Dans ce chapitre, on examine comment l’économie spatiale devient plus commerciale, plus concentrée et plus axée sur les constellations. L’accent est mis sur la transformation des marchés, les infrastructures orbitales et la création de valeur commerciale. Il est montré que l’accès à l’espace s’est élargi, mais que les capacités stratégiques, les activités de lancement, les infrastructures orbitales et plusieurs marchés commerciaux émergents restent concentrés aux mains d’un nombre limité d’acteurs.
Panorama de l’économie spatiale 2026
2. Évolution de la dynamique des marchés de l’économie spatiale : concentration, diversification et création de valeur
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Transformation de l’occupation et de la propriété de l’espace orbital au cours des dix dernières années
Copier le lien de Transformation de l’occupation et de la propriété de l’espace orbital au cours des dix dernières annéesL’économie spatiale a radicalement changé ces dix dernières années. L’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché et les innovations technologiques ont réduit le coût de l’accès à l’espace, grâce notamment à la réutilisation de composants de lanceurs, à la miniaturisation des satellites et au développement des possibilités de lancement partagé à des fins commerciales. Les progrès du numérique ont également transformé l’utilisation des signaux et images satellites en facilitant le partage, le traitement et l’analyse des données. Dans le même temps, les pouvoirs publics ont favorisé la participation du secteur privé par le biais de programmes de commercialisation, de modèles de passation des marchés et de mesures réglementaires dans certains segments du marché.
En conséquence, le nombre de propriétaires de satellites et l’activité orbitale se sont rapidement accrus. Pour la seule année 2025, 329 lancements spatiaux ont été effectués, transportant environ 4 900 objets dans l’espace. À la fin de l’année, plus de 14 000 satellites opérationnels en activité tournaient autour de la Terre en orbite basse, moyenne ou géostationnaire (Graphique 2.1). S’agissant des satellites opérationnels, les organisations américaines qui ont déployé le plus grand nombre de satellites pour le haut débit exploitaient 76 % des satellites actifs à la fin de 2025, suivies des opérateurs d’Europe occidentale et de Chine. À la mi-2026, ce chiffre atteignait près de 15 000. Ces évolutions, à la fois récentes et sans précédent, ont modifié l’échelle, la composition et la géographie de l’activité orbitale.
Graphique 2.1. L’ampleur des activités de lancement augmente, en nombre d’objets et en masse
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Source : D’après McDowell (2026[1]), General Catalog of Artificial Space Objects (GCAT), https://planet4589.org/space/gcat/.
La transformation de l’occupation de l’espace orbital a d’importantes répercussions sur le marché. Elle ouvre la voie à de nouveaux services commerciaux, notamment le haut débit par satellite, l’observation de la Terre, les communications directes avec les terminaux, les services de mobilité et les applications fondées sur les données. Elle a aussi pour effet d’accroître la concurrence pour les capacités de lancement, le spectre, les infrastructures terrestres et les ressources orbitales (voir par exemple OCDE (2022[2] ; 2023[3] ; 2024[4])). Ces évolutions ont contribué à un élargissement de l’économie spatiale dans certains segments et de plus en plus orientée vers le commerce.
La participation aux activités liées au spatial s’est élargie, mais les capacités de lancement restent concentrées
Copier le lien de La participation aux activités liées au spatial s’est élargie, mais les capacités de lancement restent concentréesL’accès à l’espace s’est considérablement élargi. Durant les quinze ans qui viennent de s’écouler, le nombre de pays ayant lancé leur premier satellite a été le même qu’au cours des cinq précédentes décennies combinées, ce qui porte à 109 le nombre total de pays à la fin de 2025 (Graphique 2.2). Cette accélération a été rendue possible dans une large mesure par les nanosatellites cubiques, les lancements partagés à des fins commerciales, les programmes de formation internationaux et la disponibilité croissante de technologies satellitaires prêtes à l’emploi1.
Les premières missions satellitaires récentes attestent de la diversité des trajectoires par lesquelles les pays entrent dans l’espace. En Afrique, le Kenya, l’Ouganda, le Zimbabwe et le Botswana ont lancé des petits satellites grâce à des projets menés par des universités, à des programmes de formation internationaux et à une expertise commerciale dans le domaine des petits satellites. On peut observer des approches similaires en Asie et en Amérique latine, où le Bhoutan, le Costa Rica et le Guatemala ont lancé des missions initiales axées sur la démonstration des technologies, la surveillance de l’environnement et la gestion des ressources naturelles. Ces exemples montrent que les pays peuvent entrer dans l’espace par le biais de missions universitaires de renforcement des capacités, de marchés publics et du développement progressif de capacités nationales de conception, de fabrication et d’exploitation.
Graphique 2.2. Plus de la moitié des pays du monde ont lancé avec succès au moins un satellite
Copier le lien de Graphique 2.2. Plus de la moitié des pays du monde ont lancé avec succès au moins un satelliteNombre cumulé de « premières » concernant la possession de satellites et les lancements orbitaux indépendants, en mai 2026
Source : Analyse de l’OCDE, 2026.
Cependant, seules une poignée d’économies disposent de capacités souveraines de lancement orbital. À la mi-2026, 12 pays seulement avaient démontré leur capacité à mettre des objets en orbite2. Plusieurs autres pays, comme l’Allemagne, l’Australie, le Canada, la Norvège, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suède, travaillent à des projets de nouveaux sites de lancement commerciaux ou souverains, lesquels sont aujourd’hui à différents niveaux de maturité. Cela étant, à la mi-2026, nombre d’entre eux n’avaient mené que des activités suborbitales ou des tentatives de lancement orbital infructueuses3.
Les activités de lancement sont également très concentrées dans la pratique. En 2025, les États-Unis comptaient pour 55 % de l’ensemble des lancements et 87 % des objets lancés, la plupart des lancements américains étant réalisés par une seule entreprise, SpaceX (Graphique 2.3).
Graphique 2.3. Les États-Unis représentent une part croissante des lancements orbitaux et des satellites actifs
Copier le lien de Graphique 2.3. Les États-Unis représentent une part croissante des lancements orbitaux et des satellites actifsPart des lancements orbitaux annuels et des satellites opérationnels en orbite terrestre, 2000, 2010 et 2025
Source : D’après McDowell (2026[1]), General Catalog of Artificial Space Objects (GCAT), https://planet4589.org/space/gcat/.
Ils sont suivis de la Chine, avec 28 % des lancements et 8.4 % des objets lancés. Les États-Unis et la Chine sont en outre les seules économies à avoir réussi à ce jour à récupérer des propulseurs de premier étage. L’opérateur américain SpaceX y est parvenu pour la première fois en 2015 avec sa fusée Falcon-9, puis avec son Starship et son booster Super Heavy en 2024. Au début de 2026, SpaceX avait effectué plus de 600 récupérations de propulseurs Falcon-9, dont plus de 50 ont été réutilisés au moins une deuxième fois. Le fabricant de fusées américain Blue Origin a réussi à récupérer son propulseur New Glenn en 2025. En 2026, China Rocket, la filiale de lancement commercial de l’entreprise publique chinoise China Aerospace Science and Technology Corporation, a récupéré le premier étage d’une fusée Long March 10B au moyen d’un système de capture par filet en mer, réussissant ainsi la première récupération par la Chine d’un propulseur d’engin de lancement de classe orbitale.
Alors que des estimations situent le marché mondial du lancement entre 12 et 16 milliards USD en 2025, la transparence reste faible car la plupart des fournisseurs ne publient pas d’informations sur les prix ou les recettes, et que de vastes segments institutionnels continuent d’opérer en tant que marchés captifs. La majeure partie de la demande est en effet réservée aux prestataires nationaux de services de lancement, les États et les clients institutionnels exigeant souvent que les satellites nationaux soient lancés par des fusées nationales pour des raisons stratégiques, de sécurité ou de politique industrielle.
Au cours de la dernière décennie, plus de 30 projets de petits lanceurs ont été annoncés dans le monde, dont plus d’une douzaine en Europe, soutenus par des programmes nationaux, des initiatives de l’Agence spatiale européenne (ESA) ou des investissements privés. Un petit nombre d’entre eux seulement ont été mis en orbite ou sont entrés en service commercial ; beaucoup en sont encore à la phase de démonstration, au vol d’essai ou au tout début de la phase d’exploitation. Les exemples notables d’entreprises européennes sont Isar Aerospace et Rocket Factory Augsburg (Allemagne), PLD Space (Espagne), Orbex and Skyrora (Royaume-Uni), et MaiaSpace et Latitude (France). Des avancées analogues sont en cours en Asie, où des entreprises telles que LandSpace, iSpace et Galactic Energy (Chine), Space One (Japon), Innospace (Corée du Sud), et Skyroot Aerospace et Agnikul Cosmos (Inde), parallèlement à l’Indian Space Research Organisation avec son Small Satellite Launch Vehicle (petit engin de lancement satellite), étudient des solutions de lancement dédiées aux petits satellites. Cette multiplication des projets témoigne d’une forte demande de services de lancement réactifs, mais soulève aussi des questions concernant la consolidation du marché, attendu que tous ces projets ne sont pas appelés à devenir commercialement viables à long terme.
Cette participation plus large, conjuguée à de nouveaux investissements et des capacités stratégiques concentrées, est au cœur de la dynamique actuelle du marché. Davantage de pays et d’entreprises peuvent accéder aux services spatiaux et viser le déploiement de petits satellites en particulier, mais le lancement à grande échelle, l’exploitation de constellations et les infrastructures orbitales restent encore contrôlés par un nombre limité d’acteurs. Cette situation suscite des questions d’ordre stratégique concernant les conditions d’accès, la résilience, l’interopérabilité et le développement d’un marché concurrentiel, qui gagnent en importance à mesure que toujours plus d’utilisateurs en aval dépendent des infrastructures spatiales.
Les opérateurs privés dominent désormais l’activité en orbite
Copier le lien de Les opérateurs privés dominent désormais l’activité en orbiteLes opérateurs privés détiennent désormais la grande majorité des satellites actifs. La part de leurs satellites lancés en orbite est passée de 23 % en 2010 à 88 % en 2025, marquant une évolution significative d’un environnement spatial historiquement dominé par les États et les organismes publics vers un environnement de plus en plus façonné par des acteurs commerciaux (Graphique 2.4).
La nature de l’activité du secteur privé a également évolué. Au cours des années 2010, parallèlement aux grands satellites géostationnaires commerciaux de télécommunications et de télédiffusion, de nombreuses missions privées se sont appuyées sur des satellites de petite taille, standardisés et empilables, comme les nanosatellites cubiques, ce qui a réduit les coûts et augmenté la fréquence des lancements. Ces satellites ont démultiplié le nombre d’objets lancés, mais étant relativement légers, leur effet sur la masse totale de lancements a été plus limité.
Depuis 2019, le déploiement de grandes constellations privées de satellites pour le haut débit est devenu le principal moteur de l’activité de lancement et de l’occupation de l’orbite. Un opérateur en particulier, grâce au déploiement rapide de la constellation Starlink, représentait environ 60 % de l’ensemble des satellites actifs en orbite en 2025, et sa constellation a continué de prendre rapidement de l’ampleur en 2026. Cette évolution illustre la concentration croissante de l’occupation de l’espace orbital aux mains d’un petit nombre de grands acteurs commerciaux.
Graphique 2.4. Le secteur privé occupe une place de plus en plus prépondérante dans l’espace orbital
Copier le lien de Graphique 2.4. Le secteur privé occupe une place de plus en plus prépondérante dans l’espace orbitalPart des objets lancés détenue par le propriétaire/l’opérateur, données au 9 mai 2026
Source : D’après McDowell (2026[1]), General Catalog of Artificial Space Objects (GCAT), https://planet4589.org/space/gcat/.
Ce changement a des conséquences importantes sur la structure du marché. Les opérateurs commerciaux contrôlent de plus en plus les actifs qui sont essentiels à la connectivité, aux infrastructures orbitales, aux flux de données et à la fourniture de services. Dans le même temps, les organismes publics sont encore souvent des clients essentiels, des autorités de réglementation et des partenaires de mission. La frontière entre les activités publiques et privées évolue donc, les opérateurs commerciaux jouant un rôle opérationnel plus important tandis que les pouvoirs publics continuent de façonner les marchés par le biais de la demande, de la réglementation et des missions publiques.
Les télécommunications et les constellations en orbite terrestre basse remodèlent la demande orbitale
Copier le lien de Les télécommunications et les constellations en orbite terrestre basse remodèlent la demande orbitaleLes télécommunications sont devenues le principal moteur des récents déploiements des satellites. La libéralisation des communications internationales par satellite dans les années 80 a d’abord favorisé l’essor commercial de la télévision directe par satellite en orbite géostationnaire. Les années 90 ont vu l’émergence des services mobiles par satellite, suivie, au début des années 2000, par le développement des services à haut débit par satellite en orbite géostationnaire, dont le déploiement est toutefois resté limité par les coûts et la latence.
Depuis le milieu des années 2010, la majeure partie de l’activité orbitale est passée d’une orbite géostationnaire à une orbite terrestre basse, située approximativement entre 160 km et 2 000 km d’altitude. Les satellites de télécommunications représentent une part croissante des lancements de satellites dans le monde depuis 2020, soit 82 % de l’ensemble des satellites lancés en 2025, contre 31 % entre 2010 et 2019 (Graphique 2.5). Cette évolution marquée s’explique en grande partie par le déploiement de constellations de satellites à large bande à grande échelle et par l’augmentation de la demande de services de connectivité spatiale.
Graphique 2.5. La part des télécommunications a atteint plus de 80 % des satellites lancés en 2025
Copier le lien de Graphique 2.5. La part des télécommunications a atteint plus de 80 % des satellites lancés en 2025Pourcentage de satellites lancés dans les principales catégories d’applications
Note : Les principales applications ont été regroupées en fonction de la mission principale
Source : D’après McDowell (2026[1]), General Catalog of Artificial Space Objects (GCAT), https://planet4589.org/space/gcat/.
Les mégaconstellations, dont le déploiement est en cours ou prévu, constituent désormais un moteur essentiel de l’activité de lancement et de la demande future de capacités en orbite. À la mi-2026, plus de 12 000 satellites avaient été lancés par 13 opérateurs de constellation basés aux États-Unis, en Chine et au Royaume-Uni, Starlink étant la plus grande constellation déployée. Les projets annoncés et les enregistrements réglementaires prévoient le déploiement potentiel de plus de 2 millions de satellites au cours des dix prochaines années, essentiellement destinés au haut débit par satellite, aux communications directes avec les terminaux, aux centres de données orbitaux et à d’autres services de connectivité (Graphique 2.6)4. En 2026, plusieurs enregistrements réglementaires inattendus ont fait état de projets d’infrastructures de calcul en orbite de très grande envergure, certains envisageant le déploiement de pas moins d’un million de satellites. Toutefois, les technologies sous-jacentes n’ont pas encore fait leurs preuves à grande échelle, et leur viabilité commerciale dépendra d’une baisse substantielle des coûts de lancement et des opérations en orbite.
Graphique 2.6. Les mégaconstellations annoncées pour l’avenir compteront plus de 2 millions de satellites au cours des dix prochaines années
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Note : Les enregistrements réglementaires de satellites ne correspondent pas toujours à des projets fermement engagés : ils peuvent être hypothétiques, servir à réserver des ressources en fréquences et en orbite, ou encore à afficher une ambition commerciale.
Source : D’après McDowell, J. (2026[5]), Jonathan’s Space Report, https://planet4589.org/ and Kulu, E. (2026[6]), NewSpace Index, https://www.newspace.im/.
Les profils des enregistrements relatifs à des réseaux de satellites auprès de l’Union internationale des télécommunications témoignent également de cette évolution. Les enregistrements concernant des systèmes en orbite géostationnaire ont diminué de 2015 à 2025, tandis que ceux concernant des systèmes non géostationnaires ont nettement augmenté et ont supérieurs à ceux portant sur des systèmes géostationnaires (Graphique 2.7). Cela a son importance, car l’UIT joue un rôle central dans la coordination de l’utilisation internationale du spectre des radiofréquences et des ressources orbitales, contribuant ainsi à éviter les interférences préjudiciables entre les systèmes satellitaires.
Tous les enregistrements concernant des satellites doivent être interprétés avec prudence. Nombre d’entre eux sont non contraignants, hypothétiques ou peu susceptibles d’être pleinement mis en œuvre. Certains sont utilisés pour réserver des ressources en fréquences et en orbite ou afficher une ambition commerciale. Néanmoins, ils donnent une indication de l’ampleur de l’intérêt commercial pour l’orbite terrestre basse et de la pression croissante sur le spectre, la capacité de lancement et la gestion orbitale.
Le haut débit par satellite et les nouvelles communications directes par satellite vers les téléphones mobiles passent d’activités de niche à des marchés en croissance. Les connexions par satellite représentaient environ 0.7 % des abonnements au haut débit fixe dans les pays de l’OCDE en 2023, mais elles augmentent régulièrement et jouent un rôle important dans l’extension de la couverture aux zones rurales et reculées où les autres infrastructures peuvent être limitées (Graphique 2.8) (OCDE, 2026[7] ; à paraître[8]). Les constellations en orbite terrestre basse transforment le marché en offrant des services plus rapides et moins latents, tout en ouvrant la voie à de nouveaux usages liés à la mobilité, à la résilience et à la connectivité directe avec les terminaux.
Graphique 2.7. Les enregistrements relatifs à des réseaux de satellites concernent désormais plus des systèmes non géostationnaires que des systèmes géostationnaires, à mesure que les constellations en orbite terrestre basse se développent
Copier le lien de Graphique 2.7. Les enregistrements relatifs à des réseaux de satellites concernent désormais plus des systèmes non géostationnaires que des systèmes géostationnaires, à mesure que les constellations en orbite terrestre basse se développentNombre total d'enregistrements auprès de l’UIT, 2008-2025
Source : UIT (2026[9]), « Bureau des radiocommunications de l’UIT (BR), Rapport annuel 2025 des Services spatiaux à la Session 2025 du STSC », https://www.itu.int/en/ITU-R/space/snl/pages/reportsts.aspx.
Pour avoir une idée de la vitesse à laquelle les entreprises du secteur de la connectivité par satellite peuvent se développer, on peut considérer Starlink : ses recettes ont presque triplé entre 2023 et 2025, pour atteindre environ 11.4 milliards USD, sous l’effet de l’augmentation du nombre d’abonnés et de l’élargissement de l’offre de services (SpaceX, 2026[10]). La croissance devrait se poursuivre à mesure que davantage d’entreprises se diversifieront dans les domaines de la connectivité maritime et aérienne, des capacités de transmission directe vers les téléphones mobiles et des services hybrides satellites et terrestres (OCDE, à paraître[11]). Ces évolutions pourraient renforcer la résilience des réseaux et étendre la couverture, mais elles mettent également en évidence l’importance de surveiller la concentration du marché, l’interopérabilité et les conditions d’accès.
L’expansion rapide des constellations en orbite terrestre basse accentue également la pression sur les ressources en orbite. Le présent chapitre traite du phénomène de congestion uniquement sous l’angle d’un problème de structure du marché et de gestion des ressources. Les implications plus larges relatives à la durabilité et aux débris sont abordées au chapitre 4. Du point de vue du marché, la concentration des satellites sur les bandes orbitales les plus prisées peut avoir une incidence sur les conditions d’accès au marché, les coûts d’évitement des collisions, la coordination des fréquences et la disponibilité à long terme des ressources orbitales.
Graphique 2.8. Le satellite représente une part encore faible, mais en croissance, des abonnements au haut débit fixe dans les pays de l’OCDE
Copier le lien de Graphique 2.8. Le satellite représente une part encore faible, mais en croissance, des abonnements au haut débit fixe dans les pays de l’OCDE
Source : OCDE (2026[7]), Bases de données haut débit et télécoms, dernière actualisation des données le 20 mars. https://data-explorer.oecd.org/.
Cette situation nécessitera des efforts de coordination nationaux et internationaux. La gestion des fréquences est un bon exemple, puisque les autorités de réglementation doivent prendre en compte les besoins existants et futurs tout en laissant place à l’innovation (OCDE, 2022[2]).
Les services commerciaux d’observation de la Terre se sont développés et perfectionnés
Copier le lien de Les services commerciaux d’observation de la Terre se sont développés et perfectionnésLes marchés commerciaux de l’observation de la Terre évoluent rapidement. Les progrès technologiques, la normalisation et la miniaturisation des lanceurs et du matériel satellite ont encore réduit les barrières à l’entrée et rendu les produits commerciaux plus abordables et plus performants (OCDE, 2024[12]). Les exercices d’analyse comparative placent les start-ups à la pointe de l’excellence technologique dans le domaine de l’imagerie commerciale (Bingen, Gauthier et Chang, 2024[13]). Ces évolutions élargissent l’éventail des données d’observation disponibles sur le marché, notamment l’imagerie optique à plus haute résolution, les données issues de radars à synthèse d’ouverture et les données hyperspectrales.
Le lancement de technologies avancées d’observation de la Terre, comme les radars à synthèse d’ouverture, les capteurs hyperspectraux et l’imagerie optique à résolution submétrique (Graphique 2.9), a connu une croissance notable.
Ces capacités peuvent améliorer les résultats issus de l’observation et de l’analyse, en particulier lorsque les séries chronologiques sont maintenues et que les conditions d’accès aux données favorisent leur utilisation publique et commerciale. Elles peuvent également créer de nouveaux marchés pour le suivi des infrastructures, de l’agriculture, de l’activité maritime, des ressources naturelles, de l’assurance, des risques climatiques et des applications liées à la sécurité.
À mesure que le coût et la complexité des missions d’observation de la Terre diminuent, la demande évolue également. Certains pays cherchent de plus en plus à transférer des technologies et à exercer un contrôle national sur les systèmes d’observation de la Terre, plutôt que de faire uniquement appel à des fournisseurs de données externes. Parallèlement, les grands opérateurs de services collectifs, transporteurs et entreprises d’infrastructures commencent à évaluer si de petites constellations dédiées pourraient répondre à leurs propres besoins de surveillance, par exemple pour les pipelines, les chemins de fer, les ports, les actifs énergétiques, les impacts sur l’utilisation des sols ou les risques climatiques. Cet élargissement du nombre d’utilisateurs potentiels témoigne de la pertinence opérationnelle croissante de l’observation de la Terre, mais peut également fragmenter la demande entre des cas d’utilisation très spécialisés.
Dans son examen approfondi des technologies d’imagerie par satellite/d’observation de la Terre dans les statistiques officielles, la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe a souligné la nécessité de calibrer les données d’observation de la Terre par rapport à d’autres ensembles de données, ainsi que d’investir dans les infrastructures pour soutenir pleinement le traitement, l’interprétation et l’analyse des données (CEE-ONU, 2019[14]). Les acteurs du secteur privé ont exprimé des préoccupations similaires concernant les besoins d’investissement élevés dont les rendements sont incertains (OCDE, 2024[4]). Dans certains cas, l’introduction de modèles d’intelligence artificielle (IA) pourrait renforcer la méfiance à l’égard de ces technologies au lieu de l’atténuer, les utilisateurs potentiels comprenant encore moins la technologie sous-jacente. En effet, il semble qu’on ait de plus en plus recours, pour l’observation de la Terre, à des méthodes d’IA qui ne sont pas explicables (Gevaert, 2022[15]). La création de nouvelles applications commerciales dépend également de la fourniture constante et fiable de données. Par ailleurs, les images à haute résolution, tant en termes de taille des pixels que de fréquence des revisites, peuvent être soumises à un contrôle de leur acquisition ou de leur diffusion de la part des pouvoirs publics afin de ne pas divulguer d’informations sensibles, par exemple en période de conflit. Les applications GNSS commerciales n’ont été développées qu’après que le gouvernement américain avait décidé de cesser d’utiliser la « capacité sélective », une dégradation intentionnelle des signaux GPS publics en 2000.
Graphique 2.9. Progression rapide des lancements de capteurs de pointe
Copier le lien de Graphique 2.9. Progression rapide des lancements de capteurs de pointeÉvolution du nombre de satellites, de 2002 à 2024
Source : Clauson. et al. (2024[16]), Earth Observing Sensing Satellites Online Compendium: U.S. Geological Survey digital data, https://calval.cr.usgs.gov/apps/compendium, données consultées le 31 mai 2026.
Cette fragmentation crée des difficultés pour les opérateurs commerciaux d’observation de la Terre. De nombreux marchés restent spécialisés, fondés sur des projets ponctuels et caractérisés par une demande récurrente limitée. Les clients ont souvent besoin de produits sur mesure, d’analyses adaptées à leur secteur d’activité, d’une calibration avec d’autres sources de données, ainsi que de garanties en matière de continuité, de qualité et de latence. Ainsi, les revenus peuvent rester fluctuants, et certains opérateurs privés peinent à traduire leurs avancées technologiques en modèles commerciaux générant des revenus évolutifs et récurrents. (Cerbaro et al., 2020[17] ; Burke et al., 2021[18] ; CEOS, 2019[19]). Cet état de fait permet d’expliquer pourquoi la demande des pouvoirs publics reste importante, même si les offres commerciales deviennent plus performantes.
L’interaction entre les missions publiques et les prestations privées influe de plus en plus sur l’observation de la Terre à des fins commerciales. Les pouvoirs publics ont ouvert l’accès aux catalogues publics de données satellitaires, tout en soutenant les fournisseurs privés par des mesures de déréglementation, des marchés publics et l’achat de services. Ce double rôle a permis d’accroître la disponibilité des données satellitaires tout en créant une demande de services commerciaux. La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis achète des données de radio-occultation commerciales depuis 2016 pour les intégrer dans ses modèles numériques de prévision météorologique (NOAA, 2023[20]). La NASA utilise le programme Commercial Small Data Acquisition depuis 2017 pour enrichir ou compléter ses propres données ou celles d’autres partenaires (NASA, 2023[21]). En 2022, le National Reconnaissance Office a conclu ses plus importants contrats commerciaux avec trois fournisseurs de données, d’une valeur de plusieurs milliards USD, qui arriveront à expiration en 2032, dans le cadre de son programme Electro-Optical Commercial Layer (EOCL) (NRO, 2022[22]). D’autres pays et organisations ont suivi. Eumetsat a lancé en 2022 un service de données pilote tiers de radio-occultation commerciale (Eumetsat, 2022[23])
Dans le cas des informations météorologiques, les prévisions météorologiques à sept jours sont aujourd’hui à peu près aussi précises que celles à cinq jours l’étaient aux alentours de 2000, ce qui rend compte des progrès majeurs de la modélisation et, surtout, de l’expansion rapide des systèmes d’observation de la Terre. Plus de 90 % des observations assimilées dans les systèmes modernes de prévision météorologique proviennent de satellites, faisant des infrastructures spatiales le socle des systèmes de prévision traditionnels comme des nouveaux systèmes fondés sur l’IA. La prévision météorologique numérique traditionnelle combine ces observations avec des prévisions antérieures au moyen de l’assimilation des données, avant de résoudre les équations physiques qui régissent l’atmosphère. À l’inverse, les modèles d’intelligence artificielle apprennent le comportement de l’atmosphère à partir de plusieurs décennies de données de réanalyse et peuvent produire des prévisions en quelques minutes. Ces deux méthodes sont de plus en plus complémentaires, les centres opérationnels tels que le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) les utilisant déjà en parallèle. Toutefois, ni les modèles d’intelligence artificielle ni les systèmes de prévision météorologique numérique (PNT) ne peuvent pallier le manque d’observations. La poursuite des investissements dans les programmes publics de satellites météorologiques (NOAA, EUMETSAT et JAXA, par exemple), ainsi que l’écosystème croissant de fournisseurs commerciaux de données météorologiques (Spire Global, Tomorrow.io et PlanetiQ, par exemple) demeurent essentiels pour améliorer encore l’exactitude des prévisions.
Les données publiques ouvertes d’observation de la Terre constituent donc une importante source de création de valeur d’intérêt général et sont un fondement de l’innovation commerciale. Les données provenant des missions publiques sont de plus en plus mises à disposition en accès ouvert. Le Comité sur les satellites d’observation de la Terre (CEOS) indique qu’environ 70 % des données issues des missions actives (et 55 % de celles provenant de missions désaffectées) sont accessibles en libre accès, en incluant les données dont l’accès nécessite une inscription (Graphique 2.10). Les programmes Landsat et Copernicus offrent un accès libre et gratuit à de longues séries chronologiques de données d’observation de la Terre, à l’appui de la science, des politiques publiques et des applications du secteur privé. Ces ensembles de données fournissent des normes de facto pour la calibration géométrique, spectrale et radiométrique, permettant une détection fiable des changements dans le temps et les lieux. Ils procurent également des données d’entraînement et des ensembles de données de référence pour l’analyse numérique, notamment des applications d’apprentissage automatique et des modèles de fondation géospatiaux.
Graphique 2.10. Accessibilité des données d’observation de la Terre issues des missions du CEOS
Copier le lien de Graphique 2.10. Accessibilité des données d’observation de la Terre issues des missions du CEOSPart (%) des instruments, données au 1er juin 2026
Note : Les données ouvertes sous conditions peuvent nécessiter une inscription ou une demande officielle d’accès aux données.
Source : CEOS (2026[24]), CEOS Virtualization Environment (COVE), http://www.ceos-cove.org/en/.
Les données publiques ouvertes d’observation de la Terre et les marchés commerciaux sont étroitement interconnectés. Les ensembles de données ouverts peuvent réduire les obstacles à l’entrée, favoriser l’analyse de la valeur ajoutée, permettre l’évaluation comparative et renforcer la confiance des utilisateurs dans les produits commerciaux. Dans le même temps, les pouvoirs publics doivent trouver un équilibre entre les avantages du libre accès et les conditions permettant aux fournisseurs commerciaux de mettre au point des modèles économiques durables.
Les services numériques utilisant les systèmes mondiaux de navigation par satellite (GNSS) connaissent une croissance rapide
Copier le lien de Les services numériques utilisant les systèmes mondiaux de navigation par satellite (GNSS) connaissent une croissance rapideLes signaux des systèmes mondiaux de navigation par satellite (GNSS) comptent parmi les intrants spatiaux les plus largement diffusés dans l’économie. Depuis l’introduction des puces GNSS dans les téléphones mobiles, les appareils portables et les voitures au début des années 2000, les services de positionnement, de navigation et de synchronisation par satellite sont intégrés dans un large éventail d’appareils, de plateformes et de services numériques. À la différence des activités spatiales en amont, une grande partie de cette valeur est générée en aval, où les signaux satellites sont combinés à des logiciels, des cartes, des capteurs, la connectivité, l’analytique de données et des applications en relation étroite avec les utilisateurs.
Cela fait des systèmes GNSS un exemple concret de la manière dont les infrastructures spatiales contribuent à créer de la valeur commerciale au-delà du seul secteur spatial. Les services de géolocalisation sous-tendent désormais la navigation des consommateurs, le suivi des personnes et des actifs, les applications d’urgence, les services de santé et de remise en forme, la cartographie, la logistique, le tourisme, l’agriculture, la construction et d’autres marchés numériques. Dans nombre de ces applications, la composante spatiale est largement invisible pour les utilisateurs finaux, tout en restant un intrant essentiel.
Ces évolutions laissent entrevoir une expansion des débouchés commerciaux, même si l’évolution du marché reste fluctuante. L’Agence de l’Union européenne pour le programme spatial prévoit d’engranger environ 2 800 milliards EUR de recettes de 2024 à 2034 pour les solutions GNSS destinées aux consommateurs, le tourisme et les applications de santé (EUSPA, 2026[25]). Même si elles couvrent les marchés des données au-delà de l’économie spatiale proprement dite, ces estimations mettent en évidence de nouvelles perspectives commerciales potentielles associées aux signaux satellitaires, en particulier du fait que les capacités GNSS sont intégrées dans les smartphones, les véhicules, les terminaux portables, les appareils connectés et les services numériques sectoriels.
Pour les décideurs, les marchés fondés sur les systèmes GNSS illustrent pourquoi la valeur économique de l’espace ne peut être évaluée uniquement par le lancement, la fabrication ou l’exploitation de satellites. Une grande partie de la valeur est générée par des applications plus larges, des modèles économiques et l’adoption par les utilisateurs. Cette situation renforce l’importance de signaux fiables et résilients de positionnement, de navigation et de synchronisation, ainsi que d’interopérabilité, de normes, de cybersécurité et de capacités des utilisateurs dans l’ensemble de l’économie numérique.
Tableau 2.1. Exemples d’applications fondées sur le GNSS
Copier le lien de Tableau 2.1. Exemples d’applications fondées sur le GNSS|
Domaine d’application |
Exemples de services fondés sur le GNSS |
Principale proposition de valeur |
|---|---|---|
|
Services aux consommateurs et modes de vie |
Navigation par smartphone, globalisation, applications sportives et de fitness, réseaux sociaux, services touristiques |
Permet des services numériques adaptés à la localisation au quotidien et des expériences utilisateur personnalisées |
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Santé et sécurité |
Localisation des situations d’urgence, applications de santé mobile, alertes sur la qualité de l’air, aide aux personnes malvoyantes |
Améliore la sécurité, l’accessibilité et la réactivité des services publics et privés |
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Navigation et suivi |
Suivi personnel, suivi des actifs, navigation des véhicules, logistique et gestion de la flotte |
Favorise le routage, le suivi, l’efficacité et la traçabilité dans les transports et les chaînes d’approvisionnement |
|
Services aux entreprises et de cartographie |
Cartographie et SIG, facturation géolocalisée, publicité géolocalisée, analytique commerciale |
Favorise les modèles économiques basés sur la localisation et la prise de décision spatiale |
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Agriculture, construction et robotique |
Pilotage de précision, guidage de machine, robotique grand public, gestion de site |
Favorise l’automatisation, les gains de productivité et une utilisation plus efficiente des intrants |
Source : Analyses de l’OCDE.
La rentabilité reste inégale selon les segments de l’économie spatiale
Copier le lien de La rentabilité reste inégale selon les segments de l’économie spatialeMalgré le nombre croissant d’acteurs et d’activités commerciaux, la rentabilité reste inégale selon les segments de l’économie spatiale. C’est particulièrement vrai dans le secteur de la fabrication et du lancement d’engins spatiaux, où les entreprises sont souvent confrontées à des dépenses d’investissement élevées, des coûts de R-D élevés, des cycles de développement longs et des obstacles réglementaires (OCDE, 2024[12]).
Même s’ils sont numéro un sur différents segments du marché spatial, plusieurs nouveaux venus entrés en bourse aux alentours de 2021 n’ont pas encore atteint une rentabilité soutenue5. Pour certains constructeurs spatiaux cotés, les dépenses combinées de R-D et d’investissement ont représenté une part importante des recettes, dépassant parfois 60 % des recettes, au cours de la période 2021-2025. Cela tient aux difficultés liées au développement, à la fabrication et au lancement de systèmes spatiaux, ainsi qu’à la nécessité d’atteindre l’échelle nécessaire pour devenir rentable dans ces secteurs à forte intensité capitalistique (Graphique 2.11).
En Europe, par exemple, l’activité commerciale et l’investissement augmentent rapidement dans l’ensemble du secteur spatial, mais la rentabilité reste inégale, de nombreuses entreprises continuant de concilier de grandes ambitions de croissance avec des exigences élevées en matière de dépenses de R-D, de fabrication et d’investissement. Selon l’association professionnelle de l’industrie spatiale européenne Eurospace, la performance financière globale du secteur s’est nettement dégradée entre 2019 et 2024, avec des marges d’exploitation agrégées passant d’un niveau de faibles bénéfices (+2 % des ventes) à des pertes importantes (-16 %). Cependant, cette évolution est largement due aux pertes substantielles enregistrées par un petit nombre d’entreprises. Les problèmes de rentabilité demeurent l’apanage de quelques gros acteurs, plutôt qu’une tendance à l’échelle de l’ensemble du secteur (Eurospace, 2026[26]).
Graphique 2.11. Dépenses d’investissement et de R-D élevées pour les nouveaux constructeurs spatiaux
Copier le lien de Graphique 2.11. Dépenses d’investissement et de R-D élevées pour les nouveaux constructeurs spatiauxDépenses cumulées d’investissement et de R-D en pourcentage des recettes de certains constructeurs spatiaux cotés
Source : Calculs de l’OCDE fondés sur les états financiers d’entreprises publiques tirés de StockAnalysis, 2026.
Les segments en aval liés à la fourniture et à l’exploitation de données et de signaux satellitaires affichent des performances plus hétérogènes que les segments en amont. Les opérateurs de satellites sont confrontés à des hausses périodiques de leurs dépenses d’investissement, par exemple lors de l’acquisition et du lancement de satellites, mais leur intensité de R-D est généralement inférieure à celle des activités de fabrication et de lancement. Pour les opérateurs cotés comme Iridium et Viasat, les dépenses de R-D ont représenté en moyenne environ 3.4 % du chiffre d’affaires entre 2021 et 2025 (Stock Analysis, 2026[27]). Plus près des marchés d’utilisateurs finaux, les activités liées à l’espace suivent de plus en plus les tendances plus générales de l’économie numérique, où la valeur provient des données, des logiciels, des terminaux et des services intégrés.
La composition du marché évolue également. La radiodiffusion par satellite, qui était autrefois le segment dominant de l’économie spatiale d’origine privée dans certains pays, perd de son importance à mesure que les services de diffusion en flux (streaming) gagnent du terrain : sa part dans la valeur ajoutée aux États-Unis est passée de 40 % en 2016 à 25 % en 2023, comme l’indique le compte thématique de l’économie spatiale américaine, et de nouvelles baisses ont été observées plus récemment (Georgi et Surfield, 2025[28]). En revanche, la fabrication d’équipements grand public liés aux systèmes mondiaux de navigation par satellite est devenue un segment majeur de l’industrie, reflétant l’intégration croissante des données satellitaires dans les applications numériques quotidiennes.
Dans ce contexte, la consolidation horizontale et l’intégration verticale deviennent des stratégies commerciales de plus en plus importantes dans le secteur spatial. La consolidation proposée de fabricants européens de systèmes spatiaux et de prestataires européens de services numériques spatiaux, parmi lesquels Airbus, Leonardo et Thales, et les récentes fusions SES-Intelsat et Eutelsat-OneWeb dans le domaine des communications par satellite témoignent des efforts déployés pour développer les services spatiaux à plus large échelle. Certaines entreprises s’attachent également à élargir leur activité au-delà de leur cœur de métier pour contrôler une plus grande partie de la chaîne de valeur, avec infrastructures, fabrication et services, dans le cadre d’un modèle économique unique. De telles stratégies pourraient améliorer la rentabilité en permettant de sécuriser la demande, de réduire les coûts de transaction, de capter les revenus de plusieurs segments de marché, et d’avoir un meilleur contrôle des technologies et des chaînes d’approvisionnement critiques. Des tendances analogues ont été observées dans les secteurs plus larges de l’aérospatiale et de la défense, où l’on a souvent eu l’occasion de voir de grands opérateurs historiques tels que Boeing, Airbus et Lockheed Martin intégrer leurs activités en amont et en aval en vue d’améliorer leurs marges, de réduire leur dépendance à l’égard de fournisseurs externes et de renforcer leur résilience.
Les évolutions récentes donnent à penser que cette tendance s’accélère. Dans le sillage de l’intégration par SpaceX des services de lancement, de la fabrication de satellites et des communications via Starlink, plusieurs entreprises ont élargi leurs activités en 2025-26. En 2026, Rocket Lab a annoncé l’acquisition de l’opérateur de communications par satellite Iridium, ce qui vient ajouter à ses activités de lancement et de fabrication d’engins spatiaux l’exploitation de réseau satellitaire et la prestation de services de connectivité. MDA Space a fait son entrée dans les segments de la fabrication et de l’analytique en procédant à l’acquisition du fabricant d’engins spatiaux Blue Canyon Technologies et en prenant une participation majoritaire dans la société d’analytique de données d’observation de la Terre CLS. York Space a acquis le fournisseur de terminaux de communication par satellite All.Space, tandis que Mitsubishi Electric a pris le contrôle de la société Infostellar, spécialisée dans le segment sol. Ces stratégies, qui pourraient accroître l’efficience et soutenir l’investissement à grande échelle, pourraient également renforcer la concentration du marché et ériger des obstacles à l’entrée d’entreprises plus modestes.
Ces tendances montrent que la commercialisation ne se traduit pas automatiquement par une rentabilité dans tous les segments de l’économie spatiale. Certaines activités pourraient continuer de dépendre de la demande publique, de contrats de référence ou de capitaux patients, tandis que d’autres pourraient changer d’échelle en s’appuyant sur les marchés de la consommation, des entreprises ou de la mobilité. Pour les responsables de l’action publique, cela souligne l’importance de distinguer la croissance du marché, les capacités stratégiques et la viabilité des modèles économiques lors de l’élaboration des mesures d’aide et des stratégies de passation des marchés.
Conclusion
Copier le lien de ConclusionDans ce chapitre, on a pu voir comment l’économie spatiale devient plus commerciale, plus axée sur les constellations et plus concentrée. Si l’accès à l’orbite s’est élargi, permettant à un nombre croissant de pays et d’entreprises de déployer des satellites, les capacités de lancement, les infrastructures orbitales et les opérations satellitaires à grande échelle demeurent concentrées entre les mains d’un petit nombre d’acteurs. Les télécommunications et les constellations d’orbites terrestres basses sont aujourd’hui des moteurs majeurs de l’activité de lancement et de la demande de ressources orbitales, tandis que le haut débit par satellite, les services de communication directe vers les cellules et l’observation commerciale de la Terre ouvrent de nouveaux débouchés commerciaux.
Ces évolutions remodèlent les conditions de la concurrence et de la création de valeur. Les marchés publics continuent de jouer un rôle important dans la formation des marchés, en particulier dans le domaine de l’observation de la Terre, tandis que la rentabilité reste inégale selon les segments de l’économie spatiale. Pour les décideurs, tout l’enjeu consiste à soutenir la croissance commerciale et l’innovation tout en surveillant la concentration, les conditions d’accès, l’interopérabilité et la durabilité des ressources orbitales. La valeur publique, la résilience et les implications environnementales plus larges de ces tendances sont traitées au chapitre 4.
Références
[13] Bingen, K., D. Gauthier et M. Chang (2024), Gold rush: the 2024 commercial remote sensing global rankings, Center for Strategic and International Studies, https://csis-website-prod.s3.amazonaws.com/s3fs-public/2024-09/241001_Bingen_Gold_Rush.pdf?VersionId=FtAy0I3xBa6EHM.DQJFHxJtZo3W0U1IE.
[18] Burke, M. et al. (2021), « Using satellite imagery to understand and promote sustainable development », Science, vol. 371/6535, https://doi.org/10.1126/science.abe8628.
[14] CEE-ONU (2019), Étude approfondie de l’utilisation de l’imagerie satellitaire et des autres technologies d’observation de la Terre dans les statistiques officielles, Document établi par le Canada et le Mexique, Commission économique pour l’Europe : Conférence des statisticiens européens, https://unece.org/sites/default/files/datastore/fileadmin/DAM/stats/documents/ece/ces/2019/ECE_CES_2019_16-1906490F.pdf.
[24] CEOS (2026), CEOS Virtualization Environment (COVE) Portal, portail web, http://www.ceos-cove.org/en/ (consulté le 19 juin 2018).
[19] CEOS (2019), CEOS response to GEOGLAM requirements 2019, Committee on Earth Observation Satellites, https://ceos.org/observations/documents/CEOS_Response_to_GEOGLAM_Requirements_2019.pdf.
[17] Cerbaro, M. et al. (2020), « Challenges in Using Earth Observation (EO) Data to Support Environmental Management in Brazil », Sustainability, vol. 12/24, p. 10411, https://doi.org/10.3390/su122410411.
[16] Clauson, J. et al. (2024), Earth Observing Sensing Satellites Online Compendium: U.S. Geological Survey digital data, Édition de février 2024, https://calval.cr.usgs.gov/apps/compendium.
[23] Eumetsat (2022), Commercial radio occultation third party pilot data service operational soon, 4 février, https://www.eumetsat.int/commercial-radio-occultation-third-party-pilot-data-service-operational-soon.
[26] Eurospace (2026), ASE-Eurospace facts & figures 2025, communiqué de presse, https://eurospace.org/wp-content/uploads/2026/07/ff-2026-press-release-1.pdf.
[25] EUSPA (2026), EU Space Market Report: 2026, Agence de l’Union européenne pour le programme spatial, https://www.gsc-europa.eu/sites/default/files/sites/all/files/EU_Space_Market_Report_2026.pdf.
[28] Georgi, P. et C. Surfield (2025), New and revised statistics for the US space economy, 2012-2023, US Bureau of Economic Analysis, https://www.bea.gov/data/special-topics/space-economy.
[15] Gevaert, C. (2022), « Explainable AI for earth observation: A review including societal and regulatory perspectives », International Journal of Applied Earth Observation and Geoinformation, vol. 112, p. 102869, https://doi.org/10.1016/j.jag.2022.102869.
[9] ITU (2026), ITU BR Annual Space Report to the Scientific and Technical Subcommittee: 2025, International Telecommunications Union Radio Communications Bureau, https://www.itu.int/en/ITU-R/space/snl/pages/reportsts.aspx.
[6] Kulu, E. (2026), NewSpace Index, site web, https://www.newspace.im/.
[1] McDowell, J. (2026), General Catalog of Artifical Space Objectis (GCAT), Jonathan’s Space report, données extraites le 2 juin, https://planet4589.org/space/gcat/.
[5] McDowell, J. (2026), Jonathan’s Space Report, site web, https://planet4589.org/.
[21] NASA (2023), Commercial Smallsat Data Acquisition (CSDA) Program, https://www.earthdata.nasa.gov/esds/csda.
[20] NOAA (2023), Commercial Data Program (CDP), https://www.space.commerce.gov/business-with-noaa/commercial-weather-data-pilot-cwdp/.
[22] NRO (2022), Electro-Optical Commercial Layer Contract Awards Announced, 25 mai, https://www.nro.gov/Innovate/.
[7] OCDE (2026), Bases de données haut débit et télécoms, Dernière mise à jour : 20 mars, https://data-explorer.oecd.org/s/52x.
[12] OCDE (2024), « Space economy investment trends: OECD insights for attracting high-quality funding », OECD Science, Technology and Industry Policy Papers, n° 166, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9ae9a28d-en.
[4] OCDE (2024), The Economics of Space Sustainability: Delivering Economic Evidence to Guide Government Action, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b2257346-en.
[3] OCDE (2023), The Space Economy in Figures: Responding to Global Challenges, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/fa5494aa-en.
[2] OCDE (2022), « Developments in spectrum management for communication services », Documents de travail de l’OCDE sur l’économie numérique, n° 332, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/175e7ce5-en.
[8] OCDE (à paraître), « Competition dynamics in the evolving connectivity ecosystem ».
[11] OCDE (à paraître), « Future of connectivity: Developments in terrestrial and non-terrestrial connectivity and their interoperability ».
[10] SpaceX (2026), SpaceX Final Prospectus, Formulaire 424B4, déposé le 12 juin auprès de la US Securities and Exchange Commission sous le numéro 333-296070, https://www.sec.gov/Archives/edgar/data/1181412/000162828026042639/spaceexplorationtechnologi.htm.
[27] Stock Analysis (2026), Aerospace & Defense, page web, données consultées le 11 juin, https://stockanalysis.com/.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les nanosatellites cubiques sont des satellites standardisés et miniaturisés (généralement construits en unités de 10 × 10 × 10 cm) conçus pour des missions spatiales, des travaux de recherche ou des applications commerciales à faible coût. Les lancements partagés à des fins commerciales sont des services permettant le lancement de plusieurs satellites de clients différents par une même fusée, d’où un coût beaucoup moins élevé pour chaque entité participante.
← 2. Douze pays ont démontré leur capacité à mettre des objets en orbite à la mi-2026. Par ordre chronologique, il s’agit de l’Union soviétique/la Fédération de Russie (1957), des États-Unis (1958), de la France (1965), du Japon (1970), de la République populaire de Chine (ci-après, « la Chine ») (1970), du Royaume-Uni (1971), de l’Inde (1980), d’Israël (1988), de la République islamique d’Iran (2009), de la République populaire démocratique de Corée (2012), de la Nouvelle-Zélande (2018) et de la République de Corée (2022).
← 3. Le Royaume-Uni a effectué un lancement orbital réussi en 1971 à partir d’une base aérienne en Australie. Le programme national de lancement a pris fin la même année.
← 4. Les enregistrements effectués auprès de l’UIT ne doivent pas être assimilés à une autorisation d’exploitation. Ils sont officiellement présentés à l’UIT par les administrations nationales, souvent pour le compte d’opérateurs de satellites, dans le cadre du processus international de coordination du spectre des radiofréquences et des ressources orbitales. Les opérateurs continuent généralement de demander une autorisation nationale et une licence de l’État concerné avant le lancement et l’exploitation. Le processus d'enregistrement et de coordination de l’UIT peut commencer plus tôt et se dérouler parallèlement à l’octroi de licences nationales, sans conférer en tant que tel une autorisation d’exploitation. Par conséquent, de nombreux enregistrements peuvent rester non contraignants, hypothétiques ou n’être que partiellement mis en œuvre.
← 5. Planet est également un opérateur de satellites, mais a été inclus dans l’industrie spatiale parce qu’il fabrique ses propres satellites.