Les bonnes pratiques en matière de durabilité permettent aux entreprises d’identifier les évolutions environnementales et sociales et d’y répondre. Les données contenues dans ce rapport confirment une amélioration en matière de publication d’informations sur la durabilité au niveau mondial, bien qu’il demeure nécessaire de renforcer la capacité des entreprises à générer une croissance à long terme.
Entre 2022 et 2024, la publication d’informations en matière de durabilité a augmenté, passant de 86 % à 91 % de la capitalisation boursière mondiale.
En 2024, près de 12 900 entreprises, représentant 91 % de la capitalisation boursière mondiale, ont publié des informations liées à la durabilité, contre 9 600 entreprises (86 % de la capitalisation boursière mondiale) en 2022. Au plan sectoriel, les entreprises du secteur énergétique affichent le taux de publication le plus élevé avec 94 % de la capitalisation boursière sectorielle, tandis que le secteur immobilier présente le taux le plus faible, à 78 %. En 2024, les entreprises représentant 88 % de la capitalisation boursière mondiale ont déclaré leurs émissions de GES des champs d’application 1 et 2, et 76 % ont publié des données se relevant d’au moins une catégorie du champ d’application 3.
Par ailleurs, en 2024, 42 % des entreprises ayant déclaré des informations en matière de durabilité ont fait vérifier ces données par un prestataire de services externe. Parmi elles, 56 % s’appuient sur l’assurance limitée, et 17 % sur l’assurance raisonnable. À l’échelle mondiale, plus de la moitié des missions d’assurance des informations en matière de durabilité sont effectuées par des auditeurs.
La publication d’informations liées à la durabilité repose sur diverses normes et référentiels comptables. Les trois principaux dans le monde sont : les normes Global Reporting Initiative (GRI), adoptées par plus de 6 500 entreprises, les recommandations du Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD), suivies par plus de 4 800 entreprises, et les normes SASB (SASB Standards), utilisées par près de 3 500 entreprises. À l’échelle mondiale, 582 entreprises utilisent les normes IFRS S1 et IFRS S2 élaborées par le Conseil international des normes de durabilité (ISSB). En 2025, au moins 1 800 entreprises cotées dans l’Union européenne devront appliquer les Normes européennes d’informations en matière de durabilité (ESRS).
Les investisseurs institutionnels détiennent d’importantes participations au capital (~35 %) aussi bien dans les 100 entreprises les plus émettrices de GES que dans les 100 entreprises ayant déposé le plus grand nombre de brevets verts. Le secteur public, quant à lui, détient une part non négligeable (~20 %) uniquement dans des entreprises les plus émettrices.
Le changement climatique est considéré comme un risque financier important par les entreprises cotées, lesquelles représentent 65 % de la capitalisation boursière mondiale. Les sociétés considérées comme exposées à des risques liés au changement climatique, au capital humain et à la sécurité des données affichent une capitalisation boursière plus élevée que celles principalement confrontées à d’autres risques liés à la durabilité, tels que les incidences écologiques ou les droits humains.
Parmi les 100 entreprises cotées déclarant le plus d’émissions de GES, 35 opèrent dans le secteur de l’énergie. Les investisseurs institutionnels détiennent la part la plus significative du capital de ces sociétés (36 %), suivis par le secteur public (18 %).
Si l’adoption des technologies vertes existantes par les entreprises fortement émettrices est essentielle à la transition vers une économie bas carbone, le développement de nouvelles technologies sera également nécessaire à la réussite de cette transition. Les entreprises japonaises représentent un peu plus de la moitié des 100 entreprises cotées détenant le plus grand nombre de brevets verts, suivies par les États‑Unis, les pays développés de la région Asie-Pacifique (hors Japon et États‑Unis), et l’Europe, chacun représentant environ 15 %. Les investisseurs institutionnels détiennent 37 % du capital de ces entreprises, tandis que la part détenue par le secteur public n’atteint que 4 %.
Entre 2022 et 2024, les entreprises cotées ont accru l’adoption de pratiques permettant une meilleure intégration des considérations de durabilité.
En 2024, les deux tiers des entreprises (par capitalisation boursière) étaient dotées d’un comité au niveau du conseil d’administration, chargé de superviser les risques associés à la durabilité. Le conseil d’administration peut également superviser directement ces questions. En 2024, dans 70 % des entreprises (par capitalisation boursière), le conseil d’administration assurait la supervision des questions liées au climat, contre 53 % en 2022. Par ailleurs, les conseils d’administration peuvent prendre en compte les aspects de durabilité lorsqu’ils déterminent la rémunération des dirigeants. Ainsi, parmi les entreprises proposant une part variable de rémunération à leurs dirigeants, 67 % l’indexaient sur des critères de durabilité en 2024, contre 60 % en 2022.
Pour renforcer l’engagement des parties prenantes et des actionnaires, différentes mesures peuvent être instaurées. Les entreprises représentant 11 % de la capitalisation boursière mondiale comptent des représentants des salariés au sein de leur conseil d’administration, et 60 % publient des informations sur le taux de rotation du personnel. Ce taux élevé reflète possiblement l’importance financière du capital humain dans de nombreux secteurs d’activité. Concernant l’engagement des actionnaires, 86 % des entreprises par capitalisation boursière rendent publiques leurs politiques, détaillant notamment les modalités permettant aux actionnaires d’interroger le conseil d’administration ou la direction, ou de soumettre des propositions lors des assemblées générales.
La multiplication des textes législatifs relatifs au devoir de diligence en matière de droits humains imposant aux entreprises de communiquer des informations à ce sujet a conduit les entreprises à accorder une attention accrue à de tels risques. Néanmoins, la publication d’informations significatives demeure, en pratique, limitée. En effet, la publication d’informations sur les droits humains reste principalement centrée sur la présentation des principales politiques et engagements de base en matière de droits humains (81 % de la capitalisation boursière mondiale déclarant la mise en place d’une telle politique), cette démarche étant corrélée à la taille et à la localisation géographique de l’entreprise.
Le secteur de l’énergie est à la fois un émetteur de gaz à effet de serre majeur et un acteur central dans le déploiement de technologies propres.
Le secteur de l’énergie présente le taux de publication des informations en matière de durabilité le plus élevé, avec 94 % des entreprises (par capitalisation boursière) diffusant des données à ce sujet. À l’échelle mondiale, les sociétés cotées du secteur énergétique représentent 31 % des émissions totales déclarées. Le rôle des pouvoirs publics dans la réduction des émissions issues du secteur est déterminant. Les entreprises publiques cotées représentent près d’un tiers des émissions de GES des sociétés cotées du secteur énergétique.
Dans le cadre de leurs fonctions, les conseils d’administration devraient exercer une supervision rigoureuse des activités de lobbying menées et financées par la direction. Cette démarche permet d’assurer que la direction tient dûment compte de la stratégie de durabilité à long terme définie par le conseil d’administration. À l’échelle mondiale, 7 % des sociétés cotées du secteur de l’énergie communiquent leur position sur les politiques publiques liées au climat et 6 % évaluent la cohérence entre leurs politiques climatiques et celles des associations auxquelles elles adhérent.
Par ailleurs, l’alignement du comportement des entreprises sur les objectifs de durabilité nécessitera des investissements massifs dans des technologies alternatives destinées à remplacer l’utilisation des combustibles fossiles. Entre 2015 et 2024, les flux nets de trésorerie provenant des activités d’exploitation des sociétés cotées du secteur de l’énergie ont augmenté de 32 %, permettant ainsi de tripler les montants consacrés aux dividendes et aux rachats d’actions. Dans le même temps, la trésorerie nette allouée aux investissements a crû de moins de 5 %.
L’analyse de 42 évaluations de double matérialité, menées par des entreprises du secteur de l’énergie dans le cadre du premier cycle de publication de rapports prévu par la directive de l’UE concernant la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD), montre que la quasi-totalité des entreprises (98 %) ont identifié le changement climatique à la fois comme une incidence négative significative et comme un risque financier, ce qui en fait l’enjeu matériel le plus fréquemment signalé. Pour la plupart des sujets associés à la durabilité, les entreprises ont jugé que l’importance matérielle des incidences est supérieure à celle des risques financiers, ce qui laisse penser que les entreprises manquent d’incitations pour traiter les incidences de durabilité qu’elles identifient.
Entre 2022 et 2024, le nombre d’entreprises ayant publié des informations sur la durabilité a augmenté. Toutefois, des avancées restent nécessaires pour un meilleur alignement avec les Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE.
Le bilan des informations publiées en matière de durabilité en 2024 fait apparaître plusieurs lignes d’action pour les organismes d’établissement de normes et les décideurs publics. L’adoption de la Norme internationale d’assurance en matière de durabilité (ISSA) 5000 par un plus grand nombre de juridictions pourrait renforcer la confiance à l’égard de la certification des informations liées à la durabilité, tout en favorisant une compréhension commune des notions d’« assurance limitée » et d’« assurance raisonnable » dans les différentes juridictions.
Par ailleurs, pour améliorer la comparabilité et la fiabilité des informations sur la durabilité, les autorités de réglementation pourraient encourager les entreprises à recourir à une assurance raisonnable pour leurs émissions des champs d’application 1 et 2, tout en veillant à la mise en œuvre de dispositifs adaptés de prévention des conflits d’intérêts lorsque la même entité fournit des services d’assurance des informations financières et des informations relatives à la durabilité. Les efforts visant à renforcer la comparabilité pourraient être soutenus par des travaux des organismes d’établissement de normes visant à améliorer l’interopérabilité des normes de déclaration en matière de durabilité, ce qui permettrait également de réduire les coûts de conformité pour les entreprises opérant dans plusieurs juridictions.
Les secteurs public et privé ont un rôle déterminant à jouer dans l’alignement des pratiques du marché avec les objectifs déclarés. Les entreprises publiques peuvent montrer l’exemple en matière de durabilité et influer sur la transition vers une économie bas carbone. Dans le même temps, les investisseurs institutionnels peuvent prendre en considération la rentabilité à long terme des entreprises impliquées dans le développement de technologies énergétiques propres. La prise en compte croissante du changement climatique comme enjeu financier et stratégique majeur par les conseils d’administration, en particulier lorsqu’elle est alliée à une transparence renforcée sur les activités de lobbying, peut appuyer ces orientations.
Étant donné que les entreprises représentant plus des deux tiers de la capitalisation boursière mondiale sont considérées comme exposées à des risques financiers importants liés au capital humain, il conviendrait d’accorder une plus grande attention aux indicateurs largement publiés, tels que le taux de rotation du personnel. De même, la publication par les sociétés du secteur énergétique des émissions du champ d’application 3 (largement liées à l’usage des produits vendus), ainsi que la fixation d’objectifs en la matière, risquent d’avoir une portée restreinte à l’échelle mondiale si ces pratiques sont uniquement adoptées par les sociétés cotées. Cependant, l’ampleur des émissions du champ d’application 3, largement supérieure à l’empreinte opérationnelle des sociétés du secteur de l’énergie, impose de ne pas les négliger.
Si la publication d’informations sur la R‑D et les dépenses d’investissement dans le domaine de l’environnement reste fragmentée, certains signaux laissent entrevoir une transition progressive vers une économie bas carbone. Toutefois, l’augmentation limitée des dépenses d’investissement des sociétés du secteur énergétique continue de susciter des préoccupations, les tendances récentes mettant en évidence une hausse des dividendes et des rachats d’actions dépassant fortement celle des investissements.