Les défis liés aux échanges et à l’ajustement dans l’industrie sidérurgique s’intensifient, exacerbés par l’augmentation mondiale des excédents de capacité. Les subventions ainsi que les autres mesures et pratiques non marchandes sont la cause première des problèmes actuels du secteur. La production et le commerce de l’acier à l’échelle régionale connaissent des changements significatifs, et, avec le déclin de la rentabilité de l’industrie, cela pourrait compromettre sensiblement les progrès accomplis dans le domaine de la décarbonation des procédés de fabrication de l’acier. Le renforcement de la coopération internationale en vue d’éliminer les excédents de capacité et les distorsions du marché permettrait d’offrir des conditions équitables et d’améliorer les perspectives à long terme de l’industrie sidérurgique mondiale.
1. Des règles du jeu équitables sont nécessaires pour améliorer les perspectives de l’industrie sidérurgique mondiale
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L’acier est la clé de voûte des économies développées et en développement
Copier le lien de L’acier est la clé de voûte des économies développées et en développementL’acier est omniprésent : il est utilisé dans les bâtiments et les ponts, les voitures, les chemins de fer, les citernes et les navires, le matériel médical, les centrales électriques, les fusées, les écrous et les boulons, les aiguilles et les épingles, les tuyaux et les tubes, les marteaux et les perceuses, et bien d’autres choses encore. Près de deux milliards de tonnes sont produites chaque année dans le monde, ce qui dépasse largement tous les autres métaux réunis. L’innovation a joué un rôle clé dans la prospérité continue du secteur ; approximativement 75 % des 3 500 nuances d’acier que l’on trouve sur les marchés ont été développées au cours des vingt dernières années (Worldsteel, 2025[1]). De plus, les avancées technologiques ont considérablement amélioré l’efficacité de l’industrie tout en réduisant les contaminants de l’environnement générés lors de la production.
L’industrie sidérurgique requiert des investissements très importants. La taille des usines varie, des installations reposant sur des fours à induction qui produisent plusieurs milliers de tonnes par an à de grandes installations intégrées d’une capacité annuelle de 14 millions de tonnes. Même pour les installations de petite taille, les coûts d’investissement pour les nouvelles usines peuvent s’avérer élevés et dépasser 1 milliard USD (dollars américains). Plus une installation est grande, plus elle est importante comme source de travail, car elle peut fournir des milliers de postes dans l’aciérie elle-même tout en créant beaucoup plus d’emplois au sein des communautés où ces usines sont situées. Le secteur emploie près de 6 millions de travailleurs dans le monde, dont plus d’un million d’ouvriers sidérurgistes rien que dans les pays de l’OCDE.
Les industries sidérurgiques des pays de l’OCDE sont depuis longtemps très innovantes et productives, comme le révèlent les données sur les brevets, la productivité du travail et les types de produits sidérurgiques fabriqués (de Carvalho et Sekiguchi, 2015[2]). Nombre de ces produits sont essentiels pour construire les installations d’énergie renouvelable nécessaires à la transition vers des économies bas carbone, notamment l’acier inoxydable avancé pour les panneaux solaires et les nuances d’acier élevées pour des tours d’éoliennes plus légères. L’acier résistant à la corrosion offre des possibilités dans de multiples secteurs énergétiques émergents, comme les nouveaux types d’acier innovants et rentables en cours de développement pour les dispositifs d’électrolyse de l’eau dans la production d’hydrogène (Shavit, 2024[3]). Ainsi, alors que l’industrie déploie des efforts notables pour réduire ses émissions de carbone provenant de la production d’acier, ses produits soutiennent la transition écologique dans de nombreuses autres activités économiques.
Autrefois stimulée par les pays de l’OCDE, l’industrie sidérurgique a connu un essor des investissements dans les économies émergentes
Copier le lien de Autrefois stimulée par les pays de l’OCDE, l’industrie sidérurgique a connu un essor des investissements dans les économies émergentesLes investissements dans la sidérurgie suscitent un vif intérêt dans le monde entier malgré les coûts élevés du capital et l’expertise requise. Près de 100 pays produisent de l’acier fondu. Les investissements en République populaire de Chine (ci-après la « Chine ») ont propulsé le pays d’une production modérée de 26 millions de tonnes en 1975 (6 % de la production mondiale à l’époque) à une capacité permettant de produire bien plus d’un milliard de tonnes d’acier par an (soit plus de la moitié de la production mondiale actuelle), même si la production a récemment montré des signes de stabilisation. Parallèlement, le rôle des producteurs d’acier dans les pays de l’OCDE a sensiblement diminué (Graphique 1.1), la part collective de ces pays dans la production mondiale ayant diminué de moitié au cours des vingt dernières années pour passer à 22 % en 2024, même si certains pays de l’OCDE comme la Corée et la Türkiye se sont développés et que le nombre de pays de l’OCDE a augmenté.
Bien que la majeure partie de la production d’acier en Chine soit destinée à la consommation intérieure, la simple taille du secteur sidérurgique du pays implique que toute évolution de son industrie a des effets considérables sur les marchés mondiaux. Depuis le pic de la demande d’acier en Chine en 2020, la contraction de la demande dans la construction n’a pas été accompagnée d’ajustements proportionnels de la production, ce qui a alimenté ses exportations d’acier à l’étranger (Graphique 1.2). La montée en puissance de la Chine dans l’industrie sidérurgique mondiale n’est pas uniquement le résultat du jeu des lois du marché. Il s’agit plutôt du reflet d’une expansion de cette industrie induite par des subventions qui faussent le marché ainsi que par d’autres mesures et pratiques non marchandes.
Graphique 1.1. Production sidérurgique dans les pays de l’OCDE, en Chine et dans le reste du monde, 2005-24
Copier le lien de Graphique 1.1. Production sidérurgique dans les pays de l’OCDE, en Chine et dans le reste du monde, 2005-24En millions de tonnes (Mt)
Sources : World Steel Association (2024[4]), 2024 World Steel in Figures, https://worldsteel.org/wp-content/uploads/World-Steel-in-Figures-2024.pdf ; OCDE, d’après COMTRADE et ISSB.
Graphique 1.2. Production, demande et exportations d’acier de la Chine, 2005-24
Copier le lien de Graphique 1.2. Production, demande et exportations d’acier de la Chine, 2005-24En millions de tonnes (Mt)
Sources : World Steel Association (2024[4]), 2024 World Steel in Figures, https://worldsteel.org/wp-content/uploads/World-Steel-in-Figures-2024.pdf ; OCDE, d’après COMTRADE et ISSB.
Les producteurs d’acier sont confrontés à des défis importants résultant de l’augmentation des excédents de capacité
Copier le lien de Les producteurs d’acier sont confrontés à des défis importants résultant de l’augmentation des excédents de capacitéLe marché mondial de l’acier se trouve actuellement dans une situation précaire. Les excédents de capacité augmentent à partir de niveaux déjà trop élevés, alimentés par des subventions qui faussent le marché et par d’autres pratiques non marchandes, principalement dans des pays n’appartenant pas à l’OCDE. Une hausse substantielle des capacités est prévue dans le monde entier au cours des trois prochaines années, avec une projection de 165 millions de tonnes (Mt) d’ajouts de capacité sur la période 2025-27, malgré une croissance modeste de la demande mondiale d’acier.
Les économies asiatiques devraient représenter 60 % de cette nouvelle capacité, sous l’impulsion des augmentations non négligeables en Chine, en Inde et dans les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Cette croissance des capacités est également alimentée par les investissements transnationaux intéressant des entreprises sidérurgiques chinoises. À l’avenir, la plupart de ces investissements devraient avoir lieu en Asie et en Afrique. Ces dernières années, l’Asie du Sud-Est a été la première destination des investissements étrangers de la Chine, ce qui a contribué à la croissance des excédents de capacité de la région. Dans les temps à venir, près des trois quarts des investissements transnationaux dans le monde seront destinés à la construction de hauts-fourneaux/convertisseurs à oxygène, dont les émissions de carbone sont relativement élevées.
Étant donné que la capacité mondiale augmentera plus vite que la demande, l’écart entre les deux devrait se creuser à l’échelle planétaire pour atteindre 721 Mt d’ici à 2027 (Graphique 1.3). Le niveau des excédents de capacité devrait ainsi être supérieur de près de 300 millions de tonnes à la production actuelle de tous les pays de l’OCDE réunis. Les prévisions tablant sur une croissance atone de la demande, l’utilisation des capacités pourrait à nouveau diminuer pour s’établir aux alentours de 70 %, ce qui exercerait une énorme pression sur la rentabilité des producteurs d’acier, même très compétitifs.
Graphique 1.3. Surcapacités sidérurgiques mondiales récentes (2019-24) et prévues (2025-27)
Copier le lien de Graphique 1.3. Surcapacités sidérurgiques mondiales récentes (2019-24) et prévues (2025-27)En Mt
Sources : étude documentaire de l’OCDE sur les données de capacité et la demande ; estimations de l’OCDE de la demande d’acier à partir de son modèle relatif à la demande d’acier à long terme (voir chapitre 4), tenant compte des perspectives à court terme publiées par la World Steel Association (https://worldsteel.org/). Une interpolation linéaire a été utilisée.
Les industries en aval consommatrices d’acier dans les pays de l’OCDE, telles que l’automobile ou la fabrication de machines, ressentent également les effets des excédents de capacité à l’échelle planétaire, étant donné que les intrants moins chers donnent des avantages non marchands injustes aux concurrents situés dans des pays à l’origine des surcapacités mondiales. Celles-ci peuvent ainsi causer un important préjudice économique à long terme sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de l’acier dans les pays qui n’appliquent pas de mesures et de pratiques faussant le jeu du marché. Cela souligne l’importance des travaux du Forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques (FMSS) afin de s’attaquer au problème des excédents de capacité à l’échelle planétaire et à leurs conséquences.
Les surcapacités sidérurgiques mettent en péril les emplois, les investissements et les chaînes d’approvisionnement
Copier le lien de Les surcapacités sidérurgiques mettent en péril les emplois, les investissements et les chaînes d’approvisionnementLa combinaison des excédents de capacité, de l’offre excédentaire et de la pression sur les prix érode les marges bénéficiaires des entreprises sidérurgiques dans le monde entier. Les marges de rentabilité dans l’industrie sidérurgique ont sensiblement diminué ces dernières années, se rapprochant de leurs niveaux historiques les plus bas.
La nécessité d’harmoniser les règles du jeu est plus urgente que jamais. Les excédents de capacité dans le monde, y compris les subventions ainsi que les autres mesures et pratiques non marchandes qui y contribuent, ont des répercussions négatives considérables sur les industries sidérurgiques respectant les mécanismes du marché, qui pâtissent de leurs effets. Ils entraînent des pertes d’emplois, un affaiblissement des chaînes d’approvisionnement industrielles et une réduction des investissements dans l’innovation et les technologies de production d’acier de la prochaine génération.
Les industries en aval qui sont largement tributaires de l’acier, notamment l’énergie et d’autres secteurs stratégiques, sont également confrontées à des risques. En particulier, il existe un risque à long terme de dépendance du marché et de vulnérabilité économique de ces industries, car les excédents de capacité font baisser les prix de l’acier et encouragent la production d’exportations indirectes de biens contenant de l’acier. Les pays de l’OCDE devenant de plus en plus tributaires de l’acier bénéficiant de subventions étrangères, les infrastructures critiques et la fabrication pourraient être exposées à des risques en temps de crise.
Les subventions et autres mesures de soutien alimentent les excédents de capacité tout en faussant la concurrence
Copier le lien de Les subventions et autres mesures de soutien alimentent les excédents de capacité tout en faussant la concurrenceLes subventions qui faussent le marché et toute une série d’autres interventions et mesures de soutien des pouvoirs publics entraînent des excédents de capacité et faussent la concurrence. Certains gouvernements, majoritairement en dehors de l’OCDE, interviennent massivement au moyen de mesures et de pratiques non marchandes ciblant l’industrie sidérurgique, qui visent à créer des champions nationaux, à étendre la capacité des aciéries du pays sans tenir compte des fondamentaux du marché, à maintenir des entreprises défaillantes ou encore à favoriser indirectement une production à plus haute valeur ajoutée plus en aval de biens contenant une forte proportion d’acier. Ainsi, l’industrie sidérurgique est l’un des secteurs industriels les plus subventionnés au monde.
Les taux de subventions de l’acier en Chine (en pourcentage des recettes des entreprises) sont cinq fois supérieurs à la moyenne de ceux des autres économies partenaires, les entreprises d’État chinoises recevant même plus que les entreprises privées du pays1. Les taux de subventions dans les économies partenaires sont, quant à eux, deux fois plus élevés que ceux des pays de l’OCDE (Graphique 1.4). Les aides publiques au secteur sidérurgique sont devenues de plus en plus importantes dans les régions où la capacité des aciéries croît rapidement, comme en Chine, dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) et dans la région de l’ASEAN. Le Comité de l’acier de l’OCDE examine régulièrement les dernières évolutions des subventions dans les zones où les capacités se développent rapidement et publie ses conclusions chaque année. Deux rapports récents ont passé en revue les incitations financières en Chine visant à encourager les mises à niveau technologiques et la production d’acier créant de la valeur ajoutée ainsi que les subventions énergétiques et autres dans les pays de la région MENA et de l’ASEAN2.
Les subventions ont des conséquences importantes sur le développement des capacités dans les pays non membres de l’OCDE. Là où des subventions sont utilisées, les mesures comprennent des emprunts à des taux inférieurs aux conditions du marché, des aides publiques, des subventions aux prix de l’énergie et un traitement fiscal préférentiel. Une nouvelle étude présentée dans ces Perspectives met en évidence qu’une aide annuelle s’élevant à un million de dollars, poursuivie pendant un certain nombre d’années, est associée à une augmentation de la capacité de production d’acier de quelque 5 000 à 10 000 tonnes dans les économies partenaires. Ces aides constituent des apports de liquidités destinés à améliorer la situation financière des entreprises. Les autres types de subventions reçues par les entreprises sidérurgiques et couvertes par les estimations de l’OCDE sont les emprunts à des taux inférieurs aux conditions du marché (prêts consentis à de meilleures conditions que celles normalement offertes par le marché en l’absence d’intervention ou de garanties implicites des pouvoirs publics) et les avantages fiscaux (dispositions spéciales pour les entreprises sélectionnées, qui font baisser les impôts normalement exigibles).
Graphique 1.4. Taux de subventions de l’acier en Chine, dans les pays de l’OCDE et dans les autres pays, 2006-22
Copier le lien de Graphique 1.4. Taux de subventions de l’acier en Chine, dans les pays de l’OCDE et dans les autres pays, 2006-22En pourcentage des recettes des entreprises
Note. Les subventions indiquées sur le graphique ci-dessus représentent la somme des subventions donnant lieu à des aides financières directes, des emprunts à des taux inférieurs aux conditions du marché et des avantages fiscaux au titre de l’impôt sur les sociétés.
Source : base de données MAGIC (MAnufacturing Groups and Industrial Corporation) de l’OCDE.
Il existe toutefois de nombreuses autres mesures de soutien pour lesquelles il est difficile d’obtenir des estimations, ce qui est dû à la fois au manque de transparence des pays et à des difficultés méthodologiques. Parmi celles-ci, citons les apports de fonds propres allant à l’encontre des conditions du marché, les contrats d’échange sur actions à des taux hors marché, la fourniture de biens et de services par les pouvoirs publics pour une rémunération insuffisante, les subventions subordonnées aux exportations ainsi que l’aide aux intrants à des taux préférentiels ou hors marché, y compris terrains, énergie et matières premières à des taux préférentiels pour les entreprises sidérurgiques.
Le subventionnement généralisé entraîne une expansion des capacités qui n’aurait pas lieu dans des conditions normales de marché ou permet le maintien sur le marché de producteurs d’acier déficitaires, ce qui les encourage à conserver leurs niveaux de production. Les subventions faussent les marchés en créant des excédents de capacité et en alimentant l’offre excédentaire d’acier. L’excédent d’acier des pays accordant des subventions est ensuite exporté à des prix qui ne reflètent pas les coûts de production réels. De son côté, l’acier sous-évalué supplante la production sidérurgique des producteurs respectant les mécanismes du marché dans les régions importatrices, réduisant leur rentabilité et faisant baisser leur part de marché au niveau national et sur les marchés tiers à l’étranger. Étant donné la longue durée de vie des aciéries, ce à quoi s’ajoutent des coûts monétaires et sociaux extrêmement élevés pour fermer ces usines une fois qu’elles sont mises en place, les excédents de capacité imputables à ces politiques peuvent malheureusement avoir des effets négatifs perdurant pendant des décennies.
Ces interventions créent des avantages structurels pour les entreprises qui en bénéficient et nuisent à la concurrence loyale ainsi qu’à la résilience de la chaîne d’approvisionnement. Il en résulte un marché mondial de l’acier faussé par des forces non marchandes, où les producteurs qui ne perçoivent pas de subventions ne peuvent pas affronter la concurrence sur un pied d’égalité. La récente analyse de l’OCDE sur les subventions montre que l’industrie sidérurgique est l’un des plus grands bénéficiaires sectoriels de subventions, résultat qui est également clairement mis en évidence par l’importance de l’acier dans les cas de recours commerciaux en matière de droits compensateurs.
Les recours commerciaux se multiplient au fil de l’évolution notable des flux d’échanges d’acier
Copier le lien de Les recours commerciaux se multiplient au fil de l’évolution notable des flux d’échanges d’acierLes problèmes continus liés aux excédents de capacité et aux subventions ont entraîné des changements importants dans les flux commerciaux de l’acier. Les exportations d’acier de la Chine ont plus que doublé depuis 2020 (Graphique 1.5), atteignant un niveau record de 118 Mt en 2024, tandis que les importations d’acier du pays ont chuté de près de 80 %, à 8.7 Mt. D’autres économies dont les capacités augmentent promptement enregistrent également une croissance rapide de leurs exportations, même si elles partent de niveaux beaucoup plus bas. Ces changements concernant les exportations et les importations d’acier de la Chine posent un défi de taille lié aux échanges à un grand nombre de pays de l’OCDE et d’autres économies de marché, car leurs exportations ont diminué, tandis que leurs importations montaient en flèche. Depuis 2020, les importations d’acier ont augmenté de près de 13 % dans l’Union européenne (UE) et au Royaume-Uni, 18 % au Japon et en Corée, 40 % en Amérique du Nord, 52 % en Türkiye, 60 % en Amérique du Sud et jusqu’à 77 % en Océanie.
Graphique 1.5. Volume des exportations d’acier (2024) et croissance (2020-24) dans les pays sélectionnés
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Source : OCDE, d’après COMTRADE et ISSB.
Les défis commerciaux qui concernent les excédents de capacité vont au-delà des effets directs sur les marchés importateurs, où les importations en provenance de pays en surcapacité peuvent supplanter sensiblement la production intérieure d’acier et réduire les débouchés pour les exportateurs des pays n’étant pas à l’origine des excédents de capacité, et peuvent impliquer des effets indirects nuisibles dans un grand nombre de pays de l’OCDE. Par exemple, les exportations de la Chine vers les marchés tiers s’envolent aussi ; certains d’entre eux étant également aux prises avec des excédents de capacité en augmentation, notamment l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est, ils accroissent à leur tour leurs exportations, en particulier vers les pays de l’OCDE, parce que leurs marchés nationaux sont saturés avec l’excédent d’acier. Ces perturbations des échanges entraînent une hausse des recours commerciaux visant non seulement les sources directes des excédents de capacité, mais aussi les mesures commerciales au sens large en raison de leurs effets nuisibles indirects sur l’ensemble des marchés.
Reflétant ces problèmes, les recours commerciaux se sont multipliés. En 2024, 81 enquêtes antidumping concernant des produits sidérurgiques ont été ouvertes par 19 États, portant l’ampleur des recours commerciaux à un niveau proche de celui observé lors de la crise de l’acier de 2015-16. Près de 80 % des procès ont été intentés contre des producteurs asiatiques, la Chine comptant à elle seule pour plus d’un tiers du total. Le nombre de nouvelles actions a nettement augmenté par rapport à 2023, où seize procédures seulement avaient été engagées par cinq pays pour l’ensemble de l’année. Outre les actions antidumping concernant des produits particuliers, un nombre croissant de pays ont instauré des mesures plus larges afin de protéger leurs industries sidérurgiques au moyen d’augmentations générales des droits de douane sur l’acier pour tout le secteur.
Alors que les recours commerciaux sont en augmentation, l’efficacité de ces mesures pourrait être limitée, car les exportateurs les contournent ou transforment les excédents d’acier en produits en aval contenant de l’acier. L’étude de l’OCDE révèle que les exportations indirectes d’acier vers les pays de l’OCDE et les autres économies de marché progressent rapidement, principalement en provenance de Chine, d’Asie du Sud-Est et de la région de l’ASEAN. Il peut toutefois s’avérer compliqué de remonter à la source des excédents de capacité à l’origine de ces tendances. Par exemple, les entreprises sidérurgiques chinoises qui ont investi massivement dans de nouvelles aciéries dans la région de l’ASEAN peuvent produire de l’acier pour la fabrication locale en aval3. Les pays de l’ASEAN exporteront ensuite les produits métalliques, équipements électriques, machines, voitures et appareils électroménagers faits à partir de cet acier vers des partenaires commerciaux en Asie et au-delà.
Les déséquilibres du marché ralentissent les efforts de décarbonation de l’industrie
Copier le lien de Les déséquilibres du marché ralentissent les efforts de décarbonation de l’industrieLa sidérurgie est une industrie à forte intensité de carbone, dont les émissions directes sont à l’origine d’approximativement 8 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2). En moyenne, une tonne d’acier produite équivaut à l’émission de 1.9 tonne de CO2. La production dans les hauts-fourneaux/convertisseurs à oxygène, qui dépend largement du charbon à coke et du minerai de fer pour produire de l’acier, émet 2.3 tonnes, alors que la production recourant à des fours à arc électrique, gros consommateurs de ferrailles, émet 0.7 tonne en moyenne. La réduction des émissions constitue donc un défi structurel fondamental que l’industrie se doit de relever. Cependant, la transition des actifs sidérurgiques vers des méthodes de production sobres en carbone a lieu dans un contexte où l’industrie est touchée par d’autres difficultés structurelles majeures liées aux excédents de capacité et aux distorsions du même ordre sur le marché.
Une grande partie des excédents de capacité du moment et de la croissance à venir des capacités se trouve dans des pays qui font appel à des processus de production intégrés, à l’origine de niveaux relativement élevés d’émissions de carbone. Par exemple, plus de 90 % de la production d’acier de la Chine repose sur la filière haut-fourneau/convertisseur à oxygène. Par ailleurs, un peu plus de 40 % des 165 Mt de nouvelles capacités qui arriveront sur le marché sur la période 2025-27 devraient reposer sur ce processus de production (Graphique 1.6). En prolongeant la durée de vie des actifs à forte intensité d’émissions au-delà de ce qui est dicté par les mécanismes du marché et en étouffant les investissements, la montée en flèche actuelle des excédents de capacité crée un obstacle au déploiement des technologies de pointe, dont les solutions de production d’acier à partir de l’hydrogène, qui aideraient les pays à atteindre leurs objectifs climatiques.
Graphique 1.6. Augmentation prévue des capacités de production d’acier à partir de 2025, par technologie et par région
Copier le lien de Graphique 1.6. Augmentation prévue des capacités de production d’acier à partir de 2025, par technologie et par région
Note : BOF : convertisseur à oxygène ; EAF : four à arc électrique. Les données de capacité englobent à la fois les projets en cours et prévus et ne tiennent pas compte des éventuelles fermetures pouvant survenir au cours de la période.
Source : sites web de Metal Expert, Platts, Kallanish et d’entreprises sidérurgiques.
L’ampleur et la portée des efforts de décarbonation dépendent de la disponibilité des capitaux et de l’incidence des efforts de décarbonation sur les coûts. Les difficultés actuelles du marché liées aux excédents de capacité réduisent la rentabilité de l’industrie sidérurgique et les capitaux disponibles pour les investissements, ce qui constitue un obstacle aux efforts de décarbonation onéreux. Même si les pouvoirs publics prenaient en charge le coût de la transition et que des marchés florissants pour l’acier à faible teneur en carbone finissaient par se former et se développer, les producteurs d’acier ne pourront pas revenir à des niveaux de rentabilité sains et soutenus avant d’avoir traité comme il se doit le problème des surcapacités mondiales et de leurs conséquences. Les industries et les pouvoirs publics doivent être convaincus que les nouvelles aciéries décarbonées dans lesquelles ils investissent aujourd’hui seront économiquement viables à très long terme, étant donné que la durée de vie des usines sidérurgiques peut s’étendre sur une génération, voire plus.
Les excédents de capacité et les émissions comportent en outre une forte dimension exportatrice. Les subventions qui faussent le marché en favorisant la surcapacité encouragent aussi une production à plein régime, dont les excédents sont exportés vers les marchés étrangers. Aussi longtemps que le problème des excédents de capacité pourra être exporté dans d’autres pays sans que cela se traduise par des fermetures effectives d’usines, il sera difficile de réduire les émissions du secteur sidérurgique.
Les travaux récents du Comité de l’acier de l’OCDE examinent les vastes programmes d’aide de la Chine visant à promouvoir le passage à une production sidérurgique décarbonée. Même si les politiques publiques de la Chine sont susceptibles de favoriser une évolution significative vers une production décarbonée de l’acier (comme c’est le cas dans bien d’autres pays), les subventions pourraient continuer à encourager des augmentations de capacité hors marché et donc aboutir à de nouveaux excédents de capacité, exacerbant ainsi les problèmes d’équité des règles du jeu, qui ont des répercussions négatives sur l’industrie sidérurgique mondiale depuis déjà plusieurs années.
La coopération internationale est nécessaire pour des règles du jeu équitables sur le marché mondial de l’acier
Copier le lien de La coopération internationale est nécessaire pour des règles du jeu équitables sur le marché mondial de l’acierLes dernières projections de l’OCDE couvertes dans ce rapport en matière de capacité et de demande d’acier semblent indiquer que la hausse des excédents de capacité à l’échelle mondiale devrait se poursuivre dans les années à venir, soulignant l’importance de l’accélération des efforts nationaux et internationaux en vue de se pencher sur leurs causes profondes et leurs conséquences.
La demande d’acier ayant cessé de croître en Chine, la part du pays dans la demande mondiale devrait diminuer à 45 % environ à l’horizon 2030, car celle-ci continue d’augmenter fortement dans d’autres économies émergentes, notamment en Asie, mais aussi en Afrique et au Moyen-Orient. Parallèlement, les niveaux de production d’acier étant soutenus par les politiques publiques en Chine, le volume des exportations du pays et son rôle dominant sur le marché mondial devraient se poursuivre sans aucun signe de fléchissement jusqu’en 2030. Par conséquent, les excédents de capacité dans le monde devraient demeurer un obstacle majeur à la durabilité du secteur sidérurgique. Même avec une demande mondiale d’acier supposée augmenter de près de 70 Mt à l’horizon 2030, les nouvelles aciéries en cours de construction devraient représenter un ajout de capacité de 165 Mt, ce qui maintiendra les excédents de capacité à des niveaux élevés à l’échelle de la planète.
En l’absence de réformes dans les pays qui alimentent les excédents de capacité ou de mesures tendant à les décourager d’exporter leurs excédents d’acier soit directement soit indirectement (sous forme de biens contenant une forte proportion d’acier), les problèmes de l’industrie sidérurgique mondiale s’intensifieront. Dans cette hypothèse, les déséquilibres du marché augmenteraient, la rentabilité et les prix de l’acier resteraient sous pression, et les pays continueraient à connaître des problèmes dans leur industrie sidérurgique. Sans action concrète, cela pourrait, au fil du temps, contribuer davantage à la perte de substance du secteur sidérurgique et de certains secteurs manufacturiers en aval dans l’ensemble de l’OCDE, ce qui menacerait la sécurité et la résilience de l’économie.
Les défis à relever par le secteur sidérurgique ont une dimension internationale et peuvent être abordés conjointement par les pouvoirs publics et l’industrie dans le cadre d’une coopération transfrontalière. L’OCDE facilite les travaux du Forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques (FMSS) afin d’envisager des solutions collectives aux difficultés posées par les excédents de capacité et d’améliorer le fonctionnement du marché dans le secteur de l’acier. À cette fin, une série de principes (les « principes de Berlin ») visant à orienter l’élaboration des mesures d’intervention des pouvoirs publics ont été réaffirmés lors de la réunion ministérielle du FMSS d’octobre 2024. Le respect de ces principes garantit que les politiques publiques ne faussent pas les marchés et ne contribuent pas aux excédents de capacité dans le secteur sidérurgique.
Le renforcement de la coopération internationale afin de lutter contre les excédents de capacité et les distorsions du marché améliorera la viabilité économique de l’industrie tout en facilitant ses efforts pour progresser en matière de décarbonation de l’acier. Le renforcement de la transparence et le travail mené pour fixer des règles du jeu équitables avec les principaux pays producteurs d’acier qui pâtissent des excédents de capacité et/ou de leurs conséquences viendront appuyer ce processus.
Références
[2] de Carvalho, A. et N. Sekiguchi (2015), « The structure of steel exports: Changes in specialisation and the role of innovation », Documents de travail de l’OCDE sur la science, la technologie et l’industrie, n° 2015/07, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/5jrxfmstf0xt-en.
[3] Shavit, J. (2024), Revolutionary ‘Super Steel’ produces green hydrogen directly from seawater, https://www.thebrighterside.news/post/revolutionary-super-steel-produces-green-hydrogen-directly-from-seawater/.
[4] World Steel Association (2024), 2024 World Steel in Figures, World Steel Association, Bruxelles, https://worldsteel.org/wp-content/uploads/World-Steel-in-Figures-2024.pdf.
[1] Worldsteel (2025), What is steel?, https://worldsteel.org/about-steel/what-is-steel/.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Par exemple, les entreprises publiques détenues à plus de 50 % par l’État reçoivent plus de trois fois le niveau d’emprunts à des taux inférieurs aux conditions du marché par rapport aux entreprises dont l’actionnariat public est inférieur à 10 %, après ajustement en fonction de la taille. Voir le chapitre 3 pour plus de détails. Veuillez noter que le terme « économies partenaires » est utilisé pour désigner tout groupe de pays/d’économies non membres de l’OCDE.
← 2. Pour les rapports complets, voir les publications du printemps et de l’automne 2024 sur les évolutions du marché de l’acier. Voir DSTI/SC(2024)1/Final, à l’adresse https://one.oecd.org/document/DSTI/SC(2024)1/FINAL/en/pdf, et DSTI/SC(2024)13/Final, à l’adresse https://one.oecd.org/document/DSTI/SC(2024)13/FINAL/en/pdf.
← 3. Certains de ces investissements transnationaux peuvent être problématiques dans une perspective d’harmonisation des règles du jeu, ce qui a été observé dans des affaires de droits compensateurs concernant des subventions transnationales. Pour un cas spécifique portant sur le financement préférentiel par la Chine de la production d’acier inoxydable en Indonésie, voir https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_22_1774.