurs identifiés comme contribuant au renforcement de l’indépendance sont de nature informelle. Il est donc essentiel de s’attaquer à ces facteurs pour combler le fossé entre l’indépendance formelle et l’indépendance de facto, et ainsi favoriser la transparence, la confiance et l’utilisation efficace des ressources publiques.
Si l’importance de l’indépendance des ISC est bien établie et largement reconnue dans les normes internationales et les cadres de gouvernance, le présent rapport apporte un éclairage nouveau sur la manière dont cette indépendance se matérialise dans la pratique. S’appuyant sur des données provenant de différents pays, cette étude met en évidence le rôle des dynamiques informelles et de l’écosystème de redevabilité plus large dans le renforcement de l’indépendance des ISC.