Le présent chapitre analyse la contribution déterminante que les marchés de capitaux apportent au renforcement de la compétitivité économique en finançant des entreprises nouvelles, favorisant la croissance des entreprises établies et encourageant les secteurs émergents. Néanmoins, dans de nombreuses économies d’Asie, le fait qu’ils soient peu développés freine l’accès à des sources de financement diversifiées, entraînant un recours massif au financement bancaire. Si les entreprises de plus petite taille sont celles qui pâtissent le plus de la situation, même les plus grandes dans les économies développées éprouvent des difficultés à lever des capitaux dans de bonnes conditions en raison de la faible profondeur des marchés, de la timidité des investisseurs institutionnels et de l’existence d’obstacles réglementaires. Certes, des solutions de financement alternatives, comme le capital-investissement, la dette privée et le capital-risque, se développent, mais elles restent l’apanage de quelques marchés seulement.
Rapport sur les marchés de capitaux en Asie 2025 (version abrégée)
1. La contribution des marchés de capitaux à l’amélioration de la compétitivité
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Ces vingt dernières années, l’activité sur les marchés de capitaux asiatiques a connu un essor considérable.
Au cours des deux dernières décennies, un grand nombre d’économies d’Asie ont engagé des réformes de vaste portée pour renforcer leurs systèmes financiers et promouvoir le financement par le marché. Depuis 2000, le continent connaît une forte augmentation du nombre de sociétés cotées, de la capitalisation boursière et des émissions d’obligations d’entreprise, témoignant du rôle croissant des marchés de capitaux à l’appui de la croissance économique régionale comme de la montée en puissance de la région sur les marchés de capitaux mondiaux (Graphique 1.1).
Entre 2000 et 2024, l’Asie a enregistré une hausse sans équivalent du nombre de sociétés cotées, soit 14 300 entreprises de plus admises à la cote. Sur la même période, ce chiffre a reculé aux États-Unis et en Europe, qui ont recensé respectivement 2 243 et 1 055 entreprises cotées de moins (Graphique 1.1 partie A). La tendance observée en Asie est à l’image de l’essor du financement par le marché dans la région, où les entreprises, y compris les entreprises des marchés émergents et des économies en développement, se tournent de plus en plus vers les marchés d’actions pour lever des capitaux. L’Asie a également connu un net accroissement de la capitalisation boursière, laquelle a culminé à 25 000 milliards USD en 2024. À titre de comparaison, les États-Unis, malgré une baisse du nombre d’entreprises présentes sur les marchés boursiers, ont vu leur capitalisation boursière progresser de 35 000 milliards USD (partie B). En Europe, la capitalisation boursière globale n’a pas varié de façon significative. Le marché asiatique des obligations d’entreprise s’est aussi beaucoup développé. L’encours des obligations d’entreprise a augmenté plus rapidement qu’aux États-Unis et en Europe, soit 8 800 milliards USD, contre 5 100 milliards USD et 4 500 milliards USD respectivement (partie C).
Graphique 1.1. Croissance des marchés de capitaux entre 2000 et 2024
Copier le lien de Graphique 1.1. Croissance des marchés de capitaux entre 2000 et 2024L’activité sur les marchés de capitaux asiatiques s’est considérablement développée
Note : à l’exclusion des fonds d’investissement, des fonds communs de placement et des sociétés dont le seul objectif commercial est de détenir des actions d’autres sociétés cotées, sociétés holding et sociétés de placement notamment, quel que soit leur statut juridique.
Source : Banque mondiale (2024[1]), Entreprises intérieures cotées en bourse - Données, https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/CM.MKT.LDOM.NO ; ensemble de données des séries de l’OCDE sur les marchés de capitaux ; voir l’annexe pour plus de détails.
Cependant, dans de nombreux pays d’Asie, les sociétés non financières ont encore largement recours au financement bancaire
Bien que le financement par le marché joue un rôle croissant dans la région, les entreprises de la moitié des pays asiatiques sur lesquels porte l’analyse continuent de se financer principalement auprès des banques, et le ratio du crédit rapporté au PIB y est plus élevé que la moyenne mondiale. Dans plusieurs économies, comme le Cambodge et le Viet Nam, les ratios crédit/PIB sont très élevés et le financement par le marché est peu utilisé (Graphique 1.2). Dans d’autres, comme le Japon, la Corée, la Malaisie et la Thaïlande, les structures de financement des entreprises reposent davantage sur le marché. Le principal problème concerne les pays dans lesquels le financement par crédit bancaire ou par le marché n’est pas suffisamment développé pour soutenir la croissance économique et où de nombreuses entreprises risquent d’être exposées à des contraintes financières. C’est le cas de la plupart des économies en développement de la région.
Graphique 1.2. Financement par le marché contre financement par le crédit bancaire pour les sociétés non financières, 2023
Copier le lien de Graphique 1.2. Financement par le marché contre financement par le crédit bancaire pour les sociétés non financières, 2023Dans nombre de pays d’Asie, les sociétés non financières ont encore largement recours au financement bancaire
Note : les données relatives au crédit pour le Bangladesh, le Cambodge, la Mongolie, le Pakistan et les Philippines proviennent de la base de données de la Banque mondiale sur le crédit intérieur accordé au secteur privé par les banques « Domestic credit to private sector by banks » (en % du PIB). Elles tiennent compte des prêts, des achats de titres non représentatifs d’une participation au capital, des crédits commerciaux et autres titres de créance ouvrant droit à remboursement. Pour le Sri Lanka, le Taipei chinois et le Viet Nam, les données relatives au crédit concernent les prêts bancaires et proviennent de sources locales. Les chiffres relatifs aux autres économies d’Asie et au marché mondial du crédit proviennent de la BRI. Les données utilisées prennent en compte les prêts bancaires aux sociétés non financières (définis comme l’encours total des crédits aux sociétés non financières diminué de l’encours d’obligations de sociétés non financières). Hong Kong (Chine) et le Taipei chinois n’apparaissent pas dans le graphique, car ils se situent tous deux en dehors de la fourchette figurant sur l’axe des ordonnées. Pour le Sri Lanka, le ratio crédit/PIB correspond au chiffre de 2021. « Mondial » dans le graphique fait référence à tous les pays couverts par les données de la BRI, ainsi qu’aux juridictions d’Asie représentées dans ce graphique.
Source : ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; et Banque mondiale (2025[2]) Crédit intérieur fourni au secteur privé par les banques (% du PIB) – Données, https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FD.AST.PRVT.GD.ZS ; BRI (2025[3]) Credit to the non-financial corporations - Data, https://data.bis.org/topics/TOTAL_CREDIT/data ; The State Bank of Vietnam (2024[4]), Credit to the Economy ; LAOSIS (2024[5]), Financial position of commercial banks ; CBSL (2022[6]), Financial Sector Statistical Tables, https://www.cbsl.gov.lk/en/statistics/statistical-tables/financial-sector ; Central Bank of the Republic of China (Taiwan) (2024[7]), Financial Soundness Indicators, https://www.cbc.gov.tw/en/cp-486-862-AE8D1-2.html ; Federal Reserve Board (2025[8]), Financial Accounts of the United States, https://www.federalreserve.gov/releases/z1/20250313/z1.pdf ; (2024[9]), Perspectives de l’économie mondiale du FMI (octobre 2024), https://www.imf.org/external/datamapper/NGDPD@WEO/OEMDC/ADVEC/WEOWORLD ; voir l’annexe pour plus de détails.
Beaucoup d’entreprises asiatiques sont soumises à des contraintes financières qui limitent leur capacité d'investir et de croître
Dans de nombreuses économies d’Asie, le système bancaire et les marchés de capitaux restent insuffisamment développés et ne sont pas en mesure de répondre pleinement aux besoins de financement des entreprises. C’est la raison pour laquelle une forte proportion d’entre elles sont soumises à des contraintes financières. L’accès limité aux financements les oblige souvent à revoir à la baisse, ou à reporter, des investissements essentiels dans des domaines tels que l’innovation, les infrastructures et le développement des talents, qui sont fondamentaux pour la compétitivité à long‑ terme. Et les entreprises confrontées à des contraintes financières ont généralement une croissance plus lente et une productivité plus faible et ont tendance à être moins compétitives.
Sur les marchés émergents et dans les économies en développement (MEED), les petites entreprises sont généralement celles qui pâtissent le plus des contraintes financières (Graphique 1.3, partie A). En Malaisie, aux Philippines, au Viet Nam et en Chine, le chiffre d’affaires des entreprises qui subissent des contraintes financières augmente plus lentement que celui de leurs homologues échappant à ces contraintes (partie B).
Graphique 1.3. Entreprises de MEED asiatiques soumises à des contraintes financières
Copier le lien de Graphique 1.3. Entreprises de MEED asiatiques soumises à des contraintes financièresLa probabilité est plus grande que l’accès au financement soit considéré comme un obstacle important par les petites entreprises et on observe que la croissance du chiffre d’affaires des entreprises soumises à des contraintes financières est généralement plus lente
Note : dans la partie A du graphique, la part des entreprises fait référence à celles qui, d’après l’enquête de la Banque mondiale auprès des entreprises, déclarent que l’accès au financement est une contrainte majeure ou très forte. Les informations sont celles recueillies à la fin de 2022 et de 2023, et dans quelques cas, ce sont les informations les plus récentes qui sont utilisées. Dans la partie B, les entreprises subissant des contraintes financières sont celles qui n’ont contracté aucune dette pendant trois années consécutives entre 2016 et 2018. La période choisie est antérieure à la pandémie de COVID-19 afin d’éviter d’avoir à prendre en compte les effets temporels liés à celle-ci. La croissance du chiffre d’affaires correspond à la variation, en glissement annuel, résultant de la croissance cumulée sur une période de trois ans. Le nombre de juridictions figurant dans la partie B est limité par la couverture des données.
Source : Banque mondiale (2025[10]), Enquêtes auprès des entreprises, www.enterprisesurveys.org ; base de données ORBIS-OCDE sur le financement des entreprises ; voir l’annexe pour plus de détails.
Les PME des marchés émergents et des économies en développement asiatiques ne bénéficient pas d’un accès suffisant aux financements
Pour les petites et moyennes entreprises (PME) des marchés émergents et des économies en développement asiatiques, les prêts bancaires restent la principale source de financement extérieur. Leur accès au financement est souvent restreint parce que les garanties qu’elles peuvent offrir sont insuffisantes et parce que les banques jugent qu’elles présentent un risque élevé, en grande partie en raison des incertitudes qui entourent leurs perspectives de développement. Les PME rencontrent également des difficultés pour accéder aux marchés de capitaux à cause du niveau élevé des coûts d’émission, de l’application de critères stricts d’admission à la cote et de la perception négative du risque par les investisseurs. En conséquence, 70 % des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) des marchés émergents pâtissent d’un accès insuffisant aux financements au niveau mondial (SFI, 2024[11]). C’est particulièrement patent en Asie où les systèmes bancaires ont généralement une aversion pour le risque et où l’accès aux prêts pour les PME est limité (Graphique 1.4, partie A). En outre, sur les deux tiers des marchés pris en compte dans l’analyse, des garanties sont exigées pour plus de 70 % des prêts, ce qui constitue un obstacle non négligeable pour les entreprises qui cherchent à innover (partie B). La Chine fait figure d’exception, puisque la part des MPME dans les portefeuilles de prêts des banques y est de 65 %.
Les autres mécanismes de financement, comme le capital-investissement et le crédit privé, se développent, mais leur rôle reste modeste et ils sont très concentrés sur un petit nombre de marchés (Chine, Corée, Japon et Inde). En Chine par exemple, les actifs de capital-risque ont fortement augmenté, jusqu’à représenter l’équivalent de 5 % du PIB en juin 2024, soit beaucoup plus qu’en Amérique du Nord et en Europe (voir les chapitres 2 et 3).
Graphique 1.4. Quelques indicateurs relatifs aux prêts bancaires sur les marchés émergents d’Asie, 2023
Copier le lien de Graphique 1.4. Quelques indicateurs relatifs aux prêts bancaires sur les marchés émergents d’Asie, 2023Les prêts bancaires aux PME restent limités sur de nombreux marchés émergents d’Asie
Note : dans la partie B, les informations se rapportent à l’année 2023 ou correspondent aux dernières données disponibles.
Source : BAD (2024[12]) Asia, Small and Medium-Sized Enterprise Monitor 2024,www.adb.org/sites/default/files/publication/1011576/asia-sme-monitor-2024.pdf ; Banque mondiale (2025[10]), Enquêtes Auprès Des Entreprises,www.enterprisesurveys.org
Il est essentiel de développer les marchés de capitaux en Asie pour renforcer la compétitivité à long terme
Les marchés de capitaux sont une source de financement de l’innovation, laquelle est un aiguillon de la compétitivité. Le développement et la commercialisation de nouvelles technologies nécessitent des investissements initiaux considérables, qui sortent souvent du cadre des prêts bancaires traditionnels du fait que ces projets s’inscrivent dans le long terme et présentent des risques élevés. En revanche, les marchés de capitaux peuvent permettre de mobiliser des fonds à grande échelle auprès d’une base d’investisseurs étendue et diversifiée, de sorte qu’ils sont particulièrement adaptés pour soutenir des projets innovants ambitieux. Ils procurent également le capital-risque nécessaire pour développer des technologies émergentes. Les économies d’Asie où le financement par le marché occupe une place plus importante sont généralement celles où l’innovation montre le plus de vigueur (Graphique 1.5).
En Asie, les économies dotées de marchés d’actions plus développés, comme la Chine, le Japon, la Corée et le Taipei chinois, ont déjà accompagné l’essor d’entreprises compétitives à l’échelle mondiale dans des secteurs comme les techniques de fabrication de pointe, l’électronique et la biotechnologie. L’accès à des capitaux à long terme auprès d’acteurs tolérants au risque sur les marchés d’actions est fondamentale pour nourrir en permanence l’innovation et les avancées technologiques.
L’admission à la cote joue un rôle notable dans le soutien à l’investissement au sens où elle est un moyen pour les entreprises de lever des capitaux, de financer leur croissance, d’élargir le champ de leurs activités et d’investir dans l’innovation. Une analyse de l’activité d’investissement (mesurée par les dépenses d’investissement et les dépenses de recherche et développement rapportées au chiffre d’affaires) montre qu’après une introduction en bourse, les ratios d’investissement, tous secteurs d’activité confondus, ont tendance à augmenter tant sur le continent asiatique qu’à l’échelle mondiale. Une forte croissance est observée dans des secteurs comme la technologie et la santé (Graphique 1.6, parties A et B).
Graphique 1.5. Innovation et financement par le marché dans les pays d’Asie, 2024
Copier le lien de Graphique 1.5. Innovation et financement par le marché dans les pays d’Asie, 2024Les pays d’Asie dotés de marchés de capitaux plus profonds innovent généralement plus
Note : le score d’innovation est une note attribuée par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) au regard des capacités d’innovation et des résultats en matière d’innovation des économies du monde. Il mesure l’innovation en fonction de critères tels que les institutions, le capital humain et les infrastructures de recherche, le crédit, l’investissement, les liens, la création, l’absorption et la diffusion de connaissances et de productions créatives.
Source : ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; OMPI (2025[13]), Indice mondial de l’innovation 2024,https://www.wipo.int/web-publications/global-innovation-index-2024/en/index.html ; voir l’annexe pour plus de détails.
Graphique 1.6. Effet des introductions en bourse sur les niveaux d’investissement des entreprises
Copier le lien de Graphique 1.6. Effet des introductions en bourse sur les niveaux d’investissement des entreprisesAprès une introduction en bourse, le ratio d’investissement augmente dans tous les secteurs d’activité
Note : l’analyse porte sur les introductions en bourse réalisées entre 2008 et 2020. Dans les quatre secteurs d'activité considérés, on dénombrait 7 051 introductions en bourse dans le monde, dont 4 748 sur des marchés asiatiques, représentant 70 % des introductions en bourse au niveau mondial et 77 % du nombre total d’introductions en bourse en Asie au cours de cette période.
Source : ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; voir l’annexe pour plus d’informations.
L’investissement progresse sensiblement dans les entreprises technologiques, en particulier en Asie, où il bondit de 7.5 % à 11.3 % en trois ans après une introduction en bourse. Les ratios d’investissement après introduction en bourse augmentent également nettement dans le secteur de la santé, pour atteindre 20.4 % en Asie la troisième année. Les entreprises industrielles, en particulier en Asie, accroissent également leurs investissements après leur entrée en bourse. L’effet est moins prononcé dans les entreprises fabriquant des produits de consommation cyclique.
Les marchés de capitaux peuvent également contribuer au financement de la transition vers des modèles économiques plus durables. La transition vers une économie durable et sobre en carbone exigera des investissements massifs, tant de la part du secteur public que du secteur privé. Les modèles de décarbonation et d’efficacité énergétique ne peuvent être mis en œuvre sans mobiliser d’importantes ressources financières. Bien que la nécessité d’une action climatique soit de plus en plus largement reconnue, les marchés émergents et les économies en développement d’Asie sont confrontés à un déficit de financement climatique non négligeable, qui se chiffre à 1 100 milliards USD par an moins. Actuellement, la région ne reçoit que 333 milliards USD, principalement sous la forme d’obligations durables et de fonds publics (Basu et Cheng Hoon, 2024[14]).
Ce déficit est imputable à des problèmes structurels plus profonds. Les petites économies n’ont souvent pas la possibilité d’accéder aux fonds mondiaux pour le climat alors que sur les marchés de plus grande taille, le scepticisme des investisseurs à l’égard de la crédibilité des obligations vertes ne confère à ces dernières qu’un avantage minime, voire nul, en termes de prix, par rapport aux obligations traditionnelles. En outre, des lacunes notables au niveau des données, de la diffusion d’informations et des taxonomies, exacerbées par l’incohérence des politiques climatiques et le maintien des subventions aux combustibles fossiles, sapent la confiance des investisseurs et suscitent des inquiétudes face au risque d’écoblanchiment. L’aggravation de la fragmentation et l’essoufflement de la coopération mondiale rendent la trajectoire vers une action climatique efficace encore plus complexe.
La transition vers une économie plus verte nécessite pourtant le déploiement accéléré de technologies propres dans tous les secteurs. Il est primordial de pouvoir s’appuyer sur des marchés de capitaux profonds et performants pour pouvoir financer le volume d’investissement nécessaire. Sans quoi, les objectifs de l’Asie en matière de climat et d’énergie resteront hors de portée.
Les marchés de capitaux offrent la possibilité de mobiliser des apports financiers considérables auprès d’un vivier diversifié d’investisseurs, et ainsi de donner de la profondeur aux marchés, d’améliorer la stabilité des prix et de réduire les risques pour la stabilité financière en atténuant la dépendance à l’égard d’une source de financement unique. En outre, il est avéré que le financement par le marché est moins contracyclique que le financement bancaire. Les marchés de capitaux sont également tout à fait adaptés pour procurer des financements aux petites entreprises. L’Asie a été la région la plus active en termes d’ouverture des marchés d’actions aux entreprises en croissance. Début 2024, on y recensait 8 586 entreprises cotées sur ces marchés de croissance, représentant plus de la moitié des entreprises en croissance cotées dans le monde, pour une capitalisation boursière totale de 3 300 milliards USD équivalant à environ 80 % de la capitalisation totale du marché (voir le chapitre 2). Cette prédominance des entreprises asiatiques est essentiellement imputable à l’essor rapide des marchés d’actions dont ont bénéficié les grandes entreprises de la région.
De plus, lorsqu’une entreprise a commencé à faire publiquement appel à l’épargne, elle revient souvent sur le marché pour se procurer des fonds supplémentaires afin de financer son expansion, ou des acquisitions, ou de surmonter une situation économique difficile. En période d’incertitude économique, les émissions secondaires sont devenues, pour les entreprises du monde entier, et d’Asie en particulier, un instrument d’une importance cruciale pour renforcer leurs bilans et maintenir leurs activités. Dans le sillage de la crise financière de 2008 et de la pandémie de COVID-19, de nombreuses sociétés cotées se sont tournées vers les marchés boursiers pour lever des capitaux, ce qui a permis d’alléger les difficultés en termes de liquidité et de soutenir les efforts de relance.
A ce jour, l’Asie représente 31 % du PIB mondial, chiffre attestant son poids considérable sur les marchés mondiaux. Cependant, le niveau de développement des marchés de capitaux asiatiques varie d’un segment à l’autre, et souvent, n’est pas à la hauteur du poids économique de la région. Celle-ci représente un quart de la capitalisation boursière mondiale et plus de la moitié des sociétés cotée du monde ; sa présence est même plus forte encore sur le segment des entreprises en croissance où elle tient le haut du pavé tant en termes de capitalisation boursière que pour le nombre d’entreprises entrées en bourse.
Les pays d’Asie disposent dans l’ensemble d’un vaste secteur du capital-investissement, en particulier du capital-risque, témoignant de l’intérêt porté aux investissements de démarrage. Celui-ci est toutefois concentré sur un petit nombre de marchés, et ses perspectives de croissance sont très prometteuses. Les marchés asiatiques de la dette d’entreprise représentent une part non négligeable de l’encours mondial d’obligations d’entreprise et d’obligations durables, même si les marchés de la dette privée n’en sont encore qu’à leurs balbutiements, et si celui des prêts syndiqués reste limité. Les investisseurs institutionnels nationaux – en particulier les fonds de pension – ne jouent pas un rôle aussi important qu’on pourrait s’y attendre compte tenu du poids économique de la région.
Les marchés d'actions sont certes bien ancrés en Asie, mais il convient de poursuivre les réformes pour améliorer l'accès au financement par le marché et élargir la base d’investisseurs institutionnels, et contribuer ainsi à faire en sorte que la taille des marchés de capitaux soit en rapport avec l’importance économique de la région et constitue un atout à l’appui d’une croissance soutenue.
Graphique 1.7. Part de l’Asie dans les marchés de capitaux mondiaux (2024)
Copier le lien de Graphique 1.7. Part de l’Asie dans les marchés de capitaux mondiaux (2024)Les marchés de capitaux asiatiques sont à l’image de l’influence croissante de la région et de son potentiel de développement futur
Note : les données relatives aux obligations d’entreprise et aux obligations durables se rapportent à l’encours obligataire. Le graphique repose sur des informations relatives à 2024 ou à la dernière année pour laquelle on dispose de données. Les données relatives aux fonds de pension se rapportent à 2023, sauf pour le Pakistan (2022) et la Thaïlande (2021). Les données concernant les compagnies d’assurance se rapportent pour la plupart à 2020.
Les données relatives au capital-investissement et au capital-risque datent de juin 2024.1
Source : ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; ensemble de données de l’OCDE sur la durabilité des entreprises ; LSEG ; Bloomberg ; FactSet ; Preqin ; OCDE (2024[15]), Pension Markets in Focus, https://www.oecd.org/pensions/pensionmarketsinfocus.htm ; Thinking Ahead Institute (2025[16]) , Global Pension Assets Study 2025,https://www.thinkingaheadinstitute.org/research-papers/global-pension-assets-study-2025/ ; AICA (2025[17]), Global Insurance Market Report, https://www.iais.org/uploads/2024/12/Global-Insurance-Market-Report-2024.pdf ; ICI (2025[18]) Worldwide Regulated Open-End Fund Assets and Flows Fourth Quarter 2024,https://www.ici.org/statistical-report/ww_q4_24 ; tableaux A.2 et A.3 de l’annexe ; voir l’annexe pour plus de détails.
Références
[7] Banque centrale de la République de Chine (Taïwan) (2024), Financial Soundness Indicators, https://www.cbc.gov.tw/en/cp-486-862-AE8D1-2.html (consulté le 4 avril 2025).
[4] Banque d’État du Viêt Nam (2024), Credit to The Economy, https://sbv.gov.vn/webcenter/portal/en/home/sbv/statistic/ctte?_afrLoop=19303622763082755#%40%3F_afrLoop%3D19303622763082755%26centerWidth%3D80%2525%26leftWidth%3D20%2525%26rightWidth%3D0%2525%26showFooter%3Dfalse%26showHeader%3Dfalse%26_adf.ctrl-state%3Dsgx3735ix_45 (consulté le 4 avril 2025).
[2] Banque mondiale (2025), Crédit intérieur fourni au secteur privé par les banques (% du PIB) | Données, https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FD.AST.PRVT.GD.ZS (consulté le 4 avril 2025).
[10] Banque mondiale (2025), Enterprise Surveys, http://www.enterprisesurveys.org (consulté le 15 mai 2025).
[1] Banque mondiale (2024), Entreprises intérieures cotées en bourse | Données, https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/CM.MKT.LDOM.NO (consulté le 13 mars 2025).
[12] BAsD (2024), Asia Medium-Sized Enterprises Monitor 2024, https://www.adb.org/sites/default/files/publication/1011576/asia-sme-monitor-2024.pdf.
[14] Basu, R. et L. Cheng Hoon (2024), How Asia Can Unlock $800 Billion of Climate Financing, https://www.imf.org/en/Blogs/Articles/2024/01/29/Red-Sea-Attacks-Disrupt-Global-Trade (consulté le 1 mai 2025).
[3] BRI (2025), Credit to the non-financial corporations - Percentage of GDP - Data, https://data.bis.org/topics/TOTAL_CREDIT/data (consulté le 4 avril 2025).
[6] CBSL (2022), Financial Sector Statistical Tables, https://www.cbsl.gov.lk/en/statistics/statistical-tables/financial-sector (consulté le 4 avril 2025).
[8] Federal Reserve Board (2025), Financial Accounts of the United States, https://www.federalreserve.gov/releases/z1/20250313/z1.pdf.
[9] FMI (2024), World Economic Outlook (October 2024) - GDP, current prices, https://www.imf.org/external/datamapper/NGDPD@WEO/OEMDC/ADVEC/WEOWORLD/SEQ (consulté le 4 avril 2025).
[17] IAIS (2025), Global Insurance Market Report, https://www.iais.org/uploads/2024/12/Global-Insurance-Market-Report-2024.pdf.
[18] ICI (2025), Worldwide Regulated Open-End Fund Assets and Flows Fourth Quarter 2024, https://www.ici.org/statistical-report/ww_q4_24.
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[15] OCDE (2024), Pension Markets in Focus 2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b11473d3-en.
[13] OMPI (2025), Global Innovation Index 2024 - GII 2024 at a glance, https://www.wipo.int/web-publications/global-innovation-index-2024/en/gii-2024-at-a-glance.html (consulté le 2 avril 2025).
[11] SFI (2024), MSMEs Factsheet, Société financière internationale, https://www.ifc.org/content/dam/ifc/doc/2024/romania-country-private-sector-diagnostic-en.pdf.
[16] Thinking Ahead Institute (2025), Global Pension Assets Study 2025, https://www.thinkingaheadinstitute.org/research-papers/global-pension-assets-study-2025/.
← 1. En ce qui concerne l’Asie, le total des actifs des fonds de pension et des fonds d’investissement couvre la Chine, la Corée, Hong Kong (Chine), l’Inde, l’Indonésie, le Japon, la Malaisie, le Pakistan, les Philippines, Singapour, le Sri Lanka, le Taipei chinois, la Thaïlande et le Viet Nam. Les chiffres relatifs aux actifs des compagnies d’assurance couvrent les mêmes pays, à l’exception du Viet Nam.