Ce chapitre a pour objet d’examiner comment l’évolution du contexte aux niveaux mondial et national façonne le développement des marchés de capitaux en Afrique, dans une conjoncture marquée par un durcissement des conditions financières à l’échelle internationale, une accentuation de l’incertitude géopolitique et un renforcement des contraintes pesant sur les financements extérieurs. Il donne une vue d’ensemble des tendances sur les marchés de capitaux du continent et met en évidence la contribution que des marchés plus profonds et plus diversifiés pourraient apporter au renforcement de la résilience financière, à la mobilisation de l’épargne intérieure et au soutien de l’investissement de long terme. Il porte également sur les mécanismes par lesquels une participation plus large des investisseurs, une liquidité accrue des marchés et une intégration régionale plus poussée peuvent accroître la capacité des systèmes financiers à absorber des chocs externes et à assurer la continuité des financements.
Rapport sur les marchés de capitaux en Afrique 2026
1. Mobiliser les marchés de capitaux au service de la croissance et de la résilience en Afrique
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1.1. Les évolutions macrofinancières au niveau mondial et leurs effets sur les marchés africains
Copier le lien de 1.1. Les évolutions macrofinancières au niveau mondial et leurs effets sur les marchés africainsL’environnement macrofinancier mondial est resté source de difficulté en 2025 et en 2026, marqué par les tensions géopolitiques, le durcissement monétaire et l’incertitude accrue sur la politique commerciale et les perspectives économiques mondiales. Ces développements ont contribué à accroître la volatilité et les primes de risque sur les marchés financiers mondiaux, effets amplifiés par des chocs économiques internationaux, dont le brusque tournant du commerce mondial en avril 2025 et la flambée des prix de l’énergie après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient en février 2026. L’assouplissement monétaire de 2025 avait amélioré les conditions de financement dans plusieurs économies, mais le récent choc énergétique a de nouveau compliqué les perspectives d’inflation et de taux d’intérêt.
Ces évolutions ont touché les principaux marchés de capitaux africains par plusieurs canaux. Les variations de l’appétit mondial pour le risque ont influé sur la demande des investisseurs en titres africains, tandis que l’énergie plus chère a pesé sur les finances publiques et les flux de trésorerie des entreprises, aggravant les difficultés de financement sur certains marchés. Malgré ces pressions, les principaux marchés africains ont généralement bien absorbé ces chocs, affichant une résilience relative à plusieurs égards. Les valorisations boursières ont, par exemple, baissé dans la plupart de ces juridictions au début du conflit au Moyen-Orient, puis se sont stabilisées ou ont rebondi (Graphique 1.1).
Graphique 1.1. Effets du conflit de 2026 au Moyen-Orient sur les principaux indices boursiers africains
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Note : Les données se rapportent aux indices boursiers nationaux. Les indices utilisés sont respectivement EGX 100 EWI IDX, GHANA COMPOSITE GSE-CI, KENYA NAIROBI SE (NSE20), MOROCCO ALL SHARE (MASI), MSCI NIGERIA, TUNISIA TUNINDEX, et FTSE/JSE ALL SHARES. Les séries sont recalculées en base 100 pour faciliter les comparaisons dans le temps et entre les pays.
Source : London Stock Exchange Group (LSEG).
Les marchés d’actions ont globalement progressé dans plusieurs juridictions africaines en 2025 et début 2026, aux côtés de réformes et d’initiatives poursuivant les efforts pour renforcer l’activité primaire et la formation de capital. Bien que relativement petits et concentrés, ils ont surperformé les marchés émergents et mondiaux en 2025, surtout grâce à des valorisations plus élevées et à des émissions d’actions supérieures à la moyenne récente (Graphique 1.2, partie A). Les émissions de dette d’entreprise ont aussi dépassé la tendance récente (Graphique 1.2, partie B), mais le recours aux obligations d’entreprise est resté concentré dans quelques juridictions et bien moindre qu’ailleurs dans le monde. Les chapitres 2 et 3 approfondissent l’analyse de ces évolutions récentes et de leurs implications pour la résilience financière.
Graphique 1.2. Volume total des émissions sur les marchés africains d’actions et de dettes en 2025
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Source : Ensemble de données issu de la série sur les marchés de capitaux de l’OCDE ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; FactSet ; Bloomberg ; voir annexes 2.A et 3.A pour de plus amples informations.
Les effets des chocs mondiaux ont varié selon les économies africaines, en fonction de la profondeur des marchés et de leur exposition au risque de change, ainsi que de leur dépendance aux financements extérieurs et aux matières premières. Les rendements souverains ont aussi subi des pressions, ceux à 10 ans ont augmenté de 7.7 % en moyenne chez certains des principaux émetteurs africains depuis le début du conflit au Moyen-Orient, inversant souvent légèrement la tendance baissière de 2025 (Graphique 1.3). Des maturités d’emprunt plus courtes ont rendu plus fréquente la répercussion des rendements élevés sur les coûts de refinancement souverain. En Afrique subsaharienne, la maturité moyenne des nouveaux emprunts en monnaie locale est passée de plus de 6 ans en 2019 à environ 3.5 ans en 2024, hors échéances de moins d’un an (IMF, 2025[1]). Des coûts d’emprunt souverain plus élevés renchérissent le coût de financement à long terme et peuvent encore limiter l’accès aux marchés internationaux de capitaux. Les rendements souverains servant de référence dans l’économie, leur hausse durable peut aussi renchérir le coût de financement des entreprises et influer sur les décisions d’investissement privé.
Graphique 1.3. Rendements des obligations souveraines à 10 ans à échéance constante
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Note : Les données se rapportent aux rendements des obligations souveraines à 10 ans libellées en monnaie nationale. Pour l’Égypte et le Maroc, elles se rapportent aux rendements d’obligations de référence. Les séries sont recalculées en base 100 pour faciliter les comparaisons dans le temps et entre les pays.
Source : Bloomberg ; London Stock Exchange Group (LSEG).
L’évolution des taux de change fournit un élément d’appréciation supplémentaire de la manière dont les marchés financiers des économies africaines ont réagi à l’environnement macrofinancier mondial. Avant l’escalade du conflit au Moyen-Orient, les taux de change des principales économies africaines se sont maintenus à des niveaux globalement stables, tandis que certaines de leurs monnaies ont enregistré une appréciation de leur valeur par rapport au dollar des États-Unis. À la suite du déclenchement du conflit, plusieurs de ces monnaies se sont dépréciées par rapport au dollar des États-Unis, l’ampleur de cette baisse de leur valeur ayant toutefois varié d’une économie à l’autre (Graphique 1.4). Dans ce contexte, les emprunts libellés en monnaie locale ont permis aux emprunteurs de certaines économies de réduire leur exposition aux risques liés aux variations des taux de change. En Afrique du Sud, les investisseurs étrangers achètent en grandes quantités des obligations libellées en rand et émises sur le marché intérieur, ce qui permet aux emprunteurs d’obtenir des financements auprès d’investisseurs étrangers tout en empruntant dans leur propre monnaie nationale, et donc de réduire leur exposition au risque de change, cette situation demeure toutefois une exception sur le continent africain (BIS, 2026[2]). L’affaiblissement généralisé des monnaies revêt une importance pour la résilience des marchés de capitaux lorsque les économies et les participants à ces marchés sont fortement exposés au titre de leurs opérations de financement ou de refinancement en devises étrangères, ce qui souligne l’importance de développer des marchés de capitaux plus profonds pour les instruments libellés en monnaie locale, de manière à élargir l’éventail des possibilités de financement dans la monnaie nationale et à réduire la dépendance à l’égard des financements en devises.
Graphique 1.4. Taux de change par rapport au dollar des États-Unis de plusieurs monnaies africaines
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Note : Les données se rapportent aux taux de change par rapport au dollar des États-Unis. Les séries sont recalculées en base 100 pour faciliter les comparaisons dans le temps et entre les pays.
Source : London Stock Exchange Group (LSEG).
L’inflation a continué de ralentir dans le monde au cours de l’année 2025, et ce mouvement a également concerné les économies du continent africain, où le taux d’inflation calculé en moyenne pour l’ensemble du continent a largement reculé, passant d’environ 21 % à 13 %, cette dernière valeur se situant à un niveau proche de la moyenne observée au cours les dix années précédentes (IMF, 2026[3]). L’agrégat régional masque toutefois une dispersion importante des taux d’inflation d’une économie à l’autre. En Afrique subsaharienne, le taux médian s’établissait à 3.4 % en 2025, ce qui traduit l’influence exercée sur la moyenne par un groupe relativement restreint d’économies dans lesquelles l’inflation atteint des niveaux élevés. Dans de nombreuses économies africaines, l’inflation est néanmoins restée élevée, si bien que la hausse des prix a continué d’éroder le pouvoir d’achat et d’exercer des pressions à la hausse sur les taux d’intérêt directeurs fixés par les banques centrales (Graphique 1.5). Les évolutions observées sur le plan des taux de change, les perturbations qui ont touché les circuits d’approvisionnement en produits alimentaires et les ajustements apportés aux prix pratiqués sur les marchés intérieurs ont, eux aussi, continué d’alimenter les pressions qui s’exercent à la hausse sur les prix. Dans ces conditions, la politique monétaire a conservé une orientation largement restrictive dans les principales économies de la région, cette orientation s’étant répercutée sur les coûts auxquels les États peuvent mobiliser les financements dont ils ont besoin et ayant restreint les possibilités d’accès au crédit dont disposent les entreprises et les ménages. Le maintien d’une inflation plus faible, dont l’évolution soit à la fois plus stable et plus prévisible, revêt à cet égard une importance particulière. La disposition des ménages à consacrer leurs ressources à la détention d’actifs à long terme dépend de la confiance qu’ils accordent au pouvoir d’achat dont ils pourront disposer à l’avenir.
Graphique 1.5. Inflation annuelle à la fin de 2025
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Source : FMI (2026[4]), ensemble de données sur les taux d’inflation, https://www.imf.org/external/datamapper/PCPIPCH@WEO/CIS/AFQ
La hausse des prix de l’énergie constitue l’un des principaux canaux par lesquels les chocs extérieurs récents se transmettent à l’inflation et en influencent la dynamique, la place qu’occupe l’énergie dans la structure de l’activité économique contribuant à amplifier les effets de ces chocs sur l’évolution des prix. Au début de l’année 2026, la hausse des prix du pétrole et du gaz, en particulier, a eu des effets marqués sur les marchés africains, où le pétrole entre à hauteur de 26 % dans l’ensemble de l’approvisionnement énergétique du continent, tandis que le gaz naturel contribue, quant à lui, à hauteur de 46 % à l’ensemble de la production d’électricité sur le continent (IEA, 2026[5]). Si la très grande majorité des pays africains sont des importateurs nets d’énergie, les hausses des prix de l’énergie ne se sont pas répercutées de manière uniforme sur les prix des combustibles vendus sur leurs marchés intérieurs, en raison de différences dans les régimes nationaux qui encadrent la fixation des prix des combustibles, dans les marges de manœuvre budgétaires dont disposent les pouvoirs publics pour financer des mesures de soutien et dans les conditions qui prévalent en matière de taux de change. Les prix du gazole observés dans 42 pays africains se situaient en moyenne, à la mi-juin 2026, à un niveau supérieur d’environ 25 % à celui de la mi-janvier de la même année, dans plusieurs de ces pays la hausse enregistrée sur cette période dépassait 40 %, avec notamment une augmentation de 86 % au Nigéria mesurée en monnaie locale (IFPRI, 2026[6]).
Le contexte dans lequel s’inscrivent les échanges commerciaux à l’échelle mondiale s’est sensiblement transformé au cours de l’année 2025, avec une intensification de l’activité en matière de politique commerciale et une montée des tensions entre les principaux partenaires commerciaux, ces évolutions ayant conduit à l’adoption d’un nombre de nouvelles mesures commerciales supérieur à tous les niveaux précédemment enregistrés (WTO, 2025[7]). Si ces évolutions ont renforcé l’incertitude entourant les échanges à l’échelle mondiale, notamment pour les exportateurs de produits agricoles ainsi que pour ceux qui exportent des produits manufacturés, les résultats enregistrés par les économies africaines à l’exportation ont, dans leur ensemble, continué de témoigner d’une bonne capacité de résistance. Sur les 16 économies africaines examinées, 14 ont enregistré une progression de la valeur de leurs exportations entre 2024 et 2025, en particulier celles où la hausse des prix des produits de base a favorisé une plus forte progression de la valeur de leurs exportations de produits agricoles et de produits miniers, les différences de résultats observées entre ces économies s’expliquant en grande partie par la nature des produits qui composent leurs exportations respectives (Graphique 1.6). Toutefois, la progression d’ensemble des exportations enregistrée dans les économies africaines examinées masque des vulnérabilités sous-jacentes, que les résultats globaux ainsi obtenus ne font pas apparaître. Dans plusieurs économies, les recettes tirées des exportations demeurent fortement concentrées au sein d’un ensemble restreint de secteurs d’activité ou de catégories de produits de base, de sorte que ces économies demeurent exposées aux variations qui peuvent affecter la demande exprimée sur les marchés mondiaux, aux fluctuations des prix des produits de base et aux modifications des politiques qui encadrent les échanges commerciaux internationaux.
Graphique 1.6. Évolution des exportations de quelques économies vers le monde entre 2024 et 2025
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Source : OMC (2025[8]), ensemble de données sur les exportations de marchandises, https://stats.wto.org/?idSavedQuery=93b2c582-0487-40eb-8927-1bc90818ab78
Dans le même temps, la composition des financements extérieurs destinés aux économies africaines a évolué, les financements d’origine privée que les interventions publiques ont permis de mobiliser et les apports de fonds accordés à des conditions non concessionnelles occupant une place de plus en plus importante aux côtés de l’aide publique au développement (APD) et de l’investissement direct étranger (IDE). L’APD a diminué par rapport au sommet atteint en 2020 (Graphique 1.7), mais cette diminution des apports d’aide est restée relativement progressive jusqu’à une période récente, avant de s’accélérer fortement. Les apports ont reculé de 26.3 % en Afrique subsaharienne en 2025 et, selon les projections, devraient encore diminuer de 11.6 % en 2026 (OECD, 2026[9]). L’IDE a également connu une contraction importante à la suite de la pandémie de COVID-19, et le niveau de ces investissements ne s’est pas encore entièrement redressé. Parallèlement, les opérations d’émission de titres obligataires souverains sur les marchés internationaux sont devenues plus sporadiques, leur volume restant inférieur aux niveaux qui étaient observés avant la pandémie. Ces transformations, qui touchent à la fois la composition des financements extérieurs et les possibilités d’en disposer, entraînent des conséquences importantes pour l’environnement macrofinancier ainsi que pour la capacité des économies africaines à mobiliser des capitaux à mesure qu’évoluent les conditions dans lesquelles les financements sont mobilisés à l’échelle mondiale. Elles soulignent le besoin croissant d’accroître la profondeur des marchés de capitaux au sein des économies africaines, afin qu’ils puissent mobiliser les ressources financières que représente l’épargne sur le continent, élargir l’éventail des solutions auxquelles les économies peuvent recourir pour se financer et soutenir une croissance plus résiliente, davantage inscrite dans une perspective de long terme.
Graphique 1.7. Flux de financements extérieurs à destination de l’Afrique entre 2014 et 2024
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Source : OCDE (2025[10]), ensemble de données sur les flux totaux, https://www.oecd.org/fr/data/insights/data-explainers/2025/12/final-oecd-statistics-on-oda-and-other-development-finance-flows-in-2024-key-figures-and-trends.html
1.2. Le rôle du développement des marchés de capitaux à l’appui du renforcement de la résilience de l’Afrique
Copier le lien de 1.2. Le rôle du développement des marchés de capitaux à l’appui du renforcement de la résilience de l’AfriqueLes marchés de capitaux peuvent contribuer au renforcement de la résilience économique en diversifiant les sources auxquelles les économies recourent pour se financer, tout en leur donnant davantage de moyens d’absorber les chocs financiers et extérieurs et de s’adapter à leurs effets (OCDE, 2025[11]). L’analyse de 45 économies africaines au cours de la période 1997-2017 a mis en évidence une association significative entre une plus grande profondeur des marchés financiers et une moindre volatilité de la croissance, notamment une activité économique qui demeure plus stable dans le temps (Avom et al., 2021[12]). Des marchés intérieurs plus profonds peuvent limiter la dépendance à l’égard d’un ensemble restreint de sources de financement, tandis qu’un recours accru aux financements en monnaie locale et aux financements obtenus par l’intermédiaire des marchés et assortis d’échéances à plus long terme peut réduire le degré d’exposition aux risques liés aux variations des taux de change et au refinancement extérieur. Des marchés à la fois plus liquides et plus diversifiés peuvent également faciliter la réaffectation des capitaux lorsque les conditions financières évoluent, tandis qu’une plus grande diversité d’investisseurs offre un éventail de préférences en matière de durée des placements, les investisseurs à long terme, comme les assureurs et les fonds de pension, étant moins sensibles aux chocs à court terme. Ces canaux revêtent une importance particulière en Afrique, où les marchés de capitaux intérieurs restent relativement peu profonds et où de nombreuses économies demeurent exposées aux conditions auxquelles elles peuvent obtenir des financements extérieurs, tout en restant confrontées à des possibilités limitées d’accès aux financements sous forme de crédit bancaire. Les entreprises qui peuvent s’appuyer sur un éventail de sources de financement qui sont à la fois établies et diversifiées disposent d’une plus grande latitude pour adapter la répartition de leurs financements entre ces différentes sources, tout en maintenant leurs investissements, leurs emplois et leur production.
Une analyse menée sur les économies africaines, qui prend en compte les épisodes de récession identifiés pour chacun des pays au cours de la période 1960-2025, suggère l’existence d’une relation positive entre le degré de profondeur des marchés de capitaux avant le début d’une récession et la résilience dont l’économie fait preuve pendant la récession qui s’ensuit. Les avantages que le développement des marchés de capitaux peut procurer aux économies sur le plan du renforcement de la résilience dépendent donc non seulement de la taille globale de ces marchés, mais aussi de la disponibilité d’instruments financiers qui diffèrent par leur nature, par les échéances qu’ils proposent et par les monnaies dans lesquelles ils sont libellés, ainsi que de l’existence de bases d’investisseurs variées auprès desquelles les financements nécessaires peuvent être mobilisés.
Le Graphique 1.8 met en regard la profondeur des marchés de capitaux au cours de l’année qui précède chaque récession propre à un pays et l’ampleur de la contraction économique que ce pays a connue pendant la récession qui suit. Il indique que les économies dotées de marchés de capitaux plus profonds ont généralement enregistré des contractions de l’activité économique plus modérées que les économies dans lesquelles ces marchés étaient moins développés. Ce constat concorde avec le rôle des marchés de capitaux plus profonds lorsqu’il s’agit de mobiliser des financements intérieurs, d’amortir les effets des variations des conditions de financement extérieures et de maintenir l’allocation des capitaux pendant les périodes de tensions économiques. En élargissant l’accès aux financements et en diversifiant les sources auxquelles les agents économiques peuvent recourir pour se financer, des marchés de capitaux plus profonds peuvent contribuer à préserver l’investissement et l’activité économique lorsque d’autres canaux de financement deviennent plus contraints. Si cette relation ne doit pas être interprétée comme une preuve de l’existence d’un lien de causalité, elle suggère néanmoins que la profondeur des marchés de capitaux intérieurs peut constituer une composante importante de la résilience économique et de la stabilité macrofinancière.
La diversification au sein des marchés de capitaux peut en outre accroître la résilience économique au sens où elle permet de recourir à d’autres canaux de financement en complément des prêts bancaires et des emprunts souverains, tandis que l’accès à des bases d’investisseurs nationaux et régionaux plus larges peut améliorer la stabilité et la disponibilité des financements. Les avantages découlant de la diversification des marchés de capitaux sur le plan de la résilience dépendent toutefois aussi des cadres institutionnels et macroéconomiques régissant leur fonctionnement. Il ressort des données relatives à 45 économies africaines observées sur la période de 1997 à 2017, qu’une meilleure qualité de la réglementation était significativement associée à une moindre volatilité de la croissance et à une activité économique plus stable (Avom et al., 2021[12]). Les pouvoirs publics peuvent également, si leur action est efficace, renforcer la crédibilité et la prévisibilité des politiques publiques et de leur mise en œuvre, ainsi que celles de l’environnement réglementaire dans son ensemble, celles-ci conditionnant à leur tour l’efficacité du fonctionnement des marchés et l’aptitude des économies à réagir de manière plus efficiente pendant les périodes de tensions. L’existence de cadres institutionnels prévisibles et crédibles peut aussi être un facteur de consolidation de la confiance des investisseurs et favoriser leur participation aux marchés de capitaux. Les chapitres 2 et 3 ont pour objet d’examiner plus en détail ces fondements institutionnels, notamment d’analyser en quoi ils constituent une condition préalable à l’exercice de certaines activités sur les marchés, et en quoi le fait de se conformer à des pratiques internationales peut nourrir la confiance des investisseurs et concourir à l’amélioration de la solidité et de la résilience des marchés de capitaux.
Graphique 1.8. Profondeur financière et résilience économique dans quelques économies africaines
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Note : Calculs de l’OCDE pour les deux axes. L’axe des ordonnées représente la profondeur moyenne des marchés de capitaux sur la période 2007-2025 au cours de l’année précédant chaque récession survenue dans un pays, calculée sur la base de la capitalisation boursière des entreprises nationales cotées, de l’encours des obligations d’entreprise et de l’encours des obligations souveraines, corrigés du PIB. L’axe des abscisses représente l’inverse de la contraction économique moyenne observée pendant chaque récession survenue dans un pays entre 1960 et 2025, calculée sur la base du PIB par habitant. Les récessions sont identifiées à l’aide de l’algorithme du cycle économique selon Harding-Pagan.
Source : OCDE, ensemble de données sur les marchés de capitaux ; London Stock Exchange Group (LSEG) ; Banque mondiale, ensemble de données sur la capitalisation boursière des entreprises cotées (2026[13]), https://data.worldbank.org/indicator/CM.MKT.LCAP.CD, ensemble de données sur le PIB (2026[14]), https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.MKTP.CD, ensemble de données sur le PIB par habitant (2026[15]), https://data.worldbank.org/ indicator/NY.GDP.PCAP.KD
Ces fondements institutionnels revêtent une importance particulière pour le développement des marchés d’actions cotées ainsi que pour leur capacité à faire preuve de résilience. Les résultats d’une analyse portant sur les économies africaines suggèrent qu’une plus grande efficacité des pouvoirs publics avant l’entrée en récession est associée à une plus grande résilience économique pendant la phase de recul de l’activité qui s’ensuit (Graphique 1.9). Les économies qui sont entrées en récession alors que les pouvoirs publics y présentaient une plus grande efficacité ont enregistré une contraction de l’activité économique de moindre ampleur, ce qui suggère que les capacités dont disposent les institutions peuvent influer sur l’aptitude d’une économie à absorber les chocs et à y répondre. Bien que cette relation ne permette pas d’établir de lien de causalité, elle souligne l’importance d’institutions efficaces et de cadres d’action crédibles en tant que fondements sur lesquels reposent la résilience des marchés de capitaux et, plus largement, celle de l’ensemble de l’économie.
Graphique 1.9. Efficacité des pouvoirs publics et résilience économique dans quelques économies africaines
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Note : L’axe des ordonnées représente l’efficacité moyenne des pouvoirs publics sur la période 1996-2025 au cours de l’année précédant chaque récession survenue dans un pays. Les chiffres sont fondés sur l’Indice de la Banque mondiale. L’axe des abscisses représente l’inverse de la contraction économique moyenne observée pendant chaque récession survenue dans un pays sur la période 1960-2025, calculée sur la base du PIB par habitant. Les chiffres sont fondés sur le PIB par habitant. Les récessions sont identifiées à l’aide de l’algorithme du cycle économique selon Harding-Pagan.
Source : Banque mondiale, ensemble de données sur la capitalisation boursière des entreprises cotées (2026[15]), https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.PCAP.KD, ensemble d’indicateurs mondiaux de la gouvernance (2026[16]), https://www.worldbank.org/en/publication/worldwide-governance-indicators/interactive-data-access
1.2.1. Possibilités d’améliorer encore la résilience
La résilience relative des grandes économies africaines face à un environnement extérieur et macrofinancier difficile résulte en partie des réformes des marchés qui ont été engagées, de la participation en hausse des investisseurs nationaux et du développement continu des infrastructures du marché. L’activité des marchés reste toutefois inégalement répartie, l’Afrique ne représentant que 0.4 % de la capitalisation boursière mondiale en 2024 (OCDE, 2025[11]). L’étroitesse des marchés nationaux, leur manque de liquidité et la dépendance persistante à l’égard des financements bancaires et des financements publics extérieurs demeurent des caractéristiques structurelles importantes du développement des marchés de capitaux sur l’ensemble du continent. Pourtant, la taille relativement modeste des marchés de capitaux africains contraste avec celle du réservoir de ressources financières déjà accumulées sur le continent, ce qui laisse entrevoir de vastes perspectives d’intensification du déploiement des fonds disponibles sur le plan intérieur via les marchés de capitaux.
Ce réservoir se compose d’actifs financiers accumulés au sein des économies africaines qui peuvent éventuellement être mobilisés pour financer des investissements via les marchés de capitaux nationaux et régionaux. Il englobe les actifs détenus dans les systèmes bancaires, les banques publiques de développement, les fonds souverains, les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les institutions de financement du développement et les réserves des banques centrales. À l’échelle du continent africain, on estime que les réservoirs de capitaux intérieurs disponibles se chiffrent à plus de 4 400 milliards USD (AFC, 2026[17]). Ils constituent un réservoir de ressources financières déjà accumulées au sein des économies africaines qui, si elles étaient déployées plus efficacement sur les marchés de capitaux nationaux et régionaux via des canaux d’intermédiation, pourraient devenir une source importante de financement d’investissements productifs à plus long terme et contribuer à l’amélioration de la résilience financière.
La taille de ces réservoirs compte tout particulièrement dans un contexte d’assèchement des financements extérieurs et de montée de l’incertitude à l’échelle mondiale. Bien qu’elle reste modeste en Afrique par rapport à la masse d’actifs en circulation sur les plus grands marchés financiers mondiaux, elle représente, au total, un volume significatif de ressources d’environ 0.9 % des actifs financiers détenus dans le monde (Graphique 1.10).
Graphique 1.10. Part de l’Afrique dans le total mondial des réservoirs de capitaux en 2025
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Note : Calculs de l’OCDE, montant agrégé des actifs en Afrique divisé par le total mondial. Les parts sont calculées sur la base de la dernière année pour laquelle la source contient des données disponibles.
Source : Banque mondiale, ensemble de données sur le PIB (2026[14]), https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.MKTP.CD ; FSB (2025[18]), Global Monitoring Report on Non-Bank Financial Intermediation 2025, https://www.fsb.org/2025/12/global-monitoring-report-on-nonbank-financial-intermediation-2025/ ; Global SWF (2026[19]), State Owned Investors dashboard 2026, https://globalswf.com/ ; Finance in Common (2026[20]), Public Development Banks at a Glance pagers 2026, https://financeincommon.org/sites/default/files/2026-03/TWO%20PAGERS-%20Digital%20Version_2026.pdf; AFC (2026[17]), State of Africa’s Infrastructure Report 2026, https://www.africafc.org/our-impact/our-publications/state-of-africas-infrastructure-report-2026.
Cette combinaison d’une base d’actifs domestiques et d’une intermédiation limitée par les marchés de capitaux met en évidence une importante opportunité de renforcer les mécanismes par lesquels les ressources financières nationales sont orientées vers l’investissement productif, contribuant ainsi à l’approfondissement des marchés de capitaux et au renforcement de la résilience économique. Le rôle des fonds de pension et des compagnies d’assurance au sein de ces réserves de capitaux domestiques, ainsi que leur contribution potentielle au développement des marchés de capitaux et à la résilience financière, sont examinés plus en détail au chapitre 6.
1.2.2. Principaux obstacles au développement des marchés de capitaux nationaux
Si le développement des marchés de capitaux africains se poursuit, plusieurs contraintes structurelles continuent de peser sur la mobilisation de capitaux par ce canal. La forte concentration des marchés profonds et liquides subsiste. L’Afrique du Sud affiche un score nettement supérieur à celui d’autres marchés africains, avec un indice de profondeur du marché de 98, contre 61 pour le Maroc et Maurice, et 51 pour le Nigéria, tandis que de nombreux autres marchés obtiennent des scores bien plus faibles (Absa, 2025[21]). L’indice de profondeur du marché donne une indication de la taille et de la liquidité des marchés de capitaux d’un pays par rapport à la taille de son économie ; plus l’indice est élevé, plus le marché est profond. Ces écarts entre les indices de profondeur des marchés mettent en évidence le développement possible d’un plus large éventail de marchés en Afrique, ouvrant notamment la voie à un accroissement de leur liquidité, à un élargissement de la base d’investisseurs et à une ouverture plus marquée de l’accès des entreprises aux financements de marché. Ces caractéristiques, ainsi que les secteurs dans lesquels l’activité sur les marchés s’est récemment intensifiée, sont examinées de façon plus approfondie au chapitre 3.
Les bases d’investisseurs institutionnels et la demande de titres du secteur privé restent variables (OCDE, 2025[11]), tandis que le niveau élevé de la dette publique et des besoins de refinancement a été à l’origine d'une augmentation des émissions souveraines en monnaie locale dans plusieurs économies africaines. Cette tendance peut favoriser l’expansion des marchés en permettant d’établir des indices de référence et d’améliorer la liquidité (OCDE, 2025[11]), mais le fait qu’une forte proportion des financements soit dirigée vers des instruments de dette souveraine peut restreindre la capacité des marchés nationaux à servir les émetteurs du secteur privé lorsque la concurrence pour la levée de capitaux est intense.
Les vulnérabilités des emprunteurs souverains peuvent également peser sur les conditions de financement offertes par les institutions financières régionales qui jouent un rôle important dans le financement de l’activité du secteur privé. Une illustration de cette transmission a été donnée en 2025 lorsque Fitch Ratings a rétrogradé la note de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) de BBB à BBB-, en l’assortissant d’une perspective négative. La dégradation de la note reflétait l'évaluation par Fitch de l'augmentation des risques de crédit et une détérioration de la gestion des risques, tandis que la mention des perspectives négatives traduisait le risque que la dette de certains emprunteurs souverains à l’égard d’Afreximbank puisse faire l'objet d'une restructuration (Fitch Ratings, 2025[22]). La dégradation de la note montre que les risques de crédit souverain peuvent produire des effets au-delà des conditions de financement public et affecter la réputation de solvabilité et les conditions de financement des institutions financières, et ainsi entraîner des conséquences sur leur capacité de financer les échanges et les infrastructures. Le rôle de la contribution des marchés d’obligations souveraines au développement des marchés de capitaux, à la gestion des risques financiers ainsi qu’au renforcement de la résilience est examiné plus en détail au chapitre 4.
1.3. Œuvrer à la poursuite du développement des marchés de capitaux en réformant les politiques publiques et les marchés
Copier le lien de 1.3. Œuvrer à la poursuite du développement des marchés de capitaux en réformant les politiques publiques et les marchésLes marchés d’actions africains ont affiché des résultats globalement positifs dans plusieurs juridictions en 2025 et au début de 2026, allant de pair avec la poursuite des efforts engagés pour accroître l’activité sur les marchés primaires et la formation de capital. Si les marchés d’actions de la région demeurent d’assez petite taille et relativement concentrés, ils ont surperformé les marchés des économies émergentes et les marchés mondiaux en 2025, grâce à une croissance tirée dans une large mesure par des valorisations plus élevées et des émissions complémentaires d’actions d’entreprises déjà cotées.
Au-delà des performances des marchés, un certain nombre de pays ont avancé dans la mise en œuvre de réformes et d’initiatives visant à approfondir leurs marchés nationaux intérieurs de valeurs mobilières. Plusieurs marchés frontières ont consolidé les fondements du développement de leur marché des valeurs mobilières. L’Éthiopie a ouvert sa propre bourse, l’Ethiopian Securities Exchange (Ethiopian Securities Exchange, 2025[23]), et s’est dotée ainsi d’une première infrastructure de négociation et d'un cadre régissant l’activité sur le marché intérieur des valeurs mobilières. La Somalie a également progressé en créant elle aussi son propre marché de valeurs mobilières, la National Securities Exchange of Somalia (United Nations Security Council, 2025[24]), ce qui signale qu'une première étape sur la voie de l’institutionnalisation de l’activité sur ce marché a été franchie. Parallèlement, l’Afrique du Sud a, pour sa part, continué de démontrer l’approfondissement de son marché des capitaux, qui se caractérise par une activité intense d’émission d’actions et un volume non négligeable de transactions sur le marché primaire, dont la plus remarquable a été l’introduction en bourse d’Optasia (Johannesburg Stock Exchange, 2025[25]).
Le Kenya mérite également d’être cité à titre d’exemple des efforts engagés pour redynamiser l’activité sur le marché primaire. Les introductions en bourse récentes, notamment celle de la Kenya Pipeline Company, qui est une entreprise publique, sont le fruit des efforts déployés pour relancer cette activité après une longue période de morosité du côté des émissions (Kenya Pipeline, 2026[26]). De manière plus générale, le fait que les entreprises publiques aient recours aux marchés de capitaux peut favoriser la mobilisation de capitaux, l’élargissement de l’actionnariat des entreprises et l’amélioration de la gouvernance et de la transparence financière, qui ont des incidences sur la résilience financière. Ces points sont examinés de plus près aux chapitres 2 et 5.
1.3.1. La transformation numérique peut élargir l’accès aux marchés de capitaux
La transformation numérique facilite de plus en plus l’accès aux services financiers et la participation aux marchés de capitaux africains. La proportion des adultes titulaires d’un compte auprès d’un établissement financier ou d’un prestataire de services financiers mobiles a augmenté dans de nombreuses économies africaines (Graphique 1.11), ce qui indique un accès plus large aux services financiers formels et un socle plus étendu de participants potentiels aux marchés de capitaux. L’essor des services financiers numériques peut également permettre de lever certains obstacles géographiques et autres à l’accès aux informations et aux produits financiers en ouvrant aux individus de nouveaux canaux de participation aux marchés de capitaux. C’est particulièrement vrai pour les marchés sur lesquels les canaux traditionnels d’accès aux produits financiers restent peu développés (OCDE, 2026[27]).
Les plateformes numériques favorisent en particulier la participation des investisseurs individuels aux marchés de capitaux grâce à l’abaissement des coûts et des obstacles pratiques associés à l’ouverture de comptes-titres, permettant potentiellement à davantage de particuliers primo-investisseurs et investisseurs d’y participer dans un cadre formel. Au Nigéria par exemple, les autorités de place, le Nigerian Exchange Group, ont eu recours aux plateformes numériques pour améliorer la culture financière, accroître l’accessibilité des marchés et renforcer la participation des investisseurs individuels (Nigerian Exchange Group, 2026[28]), notamment au moyen d’initiatives visant les jeunes et les primo-investisseurs et reposant sur les interactions numériques. D’autres initiatives axées sur le renforcement de la culture financière et de la participation des investisseurs mises en œuvre sur les marchés africains sont examinées au chapitre 7.
Graphique 1.11. Détention d’un compte auprès d’un établissement financier ou d’un prestataire de services financiers mobiles, 2014-2024
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Note : Pourcentage de personnes âgées de 15 ans et plus déclarant avoir ouvert un compte auprès d’une banque ou d’un autre établissement financier, ou avoir fait appel à un prestataire de services financiers mobiles au cours des 12 derniers mois.
Source : Banque mondiale (2025[29]), base de données mondiales Findex, https://data.worldbank.org/indicator/FX.OWN.TOTL.ZS
1.3.2. Adoption des crypto-actifs et évolution des cadres réglementaires
Le recours croissant aux services financiers numériques, y compris aux crypto-actifs, témoigne de l’existence d’une base d’utilisateurs particuliers dont la participation aux activités menées par les canaux numériques s’intensifie progressivement ; cette base pourrait offrir des possibilités d’élargir et de diversifier la participation aux marchés financiers. Cette évolution s’est également accompagnée de progrès dans les travaux consacrés au développement des cadres réglementaires, puisque 13 des 16 économies africaines analysées ont soit adopté un cadre réglementaire applicable aux crypto-actifs, soit accompli des progrès dans l’élaboration d’un tel cadre. Ces différents cadres réglementaires font l’objet d’un travail d’évaluation détaillée au chapitre 8, portant sur chacune des 13 économies du continent qui sont concernées.
Depuis que le Rapport de l’OCDE sur les marchés de capitaux en Afrique a été publié en 2025, plusieurs juridictions africaines ont accompli de nouveaux progrès dans l’élaboration de ces cadres réglementaires. Au Ghana, la Banque du Ghana a élaboré un cadre réglementaire applicable aux crypto-actifs, la préservation de la stabilité financière étant retenue comme l’un des objectifs que ce cadre réglementaire a vocation à poursuivre (Bank of Ghana, 2025[30]). Au Zimbabwe, le ministère des Finances, du Développement économique et de la Promotion de l’investissement a œuvré, en collaboration avec la Banque de réserve du Zimbabwe et la Cellule de renseignement financier, à l’élaboration d’un cadre applicable aux crypto-actifs et aux prestataires de services sur actifs virtuels (Zimbabwe Legal Information Institute, 2025[31]). Au Kenya, le Trésor national a lui aussi, en collaboration avec la Banque centrale du Kenya et l’Autorité des marchés de capitaux, amélioré le cadre en vigueur dans le pays (National Treasury of Kenya, 2026[32]). Ces tendances, de même que les conséquences plus vastes de l’essor des activités liées aux crypto-actifs et aux stablecoins sur l’intermédiation financière, la participation des investisseurs, le développement des marchés et la résilience financière, sont étudiées de façon plus poussée au chapitre 8.
1.3.3. L’intégration régionale et l’interconnexion entre les marchés sont des vecteurs importants du développement des marchés de capitaux
Les efforts visant à resserrer l’interconnexion entre les places boursières nationales se sont poursuivis. Le Projet de liaison des bourses africaines (African Exchanges Linkage Project, AELP) vise à faciliter les transactions transfrontières et à améliorer les liaisons entre les marchés des bourses participantes, le but étant de rendre possible l’amélioration de la liquidité des marchés grâce à une intégration accrue. Confirmation de la validité de cet objectif, les marchés parties au Projet AELP ont enregistré une hausse du taux de rotation entre 2023 et 2024 alors que les marchés non participants ont assisté à un recul de ce taux (Graphique 1.12). Ce contraste suggère la possible existence d’un lien entre une plus grande intégration régionale et l’intensité de l’activité sur les marchés, bien qu’il ne s’agisse pas nécessairement d’un lien de causalité et que l’explication puisse également résider dans des différences entre les deux groupes au niveau de la structure des marchés ou dans d’autres facteurs. Plus récemment, des initiatives portant sur la mise en place d’infrastructures ou d’indices de référence régionaux tels que l’East Africa Exchanges 20 Share Index, qui est le premier indice boursier régional d’Afrique de l’Est, ou l’East African Community Capital Markets infrastructure platform, qui est une plateforme technologique régionale destinée à relier électroniquement les bourses, entrée dans la seconde phase de sa mise en œuvre, ont été lancées dans le but d’améliorer la comparabilité, l’interopérabilité et la réalisation de transactions transfrontières, afin de stimuler encore le développement de marchés de capitaux régionaux plus intégrés.
Graphique 1.12. Taux de rotation correspondant au volume d’actions échangées rapporté à la taille du marché, 2023-2024
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Source : Banque mondiale (2025[33]), ensemble de données sur les volumes d’actions échangées, https://data.worldbank.org/indicator/CM.MKT.TRNR ; Projet de liaison des bourses africaines (African Exchanges Linkage Project, AELP), places boursières participantes (2026[34]), https://africanexchangeslink.com/
1.3.4. L’écosystème de la finance durable trouve un ancrage plus solide
La finance durable a continué de se développer sur les marchés de capitaux africains, ce qui a ouvert la voie à la mise au point d’instruments de financement nouveaux et à un approfondissement des marchés de capitaux nationaux. Comme souligné dans la précédente édition de ce rapport, un élargissement notable des marchés d’obligations d’entreprise pourrait se révéler nécessaire pour répondre aux besoins d’investissement dans la transition climatique, en particulier dans le secteur de l’énergie. Selon un scénario reposant sur les marchés de capitaux, les marchés d’obligations d’entreprise du secteur de l’énergie devraient croître d’environ 20.4 % par an en Afrique du Nord, et de 14.9 % en Afrique subsaharienne entre 2024 et 2050. L’essor de la finance durable peut être un atout non seulement pour le financement des investissements liés au climat, mais aussi pour l’avènement de marchés de capitaux plus profonds et plus diversifiés (OCDE, 2025[11]).
L’Afrique du Sud demeure le marché de la finance durable le plus actif du continent, disposant d’un écosystème du financement climatique, d’une base d’investisseurs institutionnels et d'un cadre réglementaire comparativement bien développés (Climate Policy Initiative, 2025[35]). Parallèlement, d’autres juridictions, et de plus en plus nombreuses, ont aussi lancé des initiatives en faveur de la finance durable, signe d’un élargissement progressif de la participation au-delà des marchés plus établis. Le Nigéria a réalisé sa troisième émission d’obligations vertes souveraines en 2025 pour pouvoir financer des projets d’énergies renouvelables et d’infrastructures résilientes au changement climatique (Ministry of Information and National Orientation, 2025[36]). Le Kenya a perfectionné l’architecture de son cadre régissant la finance durable, notamment en poursuivant les travaux d’élaboration d’un cadre applicable aux obligations vertes et de lignes directrices connexes relatives aux marchés de capitaux (Central Bank of Kenya, 2025[37]). Des initiatives régionales, au nombre desquelles le Programme pour le développement des obligations vertes de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), ont également assuré la continuité des efforts déployés en faveur de la mise au point de normes en matière de finance durable et du renforcement des capacités institutionnelles dans de multiples juridictions. C’est dans le cadre de ce programme que les lignes directrices de la SADC sur les obligations vertes et durables ont été lancées et qu’un soutien à l’élaboration de lignes directrices relatives à la cotation des obligations vertes et aux travaux portant sur les viviers d’émetteurs et les capacités des marchés dans l’ensemble de la région a pu être dispensé. Ensemble, ces évolutions illustrent l’intégration croissante de la finance durable dans les cadres nationaux et régionaux régissant les marchés de capitaux, laquelle a des répercussions sur le développement de ces marchés et la résilience financière. Ces répercussions sont décrites plus en détail au chapitre 9.
1.3.5. La poursuite des progrès constitue un socle indispensable à l’expansion future des marchés de capitaux
Toutes ces tendances cumulées annoncent une progression par étapes en direction de l’avènement, sur le continent africain, de marchés de capitaux plus profonds bénéficiant d’une participation accrue et d’une meilleure interconnexion. Les progrès restent toutefois inégaux, et la concrétisation des initiatives engagées à l’appui de l’établissement de marchés de capitaux plus profonds, plus liquides et plus résilients exigera des efforts soutenus pour élargir la participation des investisseurs, renforcer les infrastructures du marché et améliorer la mobilisation de l’épargne intérieure à long terme. Les chapitres thématiques qui suivent ont pour objet d’examiner ces tendances de plus près et d’étudier les politiques publiques et les mesures fondées sur le marché qui peuvent aider les économies africaines à approfondir leurs marchés de capitaux, à ouvrir la participation à ces marchés et à en accroître la résilience.
Références
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[19] SWF (2026), State Owned Investors (US$ trillion), https://globalswf.com/.
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